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Rachida Dati et le prisonnier !

Je sais, le garde des Sceaux est souvent invitée sur ce blog mais après tout n'est-ce pas normal puisque celui-ci traite essentiellement de justice ?

Le Monde et TF1 nous ont appris récemment que Rachida Dati s'était rendue à la maison d'arrêt de Metz-Queuleu pour y "répondre aux critiques sur "l'incohérence" de sa politique pénale" et pour constater l'action d'une remarquable directrice, Sophie Bleuet, qui a réussi à mettre en oeuvre depuis longtemps une séparation radicale entre les prévenus (pas encore définitivement condamnés) et  les condamnés définitifs.

Sur ces points, j'avais soumis à la réflexion les deux billets "Une prison qui bouge" et "L'équivoque carcérale".

Au cours de sa visite, le ministre, selon le journaliste Nicolas Bastuck, n'a rien perdu "de son ardeur répressive". Qu'on en juge. A un détenu qui déplore le manque d'intimité dans les cellules, elle réplique : "Tenez-vous à carreau, et vous serez chez vous, libre, avec une chambre et des toilettes séparées. La prison, ce n'est pas l'hôtel".

Je devine ce que d'aucuns pourraient reprocher à cette verte semonce. De la familiarité, de l'autorité facile, une réprimande un tantinet démagogique ?

Pour ma part, je l'approuve totalement, je la trouve courageuse et elle tranche avec la langue de bois de l'humanisme correct et lénifiant.

Du courage, il en faut en effet pour braver la bienséance qui consisterait plus à plaindre les modalités de détention qu'à morigéner celui que sa conduite a entraîné là. N'importe qui trouverait plus gratifiant de se la "jouer compassionnel", en vertu de cette inévitable tendance qui fait s'apitoyer sur le sort même de celui qui a été justement sanctionné. J'apprécie que Rachida Dati ne se soit pas sentie ligotée dans son expression et ait pris le parti d'une parole vraie voire brutale, mais porteuse d'une éclatante évidence.

Sans doute suis-je excessivement sensible à ce type d'affirmation qui vient déchirer les mille subterfuges dont dispose une pensée pour éviter la clarté parfois dangereuse. J'aime trop, parce qu'ils sont rares, les propos de responsables politiques qui ne tournent pas autour du vrai mais s'y attachent directement sans fioritures. On est probablement trop habitué à la convention d'un langage officiel courtisan ou creux pour s'enthousiasmer ainsi de ce qui devrait être une règle, dans le monde du pouvoir comme dans tous les univers professionnels. On ne masque pas ce qu'on a à dire : on le dit.

Quel bonheur, aussi, une fois acquise la nécessité d'une réforme pénitentiaire de fond, d'entendre si vivement rappelé aux prisonniers le poids de leur responsabilité dans la création de leur infortune ! Cette injonction, loin d'être contradictoire avec l'exigence d'humanité, les aménagements futurs et le rôle du contrôleur général, m'en semble au contraire un utile complément. Pour que la prison ait du sens, il convient aussi que le détenu n'entende pas sans cesse qu'il n'y est pour rien, que la société est seule coupable et qu'il mérite plus d'être plaint que traité en homme, en adulte.

Rachida Dati a eu raison, dans cet échange singulier, de souligner que l'enfermement est, D'ABORD, le châtiment d'une liberté dévoyée. 

 

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Voici les sites qui parlent de Rachida Dati et le prisonnier ! :

Commentaires

Bien que souvent séduit par votre blog, je ne peux pas être d'accord avec vos propos.
Cette phrase, je l'ai également notée lorsque je l'ai entendue (sur France Info je crois), mais avec bien moins de mansuétude que vous.
Le débat n'est pas dans le fait d'offrir ou non un confort aux prisonniers, mais bien de respecter leurs droits fondamentaux.
Dirait-on à un ouvrier qui verrait ses droits bafoués par un patron indélicat (il y en a aussi...) : "tu n'avais qu'à faire des études, l'usine ce n'est pas le Club Med."
Dirait-on aux détenus de Guantanamo : "si tu ne veux pas être enchaîné en plein soleil, tu n'avais qu'à pas être capturé en mauvaise compagnie ?"
Non, vraiment, cette petite phrase n'est pas digne d'un ministre de la Justice.
Vous y donnez avec votre habilité habituelle un sens qu'elle n'a pas : vous faites de la morale alors que Mme Dati fait de la communication. J'aurais pensé que vous le relèveriez aussi...

