Par qui un crime est-il commis ?
Un expert, le Docteur Frédéric Meunier, a rappelé dans le Parisien que moins de 0,5% des criminels étaient déclarés irresponsables et, en même temps, dans le Monde, un psychiatre et un photographe dénoncent l'amalgame systématique qui serait fait entre schizophrénie et criminalité.
En réalité, m'interrogeant sur les causes de ce constat et de cette critique, je me demande d'abord s'il n'y a pas une impossibilité, pour l'esprit humain, à accepter la donnée d'une humanité qui pourrait être criminelle sans être une autre. Cette volonté sourde ou ostensible de situer le criminel de l'autre côté de nous-mêmes reflète la peur, voire l'angoisse que nous éprouverions à devoir le sentir si près, trop près de nous. D'où l'absurdité de ces grands procès où parfois l'accusation, devant des crimes à répétition et un accusé déclaré responsable, renvoie ce dernier dans un lieu inconnu des êtres raisonnables et "normaux" - dans l'effroi d'une magie et d'une sorcellerie qui ne peuvent qu'échapper à notre entendement. Il serait trop terrible de nous avouer que l'homme dans le box nous ressemble mais que seule l'immensité de son crime l'éloigne de nous. La familiarité inévitable d'une part et la répugnance forte d'autre part, conduisent des jurys à la découverte d'une complexité que rien, dans la banalité des choses et des occupations, ne pouvait leur laisser pressentir. Le criminel et son crime obligent même les esprits les plus simples à s'enrichir, le temps d'une session, au moins d'un fragment de nuit.
Ce dégoût à concevoir pourtant une inéluctable fraternité humaine avec l'auteur d'un crime est d'autant plus facile à ressentir que le bon sens et l'expérience judiciaire montrent que dans l'action criminelle, en tout cas dans cet infime suspens entre l'abstention et l'accomplissement, une personne, à l'évidence, se métamorphose, change de peau et de résolution, quitte les terres de l'existence sans trouble pour s'enfermer, dans la seconde, dans le trouble de l'existence. Dans une solitude qui, délestée de tout ce qui était susceptible d'amarrer le futur criminel à une quotidienneté rassurante, le projette au contraire dans un inconnu où il va se retrouver - dira-t-il souvent après - en face de quelqu'un qu'il ne reconnaîtra pas comme étant lui-même. Cette confusion, relevant quelquefois d'une argumentation tactique - ce n'et pas moi, ce ne peut pas être moi ! -, semble aussi consubstantielle à cette si courte phase où on devient un autre pour tuer, où je est clairement un autre pour reprendre Rimbaud.
On perçoit alors mieux pourquoi ce clivage obligatoire entre l'homme d'avant et le crime d'après va volontiers se nourrir à des sources psychiatriques qui généralement se fondent en effet sur la schizophrénie pour donner un tour scientifique à un déréglement humain. Cela explique aussi le très faible nombre d'irresponsabilités déclarées puisqu'il ne suffit pas de commettre un crime pour franchir la frontière entre normalité (le terme mériterait d'être précisé) et maladie mentale. On n'est pas soi-même quand on commet le pire mais on n'est pas nécessairement psychiatriquement atteint pour cela.
Un crime, deux hommes. Le vertige des profondeurs et des obscurités. Certes, on pourra opposer des équilibres s'abandonnant au crime par une sorte de maîtrise supérieure, dans une continuation sans heurt ni rupture - le signe, peut-être, d'un dysfonctionnement intime gravissime et enfoui ? - ou des délires de la vie quotidienne accouchant, par une logique erratique, de crimes qu'ils portent en eux depuis longtemps (et c'est sans doute Stéphane Moitoiret).
Mais pour les autres, pour tous les autres criminels ? La nuit succède au jour en une seconde. Ce qui les distingue de nous, c'est que sans doute le crime apparaît trop vite comme un recours, pour une solution, quand pour notre humanité raisonnable il ne l'est jamais, le passage à l'acte étant toujours rejeté dans les limbes.
C'est nous et ce n'est pas nous. D'où, devant le criminel, cette reconnaissance et cette stupéfaction, cet accablement - de quoi l'humain est-il capable ? - et cette indignation - quelle honte !
Claire, qui est impoli ? Celui qui prie inlassablement, d'abord avec courtoisie puis, forcément, de moins en moins, que les commentaires ne soient pas des cours magistraux d'une longueur exténuante ? Ou celle qui s'installe dans le blog d'un autre pour s'y étaler sans limite et sans égard pour ceux qui, timidement, espèrent placer un avis entre deux logorrhées ?
