Contre la mode d'aujourd'hui, le président de la République n'a pas toujours tort et Fred Vargas pas toujours raison !
Le 9 juin, le gouvernement français a signé le décret d'extradition de Marina Petrella. Celle-ci a été condamnée en son absence en Italie, en 1992, à la réclusion criminelle à perpétuité, notamment pour le meurtre d'un commissaire de police en 1981. Elle a été arrêtée au mois d'août 2007. Elle se trouve actuellement en chambre d'isolement dans un hôpital psychiatrique à Villejuif.
Le président de la République a annoncé que Marina Petrella serait extradée mais qu'il avait invité le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, à solliciter sa grâce auprès du président, en raison de l'ancienneté de la condamnation, de sa situation psychologique et de son état de santé. Nicolas Sarkozy a précisé que Silvio Berlusconi partageait son analyse sur cette affaire.
Comme il fallait s'y attendre, s'agissant de terroristes italiens, Fred Vargas est repartie à l'attaque, obsessionnellement attachée à la cause, hier de Battisti, aujourd'hui de Petrella. Selon le site du Nouvel Observateur, elle qualifie la décision du président de la République de "paradoxale et d'hypocrite", avant de la juger aussi "contradictoire", au prétexte que Cesare Battisti serait aussi, comme Marina Petrella, "en danger de mort rapide". Elle continue de plus belle en affirmant "qu'aucun d'eux ne survivra au retour en Italie" et qu'il s'agit d'une "hypocrisie assez invraisemblable", à moins que Nicolas Sarkozy ait eu "l'assurance de Silvio Berlusconi que cette grâce serait octroyée pour raisons humanitaires". Elle conclut par le meilleur, si j'ose dire, puisqu'elle n'hésite pas à mettre Battisti dans le même sac, arguant que la grâce devrait aussi s'appliquer à lui "pour raisons humanitaires" mais qu'elle doute que Berlusconi agisse de la sorte.
Sur un plan général, elle dénonce, comme elle en a pris l'habitude, "l'acharnement politique de l'Italie sur ses anciens militants d'extrême-gauche" et évoquant l'asile proposé aux Farc, elle exige "de la cohérence" et qu'on en revienne "à la doctrine Mitterrand".
Ces propos, que j'ai pris la peine de reproduire dans le détail, pourraient appeler une sorte de stupéfaction fatiguée, tant ils ressassent la même antienne unilatérale, s'ils n'étaient pas terriblement gangrenés par les nombreux crimes commis en amont, certes il y a longtemps, mais qui continuent de peser lourd dans la mémoire collective italienne. Comme il est commode d'intenter un procès en harcèlement à l'Etat italien si on oublie, si on occulte précisément ce qui l'a fondé et continue à le justifier ! Le frère du policier assassiné a magnifiquement et douloureusement répondu à ceux qui ne plaignent que la vivante en oubliant le mort.
Sans me moquer une seconde de la tonalité mélodramatique du tableau qui nous est présenté, je ne vois pas en quoi la santé de Marina Petrella et de Battisti serait plus gravement menacée en Italie qu'en France ou au Brésil, sauf si l'un et l'autre, par une politique du pire, décidaient de faire de leur pays d'origine le bourreau qu'il n'a pas été à leur égard.
Deux points fondamentaux me paraissent structurer l'argumentation de Fred Vargas.
D'abord, il conviendrait de traiter de la même manière la femme et l'homme, Marina Petrella et Battisti. Je perçois mal quelle pourrait être la raison de cette égalité. Certes, tous deux se sont vu reprocher des crimes infiniment graves mais même sur ce plan, Battisti, si l'on ose établir une échelle de l'horreur, l'emporte sur sa compatriote. Celle-ci n'a pas non plus bénéficié de péripéties procédurales qui ont permis de démontrer la mauvaise foi du romancier - le funeste corporatisme des écrivains ! - prenant la fuite, violant son contrat judiciaire avant d'être à nouveau appréhendé au Brésil. Elle a vécu en France puis, interpellée, va regagner l'Italie sous la contrainte. Apparemment, ses forces physiques et psychologiques sont altérées et je ne tirerais pas argument de la donnée qu'elle est à l'initiative de ses faiblesses. En tout cas, rien qui autorise qu'on se serve de la situation singulière de l'une au bénéfice de l'avenir de l'autre.