Bonjour,

Pour une fois, que RD n'est pas votre tête de turc...

Néanmoins, je vais abonder dans le sens contraire de votre argument : dire ce qu'elle a dit à des détenus alors que la France est remarquablement critiquée par les organes européens de droits de l'homme, cela me semble choquant.

Certes, elle a du caractère, mais je ne crois pas que la prison - généralement méritée, je le concède - soit censée faire vivre des gens dans des conditions de vie déplorables.

Cordialement.
sa

Je partage l'avis du commentateur "ElDesdichado" : la prison, c'est la privation de la liberté pas l'humiliation au quotidien (cela n'engage que moi, bien sûr, quoique)

Le titre de votre billet m'a fait pensé à un film avec Fernandel, un hasard ?

Bonjour chez vous

Le rapprochement fait par "el desdichado" (le veuf, l'inconsolé, dont la tour est manifestement abolie en même temps que la raison), entre un prisonnier et un ouvrier est non seulement scandaleuse mais stupide. On n'a pas toujours le choix des études qu'on fait, on a toujours le choix de violer ou non la loi commune.
Je travaille quotidiennement avec des délinquants mineurs, et mon travail consiste (me semble-t-il) à leur faire entendre qu'il n'y a pas de fatalité dans la nuisance à autrui. Rapprocher systématiquement délinquance et "CSP moins" est une insulte à ceux qui sont pauvres mais respectent la loi.

Les humanistes en chambre qui croient défendre ainsi la "dignité" des délinquants, ne font que montrer le mépris qu'ils ont pour la classe ouvrière.

Enfin il y a un juste milieu. Vous semblez approuver la double peine carcérale qui consiste à enfoncer davantage le détenu dans sa culpabilité. L'enfermement n'est pas un luxe pour celui qui a péché, et évidemment il y a de tout en prison, et si vous prenez la peine d'écouter les récits d'anciens détenus, nul besoin d'entrer dans un leurre compassionnel, les faits sont là, la réalité crue que peu veulent voir fait tressaillir. Imaginez un seul instant, du jour au lendemain, votre toilette transporté au milieu de votre salon près du téléviseur, chacun s'accommodant bon gré mal gré à se soulager en public. Et la suite portant sur les défoulements sexuels, les détenus n'ont pas une Miss Meteo déjantée à disposition, aussi les plus faibles sont à la merci des plus tordus.

Votre garde des Sceaux n'a-t-elle pas échappé à la violence des grands frères pour arriver à son poste tant convoité de mannequin vedette Dior pour la magistrature ? Et sans nul doute tout son parcours est inscrit par la compassion d'hommes d'influence (Lagardère, Bouygues, Bolloré, Sarkozy, Chalendon) qui ont donné du temps et de l'argent à une Cosette aux dents longues pour l'aider à s'en sortir et s'offrir des appartements dorés sans souffrir de proximité dans un foyer social pour fuir un ancien époux du bled devenu encombrant pour sa carrière.

Dans mon commentaire précédent, j'ai oublié de préciser un point qui me semble intéressant.
Il me semblait dans le reportage que le "prisonnier" était un récidiviste (circonstance aggravée pourrait-on me rétorquer). Il mentionnait - je crois - que c'était sa cinquième condamnation.
D'où la triple erreur de Mme Dati, dont la phrase relève simultanément de l'incantation, de l'utopie (le prisonnier a beau se tenir bien, c'est trop tard. au mieux pour la prochaine fois...), et de l'aveuglement, puisque, malgré les conditions déplorables, cela ne l'empêche pas de commettre des faits délictueux (et qui donc interroge la vision de la prison que semble avoir Mme Dati).
A rapprocher de sa phrase “personne n'est en prison par hasard”, qui ne nécessite même pas de commentaire.
A titre personnel, et sans être spécialiste de la question, je suis contre le recours accru à l'emprisonnement. Mais puisque les gouvernants actuels, élus démocratiquement, choisissent une politique plus répressive, se traduisant par une augmentation du nombre de détenus, il faut assumer cette politique et le coût associé dans le respect des droits individuels.
Merci en tous cas de susciter le débat.