Je ne comprends pas cette désinvolture. Songez-vous aux lecteurs de ce blog qui, voyant la longueur d'un seul pseudo-commentaire, n'en pouvant plus de faire défiler le pensum, renoncent et ne lisent pas les commentaires plus courts mais qui ont le malheur de se retrouver derrière le rouleau compresseur ? Trouvez-vous cela correct ?
Si Catherine Jacob a tant à dire sur les étymologies comparées, bon sang, qu'elle ouvre un blog où ses lecteurs (dont je serais peut-être pourquoi pas) pourront se rassasier de ses compilations à tiroirs. Elle y sera libre d'en faire des tonnes et de citer in extenso tous les articles de dictionnaires qu'elle souhaitera, puisqu'elle sera chez elle. Ce qui n'est pas le cas ici.
Un commentaire, c'est un commentaire, pas une révision du bac. Et la concision est également une qualité éminente et rare.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 20 août 2008 à 04:00
Contrairement au point de vue exprimé par un internaute impoli, moi j'aime beaucoup lire Catherine Jacob. Je trouve que c'est un esprit très original, et qui raisonne bien : ce sont des qualités éminentes et rares.
J'en profite aussi pour dire que j'apprécie les réflexions de Aïssa, même si je trouve qu'il les exprime parfois de façon trop tranchée ou abrupte ; mais c'est sans doute aussi pour cela qu'il est intéressant à lire.
Rédigé par : Claire | 19 août 2008 à 18:38
"dans le Monde, un psychiatre et un photographe dénoncent l'amalgame systématique qui serait fait entre schizophrénie et criminalité."
1- La schizophrénie n'est pas la seule maladie psychiatrique à engendrer un trouble du rapport au monde extérieur.
2- ça fait très longtemps qu'on sait très bien que seul un infime pourcentage de ces malheureux exilés d'eux-mêmes se rend dans les faits, coupable de meurtre. Toutefois, dans leur cas, à la répulsion qu'inspire le criminel en soi, s'ajoute l'anxiété que provoque l'état dans lequel se trouve celui qu'on qualifie de "dépossédé de lui-même", ce qui donc va redoubler et le mot est faible, la première, et mettra l'opinion publique à la merci de toutes sortes de manipulations retorses, nuisibles et dommageables à tous !
Du moins c'est mon avis, et depuis longtemps.
Mais que faire hélas, quand celui qui tente de nager à contre-courant se voit derechef assimilé à un danger public number one !
@Jean-Marie
"la question de la responsabilité dont on voit qu'elle est insuffisamment tranchée pour permettre à l'esprit d'être paisible en ces certitudes."
Le véritable progrès en toutes sciences, y compris et surtout humaines, est rarement issu de certitudes a priori. Ex. Si vous vous reposez sur la géométrie euclidienne vous vous situez dans le droit fil de ceux qui n'ont jamais remis en cause sa validité et la considère comme l'archétype du raisonnement logico-déductif. Or la géométrie euclidienne n'est pas le tout de la géométrie, mais seulement celle du monde telle qu'elle le crée. Or, de même qu'il existe des énergies alternatives, il existe des géométries alternatives mais à propos desquelles il semblerait que les idées reçues soient également légion. Posez donc la question à Anselme Lanturlu, héros de la BD Le géometricon ou le règne des espaces courbes (voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anselme_Lanturlu )
Exemple plus sérieux avec Poincaré, mathématicien, physicien et philosophe lorrain :
"Chez Poincaré, l'espace représentatif se manifeste sous une triple forme : l'espace visuel pur, l'espace tactile, l'espace moteur.
Les caractéristiques de l'espace représentatif sont les suivantes :
Il n'est ni homogène, ni isotrope, on ne peut même pas dire qu'il ait trois dimensions.
Pour Poincaré, nos représentations ne sont que la reproduction de nos sensations (visuelles, tactiles, motrices). Nous ne nous représentons donc pas les corps extérieurs dans l'espace géométrique (continu, infini, homogène, isotrope, à trois dimensions), mais nous raisonnons sur ces corps, comme s'ils étaient situés dans l'espace géométrique.
Il nous est aussi impossible de nous représenter les corps extérieurs dans l'espace géométrique qu'il est impossible à un peintre de peindre, sur un tableau plan, des objets avec leurs trois dimensions." (Source Wiki)
Je pense pour ma part que savoir notamment qu'il n'existe pas qu'une géométrie, l'euclidienne, pourrait être bénéfique à la conception du monde qui d'une façon générale meut la Justice, vu que cela l'inciterait également elle-même à approfondir toute réflexion y compris celle qui l'amènerait au bout du compte à se mettre elle-même en doute !
