On dirait un film de Douglas Sirk à la mode chinoise ou un roman noir avec tous les stéréotypes qui ont fait le succès du genre : un crime maquillé en suicide, la police aux ordres, un coupable haut placé et protégé, la révolte des citoyens, des émeutiers réclamant justice.
Je n'invente rien. Le site du Figaro nous informe sur ce qui s'est passé dans la ville montagneuse de Wengan au sud-ouest de la Chine.
Une adolescente de quinze ans est retrouvée morte dans une rivière du comté. Pour la police, elle se serait suicidée. Pour sa famille, elle aurait au contraire été violée puis assassinée. Le fils d'un haut dirigeant de Wengan serait le coupable. Il aurait été accompagné par deux jeunes gens. Dans ce trio, deux auraient eu des liens de parenté avec des officiers des forces de l'ordre.
Aucune autopsie n'a été pratiquée. Le fils d'un notable a été interrogé puis relâché. On a proposé de l'argent à la famille de la jeune victime. Et, comble du comble, l'oncle de celle-ci est mort après avoir été passé à tabac par on ne sait qui mais à la solde des forces de l'ordre.
A la suite de ces graves anomalies et de ce décès, des émeutes ont éclaté, des locaux et des voitures de police ont été incendiés, des éléves qui, nombreux, réclamaient justice ont été "tabassés". Ces événements dramatiques ont duré au moins neuf jours et ont provoqué le renfort de 200 membres des forces de sécurité. Les informations sur ces poussées de violence ont été soigneusement contrôlées par Pékin qui, quelques semaines avant les JO, ne tient pas à voir encore plus dégradée l'image de la Chine. Les manifestants ont été traités de "criminels".
Je ne sais pas si le soupçon collectif porté sur la réalité du suicide est fondé ou non. Ce qui m'importe, c'est de voir comme la transgression de la morale, l'offense à la vérité, l'atteinte à la justice constituent partout, même dans les dictatures les plus hégémoniques, des ferments de dissidence, des occasions de révolte qui résistent aux pires caporalismes. Il y a, dans cette persistance de l'éthique, contre vents et marées, le signe encourageant de l'inévitable ouverture, un jour, de ces Etats que les échanges internationaux ne démocratisent pas mais que l'aspiration humaine au vrai et au juste va sans doute déstabiliser et peut-être pacifier à l'avenir.
Ces effervescences sans commune mesure avec nos débats juridiques byzantins nous font aussi percevoir à quel point notre pays est saturé de démocratie et comme notre Etat de droit constitue un luxe bienfaisant dans un monde qui nous renvoie l'image de ce que la France a du être sous les périodes sombres et terribles de son Histoire. C'est comme si la Chine menait au paroxysme ce qui est susceptible de nous concerner mais de manière infiniment atténuée. L'injustice, chez elle, est en pleine intensité quand chez nous, ponctuelle ici ou là, elle n'émeut plus guère ou semble le support d'un discours humaniste obligatoire et pour tout dire assez formel.
Se sentir une fraternité avec ces êtres courageux qui, si loin de nous, prennent le risque de protester, osent combattre le scandale, pour eux, d'un crime déguisé en suicide démontre, bien plus que par une adhésion abstraite à un code universel des valeurs, à quel point l'indignation passe les frontières et comme les grands mots sont bien moins éloquents que les battements et les élans de notre coeur vers l'inconnu, vers ces inconnus, nos semblables.
C'est loin ? Non, tout près.
sbriglia,
Pourvu que ça dure :)
Calach,
Vous écrivez que « chaque année 650 personnes ayant été détenues de façon injustifiée et sans respect de la présomption d'innocence demandent réparation à l'Etat et obtiennent une moyenne journalière d'environ 30 euros ». Que des personnes innocentes aient pu être placées en détention provisoire, soit. On peut vouloir l'éviter mais on ne saurait le proscrire, vu les circonstances dans lesquelles la détention provisoire se justifie. Mais qui a déterminé que ces 650 personnes ont été placées en détention provisoire de manière abusive ?
