Ma Photo

Dans les médias

  • Public Sénat
    13 juillet 2009 18.00
  • France Inter
    13 juillet 2009 8.20-9.00
  • Paris Match
    9 juillet 2009

Diffusion

  • Wikio
    Wikio - Top des blogs

Mentions légales

  • Directeur de la publication: Philippe Bilger
    SixApart sa 104 avenue du Président Kennedy 75116 PARIS
Blog powered by TypePad

« Un peu de classe, par pitié ! | Accueil | Le profane et le sacré »

Finkielkraut vise juste !

Je l'attendais, je l'espérais, cet article dans le Monde.

Alain Finkielkraut a été fidèle au rendez-vous. Il a publié un court texte sur le film qui a remporté la Palme d'Or du Festival de Cannes.

Je suis d'autant plus sensible à ses réflexions que depuis la fin du festival, je retenais mon envie d'écrire un billet sur Sean Penn, sur François Bégaudeau et, plus généralement, sur l'atmosphère qui a semblé régner dans ce haut lieu du cinéma, qui chaque année réunit producteurs, cinéastes, vedettes, journalistes et parasites, l'or et le strass, l'écume et la profondeur. Si j'ai tardé, c'est que je ne voulais pas soupçonner sans connaître. J'avais besoin, d'abord, de voir le film de Laurent Cantet. Mais je me sens le droit de m'accrocher à la pensée royale d'AF.

Dès que Sean Penn, en sa qualité de président du jury, a osé offrir à tous, qui ne lui demandaient rien, sa méthode, ses critères de choix et, au fond, ses parti pris, le festival était fichu sur le plan de l'équité. Quelle étrange idée, en effet, que de prétendre, avec un rien d'intelligence pompeuse, que seul le film politique méritait d'être sauvé, avec une vision du monde, un regard social, des ambitions universelles ! C'était écarter d'emblée du palmarès les grandes oeuvres de la vie intime, les plongées au coeur de l'humain, la représentation des sentiments et des émotions d'autant plus puissants qu'ils touchaient une forme d'éternité, quand le partisan et l'idéologique ne duraient que le temps de l'idée. Le comble, c'est que Sean Penn, par le snobisme environnant, a été applaudi avec gravité et componction. On allait avoir un festival sérieux, qui n'allait pas seulement divertir mais donner des maux de tête.

Sur le film lui-même, rien donc à dire sinon que j'avais déjà pu m'abreuver à d'autres sources pour apprécier la conception de l'enseignement de François Bégaudeau et sa volonté affichée de se situer au ras des élèves. Au point, par exemple, de banaliser délibérément le langage. Condamné comme moyen de domination, celui-ci n'était supporté que comme outil de popularité et de fraternisation. Je me souviens aussi d'un entretien entre Alain Finkielkraut, précisément, et François Bégaudeau où ce dernier n'avait cessé d'opposer à son contradicteur l'optimisme de son spontanéisme et son émerveillement devant les errements d'une jeunesse si élégamment indisciplinée. Tout se résume, pour Bégaudeau, à échapper autant que possible à la réalité de la loi pour s'abandonner à la loi de la réalité. Cette dernière constitue ce à partir de quoi tout est possible. Il ne faut surtout pas la contrarier et tenter si peu que ce soit de guider les élèves vers autre chose que le culte de ce qui est. Ce qui advient est forcément nécessaire et le maître a pour seule exigence de déguiser son impuissance en politique et en progressisme.

Il est un domaine, cependant, où AF pourrait être lui-même qualifié de naïf. Lorsqu'il prêche qu'au nom de la civilisation, un langage de qualité et de culture doit être sauvegardé, ne tient-il pas pour acquis ce qui aujourd'hui ne fait plus sens ? La civilisation constitue-t-elle encore une valeur susceptible de convaincre, un idéal à atteindre, une argumentation suprême et décisive ou bien n'est-elle pas déjà disqualifiée comme toutes ces instances supérieures, ces transcendances invoquées, régulations indiscutables qui, surplombant le réel, semblent commettre à son encontre le crime de lèse-majesté ? Est insupportable tout ce qui croit nous démontrer le meilleur par le recours à un ciel des principes. Celui-ci, profane ou sacré, ne pèse plus guère. Aussi, plaider au nom de la civilisation, c'est soutenir une cause difficile avec un avocat qui n'est plus légitime.

C'est sans doute cela l'impasse où nous nous trouvons. Dans la crise, inventer des remèdes à la crise.

On pourra toujours compter sur AF.  

