Edvige fait peur ?
Edvige, non, ce n'est pas un prénom mal orthographié mais un nouveau fichier qui a fait beaucoup jaser ces derniers jours et suscité l'indignation de la gauche, d'associations et de syndicats (selon l'AFP et le Parisien).
Edvige, c'est : "Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale". Ce fichier pourra recenser les mineurs, dès l'âge de 13 ans, "susceptibles de porter atteinte à l'ordre public", notamment pour les violences urbaines.
Même si je comprends l'inquiétude de la défenseure des enfants, Dominique Versini, qui attire l'attention sur la nécessité d'objectiver le plus précisément possible ce critère de trouble à l'ordre public, je trouve beaucoup des autres réactions négatives plus inspirées à nouveau par une opposition systématiquement politique que par un souci de vérité. Elles présument le pire, par principe, et visent à faire peur aux citoyens.
A y regarder de près, cet émoi est très excessif.
D'une part, l'âge de 13 ans est fixé par la loi pour la responsabilité pénale. Sur ce plan, il n'y a donc aucune raison, dès lors qu'on imagine un dispositif efficace de prévention ou de contrôle, d'en exclure par principe ces mineurs, souvent au premier plan dans les émeutes urbaines ou utilisés par des trafiquants majeurs pour faire le guet ou transporter la drogue.
D'autre part, la dérive dénoncée notamment par Delphine Batho, pour le parti socialiste, ne tient pas spécifiquement à la précocité mais à un phénomène plus général qui conduit à focaliser non plus seulement sur l'infraction commise mais sur celle susceptible d'être commise. On passe de la culpabilité à la dangerosité, du délit à la personne. On ne veut plus attendre l'expression de la malfaisance mais la deviner à la source. Il y a l'idée que certains comportements sont suffisamment prévisibles, parce que répétitifs, pour qu'ils justifient l'inscription dans un fichier.
Celui-ci, institué par décret, après validation par le Conseil d'Etat, contiendra des données à caractère personnel ainsi que les signes physiques particuliers et objectifs, photographies et comportement. La délinquance des mineurs représente 20% des faits de délinquance et il me semble qu'un recensement des personnalités soupçonnables est d'autant plus utile, sur le plan des violences urbaines de groupe, qu'on retrouve peu ou prou toujours le même noyau dur de durs et que l'administration de la preuve en aval ne pourra que gagner à se voir facilitée en amont.
Je ne parviens pas à partager l'indignation de ceux qui s'offusquent de voir "tracer comme futurs délinquants présumés les enfants". Ce ne sont pas les "enfants" qui sont visés mais des mineurs d'au moins 13 ans que leurs habitudes, leur participation à des bandes et leur implication dans la délinquance rendent sinon majeurs du moins passibles de mesures de précaution. Cette mythologie de l'enfant-roi, insoupçonnable et protégé quoi qu'il fasse, en dépit d'une modernité qui le propulse parfois au coeur des pires actions, serait à la longue grotesque si elle ne révélait pas surtout l'attendrissement d'adultes sur ce qu'ils ne sont plus. Pourtant, voyant la société défiler sous leurs yeux, ils continuent à figer les âges dans un idéalisme dépassé.
Je ne méconnais pas non plus, si on sort du catastrophisme généré par l'idéologie d'opposition, la crainte sincère, chez quelques-uns, de ne plus reconnaître un monde où à force de sûreté on en viendrait à amputer la liberté de chacun, à inventer un univers irrespirable au prétexte d'abolir tout risque. C'est une question qui a du sens mais dont la réponse pourrait être éclairée par ce que chaque citoyen doit être prêt à concéder pour le bien de la plupart. Pour peu que les moyens mis en oeuvre émanent d'une démocratie et que leur finalité soit d'assurer la paix publique et la sécurité de chacun, je me demande quelle serait l'incommodité fondamentale qui gênerait le citoyen.
Peut-être serais-je plus réservé sur l'article 2 de ce décret du 1er juillet, qui, selon le Figaro, trouble également le président de la CNIL. En effet, des personnes pourront être fichées pour leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses, et non pas seulement pour leurs activités. Même si cette disposition ne concerne que des personnalités - et non pas chacun d'entre nous -, je perçois mal l'utilité sociale d'un tel fichage dès lors que ces opinions, diverses, contrastées, voire choquantes ne constituent, au pire, qu'une aberration ou un dévoiement de la pensée sans pouvoir être reliées d'aucune manière à une réalité qui les rendrait pénalement blâmables.
Michèle Alliot-Marie, notre ministre de l'Intérieur, a répliqué aux adversaires d'Edvige par une argumentation dont la pertinence était confirmée par sa personnalité et sa pratique. Derrière ce débat qui ressemble à tant d'autres, fondé ici sur l'exigence d'efficacité, là sur le souci des libertés, il est facile d'identifier le heurt constant entre l'Etat, sa raison et ses impératifs, l'individu et sa résistance. Entre la droite qui s'adapte au réel et la gauche qui préfère l'occulter pour demeurer fidèle à son rêve.
Edvige n'a pas de quoi faire peur.
Bonjour,
Edvige a-t-il de quoi faire peur ? Je ne reviendrai, pour ma part, que sur quelques points de votre message qui, eux, m'ont fait peur sous votre plume :
1) "D'une part, l'âge de 13 ans est fixé par la loi pour la majorité pénale".
==> Excusez-moi de relever cette erreur grossière, à plus forte raison de la part d'un magistrat, mais nous n'en sommes pas encore là, heureusement : la majorité pénale est encore fixée à 18 ans !
2) "la dérive dénoncée notamment par Delphine Batho, pour le parti socialiste, ne tient pas spécifiquement à la précocité mais à un phénomène plus général qui conduit de plus en plus à focaliser non plus seulement sur l'infraction commise mais sur celle susceptible d'être commise"
==> En effet, mais en quoi cela en fait-il un argument non pertinent ?
Edvige est problématique parce qu'il traduit un pas de plus dans cette direction de la prévision de dangerosité et il l'est a fortiori parce qu'on ne considère même plus que les enfants (excusez-moi de parler d'enfants pour des "mineurs" qui ont atteint l'âge de 13 ans...)
devraient être hors de ce champ (ce qui est en parfaite cohérence avec le projet en question).
Cette décence qu'on avait, cette retenue, on ne l'a même plus, heureusement, on a l'efficacité en échange... Y a-t-on gagné en humanité ? Sommes-nous plus dignes à être sans vergogne ?
Cette évolution était prévisible, et prévue : ces mécanismes de sûreté ont tendance à voir leur champ se développer avec le temps, cela a été vérifié avec l'ensemble des fichiers créés ces dernières années.
3) "un recensement des personnalités soupçonnables est d'autant plus utile, sur le plan des violences urbaines de groupe, qu'on retrouve peu ou prou toujours le même noyau dur de durs et que l'administration de la preuve en aval ne pourra que gagner à se voir facilitée en amont."
