J'aime beaucoup Christine Albanel, notre ministre de la Culture. Ni démagogue ni vulgaire, elle sait de quoi elle parle et n'a jamais été saisie par le snobisme qui souvent a conduit la Droite, dans son domaine, à chercher ses leçons et ses modèles à gauche.
Aussi, c'est avec beaucoup d'urbanité citoyenne que je la mets en garde au sujet de ce projet de loi qui va être discuté la semaine prochaine. L'essentiel permettra aux journalistes de ne pas révéler leurs sources même si les exceptions apportées à cette règle me semblent en l'état trop floues et imprécises pour rassurer totalement. Je ne voudrais pas qu'on fasse rentrer par la fenêtre ce qu'on a su heureusement faire sortir par la porte.
Mais quelle étrange idée que de prétendre introduire dans ce texte - la ministre l'a évoqué dans le Journal du Dimanche - l'obligation pour l'Agence France Presse (AFP) de diffuser dans un espace spécial l'intégralité des communiqués de presse des partis et des organisations syndicales !
Je ne soulève même pas le problème du caractère conjoncturel de cette initiative, à la suite de controverses récentes.
Plus sérieusement, est-il fondamental pour la démocratie que TOUS les communiqués de presse partisans et syndicaux soient diffusés ? Quel gain, quelle richesse dans cette accumulation obligatoire ?
La Société des journalistes de l'AFP dénonce le fait - selon le site du Nouvel Observateur - qu'on ne serait plus dans le domaine du journalisme. Je ne sais. Ce qui est sûr, c'est qu'il convient de toucher à la liberté d'expression avec l'esprit tremblant, dès lors que l'ambition affichée est de réduire la part d'autonomie d'une agence de presse prestigieuse. Il y a, sans forcer le trait et sans dramatiser, dans cette disposition incongrue, un petit bout de risque totalitaire qui pointe son sale museau. A l'évidence, il serait absurde de croire qu'une mécanique infernale va nécessairement s'engager qui ne ferait plus de l'AFP qu'un organe enregistreur. Mais pourquoi tenter le diable qui se trouve dans les débuts anodins, dans les démarches d'apparente bonne foi, dans les mesures de bon sens superficiel qui ouvrent la voie, si on n'y prend garde, à une suite que la République pourrait regretter ? Pourquoi commencer à emprunter un chemin dont l'aboutissement pourrait être désastreux ? Pourquoi même se soucier si peu de l'image de la France des Libertés qu'on puisse, pour une cause opportuniste, absolument pas consensuelle, hasarder de lui porter atteinte ?
C'est déjà trop pour une vraie démocratie que cette obligation de diffusion, même dans un secteur réservé. La liberté d'expression ne saurait tolérer d'être niée dans l'une de ses annexes. Elle est battue en brèche quand on interdit. Elle est brimée quand on impose.
Il commence à faire froid dans une démocratie quand le Pouvoir, quel qu'il soit, s'adresse aux médias en leur déniant l'embarras du choix.
Attention, danger, Madame le ministre de la Culture !
Après Sarkozy mécontent qu'on ne publie pas tous les communiqués de l'Elysée, la proposition de Christine Albanel ressemble à une opération pour faire perdre à l'AFP tout crédit en France et dans le monde. L'AFP a de nombreux "clients", des journaux qui lui font confiance et qui informent, grâce à elle, leurs lecteurs. En accordant à l'AFP une certaine indépendance. A l'ère de la concurrence, la méfiance à l'égard de l'AFP, qui va découler des interventions du Président et de la ministre, fera le bonheur d'autres agences, et pas forcément françaises... Que disait Sarkozy ? Remettre la France au centre du monde... On est mal parti !
Rédigé par : Bulle | 12 mai 2008 à 05:58
Comme beaucoup, je reconnais que sans la presse et, plus généralement, les médias informatifs quel que soit le support, je ne saurais pas grand-chose quant à ce qui se passe en ce monde. Déjà, comme la plupart des citoyens, j'en sais peu ; alors s'ils (la presse, pour simplifier) n'existaient pas...
