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Mes chers enfants !

A entendre certaines critiques contre la politique pénale française, on a parfois l'impression que celle-ci se pique d'une originalité suspecte et s'attache à des problématiques qui laisseraient indifférents les autres pays.
Ainsi de la réforme de l'ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs. Certes, on pouvait déjà soutenir qu'au cours de ces dernières années, il y avait eu un tel accroissement des actes de violence commis par des jeunes de moins de 18 ans, voire de moins de 16 ans qu'il était légitime et même nécessaire de "revisiter" ce texte qui était fondé sur cette belle idée utopique que l'éducatif, en face de comportements même graves, serait toujours une meilleure solution que le répressif. Malheureusement, force a été de constater le fiasco de cet humanisme sans nerf et d'ouvrir de nouveaux chantiers pour que l'excuse de minorité, en particulier, ne soit pas mise à toutes les sauces. Il y a des crimes dont le poids est tel qu'il rend caduques les distinctions entre le presque majeur et le jeune majeur.
Or loin d'être une obsession française liée à la campagne de Nicolas Sarkozy et à sa présidence, le site du Monde nous apprend que le Canada, si justement vanté par beaucoup pour ses réussites judiciaires et pénitentiaires et la philosophie qui les a inspirées, a lui aussi été amené à se pencher sur la situation des mineurs coupables de crimes odieux. Faut-il les traiter comme des adultes et, dans l'affirmative, qui doit faire la preuve de cette obligation ? La Cour suprême du Canada a refusé de valider des dispositions constitutionnelles qui imposaient au mineur la charge de démontrer qu'il n'avait pas à être sanctionné comme un adulte. La juridiction suprême canadienne a souligné, tout en rappelant les traits spécifiques de la minorité et la compréhension en découlant naturellement dans la plupart des cas, qu'il incombait à l'accusation de faire la preuve de la particulière sévérité qu'elle exigeait pour le mineur : qu'il soit condamné comme un adulte.
Cette solution ne peut qu'être approuvée et le Canada n'a pas de leçons à recevoir de nous sur ce plan. Il n'empêche que la société, partout, entraîne les Etats même les moins rigides à inventer des adaptations plus fermes et à modifier les principes les plus assurés. La réalité dépasse notre hexagone et vient interpeller tous les gouvernements. Par la plupart, la distinction nette entre minorité et majorité est remise en cause. Dans l'air du temps, flotte l'idée qu'il convient de changer nos pratiques puisque le monde a changé.
C'est dans la manière que chaque pays tentera de se distinguer. Chacun aura sa réponse pour assumer le défi unique d'une criminalité qui rend ridicule la mansuétude affichée jusqu'à maintenant. "Mes chers enfants" ne suffit plus !

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Voici les sites qui parlent de Mes chers enfants ! :

Commentaires

Je n’oppose pas, pour les enfants comme pour les adultes, répressif et éducatif, punir est aussi éduquer.
Mais nos prisons sont pour la plupart délabrées, terriblement surpeuplées, imposant aux détenus des règles de survies d’une violence et d’un arbitraire tels qu’il n’est pas étonnant d’en constater les conséquences. Dépression, perte totale de repère, méfiance de l’institution, de la société. Il ne me semble pas souhaitable de placer des jeunes dans un tel environnement.
La punition deviendrait ici torture.

A l’autre extrême de cette réalité, je ne crois pas non plus souhaitable de créer des camps de rééducation, proposés sous des formes diverses à gauche comme à droite (rappelez-vous de la proposition de la candidate Royal d’ouvrir des centres éducatifs encadrés par des militaires…).

Vous citez l'exemple du Canada, mais est-ce à ce point comparable ? La société canadienne, ses prisons, ses écoles sont-elles en tout point comparables à la France ?
Maurice Berger loue l'efficacité des procédures de protection de l'enfance au Canada alors que nos JAFs prennent (perdent ?) énormément de temps pour sortir des enfants d'une famille qui les maltraite.
Si l'on s'engage dans les pas du Canada alors faisons-le sur tous les plans et ne prenons pas que l'aspect répressif que vous citez.

Même si ce problème complexe appelle une réponse rapide, je ne veux pas renoncer à « Mes Chers Enfants ». Oui, ils me sont chers et ils vous le sont également M.Bilger, votre engagement, vos révoltes en témoignent.