Le second axe développé par Fred Vargas - déjà invoqué dans le JDD - tient à la similitude entre les Farc et le statut des deux criminels italiens. Dans ce domaine également, je soutiens qu'il y a pour le moins confusion.
J'ai déjà indiqué dans un autre post mon espoir de voir la promesse présidentielle d'accueillir les terroristes des Farc, même repentis, demeurer théorique. Il n'empêche que cet engagement résulte de la parole libre du président désireux de favoriser, au-delà de la libération d'Ingrid Betancourt, une issue générale favorable en Colombie. C'est une démarche solitaire, une générosité qui ne s'inscrit dans aucun schéma préétabli. L'Etat de droit n'y est nullement impliqué et le discours présidentiel n'avait à se soumettre à aucune autre contrainte que celle de sa seule cohérence.
Pour Battisti et Marina Petrella, la situation est inverse. Leur comportement criminel en Italie, les procédures engagées dans ce pays et les condamnations prononcées, leur séjour en France, le processus d'extradition - tout manifeste, d'abord, un lien international, une relation d'Etat à Etat puis l'évidence, ici et là-bas, de règles impérieuses, impossibles à contourner, l'existence et l'exigence d' Etats de droit. Pour les Farc, le président était totalement libre ; pour Marina Petrella, il ne l'était pas sauf à trahir sa mission.
Aussi, il n'y a dans l'annonce de Nicolas Sarkozy ni paradoxe ni hypocrisie. L'extradition imposée juridiquement, il revenait au président, par la voie de conseil et d'influence qu'il a choisie, d'attirer l'attention des autorités italiennes sur le profil particulier de Marina Petrella. Où est le "deshonneur" ?
N'en déplaise à Fred Vargas, l'Etat de droit a le droit d'être généreux et ferme. Il a surtout l'obligation de ne pas être stupide.
@ Aïssa
Paris au Turf dernière :
Hervé Morin, ministre des Armées, montre l'exemple à l'heure de la crise du pétrole et du livre blanc, en reconstituant à lui seul la "vraie" cavalerie. Cadre noir, sans doute ! Un bémol, toutefois, son premier jockey a fait une cuche pardon une chute... Il lui a fallu le remplacer.
Rédigé par : Marie | 11 juillet 2008 à 23:34
@CJ
Ah, il se disait, il se disait que...! Je n'en sais rien. Possible qu'il l'ait vendu son premier bourrin ; je n'ai pas lu les news turf-mag depuis un moment... Il en a acheté d'autres dans ce cas et des bons... Turfiste un jour, turfiste toujours, c'est le dicton... C'est un club, une loge, que dis-je une loge, une fraternité... Tous derrière et lui devant ... Huuuueeee Morin ! Fais pas ton méchant ; sur les champs de course t'es différent...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 11 juillet 2008 à 18:59
@Patrick
« On ne peut pas revendiquer la justice pour tous et en faire une vraie passoire dans le même temps. » Je vous rejoins sur cette phrase et sur beaucoup d’autres, par ailleurs.
J’aime beaucoup le film « La ligne verte » et je suis contre la peine de mort. Pourtant, je songe aux victimes et à leurs proches. Je ne sais pas si je pourrais affronter pareille situation. Je serais anéantie. Et le pardon - qui apaise tant en d’autres circonstances - ne pourrait pas trop m’aider.
L’ambivalence de la nature humaine. Et c’est pour cela que la justice existe, pour trancher. Et c’est tant mieux pour que ne règnent ni le chaos ni une forme d'anarchie sanglante. Du coup, nous tous, non jurés et non magistrats, citoyens anonymes, nous ne prenons pas la responsabilité de la sentence. Je ne dis pas que nous sommes des Ponce Pilate mais reconnaissons que c’est plus facile de suivre les événements à la tv ou en en lisant le récit.
