La lumière éblouit. Elle fascine ou exaspère. On la déteste ou on l'adore. On rêve de se tenir près d'elle et de profiter de ses rayons ou on n'a envie que de la réduire.
Bernard-Henri Lévy, le roi, est nu depuis sa tribune dans le Monde sur la Géorgie où le moins averti des lecteurs ne pouvait que percevoir l'imposture, la falsification. La lumière dans laquelle baigne cet essayiste - et l'ombre qu'il a su créer pour les autres qui ne l'aiment pas - a égaré même ce prestigieux quotidien qui va devoir se résoudre à examiner le fond de ce que lui proposera maintenant son illustre auxiliaire. La vérité ne sera plus cultivée comme en passant, en accessoire inutile et presque importun, mais deviendra le coeur du sujet.
La lumière qui a trop longtemps protégé - c'est le site de 20 minutes qui, après Rue 89, a révélé l'entourloupe dénoncée aussi par le Canard enchaîné - pousse au pire si on désire profaner son apparente pureté. En effet, c'est ce même site qui nous apprend que Laurence Ferrari a décidé d'assigner Lyon Mag pour violation de sa vie privée.
Cette nouvelle, à elle seule, ne constituerait pas une information bouleversante, même si elle concerne la nouvelle et brillante présentatrice du journal de TF1. Ce n'est pas non plus le fait que Laurence Ferrari réclame 40 000 euros de dommages intérêts qui surprend. On aurait préféré un euro mais son avocate a du lui déconseiller cette modestie peu judiciaire !
Ce qui frappe, c'est la nature même du préjudice qui a été gravement causé à Laurence Ferrari. Le père de celle-ci, Gratien Ferrari, dans une interview à Lyon Mag, entre autres considérations, révèle que son épouse - donc la mère de la journaliste - s'est suicidée. Laurence Ferrari ne s'était jamais exprimée sur ce douloureux sujet et évidemment avait toujours caché cette détresse intime.
Sans contester la véracité de cette impudique annonce faite par son père, elle décide d'assigner la publication qui a recueilli l'infamie. Car tout de même, on peut être un partisan farouche de la liberté d'expression et estimer pourtant qu'il y a des secrets ne relevant ni de la carrière ni d'une trajectoire personnelle qui l'expliquerait, et qui ne devraient jamais être divulgués. Ils ont en effet un lien si fort, si mystérieux, si impalpable avec l'être qui les abrite comme un trésor ou comme une souffrance qu'ils n'appartiennent qu'à lui et sont étrangers par essence à la grossièreté médiatique. J'ai éprouvé la même sensation d'intolérable intrusion quand un anonyme a photographié Ségolène Royal en prière en Italie - et Paris Match a accepté cette peu ragoûtante contribution !
Mais le comble réside à mon sens dans l'argumentation développée en réplique par le directeur de Lyon Mag, Philippe Brunet-Leconte, qui a justifié l'inadmissible en affirmant que "les interviews que Laurence Ferrari a accordées aux médias pour faire la promotion de son JT donnent une image d'elle-même très "clean", très lisse, très convenue au fond". Autrement dit, il était nécessaire de "casser" cette apparence, qui ne plaisait pas à Lyon Mag, en y instillant du traumatisme, de la réminiscence mélancolique, en répudiant le silence de la principale intéressée, en tenant pour rien son obstinée, délicate et compréhensible discrétion ! Cette grâce, paraît-il "trop lisse", il convenait de la blesser, ce côté "trop clean", il méritait d'être sali, cette personnalité "très convenue", il convenait de lui montrer ce qu'était la vraie vie : celle où les secrets enfouis au fond de soi DOIVENT être exposés à tous vents et à toutes curiosités.
Ce que peut-être elle avait réussi à assumer, à surmonter en pactisant avec le silence va être, au moins un temps, mis en miettes, en pièces. Ce n'est pas rien.
Après tout, pour une telle dévastation, si aigrement justifiée, 40 000 euros, c'est bien peu. Quel est le prix d'une paix déchirée, d'une tragédie remise à l'ordre du jour, en pleine lumière, d'un malheur ressuscité ?
Réflexion limpide en effet, mais qui ne dit rien sur le principal responsable de l'"affaire" : le père, qui, se soulageant d'un poids, en accable sa propre fille.
Rédigé par : Criticus | 28 août 2008 à 13:29
Bonjour,
Si je vous suis bien, les seules infos dont nous aurions la possibilité de prendre connaissance seraient validées par les sujets eux-mêmes...
Les voyages dans les rédactions US de miss Ferrari seraient OK, mais les confidences de son propre père, non.
Je ne goûte guère ce type de presse, mais quand on souhaite se peopoliser, faudrait en assumer les dérives. Quand on pense à l'immensité du nombre de "vedettes" qui ne comptent que sur leur métier et/ou leur talent...
Bonjour chez vous
Rédigé par : Jean Meyran | 28 août 2008 à 11:41
Mais enfin cette assignation ne tient pas la route, c'est son père majeur qui a donné l'information, qu'elle s'en prenne à ce dernier. C'est ridicule, le père a révélé une histoire qui lui appartient et qui est celle également de sa fille.