==> Utilité et efficacité font-elles légitimité ?
4) "Ce ne sont pas les "enfants" qui sont visés mais des mineurs d'au moins 13 ans que leurs habitudes, leur participation à des bandes et leur implication dans la délinquance rendent sinon majeurs du moins passibles de mesures de précaution."
==> En quoi la gravité des actes commis par un mineur pénal, ou leur répétition, a-t-il quoi que ce soit à voir avec sa majorité ?
Si on est mineur que tant qu'on ne commet pas de délit ou de crime, il ne sert pas à grand-chose de définir une minorité et une majorité pénale !
C'est bien parce que le critère de minorité est étranger à la nature des actes commis qu'il a du sens.
5) "Cette mythologie de l'enfant-roi, insoupçonnable et protégé quoi qu'il fasse, en dépit d'une modernité qui le propulse parfois au coeur des pires actions, serait à la longue grotesque si elle ne révélait pas surtout l'attendrissement d'adultes sur ce qu'ils ne sont plus."
==> Croyez-vous vraiment que "le mineur de 45" ne commettait pas d'acte terrible, horrible, cruel ? Ne seriez-vous pas en train de témoigner d'un "idéalisme dépassé" à ce sujet ?
L'étape suivante de votre idéologie, c'est de considérer qu'à partir de 13 ans (et pourquoi pas plus tôt d'ailleurs, si c'est efficace), l'acte délinquant est le résultat d'un choix délibéré.
Je relève également la puissance du dernier argument sur les nostalgiques de l'enfance...
6) "je me demande quelle serait donc l'incommodité fondamentale qui gênerait le citoyen irréprochable en face d'une telle politique préventive pour éviter le fait acquis du délit ou du crime."
==> Je ne sais pas si j'entre dans votre catégorie de "citoyen irréprochable", je ne sais pas si elle a un sens. Je suis certain, en revanche, d'être un citoyen, et à ce titre, je vous répondrai que cette "incommodité fondamentale" est le fait de me pousser à diminuer ma liberté et celle de mes semblables (peut-être plus encore celle de mes semblables d'ailleurs : j'ai la chance d'être peu susceptible qu'on diminue effectivement mes libertés), à accepter cette limitation de liberté et même à l'applaudir sans quoi je ne serais justement pas un "citoyen irréprochable".
Si je suis opposé à des dispositifs tels que celui d'Edvige, c'est bien en pensant à ce que je crois pouvoir être "le bien pour la plupart", une vision manifestement différente de la vôtre !
Alexis
Rédigé par: Alex | 04 juillet 2008 at 07:29
Bonjour.
Ce qui est gênant dans ces mesures de fichage, c'est l'absence totale de transparence sur la durée de vie des données.
Historiquement, en France, le stockage centralisé des profils ADN est apparu pour identifier les délinquants "sexuels".
Puis, petit à petit, les crimes puis délits susceptibles d'entraîner un fichage ont augmenté, pour arriver à un niveau totalement aberrant. Aujourd'hui, les témoins d'un crime ayant subi une expertise ADN les disculpant (comme dans l'affaire Caroline Dickinson) voient leur profil enregistré pour 25 ans, tandis que les coupables pour 40 ans.
Personnellement je pense qu'il est normal de conserver les données permettant d'identifier les fauteurs de troubles. Mais la durée de conservation doit être proportionnelle à la faute commise. Imaginons qu'un voleur de voiture soit condamné. Il est utile et nécessaire de conserver ses empreintes digitales et profil ADN pour une certaine durée (5 ans par exemple) à dater de sa condamnation. S'il récidive, il doit voir la période de 5 ans reconduite. Après il faut trouver une durée adaptée pour chaque crime et délit. Les personnes jugées en correctionnelle ou en cour d'assises doivent (ou devraient) systématiquement être fichées pour une période clairement définie adaptée.
Par contre au terme de cette période, il doivent avoir la garantie de ne plus être recensés, fichés ou quelque terme que soit. Les données permettant de l'identifier doivent être effacées.
C'est comme pour l'histoire des tests ADN pour le regroupement familial. indépendamment du débat qui a eu lieu autour de cette mesure, je n'ai jamais entendu personne dire ce qu'il adviendrait de ces profils ADN une fois établis. Destruction ou enregistrement dans la liste des violeurs, assassins... et témoins disculpés d'affaires criminelles ?
La même remarque s'applique ici. Le fichage dès 13 ans pourquoi pas ? Mais quid de la conservation des données ?
Rédigé par: nicolas | 04 juillet 2008 at 10:27
La notion de dangerosité, que voulez-vous, j'ai du mal à m'y faire. D'abord, je trouve fort préoccupant qu'elle s'acclimate dans notre ordre juridique, fondé sur les idées de responsabilité et de présomption d'innocence. Ensuite, je ne sais pas ce que c'est qu'un individu dangereux. Disons plutôt qu'en l'occurrence il s'agit de personnes dont la société a peur.
Rédigé par: Julien | 04 juillet 2008 at 10:28
Aucun rapport avec le sentimentalisme de la gauche. Il s'agit de cohérence, un bon flic n'a pas besoin d'un énième recensement informatisé des délinquants potentiels qui sont connus de services de police. Il faut augmenter les moyens de la justice pour les comparutions immédiates. J'imagine aisément la satisfaction ridicule de ceux qui ont inventé le nom d'Edvige un soir après une réunion ministérielle, en bras de chemise pour faire viril. "Ouah, Edvige, trop fort, percutant !". Et ficher les individus en raison de leur appartenance politique, religieuse renvoie au régime totalitaire. Et on ose se moquer de Robert Mugabe qui élimine ses concurrents ? Les écoutes téléphoniques de François Mitterrand ne sont pas si loin. Big brother is watching you.
Rédigé par: SR | 04 juillet 2008 at 10:32
Il a neigé sur yesterday et Edvige aujourd'hui est grand-maman !
Lors d'une manifestation écologiste autorisée, dans les Alpes en 1999, un ami travailleur social s'est vu menacé dans sa situation par les services des renseignements généraux qui lui ont brandi une photo de l'Est Républicain où on le voyait défiler pacifiquement pour protester contre le nucléaire à Fessenheim. C'était dans les années 70, il avait à l'époque 14 ans.
C'est à se ronger de désespoir que d'entendre des juristes intelligents et probes nous expliquer que le fichage électronique de la délinquance juvénile ne présente aucun danger "pour peu que les moyens mis en oeuvre émanent d'une démocratie et que leur finalité est d'assurer la paix publique et la sécurité de chacun" (dixit P. Bilger)
Mais, Monsieur Bilger, Edvige existe depuis toujours. Ce qui aggrave la situation c'est, à la fois, la formidable puissance de l'informatique et la paranoïa qu'on entretient chez le citoyen apeuré.
