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« Outreau, ça suffit ! | Accueil | Un bon Conseil ! »

Le silence est requis !

La conférence de presse soigneusement improvisée par le procureur général Yves Bot à l'intérieur de la cour d'assises de Paris, dans l'affaire d'Outreau, devient contagieuse.

En effet, on apprend que l'avocat général Nachbar, à la fin des débats du procès Fourniret-Olivier, a lui aussi donné une conférence de presse exceptionnelle pour, paraît-il, se justifier.

J'ai cru comprendre que ses réquisitions avaient été discutées. On ne peut prétendre vraiment contester le fond d'un réquisitoire que si on a assisté à toutes les audiences. Quant à la forme, je n'aurais pas employé certains de ses mots mais à chaque avocat général son style.

Ce dont je suis sûr en revanche, c'est que venir, de sa propre initiative, s'expliquer devant les médias à l'issue d'un procès ne devrait pas être le fait d'un accusateur public. Le réquisitoire terminé, la copie est rendue, bonne ou mauvaise. Si on ressent l'obligation d'éclairer ou de contredire, de dissiper une mauvaise analyse ou de faire acte de repentance, de confirmer son point de vue ou de l'infléchir, c'est que quelque chose a manqué lors du seul discours qui vaille : celui qui doit convaincre les jurés.

Il y a quelque chose d'humiliant à proposer un mode d'emploi de sa pensée et de son vocabulaire à des journalistes qui n'en auraient pas pris la mesure. Humiliant pour soi comme pour eux. On participe ainsi à une dérive qui dégrade l'audience en lui donnant une suite inutile. Il y a une grandeur dans la solitude de l'avocat général, qui refuse les joutes médiatiques tant que le procès n'est pas parvenu à son terme. Le dialogue nécessaire avec les médias, pour l'information du citoyen, n'a rien à voir avec ces exercices qui trouvent le moyen de frôler le narcissisme alors qu'ils cherchent seulement à remonter le courant médiatique.

Nous ne sommes pas des avocats dont la gloire veut souvent que, tirant profit de leur défaite, ils s'en prennent à la justice comme s'ils avaient gagné. A chacun son métier.

Demain, l'arrêt sera rendu dans cette épouvantable affaire. On se souviendra de la relation des horreurs, du réquisitoire et des plaidoiries. De l'essentiel.

Quelle étrange conférence de presse qui donne aussi l'impression, et c'est le pire, de répondre à un Fourniret fulminant. L'accusé n'est un interlocuteur valable pour l'accusateur que durant le procès.

Après, c'est trop tard.

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Voici les sites qui parlent de Le silence est requis ! :

Commentaires

Comme dirait Thierry R. "ces deux-là vont pas passer leurs vacances ensemble !"

Peut pas tenir un blog comme tout le monde, Nachbaur ?...

Il pourrait y faire des explications de texte, nous donner la version écrite de son vocabulaire fleuri, retrouver Aïssa en dehors des ors du prétoire, apprendre à vociférer par le simple emploi de majuscules (plus reposant pour l'oreille) et commenter les vannes de son collègue assassin !

Mais comme dirait Aïssa, "chez ces gens-là, on n'écrit pas Monsieur, on éructe !..."

Sauf chez PB, nous rassurerait aussitôt Véronique.

PS : la sortie sur les "avocats"... singuliers, c'est pour Collard et/ou Vergès ?

Les deux, mon Capitaine !

Quand on éprouve ainsi le besoin de se justifier auprès des médias, c'est qu'on pense qu'on n'a pas été brillant auprès des médias. Pipolisation magistrale ! Cher Philippe, l'Histoire ne vous donne pas raison, hélas, qui se souvient moins de la relation des horreurs, du réquisitoire et des plaidoiries que du mot de la fin du procès qui revient, en procédure, à l'accusé. Aujourd'hui, ce mot fut celui de Fourniret : "Gloire à toi, petit roquet Francis...", à l'intention de cet avocat général. On retiendra ça ; tout le reste, l'accusation publique l'a gâché.

Allez, bonne nuit.

Aïssa.

Nachbar versus Bilger ?