Il est vrai que l'on oublie trop souvent que ceux qui sont en prison, après condamnation, en sont tout de même un peu responsables.
Mais quid de ceux qui attendent, des années quelquefois, leur jugement.
La séparation des uns et des autres est un devoir de justice.

ElDesdichado,

En somme, vous comparez l'écroué à l'ouvrier aux droits bafoués, l'écroué au torturé ?

Ces deux analogies sont inappropriées, tout simplement parce que vous n'avez pas démontré en quoi l'écroué voit ses droits bafoués, en quoi l'écroué se voit torturé.

Certains écroués par habitude confondent cellules de garde à vue et de maison d'arrêt avec l'hôtel. Il est bon de les rappeler à la réalité, ils ont fait le choix d'être là. Leurs droits ne sont pas bafoués, c'est l'application du droit qui les place là.

Cette situation n'a rien à voir avec celle de celui qui voit ses droits de travailleur bafoués. Il est là pour une chose, le travail, et en subit une autre, la négation de ses droits, qui ne découle en aucun cas de la première.
Cette situation n'a rien à voir avec celle de celui qui voit ses droits d'être humain bafoués. Il est là pour une chose, son implication dans une entreprise terroriste, et en subit une autre, la négation de ses droits, qui ne découle en aucun cas non plus de la première.


D'une manière générale, je dirais que tout le drame de la question de l'univers carcéral en France, c'est que tout le monde s'accorde à dire que nos prisons sont souvent lamentables. Tout le monde, ou presque, mais pour des raisons bien différentes.
A mon sens, elles ne sont trop souvent que le prolongement de l'univers de fric, d'oisiveté et de violence, terreau de la délinquance. La solution ne consiste pas en faire des lieux de villégiature confortable, comme d'autres le proposent.
Il en va de même pour les locaux de garde à vue, au sujet desquels il est cocasse de lire des rapports récents préconisant la création d'une zone d'intimité à l'intérieur des cellules. Zone d'intimité, où le gardé à vue ne peut... être vu.

Je n'étais pas un lecteur assidu de ce blog, mais le ton volontairement incisif n'est pas pour me déplaire.

Cependant, comme le souligne un autre commentateur, dans le cas d'espèce il s'agit avant tout de "communication" de la garde des Sceaux.

Or, si je suis d'accord avec vous sur la nécessaire responsabilisation des condamnés, je pense qu'il ne faut pas pour autant en oublier les droits de l'homme (sinon pourquoi avoir aboli le bagne et la torture).

Ainsi, je trouve la réponse de Mme Dati un peu trop monolithique. Elle aurait plus gagner à, tout en rappelant au prisonnier qu'il était responsable de son état d'incarcération, et éventuellement indiquer qu'une prison n'avait pas à être un hôtel 4 étoiles avec barreaux, lui répondre que cependant, les conditions d'incarcération ne respectant pas la dignité humaine devaient être évitées.
Ne serait-ce que pour montrer l'exemple et permettre une meilleure réinsertion sociale de ceux qui auront "payé" leur dette.

Vous me faites sourire, PB, ça fait du bien de bon matin quand le ciel est un peu gris... La gardienne des Sceaux, un petit coup de griffes par çi, un petit compliment par là... Rachida saura-t-elle jamais avec vous sur quel pied danser ?... Personnellement, j'apprécie cette façon franche de dire les choses ; comme le discours de N.Sarkozy me parle davantage que le charabia ampoulé de Ségolène pour ne citer qu'elle... Cette même Ségolène, soit dit en passant, qui osa dire de mon égérie que je kiffe trop, Fadela Amara, que, lorsqu'on est au gouvernement, la moindre des choses est de parler correctement le français... Faut le faire quand même, elle qui nous balança de la "bravitude" depuis la muraille de Chine... Cette fois, Fadela a été cool, pas répliqué derechef, ça vaut rien ce que dit et pense la Marie-Ségo, lui répondre c'est la tenir pour importante... Elle aurait pu la traiter de "grosse vache" comme elle le fit pour la Boutin qui commençait grave à lui prendre la tête au ministère ou de "Castafiore", la Morano qui commençait à ramener aussi sa fraise, toujours rapport au langage qui sied, se dit-il, quand on a le train posé sur le strapon d'or... Quant au fond, Rachida, oui j'aime quand elle barnave comme ça, c'est presque de la rousquaille des fortifs, ça cause au peuple, il esgourde mieux... Sur le fond, par contre, réserves, objection... Et, exemple, l'ex patron de l'IUMM, Gautier-Sauvagnac, si elle allait lui dire la même chose, fermeté et tout, justice, duralex, tenez-vous à carreau monsieur Denis et la justice saura vous le rendre... Après oui, elle pourra, moult journalistes pour que ça se voie et s'entende, aller le voir dans sa cellule pourrie ce petit voleur de mobylette et le morigéner aussi vertement... Encore un effort et la crédibilité judiciaire pointera le bout de son nez... J'ajoute, en manière, qu'elle a tout faux la magistrate chancellière justice Sceaux et Constitution et vous avec, cher PB, quand vous la suivez : la prison est une privation de liberté, pas une privation de dignité... Dès lors qu'elle est en perpétuelle contradiction avec les textes constitutionnels, législatifs et réglementaires qui la fondent, elle est hors-la-loi avant ce détenu qu'elle enferme. De fait, le droit est pour lui et vous en l'approuvant Rachida et elle, allez de façon singulière contre le Droit. Vous vous réfugiez derrière la morale subjective compensant ainsi dialectiquement ces lacunes immenses et flagrantes, pour ne pas écrire ces renoncements, au Droit qui vous justifie pourtant... Pour un peu, on y ajouterait le martinet et la fessée... "Quand tu seras sage, je cesserai de t'humilier" ; est-ce donc cela ?...