Quant à l'expression qui les qualifie de quatrième pouvoir, celle-ci fait vomir. Au nom de quoi ce pouvoir et quel est-il exactement ? De quelle volonté populaire émane-t-il ? De quoi décide-t-il qui s'imposerait à la vie des gens comme les lois, décrets et décisions judiciaires émanant, eux, des trois précédents et légitimes pouvoirs au sein d'une démocratie ? L'AFP, comme les grandes agences mondiales, n'analyse que peu ; souvent elle donne l'information brute aux autres qui la relaient (ou non) après l'avoir interprétée et/ou commentée. Le problème, s'il existe, se situe à mon sens davantage en aval de cette information brute qu'au sein de l'agence qui la donne. Pour être clair : accusera-t-on le chasseur qui l'a tiré et vendu ce matin de ce que son lapin fut mal cuit (et immangeable) à midi par tel restaurateur qui l'aura acheté et préparé ? Christine Albanel (qui est une belle femme au demeurant, on ne le souligne pas assez, et kiffante comme disent les djeunes) devrait plutôt tenir ses propos, quoiqu'ils soient sans conteste sans queue ni tête, aux autres presses qu'à la vénérable agence. Et quand elle le ferait, même avec toute l'autorité qui est la sienne, quel effet cela aurait-il ? Pipi de sansonnet, je le crains pour elle. Car toute ministre qu'elle est, de quel poids son agacement face à untel magnat ? Car ce quatrième pouvoir, comme on l'appelle, est bien plus qu'à cette place pour peu qu'on y réfléchisse ; il n'est qu'une émanation du réel premier pouvoir qu'on ne cite jamais comme tel, quant à lui mais que tout le monde a à l'esprit par la force des choses, qui est le pouvoir économique. Ces quasi institutions médiatiques n'ont aucune liberté dans l'absolu, elles dépendent toutes à des degrés divers de ce pouvoir économique qui est son actionnaire souvent anonyme car le petit journal à papa avec le notable du village comme unique propriétaire et trois rédacteurs libres d'écrire ce qu'ils voulaient mais tirant chaque mois le diable par la queue pour vivre, c'est terminé depuis longtemps cette époque somme toute bien moins hypocrite que la nôtre. Quand Albanel (ou le président de la République) s'adresse ainsi à la presse, est-ce réellement à ces journalistes hommes et femmes qu'elle parle ou, sans l'avouer, à ce pouvoir économique qui est le propriétaire de ces médias. Car enfin, elle est suffisamment au fait, je veux le croire, que l'AFP n'y est pour rien dans tout ce bruit et cette fureur ; qu'elle se contente de recueillir partout dans le monde l'information et de la distribuer telle quelle à ceux qui voudront bien en faire ce qu'ils voudront, c'est-à-dire la presse commentatrice ou en d'autres termes la presse dite d'opinion ou politique ou tout ce qu'on voudra. Elle a bon dos, l'AFP, on ne risque rien à lui taper dessus. Mais ainsi, sans heurter les sensibilités, on fait passer un message à ceux à qui il est réellement adressé. Il y a un peu beaucoup de mauvaise foi dans cette attitude. Et de l'impuissance, il faut le dire, à s'imposer comme pouvoir face à ce pouvoir de l'ombre, il faut le dire, qui prend par sa partie ostentatoire lui de même le nom de pouvoir, quatrième celui-là étant donné que tout aussi ostentatoirement les premier, second et troisième sont censés exister déjà. Alors l'on biaise, nul ne l'ignore plus et l'on assiste à ce triste spectacle des unions quasi "consanguines" (je n'ai pas trouvé d'autres qualificatifs) de ces pouvoirs par le fait de mariages (sincères, d'amour, personne n'en doute) entre les uns et les autres personnifiant physiquement ces pouvoirs. Quand ce ne sont pas de simples liaisons, allez, mettons, amoureuses ; les qualifier autrement ne serait pas convenable. Et c'est poncif que d'affirmer encore que sur l'oreiller on se dit tout et se pardonne tout, n'est-ce pas ? Allons Christine, vous qui venez de Versailles où vous fûtes conservatrice... La Cour, voyons, la Cour... Il est une révolution, cependant, et ce blog en est une des manifestations éclatantes, c'est que désormais, par l'Internet, l'information n'a plus de vertical que le nom et/ ou l'apparence et qu'elle prend à la vitesse de la lumière la forme et la réalité d'une horizontalité tous azimuts sur laquelle tous ont prise et droit et non plus quelques-uns seulement. Ou comment la liberté ne meurt pas, malgré les coups terribles qui lui sont chaque jour assénés, et continue toujours de progresser. J.J. Rousseau a écrit que "l'homme est né libre et partout il est dans les fers". Du flanc de philosophe jamais remis de ses fessées juvéniles. L'homme est né dans les fers et partout il se libère, voilà qui est plus sérieux.