  

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00d8341c86dd53ef00e552b6b11b8834

Voici les sites qui parlent de Finkielkraut vise juste ! :

Commentaires

Le festival de Cannes n'a pas trahi l'ambition qu'il affichait à son ouverture. On annonçait un palmarès « politique », on l'a. On l'a même jusqu'à satiété puisque c'est l'Education nationale, décernant son propre prix au film « Che », figure ô combien enracinée dans l'imaginaire estudiantin, qui obtient, au travers du «vécu» d'une classe, la Palme d'Or, avec le film «Entre les murs», de Laurent Cantet, à l'intitulé si carcéral.
Ce docu-fiction est une défaite du cinéma. Le 7e art s'enterre de lui-même dans la sociologie plutôt que chercher à réanimer le monde, à lui mettre et à se mettre lui-même des ailes. Cannes est allé au bout de sa logique, après avoir «cannesnisé» un genre cinématographique dont Michael Moore est une sorte de parangon.
Peut-être ces succès ne sont-ils des succès que parce qu'ils parlent à la part la plus médiocre de la nature humaine, celle qui se regarde soi-même et qui ne regarde plus le monde aboutissant à ce morne consensus de pellicule qu'«Etre et avoir» avait déjà inauguré à sa façon pour finir dans des avatars des droits d'auteurs prosaïques.

Cinéma, cinéma, cinéma... En 1974, Claude Pinoteau prenait acte de 1968 dans son film «La Gifle» avec la débutante Adjani, lycéenne passionnée éprise de liberté, face à son père incarné par Lino Ventura. Il décrivait un fossé entre deux générations.
C'est comme une déduction naturelle, qu'aujourd'hui des élèves du collège parisien si bien nommé Françoise-Dolto, soient, à égalité avec leur prof, les stars de cette production cinématographique dédiée à la pédagogie.
Dans un extrait, le dialogue entre le professeur et ses élèves voit le professeur demander à ses élèves qu'ils l'autorisent à expliquer pourquoi faire l'effort de la langue. Au milieu d'un certain chahut, un élève lui accorde cette permission collective.
Au lendemain de la clôture du festival, le principal du collège a expliqué qu'il "veillerait" à ce que les enfants "restent des élèves".
Peut-être, au delà de ce groupe représentatif, faudrait-il que les élèves redeviennent des élèves et que les professeurs redeviennent des professeurs.
Est-ce de l'ordre de l'utopie ?
Je préférais le ralliement au savoir, à l'intelligence qui émanait du «Ô capitaine mon capitaine» du «Cercle des poètes disparus» pour parler de transmission de savoir. Ou encore «A la rencontre de Forrester». Ou encore «Will Hunting», du même Gus Van Sant. Ou encore, «The ressurection of champs», avec Samuel L. Jackson.
Les transgressions y étaient lumineuses, vivantes, vibrantes.
C'est vrai, c'est de la fiction.
Oui, c'est du cinéma, qui part sans doute souvent d'une réalité plate pour lui donner du relief et du sens, comme les Grecs ont fait leur théâtre, développé le sens de la tragédie et inventé ses héros, construit un rapport et une distance à la réalité qui donne sa saveur à l'humain.
Lequel des deux cinémas ment le plus ? Celui qui vole, fait rêver, ou celui qui choisit de rester terre à terre ?
Une jeune fille interrogée, à la sortie du lycée, sur ce que représentait cette oeuvre à ses yeux, a dit qu'elle aimerait avoir un prof comme celui d'«Entre les murs».
Elle a tout dit.
Y compris sur la prétention cinématographique de ce film.

Ps: je dois préciser que je comprends parfaitement la joie des jeunes gens qui ont tenu un rôle dans cette oeuvre. Ils sont sincères, drôles, intelligents et ne méritent pas moins que d'autres la brièveté d'un instant de lumière. C'est la portée générale qui est blâmable.

"Ce qui advient est forcément nécessaire et le maître a pour seule exigence de déguiser son impuissance en politique et en progressisme."
Je crois que M. Bilger décrit, par ces quelques mots, un phénomène qui résume en partie l'esprit de notre époque qui dodeline de la tête car elle ne sait plus trop quoi faire avec.