Vous comparez cela avec le fait que « juge Burgaud obtient plus de 50 000 euros pour un simple propos jugé diffamatoire par ses pairs ». Lorsque vous dites « jugé [...] par ses pairs », est-ce à dire que vous suggérez que la juridiction concernée n'aurait pas jugé au regard de la loi, que Burgaud aurait fait l'objet d'un traitement de faveur ? Qu'est-ce qui vous permet de dire cela ? Sur quels éléments probants vous basez-vous ? Car ce que vous qualifiez de « simple propos » n'apparaît pas comme tel de manière flagrante (cf. http://riesling.free.fr/20060218 ). Mais surtout, quelle forme de rapport trouvez vous entre cette affaire et les détentions provisoires ? Suggérez-vous qu'il devrait être légal d'injurier et diffamer publiquement Burgaud ?
Il serait bon que vous explicitiez comment vous partez de chiffres peut-être réels à des conclusions et amalgames aussi curieux.
Jean-Dominique,
Vous écrivez qu'il « n'y a pas de petits combats, décidément pas. Il n'y en a qu'un seul ».
Très bien. Quel est-il ?
J'ai du mal à le comprendre. Lorsqu'une femme se suicide, c'est une défaite de notre humanité ? Peut-être. Que proposez-vous ? Avez-vous à votre domicile la capacité d'hébergement nécessaire pour recueillir l'ensemble des Chinois pouvant caresser ce « rêve imbécile d'être moins malheureux ailleurs » ?
Il me semble que vous abordez des sujets suffisamment complexes pour qu'ils méritent d'être distingués, et non pas réunis dans « un seul combat » quelque peu opaque.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 01 juillet 2008 à 17:39
Fleuryval et sbriglia, vous allez vous faire tailler un costume en Serge "Dormeuil" ! :)
Rédigé par : bridget | 01 juillet 2008 à 15:56
Il n'y a pas des combats qui valent la peine parce qu'on y risque sa vie, et d'autres qui seraient ridicules parce qu'il existerait des garanties.
Il est très facile de basculer dans l'insouciance d'une dictature lorsque celle-ci montre le visage amène de mannequins aux pieds légers dans des pubs vaporeuses : nous ne sommes pas tant saturés de démocratie que cela, il y en a même de moins en moins, à mesure que des contraintes, qui n'en sont que pour autant que nous les acceptions sans barguigner, viennent saper un bout puis un autre, et encore un autre du fragile château de sable de nos libertés.
Je n'établis donc pas de hiérarchie entre ce qui relèverait de l'urgente indignation consécutive à un événement ponctuel et ce qui relève d'une vigilance musclée quotidienne, au prétexte que les uns seraient bastonnés et les autres pas.
Car je n'oublie pas, Philippe, que ces mêmes paysans chinois, dont nous sommes si solidaires lorsqu'ils sont misérables et humiliés chez eux, seraient vite enfermés dans un centre de rétention s'il leur passaient dans la tête le rêve imbécile d'être moins malheureux ailleurs. Nous avons tôt fait d'estimer qu'en se transportant chez nous, les misérables abandonnent leur misère chez eux, eh bien non. Lorsqu'une femme chinoise se défenestre en France à l'arrivée de la police française, c'est une victoire de la dictature de Pékin et une défaite de notre humanisme.
Il n'y a pas de petits combats, décidément pas. Il n'y en a qu'un seul.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 01 juillet 2008 à 14:40
"Votre robot ne voulant pas de mon commentaire en entier".
Ha bon ?!!
Même le robot ?
Rédigé par : Fleuryval | 01 juillet 2008 à 14:40
"Votre robot ne voulant pas de mon commentaire en entier"
Ah ! Excellent !
Puis-je commander ce robot... pour un usage domestique ?
Rédigé par : sbriglia | 01 juillet 2008 à 14:37
Moi aussi j'ai été étonnée : que malgré la dictature tyrannique d'un parti totalitaire et de son appareil des gens dont la culture n'a rien mais alors rien à voir avec la nôtre se révoltent de la sorte me plonge dans des abîmes de perplexité. Et s'il existait vraiment un socle moral commun à toute l'humanité ?