Parce que lorsque la démocratie s'étiole, les fichiers, eux, demeurent et se renforcent. Si, il y a trente ans, on pouvait déjà stocker l'image d'un gamin qui ne comprenait pas forcément la portée de son geste - pourtant démocratique et sans danger -, que nous apporte Edvige sinon la preuve que ce qui se faisait alors en catimini opère aujourd'hui en pleine lumière.
Puisqu'on suspecte un jeune dès ses premières conneries, que ne suspecte-t-on pas le fichage comme une manie précoce de tous les régimes totalitaires ?
Aujourd'hui ce n'est pas Edvige que l'on baptise, c'est Baba Yaga qui sort du bois.
Denis Ducroz
Rédigé par: Denis Ducroz | 04 juillet 2008 at 10:33
Non, là, je ne vous suis vraiment pas.
Majeur ou mineur, la question est la même, je vous l'accorde : on instaure un nouveau statut dans la société, celui de suspect. En effet, ce fichier, concernant les mineurs de moins de 16 ans, n'a d'autres buts que de constituer dans la société, dès le plus jeune âge, une liste de suspects préétablie vers laquelle on se tournera prioritairement, une sorte de caste nouvelle.
Il semble bien que le projet initial d'Edvige n'était pas celui-là, mais une centralisation des fiches des renseignements généraux sur les personnalités et individus connus de ceux-ci. C'était, semble-t-il, la suite logique de la création de la direction centrale du renseignement : un outil de travail pour la sécurité du territoire et la défense des intérêts de la France à l'étranger.
La portée en a été étendue en abaissant l'âge des intéressés, contrairement aux prescriptions de la CNIL qui avait indiqué l'âge de 16 ans. Cet élargissement risque d'ailleurs de nuire à l'efficacité première du système en le bourrant de données d'une nature différente et insignifiante au regard de l'objet principal.
Ce qui est étonnant, c'est que vous émettiez une réserve sur la philosophie initiale d'Edvige qui ne consiste qu'en une informatisation d'un système déjà existant (RG) indispensable à un Etat pour disposer de renseignements tenant à la sécurité et la stabilité du pays ! Comme si vous n'appréciiez Edvige que comme un outil visant à la délinquance ordinaire. C'est exactement le contraire : Edvige est un outil de renseignement de prévention de la subversion politique, du terrorisme ou du grand banditisme auquel on a rajouté des éléments qui sortent de ce cadre.
Amusant : lorsqu'on tape "Edvige" sur le moteur de recherche du ministère de l'Intérieur, le système informatique vous affiche une page d'erreur qui contient plein d'informations sur le serveur du ministère de l'Intérieur, une vraie aubaine pour les pirates ! On apprend que le serveur Web du ministère s'appelle Clotilde, qu'il fonctionne sur le port 8081, que le répertoire de base est"misill". Edvige n'est pas née qu'elle se trahit elle-même !
PS : J'ai été très amoureux d'une Edwige africaine, splendide créature de la brousse gabonaise, pour qui j'ai accepté de vivre dans les conditions difficiles de la jungle, tout en maintenant, malgré mon unique pagne pour me vêtir, les exigences d'éducation et de savoir-vivre inculqués par mon éducation versaillaise. Elle était belle et drôle, analphabète et torride, elle doit être morte aujourd'hui, ou syphilitique au dernier degré.
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 04 juillet 2008 at 10:58
Encore une fois, vous abordez avec beaucoup de nuances un sujet particulièrement difficile. Je comprends et partage vos réserves en ce qui concerne l'article 2 du décret du 1er juillet. On ne comprend pas très bien en effet son utilité ni même sa pertinence.
D'une manière plus générale, le question pourrait se poser dans les termes suivants : comment la société peut-elle pallier l'éviction de la figure paternelle au niveau familial ? Et jusqu'où doit-elle aller pour se substituer à une présence qui fait défaut ? Des études américaines avaient montré, il y a quelques années, que l'augmentation des crimes suivait celle du nombre de familles monoparentales dans une région donnée. Certes, il faut manier ce genre de concomitance avec beaucoup de prudence. Il n'en reste pas moins que le lien, dans bien des cas, est patent. De multiples facteurs entrent d’ailleurs en ligne de compte pour expliquer qu’un mineur puisse se retrouver à la dérive, et je crois que certains intervenants de ce blog qui ont une longue expérience d’éducateurs ou d’aumôniers, pourraient en parler bien mieux que moi. Parmi ces facteurs, interviennent sans doute l’héritage familial, l’absence ou le débordement d’une mère confrontée seule à l’éducation de ses enfants, et souvent dans des conditions matérielles très difficiles. Dans certains quartiers, il existe aussi l’effet de groupe - la bande venant se substituer à une autorité familiale ou publique inexistante ou trop lointaine. Dans certaines familles, qui comptent plus de dix enfants, le père a disparu ou se trouve totalement dépassé par les événements.
La question transcende largement l’opposition droite-gauche, puisque c’est aussi l’évolution des sociétés contemporaines, dans une certaine mesure, qui contraint le législateur et le politique à compléter l’arsenal des moyens permettant de lutter contre ces dérives et l‘abaissement de l‘âge de la criminalité. Je crois que nous pourrions nous inspirer aussi bien du pragmatisme de la droite que d’une certaine approche de la gauche, une fois celle-ci allégée de son carcan purement idéologique : il faudrait sans doute améliorer la détection des comportements à risque tout en améliorant l’accompagnement de ces jeunes.
J’ai vu récemment ce qui se pratique aux Etats-Unis avec des camps de redressement d’inspiration militaire où les familles dépassées par les événements envoient leurs enfants pour les dresser, le terme n’est pas excessif (on se souvient de la proposition qu’avait faite Madame Royal sur un question similaire). Je trouve cette pratique non seulement abominable, mais aussi totalement inefficace. D’un côté, on forme de bons petits soldats/citoyens qui obéissent au doigt et à l’œil, parce qu’on a tué en eux, non seulement toute dérive (lesquelles sont souvent communes à l’adolescence), mais encore toute forme d’expression individuelle. De l’autre, il y a les « ratés » de l’exercice, c’est-à-dire plusieurs dizaines de morts qui, chaque année, sont rangés dans les pertes et profits de ce système absurde. Nous n’en sommes pas là, fort heureusement, mais il faut rester vigilant.
Encore une fois, la question d’ensemble n’est pas simple. D’une part, l’Etat doit bien remplir son rôle de protection et, pour reprendre votre terme, s’adapter à l’évolution de la société, mais, d’autre part, le transfert de responsabilité de la famille à l’Etat peut constituer lui-même une dérive dans le sens où il touche à la question des libertés individuelles sur lesquelles sont fondées nos sociétés occidentales modernes. La question se pose différemment dans d’autres cultures, comme en Asie, et notamment en Chine ou au Japon où le groupe prime souvent sur l’individu, pour le meilleur comme pour le pire (j‘attends avec impatience les éclaircissements de Catherine Jacob sur le sujet). La question du rapport entre l’individu et l’Etat est sous-jacente dans celle de la délinquance des mineurs. Plus que d‘autres, sans doute, elle nécessite une approche nuancée.