En tant qu’enseignant, je passe beaucoup de temps avec ces jeunes et la fameuse paire de claques que je m’interdis vient, je le confesse, peupler de temps en temps mes fantasmes.
C’est en admettant la violence réelle de certains de nos enfants que la foi en l’éducabilité prend un sens. La foi n’est pas nécessaire lorsque tout va bien.
C’est mon état d’esprit lorsque je vais à leur rencontre chaque jour.

Il est commode, j’en conviens, de partir dans la voie que vous exprimez. Choisir en fonction de ses actes qui mérite d’être un enfant, qui ne le mérite pas.
Mais je crains que ce ne soit ni légitime, ni efficace.

L’Etat ne garantit pas aujourd’hui l’égalité des chances en terme d’éducation pour nos jeunes, il suffit de voir les différences de traitement entre les établissements prestigieux de Neuilly et ceux de quelques villes voisines.
Les sanctions (tout à fait légitimes, je ne suis pas pour l’impunité !!) imposées aux jeunes délinquants ne font pas sens, ne sont pas graduées, et arrivent bien souvent très tardivement.

Ainsi un enfant qui depuis l’âge de 11 ans aura commis régulièrement des vols ou des rackets, ne se verra inquiété par la justice qu’à ses 16 ans, passant d’un sentiment d’impunité à une peine ferme dans des conditions extrêmes.
Comment cela peut-il faire sens ? comment permettre à ce jeune de prendre conscience de son rôle dans la société ?

Nos enfants sont ce que nous en faisons, ils sont modelés par les adultes qui les entourent, par la société qui les malmène. Regardez le parcours d’un mineur délinquant, c’est toujours la misère affective et sociale qui jalonne ses premières années.

Lorsqu’ils se montrent à ce point violents que l’on est tenté de les confondre avec des adultes, ce n’est pas tant par clairvoyance que par démission.
Ainsi, cette idée de baisser l’age de la responsabilité pénale ne traduit pas pour moi une solution raisonnable face à la délinquance que vous dénoncez avec raison, mais un aveu d’impuissance d’une société qui renonce à ces principes humanistes.

Bien à vous,

Marc

Ah Warszawa va bien ? Pas d'impressions polonaises ? Au moins semblez-vous nous être revenu sain et sauf.
La responsabilité pénale des mineurs en Pologne est évoquée par Marek J. lubelski et Anna Walczak-zochowska dans un numéro de la Revue internationale de droit pénal.[I.S.B.N. 2-7492-0384-8] mais on ne peut pas en consulter d'abstract sur le net du moins sans mot de passe. Mais ne se dit-il pas depuis 2005 que «La Pologne a ratifié tous les instruments juridiques relatifs aux droits de l'homme dans le cadre de l'acquis en matière de justice et affaires intérieures.»?

Voilà que l'actualité nous interpelle bien plus que votre article, par le cas de ces deux jeunes de 11 et 12 ans qui ont violé la soeur de l'un d'eux à peine âgée de 10 ans...

Qui est coupable ?
seulement les enfants ?
les parents trop occupés ?
les enseignants trop fonctionnaires ?
les politiques trop démagogues ?
les magistrats trop corporatistes ?
Qui ?
la société ?
la justice ?
l'école ?
Non, personne en particulier, mais tous un peu, beaucoup même, car ce sont nos enfants qui ont fait ça... sur notre fille... avec le modèle qu'on leur transmet.

Qui est victime ?
seulement cette petite fille ?

s'il n'y avait qu'elle...

Cordialement

Pierre-Antoine

"Il y a des crimes dont le poids est tel qu'il rend caduques les distinctions entre le presque majeur et le jeune majeur."

Qu'un juriste puisse écrire ceci n'est pas sans me laisser perplexe...

N'est-ce pas Thomas More qui disait que "les règles de procédure sont les arbres de la forêt qui nous protègent du vent de l'arbitraire" ?

"Presque" est à bannir : il ne figure d'ailleurs dans aucun Code...

"Presque" ou "l'à peu près" de la pensée ?

Pas vous, pas ça !

Mais il y a, il est vrai, certains crimes qui révèlent chez le mineur l'obscure inhumanité de l'enfance, "ce territoire dont on n'est jamais sorti"... Pour celle-ci faut-il abattre les arbres ?