Aïssa.

1. "A un détenu qui déplore le manque d'intimité dans les cellules, elle réplique : "Tenez-vous à carreau, et vous serez chez vous, libre, avec une chambre et des toilettes séparées. La prison, ce n'est pas l'hôtel"."

2. "en vertu de cette inévitable tendance qui fait s'apitoyer sur le sort même de celui qui a été justement sanctionné."

3. "Rachida Dati a eu raison, dans cet échange singulier, de souligner que l'enfermement est, D'ABORD, le châtiment d'une liberté dévoyée. "

Mon cher avocat général, ne veniez-vous pas de nous dire quelques lignes plus haut ceci :

1. "l'action d'une remarquable directrice, Sophie Bleuet, qui a réussi à mettre en œuvre depuis longtemps une séparation radicale entre les prévenus (pas encore définitivement condamnés) et les condamnés définitifs."

Or, je ne vois point de précision quant à l'origine du quartier de cette maison d'arrêt d'où serait issu le détenu. Celui qui est encore présumé innocent et sera peut-être innocenté tout à fait doit-il payer de surcroît le fait d'être injustement soupçonné par une absence d'intimé égale à celui dont la culpabilité ne fait plus de doute - du moins jusqu'à une éventuelle révision justifiée de son procès -?

Donc, et pour ce que personnellement je constate, il manque toujours la 2ème partie de l'article 5, vu qu'il y a toujours "moi" le chef et "moi" le chef! Et je déplore vivement que vous commenciez vous aussi à scotomiser la partie de la réalité qui ne vous arrange pas !
Ce n'est pas parce que les seconds auraient par ex. la possibilité d'utiliser individuellement un par un des toilettes communes au bout du couloir comme dans la partie des immeubles parisiens où sont logées les chambres de bonnes qui sont loin d'être des hôtels que ce serait immédiatement la grande vadrouille...

L'uniforme de Mme Bleuet en revanche, chapeau! aussi impeccable que s'il était encore suspendu au cintre du teinturier !

@Marcel et Erig
Ma comparaison est inappropriée ? Bien entendu qu'elle l'est si on la prend au premier degré.
C'est bien ce que je souhaitais mettre en avant : la remarque de Mme Dati ne "passe" QUE parce qu'elle s'adresse à un détenu, mais ne serait pas tolérée aujourd'hui si elle s'adressait à d'autres victimes (car on peut être coupable de quelque chose et victime d'une autre).
Quant à ce qui est bafoué dans les droits des détenus, renseignez-vous sur les multiples entorses françaises au droit européen et aux constats réguliers faits sur l'état des prisons.
@Marcel en particulier, je ne vous comprends pas. En quoi les mauvaises conditions d'incarcération sont-elles le prolongement de la peine ?
Plus généralement, les détenus n'ont pas fait le choix d'être là. Ils ont fait à un moment de leur vie des choix ou des non-choix qui ont eu pour CONSEQUENCE de les amener là où ils sont.
Enfin, je n'ai rien dit sur un quelconque déterminisme social. Je serais chagriné que l'on me prête cette intention.

