Depuis hier, les politiques dont le président de la République et le Premier ministre, les associations juives et les médias - le Figaro et le Parisien avec moins de prudence que le Monde - dénoncent le caractère antisémite d'une agression grave laissant un jeune homme de 17 ans dans le coma, entre la vie et la mort même si son état s'est apparemment amélioré aujourd'hui.
Dans tous les cas odieux, cet acte, dans l'immédiateté et l'urgence de l'indignation en quelque sorte, a été qualifié d'antisémite. A entendre certains, il était inconcevable qu'il ne le fût pas, intolérable qu'il puisse être perçu autrement, scandaleux que soit mise en doute la motivation antisémite. La bêtise et la cruauté humaines sont sans limites et ne s'arrêtent pas qu'au seul port d'une kippa pour se déchaîner mais la cause était entendue, le crime était forcément antisémite. On saura plus tard mais l'étonnant est qu'il fallait le décréter tel, tout de suite. On a l'impression que personne ne veut se voir dépasser dans cette course à la morale qui fait presque disparaître la nature intrinsèquement perverse du comportement lui-même, peut-être celui de cinq jeunes brutes.
Heureuse surprise, ce matin, où j'ai entendu, rapporté par France Inter, un propos de Gilles Bernheim, brillamment élu grand rabbin de France, pour qui le caractère antisémite de l'attaque était "probable, pas certain". Dans cette surenchère précipitée, un peu de raison et de lucidité fait du bien. Son mandat permet d'espérer, grâce déjà à ce détail éclairant.
Il y a une manière délirante de sonner le tocsin qui nourrit l'incendie au lieu de le réduire.
@Yves Duel
Il me semble que la prise de position de Nicolas Sarkozy notamment pour un partage de Jérusalem, sans compter l'existence d'un état palestinien dans des frontières de 1967, pourrait être jugée antisioniste, serait-il antisémite ?
Un jeune connu des services de police pour des faits de violence (Le Figaro ce matin) se fait horriblement battre, un acte totalement condamnable, peut-être antisémite mais plus complexe qu'on ne le dit, apparemment.
Avoir ainsi sonné le tocsin aide ceux qui oeuvrent à accentuer les tensions, car d'autres se sentiront inégalement traités : ceux qui veulent le développement communautaire ici sont à la fête, même la justice travaille pour eux en concluant l'enquête (France 2, dimanche midi) avant son début.
Une vraie stratégie de tension encouragée par les pouvoirs et les institutions.
Rédigé par : Jean-Marie | 23 juin 2008 à 18:41
J'apprécie votre prudence et la réaction de M. Gilles Bernheim, le nouveau grand rabbin : le seul fait que la victime soit juive ne crée pas le crime antisémite, de même qu'un noir n'est pas automatiquement victime d'un crime raciste ou une femme d'un acte sexiste. Le caractère antisémite, raciste, sexiste, homophobe, etc. d'un acte n'est pas lié à la qualité de la victime, même apparente, mais aux mobiles de l'acte.
Le caractère antisémite est ici fort possible mais ce sera à l'enquête de l'examiner et de l'établir.
Ceci ne diminue pas la révulsion qu'inspire cet acte ni la compassion avec la famille et les proches de la victime.
Rédigé par : stellar | 23 juin 2008 à 18:14
Il y a deux problèmes :
1° La réduction systématique d'un type de victime à son origine, à savoir les victimes non blanches et catholiques, les médias et les politiques voraces de scoops et de l'interprétation dans l'immédiateté cantonnent la victime à sa kippa et de ce fait à sa judaïté de Loubavitch. Une victime française devient un jeune juif et les voyous des jeunes originaires d'Afrique noire. Une histoire de petites frappes de l'est de Paris devient une affaire d'Etat.
2° L'esprit dégénéré d'une nouvelle génération de jeunes adultes est tabou en France. Il ne s'agit pas de classes sociales, mais d'uniformisation des esprits. Il suffit d'écouter Jean Sarkozy à qui son père a offert un boulevard sans embûches en politique pour constater que de Neuilly à Bondy en passant par Montpellier les jeunes gens ont le cerveau limité. Les journalistes ont glosé sur les propos de Jean Sarkozy qui avait, la main sur le coeur, juché sur une table de bar, juré soutenir "à mort" David Martinon pour mieux l'éliminer par la suite.