"It's an amazing film, an incredible movie : La classe, entre les murs from Laurent Cantet !" Bon sang quand on aime le cinéma on reste sans voix devant un Américain classé subversif et engagé, posant en Une des médias une carabine à la main pour se défendre en Louisiane (de quoi ?) après l'ouragan Katrina. Entre deux vagues de surf à Hawaï et une soirée de défonce en boîte de nuit, Sean Penn a trouvé le temps d'apprécier le nombrilisme narcissique du cinéma français. Oh, des enfants noirs philosophes comme à Harlem, oh des filles apostrophant un maître d'école nécessairement sympathique qui distille son savoir comme un slameur. Oh, une classe de 25 élèves où la poésie l'emporte sur la game boy, où le tutoiement maître-élèves brise les barrières sociales et intellectuelles. Tha'ts Cannes, it's magic !

Je ne suis pas sûr d'avoir compris la même chose que vous concernant le film de Bégaudeau/Cantet. Bégaudeau était prof de français et il a testé le hiatus qui existe entre les principes et le réel. Etre enseignant, je l'ai été, c'est faire une place à la démagogie indispensable pour séduire la surface d'élèves rétifs à plonger avec vous vers les profondeurs merveilleuses. Ils sont à une gare de départ et le train doit s'arrêter à cette gare, aussi miteuse soit-elle.

Il n'y a pas d'opposition entre la démagogie pédagogique d'un côté et l'idéal d'exigence et de culture de l'autre, car l'une peut mener à l'autre.

Une autre point est la question de la civilisation au nom de laquelle se fonde l'exigence intellectuelle. AF nest pas naïf, il est veuf ou orphelin, c'est selon. La civilisation classique meurt depuis les années 50. Le mouvement, peu visible au départ, est devenu criant ces dernières années, comme un crâne qui vient de perdre ses derniers cheveux. Ce qui a constitué, peu ou prou, le corpus de notre civilisation depuis plus de 2000 ans s'évanouit des mémoires : la preuve est faite qu'on ne peut connaître Molière ou Flaubert sans connaître Aristophane ou Platon et si l'on perd la référence des plus anciens, tout l'édifice s'écroule pour ne laisser subsister que ce qui s'est émancipé du classicisme : Houellebecq ou Angot. Les fossoyeurs du classicisme, dans les années 60, qui se recrutèrent à gauche au nom de la réalité sociale et à droite au nom de la performance, on asséché la source tant et si bien qu'à l'embouchure de l'ancien grand fleuve, il n'y a plus qu'un mince filet d'eau pas très potable. Ces tueurs de latin et de grec ont-ils seulement conscience qu'ils n'ont pas seulement effacé les classiques du disque dur mais qu'ils ont rendu Sartre et Camus incompréhensibles ?

Alors je suis plus qu'admiratif devant des profs qui continuent de croire qu'ils peuvent remonter le courant. Ce que j'ai entendu ou lu de ce film ne m'apparait pas contradictoire avec les exigences de AF, mais tandis qu'il enseigne à Polytechnique, d'autres enseignent en ZEP : la méthode diffère nécessairement, la démagogie s'installe éventuellement à la place de la rigueur janséniste mais le but est le même.

Pardon d'avoir été si long.

PhB écrit "Tout se résume, pour Bégaudeau, à échapper autant que possible à la réalité de la loi pour s'abandonner à la loi de la réalité."

... Joli !

"je me sens le droit de m'accrocher à la pensée royale d'AF" est-ce un coming out ?

Si j'ai bien compris, vous vous posez la question: "Que pèse la palme d'or 2008, ce film d'un presque homonyme de B.Cantat à côté de tous ces autres ?" :

Le monde du silence - Orfeu Negro - Une aussi longue absence - Les parapluies de Cherbourg - Un homme et une femme - Sous le soleil de Satan -

Aucune idée a priori, si en revanche j'en ai bien une quant au lauréat du prix qui couronne les ouvrages parus soit en janvier soit en février, cet agrégé de lettres en disponibilité de l'Education nationale pour écriture, qui fut admissible à ENS et qui le fait savoir !

