Les grands espaces du monde peuvent retenir un temps mais notre "douce" France ne se laisse pas oublier aussi facilement.
Barack Obama va revenir aux Etats-Unis et j'ai l'impression qu'on va revivre avec lui ce qui est advenu avec George Bush. Les élites françaises votent avec enthousiasme pour lui, comme hier pour Kerry, mais les Américains éliront peut-être John McCain. Si seulement les Français avaient un droit de regard international !
Je lis une remarquable biographie de William Faulkner, et son comté mythique dans le Mississippi - minuscule fragment d'un immense univers - me renvoie à cet article du Journal du Dimanche sur un coin de France, Vezet, petite commune de Haute-Saône où la victime d'un meurtier est honnie et le criminel célébré.
Ce village de 180 habitants n'en pouvait plus, littéralement, devant les agissements répétés, d'inégale gravité, de Frédéric Badet, surnommé "Fil de fer", qui revenait inlassablement, après chaque sortie de prison, sur le lieu de ses "exploits" : saccages de jardins, vols avec violence et agressions recommençaient.
Loin de ces mondes clos où la malfaisance d'un seul a des effets dévastateurs et rend la vie collective quasiment impossible, il est facile de jouer à l'élégant éthique en soulignant le caractère parfois dérisoire de chacune de ces atteintes à l'ordre et à la tranquillité de cette commune. D'autant plus que Badet, reconnu invalide à 80%, a sans doute bénéficié d'une compréhension forcée à cause d'un retard "psychologique et mental" relevé par expertise.
Mais, soudain, ce qui était accepté devient insupportable. Les décisions de la justice saisie de chaque affaire, tout à coup, apparaissent scandaleuses parce qu'elles ne parviennent pas à avoir la moindre effectivité sur l'existence des habitants de Vezet. L'institution perd le peu de crédit dont elle jouissait encore parce que Badet, à chacun de ses retours, est apparu plus fort qu'elle.
A monté alors, probablement, de manière sourde et diffuse, la tentation de répondre à cette certitude angoissante de l'impunité par la radicalité d'une attitude. Celle-ci ne pouvait s'inventer une légitimité discutable qu'à cause de l'impuissance des instances officielles
Frédéric Bardet a été frappé de trois coups de couteau par Charles Beau, alors qu'il cambriolait le voisin de celui-ci. Charles Beau, estimable citoyen, soutenu par tous, a commis l'inqualifiable et ce n'est pas le sentiment de satisfaction résignée qui doit flotter sur Vezet qui changera cette donne inéluctable, ce constat criminel. Il est coupable mais, pour le devenir dans ces conditions, on a le devoir de s'interroger.
En effet, pour que des personnes ni pires ni meilleures que d'autres puissent se féliciter d'être débarrassées d'un humain infiniment perturbateur, il faut que dans le mécanisme social, dans l'harmonie collective, un dysfonctionnement grave se soit produit ! Celui-ci ne tient-il pas au fait que la justice ne prend en charge que des actes tandis que le problème, rarement mais indiscutablement, se rapporte à la nature de certaines personnalités ? Il me semble que si on avait accepté d'affronter la réalité de cette commune sans se voiler les yeux et l'esprit, on aurait pu, du pressentir l'escalade de l'exaspération collective et l'acuité de la menace pesant sur Badet. Ne conviendrait-il pas un jour d'amplifier la réflexion sur le concept de dangerosité sociale pour inventer des protections à la mesure de quelques pratiques humaines nous assurant d'un pire inéluctable ? Pour ces dernières, la justice n'est plus suffisante. En tout cas, au-delà d'elle, il y a comme la nécessité de fuir le fragmentaire multiplié d'une délinquance jamais abolie pour mettre en oeuvre, au nom d'une nuisance sociale incontestable, des dispositifs civiques de protection.
Badet libre à chaque fois, c'était, à force et à la longue, l'annonce de ce qui a été perpétré.
Douce France, vraiment ?
Ah l'honorabilité.
C'est décidément très emmerdant d'être honorable dans ce pays, lorsqu'on commet un délit, et a fortiori un crime. Vous avez remarqué qu'on vous renvoie systématiquement votre honorabilité à la gueule quand vous passez, même exceptionnellement du côté du criminel.