Salutations.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 11 mai 2008 à 19:41
@Kaoru (= t'as de beaux yeux / tu sens bon)!!
"C’est « un jeu d’enfant de sécuriser une liaison Wifi »"
C'est exact. Le problème c'est que quand on se trompe en notant le code ou qu'on l'oublie, il faut tout réinstaller et réinitialiser.
Je suis bien placée pour le savoir puisque c'est ce que je vais être obligée de faire.
Avec une bonne carte réseau qui détecte toutes les connexions wifi des environs - ce qui est le cas de l'une de nos machines qui détecte toutes les connexions de la rue -, il est très facile de pirater Pierre Paul Jacques si ces derniers n'ont pas bien encodé leur réseau et avec un peu de chances le légitime propriétaire (celui qui paie la facture) de la ligne sera le seul à ne plus pouvoir se connecter vu l'encombrement de son réseau par toutes sortes de pous et autres squatteurs sangsues.
C'est comme autrefois pour la télé. Avant d'avoir le câble, les grandes antennes du voisinage parasitaient très désagréablement certaines chaînes, tandis que sur d'autres fréquences on se serait cru dans le bureau du colonel. Vu que la poste nous distribue également son courrier par erreur à l'occasion...!
Mais comme nous sommes des gens discrets et bien élevés, pas plus que nous n'ouvrons le courrier qui ne nous est pas destiné avant de le restituer à son légitime propriétaire, nous n'écoutons les conversations qui s'adressent au staff d'autrui !
Heureusement avec le câble tout est rentré dans l'ordre !
Rédigé par : Catherine JACOB | 11 mai 2008 à 15:39
@ Catherine A.
« Tous les pouvoirs confondent information et propagande ; il n'est de bonne information que celle qui les valorise. »
En voici la preuve:
Samedi 24 octobre 1981.
Claude Estier au congrès de Valence : « Ce que nous mettons en cause c’est un système d’information qui est et qui reste aujourd’hui le produit de l’ancien pouvoir et qui pour cela,n’est pas en mesure d’expliquer honnêtement aux Français la politique de notre gouvernement. Pour ne prendre qu’un seul exemple, mais il est fondamental, comment voulez-vous que des journalistes économiques formés à l’école du libéralisme, et c’est le cas de la plupart d’entre eux, puissent expliquer la véritable signification des nationalisations ou des réformes spéciales que propose notre gouvernement ? »
« Ainsi de nombreux quotidiens de province passent in extenso tous les communiqués politiques ou syndicaux qu'ils reçoivent »
« In extenso », d’accord, seulement,quand il n’y a pas de coupures masquées par des intertitres inopportuns…
« pas un lecteur ne lit cette rubrique… »
Moi si ! C’est ce qui nous différencie.
Rédigé par : dab | 11 mai 2008 à 15:18
@ Marc,
« Doit-on rappeler ici la polémique autour de ce communiqué de l'UMP "pas assez" relayé à leur goût par la presse (la Presse ?) concernant une affaire engageant Mme Royal ? »
Pour un discours sur la mondialisation prononcé le 6 avril 2001 à Sao Paulo devant un demi-millier d’hommes d’affaires par Lionel Jospin et pas, à son goût, suffisamment traité par les médias, pour les incidents occasionnés avec les journalistes qui l’accompagnaient, notamment Sylvie Maligorne de l’AFP sévèrement corrigée dans l’avion même qui les emmenait de Rio à Buenos Aires le lendemain, 7 avril 2001, voir un article tenant sur six colonnes, écrit par Pascale Robert-Diard et Nicole Vulser et titré : « Retour sur le vol de Rio au cours duquel le premier ministre a accusé une journaliste de l’AFP de « manipulation politique », paru dans « Le Monde » daté du 18 avril 2001, onze jours plus tard, quand même !