Tant qu'à se pencher sur les anciennes palmes on observe du côté japonais ces chefs d'œuvre qui même à l'examen du plus féroce des jurys, le temps, n'ont pas pris une ride et qui sont:
- (地獄門, Jigokumon : Les portes de l'enfer (qui évoque le Japon de l'époque de l'émergence des Funa-zushi où dans la fureur les luttes de clan entre les Taïra et les Mina-moto - et non pas 'mini motos' comme certains l'écrivent - un Lancelot japonais succombe lui aussi à un amour fatal pour une Guenièvre tout aussi japonaise)
- (影武者, Kagemusha ): L'ombre du guerrier (Japon du 16ème siècle où le rapport au monde du double est absolument fascinant)
- (楢山節考, Narayama bushiko): La balade de Narayama (Pour vous qui aimez "la profondeur, les ressorts de l'intime, les plongées au cœur de l'humain, la représentation des sentiments et des émotions", il y a ce film où la dureté de la culture qui envoie ses vieux dans la montagne est mise en parallèle avec les sentiments qui agitent ce fils portant à contrecœur sa mère sur son dos en direction de la montagne parce que c'est elle qui le veut, et qui le veut afin de le préserver du regard des autres sur elle, sa mère, qui a encore toutes ses dents et une chevelure sans un fil d'argent, mais l'âge cependant, d'attendre la mort, seule, au milieu des ossements épars du vieux cimetière de pierres dans la montagne.
Et il y a aussi le film néo-zélandais si émouvant, La leçon de piano!)
- Enfin, (うなぎ, Unagi): L'anguille, ce poisson délicieux quand il est grillé et dont on fait également d'excellents sushis, mais qui ici continue de recueillir les confidences d'un ex prisonnier, meurtrier de sa femme, adultère, mais qui ayant obtenu une conditionnelle au bout de huit ans, ouvre un salon de coiffure dans lequel l'aidera une femme qu'il vient, par hasard, mais une vie rachetant d'autre, de sauver du suicide.

Décidément, vous êtes fidèle à vous-même ! Finkie me semble faire son srogneugneu habituel... Si on n'écrit pas dans la langue de La Princesse de Clèves, mieux vaut se taire !

Bon, bin jsais pas comment se crée et évolue une langue, mais ce n'est certainement pas grâce à des intellectuels debout sur les freins à chaque changement !

(précision : j'ai relu La Princesse récemment, avec un bonheur sans mélange, mais en ayant le sentiment de visiter un musée élégant et fané !)

Au passage : ne craignez-vous point d'en rester, même sans l'aveu, à des critères très très bourgeois ? Si vous excluez les "2ème génération" de la capacité ou du droit à re-créer NOTRE langue chaque semaine, peut-être allez-vous bientôt considérer qu'ils seraient mieux "chez eux" ?

;-)

(c'est une méchanceté gratuite)

Aïe aïe aïe mamamia y caramba ! Si moi continué à pa'lé peti nèg', moi pas civilisé car les instances supéyeures du g'and philosophe blanc qui passé souvent dans la boîte à image à la télé exigeasse que je fisse montre d'autant éloquence oratoire que la bou'geoise et a'istocrate la g'ande madame de Stael. Donc moi sauvage car moi pas pa'lé bien la langue qui t'anscende et su'plombe le 'éel, avec des accents pa'tout, des ci'conflexes, des g'aves et des aigus. Pa' les coups de ma'tinet du g'and manitou philosophe blanc, moi devoir app'endre à bien m'e'primer sinon moi devoir retou'né dans ma b'ousse et dans ma civilisation car moi pas digne d'avoi' la palme d'or.

Salutations, PB. Vous étiez pas mal, hier, chez Taddéï. On a dû vous le dire cent fois : comme avocat général, ce qu'il y a de plus redoutable en vous, ce n'est pas tant la force de vos arguments que la tonalité particulière de votre voix, cette espèce d'accent unique qu'on a l'impression tout droit sorti de la terre et qui doit emporter, rien que par sa simplicité originale, bien des convictions. Si je devais (Dieu m'en garde) repasser aux assises et face à vous comme accusateur public, la première chose que je ferais serait de prendre un vieil avocat inconnu tout droit sorti du terroir avec un non moins terrible accent à la Jacques Duclos, par exemple, un truc qui fait tourner les "r" à en donner des frissons. Autrement, on n'a aucune chance, c'est perdu d'avance.

Salutations.

Aïssa.

Il est évident que tout se tient, et que le comportement subjectiviste contemporain traite de la même façon les codes linguistiques et les codes juridiques (cf l'actualité du week end), en mettant en oeuvre la maxime de Michel Onfray : "Chacun doit être désormais à soi-même sa propre norme"

"Si je devais (Dieu m'en garde) repasser aux assises et face à vous" a écrit Aïssa...

... moi j'ai repassé assis, face à PB : sans avocat commis j'ai pris le bon pli...

...et je repensais à cette phrase de Bentolila : "Lorsque les mots manquent aux élèves, c'est le sens qu'ils tentent de donner au monde qui s'obscurcit"

PS : y'a un Japonais dans la salle ?