En convent, le premier, seul, vocifère
Hors convent, le second, seul, vaut six frères

Le dit procureur en s'exprimant sur l'affaire en dehors de l'audience (en civil ou en costume ?) en fait aussi une affaire personnelle entre son ego et la défense, ce qui parait inouï. Y a-t-il des précédents ?
S'il s'est exprimé après la défense et en tout cas avant l'énoncé du verdict ne peut-il avoir offert à la défense un moyen de cassation ?

Vous avez raison Philippe, avec cette conférence l'avocat général a sans doute tenté de justifier ses "araignées gluantes" et autres dérapages verbaux surprenants. Mais était-il nécessaire "d'en rajouter une couche". Que ce dossier ait été pénible, tout le monde en a conscience mais il le fut plus encore pour les familles qui restèrent dignes. Le moins que l'on aurait pu attendre d'un avocat général est qu'il le soit lui aussi, qu'il ne se laisse pas aller à l'invective, qu'il ne se place pas au niveau de ces accusés-là ; surtout quand il n'est pas tout à fait un perdreau de l'année et que côtoyer l'horreur humaine est depuis longtemps son quotidien. Je ne veux pas dire par là qu'il faille s'y habituer ; juste que le temps doit amener à maîtriser les emballements. Sa "copie", à ces invectives près, a-t-elle été bonne, exceptionnelle ? Peut-être ; ceux qui y ont assisté peuvent le dire. Malheureusement pour les autres il ne reste que ce malaise devant la violence de quelques termes employés. Et qu'on ne me dise pas qu'une fois encore ce sont les journalistes qui n'ont rien compris ou qui donnent dans le spectaculaire. Le "à gerber Fourniret, à gerber Olivier" ils ne l'ont pas, hélas, inventé.

"Quant à la forme, je n'aurais pas employé certains de ses mots"

Comme on le sait, c'est en effet parfois 'le détail' qui fait tout le fond de l'affaire et non pas seulement une question de style !
L'horreur de cette épouvantable affaire ce sont les actes qui figurent à son dossier et c'est en effet tout ce qui doit déclencher et soutenir l'ire de l'accusateur public, car pour l'homme nul individu sain d'esprit ne pourrait avoir même l'idée de s'en faire un modèle comme pour, il me semble, l'imitateur du Dr Hannibal Lecter, un personnage de Dragon rouge, et ce psychiatre cannibale interprété par Sir Anthony Hopkins, notamment dans "Le silence des agneaux" ; donc peine perdue que d'en faire une cible, toute flèche inutilement décochée à l'homme étant en effet une flèche perdue pour ses crimes !

Le silence aurait été requis principalement pour les réquisitions-mêmes du "roquet" Francis, selon les propos hélas justifiés de Fourniret. Les avocats de Fourniret ont tenu la bonne ligne, mais l'enflure vaniteuse de M. Nachbar lui commandait de faire des phrases quand il n'en fallait aucune, c'était son heure de gloire, son chef d'oeuvre, l'occasion unique de requérir devant la France entière et l'histoire judiciaire de ce pays.

Est-il un magistrat celui qui, pour réclamer une peine, se vautre dans l'insulte en digne héritier de Fouquier-Tinville ? Image affligeante d'un ministère public pris d'une diarrhée de démagogie fastoche et répugnante, qui jette ses bouses sur le criminel en abaissant la société qu'il prétend défendre au rang de chiottes publiques.

Vous avez du boulot, Philippe, pour rendre tout ça sympathique ou, pour le moins, respectable !

"Nous ne sommes pas des avocats dont la gloire veut souvent que, tirant profit de leur défaite, ils s'en prennent à la justice comme s'ils avaient gagné. A chacun son métier".

Voyons donc ! Pourquoi un tel mépris et une attaque aussi facile qu'arrogante :

-Effectivement les magistrats ne sont pas des avocats et contrairement à ces derniers, ils n'ont aucune inquiétude sur leurs fins de mois puisque, bons ou nuls, l'Etat les gratifie d'un traitement, la preuve étant rapportée que les éléments les plus brillants de la magistrature ne sont pas nécessairement élevés au poste de chef de juridiction ou dans les cabinets de la Chancellerie.

-Ensuite, vous savez pleinement qu'un défenseur prolonge son travail de conviction auprès d'un auditoire plus large que les seuls juges qu'il n'a pu ou su convaincre : il est (mais c'est évidemment très rare, même si vous indiquez vous-même sur votre blog que les meilleurs de la magistrature ne sont pas nécessairement promus là où ils mériteraient d'être) des juges habitués, endormis ou paresseux que même le meilleur défenseur ne saurait convaincre. Quelle autre ressource le défenseur a-t-il alors que de prendre l'opinion à témoin ?