Rédigé par: Laurent Dingli | 04 juillet 2008 at 11:28
Bonjour.
Je laisse un second commentaire, car certains de vos propos sont loin de me laisser indifférents.
"la crainte sincère, chez quelques-uns, de ne plus reconnaître un monde où à force de sûreté on en viendrait à amputer la liberté de chacun, à inventer un univers irrespirable au prétexte d'abolir tout risque. C'est une question qui a du sens mais dont la réponse pourrait être éclairée par ce que chaque citoyen doit être prêt à concéder pour le bien de la plupart."
Pour moi la réponse doit être éclairée par ce que chaque citoyen est prêt à concéder ainsi que ce qu'il n'est pas prêt à concéder. Il me semble que c'est Benjamin Franklin qui disait: "une société prête à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."
"Pour peu que les moyens mis en oeuvre émanent d'une démocratie et que leur finalité soit d'assurer la paix publique et la sécurité de chacun, je me demande quelle serait donc l'incommodité fondamentale qui gênerait le citoyen irréprochable en face d'une telle politique préventive pour éviter le fait acquis du délit ou du crime". Ca c'est l'argument des partisans du waterboarding (torture par l'eau) aux Etats-Unis. Certes c'est sans commune mesure avec ce qui nous intéresse ici. Peut-être que je me trompe ou que je suis naïf, mais je croyais que le débat était tranché depuis longtemps en démocratie : la fin ne justifie pas les moyens.
Petite digression sur "l'incommodité fondamentale qui gênerait le citoyen irréprochable". Je sens poindre sous cette formulation l'idée reçue fausse, voire stupide : "Ca ne dérange pas les gens qui n'ont rien à se reprocher". Cette formule est souvent employée par les plus fervents partisans de la vidéosurveillance à tout crin, mais aussi par ceux qui veulent déléguer la surveillance du trafic internet à des sociétés privés.
Parfois, j'ai franchement l'impression que l'on est en train de basculer d'un monde où l'on est innocent jusqu'à preuve du contraire à un monde ou la surveillance permanente de tout un chacun permet d'identifier facilement ceux qui sont coupables. L'incommodité fondamentale, c'est que dans le second modèle, je ne suis pas libre. fin de la digression.
Personnellement, je suis plutôt favorable au fichier edvige. Attention toutefois à :
-ne pas le justifier avec des arguments liberticides comme vous le faites dans votre billet.
- en faire un bon usage, notamment au niveau de la conservation des données (cf mon commentaire précédent).
Rédigé par: nicolas | 04 juillet 2008 at 11:47
«Peut-être serais-je plus réservé sur l'article 2 de ce décret du 1er juillet, qui, selon le Figaro, trouble également le président de la CNIL. En effet, des personnes pourront être fichées pour leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses, et non pas seulement pour leurs activités. Même si cette disposition ne concerne que des personnalités - et non pas chacun d'entre nous -, je perçois mal l'utilité sociale d'un tel fichage dès lors que ces opinions, diverses, contrastées, voire choquantes ne constituent, au pire, qu'une aberration ou un dévoiement de la pensée sans pouvoir être reliées d'aucune manière à une réalité qui les rendrait pénalement blâmables.»
Si la liberté d'opinion et la liberté de penser sont garanties par le droit constitutionnel cet article 2 est en effet anti-constitutionnel.
D'autant plus que, si le fait est le fait tel qu'il n'est plus possible de le changer si ce n'est dans l'ordre symbolique par la réparation ou la compensation, l'opinion, jusque dans chacun des domaines évoqués, est chose éminemment changeante, et il me paraît en effet extrêmement dangereux de prétendre à s'immiscer dans la conscience d'autrui, fouiller ou autopsier les âmes et plus seulement les corps, ou encore tenir pour vraie une opinion affichée qui ne correspond pas nécessairement à la réalité de «la pensée de derrière» jusque et y compris chez un procureur de la république - cf. le s'avancer masqué de Nietzsche -.
En tout état de cause, des gens dont ce n'est pas le métier de penser, qui la plupart du temps ne savent pas eux-mêmes ce qu'ils pensent en réalité tout au fond d'eux, ni ce qui exactement les motivent, et croient seulement le savoir, ne me paraissent en aucune façon compétents à pronostiquer, ou évaluer quoi que ce soit à cet égard chez autrui, ou encore à faire autre chose qu'à simplement projeter leurs craintes et leurs névroses en utilisant à mauvais escient le domaine public à des fins de thérapie privées, et «cet osbcur objet du désir», ce cannibalisme des âmes, ne saurait être admis aux commandes par le biais de quelque fichier que ce soit. Je lui dis donc tout net dès à présent: «Gnôti sauton, Connais-toi donc toi même» vil instrument du «Big Brother» et ouvre plutôt un blog c'est plus classe !
Pour le surplus je n'ai pas assez d'informations, ou trop c'est selon, et il convient sans doute de faire un tri avant de se forger puis éventuellement d'émettre une opinion. Mais en tout état de cause il est clair que ce n'est pas dans un milieu stérile qu'on se mithridatise bien au contraire, on s'y fragilise et surtout on en devient dépendant.
Rédigé par: Catherine JACOB | 04 juillet 2008 at 12:05
Nous entrons à grand pas dans "le meilleur des mondes" avec P. Bilger comme porte-drapeau. Peu importe les dérives et la suppression des libertés individuelles, peu importe les bavures que révèlent les fichiers STIC et JUDEX. il en sera de même pour EDVIGE. Exemple : un innocent mis en cause à tort est fiché et le reste. Mieux : certaines victimes se retrouvent fichées comme des mis en cause... L'essentiel, c'est de robotiser l'être humain tout en lui "vendant" toujours plus de violence dans les médias ! Question: STIC et JUDEX doivent fusionner pour donner naissance à ARIANNE, Pourquoi EDVIGE n'est-il pas intégré à ARIANNE ? Ne devient-il pas inutile de multiplier les fichiers alors que l'objectif final, c'est de disposer d'une base de données unique mais complète sur la population totale. Je suis sûr que P. Bilger défend aussi cette idée de connexion libre et sans limite entre tous les fichiers existants ou à venir (sociaux, policiers, médicaux, scolaire etc...) !
Rédigé par: Dan | 04 juillet 2008 at 12:46
A mon sens, il est tout à fait normal de ficher les délinquants et criminels. Dans ces hypothèses, il y a une justification objective. Ces personnes ont commis des infractions donc, il est normal de garder une trace. Je ne suis pas choqué également du fichage des mineurs délinquants. Concernant EDVIGE, la situation est différente. On fiche des gens "susceptible de troubler l'ordre public". Avouez que c'est très large et très subjectif. Toute personne est susceptible de troubler l'ordre public ! Faut-il ficher tout le monde dans ce cas ?