C’est pour cela que j’admire ceux et celles qui ont pour fonctions et devoir de prendre ces décisions à notre place (pour toutes les peines, pas uniquement celle abolie chez nous, de la peine de mort). Forcément, juges et avocats ont énormément de courage, face aux accusés, face à l’opinion qui n’attend souvent qu’une étincelle pour s’enflammer. Concernant ce fait d’actualité, on se demande qui est la victime…
Rédigé par : Ktrin | 11 juillet 2008 à 18:21
@Aïssa Lacheb-Boukachache
"A l'avenir, cher ministre Hervé, dis à ton jockey de lui tenir les rênes un peu plus court au cheval, il tire... "
Il se disait pourtant que le cheval acheté 40 000€ en copropriété s'était récemment vendu pour 5 millions d'euros (source Wiki). Il en a donc acheté un autre depuis ?
Rédigé par : Catherine JACOB | 11 juillet 2008 à 10:12
Hervé Morin a le chic de toute façon ; la dernière fois son bourrin m'a fait gagner à 10 contre 1 dans la course du quinté... Pour une fois qu'un ministre me rapporte un peu de pognon, au moins il se rend utile celui-là... C'est le jouer bien pour gagner plus, avec lui. A l'avenir, cher ministre Hervé, dis à ton jockey de lui tenir les rênes un peu plus court au cheval, il tire... C'est pas bon, il fatigue et perd du temps dans la ligne droite...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 10 juillet 2008 à 19:50
@Polochon
... Et donc vous et moi devrions pouvoir le démettre quand nous le voulons ; d'où la nécessité du référendum d'initiative populaire sur ces choses-là.
En l'espèce, il s'agit de C.Pasqua (je n'ai rien contre lui ; d'autres aussi font autant voire plus l'affaire qui ne sont pas encore inculpés et/ ou démasqués ; il se trouve que lui est le plus emblématique), donc du Sénat, cette chose institutionnelle à planqués, inutile et foncièrement anti-démocratique. Ni vous ni moi n'élisons les sénateurs...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 10 juillet 2008 à 18:16
Patrick Marguiller,
L'assassinat d'un policier, au motif de sa fonction, peut être interprété comme une tentative de porter atteinte à l'autorité de l'Etat - donc un crime politique.
Petrella « n'est pas extradée parce qu'elle était d'extrême gauche mais parce qu'elle assassiné un commissaire », certes. Mais n'a-t-elle pas assassiné un policier parce qu'elle est d'extrême gauche ?
La politique ne désigne pas les politiciens, mais la vie et la gestion de la cité. Porter atteinte à ses mécanismes, c'est politique, sauf si c'est pour un intérêt personnel.
Aïssa,
Vous écrivez : « Savez-vous que c'est le peuple qui décide et non pas trois ou quatre péquenots politicards du gouvernement ou même l'Elysée ? Ce peuple aurait protesté depuis longtemps s'il n'avait pas accepté tacitement ces asiles [...] ».
On doit donc en déduire que le peuple doit protester vertement (très vertement vu la médiatisation de ces extraditions, bien supérieure à ces asiles politiques) pour déduire qu'il n'accepte pas tacitement ces extraditions.
Catherine Jacob,
N'est-il pas amusant que soit cité la LDH alors qu'on ne cite pas si régulièrement la LCR ou le FNJ avec la même fréquence. En terme de modération politique et de ton, le rapprochement se justifierait pourtant.
Rédigé par : Enclume des nuits | 10 juillet 2008 à 17:55
@Aïssa
Vous dites :
"L'extradition est dans le droit, donc dans la loi. Qui fait la loi ? Le législateur et donc feu sur le législateur..."
Il faudrait poursuivre :
Qui vote pour le législateur ? Le citoyen, donc vous et moi. Et donc...
Rédigé par : Polochon | 10 juillet 2008 à 14:33
@SR
Laissez le style Hara-Kiri à ceux qui ont du talent.
Sous votre plume (j'allais écrire "serpillière") cela sent son sous-Céline avarié...