J'ai lu, il y a quelques temps, le livre de Bégaudeau, je n'ai pas vu le film. Ce livre n'est en rien un positionnement idéologique, il fait "méthodiquement" la chronique d'une année scolaire dans une école difficile. C'est vu par un prof qui nous offre un regard assez détaché sur les élèves, avec leurs nombreux manques pour réussir et surtout sur des profs qui sont, de mémoire, désabusés, peu motivés et envahis par leurs petits soucis personnels. Le livre ne défend rien du tout, il est une photo dérangeante de ce qu'on offre aux enfants en difficulté sociale : des profs paumés avec des ados qui n'ont pas reçu les "fondamentaux" pour réussir leur vie scolaire comme la vie tout court.

M.Bilger, ne jugez-vous pas vous-même une palme politique avec des yeux politiques ? Et dans ce cas, ne reprochez-vous pas à autrui ce que vous faites vous-même ?

Au-delà de la volonté d'AF ou de vous-même de défendre une haute idée de la culture et de la langue (ce que je partage), on a le droit de reconnaître qu'un enseignant et un pédagogue de collège ou de primaire ne s'adresse pas aux membres du collège de France ou à des étudiants d'université, et qu'il est donc obligé pour atteindre son but qui est de transmettre, d'enseigner et même d'éduquer, de prendre son "public" tel qu'il est.

Et donc de parvenir à franchir un certain nombre de barrières, pour faire sortir son élève de son enfermement. C'est le prof qui va vers l'élève, pour que l'élève aille au prof. Si petit à petit le prof revient vers la qualité et le contenu de qualité il a gagné.

Peut-on dire que dans le film (que je n'ai pas vu) le prof enseigne des textes "nuls" à des élèves "nuls" ou bien utilise-t-il tous les moyens à sa disposition (y compris ceux des élèves) pour les toucher avec quelque chose qui correspond aux critères de qualité que vous défendez ?

Etrange procès que vous faites à Sean Penn.
Au moment où Gilles Jacob et Thierry Frémaux lui demandent de présider leur festival, alors précisément, on attend de lui une méthode, qu'il impose sa vision au choix du palmarès. N'a-t-on pas trop vu de jury sans âme, saupoudrant leurs prix pour satisfaire tout le monde ?

N'ayant pas vu le film de L. Cantet, je m'en tiens à la démarche de S. Penn. Dès l'ouverture, il prévient qu'il privilégiera les oeuvres à caractère social et politique, une des raisons pour laquelle les organisateurs l'ont d'ailleurs choisi. Sûr de lui et de son fait, il fait suivre ses paroles par des actes, oubliant malgré tout 'Valse avec Bashir'.

Il est délicat de reprocher à cet homme et à ses partenaires d'avoir eu une ambition et de l'avoir tenue. Par contre, je peux comprendre que l'on ne soit pas d'accord avec les choix ou même avec son discours, mais dans ce cas, il fallait dès le départ freiner des deux pieds lorsque l'annonce de sa présidence a été faite.
Sean Penn a été tel qu'en lui-même et si la machine hollywoodienne n'a pas réussi à le faire plier, il était peu probable que des pressions cannoises y parviennent.

Bonjour

Tst Tst ; Ils ont dit la politique n’est pas un rêve de poète. Pourquoi supposez-vous que nous avons fait la guerre ? Pour leur vieux Maréchal ? Il ont encore ri : nous ne sommes pas des fous ni des niais ; nous avons l’occasion de détruire la France, elle le sera. Pas seulement sa puissance : son âme aussi. Son âme surtout. Son âme est le plus grand danger. C’est notre travail en ce moment : ne vous y trompez pas mon cher ! Nous la pourrirons par nos sourires et nos MENAGEMENTS. Nous en ferons une chienne rampante… Nous guérirons l’Europe de cette peste nous la purgerons de ce poison… Racine, Ronsard, Rousseau……Péguy, Proust… Et surtout Finkielkraut.
Très très beau ce "Silence de la mer".

DUVAL UZAN

Je suis d’accord avec Jean-Dominique Reffait, et je peux me sentir moi aussi comme AF orphelin de la culture classique : le culte des Anciens, introduit comme fondement de la culture européenne par Erasme et les Humanistes, a accompagné notre histoire intellectuelle jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale : sa disparition n’est pas un phénomène français mais occidental.

Que nous apportait cet héritage, sa dilapidation va-t-elle modifier notre façon d’être et notre compétence, et notamment existait-t-il une relation entre la pensée des Anciens et les Lumières ?

Pourquoi cette évolution qui a son origine avant la seconde guerre mondiale, si l’on se rappelle les débats s’inquiétant de la primauté de la technique sur l’homme, notamment en Allemagne.