Rédigé par : Grain de poivre | 01 juillet 2008 à 13:55
Je réessaye à tout hasard de poster la 1ère partie après l'avoir débarrassée de toutes les références précises des articles cités :
Que d’horreurs insolites en effet sur la page du Figaro international que vous évoquez :
1. Quatre pieds droits et un pied gauche retrouvés sur une même plage de l’une des îles de la Colombie britannique mais pouvant avoir été jetés à l’eau à 1600km de là.
2. Une petite fille de dix ans donnée en mariage à un homme de vingt ans son aîné par un père de seize enfants contre un petit pécule. Mais, bonne nouvelle, si petite soit-elle elle se remet toute seule en les mains d’un Juge pour obtenir de divorcer au motif d’avoir été mariée en dessous de l’âge légal. Elle annonce qu’elle retournera à l’école pour devenir... avocate !
3. Fraude à la sécurité sociale italienne perpétrée par une clinique privée mais subventionnée où 13 médecins associés ont pratiqué en un laps de temps record 86 opérations inutiles et mutilantes ayant entraîné un décès et facturées à partir de 12 000€ , la fraude se montant à 2,5 millions d'euros.
4. De façon à ne pas être pris de court, l’Iran prévoit de creuser 320 000 tombes en avance en prévision d’une possible attaque contre les installations nucléaires du pays.
5. Enfin l’événement qui a motivé votre article, ce cadavre d’un enfant unique retrouvé dans la rivière, une adolescente de quinze ans dont l’enquête bâclée suscite dans la Chine du Sud-Ouest des émeutes sans précédents, du moins à notre connaissance d’occidentaux. (C.J (lefigaro.fr) avec AFP 29/06/2008) – Je précise accessoirement que ces initiales : C.J (lefigaro.fr) ne sont pas les miennes -
MAIS, au milieu de toute cet étalage de la folie du monde, au moins une bonne nouvelle en annexe du baiser de la paix scellant le pacte Barack - Hilary, on nous annonce que le Japon reconnaît le peuple Aïnou –lequel a déjà été évoqué quelque part sur ce blog– comme un peuple à part entière et donne droit de cité à sa langue, sa religion et sa culture:
Quand on connaît les japonais, ça, ça représente quelque chose !!!!! Et quand on songe à la récente aventure du statut de nos langages régionales cela donne encore plus de relief et de sens à l'événement !
Rédigé par : Catherine JACOB | 01 juillet 2008 à 13:21
Votre robot ne voulant pas de mon commentaire en entier, le voici réduit à sa seconde partie :
Pour en revenir à l’événement qui vous a ému, et vous a paru contenir tous les ingrédients d’un « film de Douglas Sirk à la mode chinoise », cet auteur né Hans Detlef Sierck - donc probablement d’origine lorraine - en 1897 à Hambourg et connu essentiellement de spectateurs de ciné-clubs grâce, précise Gilles Deleuze p.135 de L'image-mouvement [http://www.cineclubdecaen.com/analyse/livres/imagetemps.htm ] , à un hommage critique de Rainer W. Fassbinder, ce qui m’interpelle moi, en dehors du fait anecdotique que je viens de découvrir que les difficultés de traduction en grec des deux volumes de l’ouvrage de Deleuze ont motivé un article dans le n° 29 2007/2 de Cairn, ce sont d’autres singularités chinoises comme :
1. la colère qui s’exprime contre l’administration qui ne fait pas son travail et qui oublie qu’elle se doit d’être au service du public avant d’être l’instrument de pouvoir asservi par quelques-uns à leurs intérêts particuliers, ce qui prouve à qui n’a pas lu leurs penseurs, et là je pense en particulier à SHITAO, l’auteur de « De l’unique trait de pinceau » auquel une occidentale a récemment emprunté purement et simplement ce titre pour la publication de ses calligraphies personnelles, dénotant ainsi d’une certaine opinion de soi que je ne commenterai pas davantage, que, la question de la moralité est loin de se résumer, en ce qui les concerne, à la description qu’en a donné Hegel et qui est celle, vu de son point de vue de Luthérien, d’une grande immoralité, mais qui malgré tout se rattache à cette conception quasi magique du pouvoir qu’il décrit également et qui veut que « l’attitude des hommes constitue le facteur absolument déterminant. Si l’empereur se comporte bien, ce ne peut que bien aller ; le ciel doit laisser le bien se produire. » !