Dommage, on ne parle jamais du droit des victimes...

Philippe, je suis désolée.

Voilà deux billets (Monaco + celui-là) qui m'intéressent beaucoup.

Question virtuel, je suis très occupée par ailleurs pour commenter vos notes... Enfin, je veux dire pour commenter vos notes dans VOTRE blog.

Quand Madame Dati dit :

"Tenez-vous à carreau, et vous serez chez vous, libre, avec une chambre et des toilettes séparées. La prison, ce n'est pas l'hôtel"

je crois finalement entendre ce que répondent la plupart des citoyens français quand on évoque la condition carcérale, le fameux :

"Bien fait pour eux".

Je crois pas du tout que les propos de Madame Dati relèvent du courage politique mais bien au contraire du plus pur populisme et donc, de la lâcheté.

Est-ce faire preuve de courage que de répondre à certains détenus qui s'entassent à quatre dans 9m² avec le dernier arrivé qui dort par terre (2000 actuellement selon le syndicat UFAP) "Bien fait pour vous" ?

Est-ce faire preuve de courage de répondre aux 600/650 personnes par an qui bénéficient d'un non-lieu/relaxe/acquittement "Bien fait pour vous" ?

Est-ce faire preuve de courage de répondre aux détenus rackettés, tabassés, violés "Bien fait pour vous" ?

Fermer les yeux sur une réalité sordide, est-ce faire preuve de courage?

Si le problème de l'intimité des détenus et donc de l'encellulement individuel n'est pas important, pourquoi en faire un objectif dans la loi pénitentiaire ? D'ailleurs, le report régulier de l'application de cette mesure depuis 1875 (!) vire à la farce grotesque et ces propos démagogiques de Mme Dati viennent confirmer, si besoin en était, que l'Etat a déjà renoncé à l'encellulement individuel.


Je m'étonne de ce qu'un ministre se rende dans une prison, y engage, comme cela a dû être prévu par le programme, un dialogue avec des détenus pour répondre à leurs doléances par ce que vous citez. Je m'étonne car cela sent le préparé, le traquenard et la justification politique de l'incurie.

On ne met pas un ministre de la Justice face à un détenu sans que la chose ait été minutieusement bordée. C'est pire qu'un casting de la Star Ac'. La sélection est sévère, discutée, recoupée. Le détenu choisi est briefé, il en va de sa remise de peine, et s'il a une doléance à exprimer, elle doit être limitée, représentative, somme toute bénigne. Pas question de demander à ce que les sodomies soient moins fréquentes. Pas question d'évoquer le racket de la cantine, non, du soft : "on manque d'intimité". Version "Pensionnat des Oiseaux" ou chambrée de bidasses, donc.

Cette doléance est préparée pour montrer aux Français qu'on exagère quand même beaucoup sur les prisons et que ce dont se plaignent les détenus, c'est d'entendre le voisin ronfler.

La réponse de la ministre, non moins préparée, outre qu'elle est désobligeante pour celui que l'on a désigné pour lui parler et qui n'était pas forcément là pour recevoir panpan-cucul de la maîtresse, a été prononcée pour renvoyer tout ce monde-là dans ses buts par une boutade : "la prison, c'est pas l'hôtel". Ce n'est pas cette évidence que l'on attend du ministre ni de savoir ce que la prison n'est pas : ce n'est pas un château, pas une rondelle de citron, pas une piscine à vague. On attend du ministre qu'elle dise ce qu'est la prison. Et là, c'est un peu plus compliqué, semble-t-il.

En répondant ainsi, aussi peu spontanément que possible, la ministre évacue les obligations légales de l'Etat qui font de l'encellulement individuel un principe inscrit dans le droit. Avec ce clin d'oeil démagogique aux braves gens, on annonce en fait qu'on s'asseoit sur la loi et qu'ainsi, on fera des économies budgétaires. Puisque le summum de la doléance des détenus n'est que de faire pipi tranquillement, on ne va pas dépenser des millions pour un tel caprice de rosière.