Est-ce comme le laisse entendre Sloterdijk dans Recherche pour le Parc Humain parce que la promesse de l’école comme porte d’entrée dans l’élite n’étant plus tenue, la culture lettrée ne concerne plus que ceux qui sont clercs par vocation : mais faut-il vraiment regretter que la place des clercs dans la société soit réduite, alors que nous avons fait l’expérience tragique de la barbarie extrême dans nos sociétés extrêmement cultivées : quoi de plus éduquée, de plus auto-contrôlée, de plus civilisée que la société prussienne ?

@Sept ans en 1968
« le film «Entre les murs», de Laurent Cantet, à l'intitulé si carcéral. »

Ce titre m’évoque à moi le fait que, si on se réfère à la façon dont les idéogrammes signifient ‘l’école’, cette dernière est un univers carcéral depuis l’origine !
En effet, la lettre utilisée pour nommer « l’endroit où l’on apprend » est une lettre complexe relativement récente (deux millénaires) mais qui conjugue deux pictogrammes anciens (quatre millénaires au moins) dont l’un nomme ce matériau qu'est le bois, et l’autre montre une silhouette humaine les jambes croisées, liées en fait pour le plus ancien état de la lettre et qui désigne quelque chose d’ emmêlé, de croisé, ainsi que l'échange mais aussi le fait de se mesurer à.
Vu qu’un autre sens de la composition évoque la cangue ou les entraves, peut-être des échanges de captifs (?) ; mais comme on trouve aussi l’idée de domestication, apprentissage, peut-être un endroit où des captifs apprenaient la docilité et d’où celui qui était devenu ‘raisonnable’ en quelque sorte, sortait délié, laissant sa place à autrui ?!
Le mot a également été appliqué à la ‘caserne’ et sa partie droite ayant également désigné la fraternisation, la fréquentation, on comprend donc très bien comment il a pu être affecté à la désignation de cet endroit, style grande maison où l'on disait que, du temps des légendaires Xia, les anciens réunissaient les plus jeunes pour leur enseigner – faut-il comprendre de gré ou de force ? – ce qu’il y avait à savoir, endroit donc qu’en ce qui concernait les Yin qui leur ont succédé, on a écrit « moutons dans l’enclos » mais que les Shû pour leur part ont écrit « portique » ou son équivalent qui n’ est pas sans évoquer le portique platonicien.
Au mot employé par/pour les Xia les Japonais ajoutent un très ancien (quatre millénaires au moins) caractère « apprendre » dont l’origine se laisse désigner dans un autre style de main house aux poutres faîtières croisées, sorte de pensionnat où les jeunes discipuli vivaient séparés de leur famille et apprenaient les savoir traditionnels tant profanes qu’occultes.

Pardonnez-moi Philippe d'être délibérément hors sujet mais l'intervention parlementaire de R. Dati, hier, ne m'a pas laissé insensible : certains disent qu'elle a dérapé. J'estime au contraire qu'elle a eu le courage de s'affranchir de la coquille sarkozyenne dans laquelle elle s'était enfermée depuis trop longtemps. La vigueur, pour ne pas dire la sincérité, de cette diatribe me fait penser que Mme Dati devrait davantage cultiver sa différence. Pour la première fois depuis 14 mois, nous sommes plusieurs à l'avoir applaudie. Dans ce concert de propos et commentaires totalement ineptes sur une décision de justice à laquelle on prête à peu près l'inverse de ce qu'elle a tranché, il était intéressant d'entendre Mme Dati remettre en place les sempiternels donneurs de leçon généreux du bien d'autrui. Cet exercice d'hier était d'autant plus intéressant que, sur la forme, elle semblait vider "le sac" et exprimer ce que son vécu lui inspirait en de pareilles circonstances. Qu'elle continue ainsi. Elle aussi a visé juste !

Cher Monsieur Bilger, j'ai pris connaissance de votre texte un peu plus tôt dans la journée, et je viens de lire celui d'Alain Finkielkraut il y a quelques instants.

Ce débat me concerne sur tous les plans, par mon histoire personnelle façonnée par la violence que j'ai subie comme élève dans les années 80, par ma vocation de chercheur un temps puis d'enseignant aujourd'hui.

Mon parcours atypique m'a donné une vision du système d'enseignement, qui tout en restant pragmatique me montre les errements de certains illustres penseurs.

