Mais encore faut-il que l'honnêteté préside à la relation de l'histoire et qu'on ne nous impose pas un point de vue très éloigné de la réalité, pour remettre au goût du jour, avec trente-huit années de retard, une démagogie et une haine de classe dont les effets dévastateurs à l'époque auraient du détourner quiconque d'y revenir.
Le Parisien - un billet de Dominique Dhombres dans le Monde va dans le même sens - résume ce climat en soulignant que "la télé prend parti à Bruay-en-Artois". Le producteur Jean-Pierre Guérin ne dément pas puisqu'il admet sans barguigner avoir pris "le point de vue du juge" et avoir "tendance à penser qu'il avait raison".
Passent donc à la trappe les multiples péripéties procédurales qui, à leur aboutissement, ont mis le notaire Leroy hors de cause pour ce crime commis en 1972 et dont la jeune victime était Brigitte Dewevre. Sont également occultées les fortes suspicions qui ont pesé sur un mineur certes relaxé à deux reprises. A son sujet, on peut tout de même estimer que si les parents Dewevre, leurs proches et leur environnement n'avaient pas, avec un étrange acharnement, refusé la simple idée de sa culpabilité, nous n'aurions pas été confrontés à ce vide judiciaire d'autant plus que les mêmes, auxquels il convient d'ajouter quelques intellectuels égarés, avaient, de manière scandaleuse, favorisé un véritable lynchage médiatique à l'encontre de cet "ennemi de classe", ce notable, ce "forcément coupable" qu'était le notaire avec son visage antipathique et sa vie prétendument secrète.
Je me souviens. J'étais âgé de vingt-neuf ans lors de la mort de Brigitte et me trouvais à Lille où j'occupais mon premier poste. Le juge Pascal, lui, s'illustrait, si j'ose dire, à Béthune. Les journalistes étaient déchaînés. Ils satisfaisaient leur besoin de croire que les salauds se tenaient nécessairement du côté confortable et officiel de la vie. Et ils disposaient d'un magistrat qui ne rêvait, sur le tard, que d'ouvrir une nouvelle page de la justice : une justice à ciel ouvert qui, à défaut d'éclairer les modalités du meurtre et de déterminer les responsabilités, mettrait le juge en pleine lumière, tout frétillant de se sentir ainsi au centre de tout, parlant sans cesse, théorisant à perte de vue. Comme il fallait, pour lui, que Leroy fût coupable et qu'il ne l'était pas, le magistrat faisait diversion en tentant de regagner sur le plan de la communication ce qu'il perdait dans sa mission d'instruire. Au demeurant, excellent homme volubile et décousu que j'avais rencontré lors d'un congrès syndical à Béthune. Il n'en revenait pas de sa gloire d'un moment et semblait de plus en plus déçu à l'idée qu'une administration digne de la justice devrait avoir pour conséquence son propre effacement. Etre contraint de quitter le soleil éclatant pour rentrer, sans le désirer, dans l'ombre, exige un caractère trempé. Il ne me semble pas que c'était le sien.
Mais je me souviens encore. Une justice politique où il convenait de clouer au pilori les patrons, les notaires, les riches, les présumés coupables. Des gauchistes, à la Cause du peuple et à l'agence Libération, redoutables justiciers expéditifs - notamment, Serge July et Philippe Gavi faiblement désavoués par Jean-Paul Sartre -, venaient souffler sur la braise de l'injustice et stimuler un mouvement qui aurait dû faire honte à la démocratie dont ces personnalités, il est vrai, se souciaient fort peu. Aujourd'hui, c'est à rire mais hier, c'était à pleurer. Pour July, Leroy était coupable parce qu'il mangeait de la viande chaque jour et pour Gavi, le criminel ne pouvait être qu'un "bourgeois". Je trouve qu'on oublie trop vite ce qui a façonné quelques-unes de nos "grandes" consciences actuelles. Les leçons qu'elles donnent suivent les aberrations qu'elles ont formulées. Cette décence qui consiste à ne jamais opposer à l'arrogance d'aujourd'hui ses pensées ineptes d'hier mériterait, parfois, d'être battue en brèche.