On peut toujours, comme le souhaite vivement monsieur l'Avocat général Bilger, décider de sanctionner les mineurs plus sévèrement qu'on ne le fait actuellement : en les traitant comme des adultes.
Une telle décision serait l'aveu qu'on a renoncé à éduquer les mineurs.
Sans vouloir excuser aucune forme de déviance, je pense plutôt qu'il faut commencer par travailler sur la famille.
La famille se porte très mal en France. La violence physique des hommes et le féminisme stupide l'ont atteinte dans ses fondations.
Le droit-de-l'hommisme appliqué aux enfants est venu ajouter à la désorganisation ainsi créée.
Je comprends un peu la position de monsieur l'Avocat général Bilger : pour lui, il faut "aller vite" et ne pas "perdre du temps" avec des enfants "perdus".
Il faut reconnaître, en effet, que certains mineurs pourrissent la vie en société.
Malgré tout, je souhaite que ceux qui sont pressés de voir enfermés des mineurs réfléchissent beaucoup avant de durcir le régime pénal de ceux-ci.
Pourquoi des mineurs dérapent-ils ? Dans quelles structures familiales ces mineurs ont-ils évolué ? Quel est leur profil ethnique, racial ?
Les dérapages de mineurs peuvent être simplement la conséquence de certaines situations. Dès lors, la sagesse et l'utilité commandent de travailler sur ces situations.
Un mineur élevé par un seul parent est-il plus exposé à un risque de dérapage qu'un mineur élevé par ses deux parents ?
Un mineur élevé dans une "cité" est-il plus exposé à un risque de dérapage qu'un mineur vivant dans un beau quartier ?
Un mineur victime de discrimination, y compris de la part des institutions, est-il plus exposé à un risque de dérapage qu'un mineur jamais discriminé en raison de son ethnie, sa race, sa religion, ses origines ?
Ce qui me préoccupe, ce n'est pas tellement la sanction d'un comportement déviant, mais l'éradication de ce qui peut se trouver à l'origine de ce comportement.
La profondeur : voilà ce qui me préoccupe !
A mon avis, socialement on ne tirerait aucun avantage d'un alignement du régime pénal des mineurs sur le régime pénal des majeurs. On aura l'impression de bien faire, mais vite on réalisera que le taux de dérapage n'a pas baissé.
C'est pourquoi je dis mon opposition à la perspective souhaitée ardemment par monsieur l'Avocat général Bilger.
Je formule les propositions suivantes pour contenir la violence des mineurs.
Je constate souvent que des mineurs dérapent relativement facilement après le divorce de leurs parents. En effet, les mères, contrairement à ce qu'elles prétendent souvent, éprouvent de très grandes difficultés à contrôler les enfants dont garde leur a été confiée par la justice des hommes. Pour protéger les enfants, je propose que le droit du divorce soit durci. Mais je sais aussi que nul n'a le droit d'empêcher un couple de se séparer. Dans ces conditions, je demande que les juges cessent de confier complaisamment la garde des enfants à la mère.
La France ne peut-elle pas imaginer juridiquement une solution qui permettrait à un couple divorcé de continuer à cohabiter dans l'intérêt des enfants ?
Je vois bien que ma proposition heurtera les âmes sensibles. Mais la profondeur appelle toujours la profondeur.
Ma deuxième proposition est qu'on arrête la construction en France de grandes cités HLM. La vie dans les HLM "pleins à craquer" finit forcément par atteindre les nerfs, jusqu'à ouvrir sur des phénomènes de violence, y compris les dérapages de mineurs.
Ma troisième proposition est l'activation des politiques de refus des discriminations.
Le jour où les jeunes des banlieues seront traités moins défavorablement que les autres jeunes français, le taux des dérapages des mineurs baissera.
Ma conviction est que la paix sociale atteindra son apogée en France lorsqu'on y aura réduit considérablement les discriminations.
Les hommes sont imparfaits : il n'est donc pas juste de les accabler.
Pourtant je pense que, en implorant Dieu et en faisant preuve d'une bonne volonté, les hommes parviendront à pacifier complètement leurs relations.


