Je sais, le garde des Sceaux est souvent invitée sur ce blog mais après tout n'est-ce pas normal puisque celui-ci traite essentiellement de justice ?
Le Monde et TF1 nous ont appris récemment que Rachida Dati s'était rendue à la maison d'arrêt de Metz-Queuleu pour y "répondre aux critiques sur "l'incohérence" de sa politique pénale" et pour constater l'action d'une remarquable directrice, Sophie Bleuet, qui a réussi à mettre en oeuvre depuis longtemps une séparation radicale entre les prévenus (pas encore définitivement condamnés) et les condamnés définitifs.
Sur ces points, j'avais soumis à la réflexion les deux billets "Une prison qui bouge" et "L'équivoque carcérale".
Au cours de sa visite, le ministre, selon le journaliste Nicolas Bastuck, n'a rien perdu "de son ardeur répressive". Qu'on en juge. A un détenu qui déplore le manque d'intimité dans les cellules, elle réplique : "Tenez-vous à carreau, et vous serez chez vous, libre, avec une chambre et des toilettes séparées. La prison, ce n'est pas l'hôtel".
Je devine ce que d'aucuns pourraient reprocher à cette verte semonce. De la familiarité, de l'autorité facile, une réprimande un tantinet démagogique ?
Pour ma part, je l'approuve totalement, je la trouve courageuse et elle tranche avec la langue de bois de l'humanisme correct et lénifiant.
Du courage, il en faut en effet pour braver la bienséance qui consisterait plus à plaindre les modalités de détention qu'à morigéner celui que sa conduite a entraîné là. N'importe qui trouverait plus gratifiant de se la "jouer compassionnel", en vertu de cette inévitable tendance qui fait s'apitoyer sur le sort même de celui qui a été justement sanctionné. J'apprécie que Rachida Dati ne se soit pas sentie ligotée dans son expression et ait pris le parti d'une parole vraie voire brutale, mais porteuse d'une éclatante évidence.
Sans doute suis-je excessivement sensible à ce type d'affirmation qui vient déchirer les mille subterfuges dont dispose une pensée pour éviter la clarté parfois dangereuse. J'aime trop, parce qu'ils sont rares, les propos de responsables politiques qui ne tournent pas autour du vrai mais s'y attachent directement sans fioritures. On est probablement trop habitué à la convention d'un langage officiel courtisan ou creux pour s'enthousiasmer ainsi de ce qui devrait être une règle, dans le monde du pouvoir comme dans tous les univers professionnels. On ne masque pas ce qu'on a à dire : on le dit.
Quel bonheur, aussi, une fois acquise la nécessité d'une réforme pénitentiaire de fond, d'entendre si vivement rappelé aux prisonniers le poids de leur responsabilité dans la création de leur infortune ! Cette injonction, loin d'être contradictoire avec l'exigence d'humanité, les aménagements futurs et le rôle du contrôleur général, m'en semble au contraire un utile complément. Pour que la prison ait du sens, il convient aussi que le détenu n'entende pas sans cesse qu'il n'y est pour rien, que la société est seule coupable et qu'il mérite plus d'être plaint que traité en homme, en adulte.
Rachida Dati a eu raison, dans cet échange singulier, de souligner que l'enfermement est, D'ABORD, le châtiment d'une liberté dévoyée.
ElDesdichado,
En somme, vous comparez l'écroué à l'ouvrier aux droits bafoués, l'écroué au torturé ?
Ces deux analogies sont inappropriées, tout simplement parce que vous n'avez pas démontré en quoi l'écroué voit ses droits bafoués, en quoi l'écroué se voit torturé.
Certains écroués par habitude confondent cellules de garde à vue et de maison d'arrêt avec l'hôtel. Il est bon de les rappeler à la réalité, ils ont fait le choix d'être là. Leurs droits ne sont pas bafoués, c'est l'application du droit qui les place là.
Cette situation n'a rien à voir avec celle de celui qui voit ses droits de travailleur bafoués. Il est là pour une chose, le travail, et en subit une autre, la négation de ses droits, qui ne découle en aucun cas de la première.
Cette situation n'a rien à voir avec celle de celui qui voit ses droits d'être humain bafoués. Il est là pour une chose, son implication dans une entreprise terroriste, et en subit une autre, la négation de ses droits, qui ne découle en aucun cas non plus de la première.
D'une manière générale, je dirais que tout le drame de la question de l'univers carcéral en France, c'est que tout le monde s'accorde à dire que nos prisons sont souvent lamentables. Tout le monde, ou presque, mais pour des raisons bien différentes.
A mon sens, elles ne sont trop souvent que le prolongement de l'univers de fric, d'oisiveté et de violence, terreau de la délinquance. La solution ne consiste pas en faire des lieux de villégiature confortable, comme d'autres le proposent.
Il en va de même pour les locaux de garde à vue, au sujet desquels il est cocasse de lire des rapports récents préconisant la création d'une zone d'intimité à l'intérieur des cellules. Zone d'intimité, où le gardé à vue ne peut... être vu.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 01 septembre 2008 à 09:41
Il est vrai que l'on oublie trop souvent que ceux qui sont en prison, après condamnation, en sont tout de même un peu responsables.
Mais quid de ceux qui attendent, des années quelquefois, leur jugement.
La séparation des uns et des autres est un devoir de justice.
Rédigé par : mike | 01 septembre 2008 à 09:37
Dans mon commentaire précédent, j'ai oublié de préciser un point qui me semble intéressant.