@Véronique
Crise d'adolescence où on veut tuer le père ?...
Rédigé par : sbriglia | 10 juillet 2008 à 13:54
@Esurnir
Replacez les choses dans leur contexte : l'opinion publique d'aujourd'hui n'est pas celle des années de plomb. Rappelez-vous qu'à l'époque, ce sont des barbouzes armés par une fraction de la droite italienne au pouvoir, des policiers, les milieux d'affaires, des cadres de la CIA et la mafia, réunis dans la sinistre (et fausse) loge maçonnique P2 qui avaient perpétré les attentats sanglants de Milan et de Bologne, afin de faire obstacle par une stratégie dite "de tension" à la montée du parti communiste italien d'Enrico Berlinguer. Ces criminels (qui ont fait bien plus de victimes que Battisti et Petrella) n'ont jamais été jugés, les juges qui ont enquêté sur ces affaires ont été déplacés voire sanctionnés et le pouvoir de l'époque a concentré la responsabilité de l'escalade sanglante sur les Brigades Rouges. C'est historiquement faux. Il n'y avait aucun moyen, à l'époque, d'obtenir une décision de justice sereine. Extrader ces gens pour exécuter une peine attribuée par contumace et dans ces conditions n'est qu'un déni de justice. Pour le moins il conviendrait de les rejuger dans un climat plus serein.
L'opinion publique italienne aujourd'hui a occulté cette époque, à l'exception d'une fraction des milieux judiciaires et intellectuels. Phénomène de résilience.
@SR
Prenez vos médicaments et dormez.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 10 juillet 2008 à 11:02
@Audrey
Si j'ai bien compris ce qu'est un mandat d'arrêt européen il s'agirait d'une procédure d'extradition simplifiée et quasi automatique :
«L’originalité du mandat d’arrêt européen consiste en ce qu’il est applicable à la totalité du territoire de l’Union européenne. Il se substitue à la procédure normale d’extradition qui réserve une importante marge d’appréciation à l’État auquel la remise d’une personne recherchée a été demandée. Dans le cas du mandat d’arrêt européen, le contrôle par l’autorité judiciaire à laquelle il incombe de faire arrêter la personne recherchée et/ou la remettre à un autre État, est quasiment réduit à une formalité. Ceci est le résultat de la « légitime confiance » qu’ont les États membres entre eux. Elle justifie que les États membres ne remettent plus en question la décision des juges des autres États membres.»
Ceci étant, la création d'un tel mandat n'invalide en aucune manière les législations propres aux divers pays de l'Union.
A preuve : «Le 1er juin 2004, le tribunal de Pau a refusé l’extradition vers l’Espagne de trois membres d’un groupe indépendantiste basque considérant que les infractions avaient été commises en partie en France.» - Voir: http://www.europeplusnet.info/article442.html
Si la législation française qui a trait aux procédures d'extradition continue de s'appliquer postérieurement à la création de ce mandat, a fortiori en ce qui concerne les procédures l'ayant précédé ! Du moins en toute bonne logique. Sachant que la logique m'apparaît fort malmenée depuis quelque temps dans l'appréciation de l'intérêt supérieur de l'État par les uns et par les autres, dans tel cas et dans tel autre !!!!!
Rédigé par : Catherine JACOB | 10 juillet 2008 à 10:22
@Véronique
"Et pour une fois, c'est vous qui n’avez pas toujours raison."
Ai-je bien lu ?
Rédigé par : Catherine JACOB | 10 juillet 2008 à 09:30
« j'ai une émotion particulière pour les Farc qui ont enduré le martyr des sermons évangélistes de Sainte Ingrid. »
C'est bas ! Mesquin !
Ce que cette femme a vécu, je ne le souhaite à personne. Madame IB était, paraît-il, avec les Farc, particulièrement "grossière", indisciplinée (on s'en douterait)... résistante à sa manière, avec les seuls moyens qui lui restaient : son esprit, sa foi… (sans parler de sa ou ses tentatives d’évasion).