Rédigé par: Jean Philippe | 04 juillet 2008 at 14:26
Je pense qu'il n'est pas indifférent de donner à lire le texte exact de cet article 2 du Décret n° 2008-632 du 27 juin 2008 portant création d'un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « EDVIGE »
«Conformément aux dispositions de l'article 6 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, et dans la stricte mesure où elles sont nécessaires à la poursuite des finalités mentionnées à l'article 1er du présent décret, les catégories de données à caractère personnel enregistrées dans le traitement mentionné à l'article 1er et concernant des personnes physiques âgées de treize ans et plus sont les suivantes :
1― informations ayant trait à l'état civil et à la profession ;
2― adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques ;
3― signes physiques particuliers et objectifs, photographies et comportement ;
4― titres d'identité ;
5― immatriculation des véhicules ;
6― informations fiscales et patrimoniales ;
7― déplacements et antécédents judiciaires ;
8― motif de l'enregistrement des données ;
9― données relatives à l'environnement de la personne, notamment à celles entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec elle.
Les données collectées au titre du 1 de l'article 1er du présent décret ne peuvent porter ni sur le comportement ni sur le déplacement des personnes.
Le traitement peut enregistrer des données à caractère personnel de la nature de celles mentionnées à l'article 8 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée. Celles de ces données autres que celles relatives aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou à l'appartenance syndicale ne peuvent être enregistrées au titre de la finalité du 1 de l'article 1er que de manière exceptionnelle. Il est interdit de sélectionner une catégorie particulière de personnes à partir de ces seules informations.
Le traitement ne comporte pas de dispositif de reconnaissance faciale à partir de la photographie.
Les données concernant les mineurs de seize ans ne peuvent être enregistrées que dans la mesure où ceux-ci, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public.
Les données collectées pour les seuls besoins d'une enquête administrative peuvent être conservées pour une durée maximale de cinq ans à compter de leur enregistrement ou de la cessation des fonctions ou des missions au titre desquelles l'enquête a été menée.»
J'observe:
A- Que les données 1 à 4 sont demandées à l'occasion de n'importe quelle plainte à l'exception du comportement.
B- Que ce qui est entendu par 'comportement' n'est pas défini et malheureusement laissé à l'appréciation du fonctionnaire appellé à enregistrer les dites données. En application de la loi de Murphy on peut donc raisonnablement prévoir des problèmes de l'ordre de ceux qui se sont posés à l'occasion de l'appréciation de ce qui constitue une qualité essentielle pour la conclusion d'une union matrimoniale dès le moment où le citoyen fiché voudra exercer son droit d'accès à ces données.
Imaginons un peu: Le maire de telle ville demande à avoir accès aux données le concernant. Il découvre à l'article 'comportement' ceci:
Caractériel : enlève ses chaussures sous son bureau ce qui incommode son directeur de cabinet et crée une mauvaise ambiance préjudiciable à terme à l'ordre public.
Ou encore le cas de tel religieux significatif. Par ex. - je n'ose énoncer une religion déterminée mais imaginons que le religieux en question découvre que son comportement est décrit ainsi :
Porte des sous-vêtements roses quand il harangue ses fidèles. Vous imaginez l'impact d'une fuite...
Tel ministrable enfin : Du matin. De ce fait risque d'arriver un peu souvent après le début du conseil des ministres ce qui mettra nécessairement le président de mauvaise humeur et sera préjudiciable à la bonne marche de l'Etat.
Comme en effet il ne s'agit pas là d'«opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou de références à l'appartenance syndicale» ça peut donc parfaitement être un critère de sélection de proposition d'entrer au gouvernement.
B- Que l'enregistrement évoqué concerne les catégories de personnes mentionnées à l'article1. Autrement dit :
«....ayant pour finalités, en vue d'informer le Gouvernement et les représentants de l'Etat dans les départements et collectivités :
1. De centraliser et d'analyser les informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif, sous condition que ces informations soient nécessaires au Gouvernement ou à ses représentants pour l'exercice de leurs responsabilités ;
2. De centraliser et d'analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ;
3. De permettre aux services de police d'exécuter les enquêtes administratives qui leur sont confiées en vertu des lois et règlements, pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales intéressées est compatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées.»
Ça manque un peu d'exemples et de précisions là aussi. Qu'est-ce qui est nécessaire ou non et selon quels critères ?
Ex Je veux réformer la carte électorale. Je vais mettre telle paroisse dans tel lot car tel curé tient tel discours ou perçoit en moyenne tel montant à l'issue de la quête dominicale ce qui limitera les dégâts ?
Est-ce que le rectorat va solliciter les enquêteurs pour savoir si tel candidat à tel poste d'enseignant de philosophie à vie n'aurait pas été vu - ou cru être vu, c'est pareil car honte à celui par qui le scandale arriverait même s'il n'y était pour rien - dans tel cortège de manifestants réclamant des postes ?
Il pourrait de ce fait en effet faire passer ensuite un billet doux au jury de l'oral d'une agrégation : «Attention dangereux emmerdeur en puissance.»
Ce qui donnera lieu au commentaire suivant dans le rapport du concours : «Tous les postes n'ont pas pu être pourvus car le niveau était hélas catastrophique cette année.»
Ou mieux : «Aucun candidat sauf un n'ayant pas participé à une quelconque manifestation que ce soit n'ayant pu être découvert, le concours a du être supprimé pour l'année en cours. Malheureusement l'unique candidat dont on peut augurer qu'il continuerait de bien se comporter ayant fait apparaître des informations fiscales et patrimoniales telles qu'il n'a en vérité aucun besoin de travailler, sa candidature apparaît malgré tout suspecte. De plus les numéros d'immatriculation de ses trois véhicules se terminant par le chiffre 13 ça n'est pas normal. Il a du en avoir un au grattage, l'autre au tirage, et le 3ème dans une pochette surprise. Et s'il possède au moins un véhicule c'est qu'il est amené à se déplacer. CQFD ! Où va-t-il ? Hé hé et avec qui ? Je préconise un prolongement de la garde à téléobjectif. Rassurez-vous néanmoins braves gens on continuera de faire travailler des seniors dans le cadre d'un contrat de 200heures annuelles supplémentaires s'il peut s'en trouver un ou deux que leurs condisciples n'auraient pas cru voir fumer dans les toilettes quand ils avaient l'âge de 13ans et demi, et sous réserves que leur fiche de candidature n'excède pas un nombre réglementaire de caractères !
De toute façon que les parents ne s'inquiètent pas inutilement, si on ne trouve pas d'enseignant de philosophie n'ayant jamais été chômeur ainsi que présentant toutes garanties de non dangerosité depuis l'âge de 12ans et demi, ni d'entraîneur ou de sélectionneur sportif acceptant d'être missionné pour occuper bénévolement leurs postes pendant la mi-temps d'un match, on supprimera la matière au baccalauréat de façon à ce que les élèves qui savent déjà bien suffisamment réfléchir par eux-mêmes et n'ont nul besoin d'être perturbés à en apprendre davantage, ne soient pas pénalisés. Qui plus est moins ils auront appris à se former une opinion, et moins ils encombreront les fichiers plus tard, ce qui permettra de budgétiser encore quelques fonctionnaires de moins en les mettant à la retraite anticipée, et toutes les vaches seront bien gardées.»