Et vous, Philippe, depuis quand un prévenu n'est-il que "pas encore définitivement condamné" ? C'est deux adverbes de trop ! Le prévenu, me semble-t-il, est en attente de jugement, et non d'une condamnation certaine ! Cette formulation sert-elle à dissimuler votre gêne devant l'injustice faite à des personnes potentiellement innocentes, qui se sont "tenues à carreau", qui n'ont pas encore eu l'occasion de le démontrer et qui se retrouvent à péter de concert avec les vilains garnements ?

La remarque de Dati est frappée au coin du bon sens.
On peut polémiquer à l'infini sur le nombre d'étoiles que l'on doit mettre aux prisons, le fait est que si on ne commet ni crime ni délit (sauf erreur judiciaire hélas), on ne va pas en prison. Pas inutile de le rappeler de temps en temps. Un retour à la réalité des faits ne peut être que bénéfique.

Au risque d'entrer en contradiction Monsieur l'Avocat général Bilger, je dis que la Justice des hommes doit éviter de donner dans l'arrogance.
On commencera à faire l'éloge de la privation de liberté frappant ceux que la Justice des hommes a condamnés, seulement le jour où la Justice des hommes convaincra le monde qu'elle ne s'est jamais trompée, que chez certains de ses exerçants le préjugé et la volonté de plaire aux hommes ne sont pas plus forts que l'honnêteté, la mesure et la droiture.
On aimerait aussi que la Justice des hommes s'auto-flagelle devant le cas d'innocents honteusement enfermés.
Mais elle trop prétentieuse pour se voir moins belle qu'elle ne le prétend.
La Justice des hommes doit faire des efforts incommensurables pour s'imposer au coeur des hommes. Elle ne s'imposera donc jamais au coeur des hommes.
Il faut parler au coeur des hommes.
Inspirer la crainte physique n'est rien devant la puissance de la conviction du coeur.
Le devoir de l'homme est s'accorder avec ses prochains sur un minimum humain. La Justice des hommes, avec son imperfection congénitale, est de ce minimum.

S'il est trop facile de ne pas rappeler aux détenus que s'ils sont en prison, c'est de leur faute, Rachida Dati a sombré dans la simplicité lors de son entretien "intime" avec l'un d'entre eux, en lui rappelant que les roses rouges sont nécessairement rouges.

Comme le rappelle justement ElDesdichado, Dati fait de la communication. Elle s'adressait à ce moment précis, non pas au détenu plaignant, mais au Français qui adore s'abreuver de pensées démagogiques.
On peut appeler cela du populisme ou de la démagogie poussée, peu importe ; ce qui m'ennuie profondément, c'est d'être obligé de me sentir au café du commerce, en tête-à-tête avec le barman charismatique, qui ne cesse de déballer des vérités vraies.

Il est dommage que Madame Dati n'ait pas réussi, dans sa propre famille, à mettre en exercice la leçon de morale qu'elle donne à ce détenu ! Par ailleurs, à l'instar de J-D Reffait je suis surpris d'apprendre qu'un prévenu est un détenu "pas encore définitivement condamné" ! Je croyais bêtement qu'il était présumé innocent tant qu'il n'avait pas été condamné ! La différence est probablement insignifiante dans l'esprit d'un procureur général !

@Calach
Que je sache Madame Dati n'est pas responsable des actes de ses frères !
Elle montre au contraire par son parcours que l'on a bel et bien le choix de choisir l'honnêteté plutôt que la délinquance. Elle a fait le choix de l'honnêteté au contraire de certains de ses frères. C'est tout à son honneur et c'est ce qui explique peut-être qu'elle n'ait pas opté pour la compassion si politiquement correcte de nos milieux privilégiés.
Au-delà de la personne de Madame Dati, il me semble que c'est une bonne chose que le ministre de la Justice (quel qu'il soit) remette à sa place un détenu qui prétend lui donner des leçons. Il ne s'agit pas de populisme, Marcellus_Walace, il s'agit de symbole. Même au café du commerce, on comprend les symboles, on n'y est pas plus bête qu'ailleurs !!!