IB a raconté qu'elle avait commencé à écrire sur des cahiers qui lui furent retirés systématiquement par les Farc. Puis, du fait des nombreux déplacements et marches imposés dans la jungle, confrontée au poids du papier, (qui ne lui était pas la seule chose à porter), IB préféra conserver sa bible !
Son vécu ressemble quelque part à la vie de Maïti Girtanner relatée dans « Même les bourreaux ont une âme ».
« Cette jeune femme croyante, à peine âgée de 18 ans, organise sa « résistance » et fonde son réseau, dans la maison familiale au bord de la Vienne, alors que les Allemands s’installent en France en juin 1940. Pianiste particulièrement douée, elle berne jusqu’au chef de la Gestapo de Paris... Arrêtée en 1943, ce dernier stupéfait et vexé qu’une gamine se soit jouée de lui, lui réserve une punition exemplaire. Elle est torturée à 21 ans par un jeune médecin de la Gestapo qui, par des atteintes du système nerveux, l’enferme définitivement dans une résille de douleurs. Laissée pour morte, elle est sauvée par la Croix Rouge.
Elle est restée 8 ans hospitalisée. Sa carrière de pianiste est depuis terminée pour elle… Alors qu’elle était torturée, Maïti Girtanner soutint moralement ses compagnons d’infortune d’alors leur parlant de sa foi et interpella ce médecin-bourreau, alors à peine plus âgé qu’elle.
En 1984, un médecin autrichien nommé Leo tombe malade. Il apprend qu'il va bientôt mourir. Il « sait » ce qu'est la mort. Il est pris d'effroi. Il se souvient alors d'une jeune fille, une résistante, qu'il avait torturée en France, 40 ans plus tôt, qu’il avait entendu parler de Dieu et qui lui parlait de Dieu et de l'après-mort.
Il lui téléphona. Maïti Girtanner reconnut immédiatement sa voix. Elle accepta de le recevoir, car depuis 40 ans que sa vie était détruite à cause de lui, elle priait chaque jour pour lui.
Il vint la voir, lui demanda pardon, et elle lui pardonna. Il mourut quelques semaines plus tard, après avoir révélé à son entourage, qui l'ignorait, son passé de médecin de guerre : qu’il avait torturé et tué bien des gens…. »
Maïti Girtanner est, sauf erreur de ma part, toujours vivante.
En quoi leur foi fut et est nocive ?
Ce n’est pas pire que lire ou entendre ceux qui parlent de : « Justice, du Japon, de leur vie, de leurs écrits, de leur passion…. ». Chaque individu a ses préférences, ses goûts, ses faiblesses… Les lui ôter, c’est lui dénier toute identité. L’entendre, l’écouter, le lire… s’appelle de la tolérance...
Ceux qui n’ont pas vécu une violence quelconque, a priori, ne peuvent décidément pas comprendre…
Rédigé par : Marie | 10 juillet 2008 à 09:16
Suite à votre réponse à mon post.
Il y a un moment où les subtilités rhétoriques du droit commun, du droit public, du droit international, du droit de tout ce que vous voulez, sont totalement inopérantes quand il s'agit de nous convaincre que NS, sur ce coup-là, n'a pas tort.
On ne s'échine pas à mobiliser une opinion publique par médias interposés pour attirer l'attention sur le sort d'un otage - Ingrid Betancourt -, pour finir par dire que le pays qu’on dirige pourrait devenir un asile pour des geôliers.
Si le terrorisme n'est pas acceptable une seconde, il ne l'est pour aucun groupe terroriste.
Je persiste à penser que l'exigence première à laquelle est tenu un chef d'Etat, et qui le lie, est le respect et la cohérence de son propre discours.
Notre système présidentiel veut qu’un contrat personnel s’établisse entre le chef d’Etat et le pays. La cohérence dans le discours et des positions, dans les termes du contrat, n’est pas négociable.
Quand bien même des magistrats amoureux des mots et fous de leurs séductions, seraient tentés de vouloir nous convaincre du contraire.