Autrement dit mutatis mutandi : « Si l’administration se comporte bien... !! » dont on peut déduire a contrario que si elle se comporte mal, ce ne peut également que mal aller ! Pour en revenir à ‘Shitao’ ou ‘La Vague qui vient battre la grève’ –1641/1717–, il se livre en effet à quelques remarques sur le rapport à l’autorité, circonscrite il est vrai à son domaine qui est la calligraphie et la peinture mais Oh domaine combien important, qui donnent beaucoup à méditer.
2. Les élèves qui viennent demander des comptes à la police au sujet de la mort de leur instituteur qui se trouvait être l’oncle de la jeune victime, sans se laisser arrêter par le risque de subir le même sort, et ce qui arrive effectivement bien qu’il n’y ait fort heureusement à déplorer aucun décès en ce qui les concerne ! Là aussi, leur attitude fait mentir les rapports sur lesquels se fondait autrefois Hegel pour écrire : « La correction retient seulement par la crainte de la punition ; il n’y a pas de sentiment intérieur de l’injustice ; car il n’y faut pas présupposer la réflexion sur la nature même de l’acte. » (p.101 de De la Chine), rapports qui sous tendent encore malheureusement une grande partie de nos idées reçues sur la Chine, mais que votre saine indignation contribue à remettre en question pour rapprocher leur point de vue moral de la manière sévère avec laquelle Hegel le déterminait dans sa philosophie du droit, comme celui de la détermination spontanée de la subjectivité en tant que libre conviction du bien ! Ceci étant, on peut observer que des progrès restent encore à faire par rapport au fait qu’autrefois «Tout mandarin pouvait en Chine distribuer des coups de bambou, même les gens les plus haut en grade et les plus distingués, les ministres, vices-rois, bien plus que les favoris de l’empereur étaient châtiés à coup de bambou. », dès lors que la police se comporte en mandarin !
3. Une note sur le site du ministère des Affaires étrangères à Paris qui attire l’attention du voyageur français sur le fait qu’il y a Pékin d’un côté et l’administration locale de l’autre, et que ce n’est pas parce qu’on a obtenu une autorisation quelconque en haut lieu qu’on va pouvoir faire ce qu’on a prévu de faire sur place sans risquer de se retrouver « gros Jean comme devant » !
4. Le prix de la vie humaine estimé entre 270 et 2000€ et proposé comme si la compensation financière pouvait épurer la situation !
5. En l’absence effectivement de toutes investigations sérieusement menées ainsi que de leur relation fidèle, je n’ai pas d’avis sur l’environnement de la découverte du corps mais, quelque part, les ponts et les rivières ne sont pas de données culturellement indifférentes de ce point de vue ! Je pense en particulier à la configuration de la scène du théâtre classique japonais, le Nô, qui en fait des lieux privilégiés du passage entre les mondes par où le fantôme arrive et nous parle du crime, mais aussi à l’appel de l’eau sombre qui peut effectivement s’adresser à l’âme en détresse, -reste à savoir ce qui aura causé cette détresse -, et je me demande ce qu’il en est dans le théâtre classique chinois de ce point de vue.
Ceci étant, je veux bien que « notre État de droit constitue un luxe bienfaisant dans un monde qui nous renvoie l'image de ce que la France a du être sous les périodes sombres et terribles de son Histoire. », mais ce n’est pas une raison pour s’endormir sur nos lauriers et passer purement et simplement les injustices dont nous avons encore à pâtir par pertes et profits. Je sens bien cependant qu’on peut compter sur votre vigilance !
Rédigé par : Catherine JACOB | 01 juillet 2008 à 13:14
Merci pour ce rappel :
à propos d'indignations répétées et de piqûres de rappel près de danses chinoises indignes :
n'oublions jamais :
"avec le taon va, tout s'en va !"
mais faut continuer de telles piqûres de rappel, pas à l'ordre nouveau ainsi imaginé mais à de gros changements une bonne crise de fois pour toute en ces lieux hantés par de nouveaux Mao(s) avançant, eux, à visage découvert !
sinon, MERCI L'INTERNET, dernier rempart (?)