Rédigé par : Catherine JACOB | 19 août 2008 à 12:06
Ca y est, Catherine Jacob-Philaminte nous fait une rechute... Qu'est-ce que c'est pénible cette cuistre incontinence.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 19 août 2008 à 11:18
Par qui un crime (meurtre, je suppose) est-il commis ? Mais par tous, cher PB. C'est cela qui nous est insupportable à mesure que la raison nous gagne. Le meurtre est consubstantiel à l'homme. Il ne fut pas une minute dans l'Histoire humaine où un homme n'en tua un autre. Ainsi, c'est toute l'Humanité qui est impliquée, de toujours, juge et accusée à la fois. Juge (la raison) ; accusée (la nature). Jugeant et s'accusant. Encore une fois, on retrouve dans votre billet la réponse à votre questionnement: schizophrénie. Dissociation. Le dégoût et la stupeur viennent de là : cet insupportable paradoxe qui nous fait tout entier. Il n'y a pas de coupable dans l'absolu ou alors l'humain, tout l'humain. "Si c'est un homme ...". Mais bien sûr que c'est un homme... C'est même l'Homme. "Je est un autre". Oui, c'est moi... Après, le reste, le tribunal, le discours, le jugement, la condamnation... tout n'est qu'artifices ; il faut bien continuer et vivre puisque c'est ainsi même si on demeure dans l'ignorance de ce dessein...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 18 août 2008 à 23:28
« Par qui un crime est-il commis ?
Un crime n'est-il que l'expression paroxystique, un jour, d'une personnalité ordinaire ou révèle-t-il l'irruption de quelqu'un d'autre, d'un étranger à soi-même ? »
Et si, pour le savoir, nous interrogions le langage.
Tout d’abord le français : « Par qui un crime est-il commis ? » mais par un « criminel » bien sûr !
Qu’est-ce qu’un criminel ? Mais le coupable d’un crime bien sûr ! Autrement dit celui qui a été reconnu tel ;
Qu’est-ce qu’un crime ? C’est là que la réponse devient intéressante vu qu’il est possible d’interroger de plusieurs manières plusieurs langages à plusieurs niveaux et de différents points de vue.
Le mot « crime » lui-même tel quel, nous vient du latin.
Je cite : « crīmen, n : apparenté à cernō, a dû d’abord signifier « ce qui sert à trier, décider », puis « décision » mais en passant par la langue du droit, crīmen s’est spécialisé dans le sens de « décision judiciaire », et « objet sur quoi doit porter la décision, grief, inculpation », souvent du reste avec une nuance péjorative : « fausse accusation, calomnie ». Puis l’accusation se confondant avec le crime (scelus) lui-même, crīmen a fini par désigner « le crime ». A perdu tout contact avec cernō. »
On a donc au départ, deux notions différentes :
1. Crimen : ce qui sert à trier, autrement dit avec un suffixe d’instrument, crībrum ( = le crible). (À la notion de « cribler », se rattache adj got. Hrains « pur » (all.: rein). Le sens de « séparer » demeure dans gall ; crip, crib : « peigne ».) Elle se rattache à une « racine *krei – inconnue à l’ indo-européen oriental, se trouve en grec, italique, celtique et germanique. »
2. Scelus : le fait de ne pas marcher droit, le faux pas. Le rapprochement avec sanscrit skhālati, « il fait un faux pas » est possible. Sachant nous autres modernes, rattachons le faux pas, le fait de trébucher au lapsus (de ‘lǎbō’ : tomber, s’affaisser, s’écrouler (sens physique et moral), qui peut servir à qualifier également un glissement qui n’est par forcément suivi de chute, comme celui d’un serpent, la marche d’un navire, le vol d’un oiseau, la course d’un astre, le cours des ans ; « Lapsus » a également, en tant que mot du latin, et non pas seulement terme technique du lexique analytique, un sens physique et moral dont la répétition est « lapsōsus » : glisser à plusieurs reprises, tomber sans cesse et dont l’impossibilité est « illaběfactus » : indestructible. Les rapprochements possibles que le linguistique déclare insatisfaisants mais que l’analyste pourrait juger intéressants sont got. « slepan » : dormir ; isl. « sláp » : homme ivre ; v.sl « slabǔ » : mou ; lit. « slōbti » : avoir une faiblesse (« La nuit succède au jour en une seconde. » dites vous) ; et en fin skr. « lámabte » : il penche, il pend, une idée que nous pourrions retrouver avec le français « broncher » : « faire un faux pas » en parlant d’un cheval et qui viendrait du français « pencher » (16ème) – Par voie de conséquence, ce qui tombe, c’est ce qui ne tient pas debout ou ne tient plus, par ex. le fruit mûr, c’est ce dont l’état de somnolence, manque de vigilance, porte à la chute, tout comme ce à quoi le relâchement de la tension du refoulé offre une soupape ( de anc. franç. 'Souspape' : coup sous le menton, qui peut faire notamment qu’on se ‘morde la langue’. Bref.).