Rédigé par : Véronique | 10 juillet 2008 à 08:34
Je ne considère pas les actes de Petrella comme des actes politiques, mais comme des meurtres purs et durs, le commissaire n'affichait pas d'idées politiques, le juge non plus. La meute qui bêle n'agit que pour contrer N.Sarkozy, la plupart des gens ne connaissaient pas Petrella, et dans son cas, elle n'est pas extradée parce qu'elle était d'extrême gauche mais parce qu'elle a
assassiné un commissaire...
Ça n'a rien de politique, c'est du droit commun.
Le commissaire ne faisait pas de politique, le juge non plus.
Sinon autant gracier aussi le meurtrier du préfet Erignac, il pourrait prétendre que c'était simplement politique, la politique territoriale par exemple...
De toute manière on n'assassine pas les gens parce qu'on n'est pas d'accord avec eux.
Il y avait d'autres moyens de faire de la politique dans les années 80, en Italie aussi. Il ne s'agit que d'une minuscule minorité qui pensait alors le contraire, tels les Brigades rouges, etc.
Ces gens n'ont rien de noble, ils pillaient aussi les banques, à leur sortie il valait mieux ne pas passer dans le coin.
Le seul point triste, c'est pour l'enfant qui sera privé de mère. Mais songe-t-on aux enfants, aux intimes du commissaire ? Il ne s'agit pas d'une vengeance a retardement, il ne s'agit que de l'exercice de la justice, valable pour tous et... toutes.
Par contre ça n'a pas de sens d'extrader l'une et d'héberger d'autres (terroristes).
Et contrairement à ce que l'on prétend, c'est-à-dire Nicolas Sarkozy qui voudrait redorer son image dans cette affaire, c'est ridicule d'y penser car qu'y a-t-il de sensé à gracier des gens qui viennent de détenir une femme pendant plus de six ans contre son gré, une bataille acharnée pour la récupérer qui a coûté cher aux contribuables et autres...
Mais il y a peut être des stratégies que l'on ne nous dévoile pas, stratégies commerciales, déstabilisations de gouvernements vautrés dans la corruption.
Espérons.
Je doute que la justice colombienne voie cela d'un bon oeil, à moins que ses maîtres n'aient envie d'une centrale nucléaire et nous de gros sous.
Après tout, nos intérêts...
On peut penser aussi à l'éradication du pavot, manne économique pour les uns et terrible plaie sociale et financière pour les autres.
Tout s'achète paraît-il de nos jours...
Rédigé par : Patrick Marguillier | 10 juillet 2008 à 02:02
Je suis pour que la France accueille tous les terroristes de la Terre, surtout ceux qui représentent un intérêt stratégique, plus spécifiquement en échange de la vente de centrales nucléaires, et j'ai une émotion particulière pour les Farc qui ont enduré le martyr des sermons évangélistes de Sainte Ingrid.
Rédigé par : SR | 09 juillet 2008 à 22:40
@Surcouf
"Doivent payer tout comme leur famille"
J'ai un ami qui a perdu son petit ami lors d'un meurtre mafieux. Le cousin (ou le frère je ne sais plus) du petit ami avait il me semble tué un membre de ce gang turc. Résultat mon pote s'est pris quatre balles, son petit ami une seul, et il fut le moins chanceux des deux.
Alors je suis désolé mais j'espère que cette tournure de phrase est accidentelle parce que faire payer les familles des meurtriers me paraît particulièrement... abject.
@Jean-Dominique Reffait
L'opinion italienne n'est, il me semble, pas contre leur retour au pays. Et aucune révolution me semble couver en cas d'incarcération de ces deux lascars. On ne se mettrait pas trop à dos l'opinion publique italienne, au contraire.
Rédigé par : Esurnir | 09 juillet 2008 à 21:03
Honnêtement je saisis mal la différence de position que, selon vous, NS pourrait avoir par rapport aux FARC et aux anciens terroristes italiens.
"Pour les Farc, le président était totalement libre ; pour Marina Petrella, il ne l'était pas sauf à trahir sa mission. "
Je pense qu'un pays a toujours intérêt à dire clairement, d’une façon entière, qui il est et quelles valeurs le structurent. Selon moi, NS n’est pas libre de choisir de s’affranchir de cela.