Vouloir responsabiliser nos jeunes m'est une évidence depuis bien longtemps quand je regarde autour de moi.
Bien trop souvent le sentiment d'impunité ne fait qu'augmenter la violence de certains.

Par contre je ne pense pas que le système carcéral tel qu'il est construit actuellement fasse son emploi et soit la bonne réponse d'une société qui me semble toujours peiner à s'adapter face aux changements auxquels elles doit faire face.
Certes il faut punir les délits petits et grands mais comme le faisait remarquer Marc la sanction n'arrive bien souvent pas au bon moment. Punir un vol d'autoradio 2 ans après les faits ne me semble pas pertinent. Le jeune bien souvent a changé de comportement dans la quasi totalité des cas. Pour les autres, il n'y a pas grand-chose à faire. Il y aura toujours des êtres violents et sans scrupules.

@Marc
Cependant lorsque vous dites :
"L’Etat ne garantit pas aujourd’hui l’égalité des chances en terme d’éducation pour nos jeunes, il suffit de voir les différences de traitement entre les établissements prestigieux de Neuilly et ceux de quelques villes voisines."

L'école instruit, la famille éduque. Je ne pense pas que l'école puisse avoir comme rôle principal d'éduquer les jeunes. Je dénie même, en quelque sorte, aux enseignants un tel rôle. Ne les chargeons pas d'un travail qui revient à la famille. Certes, que l'Etat veuille néanmoins le faire, pour palier les incuries de bon nombre de parents, je le comprends. Il se protège et nous protège aussi, mais remettons les parents devant leurs responsabilités et alors nous pourrons parler de la responsabilité pénale des jeunes délinquants.
L'un n'allant à mon sens pas sans l'autre. Si petit, la famille n'inculque pas à l'enfant le sens de la mesure et de la responsabilité individuelle alors ce dernier ne sera pas en capacité de juger pleinement de l'ampleur ou de la gravité de ses actes.

Emil Cioran dans ses carnets ne nous dit-il pas :
"Le problème de la responsabilité n'aurait de sens que si on nous avait consulté avant notre naissance et que nous eussions consenti à être celui que nous sommes précisément."

En caricaturant un peu, je pense que lors d'un procès d'adolescent, les parents devraient eux aussi se trouver dans la salle d'audience et sur le même banc que leur enfant.

@Surcouf

Vous avez tout à fait raison de me reprendre sur ce point, la précipitation m'a trahi, je vais préciser mon propos.

L'école que je défends n'a pas vocation à se substituer à la famille. L'égalité des chances, principe politique prioritaire aujourd'hui, n'a pas pour finalité de remplacer les familles en difficulté par l'institution.

Toutefois, en plus des savoirs que je cherche à faire émerger chez mes élèves, il y a une éducation du "vivre ensemble" dans cette micro société qu'est un établissement scolaire.
En tant qu'adultes, nous sommes constamment observés et jugés par ces enfants.
Au travers de notre attitude, et de celle de l'institution scolaire qui est leur premier contact concret avec l'Etat, se forgera l'image de citoyen qu'on leur renvoie.

Il est donc important pour les établissements scolaires de se montrer équitables, en se conformant avec les valeurs qui fondent notre république.
Lorsque des élèves de troisième, parfois très brillants, se voient refuser une place dans un lycée au profit d'élèves moins méritants mais issus de familles influentes, et qu'ainsi malgré leur mérite on les renvoie à leur naissance, cela cause de dégâts.
Que ce soit chez ces élèves brillants, mais également chez les autres, qui se voient confortés dans l'idée que leur avenir ne passera pas par l'école.

Cela concerne également la Justice quand elle s'adresse aux mineurs, les sanctions doivent faire sens en particulier pour des adolescents. S'ils perçoivent les sanctions comme arbitraires, comment peuvent-ils faire une analyse de leurs actes ? Comment peuvent-ils comprendre ce qu'on leur reproche ?

Considérer les enfants comme des adultes, c'est se décharger de notre responsabilité quand il faut au contraire nous montrer plus que jamais à nos places.

Bien à vous

Marc

"Pourtant je pense que, en implorant Dieu et en faisant preuve d'une bonne volonté, les hommes parviendront à pacifier complètement leurs relations."

Cher Laboca je souscris à votre proposition.