Prenons quelques bavures judiciaires célèbres : si l'avocat qui n'a pas réussi à obtenir la décision juste qu'il recherchait s'incline benoîtement et admet la vérité judiciaire fraîchement délibérée comme vérité révélée, qu'en est-il de son serment de défendre son client jusqu'au bout de sa conviction ?

Rétrospectivement, pensez-vous par exemple que les avocats qui ont échoué à obtenir l'acquittement de Patrick Dils (lors du 1er et 2nd procès), ou bien celui de Marc Machin (même s'il est encore présumé coupable) ou bien ceux des condamnés du premier procès d'Outreau (acquittés ensuite à Paris), auraient été à leur place en indiquant à la presse, en sortant du Palais, que le verdict qui vient d'être rendu (et qui est contraire à ce qu'ils demandaient) est une bonne décision, une grande décision de justice, devant laquelle ils s'inclinent ?

Auriez-vous souhaité que Me D.M vante les mérites du Juge Burgaud au seul prétexte que ce dernier maintenait abusivement sa cliente en détention ? Ainsi, Me D.M (dont vous critiquez l'urbanité en audience) aurait-il cherché à masquer sa défaite en dénonçant que sa cliente était détenue à tort, sachant qu'elle serait acquittée par la suite ?

Comment l'opinion aurait-elle découvert la pathétique réalité du Juge Burgaud si elle n'avait été alertée par le remous médiatique de cette lamentable affaire ?
Soyons sérieux, c'est au contraire en prenant l'opinion à témoin de ce qui est parfois un véritable scandale que l'avocat réussit à alerter le peuple français, au nom duquel la justice est rendue, des bavures que l'on commet parfois en son nom.

De grâce, cher Philippe, vous connaissez trop bien la réalité de l'intérieur et la dénoncez trop souvent avec courage pour ne pas vous lancer dans cette attaque corporatiste contre le Barreau.

L'avocat qui s'exprime à la sortie d'une audience ne cherche nullement à justifier l'injustifiable : il explique son point de vue.

N'est-ce pas d'ailleurs pour cela qu'avec un énorme retard, les magistrats du Parquet y ont également pris goût par la création d'un magistrat chargé des relations avec la presse ?

Ne pensez-vous pas non plus que certains de vos collègues prennent également un malin plaisir à s'afficher et se répandre par voie de presse, y compris quand c'est inutile ?

Cette phrase était inutile à votre billet par ailleurs percutant, comme à l'habitude.

Merci Thierry de relever l'honneur de la robe : PB devrait, pour sa peine, faire un stage de huit jours chez son ami JYLB !

Je lis ce matin que Me Dupont-Moretti refuse de prendre en charge la défense du gendarme incarcéré à Brignoles pour avoir tiré sur un suspect qui s'enfuyait et l'avoir malheureusement tué, au motif qu'il ne se voyait pas répondre à l'appel de la Gendarmerie... Il aurait pu en être autrement, selon l'avocat, si la démarche du gendarme avait été faite auprès de lui à titre individuel...

Sancta subtilitas !

"En convent, le premier, seul, vocifère

Hors convent, le second, seul, vaut six frères"
........nous contez-vous si bien (un peu d'humanité en ce monde si brut) !


merci à vous : en convent j'en conviens, j'ai beaucoup aimé vos vers non sataniques plus ho là là !
un honneur pour moi que de partager votre message virtuel !
Sissi !

je rajoute juste :
Bien mal requis ne profite jamais !
Sissi aussi !
(mes amitiés à madame Bilger)