Comme l'Italie, la Colombie a des comptes à demander à ceux qui ont terrorisé, enlevé et assassiné.
Je ne comprends pas que NS puisse envisager notre pays comme un asile pour les uns et une terre d’expulsion pour les autres.
"Contre la mode d'aujourd'hui, le président de la République n'a pas toujours tort et Fred Vargas pas toujours raison !"
Ils ont tort tous les deux.
Et pour une fois, c'est vous qui n’avez pas toujours raison.
Rédigé par : Véronique | 09 juillet 2008 à 20:09
@Surcouf
Savez-vous que c'est le peuple qui décide et non pas trois ou quatre péquenots politicards du gouvernement ou même l'Elysée ? Ce peuple aurait protesté depuis longtemps s'il n'avait pas accepté tacitement ces asiles accordés à ceux-là ; cela se serait vu et entendu dans les médias et dans la rue. Les terroristes, les truands, écrivez-vous... mansuétude du gouvernement légitime et démocratique, ajoutez-vous... et puis quoi encore ? L'oint du Seigneur, l'huile divine, le flacon...? C'est le peuple qui décide, en cour d'assises comme dans la rue ou dans les urnes, souverainement. C'est faire injure à notre cher hôte PB que de le flanquer d'un quelconque gouvernement dans l'administration et l'organisation de la justice populaire. Souvenez-vous, Raoul Vilain, l'assassin de Jean Jaurès, pris en flagrant délit de terrorisme et assassinat, fut acquitté en cour d'assises par le peuple... C'est vrai, je vous le concède, il est des fois où ce peuple souverain est singulier dans ses démonstrations judiciaires. Mais ce n'est pas une raison pour le traiter de con, comme vous le faites en lui substituant le gouvernement, à la manière de ce dernier lors du référendum quant à la Constitution européenne qui dit que le choix du peuple est de la daube et qu'il fallait (ce qui fut fait avec un mépris inouï) lui substituer le mini-traité, sic, du gouvernement légitime et démocratique que vous nommez ainsi avec une emphase ... attendrissante.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 09 juillet 2008 à 19:48
@Aïssa
Oui ils doivent payer.
Ceux qu'ils ont tués payent tout comme leur famille. C'est avant qu'il fallait réfléchir.
Tout comme le truand qui sait d'avance ce qui l'attend dans ce genre de cas, ce genre de personne sait qu'elle n'a pas à attendre de mansuétude de la part des gouvernements légitimes et démocratiques de leur pays.
@Monsieur Reffait
La France a abrité des dictateurs et je ne pense pas que cela soit à son honneur. Elle a même abrité de futurs dictateurs avec Khomeini.
Je n'en tire aucun gloire bien au contraire.
Que certains présidents français protègent directement ou de manière occulte d'anciens nazis ou collaborateurs je ne trouve pas cela normal non plus.
Peut être cela se faisait-il mais qu'il aillent se faire pendre ailleurs.
Avant on guillotinait les assassins, plus maintenant et j'en suis fort aise. Pourquoi devrions-nous continuer à nous comporter comme par le passé si nous estimons que cela doit cesser.
Rédigé par : Surcouf | 09 juillet 2008 à 18:46
@ Catherine Jacob
Si j'ai bien tout compris, l'extradition de Mme Petrella est faite dans le cadre d'un mandat d'arrêt européen. Le caractère politique ou non d'une infraction n'a pas d'importance dans ce cadre.
Rédigé par : Audrey | 09 juillet 2008 à 18:02
@ Patrick Marguillier
J'ai lu les 28 articles du «PROJET DE LOI modifiant la loi du 10 mars 1927 relative à l'extradition des étrangers et certaines dispositions du code pénal et du code de procédure pénale,» Signé : JEAN-PIERRE RAFFARIN le 29 mai 2002 et vers lequel vous avez eu l'amabilité d'indiquer un lien.
Son article 2 en particulier a retenu mon attention.