MAM MAM YA !
Rédigé par: Catherine JACOB | 04 juillet 2008 at 18:18
@alex
Reprendre un procureur de volée sur un tel sujet mériterait un peu de connaissance du sujet semble-t-il non ? En tous les cas un peu moins de certitude infatuée. La majorité pénale est (ne vous en déplaise) à treize ans dans ce pays depuis 1945. On peut être incarcéré dès treize ans et on est en tous les cas responsable devant le tribunal pour enfants ou la cour d'assises des mineurs. La majorité civile est fixée à 18 ans, ce qui rend les parents responsables des éventuelles réparations civiles fixées par les juridictions pour les dommages commis par leurs rejetons.
Je n'ai pas lu le reste de votre commentaire, atterré devant tant de bêtise suffisante, craignant que le reste ne soit du même tonneau.
Rédigé par: Erig le Brun de La Bouëxière | 04 juillet 2008 at 18:31
Que l'on fiche des jeunes de 13 ans ne me gêne pas, s'ils présentent un danger potentiel élevé. Mais à condition que l'on considère que ces jeunes sont eux-mêmes en danger et qu'en parallèle des mesures d'accompagnement soient prises pour eux et leurs parents.
Rédigé par: Polochon | 04 juillet 2008 at 18:34
Si la terreur qu'inspirent au reste de la société même des mômes de 13 ans est telle qu'il faille rapidement créer un fichier pour les recenser un à un qui troublerait l'ordre public, il n'y a plus rien à espérer de bon de celle-ci. Etant entendu que, plus que souvent, hélas, le "trouble à l'ordre public" légal (définition fourre-tout qui permet non moins tous les arbitraires mais soit...) va de pair -ou est induit- par la misère et l'exclusion sociales, ce fichier sera naturellement aussi celui des familles pauvres. On pourrait l'appeler "le fichier de la misère" ou "Germinal", tiens, c'est pas mal ça "Germinal"... Le président NS n'avait-il pas soulevé l'idée de la détectation à la source, c'est-à-dire à la crèche voire en amont, le placenta peut-être, des potentialités anti-sociales (appelons-les ainsi) ? Je ne comprends pas le sens de cette démarche, edvige or not edvige. Le casier judiciaire n'existe-t-il pas également pour les mineurs légaux ? N'est-ce pas déjà un fichier que celui-là ? Lorsqu'un mineur est arrêté pour une infraction, l'anthropométrie ne s'en empare-t-elle pas également ? Puis, le droit à l'oubli n'est-il plus un de ces grands principes dont on peut être fier ? Cette normalisation de toute chose humaine a de quoi inquiéter. On se croirait en temps de guerre. Les passe-droits n'en continueront pas moins de plus belle ; certain(es) fils et filles de... pour qui papa ou maman prendront le téléphone pour que le nom n'apparaisse pas... On n'y échappera pas, de toute façon, débat ou pas. Alors essayons de limiter la chose en l'encadrant autrement. Qu'un juge (le président du tribunal ou de la cour) puisse décider seul en audience de ce fichage ou non. Qu'un autre juge (le juge d'instruction) puisse décider seul de l'extraction ou non de ce fichier à fin d'enquête. Et qu'un troisième juge (le juge de l'application des peines) puisse décider seul de l'effacement ou non de ce fichier. Je pense que je suis raisonnable en proposant cela...
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 04 juillet 2008 at 19:18
@ Aïssa
Voilà donc qu'encore une fois on assimile délinquance et misère, incapacité à se "socialiser" (au tout au moins à ne pas nuire à la société) et CSP-. Assez. Cela fait maintenant plus de vingt ans que je travaille auprès de mineurs délinquants et cela fait vingt ans que je réalise que la délinquance n'est en rien liée au pouvoir économique.
Je fréquente régulièrement des gouapes haineuses qui portent sur le dos un demi mois de mon salaire (tiens, la ray-ban aviator revient à la mode en ce moment), et j'interdis à quiconque de cracher sur la pauvreté, la misère ou la difficulté sociale en prétendant qu'elles sont une voie vers le crime et la haine d'autrui. Ne serait-ce que par respect pour ceux des enfants qui manquent de tout et ne vont par pour autant s'en prendre au bien ou à la personne d'autrui.
Rédigé par: Erig le Brun de La Bouëxière | 04 juillet 2008 at 22:17
@Erig
Dans le même propos vous dites une chose et son contraire et, voulant me contredire, vous me confirmez. C'est étonnant. Ces "gouapes haineuses", comme vous dites avec un rien de mépris viennent du XVIème sans doute ou de Neuilly puisqu'elles portent sur le dos, écrivez-vous, un demi mois de votre salaire... Puisque vous entendez une ligne plus loin que ceux des enfants qui manquent de tout ne vont pas pour autant s'en prendre, etc.etc. Ainsi les jeunes délinquants que vous "fréquentez" (je vous cite encore) ne sont en rien miséreux. Des délinquants juvéniles riches à s'ennuyer à mourir dans la ouate et les cuillères en argent... Je n'ai donc rien à vous objecter puisque vous avez compris, au bout de vingt ans, que la misère n'est en rien liée au pouvoir économique (vous vouliez dire pouvoir d'achat, je pense) ; je vous félicite également de tant de dévouement pour ces innombrables enfants miséreux qui refusent envers et contre tout et tous la Ray-ban aviator ou que sais-je encore de ces vains signes extérieurs... Une "bonne" misère, selon vous, je suppose, est une misère soumise, docile, respectueuse, qui accepte sa misère et même, l'entretiendrait... C'est respectable comme point de vue ; après tout, si cela vous fait vivre. Mais, de grâce, ne dites pas que je crache... Personne ici ne crache. PB ne serait pas content si on se mettait à cracher les uns les autres en son espace...
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 04 juillet 2008 at 23:19
Nicolas,
Il ne sert à rien de se contenter de ficher au fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) les seuls criminels et délinquants sexuels.
Cela serait pertinent si cette criminalité-là était absolument sans lien avec toutes les autres. Mais ce n'est pas le cas. Et il y a des précédents malheureux en France (dois-je citer des cas) de violeurs en série qui étaient bien connus pour des actes de petite délinquance, qui ont continué à perpétrer des crimes au sortir de garde à vue pour ces actes de petite délinquance.
La politique actuelle qui consiste à signaliser au FNAEG toute personne placée en garde à vue n'est donc pas aberrante et a déjà apporté une aide significative dans des affaires graves.