Alors convenait-il vraiment, pour "une fiction de prestige", de présenter une telle vision où l'innocence reconnue était bafouée parce que cela ne coûtait plus rien et qui renouait avec la pratique d'un juge et une ébullition sociale, politique et médiatique qui n'avaient pas fait honneur à l'esprit républicain ? A-t-on le droit de jouer ainsi aux dés avec la réputation des personnes et d'imaginer, au petit malheur la chance, ce qui favorise plus les fantasmes des responsables du film qu'une meilleure connaissance de cette affaire qu'il vaudrait mieux oublier ? Triste paradoxe que de provoquer la société et la justice présentes en faisant remonter de loin, pour le promouvoir, un désastre !
Il y a tout de même une justice. Celle de l'audimat. Il n'y a pas eu foule pour regarder cette oeuvre, en dépit de deux excellents acteurs. C'est bon de savoir que même à la télévision, on ne peut pas tout se permettre.
Comme beaucoup j'ai admiré un temps ce juge qui osait s'attaquer aux puissants et que je ne connaissais qu'à travers la radio et les journaux. Le petit juge et le salopard c'était tentant, séduisant. Quelques années plus tard je l'ai rencontré plusieurs fois, pendant mes études à Lille. Et j'ai découvert, atterrée, que Zorro n'était qu'un exalté, embarqué dans un tourbillon médiatique qui lui avait quelque peu fait perdre les pédales. Bruay c'était la croisade de sa vie et son bâton de maréchal ; je me demande encore comment ceux qui l'ont côtoyé pendant l'instruction de cette affaire n'ont pas pris la mesure de son caractère pour le moins, comment dire, fantasque, imprévisible, étrange. Comment ont-ils pu un seul tout petit instant lui faire confiance ? A ce jour je n'ai toujours pas trouvé la réponse. Dans cette terrible affaire cela reste pour moi un des msytères les plus troublants.
Rédigé par : catherine A. | 30 septembre 2008 à 15:04
@Daniel Ciccia
J'ai écrit spontanément ce commentaire mais les vôtres précédents m'ont interpellé. Imaginez que vous ayez une fortune personnelle élevée à, mettons, 50 milliards dollars. C'est plus qu'il n'en faudrait pour vous bien vivre, n'est-ce pas? Même 10 milliards dollars suffiraient amplement. Même un milliard dollars serait encore plus qu'il ne vous en faudrait et que vous ne pourriez dépenser en une vie ... Ainsi, riche de 50 milliards dollars, je puis raisonnablement -et quiconque sensé, le penser avec moi- que si vous vous défaisiez volontairement de 49 milliards dollars, cela ne vous ruinerait certainement pas ... Prenez maintenant les vingt plus grosses fortunes personnelles américaines (Etats-Unis) recensées par le sérieux magazine Forbes ... Croyez-vous qu'il leur viendrait à l'idée, maintenant, pour sauver leur pays de la débâcle financière, économique et la misère populaire intolérable qui s'en suivra chez eux puis de par le monde l'aggravant davantage, de faire tout simplement don à leur gouvernement -à leur nation, en fait, leur concitoyen puis les citoyens du monde- de leur fortune à concurrence de un seul milliard dollars qu'ils conserveraient chacun? A chacun, il resterait donc un milliard dollars et cela -enfin, je veux le croire- ne modifierait en rien leur train de vie ... Cependant, ces 700 milliards dollars que le gouvernement américain peine à réunir pour sauver l'économie de son pays, seraient trouvés et sans que cela n'aurait en rien davantage appauvri le peuple américain, bien au contraire, ni obéré plus gravement encore l'avenir économique du monde ... Vous comprenez ce que je veux dire? Il en est ainsi partout dans le monde et cela va en s'accentuant. Le billet de PB quant au film "Entre les murs", je puis y répondre déjà et ici par cette interrogation que je formule à la place de ces élèves (ceux de chez nous comme ceux d'ailleurs) qui se voient ainsi incompris voire vilipendés pour leurs attitudes et leur comportement: "Pourquoi? Oui, pourquoi? Est-on pire que les autres, ces autres?" Ils sont fondés à le dire. "Et pour quel monde veut-on nous inculquer ces valeurs, ces "valeurs"? Pour ça? Mais c'est de la merde, ce monde est de la merde; alors, laissez-nous vivre et rêver comme on l'entend, même si cela déplaît, vous déplaît; cela ne sera jamais pire que les exemples que l'on nous donne, que vous nous donnez ...". Il y a deux choses cardinales en cette vie: Le monde réel et l'espoir de ce monde. La seconde est la plus merveilleuse des choses pour un enfant comme pour un adulte. Elle est précieuse, paisible, magnifique jusqu'à la toute dernière seconde qui finit toujours d'arriver ... Après, oui après, sans transition, c'est le monde, le nôtre, le leur aussi ...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 29 septembre 2008 à 21:35
@Catherine Jacob,
Je ne vous permets pas de vous amuser ainsi à me traiter de "Petiot" et de surcroît de faire référence au docteur. Je trouve la liberté que vous prenez très douteuse. On peut ergoter sur beaucoup de choses mais la manière de dialoguer, le respect que l'on a, révèlent qui l'on est.