Tout le monde s'en fout de la taule sauf les taulards et leurs gardiens... Assez de blablabla et d'hypocrisie ; les Français savent très bien ce qu'est "leur" prison et s'en balancent comme de l'an 40 jusqu'à ce qu'un jour on les y mette pour un oui un non, alors à ce moment oui ils chialent et s'offensent et revendiquent leurs droits et patati patata... Panpanculcul dit la Rachida, elle fait sa méchante miss, "tenez-vous à carreau, sir, et vous serez chez vous bol de café au lait et chiottes séparées à côté...". Patrick Dils s'est tenu à carreau pendant 15 ans... Ce sujet me gonfle, en vérité... J'ai un beau manuscrit tout près où sont mes souvenirs de taule, pas gros mais l'essentiel, autre chose littéraire que le cul d'Angot... Si un éditeur passe dans le coin, fasse signe, je lui cède l'ours pas cher l'à-valoir... Ca en fera un de plus sur la cabane, pas changer le monde mais vrai et significatif et qui peut aligner trois adverbes à la suite sans nuire à la cohérence de la phrase est un grand écrivain... Sinon, lire "Fractures d'une vie" de Charlie Bauer, ça en édifiera...

Transition.

Un sondage traîne en ce moment dans la presse, paraît que c'est du sérieux : les préoccupations actuelles des Français. En tête : le pouvoir d'achat. Seconde : la santé... Et ainsi suite... La prison n'y figure pas ou en encre sympathique... C'est dire que c'est une préoccupation française, ça, la prison, s'en battent les glaouis et le pendant les ouvriers et les bourgeois... Quand je vois ce qu'ils font de leurs parents âgés et très âgés, des simili-déchets ou peu s'en faut, je me dis que les taulards, s'ils pouvaient en faire de la graisse fondue comme Westermann à la Roche-sur-Yon, ils hésiteraient pas, ça rehausserait peut-être leur pouvoir d'achat eux dixit... (Lire également; Professeur Soubeyrand: "On tue les vieux"; c'est récent...). J'ai souvenir d'une DRH bien comme il faut, bourgeoise sur elle et le toutim qui exigeait voir mon casier judiciaire avant de m'embaucher infirmier dans son cloaque qu'elle nommait avec fierté "maison de retraite" ... Je lui ai répondu: d'accord mais je veux voir le votre avant... J'ai rajouté: Et puis, les vieilles, les vieux que vous entassez rentabilité par centaines là-dedans, vous leur avez demandé leur casier judiciaire eux ?... On s'est quitté pas amis, m'en balance, m'en fout de sa gueule, de leur gueule, c'est elle, c'est eux qui devraient être en prison qui tuent chaque jour en bonne conscience, qui traitent l'âge et la vulnérabilité comme on traite pas des chiens dans un chenil, pas le voleur de cacahuètes ... Rachida, va mettre ton nez là-dedans si t'as des c... oups! du courage, vas-y voir ce silencieux moderne permanent génocide... Leur santé passe après le pouvoir d'achat, leur propre santé... Voilà la France !... C'est du propre, veulent se gaver de gras et d'huile tournesol pour tomber malades ensuite et ruiner la Sécu., qu'on les soigne, qu'on s'occupe d'eux... Les chiottes du détenu qui chie près de son co-détenu qui repousse son assiette car ça le dégoûte, si ça les intéresse, nos con-citoyens!... Ce qu'ils veulent, c'est bouffer, bouffer à exploser, à en chier tonnes chez eux dans le chiotte fermé à clé à côté, du pouvoir d'achat, ils l'ont dit au sondage, du pou-voir-d'a-chat !!! C'est dans le journal...

Aïssa.

Pour une fois, je vais me faire l'avocat du proc'... PB a certainement oublié, de bonne foi, ceci : "... ou acquittés ou relaxés ou non-lieusés (néologisme, je revendique)". Ce qui normal aurait dû donner: "Pas encore définitivement condamnés ou acquittés ou relaxés ou non-lieusés". Lui faites pas un faux-procès ; déjà qu'il prend des risques...

Aïssa.

Tout à fait d'accord avec le premier commentaire.
Il ne faut pas voir de la morale là où il n'y a que de la communication.
Certes, on peut être responsable de la perte de sa liberté, pour autant il n'est pas acceptable que dans notre pays, un homme soit rabaissé jusqu'à ce que ce qu'il doive faire ses besoins aux yeux de codétenus ou qu'il soit contraint de dormir par terre.

Un dernier pour la route et ce sera bon... En ce moment même, un détenu armé s'est retranché et retient en otage une intervenante psychologue à Fleury-Mérogis... Certainement marre de plus avoir d'intimité et de dignité entre ces murs, de devoir chier et pisser devant tous... Eviter le pire, je le souhaite, pour cette femme et pour lui ...

Aïssa.

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