Je partage en tous points votre opinion. Cet aspect tentaculaire de la médiatisation devient proprement inquiétant et fait sortir le procureur de son rôle. Certains, à n’en pas douter, seront sans doute tentés de faire la comparaison avec une fonction éminente de notre République, la première d'entre elles. Mais restons plutôt dans le domaine qui nous intéresse. Finalement, par cette justification inopportune, effectuée dans le cadre d‘une conférence de presse, il s'établit une sorte de parallèle entre le procureur et l'assassin, au risque de gommer la solennité indispensable à un procès d’assises et au réquisitoire de l’avocat général. On a glosé sur la véhémence de ce dernier dans l’affaire Fourniret. Comme vous le dites, il serait déplacé de le faire lorsqu’on n’a pas assisté aux audiences. De plus, l'habileté manipulatrice de Fourniret n'est sans doute pas étrangère à l'attitude de Francis Nachbar. Par ailleurs, et vous aviez vous-même abordé cette question cruciale, quelle est la part d’humanité et de monstruosité d’un tel criminel ? L’un de vos internautes a risqué la comparaison facile et déplacée avec le nazisme, comme s’il s’agissait de cela. Vous m’excuserez l’emploi d’un terme psychanalytique, mais je crois que l’avocat général est l’une des incarnations du Surmoi de la société, c’est-à-dire, pour faire vite, qu’il représente la loi du père dont le rôle est de fixer des limites et des interdits à l’enfant. Je ne parle pas ici de la compétence de tel ou tel procureur, n’ayant aucun élément pour en juger. Je rappelle simplement que sa fonction, essentielle pour notre société, ne doit pas être dénaturée par ce genre de maladresses comme celle qui consiste à se justifier, non pas seulement devant la presse et l'opinion publique, mais à travers elles, devant Fourniret lui-même. Pour le reste, dénoncer la monstruosité d'un tueur en série, ce n'est, en aucune manière, en faire un sous-homme, c'est encore une fois, redire la norme d'une société. Je crois, en revanche, que la Justice doit pouvoir rendre des comptes quand elle commet de graves manquements, sans porter atteinte pour autant à son indépendance. Je suis trop ignorant dans ce domaine pour hasarder une quelconque suggestion. Au-delà de la fonction, il y a une question d'humanité et je n'en ai pas senti beaucoup à l'époque dans les propos ou l'attitude du juge Burgaud.
J’ai apprécié votre intervention dans l’émission d’Yves Calvi consacrée à la « folie meurtrière ». Vous m’avez appris bien des choses, notamment sur la possibilité qu’a le juge de solliciter autant d’expertises et contre-expertises qu’il l’estime nécessaire. Je crois en effet que cette collégialité, ces expertises contradictoires, constituent le minimum de garantie indispensable pour évaluer la responsabilité ou l’irresponsabilité d’un criminel. Quand j‘entends des énormités dites par la psychologue du documentaire, qui évoque sérieusement la « culpabilité » d‘un psychotique délirant vis-à-vis de son père comme origine de son trouble, je me dis que la multiplication des expertises est loin d'être superflue. Je regrette seulement que l’émission se soit limitée à la folie et n'ait pas abordé les troubles de la personnalité. Sans doute l'occasion d'un autre débat.

Dire d'un prévenu qu'il est fêlé à l'issue d'une longue plaidoirie est stupide, car cela anéantit le processus engagé pour enfermer dans une prison Fourniret. S'il est fou, la prison est inadaptée. Ah, tout le monde veut son quart d'heure de gloire à la télé, des propos chocs feront la Une des médias, alors qu'un discours raisonnable ne passera pas chez PPDA.

Alors comme ça, ce que j'ai lu dans le Monde ou dans le Figaro sur le réquisitoire de l'avocat général, c'est de la com.

Avec des dossiers de presse, des attachés de presse et des journalistes qui recopient le poids des mots et le choc des images. Comme dans Paris-Match !

Alors comme ça, Francis Nachbar fait dans les relations publiques.

Là, Monsieur l'avocat général Nachbar, je ne peux pas vous suivre.

Ce qui m'humilie ce ne sont pas vos mots, ni vos coups. S'il le fallait je les assumerais avec vous. Parce que j'accepte avec vous de dire que dans le tribunal, nous étions dans la totale nuit des "ténèbres du mal." Et que c’est de cette nuit dont il fallait parler aux jurés. Alors, je ne peux pas jurer que vos mots, je les aurais tus.

Ce qui m'humilie ce sont vos relations publiques après.

J'aurais peut-être manqué comme vous de dignité, de décence. J'aurais peut-être pu, avec vous, dire ma violence. Parce qu'un réquisitoire c'est, comme en face, un homme ou une femme. Ma façon de dire que oui, une violence à son paroxysme c'est toujours le fruit d'hommes et de femmes. Qui le demeurent pour toujours.