Dans la langue familière, scelus a également pour sens : vaurien , scélérat (c’est donc un terme d’injure) – on trouve aussi le sens de « malheur », « infortune », et un scelestus avec le sens de « malheureux », pour un sens premier de scelus : «mauvaise action, faute, crime ».
3. Avec scelus, le crime et le criminel sont liés à la notion de malheur et d’infortune qui veut qu’à un moment donné les conditions soient réunies pour que se produise une chute. Le faux pas c’est aussi celui que font ceux qui ne marchent pas droit, comme Œdipe par exemple, le célèbre « Pieds enflés » qui chute à la fois par destin = ça ne dépend pas de lui – et par ubris = ça dépend de lui – Ce qui ne dépend pas de lui c’est ce qui a été annoncé par l’oracle et qui s’inscrit dans le destin tragique de sa lignée, celle des labdacides, autrement dit encore celui de la lettre : labda ( = lambda) qui pourrait le faire admettre dans les « 0,5% de criminels déclarés irresponsables », et ce qui dépend de lui c’est d’insister quand on lui dit d’arrêter, autrement dit tout la problématique de ses rapports avec notamment Tirésias. Scelus apparaît donc quelque part lié au tragique de la destinée humaine qui veut que nous soyons à la fois responsables et conditionnés. Chez Œdipe ce destin qui s’accomplit aveuglement à son insu, celui que porte la malédiction au sens fort du terme, celui d’ Œdipe le fils, ajouté à l’aveuglement du comportement violent et orgueilleux d’ Œdipe, le roi, aboutit à ce qu’il se crève finalement lui-même les yeux – je laisse de côté l’interprétation psychanalytique pour m’en tenir à la force du seul récit des faits – puis s’en aille sur les chemins poudreux, proscrit, éternel exilé qui ne connaîtra plus de paix, appuyé sur Antigone, sa fille et sa sœur à la fois... !!
Ceci dit 'ne pas marcher droit' a fait, à certaines époques, l'objet d'interprétations assez effrayantes puisque par un moment en orient des boiteux étaient apparus comme des victimes sacrificielles par excellence, mais bon il fallait qu'ils soient également chamans!
Sachant que en français, 'ne pas broncher', donc ne pas 'faire de faux pas', c'est également 'ne pas manifester d'opposition', la question de l'interprétation n'est toujours pas anodine!!
On va donc retourner voir ce qui se passe du côté de la racine *krei, mais en passant d’abord par le grec qui distingue :
1. « κρῑμα (τὸ) : Le crime, en tant que
a. I- 1- objet d’une contestation, contestation, querelle –
b. 2 – jugement, décision judiciaire d’où condamnation, peine –
c. 3 – par ex. prescription, loi
II – action de juger
1. κρίνω : Le verbe rattaché :
I- séparer (l’épi et la barbe, les guerriers par tribus), se séparer –
i. 2- distinguer –
ii. 3 – choisir
II- décider, trancher , décider d’une contestation –
iii. au sens juridique : poursuivre en justice , accuser :
- ὁ κρίνων : l’accusateur ou le juge,
- ὁ κρινόμενος : l’accusé ;
- par suite, juger, condamner ou être condamné –2- décider, résoudre, expliquer, interpréter ἐνύπνιον : un songe, -3- juger, estimer, apprécier – 4- attribuer, adjuger , ê.jugé, avoir fait ses preuves ; juger c’est-à-dire faire entrer dans la phase décisive ou critique, vent qui souffle dans une direction déterminée- mettre en jugement, interroger, questionner, le disputer à, lutter contre; juger interpréter ; »
A la notion d’infortune, de faux pas, de tragique, se substitue une notion de crise qui implique qu’à un moment donné, il faut prendre une décision : la bonne si possible. L’homme n’est plus le jouet du destin qui l’a amené jusqu’au moment où tout est joué, il en reste le maître, celui qui est capable de nous dit également le latin :
1. Cernō : trier , passer au crible
Distinguer par les sens et l’esprit entre différents objets et par affaiblissement : voir
- choisir entre différentes solutions, ou différents projets, d’où « décider ».