Sissi !!!!!!!!!!!!!!!!
Rédigé par : Cactus déFerré | 01 juillet 2008 à 11:45
Marcel P. est à la pensée unique ce qu'une bonne douche froide est à la canicule : une ondée bienfaisante...
PS : le P. n'est pas Proust, pour une fois...
Rédigé par : sbriglia | 01 juillet 2008 à 09:08
Monsieur Bilger écrit : "Ces effervescences sans commune mesure avec nos débats juridiques byzantins nous font aussi percevoir à quel point notre pays est saturé de démocratie et comme notre Etat de droit constitue un luxe". M.le Procureur général semble oublier que chaque année 650 personnes ayant été détenues de façon injustifiée et sans respect de la présomption d'innocence demandent réparation à l'Etat et obtiennent une moyenne journalière d'environ 30 euros alors que le juge Burgaud obtient plus de 50 000 euros pour un simple propos jugé diffamatoire par ses pairs ! Bien sûr, n'ayant jamais été victime de cette injustice dans son "Etat de luxe", M.Bilger peut ajouter fièrement "L'injustice, chez elle (la Chine), est en pleine intensité quand chez nous, ponctuelle ici ou là, elle n'émeut plus guère ou semble le support d'un discours humaniste obligatoire et pour tout dire assez formel". Si de discours humaniste formel il peut être question, je pense que c'est bien de celui de M.Bilger dont il est question !
Rédigé par : Calach | 01 juillet 2008 à 09:04
Avec le médiatique houleux Robert Ménard comme président de Reporters sans frontières, toute information en provenance de Chine qui discrédite si facilement les autorités, un peu de hauteur n'est pas surperflu. Depuis quelque temps les journalistes utilisent le mot émeute avec beaucoup d'aisance, on a parlé des émeutes de banlieue en 2005, vu de l'étranger le France était à feu et à sang envahie par des basanés en sweet oversize et cagoule, on a parlé des émeutes de la faim pour décrire une population égyptienne qui marquait son mécontentement face à la hausse du blé conventionné, on a parlé récemment d'une émeute sur les Champs Elysées à l'ouverture de la boutique Morgan qui affichait 70 % pour son premier jour de soldes. Brad Pitt et Angelina Jolie ont provoqué également une émeute à chaque montée des marches de Cannes.
Rédigé par : SR | 01 juillet 2008 à 08:08
Chaque fois que je visionne cet entretien historique filmé entre Pierre Bourdieu et Günter Grass chez ce dernier, je ne puis m'empêcher de songer à ce qu'il aurait été si Bourdieu, à ce moment, avait su ce que nous savons tous maintenant, que Grass fut engagé volontaire à 17 ans dans les Jeunesses hitlériennes. Même, cet entretien aurait-il eu lieu ? Pauvre Bourdieu, si brillant, si grandiose, qui nous a délicieusement expliqué la reproduction des classes, l'"hérédité" des talents culturels, politiques, "philosophiques", haute administration, trompé ce jour si naïvement par ces apparences qu'il a si bien démontrées et disséquées en amont... Lors de cet entretien historique, Günter Grass évoquait quelque chose de très intéressant. Il disait, en substance, que lui, homme de gauche, donc progressiste et acquis à toujours plus de libertés sociales, politiques, culturelles, en un mot humaines, donc à moins d'Etat dans les faits, en était arrivé, par ces -nos- temps fous du règne du capitalisme financier et du mépris sourd de la qualité au profit de la quantité, à ce paradoxe de souhaiter davantage d'Etat pour mettre un frein à tout cela et sauver la liberté, au moins ce qu'il en demeure. L'éthique est pour les pauvres ; le reste pour les autres. La tolérance, disait l'autre con qui fit interner à mort sa géniale soeur, il y a des maisons pour cela. Mais de quelle tolérance parlait-il ? Quant aux maisons, il n'y en a plus en France, chacun le sait, puisque notre pays est saturé de démocratie et de respect de l'éthique ou des éthiques c'est selon... La tolérance de l'éthique, peut-être ? Ou l'éthique de la tolérance ? Gunter Grass, bourrant sa pipe et faisant la leçon à Bourdieu... Ces Chinois pauvres qui par millions assassinent dans le secret leur nouveau-né s'il est une fille car la politique de l'enfant unique, car le garçon est plus "rentable" que la fille qui est fardeau pour une famille déjà accablée de misère... Ces Chinois pauvres qui s'émeuvent et protestent de l'assassinat (par qui ?) d'une de leurs fillettes... La faim est la pire des putains. L'éthique c'est aujourd'hui le prix de l'essence et du pain...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 30 juin 2008 à 23:34
Cher Monsieur, on dirait que vous ne lisez pas les journaux, n'écoutez pas la radio, ne regardez pas la télévision. Comment pouvez-vous faire confiance à toutes ces vieilles lunes et faire encore référence "à la transgression de la morale, à l'offense à la vérité, à l'atteinte à la justice". Qui croit encore dans notre société à ces tabous d'un autre âge...? Quand chacun doit être à lui-même sa propre norme, que peuvent signifier ces "abstractions", ces "constructions sociales", ces "mystifications" qui ne mystifient plus les citoyens adultes que nous sommes devenus...?....?