Il me semblait dans le reportage que le "prisonnier" était un récidiviste (circonstance aggravée pourrait-on me rétorquer). Il mentionnait - je crois - que c'était sa cinquième condamnation.
D'où la triple erreur de Mme Dati, dont la phrase relève simultanément de l'incantation, de l'utopie (le prisonnier a beau se tenir bien, c'est trop tard. au mieux pour la prochaine fois...), et de l'aveuglement, puisque, malgré les conditions déplorables, cela ne l'empêche pas de commettre des faits délictueux (et qui donc interroge la vision de la prison que semble avoir Mme Dati).
A rapprocher de sa phrase “personne n'est en prison par hasard”, qui ne nécessite même pas de commentaire.
A titre personnel, et sans être spécialiste de la question, je suis contre le recours accru à l'emprisonnement. Mais puisque les gouvernants actuels, élus démocratiquement, choisissent une politique plus répressive, se traduisant par une augmentation du nombre de détenus, il faut assumer cette politique et le coût associé dans le respect des droits individuels.
Merci en tous cas de susciter le débat.
Rédigé par : ElDesdichado | 01 septembre 2008 à 09:31
Enfin il y a un juste milieu. Vous semblez approuver la double peine carcérale qui consiste à enfoncer davantage le détenu dans sa culpabilité. L'enfermement n'est pas un luxe pour celui qui a péché, et évidemment il y a de tout en prison, et si vous prenez la peine d'écouter les récits d'anciens détenus, nul besoin d'entrer dans un leurre compassionnel, les faits sont là, la réalité crue que peu veulent voir fait tressaillir. Imaginez un seul instant, du jour au lendemain, votre toilette transporté au milieu de votre salon près du téléviseur, chacun s'accommodant bon gré mal gré à se soulager en public. Et la suite portant sur les défoulements sexuels, les détenus n'ont pas une Miss Meteo déjantée à disposition, aussi les plus faibles sont à la merci des plus tordus.
Votre garde des Sceaux n'a-t-elle pas échappé à la violence des grands frères pour arriver à son poste tant convoité de mannequin vedette Dior pour la magistrature ? Et sans nul doute tout son parcours est inscrit par la compassion d'hommes d'influence (Lagardère, Bouygues, Bolloré, Sarkozy, Chalendon) qui ont donné du temps et de l'argent à une Cosette aux dents longues pour l'aider à s'en sortir et s'offrir des appartements dorés sans souffrir de proximité dans un foyer social pour fuir un ancien époux du bled devenu encombrant pour sa carrière.
Rédigé par : SR | 01 septembre 2008 à 09:07
Le rapprochement fait par "el desdichado" (le veuf, l'inconsolé, dont la tour est manifestement abolie en même temps que la raison), entre un prisonnier et un ouvrier est non seulement scandaleuse mais stupide. On n'a pas toujours le choix des études qu'on fait, on a toujours le choix de violer ou non la loi commune.
Je travaille quotidiennement avec des délinquants mineurs, et mon travail consiste (me semble-t-il) à leur faire entendre qu'il n'y a pas de fatalité dans la nuisance à autrui. Rapprocher systématiquement délinquance et "CSP moins" est une insulte à ceux qui sont pauvres mais respectent la loi.
Les humanistes en chambre qui croient défendre ainsi la "dignité" des délinquants, ne font que montrer le mépris qu'ils ont pour la classe ouvrière.
Rédigé par : Erig le Brun de La Bouëxière | 01 septembre 2008 à 09:00
Je partage l'avis du commentateur "ElDesdichado" : la prison, c'est la privation de la liberté pas l'humiliation au quotidien (cela n'engage que moi, bien sûr, quoique)
Le titre de votre billet m'a fait pensé à un film avec Fernandel, un hasard ?
Bonjour chez vous
Rédigé par : Jean Meyran | 01 septembre 2008 à 08:59
Bonjour,
Pour une fois, que RD n'est pas votre tête de turc...
Néanmoins, je vais abonder dans le sens contraire de votre argument : dire ce qu'elle a dit à des détenus alors que la France est remarquablement critiquée par les organes européens de droits de l'homme, cela me semble choquant.
Certes, elle a du caractère, mais je ne crois pas que la prison - généralement méritée, je le concède - soit censée faire vivre des gens dans des conditions de vie déplorables.
Cordialement.
sa
Rédigé par : stéphane augendre | 01 septembre 2008 à 08:50
Bien que souvent séduit par votre blog, je ne peux pas être d'accord avec vos propos.
Cette phrase, je l'ai également notée lorsque je l'ai entendue (sur France Info je crois), mais avec bien moins de mansuétude que vous.
Le débat n'est pas dans le fait d'offrir ou non un confort aux prisonniers, mais bien de respecter leurs droits fondamentaux.
Dirait-on à un ouvrier qui verrait ses droits bafoués par un patron indélicat (il y en a aussi...) : "tu n'avais qu'à faire des études, l'usine ce n'est pas le Club Med."
Dirait-on aux détenus de Guantanamo : "si tu ne veux pas être enchaîné en plein soleil, tu n'avais qu'à pas être capturé en mauvaise compagnie ?"
Non, vraiment, cette petite phrase n'est pas digne d'un ministre de la Justice.
Vous y donnez avec votre habilité habituelle un sens qu'elle n'a pas : vous faites de la morale alors que Mme Dati fait de la communication. J'aurais pensé que vous le relèveriez aussi...
Rédigé par : ElDesdichado | 01 septembre 2008 à 01:05