J'ai eu tous les diplômes qui existent en mathématiques, chercheur durant quelques années j'ai pu travailler avec les personnes les plus remarquables de mon temps. J'ai connu les Euclides du XXIème siècle, construire mon savoir dans leur ombre et même parfois me faire entendre d'eux.
Si je tiens ces propos narcissiques en apparence, c'est pour préciser tout de suite que ma situation ne tient qu'à un don particulier pour les mathématiques que j'avais depuis mon plus jeune âge.

Sans ce don qui m'a toujours laissé imaginer une voie de sortie de l'enfer que je vivais alors, je n'aurais sans doute pas eu un destin très brillant et peut-être me serais-je retrouvé en face de vous, dans un box.

Mes professeurs de collège et de lycée ne voyaient en moi qu'un analphabète, rêveur (terme qui revient dans tout mes bulletins), peu éveillé voire débile (terme employé par certains d'entre eux...) L'étrange note en mathématique qui ne descendait jamais en-dessous de 17 ou 18 ne faisait pas le poids.

Et je peux les comprendre ; issu d'un milieu inculte, la télévision étant la principale et unique activité familiale, je peux affirmer qu'en effet la vision d'un livre m'était pénible. Cette suite de petits caractères qui forment des mots, mots qui forment à leur tour des phrases qui, écrites par nos illustres, usent d'images et de tournures de styles, m'était totalement sibylline.

Aujourd'hui encore, je dois faire des efforts pour écrire, ayant toujours un dictionnaire à mes côtés ("sibylline" n'est pas venu d'un coup...).
Mais ma soif d'apprendre m'a sauvé. J'ai appris à lire, à parler, à écrire. Je savais déjà compter heureusement.
Mais j'appris tout cela tardivement, à 17 ans, une fois exclu de cette École qui n'eut de cesse de me traiter d'imbécile (merci aux bibliothèques municipales et au CNED).

Les textes fondamentaux que cite Alain Finkielkraut, les classiques, sont des trésors qu'il faut livrer à nos jeunes. Toutefois, ce trésor a un prix. Un préalable indispensable. Il faut savoir lire. Il faut acquérir cette capacité qui vous semble si naturelle de vous plonger dans un texte au point de ne plus avoir conscience que vous décryptez des symboles, des lettres, des mots, des phrases.

Lorsque vous n'avez pas reçu cette initiation, vous ressentez la lecture comme une violence, une barrière qui vous renvoie votre différence, votre inculture.
Il me reste le souvenir très vif de ce livre qu'il nous fallait lire en un mois pour un devoir de français : "Crimes et châtiments".
Lorsque je découvris la taille de ce "pavé", j'en ai eu la nausée, je crois que je n'avais pas pu dépasser la 20ème page tant l'ouvrage me paraissait monstrueux.

Un peu le sentiment que vous évoquerait une équation mathématique...

Cela renvoie à mon inculture d'alors, mes limites, et les jugements qui en découlent. Les professeurs qui ne sont même plus surpris que vous ne rendiez pas votre devoir, puisqu'ils vous ont catalogué depuis longtemps.

Cette incapacité réelle à exprimer mes sentiments, mes idées et à pouvoir accéder à la connaissance provoqua une réaction.
Laquelle ?
La même que celle de mes, nos, élèves. La violence dans le verbe, la violence dans le geste, ce qui, je l'ai compris plus tard pour moi, était une façon d'exister, d'appeler mes professeurs, ma famille, à ne pas voir en moi que l'ignorance.
C'est bien sûr contre-productif mais c'est ainsi que l'homme réagit.

Aujourd'hui que je sais lire, et que j'aime ça, que je sais écrire (même si ça reste pénible pour mes lecteurs ;-) ) et que j'ai pu me rassurer en gagnant ma place d'intellectuel scientifique dans cette société, j'ai décidé depuis quelques années de retourner à l'École.

A la grande surprise des enseignants, de mes anciens collègues, des inspecteurs qui m'imaginent plutôt une carrière d'honorable universitaire, j'ai choisi d'être à mon tour enseignant dans des classes dites "difficiles".

Je respecte mes élèves malgré leurs provocations, leur inculture, leur langage, parce qu'à défaut d'en faire des premiers de la classe, je crois plus important qu'ils aient une chance que je n'ai jamais eue. Je leur offre un adulte respectable qui pose son regard sur eux, leur parle normalement dans un (j'espère) bon français, leur expliquant les mots qu'ils ne comprendraient pas, usant de tous les moyens pour leur montrer le monde qui les entoure par le prisme des sciences, les invitant à se libérer par le langage.