Rédigé par : Guzet | 30 juin 2008 à 23:21
Monsieur Bilger,
Ce qui est étonnant, dans votre billet, c'est de penser que vous prenez pour argent comptant ce qui nous est dit de cette affaire s'étant déroulée à l'autre bout du monde, dans un pays où, on le sait, le journalisme ne bénéficie pas de la liberté d'expression telle qu'elle est prévue par notre déclaration des droits de l'homme (fait avéré en Occident par la censure chinoise pratiquée sur internet).
On ne sait rien de vérifiable contre cette révolte. Dire qu'il s'agit d'un ferment de dissidence motivé par l'injustice, c'est tout de même léger.
Et je pense que cela ouvre la porte aux commentateurs tels que Patrick Marguillier.
Pour Patrick Marguillier, on doit comprendre qu'existe chez nous une répression sauvage des manifestants, voire des morts. Il nous donne l'exemple du CPE. Sans toutefois nous donner de quoi oublier que lors des manifs du CPE, les manifestants ont eut plus à craindre des racailles que des CRS.
Patrick a sans doute oublié ces images : http://riesling.free.fr/doc-externe/deflickr-124129218_9cb170e62d.jpg http://riesling.free.fr/doc-externe/deflickr-124129366_2e69b1c943_b.jpg
témoignages parmi d'autres contredisant l'association de la France avec un pays totalitaire.
Patrick nous parle aussi de « notre million de RMISTE juste payés pour ne pas détruire les belles villas du 16ème tellement la rage de ne pas vivre le minimum décent ». Finalement, payer des gens à ne rien faire dans l'espoir qu'ils se réinsèrent, c'est indécent. Il leur faudrait le jaccuzi et la villa dans le XVIème pour apaiser leur rage.
Ainsi, « notre régime sous ses apparats de démocratie n'est qu'une petite dictature policière ». C'est tellement vrai qu'en effet, nul besoin n'est d'aller en Chine. Il suffit de voir comment les Chinois ont encadré le défilé de la flamme olympique dans les rues de Paris pour savoir ce qu'est une dictature.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 30 juin 2008 à 22:29
"Se sentir une fraternité avec ces êtres courageux qui, si loin de nous, prennent le risque de protester, osent combattre le scandale"
Vous pourriez commencer par chez nous... car chez nous il n'y a pas de scandales c'est bien connu, le site de RESF est classé "site pour rigolos marxistes en attente de paternité (même si les trois quarts de notre population ne sait pas ce qu'est être marxiste)",
Non chez nous il n'y a pas de répression, on n'a pas de morts lors de nos manifs, ni de répression, quitte à changer d'avis après (exemple le CPE, une répression aveugle et un mort, pour rien puisque Villepin avait reculé sur ce CPE bienfaisant pour le peuple et surtout les jeunes)
Non il n'y a pas d'expulsions brutales, d'avions où des hommes hurlent et pleurent leurs détresse...