Vous êtes comme un moulin à parole raccordé directement à wikipedia. Pu Yi, vous avez raison, mais je n'ai pas utilisé votre source favorite pour vérifier l'orthographe.
On peut débiter un discours, ce n'est pas une expression impropre.
Quant au précepteur, il ne fait pas l'enfant roi. Vous faites une extrapolation. J'évoque la transmission du savoir et l'édification de l'élève.
Je me suis sans doute mal exprimé si j'ai été mal compris.
Rédigé par : daniel ciccia | 29 septembre 2008 à 18:38
Fait divers revisité
L’affaire de Bruay-en-Artois revisitée par les scénaristes de TF1 ne me surprend pas, c’était attendu.
J’étais plus jeune au moment des faits et je suivais comme beaucoup le cheminement de cette sordide affaire dont les rebondissements étaient distillés au quotidien par des médias déterminés à orienter les conclusions générales de l’enquête.
Le téléfilm de TF1 aux incontestables qualités esthétiques et servi par deux brillants acteurs procédait bien entendu de la même supercherie.
Cette manipulation, on la retrouve d’ailleurs à chaque exhumation télévisée d’une affaire judiciaire.
L’observateur attentif aura remarqué que ces fictions, qui s’inspirent d’histoires imaginaires ou bien de faits divers ayant défrayé la chronique, sont généralement orientées en accusant prioritairement les représentants de l’ordre social alors qu’elles exonèrent le prolétaire ou les minorités visibles.
Le contenu du scénario doit d’ailleurs obéir à un cahier des charges idéologiquement très formaté, très abouti, auquel les scénaristes des grandes chaînes de télévision se rallient par intuition, nécessité ou bien calcul.
Quels que soient les procédés de désinformation utilisés, il faut amener le téléspectateur à conclure à l’injustice de classe et ainsi à focaliser et orienter sa révolte.
C’est consubstantiel à ces évocations judiciaires mais plus généralement aux fictions françaises. Ce façonnage est récurrent, il perdure depuis 40 ans.
Les scénarios collectionnent d’ailleurs un florilège de situations toutes plus caricaturales les unes que les autres, il suffit de regarder nos chaînes habituelles, les noms des séries et téléfilms viendront rapidement à l’esprit de chacun.
A force d’abuser du procédé, ces exagérations rendent illisibles la transcription de la criminalité en France. Nos concitoyens n’y reconnaissent pas le quotidien de leur actualité, en réponse, cela aboutit au résultat électoral du 22 avril 2002.
Une France qui s'affiche multiraciale doit pouvoir répercuter dans ses fictions télévisées ou cinématographiques des situations équilibrées.
Aux Etats-Unis, les castings sont courageux, ils mettent en scène les différentes communautés en prenant soin de répartir équitablement victimes et criminels sans complaisance ni ménagement ethnique.
La France n’y parvient pas, nous sommes devenus une société compassionnelle qui devra, jusqu’à la nuit des temps, expier son passé colonial avant de pouvoir conclure sa révolution.
Notre histoire est instrumentalisée à dessein, les salves malveillantes sont quotidiennes. Il n’existe toujours pas de réplique médiatique possible.
L’affaire de Bruay-en-Artois, comme bien d’autres, reste corrompue par cette dérive idéologique.
Commentant l’affaire du petit Grégory Villemin, Marguerite Duras disait de la mère de l’enfant (qu'elle croyait coupable) qu’elle était sublime, forcément sublime !
La paraphrasant, je redoute que la vindicte populaire continue longtemps encore d’affirmer à propos du Notaire qu’il était coupable, forcément coupable !
Jean-Michel RUDEAU
Rédigé par : Jean-Michel RUDEAU | 29 septembre 2008 à 17:49
Imaginons que monsieur Bilger préside un collège formé de ses plus talentueux commentateurs et que cet aréopage soit en charge, ponctuellement, de la programmation sur TF1.