- dēcernō: décider de, décréter, voter – dēcrētum : « décision, décret » en philo traduit le grec δόγμα, ce qui paraît bon, opinion, puis donc « doctrine ».
- dis-cernō : séparer en triant, discerner –
- discrīmen : « raie » dans la chevelure et « diaphragme » - toute espèce d’intervalle ou de séparation : de là « signe distinctif, différence » et « dissentiment »
- « fait de trancher un différend », « jugement décisif » et » moment décisif et périlleux »
- « discerniculum » : épingle à cheveux des matrones romaines
- (égl. Discrētus : qui sait discerner » )
Par conséquent, l’accusé apparaît aussi quelque part comme celui qui aura failli à discerner, par exemple entre le bien et le mal, ce que son accusateur, de même racine linguistique, va lui apprendre? notamment en le faisant condamner, mais pour autant qu’il soit admis qu’il ait été doté d’un discernement estimé suffisant, et discernement dont l’absence n’a cependant rien à voir avec l’aveuglement dont il a été précédemment question : autrement dit pour autant qu’il ait été considéré apte à discerner les signes ( ex. ceux du code de la route) ; à faire la différence entre ce qui admis dans la culture de référence et ce qui ne l’est pas ( ex : excision) ; l’âge du discernement pénal étant ici de treize ans.
« Par qui donc le crime est-il commis ? » demandiez-vous.
Vu que les sociétés antiques admettent QUE le tabou aussi doit avoir été connu pour donner lieu à transgression, j’aurais tendance à répondre : peut-être par celui qui franchit délibérément le Rubicon!
Il y a tout un questionnement nouveau à partir de là je pense, par ex. Qu'est-ce qui pousse à franchir le Rubicon (= Rubico, un homonyme de Rǔbǐco : faire rougir, de rǔbǐa : la garance)? etc. Mais bon ça suffit pour cette fois-ci.
Rédigé par : Catherine JACOB | 18 août 2008 à 19:32
Voici bien un de vos thèmes chers, trop présent dans vos notes pour ne pas révéler chez vous cette "tentation de l'ombre", ce désir de sonder l'humain dans ses abysses. Et il faut rapprocher cela de vos notes encore récentes sur la sublimation de la lumière, sur les ressorts, là encore extrêmes, qui propulsent un individu vers un sommet inatteignable au commun. Alain Bernard et Landru dans les mêmes excès. De l'Enfer et du Paradis de Dante, vous ne retenez que les extrémités des deux spirales, conscient que l'extrême beauté s'équilibre dans l'extrême laideur, sans jamais sortir ni l'une ni l'autre du périmètre humain, fut-il nietzschéen.
En ce moment, à Pékin, c'est le cyclisme sur piste. Votre note m'évoque cette image de la schizophrénie ordinaire : l'ange et le démon se mesurent, parfois en sur-place, l'un passe devant puis repasse tactiquement derrière, le rythme s'accélère, la cloche sonne, et dans le sprint final, l'ange et le démon ne sont distants que d'un centième de seconde.
A vous lire, je comprends qu'il y a deux manières d'être dans la mesure : dans la passivité totale, immobile au centre parce que pas un zéphyr, encore moins de passion, ne vient effleurer le tranquille équilibre. Et puis, l'autre manière, l'écartèlement des forces contraires qui ne parviennent pas à rompre l'équilibre contraint, forcé et douloureux.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 18 août 2008 à 17:00
Je vous remercie pour cette mise en perspective de la question de la responsabilité dont on voit qu'elle est insuffisamment tranchée pour permettre à l'esprit d'être paisible en ces certitudes.
Claude Roy traitant de la responsabilité des militants dans leur soutien au stalinisme -il parle en connaisseur et de l'intérieur- dit me semble-t-il : nous étions possédés, mais nous étions responsables, car même si dans l'instant nous n'avions plus de vrai libre arbitre, à un moment dans le passé nous avions choisi en connaissance de cause.
Cette conception de la responsabilité qui renvoie la décision instantanée à une série de décisions successives me semble l'éclairer, bien sûr sans résoudre totalement la question, notamment celle ayant trait à la maladie psychiatrique : sur cette question si perturbante, il faudrait aussi que soit mieux clarifiée le débat entre le refus de traitement et le traitement imposé et peut-être là aussi mise en évidence une zone grise entre deux où l'offre du traitement est suffisamment ferme sans être imposée ?
Rédigé par : Jean-Marie | 18 août 2008 à 16:33