Mais est-ce bien raisonnable d'implorer Dieu dans une affaire qui ne regarde qu'une société laïque, dont les enfants sont instruits par des enseignants laïques, et dont, s'ils commettent des crimes, le dossier sera instruit par des policiers et des juges laïques, et qui seront jugés par une justice laïque, rendue par des magistrats laïques ?

On ne veut pas de Dieu dans notre société, (ou alors dans le cercle très privé des consciences individuelles), nous voulons qu'il reste inscrit dans la sphère du religieux, au mieux dans quelques articles commis par des journalistes en mal de copie.

Alors en personne bien élevée, il se retire sans faire de bruit, sans claquer la porte.

Vous voudriez que ce soit quand ça ne va plus qu'il intervienne ?
Non, non, qu'ils nous laisse nous débrouiller sans lui... Après tout nous faisons et nos éduquons nos enfants sans lui, ils commettent des crimes sans lui, gérons donc ça sans lui...

Cordialement

Pierre-Antoine

PS : j'espère que vous avez vu mon petit sourire ironique au coin de mes lèvres...

"En caricaturant un peu, je pense que lors d'un procès d'adolescent, les parents devraient eux aussi se trouver dans la salle d'audience et sur le même banc que leur enfant."

Surcouf, pourquoi en caricaturant ?
Ils devraient y être pour au moins deux raisons :
1- non-assistance à enfance en danger
2- pour complicité passive, si ce n'est encourageante.

Responsables pour tous et coupables pour certains...

Cordialement

Pierre-Antoine

@Pierre-Antoine
On ne peut être sûr de ce que feront nos enfants de l'éducation que nous essayons de leur inculquer. C'est pourquoi j'ai écrit en "en caricaturant un peu" car mon propos n'était pas ici, nuancé.
Mais il est vrai que des familles bénéficient en toutes connaissance de cause du produit des méfaits de leur progéniture. Ne croyez pas que cela se limite aux cités de nos banlieues, loin de là.

@Marc
Je discutais, à la table dominicale, du rôle exact que doit avoir l'enseignant en terme d'éducation sociétale si je puis me permettre cette grandiloquence.
Afin de préciser ma pensée, je dirai que cette éducation doit être la continuation de l'œuvre parentale et non le contraire voire même le remplaçant.
L'enseignant a déjà bien des difficultés à faire passer la connaissance qui est la sienne à une classe de gamins qui, somme toute, ne sautent pas forcément de joie à l'idée de faire des exercices et d'apprendre les leçons.
Mon propos étant assez généraliste, je ne peux qu'appuyer votre volonté à vouloir apprendre à nos jeunes générations à vivre ensemble et à s'accepter tels que nous sommes les uns et les autres dans la société scolaire qui préfigure en quelque sorte la société des adultes.

Je me souviens des cours de morale que nous avions en primaire dans les années 60-70, où l'on apprenait l'hygiène, la vie en commun, le respect de l'autre. Ils venaient en complément de l'éducation parentale. Ils en reprenaient la teneur, et parfois, effectivement, ils les devançaient.
Mais je suis un fervent défenseur de l'éducation parentale en ce qu'elle doit primer sur celle de l'Etat, diffusée, dispensée via l'Education nationale.
Ne croyez pas non plus que je sois du genre père fouettard permanent. Si tant est qu'on puisse comparer un enfant à une motte de glaise ou un bloc de marbre, le parent est un sculpteur avec toute l'incertitude que peut connaître l'artiste au résultat final de son travail. L'enfant et ce n'est pas à vous que je l'apprendrai est une manière brute, grossière, dans ce qu'elle a de non façonnée, qui a besoin d'un cadre clair, et non pas forcément strict, pour s'épanouir.

Je ne tiens pas à faire de nos jeunes des adultes avant l'heure mais si très tôt, il pouvait apprendre, de par leur famille, un sens de la responsabilité adapté à leur condition et donc qui évoluerait dans le temps alors je pense qu'on aurait fait un pas vers ce que doit être la vie en commun. La conscience d'être Un au milieu d'un Tout est d'être tout à la fois ce Tout. La société ne sera que ce que nous en ferons individuellement et collectivement.