Ce but très beau dans la tournure, se réalise au quotidien par des actes concrets qui, pris hors contexte, peuvent choquer des intellectuels habitués au sublime. Il faut aller chercher nos élèves où ils sont, dans le marasme culturel dans lequel notre société les a placés.

Pour aller dans le sens d'Alain Finkielkraut, il est nécessaire que nos enfants aient accès aux oeuvres fondamentales de notre littérature.
Mais pour cela, pour les amener à lire, il faut leur en donner les outils.

En revanche, Messieurs Finkielkraut et Bilger, ne vous laissez pas impressionner par certaines méthodes d'enseignement qui peuvent laisser croire à un renoncement à la Culture au profit d'une sous-culture ordinaire.


Restez convaincus que pour beaucoup d'enseignants, ce sont des enfants, pas nos égaux. Ils ne nous demandent pas de nous mettre à leur niveau, surtout pas, ils souhaitent que nous les portions au nôtre.

Je le sais, parce que j'étais l'un d'entre eux.


Bien à vous

Marc

Marc,
C'est un très beau texte que vous nous confiez là.

@Marc
"Aujourd'hui que je sais lire, et que j'aime ça, que je sais écrire même si ça reste pénible pour mes lecteurs..."

Je suis désolée de vous contredire, mais comme l'a souligné Laurent Dingli, votre texte est très beau et très sensible.

Marc, j'aimerais, à mon âge, être assis au banc de votre classe.

Merci pour ce témoignage qui, par sa sincérité et sa modestie, renvoie aux oubliettes toutes les digressions oiseuses et narcissiques de certaine(s) !

Le maniement de la langue, je le constate tous les jours dans mon activité, et quoique je ne sois pas avocat, est une épée redoutable qui peut désespérer et humilier le pauvre en vocabulaire mais aussi et surtout, lui apporter le réconfort et la dignité...

Le texte de Fink est magnifique en ce qu'il réhabilite l'effort de lecture... Qui a écouté le regretté Devos face à Claude Hagège, une plaidoirie de Jean-Denis Bredin, les phrases de Malraux au Panthéon sait combien le maniement de la langue peut déverser du bonheur et de l'espoir...

...Oui, je sais, elle peut être aussi la pire des choses (par pitié, CJ, pas de wikipédia sur Esope !)

@Thierry S. : entièrement d'accord avec votre "hors sujet". Madame Dati m'a bluffé ce jour-là, et carton rouge pour ceux qui ont eu la bassesse de clamer que l'hémicycle n'était pas le défouloir de nos névroses personnelles.

@ Aude et d'autres... et @ Marc
J'apprécie vos commentaires et en partage volontiers l'essence.
Oui les plus jeunes ne demandent qu'à se hisser (et certains nettement plus âgés - moi par exemple), mais les modèles manquent furieusement et ne vont que très rarement au "charbon" ou se cantonnent à leurs blogs.
C'est bien dommage. J'admire le courage des profs, pas celui des avocats car le courage ne leur sert pas à grand-chose.
Quant à AF très peu pour moi, je préfère les chants de l'âme aux joutes de circonstances, les cris du coeur et de la sincérité à l'incontinence verbale.
Mais la encore, les modèles...

Beaucoup de beaux parleurs qui forment leurs petits communautarismes mais que l'on ne voit jamais dans les cités.

La classe ne s'y pointe pas. Alors on se forme à la source que l'on a, à défaut de.

Les livres devraient être gratuits, l'humanité et l'humanisme feraient un grand pas, la culture aussi. Ça serait un vrai progrès.

Le langage des jeunes me plaît quant à moi, mais je ne l'emploie pas, chacun sa génération. Nous ne sommes pas l'avenir.

Comme dit le proverbe : "Ne jetons point le bébé avec l'eau du bain"... C'est moins l'enseignement des "grands" textes qui est en débat ici, que la façon de l'aborder.
C'est du moins ce que j'ai essayé d'expliquer ici : http://reprisesvh.wordpress.com/2008/06/05/my-diigo-reponse-a-alain-finkielkraut/

L'engouement pour le livre et le film "Entre les murs" me rappelle celui des "enfants de Summerhill", expérience anglaise de libération totale de l'école. L'élève était libre d'aller au cours quand bon lui semblait. La lecture et le film de cette expérience étaient captivants, l'école classique était considérée comme ringarde.
Mais les Anglais ont ensuite étudié ce qu'était devenu dans la vie réelle ces enfants. Et là, de constater que beaucoup étaient restés illettrés et menaient une vie misérable.

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Les commentaires sont modérés et ils n'apparaîtront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.