«L'article 5 de la même loi est remplacé par les dispositions suivantes :
« Art. 5. - L'extradition n'est pas accordée :
[...]
« 2° Lorsque le crime ou le délit a un caractère politique ou lorsqu'il résulte des circonstances que l'extradition est demandée dans un but politique ;»
Tout le problème étant bien sûr d'apprécier le caractère politique du crime ou du délit. Avoir été admis(e) au bénéfice du droit d'asile définit-il suffisamment ce caractère au regard des motifs pour lesquels ce droit a été en son temps demandé et accordé ?
J'ai lu également le caractère opposable d'une décision administrative telle une décision d'extradition. Le caractère opportuniste d'une telle décision constituerait-il pas hasard un abus de pouvoir au sens défini par notre Législation ? Un éventuel recours contre un tel abus serait-il nécessairement jugé par un tribunal administratif ? Le magistrat du siège qui trouverait la bonne solution, celle qui satisferait tout le monde, aurait sans doute là une bonne opportunité de booster sa carrière.
Ceci dit ce projet fait également état de délais à courir à compter de l'arrestation mais je n'en ai pas observé concernant le laps de temps susceptible de s'écouler entre la réception de la demande [1994] et la suite donnée [arrestation en 2008] dès lors que la résidence de la personne réclamée est présumée connue de l'Etat auquel on la réclame. Par ex. N'y aurait-il pas présomption de cet ordre dès lors qu'elle s'est vue admise au bénéfice du droit d'asile...?
Un délai de 14 ans entre la suspension et la reprise de la procédure ne serait-il pas susceptible d'apparaître contraire à la convention européenne ?
Au fait l'Etat italien comme ça à tout hasard aurait-il une petite idée sur les circonstances du meurtre du juge d'instruction français surnommé le Sherif ?
Les deux autres liens ne mènent nulle part.
Rédigé par : Catherine JACOB | 09 juillet 2008 à 14:00
La différence entre le cas des FARC et des Brigades Rouges, c'est que la proposition est faite à la Colombie et aux FARC et que cette politique d'amnistie des différents groupes armés colombiens est assumée et voulue par le gouvernement colombien, le peuple colombien et enfin la Justice colombienne. Et ça, c'est une différence énorme. Et pour ne pas la voir il faut vraiment être bouffi d'hypocrisie.
Rédigé par : Robert | 09 juillet 2008 à 13:10
C'est à une curée à laquelle on assiste ici. A l'exception de quelques-un(es) compté(es) sur les doigts d'une main, tous veulent mordre dans cette misérable chair pour complaire et se donner des airs... C'est à gerber, comme dirait l'autre du haut de son box. Plutôt, à régurgiter ; il faut parler bon français civilisé selon Finkielkraut dont on attend avec impatience et avidité l'intervention "téléphilosophique" quant à ce sujet pour parachever cette infamie. J'ai souvenir du juge Boulouque dont pour les mêmes raisons de basses politiques ou d'amitié personnelle on a fait boire cette lie puante jusqu'à en crever... L'extradition est dans le droit, donc dans la loi. Qui fait la loi ? Le législateur. Allons, feu ! Exigez avec autant de pugnacité et de bonne foi la démission immédiate de ce toujours législateur Charles Pasqua inculpé à ce jour sept fois et qui crée la loi, cette même loi que vous invoquez pour justifier ces extraditions.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 09 juillet 2008 à 12:30
@ Esurnir
La France a accueilli d'anciens tyrans sanguinaires afin de permettre la transition politique dans leur pays et chacun s'est tenu à l'engagement pris sans qu'une alternance réexpédie chez eux les Duvalier, Bokassa ou Mobutu ou ne les traduise devant une juridiction internationale.
Les Américains ne se sont pas grattés pour protéger d'anciens nazis, sans éprouver pour autant une grande sympathie pour eux mais parce que l'équilibre précaire en Allemagne supposait que l'on ne fâche pas une partie significative de l'opinion allemande.
C'est de la politique, ça n'est ni juste ni moral mais c'est une réalité de l'organisation sociale des hommes.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 09 juillet 2008 à 11:56