Mais je suis sûre qu'après cela, j'aurais eu la dignité de me taire. Et que les attachés de presse, je les aurais envoyés se faire foutre.


@catherine A.
"Le "à gerber Fourniret, à gerber Olivier" ils ne l'ont pas, hélas, inventé."

Le 'gerbillon' est donc à limiter à certaines chaussettes peut-être ?

@Jean-Dominique Reffait
Tout à fait d'accord avec vous. Soit le magistrat en question a perdu les pédales, soit il s'est voulu populiste pour faire populaire en pensant que les jurés auraient besoin d'entendre des propos dignes du comptoir du café du commerce. Il n'est nul besoin d'être méprisant pour être ferme. Nul doute que le procès Fourniret était un procès à la mesure de P.B ! Hélas, le futur condamné a déjà annoncé qu'il ne ferait pas appel...

Je tiens à féliciter monsieur l'Avocat général Bilger pour la profondeur de son billet : je pense qu'il a raison de critiquer le fait pour un magistrat de donner une sorte de conférence de presse relativement à un procès ou une affaire en cours.
Pour le peuple, pour les citoyens destinataires de cette conférence de presse via les journalistes, c'est quelque peu malsain.
Tout le monde maintenant veut se montrer : c'est le Président Sarkozy, dans la sphère publique, qui a initié et impulsé cette tendance. Les magistrats s'engouffrent dans la brèche ainsi ouverte. Il serait malvenu que le garde des Sceaux actuel donne un avertissement aux magistrats concernés, car lui-même (ou plutôt elle-même puisqu'il s'agit de Rachida Dati) adore la scène médiatique. Alors je comprends et accueille très favorablement la réaction de monsieur l'Avocat général Bilger, tout en espérant que cela ne lui vaudra pas des inimitiés de la part de ses collègues critiqués.
Beaucoup de Français avaient fait part de leur bonheur devant la "libération de la parole" amenée par l'actuel chef de l'Etat. Ils ne voient pas qu'ils sont en train de contribuer à discréditer leurs propres institutions.

@Thierry SAGARDOYTHO
"Hélas, le futur condamné a déjà annoncé qu'il ne ferait pas appel..."

Il n'y aura donc pas de débat relativement à la peine de perpétuité incompressible qui représente une façon de résoudre en somme la question de la rétention de sûreté.

@ Véronique, la conférence du procureur vous a humiliée, dites-vous. Ne craignez-vous pas de tomber dans la grandiloquence ?

La peine de perpétuité incompressible, ici, dans le cas de cet homme, est symbolique avant tout, c'est comme cela qu'il faut l'interpréter. Car même avec une "simple" et "classique" perpétuité (si j'ose l'écrire ainsi), Fourniret est destiné à mourir en prison. Je le redis, la justice est souvent une simple question d'arithmétique. Il a 66 ans actuellement. Dans le meilleur des cas pour lui, s'il était entendu qu'il devait être libéré, cela serait dans 25 ou 30 ans. Il aurait près de 100 ans à ce moment. Pareil pour Olivier. En rajouter, de l'incompressible et tutti quanti, sur une "simple" perpétuité, dans ce schéma précis, est plus de l'ordre psychologique qu'autre chose, comme un exutoire collectif, une catharsis. Le problème aurait été tout autre si Fourniret avait eu non pas 66 ans aujourd'hui mais 25 ou 30 ans. Je crois qu'alors la Pénitentiaire aurait demandé avec force et fracas à être consultée car une perpétuité incompressible, donc réelle, jusqu'à la mort en cellule du condamné, quand celui-ci n'a que 25 ou 30 ans, cela risquerait d'être coton pour les surveillants à la longue de le garder... Car c'est bien beau de balancer souvent des verdicts à l'emporte-pièce ; après, il y a l'intendance ou le service après-vente, si l'on préfère, et ça c'est une autre histoire... Ils seront, dans un avenir proche, si ce n'est déjà là, de par les lois et mesures pénales nouvelles, de par une certaine mentalité politique non moins innovante du tout absolument sécuritaire et pour tout dire de la plus grande hypocrisie politique, nombreux qui, sans avoir commis les monstruosités d'un Fourniret, d'un Van-Géloven ou d'un Tissier, seront ainsi jetés de la sorte dans ce que de Gaulle appelait "les poubelles de la France". Ils sont nombreux les jeunes surveillants de prison que je rencontrais et qui, hyper diplômés qui dans l'informatique, qui dans l'ingéniérie, etc., ne trouvant pas de boulot dans leur secteur d'activité, ont finalement intégré la Pénitentiaire car il faut bien manger, me disaient-ils simplement, payer son loyer, et je les comprenais, et qui me disaient donc qu'ils étaient plutôt un peu beaucoup terrorisés à l'idée d'avoir à garder sa vie durant ou même durant 25 ou 30 ans un type de 25 ou 30 ans. Il faudrait se poser un peu la question des surveillants de prison, leur mission et leurs conditions de travail auprès, n'en déplaise à une certaine accusation au discours objectivement nazi, oui je le redis, au discours nazi, ces hommes et ces femmes qui ne sont pas tous et toutes des pourri(es) systématiques et qui aimeraient non seulement exercer leur travail un peu plus dignement, que celui-ci ait un sens et pour eux et pour les prisonniers, et surtout pouvoir rentrer un peu moins inquiets le soir ou le matin chez eux pour y retrouver femme et enfants qui les attendraient tout autant moins angoissés car derrière ces murs il y aurait de plus en plus de gens qui n'auraient plus rien à perdre désormais sinon leur vie organique réduite à végéter.