Rédigé par : dab | 11 mai 2008 à 15:14
"J'aime beaucoup Christine Albanel, notre ministre de la Culture. Ni démagogue ni vulgaire, elle sait de quoi elle parle"
Je vous invite à faire un tour ici : http://www.pcinpact.com/actu/news/43490-albanel-ministere-culture-ASIC-HADOPI.htm
Je cite :
"La sécurisation des accès Internet est un point crucial dans ce dispositif qu’on nous présente avantageusement comme préventif : c’est « un point [même] capital, souligne le ministère, à partir du moment où l’internaute recevra un mail d’avertissement, il se préoccupera de cette question, on veut provoquer ce genre de mentalité ». C’est « un jeu d’enfant de sécuriser une liaison Wifi » nous assure encore le cabinet qui n’hésite pas à faire la rapide analogie entre les dispositifs de contrôles parentaux et la sécurisation d’un abonnement Internet. Monsieur Durand-Dupond devra donc maîtriser sur le bout des ongles clé Wep et filtrage Mac."
Si elle sait de quoi elle parle alors son cabinet raconte n'importe quoi...
Ca laisse rêveur.
Rédigé par : Kaoru | 11 mai 2008 à 14:10
Tous les pouvoirs confondent information et propagande ; il n'est de bonne information que celle qui les valorise. C'est bon du plus haut de l'Etat au petit conseiller général. Ainsi de nombreux quotidiens de province passent in extenso tous les communiqués politiques ou syndicaux qu'ils reçoivent. Résultat, pas un lecteur ne lit cette rubrique mais ceux qui ont envoyé cette littérature indigeste sont contents. J'espère que c'est ce qui arrivera si la "b(c)onne" idée de Christine Albanel devait se concrétiser. Que pas un organe de presse ne les reprenne ou qu'ils créent une rubrique "propagande". C'est d'ailleurs le nom que devrait prendre le ministère de Mme Albanel qui à mes yeux s'est totalement discréditée et mériterait seulement d'être virée.
Rédigé par : catherine A. | 11 mai 2008 à 11:58
Dépêche AFP : Ségolène Royal a déjeuné au restaurant de l'Etoile avec Jean-Pierre Mignard, la présidente du Poitou-Charente a commencé avec une salade de fruits de mer en provenance de Bretagne où les marins pêcheurs réclament une baisse de 30 centimes sur le litre de carburant, apprécié un carpaccio préparé en cuisine par Mamadou Sisenko récemment régularisé, et terminé avec un sorbet de la maison Berthillon qui accuse une baisse de son chiffre d'affaires en raison de la hausse du prix du lait.
Rédigé par : SR | 11 mai 2008 à 11:31
Je suis étonné par la tournure de votre article, qui prêtant à Mme la Ministre des qualités d'indépendance intellectuelle (allant puiser ses référents culturels à Droite plutôt qu'à gauche !) ferait curieusement le jeu de l'exécutif en proposant une loi pour le moins discutable...
Doit-on rappeler ici la polémique autour de ce communiqué de l'UMP "pas assez" relayé à leur goût par la presse (la Presse ?) concernant une affaire engageant Mme Royal ?
Je ne sais si cette proposition de loi est consécutive à la colère présidentielle ou si c'est le contraire, toujours est-il, que Mme la Ministre relaie ainsi le Souhait présidentiel.
Alors plusieurs interrogations.
Pourquoi vous adresser à Mme la Ministre alors que manifestement l'initiateur de ce projet de loi se trouve à l'Elysée ?
Pourquoi ce ton ambigu méprisant une "petite gauche culturelle" ? D'ailleurs que viennent faire la gauche et la Droite dans ce débat ?
Plus généralement, moi qui vous lis depuis le début (eh oui je suis et reste un fan), il me semble qu'au fil des mois, vous vous êtes conformé à un style entendu.
Peut-être suis-je dans l'erreur, mais j'ai le sentiment que vous cherchez à lancer le débat par de petites provocations, des partis pris qui nourriront les commentaires de nous autres.
Et ce peut être en exagérant votre sentiment réel, voire en le travestissant ?
Pardonnez-moi de vous prêter ainsi des intentions qui si elles sont hors sujet n'enlèvent pas cette impression que quelque chose à changé dans votre rhétorique.
Bien à vous,
Marc
Rédigé par : Marc | 11 mai 2008 à 11:16