Rédigé par: Marcel Patoulatchi | 04 juillet 2008 at 23:49
«cracher sur la pauvreté, la misère ou la difficulté sociale» - Erig le Brun de La Bouëxière -
«Personne ici ne crache. PB ne serait pas content si on se mettait à cracher les uns les autres en son espace...» -Aïssa Lacheb-Boukachache-
J'aimerais bien parfois cependant pour ma part être un cobra cracheur pour répondre illico presto à tous ces gens qui, alors que la tuberculose a pourtant disparu - mais c'est vrai qu'elle revient dans certains départements - crachent sur mon passage jusqu'à plusieurs fois par semaine, et je suggère qu'on mette à leur disposition, comme dans les pays du Moyen-Orient ou dans les campagnes japonaises ou comme il y en avait autrefois également ici, des crachoirs dont le contenu pourra ensuite faire l'objet de prélèvements et d'analyses qui permettront d'évaluer la progression de cette maladie endémique.
Je suggère qu'on leur apprenne également qu'il n'y a rien de plus antihygiénique d'un point de vue de santé publique, et aussi que cracher en direction d'une personne, même si ce n'est pas à son intention, c'est l'insulter et qu'un jour ou l'autre un gros bras petite cervelle se sentant insulté sans motif risquerait de mal le prendre et cela pourrait donner lieu à un incident.
Il vaut donc mieux en effet attendre pour cracher lorsque la gorge vous gratte, ou que vous avez un mauvais goût, ou que vous avez la bouche sèche et que vous avez rappelé trop de salive pour y remédier, qu'il n'y ait personne en vue en dehors du téléobjectif d'Edvige.
Comme pour leur part ils ne sont pas obligés de vous prévenir que vous êtes en passe d'être fichés même dans le cas de l'art.1, et que vous n'avez qu'un droit d'accès sans rectification, vous pouvez même cracher plutôt deux fois qu'une pour faire bonne mesure avec ce qui de toute façon figurera dans une interprétation nécessairement erronée vu qu'ils ne sont pas médecins et que votre dossier médical leur est, pour l'instant du moins, inaccessible - sauf à le craquer chez votre médecin référent -, dans le fichier.
Quant à ceux de toute origine sociale qui attendent pour cracher leur chewing-gum que vous soyez à proximité, là je regrette beaucoup que la seule réponse possible soit un regard réprobateur. Mais comme vous ne prétendez probablement pas à un poste d'huissier à l'Elysée qui risquerait de cracher de façon impromptue en direction des hôtes qu'il serait amené à introduire, qu'est-ce qu'ils pourraient bien avoir à faire, ou induire, du fait que vous crachiez ou non dans la rue ou... dans votre lavabo ?! Mais bon, comme cela ne figurera pas dans les autres fichiers vous concernant, vu qu'il n'y a pas d'interconnexion autorisée avec Edvige pour le moment, et qu'on ne risque donc pas de vous tailler un costar de zombie cracheur pour Halloween... après tout...!
Si votre maman ne vous a pas appris à ne pas cracher n'importe où, eux leur maman ne leur pas appris à ne pas à gaspiller l'argent public à fouiller vos poubelles, ni à respecter vos affaires alors que nul ne leur à donné d'ordre les concernant, c'est donc un prêté pour un rendu.
Rédigé par: Catherine JACOB | 05 juillet 2008 at 09:44
Je ne suis pas versée en droit, à vrai dire je ne sais même pas quel est l'âge de la responsabilité pénale, mais laissez-moi parler de ce que connais, modestement à mon niveau, à savoir le français et l'histoire.
Et dans ces deux domaines et bien oui ce texte me gêne. Prenons d'abord l'adjectif susceptible, si on ouvre le dictionnaire on trouve SUSCEPTIBLE : 1 qui peut présenter (un caractère), recevoir (une impression), subir (une modification)
2 Capable de
Alors dans ce cas tout le monde est susceptible de. Tiens prenons un cas que je connais, moi... Eh bien j'ai été susceptible de, par exemple crever les pneus à un... qui m'avait mis à bout. Et je ne l'ai pas fait ni aucune des délicieuses vengeances que j'avais inventées. Et pourtant s'est passé à un cheveu, et je ne l'ai pas fait non pas parce que j'étais sur un quelconque fichier mais parce que j'ai su réfléchir, peser le pour et contre, relativiser. Tout le monde est susceptible de faire des bêtises, mais si on offrait aux gens la possibilité de réfléchir et bien peut-être que leur susceptibilité diminuerait. Apprendre à réfléchir c'est ce que j'essaie de faire avec mes élèves. Et souvent en recourant à l'histoire. Il y eut une société qui a été mise en place dans l'histoire pas si lointaine où les gens susceptibles de étaient fichés, une petite étoile jaune, un petit triangle rose, et où le travail rendait libre. Et ce n'est pas de cette sorte de société dont je veux pour mes enfants. Cela me fait souvenir de cette citation :
Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n'ai rien dit.
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n'ai rien dit.
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n'ai rien dit.
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n'ai rien dit.
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait plus personne pour protester.
Poème écrit à Dachau,
attribué au pasteur Martin Niemüller.
J'espère qu'au pays des droits de l'homme, il restera toujours quelqu'un pour protester. Cela n'empêche en rien que quand mes enfants ou mes élèves sont susceptibles de faire une bêtise, ils savent qu'ils sont aussi susceptibles de se prendre un bon coup de pied aux fesses (physiquement ou moralement). Alors surveiller OUI, punir OUI mais ficher NON.
Cordialement.
Rédigé par: alexandra | 05 juillet 2008 at 10:03
Détrompez vous Aïssa. Les gouapes en question ne sont en rien des "bourgeois" au sens ou vous l'entendriez. Je n'ignore pas qu'il y a sans doute des mineurs détestables dans les "beaux quartiers", mais moi je vous parle de jeunes gens qu'on présente habituellement comme "défavorisés" et qui sont mon public quotidien. Défavorisés? L'un d'entre eux me disait il y a 15 ans déjà qu'il gagnait, en dealant du shit, mon salaire mensuel en une semaine.
Mais vous trouverez ci-dessous une analyse que je partage en tous points et qui dit mieux que moi ce que j'en pense.
"La Caillera est infiniment mieux intégrée au système capitaliste que ne le sont les populations, indigènes et immigrées, dont elle assure le contrôle et l'exploitation à l'intérieur de ces quartiers expérimentaux que l'Etat lui a laissé en gérance. En assignant à toute activité humaine un objectif unique (la thune), un modèle unique (la transaction violente ou bizness) et un modèle anthropologique unique (être un vrai chacal), la Caillera se contente, en effet de recycler, à l'usage des périphéries du système, la pratique et l'imaginaire qui en définissent le centre et le sommet. L'ambition de ses membres n'a certes jamais été d'être la négation en acte de l'Economie régnante. Ils n'aspirent tout au contraire qu'à devenir les golden boys des bas-fonds. (...)