Aïssa.

Monsieur Bilger, je pense effectivement qu'un magistrat doit répondre de ses erreurs s'il en commet mais n'a pas à se justifier sur la place publique à l'issue d'un procès. Les mots prononcés par lui lors des débats doivent se suffire à eux-mêmes.
Il doit les assumer même s'il en est mécontent au final.

@Catherine Jacob
"Hélas, le futur condamné a déjà annoncé qu'il ne ferait pas appel..."
Pensez vous un instant à la douleur des familles des victimes en écrivant cela ou juste au plaisir que vous auriez eu à disserter sur le sujet et à nous raconter le système carcéral japonais en l'an 1312 ?

Qui peut résister à la gloriole d'avoir son quart d'heure de célébrité ? Les magistrats pas plus que les autres... Et plus les contraintes qui canalisaient les subjectivités erratiques disparaissent avec le temps et deviennent de plus en plus ce "parfum d'un vase vide" dont parlait Renan, et plus il en sera ainsi... Qui parle encore de déontologie, sauf dans les colloques... et pour les autres !

Monsieur Aïssa, donc pour vous un individu comme Fourniret, s'il avait été condamné à l'âge de 30 ans, aurait dû avoir un jour au l'autre le droit de sortir ?
Personnellement je ne le pense pas.

Je considère cet individu comme une bête fauve que seul le fait qu'il fasse partie de l'espèce humaine interdit d'euthanasier comme on le ferait pour un chien enragé, un pitbull venant d'égorger une personne.
Je n'ai que peu de compassion pour les assassins en général et aucune pour lui en particulier.

Si cet homme avait de la dignité il se suiciderait ce qui n'est à ma connaissance pas trop difficile en prison.
Il va végéter en prison ?
Et alors, ses victimes sont sous terre, pourquoi faudrait-il y avoir des mesures de mansuétude particulière ?
Ce gars n'a aucun repentir et il serait prêt à recommencer. Tel est mon sentiment mais je concède bien évidemment que ce n'est pas une vérité en soi.

Sinon comment font les gardiens de prison hollandais, où lorsqu'une perpétuité est décidée, elle est réellement appliquée.

Mais il est tout aussi vrai que les conditions de vie et de travail du personnel pénitentiaire sont à revoir tout comme l'est l'organisation du système carcéral dans son ensemble et le rôle même de la prison au sein de notre société.

L'expression de Philippe concernant les avocats provient sans doute de sa grande déception de constater que son collègue Nachbar s'est comporté, au cours de son réquisitoire comme après, comme un vulgaire braillard faisant fi de la hauteur que représente la défense de la société tandis que les avocats de la défense, à l'inverse, se sont tus devant le caractère indéfendable de la cause Fourniret, se transformant par défaut d'un véritable avocat général en véritable représentants de la société. Cette inversion de polarité a de quoi fâcher un Bilger !