Ah, ces profs qui vous font disserter un dimanche après-midi quand même …;)
Bien cordialement

Vers quel casse-pipe on se dirige ! Par une émission télé consacrée à l'affaire Khaled Khelkal, 20 ans à peine, on apprend que ce dernier, juste avant de verser dans le terrorisme islamiste et les attentats qu'on connaît, avait été interrogé par un journaliste allemand qui faisait un reportage quant à l'intégration en France des jeunes issus de l'immigration. On y apprenait que Khelkal, alors meilleur élève de sa classe de lycée venait d'être refusé à l'entrée du lycée préparant aux grandes écoles, au profit d'une condisciple moins bien notée que lui mais française dite de souche, quant à elle. Cette injustice fut le déclencheur de ce qui fut ensuite sa folie terroriste et meurtrière. On ne peut s'empêcher de penser avec honte et regret à ce qui serait advenu de ce jeune homme s'il avait été accepté, comme il en fit le voeu, dans ce lycée. Les victimes des attentats de la station métro St-Michel et d'autres seraient peut-être encore en vie ; peut-être même n'y aurait-il pas eu d'attentats, en tout cas ce réseau où il fut embrigadé n'aurait pas existé et Khaled Khelkal aurait été en train de poursuivre de brillantes études universitaires, à mille lieues du ressentiment, de la haine et de la folie meurtrière. La violence et la délinquance voire la criminalité des mineurs légaux d'aujourd'hui ne sont pas plus importantes ou peu s'en faut que durant les années soixante, les bandes notoires des "blousons noirs" et autres yéyés, pour ne pas remonter au début du XXème siècle et ces fameux "Apaches" et autres innombrables désoeuvrés et exclus économiques de la société ; elles sont par contre plus visibles médiatiquement par ce fait que les médias ont pris l'importance que l'on connaît. Plus rien ne leur échappe et comme on n'a pas tous les jours une affaire Grégory ou une affaire Fourniret (heureusement) à relater... En 1979, j'avais exactement 15 ans et demi, pour un vol dans une boulangerie où nous dérobâmes sa caisse au boulanger sans le malmener outre mesure, je fus condamné à 10 mois de prison ferme dont 3 que j'accomplis effectivement en préventive dans la même énorme prison, les mêmes conditions et les mêmes cellules que tous ces majeurs peu ou prou grands criminels et/ ou délinquants qui la peuplaient. Aucun régime particulier dit de faveur, même sous l'application de cette fameuse ordonnance de 1945. Nous étions alors trois ou quatre mineurs dans cette cellule au bout du couloir, dont l'un d'entre nous, pour de simples vols dans les campagnes, en était déjà à plus d'un an d'incarcération, le plus ancien de la chambrée. Tous quasiment "primaires", c'est-à-dire, en langage judiciaire, arrêtés et condamnés pour la première fois. J'ai souvenir aussi qu'à cette époque, dans une cellule à part, un autre mineur de 15 ans et demi était incarcéré pour un crime d'assassinat. En compagnie d'un majeur, ils tuèrent une vieille femme pour la voler. Le majeur fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et lui, par la cour d'assises des mineurs, à la peine de 15 années de réclusion criminelle, soit exactement son âge à ce moment. Ses seuls antécédents judiciaires étaient alors des vols de poules comme on dirait. En 1970, deux hommes dont l'un mineur légalement puisqu'il avait alors 18 ans et que la majorité n'était pas encore instituée à cet âge mais à 21 ans (par Giscard) furent condamnés à mort pour un double crime affreux. Ils furent graciés ; la minorité de l'un les sauva tous deux de la guillotine. Ce dernier, tout mineur qu'il fut à l'époque des faits, fut libéré récemment, après avoir accompli 29 ans de réclusion et ce sans aucun aménagement de peine particulier sinon l'habituelle commutation à 20 ans, sans aucune permission de sortie également. L'autre, à ma connaissance, est toujours en prison. Si cela est de la mansuétude, mes chers avocats généraux, alors qu'est-ce que la sévérité ? Elle est étrange tout de même cette société qui veut davantage réprimer ses enfants fautifs, qui veut pareillement responsabiliser pénalement, donc punir, ses malades mentaux avérés qui, dans une crise de démence et/ ou de décompensation pathologique, commettent un crime et/ ou un délit, et qui, dans le même temps, dépénalise le droit des affaires et donc de cette façon diluée permet aux grands délinquants en col blanc à terme une certaine impunité. Il faut avoir vu ce qu'est le quartier des mineurs à la prison de Fleury-Mérogis, pour ne citer que celle-là, pour se rendre compte qu'une semaine passée là-dedans est déjà douloureux. Il y en a qui y croupissent littéralement depuis des années, qui attendant leur jugement, qui y accomplissant leur peine infligée avec "mansuétude" par des tribunaux et cours "compréhensifs". Qui s'y suicident en nombre, s'y mutilent, perdent la raison. Cette ordonnance de 1945 qui spécifie le droit pénal applicable aux mineurs n'a plus, depuis longtemps, aucun sens dans les faits et ce pour la simple raison que, s'il fallait l'appliquer entièrement dans sa lettre comme dans son esprit, il faudrait déjà tripler, que dis-je tripler, quadrupler, quintupler le personnel formateur et éducatif dans les prisons, faire cesser immédiatement cette promiscuité intolérable où ils son enfermés par quatre voire cinq, avec des matelas par terre, dans 12 mètres carrés à peine, ramener toute chose à sa mesure en ne se servant pas d'une massue pour écraser une mouche, pour prendre cette image, et jauger et juger à l'aune d'une certaine humanité et non plus à celle d'une démagogie politico-électorale et aussi médiatique et faussement informative. La justice pénale n'est que la soeur honteuse de la justice sociale, honteuse en ce sens qu'elle signe plus que de raison la défaillance de celle-là. Personne digne de ce nom ne peut comprendre ni admettre ni accepter que l'on incarcère un mineur pour la récidive de vols d'autoradios ou voitures ou même violences physiques contre des personnes, quand ce mineur n'a depuis sa naissance connu de la justice sociale que le nom comme une évanescence fabuleuse, un rêve en quelque sorte, une chimère, quand dans le même temps ce procureur de la République à Dax qui vola une carte bleue pour s'en servir dans un bordel ne l'est pas quant à lui. Car au citoyen et à l'Etat de droit, le second fait plus de tort et de mal que le premier en en ayant moins d'excuse, ni sociale ni de minorité ni autres, pour ne pas écrire aucune. La justice est souvent représentée au fronton des tribunaux comme une allégorie (une femme, sait-on pourquoi d'ailleurs ? Peut-être Marianne, la République, je ne sais) aux yeux bandés. Je suis tenté de lui dire d'ôter à présent ce bandeau qui l'aveugle stupidement et de prendre la barre enfin avec une vision claire des horizons tumultueux car le navire tangue dangereusement sur ces flots sociaux.