Imaginons que deux possibilités se présentent :
- soit on diffuse le téléfilm sur Bruay suivi d'un débat passionnant où ces mêmes esprits feront assaut de culture, d'humanisme, d'érudition parfois absconse sinon pédante... mais qui ne sera suivi que par ceux qui peuvent encore bloguer à deux heures du matin,
- soit on débat avant de montrer le film avec comme ambition d'aider ceux à qui manque "la troisième oreille" dans la compréhension de toutes les subtilités recensées, juridiques, sociales, culturelles, psychanalytiques...
Dans le premier cas, les dépositaires de la puissance dialectique - qui en vaut bien une autre - assoient leurs positions dans le monde qu'ils dénoncent, dans le second ils tentent avec un espoir fou d'en infléchir l'inexorable marche au risque d'un suicide économique garanti.
La vie ne donne pas souvent l'occasion de rencontrer des "puissants" disposés à lâcher un peu d'emprise sur la réalité qui est la leur, par contre les exemples ne manquent pas d'individus issus de "l'enfer" qui se vengent dès qu'ils le peuvent sur plus malchanceux.
Pour quelqu’un qui aurait cette "troisième oreille" dont parle madame l'Encyclopédie Vivante, dites-moi si l'entorse éthique est plus ou moins blâmable que la vindicte ignorante sur laquelle on débat.
Peut-être suis-je à côté de la plaque, mais cette interrogation au raz du vulgaire m'est inspirée par le vertige qu'ouvrent vos propos bien plus que par ma volonté d'en contester le bien-fondé, ce dont je serais tout à fait incapable.
Pour leur richesse en tous cas, merci à tous et Merci monsieur Bilger.
Rédigé par : Denis Ducroz | 29 septembre 2008 à 17:18
@daniel ciccia |
"Nonobstant le "jeu" sur mon patronyme, qui ne s'impose pas et auquel je ne me livre jamais,"
Je vous prie de m'en excuser, je ne pensais pas à mal, j'ai juste trouvé amusant que prononcé ainsi votre nom signifie 'petiot' en japonais, par ex.comme le fameux Dr.
"je trouve assez curieux que vous débitiez"
- Je ne suis pas bûcheron, et même s'il m'arrive de 'scier du bois'!, je n'en débite pas pour autant des stères!!
"une telle démonstration d'érudition"
Il ne s'agit pas de vaine érudition, mais d'assises à une démonstration qui dès lors dûment documentée courra moins de risques d'être infondée, arbitraire et prétexte à développements fantasmatiques et fantasmagoriques ainsi que et quitte à donner, ce qui m'arrive rarement, dans le néologisme, fantasmalogorrhéeiques!
"pour convenir que les choses ne sont pas simples et que j'ai raison "de souligner qu'il convient de bien réfléchir avant de produire des conclusions à l'emporte-pièce".
J'imagine qu'il n'y a aucune ironie dans votre conclusion."
- A dire vrai, oui et non. Non parce que je le pense fondamentalement et oui en tant que rappel un peu pesant sans doute d'une quasi lapalissade.
"Chacun a vu "Le dernier empereur" avec un Peter O'Toole excellentissime en précepteur de Pu Yu (me semble-t-il). "
Puyi (溥儀, pǔyí) mais appelé également Xuantong en fait, si l'on en croit Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pu_Yi
placé à la tête du Manzhouguo, sous le nom d'empereur Kangde, en 1934.
"Le jour où chaque professeur, instituteur, parent, s'adressera à l'enfant qu'il doit enseigner comme si cet enfant allait avoir à gouverner le monde un jour, ce jour-là, l'humanité aura fait un progrès extraordinaire."
Hum! L'enfant roi! Je ne sais pas. Certains parents ne s'en font pas faute qui en regrettent ensuite amèrement les résultats!
Pauvre petit garçonnet de trois ans, en tout cas que ce petit 溥儀, pǔyí de Pǔ(溥): Vaste à perte de vue, et Yí de (儀): la loi, arraché aux tendres bras maternels pour être confié à une nourrice qui lui accordera un accès à sa poitrine généreuse jusqu'à un âge très très tardif et dont il sera ensuite brutalement sevré par son chef eunuque.