Regardez en haut de votre navigateur le titre de cette page qui comporte le titre initial du billet : "Je requiers le silence", contre qui sinon ce piteux collègue. Philippe a adouci le titre, confraternité oblige, mais j'y perçois la colère et la claire volonté de n'être pas confondu avec le vociférateur public de Charleville-Mézières.

@Surcouf

Vous êtes mal renseigné, monsieur ; nulle part en Europe, il n'y a de perpétuité réelle, surtout pas en Hollande. Vous confondez avec la mesure de rétention de sûreté à vie dont le législateur a invoqué l'existence aux Pays-Bas pour la voter en France. Et même cette mesure, en Hollande, n'est pas appliquée à vie. En Espagne également où certaines condamnations, de par leur code pénal, peuvent aller au-delà du millier d'années de réclusion criminelle, on libère généralement, même le pire meurtrier, au terme de 20 ans, voire 25 ans d'emprisonnement. Je n'ai pas de solution toute faite ; je vous dis les choses telles qu'elles sont. Les surveillants de prison, s'ils vous lisent, ne vont pas être contents, croyez-moi. Il y eut un précédent d'un meurtrier d'enfant qui avait environ 20 ans à l'époque du crime : Lucien Léger qui tua le petit Luc Taron âgé de 8 ou 9 ans. Il fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1964. Il fut libéré au bout de 41 ans de réclusion, en 2005, se porte physiquement et mentalement on ne peut mieux voire en meilleure santé que des hommes de son âge qui ne sont jamais allés en prison, et vit seul non loin de Reims comme un paisible retraité. A cette époque, 1964, les mesures incompressibles légales n'existaient pas, il n'y avait que la perpétuité ou la guillotine. Lucien Léger a toujours eu en détention une conduite irréprochable. Qu'en aurait-il été si le même avait été un homme prêt à tout pour ne pas crever là-dedans une vie durant ? Allez expliquer aux surveillants de prison ce que vous m'écrivez là, j'en souris, excusez-moi... A la Centrale de Saint-Maur, récemment, à l'heure de la soupe du soir, quand le surveillant a ouvert la cellule d'un condamné à perpétuité, celui-ci s'est précipité sur lui et le détenu qui servait la gamelle. Le surveillant a pu s'enfuir en hurlant et courant dans les couloirs et s'enfermant dans une unité. Pendant ce temps, le malheureux détenu préposé aux repas eut la tête fracassée contre le sol par l'autre qui commençait avec application, sous les regards effrayés des surveillants qui n'osaient approcher, de lui dévorer, avec une fourchette, la cervelle qu'il avait sortie de la boîte crânienne. Cet exemple n'est pas le seul. Etudiez le cas de Claude Buffet qui égorgea, en 1972, à la Centrale de Clairvaux, un surveillant et une infirmière et qui dit, avec force résolution, lors de son procès par la cour d'assises de Paris qui eut à juger de cette affaire, que tout lui était préférable que de mourir de vieillesse en prison. Il n'avait qu'une quarantaine d'années à ce moment. Il y a des enregistrements célèbres de sa voix, lors du procès, où il réclame la guillotine car cela lui était moins pire que mourir en prison au long de décennies interminables. CQFD.

Salutations.

Aïssa.

@ Laurent

Oui.

De la communication, avec les logiques et les acteurs que cela suggère après un réquisitoire, est humiliant pour l'idée que je me fais de la place de la société dans un procès.

Les avocats généraux ou les procureurs disent qu'ils portent la voix collective et qu'ils soutiennent une accusation dans un espace verbal - une cour d'assises -, qui a été imaginé comme le lieu de l'expression, mais aussi surtout comme celui de la régulation de la violence commise. Je pense qu'un tribunal est l'illustration peut-être la plus juste de ce que j'appelle la civilisation.

Alors, parce que j'ai réfléchi à tout ça dans ma discussion avec Aïssa dans un autre billet de Philippe, la communication institutionnelle, les relations publiques pour les notoriétés, tout cela m'a fait très bizarre et m‘a mise très mal à l‘aise.

Bref, je ne voyais pas les choses ainsi. Et si FN me représentait dans ce tribunal, comme une infime poussière, je me sépare de lui dans l’idée de sa conférence de presse après son réquisitoire. Cette conférence de presse m’apparaissant comme quelque chose de médiocre. Et la médiocrité humilie.

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