Rédigé par : SR | 28 août 2008 à 10:34
Le fautif, inconscient voire stupide me semble, à l'évidence, être le père.
Rien ne l'amenait à faire cette confidence, sinon peut-être le "plaisir" d'être interviewé.
Rédigé par : mike | 28 août 2008 à 10:23
"Ce que peut-être elle avait réussi à assumer, à surmonter en pactisant avec le silence va être, au moins un temps, mis en miettes, en pièces. Ce n'est pas rien."
C'est vrai. Ce n'est pas rien en effet.
"Après tout, pour une telle dévastation, si aigrement justifiée, 40 000 euros, c'est bien peu. Quel est le prix d'une paix déchirée, d'une tragédie remise à l'ordre du jour, en pleine lumière, d'un malheur ressuscité ?"
Il est certaines cruautés mentales en effet qui sont susceptibles de détruire des années d'effort et/ou d'analyses pour assumer traumatismes divers et autres violences, mais il ne faut pas les laisser faire et continuer de se battre. Courage LF et toutes celles et ceux qui ont droit à ce que leur jardin secret dont la souffrance participe, soit respecté. Ceci dit j'ignore comment un avocat peut, pour sa part, chiffrer ça !
Rédigé par : Catherine JACOB | 28 août 2008 à 10:13
Le titre est excellent... même si je crois que je ne suis pas le mieux placé pour parler.
En revanche, je ne comprends pas quel est l'intérêt de ce magazine à aller chercher ce genre de choses. Si encore, LF avait été condamnée par la justice, j'aurais pu comprendre (et encore...) mais ici, je ne vois pas à quoi sert d'exposer une souffrance passée, sans doute cicatrisée en façade.
Quant à BHL, monsieur, soyez compréhensif, il a épousé une femme qui a le prénom d'une lessive... C'est pas évident...
Bien à vous
sa
Rédigé par : stéphane augendre | 28 août 2008 à 09:59
Je suis d'accord avec nous. Néanmoins...
Il me paraît difficile aussi de reprocher à un magazine, aussi peu ragoûtant soit-il, de publier une interview qu'on lui a accordée.
Ce qui n'enlève rien, bien sûr, à la légitimité du désir de chacun à garder le secret de son intimité.
Le père de Laurence Ferrari n'était pas obligé de donner une interview.
Et il n'était pas obligé de parler du suicide de sa femme.
Mais peut-être avait-il, lui, besoin d'en parler ?
Rédigé par : Thierry | 28 août 2008 à 09:51
Je suis d'accord sur le fait que certains moments de la vie privée ne regardent personne, mais sans parler du contenu de l'interview (qui ne m'intéresse pas, du reste je ne l'ai pas lu), a-t-elle une chance d'aboutir ? Car ce qui est livré dans le journal c'est une interview du père. Père qui peut raconter ce qu'il veut de sa vie et de ses souvenirs. Ce n'est pas un article avec simplement un déballage... Sur le final, il n'y a pas de différence, mais légalement ?
Rédigé par : Largentula | 28 août 2008 à 09:45
"(...) ne pas comprendre l'intérêt des journaux "pipoles" peut être assimilé à un pur snobisme..."
heu, il n'y a rien à comprendre, selon moi, dans l'intérêt des journaux people, et dénigrer ce type de presse ne relève pas du snobisme, mais de l'hygiène.
Rédigé par : Folzebuth | 28 août 2008 à 09:35
...Attendons, avec curiosité, l'analyse des Juges au regard de l'article 226-1 du Code Pénal : je ne suis pas convaincu que le recueil par un journaliste de la confession d'un père (qui ne me paraît pas être "impudique" au demeurant) puisse, par effet de ricochet, porter atteinte à la vie privée d'une tierce personne...
Il faudra beaucoup de talent à son avocate !
Rédigé par : sbriglia | 28 août 2008 à 09:18
Faire les poubelles n'a jamais enrichi la conscience du citoyen ! Quelle était l'utilité sociale d'une aussi triste révélation ? Son auteur se condamne lui-même.
Rédigé par : Thierry SAGARDOYTHO | 28 août 2008 à 08:17
BHL récidive... Quelle sera sa peine-plancher ?
Rédigé par : Bulle | 28 août 2008 à 07:45
Bonjour,
C'est un point de vue intéressant. Il constitue d'ailleurs l'axe tout à fait logique d'une réflexion limpide.
Comment comprendre dès lors, que des individus, journalistes au même titre que Laurence Ferrari, s'éloignent à ce point des fondamentaux de la politesse sociétale, développée en quelques mots par Philippe Bilger ?
Certes, ne pas comprendre l'intérêt des journaux "pipoles" peut être assimilé à un pur snobisme... mais ne pas comprendre les exigences primaires d'une vie en société doit constituer un délit.
Rédigé par : Marcellus_Walace | 28 août 2008 à 01:10