J'ai vu deux fois ce film aux neuf oscars et je n'hésiterais pas à le voir une troisième, je pense, étant donné la reconstitution très très intéressante jusque dans les moindres détails de la Chine impériale en fin de règne ainsi que des débuts de la chine nationaliste puis de la république populaire de Chine.
Pour ce qui est du précepteur vous aurez noté je pense que c'est son témoignage qui a permis de remettre régulièrement en examen à l'intérieur de son camp de rééducation, le malheureux empereur déchu qui lui avait fait l'amitié de le considérer non seulement comme un maître mais comme un ami véritable, lui qui n'en avait point d'autres qu'une souris blanche et un grillon.
Cela serre le cœur de voir la malheureuse souris balancée contre le portail qui ouvre normalement sur la ville des humains rester obstinément et tragiquement refermé sur le fils du Ciel.
En revanche cela emplit le cœur d'une immense compassion que voir le garçonnet qui sommeillait toujours dans l'homme passé par les Bao daï aller rechercher derrière le trône dans, j'ai oublié le nom de la salle, la boîte où le grillon chante encore et l'offrir au fils du gardien du palais-musée.
"politique de civilisation".
Hum! J'ai entendu ce matin une excellente interview, vu que Sophie Davant est une excellente journaliste qui fait passer son métier avant la tentation du vedettariat, de l'un des experts psychiatres du procès Fourniret et je crois qu'avant de mettre en œuvre quelque 'politique de civilisation réductrice de l'homme aux fantasmes de sécurité prêtés aux citoyens responsables', que ce soit, il faudrait l'écouter attentivement.
J'imagine que l'ouvrage "L'énigme des tueurs en série" est à la hauteur!
Rédigé par : Catherine JACOB | 29 septembre 2008 à 13:12
@Jean-Dominique Reffait
Simplement sur le caractère charnière d'une époque, je souhaitais simplement verser à la réflexion ces quelques éléments :
D'abord à la fin du XXe siècle, la théorie de la fin de l'histoire de Fukuyama venant en contrepoint d'un Paul Valéry développant celle d'un "monde fini qui commence", me semble traduire une préoccupation partagée par le poète et l'historien, Francis Fukuyama même philosophe et économiste se place dans une perspective historique. François Furet lui aussi, participe également de ce mouvement de pensée, il me semble.
Il est trop tôt pour se prononcer sur notre temps, mais ces deux réflexions ont introduit une dimension inédite sur la question de la nature de l'histoire, de ses moteurs, de son déploiement.
Paradoxalement, au moment même où l'on est tenté de décréter la fin de l'histoire, le monde est entré dans une phase "considérable" de globalisation dans tous les domaines.
J'observe que l'histoire se réduit de plus en plus à l'histoire du progrès social et, je caricature un peu, si on veut bien accepter une idée historique, elle se confond, dans les pays développés, dans le maintien des avantages, d'un niveau de vie, etc. Le progrès social, c'est l'histoire. Le dessein commun, la transcendance, l'histoire avec un grand H, c'est une fiction. Le peuple, on sait ce que c'est. On se revendique de lui. La Nation, qui à mes yeux représente une transcendance collective, c'est une fiction.
Mais tout de même. Cette époque n'est peut-être pas charnière, mais elle a le potentiel pour l'être, à la façon de la Renaissance mais à une échelle beaucoup plus vaste parce que les découvertes et recherches que nous réalisons et qui portent la connaissance humaine, de l'adn au bozon de x, vers ses nouvelles frontières sont de nature à bouleverser radicalement notre culture.
Je n'en veux pour preuve que les questions qui animent l'astrophysique en matière d'énergie grise, celle qui manquerait pour expliquer la viitesse de rotation du bout des galaxies. Peut-être n'existe-t-elle pas cette énergie, mais peut-être existe-t-elle?
Et que la vision de l'univers qui résulterait de découvertes majeures das l'ensemble de ces domaines n'engendrerait pas une "rupture"?
Nous savons, aussi, que la terre disparaîtra. Cette certitude, scientifique, est récente. Elle est quasiment fixée en terme d'échéance. En même temps ou presque, nous découvrons et recensons aux abords de notre système solaire, des exo-planètes susceptibles d'accueillir la vie. On est loin -encore- d'être potentiellement capable du facteur x de la vitesse de la lumière pour songer les aborder et y introduire la vie, peut-être même l'intelligence, peut-être même l'humain, sous une forme qui ne sera vraisemblablement pas, de toute manière, celle de passagers façon "enterprise".