Si la Caillera est visiblement très peu disposée à s'intégrer à la société, c'est dans la mesure exacte où elle est déjà parfaitement intégrée au système qui détruit cette société. C'est évidemment à ce titre qu'elle ne manque pas de fasciner les intellectuels et les cinéastes de la classe dominante, dont la mauvaise conscience constitutive les dispose toujours à espérer qu'il existe une façon romantique d'extorquer la plus-value. Une telle fascination intellectuelle pour « la fièvre généreuse du délinquant » (Foucault) serait cependant difficile à légitimer sans le concours bienveillant de la sociologie d'Etat. Cette étrange sociologie, en effet, afin de conférer aux pratiques, légales et illégales, du système qui l'emploie, cette couleur rebelle qui les rend à la fois politiquement correctes et économiquement rentables, recourt à deux procédés principaux qui, quand on y réfléchit, sont assez peu compatibles.
Tout d'abord, elle s'efforce d'inscrire ce qu'Orwell nommait « le crime moderne » dans la continuité des délits et des crimes d'autrefois. Or ce sont là deux univers très différents. Le bandit d'honneur des sociétés traditionnelles puisait sa force et sa légitimité historique dans son appartenance à une communauté locale déterminée; et, en général, il s'en prenait d'abord à l'Etat et aux divers possédants. Le délinquant moderne, au contraire, revendique avec cohérence la froide logique de l'économie pour « dépouiller » et achever de détruire les communautés et les quartiers dont il est issu. Définir sa pratique comme « rebelle », ou encore comme une révolte morale » (Harlem Désir), revient par conséquent, à parer du prestige de Robin des Bois les exactions commises par les hommes du Sheriff de Nottingham. Cette activité peu honorable définit, en somme, assez bien le champ d'opérations de la sociologie politiquement correcte.
Quant au second procédé, il consiste à présenter l'apparition du paradigme délinquant moderne comme l'effet mécanique de la misère et du chômage et donc, à ce titre, comme une réponse légitime des exclus à leur situation. Or s'il est évident que la misère et le chômage ne peuvent qu'accélérer en retour la généralisation du modèle délinquant moderne, aucun observateur sérieux – ou simplement honnête - ne peut ignorer que ce modèle a d'abord été célébré dans l'ordre culturel, en même temps qu'il trouvait ses bases pratiques dans la prospérité économique des « Trente Glorieuses ». En France, par exemple, toutes les statistiques établissent que le décollage des pratiques délinquantes modernes a lieu vers 1970, tandis qu'en Allemagne, au Pays-Bas ou au Danemark, il est perceptible dès 1964-1965. Expliquer le développement de la délinquance moderne comme un effet conjoncturel du chômage est évidement une procédure gagnante pour le système capitaliste. D'une part, elle conduit à présenter la « reprise économique »comme la clé principale du problème ; de l'autre, elle dispense d'interroger ce qui, dans la logique même du capitalisme de consommation, et la culture libérale-libertaire qui lui correspond, détermine les conditions symboliques et imaginaire d'un nouveau rapport des sujets à la loi."
Jean-Claude MICHEA, L'Enseignement de l'ignorance, Editions Climats, 1999
Rédigé par: Erig le Brun de La Bouëxière | 05 juillet 2008 at 10:38
Alexandra,
Vous écrivez « cela n'empêche en rien que quand mes enfants ou mes élèves sont susceptibles de faire une bêtise, ils savent qu'ils sont aussi susceptibles de se prendre un bon coup de pied aux fesses (physiquement ou moralement). Alors surveiller OUI, punir OUI mais ficher NON ».
Est-ce à dire que vous militez pour un retour des châtiments corporels ?
Blague à part, comment croyez-vous que la police travaille ? Pensez-vous qu'il est bon que chaque policier ne connaisse que ce qu'il a lui-même vu, ne communique rien de ce qu'il sait à ses pairs ? Qu'est-ce qu'un fichier sinon la mise en commun de connaissances ?
Sommes-nous dans un pays si sécuritaire que la délinquance y a été abolie ?
Rédigé par: Marcel Patoulatchi | 05 juillet 2008 at 10:56
"l'âge de 13 ans est fixé par la loi pour la responsabilité pénale" : permettez-moi d'être surpris par cette affirmation, surtout lorsqu'elle émane d'un juriste renommé tel que vous. Une telle erreur, je l'espère, ne peut être qu'une malencontreuse approximation.
En effet, s'il est exact que seul un mineur de plus de 13 ans peut être condamné à une peine, la responsabilité pénale ne commence pas à l'âge de 13 ans. Reprenant la jurisprudence Laboube de 1956, la loi Perben I du 9 septembre 2002 est venue préciser que sont responsables les mineurs "capables de discernement". Aucun âge minimum n'est donc envisagé pour la responsabilité pénale. Ainsi, il se peut parfaitement qu'un mineur de (moins de) 13 ans soit reconnu responsable, quand bien même on ne pourrait lui infliger une peine. De même pour un mineur de (moins de) 10 ans, à l'encontre duquel seules des mesures éducatives, et non des sanctions éducatives, peuvent être prises.
Rédigé par: Raramel | 05 juillet 2008 at 11:45
@ Alexandra
Encore la citation de Niemöller sur ce blog ! Décidément.
Arrêtez donc de mettre la résistance au nazisme à toutes les sauces. Alexandra, vous n'êtes pas une grande résistante et le gouvernement une réincarnation du troisième Reich. Un peu de mesure tout de même ! Et plutôt que de vous indigner sans vraiment argumenter, essayez de ne pas entretenir vos élèves dans ce genre de confusion absurde.
Rédigé par: Laurent Dingli | 05 juillet 2008 at 11:59
@Erig
L'avenir dure longtemps, a écrit si bien Althusser. Les modèles pareillement, ajouterais-je. S'il fut un miséreux qui gagnait en une semaine votre salaire mensuel en vendant "son" shit, il en est d'autres de "meilleure" éducation et "honnête" milieu social qui gagnent en quelques minutes plus que toute votre vie de salaire, en spéculant boursier sur quelque misère d'ici ou du bout du monde... On ne peut pas reprocher au jeune exclu de faire avec les exemples qu'il a, ce serait injuste. D'ailleurs, il fait plus d'effort ; vendre du shit à la petite ou moyenne semaine (c'est votre exemple), c'est tout de même se lever assez tôt, veiller tard, être vigilant, faire du marketing, de la promotion, toute une logistique à tenir de bout en bout et à faire fonctionner comme un beau moteur neuf de BMW ; tout un travail qui demande bien des qualités de management et fait prendre bien des risques pour un gain somme toute moyen. Les autres font leurs milliards en dormant, cliquent sur un clavier d'ordinateur et l'affaire est entendue, ils rajustent leur cravate, se passent la main dans les cheveux, sortent de leurs bureaux et se demandent en soupirant ce qu'ils vont bien pouvoir faire aujourd'hui pour ne pas s'ennuyer... Ceux-là, monsieur, n'iront jamais commettre des incivilités, brûler votre voiture ni même cracher à votre passage ni encore moins vous agresser. Ce sont des exemples ; on les voit tout le temps à la télé. J'ignore leur opinion quant à ces fameux fichiers ...
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 05 juillet 2008 at 12:25