La conférence de presse soigneusement improvisée par le procureur général Yves Bot à l'intérieur de la cour d'assises de Paris, dans l'affaire d'Outreau, devient contagieuse.
En effet, on apprend que l'avocat général Nachbar, à la fin des débats du procès Fourniret-Olivier, a lui aussi donné une conférence de presse exceptionnelle pour, paraît-il, se justifier.
J'ai cru comprendre que ses réquisitions avaient été discutées. On ne peut prétendre vraiment contester le fond d'un réquisitoire que si on a assisté à toutes les audiences. Quant à la forme, je n'aurais pas employé certains de ses mots mais à chaque avocat général son style.
Ce dont je suis sûr en revanche, c'est que venir, de sa propre initiative, s'expliquer devant les médias à l'issue d'un procès ne devrait pas être le fait d'un accusateur public. Le réquisitoire terminé, la copie est rendue, bonne ou mauvaise. Si on ressent l'obligation d'éclairer ou de contredire, de dissiper une mauvaise analyse ou de faire acte de repentance, de confirmer son point de vue ou de l'infléchir, c'est que quelque chose a manqué lors du seul discours qui vaille : celui qui doit convaincre les jurés.
Il y a quelque chose d'humiliant à proposer un mode d'emploi de sa pensée et de son vocabulaire à des journalistes qui n'en auraient pas pris la mesure. Humiliant pour soi comme pour eux. On participe ainsi à une dérive qui dégrade l'audience en lui donnant une suite inutile. Il y a une grandeur dans la solitude de l'avocat général, qui refuse les joutes médiatiques tant que le procès n'est pas parvenu à son terme. Le dialogue nécessaire avec les médias, pour l'information du citoyen, n'a rien à voir avec ces exercices qui trouvent le moyen de frôler le narcissisme alors qu'ils cherchent seulement à remonter le courant médiatique.
Nous ne sommes pas des avocats dont la gloire veut souvent que, tirant profit de leur défaite, ils s'en prennent à la justice comme s'ils avaient gagné. A chacun son métier.
Demain, l'arrêt sera rendu dans cette épouvantable affaire. On se souviendra de la relation des horreurs, du réquisitoire et des plaidoiries. De l'essentiel.
Quelle étrange conférence de presse qui donne aussi l'impression, et c'est le pire, de répondre à un Fourniret fulminant. L'accusé n'est un interlocuteur valable pour l'accusateur que durant le procès.
Après, c'est trop tard.
Nachbar versus Bilger ?
En convent, le premier, seul, vocifère
Hors convent, le second, seul, vaut six frères
Rédigé par : sbriglia... ou Cactus ? | 28 mai 2008 à 06:17
Quand on éprouve ainsi le besoin de se justifier auprès des médias, c'est qu'on pense qu'on n'a pas été brillant auprès des médias. Pipolisation magistrale ! Cher Philippe, l'Histoire ne vous donne pas raison, hélas, qui se souvient moins de la relation des horreurs, du réquisitoire et des plaidoiries que du mot de la fin du procès qui revient, en procédure, à l'accusé. Aujourd'hui, ce mot fut celui de Fourniret : "Gloire à toi, petit roquet Francis...", à l'intention de cet avocat général. On retiendra ça ; tout le reste, l'accusation publique l'a gâché.
Allez, bonne nuit.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 28 mai 2008 à 01:09
Comme dirait Thierry R. "ces deux-là vont pas passer leurs vacances ensemble !"
Peut pas tenir un blog comme tout le monde, Nachbaur ?...
Il pourrait y faire des explications de texte, nous donner la version écrite de son vocabulaire fleuri, retrouver Aïssa en dehors des ors du prétoire, apprendre à vociférer par le simple emploi de majuscules (plus reposant pour l'oreille) et commenter les vannes de son collègue assassin !
Mais comme dirait Aïssa, "chez ces gens-là, on n'écrit pas Monsieur, on éructe !..."
Sauf chez PB, nous rassurerait aussitôt Véronique.
PS : la sortie sur les "avocats"... singuliers, c'est pour Collard et/ou Vergès ?
Les deux, mon Capitaine !
Rédigé par : sbriglia | 28 mai 2008 à 00:59