Salutations.

Aïssa.

"Cette injustice fut le déclencheur de ce qui fut ensuite sa folie terroriste et meurtrière. On ne peut s'empêcher de penser avec honte et regret à ce qui serait advenu de ce jeune homme s'il avait été accepté, comme il en fit le voeu, dans ce lycée. "

Cher Aïssa, peut-on soupçonner que tous les terroristes de quelque motivation dont ils se réclament, soient des frustrés ou des exclus ?

De la même manière tous les frustrés et exclus ne tombent pas dans le terrorisme.
Vouloir relier la dérive de ce jeune homme à l'injustice qui lui a été faite est très réducteur.

D'autant que plusieurs dans son cas en ont profité pour prouver qu'ils étaient capables de construire autre chose autrement !

Je pense qu'il est plus facile de lui donner cette excuse que d'en chercher la vraie raison dans l'absence de repères du côté familial au sens large du terme (père, mère, oncle, tante, voisinage immédiat).

Heureusement que dans certains foyers, les valeurs morales et religieuses sont bien inculquées par l'éducation parentale et ce malgré l'Education nationale que certains qualifient un peu vite à mon goût de laxiste et libertaire.

Et je crois beaucoup au pouvoir que détiennent les mères d'écrire dans le coeur des enfants. Mais si elles-mêmes sont frustrées... que peuvent-elles y écrire ?

Cordialement

Pierre-Antoine

Vos propos sont louables, cher Pierre-Antoine, je les comprends. On peut discuter ainsi longtemps. Une fois ne compte pas, dit le proverbe allemand. Oui, bien sûr. Mais, croyez-moi, ils ne font pas le poids face aux morts.

Salutations.

Aïssa.

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