Je ne sais pas ce qu'est une révolution copernicienne, par contre nous sommes entrés dans un temps particulier qui voit l'humanité accéder à des connaissances et une conscience de l'univers d'un niveau qui lui permet d'envisager le futur de l'espèce au-delà de cette planète.
Cela me semble évident.
On peut toujours considérer, c'est vrai, que l'aventure de l'espèce humaine est une péripétie qui s'achèvera fatalement, mais, dans un tel cas, l'humanité ne présenterait pas le même intérêt. Il y a, c'est vrai, une propension dans un certain nombre de contre-cultures, écologistes notamment, de faire de l'homme la pire des choses qui soient arrivées à la terre. Un auteur avait sorti un livre, au titre provocateur, dans ce sens.
Mais on peut aussi considérer que le génie de l'Homme n'est pas fortuit, ni limité.
Rédigé par : daniel ciccia | 29 septembre 2008 à 13:00
@Philippe Bilger
"je voudrais dire un mot de ma démarche intellectuelle quand j'écris sur des affaires que je n'ai pas connues directement. A l'évidence, n'ayant jamais disposé du dossier de la procédure, j'écris à partir de ce que j'ai pu apprendre, de mes informations de magistrat et de citoyen, de mes rencontres,"
Certes, mais!
Il y a l'œil du maître, celui qui lira nécessairement autrement les mêmes informations que tout le monde, par ex. que votre citoyenne lambda, et qui entendra les conversations avec sa troisième oreille, non pas celle d'Edvige bien évidemment, mais une oreille beaucoup plus sûre, celle de la résonance intérieure que peut susciter pour vous tel ou tel dialogue resté lisse pour tout autre !
Rédigé par : Catherine JACOB | 29 septembre 2008 à 11:44
@ Aïssa
Si j'avais écrit pour Gallo, ses bouquins seraient mieux écrits. Je les trouve détestables stylistiquement. Etudiant j'étais lecteur chez un grand éditeur, c'est-à-dire chargé comme plein d'autres étudiants, de lire les manuscrits arrivés et de remplir une fiche pour indiquer si le manuscrit pouvait parvenir au comité éditorial ou non. J'en ai lu des cochonneries ! Payé au manuscrit lu. Puis on m'a proposé d'aider à la réécriture de certains bouquins. C'est comme ça qu'on devient nègre. Bonne expérience de technique stylistique puisqu'il faut se caler sur la personnalité de celui qui signe, récupérer quelques-uns de ses tics de langage ou de formation de phrase. Payé au forfait, donc sans commission sur les ventes (je crois que ça a changé) mais j'étais quand même content quand ça marchait bien. Il faut se garder de fustiger celui qui fait appel à un nègre pour écrire un bouquuin sauf lorsque celui-ci se prétend écrivain. Le politique n'a matériellement pas le temps et ne sait pas faire, cependant il souhaite inscrire sa personne et son discours politique dans un cadre plus universel, plus distant aussi, pour illustrer sa filiation intellectuelle. J'ai eu des échanges très riches avec mes "auteurs", souvent cultivés.
Quand on entend N. Sarkozy parler sans note, personne ne peut douter une milliseconde qu'il n'a pas écrit une ligne de ce qu'il a publié...
S'agissant de la fin du monde, elle n'est pas pour demain et pas pour les raisons indiquées. L'histoire humaine montre que l'humanité est toujours en avance d'une catastrophe et en retard d'une technologie. Ce décalage se maintient aujourd'hui : les catastrophes arrivent plus tôt que prévues et les solutions interviennent quand on ne les attend plus. Les idéologies n'ont pas de place prépondérante dans l'histoire humaine, y compris, et contrairement à ce qu'on admet communément, les religions qui ont une influence faible sur les évolutions des sociétés. Le problème aujourd'hui est que nous savons tout et que nous sommes envahis par des épiphénomènes à qui nous attribuons un statut historique illégitime. Nous sommes tentés, comme nos aïeux, de considérer que nous vivons à une époque charnière de l'histoire humaine. Rien ne saurait être plus faux. Notre époque est fort commune, dans ses ressorts profonds, à ce qui caractérisait déjà des époques mondialisées, tel l'empire romain. La mondialisation est elle-même un phénomène déjà vécu de nombreuses fois par l'humanité.