Le criminel habituel, lui, a toutes les excuses : il est débile ou immigré et donc c'est pas de sa faute, c'est un "pauvre immigré", c'est un économiquement faible et donc, c'est pas de sa faute, c'est bien connu, tous les pauvres volent leur prochain... Quand il est récidiviste, il a au moins l'excuse de nous avoir habitué à son crime, comme si en quelque sorte ce n'était plus de sa faute : on aurait tout de même du s'y attendre ! (c'est bien ce que je comprends de l'argumentation de M. le Procureur...)
Mais l'"honorable citoyen", même s'il a été (qui sait ?) surpris dans son sommeil par le cambrioleur, même s'il avait (qui sait ?) dans la maison une femme et trois enfants à protéger, l'honorable citoyen, est -forcément- une pénible ordure du fait même de son honorabilité.
Qu'importe si en zone rurale il faut parfois attendre une heure pour qu'une patrouille de gendarmerie vienne à votre secours. Qu'importe si dans ce pays on peut se faire assassiner en plein jour par de gentils-facteurs-de-diversité-qui-sont-une-chance-pour-la-France, pour avoir osé photographier un lampadaire, sans avoir la moindre chance de voir débouler comme dans les films une voiture de police toutes sirènes hurlantes. Tant pis si parfois même on SAIT que la police ne viendra pas parce qu'elle a PEUR.
Les gauchistes ont décidément bien travaillé, de Foucault -Surveiller et punir- à ce tordu dont le nom m'échappe qui nous gratifia de ce chef-d'oeuvre en matière de démagogie : "Dupont-la-joie", qui démontre si bien à quel point le petit blanc "honorable", est forcément une ordure raciste et veule, et surtout coupable.
Ah je ne suis pas pour les milices rurales. Non. Je ne suis pas pour qu'on exécute, tranquille chez soi, les idiots du village, ni même les délinquants sains d'esprit. Mais je suis en revanche tout à fait pour accorder le bénéfice de la présomption d'honorabilité à un type qui n'a peut-être commis comme crime que d'avoir eu peur, pour lui ou pour les siens.
Qu'on entre un peu chez moi la nuit, quand mes enfants dorment, et je vous jure que mon honorabilité ne m'empêchera pas de biser le cou de qui que ce soit, bien avant de lui avoir demandé le rapport de l'expert-psychiatre.
Merde à la fin.
Rédigé par : Erig le Brun de La Bouëxière | 27 juillet 2008 à 22:04
Vous êtes bien mesuré dans vos propos avec ceux que l'on peut appeler sans risque d'erreur : des crapules "honorables" ; ce, moins du fait meurtrier que de cette réjouissance collective qui le suivit. Quant à votre questionnement sur les "limites" de la justice, celui-ci me fait songer au nôtre chaque jour plus prégnant, médecins et soignants. Du social, jusqu'où cherchera-t-on à nous y impliquer et en attendre -exiger- de nous les réponses et les solutions ? Aux urgences des hôpitaux, c'est impressionnant le nombre de personnes que l'on voit arriver chaque jour en très bonne santé mentale et physiologique mais malades de la société... Nous n'avons pas de protocoles hospitaliers pour prendre en charge cette "pathologie" singulière et c'est dur, très dur de le leur faire entendre. Je songe aussi à autre chose en vous lisant. C'était il y a des années dans cette immense maison d'arrêt de Douai. Dans une de ces nombreuses et minuscules cours de promenade, une vingtaine de gaillards dont un seul "blanc", comme on dit ; tous les autres, des Arabes ou d'origine dont moi. La porte s'ouvre, les matons y poussent un type et referment. Ce type est apeuré, hésitant, la quarantaine peut-être, il n'ose avancer... Les autres, tous les autres sauf le "blanc" qui reste dans un coin couché sieste sur sa serviette torse nu à bronzer et moi, se lèvent et vont vers lui. Il ne peut s'échapper nulle part, la cour fait à peine 10 mètres sur 10. Puis c'est les coups... De toutes parts, avec une violence inouïe. L'homme hurle, tombe, du sang partout, il ne remue plus, il agonise, sa tête n'est plus qu'une plaie d'où sortent par moment des borborygmes et de la mousse ... Depuis le mirador, le maton ignore la scène et finit même par disparaître et laisser les cours sans surveillance. Les types reprennent leur marche dans la cour, à la queue-leu-leu, dans le sens contraire