Non tout le monde vit bien en France, on n'a pas un million d'enfants sous le seuil de pauvreté (chiffre émanant de ne je sais plus quel ministère), tout va bien.
On n'a pas notre million de RMISTE juste payés pour ne pas détruire les belles villas du 16ème tellement la rage de ne pas vivre le minimum décent... Tout va bien en France, ne parlons pas des quelques centaines de milliers de jeunes pas inscrit au chômage car quand on est jeune on est en bonne santé et on sait qu'à l'ANPE on ne cherche que des gens ayant de l'expérience ou des hautement qualifiés... tout va si bien en France...
La liste est si longue qu'elle vous rend aveugle Monsieur Bilger ?
C'est vrai qu'on a fait une révolution NOUS monsieur... Combien de morts ? Innombrables..
"elle n'émeut plus guère ou semble le support d'un discours humaniste obligatoire et pour tout dire assez formel"
Mieux vaut un discours humaniste "obligatoire" qui l'est rarement, formel de surcroît, qu'un silence vil, des ronds de jambes, pas besoin d'aller en Chine pour voir que notre régime sous ses apparats de démocratie n'est qu'une petite dictature policière, mais n'allons pas trop loin, ça choquerait nos amis américains qui risqueraient de revenir.
En Chine, les privilégiés vivent aussi bien qu'ici et inversement... Un privilégié français ne mange pas mieux qu'un privilégié chinois et vice versa.
Ils ont souvent tous les deux piscine et clim et chauffeur et le même mode d'exploitation méprisant et impitoyable du peuple.
Les deux s'empressent de faire du capital pour leur présent et leurs vieux jours.
C'est marrant de constater combien les régimes peuvent se dire dissemblables alors qu'ils se ressemblent éperdument dans les répressions de tout poil... Les bottes ont les mêmes couleurs, les matraques aussi.
Démocratie ? Où ça ? Dans les rêves que vous faites allongés dans vos draps de satin, ô privilégiés ? Dans le luxe, l'idyllique ?
Puis tant qu'on vit bien, de quoi aurait-on à se soucier ? On se sent en démocratie ! La transpiration du gueux ne saurait atteindre la blanche colombe...
Un petit don à une association quelconque et le problème est réglé, on n'a pas de soucis en France, le petit peuple, le petit personnel se vautre dans le bonheur...
Rédigé par : Patrick Marguillier | 30 juin 2008 à 20:48
Tout comme les soviétiques avaient fait rentrer le vers dans la pomme en acceptant Mc Donald's et Levis et consort sur leur territoire, je pense que la Chine l'a fait en accédant au capitalisme et à Internet.
Même si ces derniers sont largement encadrés par le pouvoir en place.
Cela prendra encore du temps mais la fin de la dictature chinoise est inscrite dans un avenir, qui me semble assez proche, à l'aulne de l'histoire, je m'entends. Cela peut prendre encore 10 ou 15 ans mais cela me semble inéluctable.
Rédigé par : Surcouf | 30 juin 2008 à 20:44
Cette histoire et ces émeutes me rappellent un peu celle du notaire de Bruay-en-Artois. Et je crois bien, en Chine comme en Artois, qu'il s'agit là effectivement des manifestations de la "persistance de l'éthique". L'éthique, en réalité, n'existe que comme un désir de justice sociale. Autrement ce mot devient un vaste fourre-tout où chacun y met ce qu'il entend et veut défendre qui n'est pas toujours du meilleur goût ni agoniste. A la manière de l'Humanitaire institutionnel une immense hypocrisie et non moins grande tromperie. Bruay en France c'était l'extrême gauche et la Gauche qui se sentaient offensées par les riches notables de Droite qui "violent et tuent impunément les enfants des pauvres". Wengan en Chine, ce sont les pauvres (les mêmes, sans doute, toujours eux ; les nantis ne manifestent ni ne protestent ; pourquoi le feraient-ils ?) qui se sentent offensés par les riches notables de Gauche et d'extrême gauche qui "violent et tuent impunément les enfants des pauvres". Le dénominateur semble le même ; il reste qu'il n'est pas à chaque fois commun.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 30 juin 2008 à 18:08