Nihil novi sub sole.
Les solutions techniques interviendront inopinément pour résoudre de façon foudroyante des situations réputées insolubles. Elles proviendront du hasard (intuition d'un savant, phénomène compris) et de la nécessité (adaptation de l'invention à une urgence). Le discours écologique catastrophiste est un discours prétentieux qui place l'homme en haut de la pyramide naturelle, ce qui est loin d'être prouvé.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 29 septembre 2008 à 10:17
@Aïssa,
J'ignore si vous avez écrit votre dernier commentaire spontanément ou en réaction à celui que j'ai posté. L'un et l'autre nous placent aux antipodes en terme d'appréciation, et pourtant nous sommes "condamnés" à être dans la même histoire.
Rédigé par : daniel ciccia | 29 septembre 2008 à 08:22
J'affirme ici que ce siècle en sera longtemps marqué qui a commencé de voir naître la révolution la plus radicale que l'Histoire ait connu, caractérisée par l'absence totale d'idéologie théorisée et de but déterminé à atteindre. Cette révolution, comme en réponse du constat de l'échec de toutes les tentatives précédentes d'améliorer le sort du genre humain, signera le reniement de l'homme à son humanité. A la souffrance et l'injustice sans fin et triomphantes des sociétés humaines, on opposera, comme en arrêt définitif, le néant qu'on leur préfèrera. A terme, le monde en sera bouleversé et durablement ébranlé sa représentation de lui-même. Je sais, avec une intuition absolue, que ce mouvement est initié et que les cinquante prochaines années seront celles des tueries civiles de masse et des suicides collectifs que jamais l'histoire humaine a connus. Tout, à qui sait un peu observer le monde et ce qu'il est en regard de l'Histoire et de ce qu'elle a été, désigne ce cataclysme et ses modalités.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 28 septembre 2008 à 22:29
@Catherine Jacob
Nonobstant le "jeu" sur mon patronyme, qui ne s'impose pas et auquel je ne me livre jamais, je trouve assez curieux que vous débitiez une telle démonstration d'érudition pour convenir que les choses ne sont pas simples et que j'ai raison "de souligner qu'il convient de bien réfléchir avant de produire des conclusions à l'emporte-pièce".
J'imagine qu'il n'y a aucune ironie dans votre conclusion.
Pour le reste, votre démonstration donne le vertige, tant vous faites virevolter les symboliques des plus antiques à celles de la psychanalyse moderne.
C'est bien.
Mais la question, au fond, c'est en terme de comportement humain, ses atavismes et aussi ses libérations.
Tout le monde n'a pas une lecture psychanalytique de la Révolution française, au demeurant pertinente. Par contre, pour l'essentiel des gens, elle marque la fin de la tyrannie et de l'arbitraire.
C'est une fausse image, car Louis XVI n'était pas un despote et la genèse politique de la Révolution française est un peu chaotique.
D'une certaine manière, pour faire un raccourci, les Français ont tué le roi, se sont proclamés peuple souverain, mais la charge négative, ils ne l'assument pas, à mes yeux en tout cas.
La seule chose qui m'intéresse, c'est l'espoir que les gens un jour puissent dépasser ces "ancrages". La plus grande des utopies, ce n'est pas la révolution culturelle ou sociale. C'est la victoire de la tradition, comme vecteur de sagesse et de résolutions.
A mes yeux, ce qui fait la force du droit c'est son implantation dans une tradition que même la révolution n'a pas fondamentalement dévié.
Il y aura, dans l'histoire, un moment où s'éteindront ces vertiges. Je vais être utopique jusqu'au bout à travers une métaphore. Chacun a vu "Le dernier empereur" avec un Peter O'Toole excellentissime en précepteur de Pu Yu (me semble-t-il). Le jour où chaque professeur, instituteur, parent, s'adressera à l'enfant qu'il doit enseigner comme si cet enfant allait avoir à gouverner le monde un jour, ce jour-là, l'humanité aura fait un progrès extraordinaire.
Cela ne signifie pas, évidemment, qu'il aura cette charge sur les épaules, mais cette ouverture, cette sensibilisation de l'esprit à ce qu'est le monde et le pouvoir aurait des bienfaits édificateurs considérables.
Au lieu de quoi, dès l'école dont on dit régulièrement qu'elle est un sanctuaire (uniquement pour les crédits affectés sans doute), on fait naître le goût de la revendication, quasiment dès le primaire.