aux aiguilles d'une montre, comme c'est l'inconsciente habitude carcérale séculaire. A chaque passage devant lui gisant au sol, chacun lui balance un terrible coup de pied au visage et poursuit sa ronde... Cela dure 15, 20 minutes, je ne sais plus... Sa tête vole dans tous les sens, il ne crie plus, il n'est plus là, le sang se répand et éclabousse les murs, ses dents n'existent plus... Puis la porte s'ouvre, les matons pénètrent en nombre. Tout semble calme, ils ne posent aucune question, ramassent l'homme et l'emportent. J'étais sidéré. Je pensais en moi-même : il est mort ; on ne peut pas survivre à ça... Cette histoire n'eut aucune suite ni judiciaire ni autres, on n'en entendit jamais parler. Le lendemain, j'appris que cet homme venait d'être incarcéré pour avoir, de sa fenêtre, tiré sur un groupe d'enfants qui jouaient bruyamment sous ses fenêtres et en avait tué un d'une balle dans la tête, un petit Momo, un petit rebeu... La presse locale avait relaté cette affaire et les détenus étaient informés... Un maton vivait dans ce quartier et avait connu ce garçon que ce type avait tué... C'est ce maton qui le poussa dans cette cour, ce jour-là, et referma tranquillement la porte...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 27 juillet 2008 à 21:58
Le génie français existe et il me fait aimer mon pays.
La place de la justice est une préoccupation moins prégnante que le pouvoir d'achat... ce n'est pas un sujet de communication pour les pouvoirs publics.
En ça les Américains sont enviables, le serment des "Marines" parle de la défense du mode de vie américain.
Mais la vérité vaincra !!!
Bonne fin de journée.
Rédigé par : Mathieu | 27 juillet 2008 à 20:34
"Tout de même, pour que des personnes ni pires ni meilleures que d'autres puissent se féliciter d'être débarrassées d'un humain infiniment perturbateur, il faut que dans le mécanisme social, dans l'harmonie collective, un dysfonctionnement grave se soit produit !"
Que des personnes en tous points semblables à votre prochain comme au nôtre à tous, se félicitent d'être débarrassées d'un handicapé moteur à 80% doublé d'un handicapé mental, ce par le moyen d'un meurtre perpétré par un ci-devant "citoyen honorable et soutenu par tous" est le signe que dans cette mini commune riquiqui de 180 habitants, pas même le maire n'a été foutu d'envisager d'autres solutions pour s'occuper de leur unique handicapé et trouble fête que d'en embarrasser la Justice sachant pertinemment qu'il n'y avait cependant pas de véritable remède judiciaire dans le cas de ce qu'autrefois il était convenu d'appeler "L'idiot du village"!
Une telle absence de solidarité avec l'unique concitoyen sur lequel le malheur s'est concentré et une telle incapacité à prendre sur soi en remerciant le sort de ne pas se trouver, ni les siens, dans la situation du malheureux, doublées d'une telle arrogance à entreprendre de se faire justice soi-même par le rétablissement d'une sorte de peine de mort à usage privé dirigé vers un handicapé à 80% est une honte nationale !
Heureusement que je ne suis pas à votre place, je requerrais d'envoyer l'ensemble de ses supporteurs tenir compagnie derrière les barreaux à leur, en vérité si peu 'honorable', concitoyen !
Rédigé par : Catherine JACOB | 27 juillet 2008 à 20:31
Hello !
Il est dit qu'il ne faut pas faire justice soi-même.
"Nul n'est censé ignorer la loi, etc."
"Douce France" : j'entends au loin les cloches sonner.
Un oiseau ou deux sifflent.
Lorsque le jour se lève, que notre regard se porte sur la nature, que l'on est encore plein d'espoir en songeant à ce qui va nous arriver d'agréable dans la journée, comment peut-on imaginer que quelque part, dans une région peu médiatisée il est vrai, un drame va se produire ?
Il est difficile de prendre sur soi mais là est la force d'un être humain. Surmonter ses penchants, lisser ses défauts, pour espérer ne pas se rendre malade face aux injustices et aux tourments de ce monde... et espérer aussi trouver le courage et la motivation pour le rendre, à son échelle, meilleur.
Mon Dieu, que cela est triste...
Bonne semaine, Philippe et la compagnie !
Rédigé par : Ktrin | 27 juillet 2008 à 19:24