Un vocabulaire très succinct, une réflexion consumériste, une culture de l'élimination de l'autre par tous les moyens, le désir de réussir vite, une sexualité violente ou frustrée, le culte de l'argent. Les origines n'ont rien à voir, il s'agit de violence gratuite pour la conquête de territoire, en l'espèce un banc public !
Rédigé par : SR | 23 juin 2008 à 17:57
«Il y a une manière délirante de sonner le tocsin qui nourrit l'incendie au lieu de le réduire.»
Ça c'est bien vrai. Quel que soit le domaine en cause, ici l'antisémitisme, la bête du Gévaudan est toujours accusée la première et une battue organisée sur le champ qui entraîne à sa suite tout le village.
Or il semblerait en effet que le cas ne soit pas si simple, ni les exacts bouteurs de feu si faciles à désigner. En tout état de cause, il semblerait également et fort heureusement pour tout le monde que le malheureux jeune homme soit désormais hors de danger si pas vraiment encore tiré d'affaire, mais ceci ne me paraît pas devoir inciter à traiter le cas avec moins de gravité et de sérieux et en profondeur.
Rédigé par : Catherine JACOB | 23 juin 2008 à 13:09
Effectivement, même réaction d'un de mes amis "qui n'est pas né goy" : "nous tressons la corde qui va nous pendre à force d'hurler au loup en toute occasion !"
Ou comment, par une constance outrecuidante, même les voyous ont une hiérarchie officielle parmi les autorités de la "bien-pensance" !
Voilà qui est curieux...
Rédigé par : Infreequentable | 23 juin 2008 à 12:40
Monsieur, il me semble que vous faites erreur.
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Certes, le caractère "antisémite" d'un acte commis contre un juif clairement identifié comme tel peut aussi être discuté.
Mais ce que nous sommes quelques-uns à pointer, en engageant la question de l'antisémitisme, c'est l'empressement à dédouaner de tout racisme des jeunes gens qui, par ailleurs, pourraient être victimes de ce racisme.
Pour faire simple : quand un blondinet du FN s'en prend à un noir, il s'agit de racisme; mais quand un noir s'en prend à un juif, c'est une tension intercommunautaire.
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"nous" et pardon pour la liberté de ce pluriel (je devrais dire "je", mais...), "nous" disons donc que ces jeunes en bande ressemblent aux SA : racistes, violentes, incultes, machos, haineuses, subversives.
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Ces bandes tentent de prendre une forme de pouvoir dans la société : des couloirs du métro à l'intimidation dans les média.
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Pardon d'avoir peut-être "fait la leçon". Croyez bien que j'ai par ailleurs conscience de mes propres insuffisances.
Rédigé par : olivier-p | 23 juin 2008 à 12:36
Tiens, d'accord ! L'avant-dernier gag, c'était à 150 m de chez moi : un incendie d'un petit local qui servait à distribuer des repas aux pauvres du quartier, et qui était une annexe de la Synagogue. Incendie, tocsin aussitôt, visite du maire et de grandes et belles âmes. 3 jours après : c'était un SDF hébergé qui, menacé d'être remis à la rue, s'était vengé...
Et plus personnellement, je ne parviens plus, même avec des proches, à faire respecter ma distinction : je suis farouchement antisioniste (notamment contre les exactions de ce gouvernement actuel d'Israël), et je suis incapable d'antisémitisme... Si je suis l'un, je dois être l'autre !...
Bonjour le débat !
Rédigé par : Yves Duel | 23 juin 2008 à 12:21
J'ai hâte d'entendre les associations contre certaines discriminations choisies venir reprocher aux procès-verbaux d'enquête de faire état de la religion de la victime.
Et bien oui, paraît-il que c'est un scandale qu'un logiciel de rédaction de procédure puisse faire figurer ce genre de choses dans la synthèse de procès-verbal.
(cf http://riesling.free.fr/20080415 )
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 23 juin 2008 à 12:17
"Il y a une manière délirante de sonner le tocsin qui amplifie l'incendie au lieu de le réduire."
terminez-vous (quelle belle chute encore) !
Oui oui..... mais cachez-moi ce tocsin que je ne saurais entendre !!!
Sissi !!!
Rédigé par : Cactus un peu sonné | 23 juin 2008 à 12:01