Quelle démocratie naîtrait de cette culture politique libérée de ses fantasmes?
Je vous laisse l'imaginer, car moi, je l'imagine.
Je pense alors que notre pays apporterait quelque chose au monde, parce que le monde a besoin aujourd'hui de renaître quelque peu.
Je ne crois qu'il renaîtra dans l'antagonisme et le réveil des révolutions, qu'elles marchent du medef à l'Elysée ou qu'elles prennent des formes plus subtiles.
Une démocratie, telle que celle auquel je me prends à rêver, offrirait les conditions à de nombreuses personnes de mieux y prendre place, de mieux y résoudre les défis qui se posent à nous en tant qu'espèce humaine.
Je me suis éloigné de la question de départ, certes, mais je ne voudrais pas conclure sans dire que ce qui compte, ce n'est pas tant d'expliquer ou de justifier les sources des atavismes sociaux et personnels, que d'inventer la culture qui permet de les dépasser.
A un moment de l'histoire humaine, les religions monothéistes ont fait claquer dans le ciel un éclair, porteur de l'idée d'un dieu unique et compatissant et miséricordieux, et d'une transcendance absolue.
Il faudra quelque chose d'une même puissance, émanant peut-être de la transformation de ces mêmes religions, de leur unification, qui sait, pour zébrer le ciel de nos cultures.
Ce troisième millénaire sera très intéressant. Je termine en signalant que Nicolas Sarkozy avait porté une idée à un moment de sa campagne sur le thème de "politique de civilisation".
Je crois (donc je suis...) que nous y allons.
Rédigé par : daniel ciccia | 28 septembre 2008 à 20:53
Cette "soif" de sang revendiquée par le peuple, comme l'illustre magistralement Catherine Jacob, n'a pas épargné 3 Présidents de la Vème République, dans au moins 4 affaires restées à ce jour très mystérieuses :
Stefan Markovic (Georges Pompidou), Robert Boulin (Valéry Giscard d'Estaing), Pierre Bérégovoy, François de Grossouvre (François Mitterrand).
Comme si le "suicide" des 3 derniers était un "sacrifice rituel" destiné à jeter l'opprobre sur les 3 Présidents...
En ce qui concerne l'affaire de Bruay-en-Artois, je note que dès qu'un crime est hyper-médiatisé par un Juge, il échappe à son contrôle et il reste impuni ou sombre dans la cacophonie (affaire Grégory, affaire d'Outreau...)
Certains Juges se laissent griser par la "célébrité" et oublient que la Justice doit être rendue sereinement.
Rédigé par : chevalier | 28 septembre 2008 à 18:37
@Daniel Chittchai
« ce fantasme est inscrit profondément en chacun de nous et qu'il correspond à un besoin inconscient, consistant à pouvoir incriminer les "puissants", les "notables". Il n'est pas cependant génétique. Il est d'abord médiatique et touche au fond à quelque chose de sacrificiel. Cela mériterait sans doute une réflexion plus profonde, mais, en réfléchissant, me vient l'image des sacrifices rituels par lesquels des tribus, des sociétés (Incas), leur chefs ou religieux, ont sacrifié des enfants, des vierges, aux dieux pour obtenir des grâces ou simplement maintenir l'équilibre de la société...
Tout cela est probablement enfoui dans le subconscient collectif. L'émancipation révolutionnaire, la chute de l'ancien régime, de ses représentations, a permis d'établir qu'on ne sacrifie pas nos enfants, nos vierges. Les puissants n'en ont pas le droit. »
Le sacrifice rituel pose implicitement la question qui n’est pas limitée à lui seul de : « Qui peut tuer ? »
Dans les sociétés très anciennes, les seuls personnages pour lesquels il n’est pas admis de tuer et dont l’acte de tuer, lorsque accidentellement il se produit, pose d’énormes problèmes, sont ; les femmes et les enfants. Jean-Paul Roux (CNRS) explique que lorsque la société se structure, la permission ou le devoir de tuer est davantage réglementé. La raison profonde en est que, comme on peut le constater dans l’ancien testament à moult reprises, « le sang – ce suc très particulier, comme le nomme encore Goethe, – appelle le sang ».
C’est ce que dit notamment le fait que les divinité de la vengeance sans fin qui sont là pour se substituer à l’absence de tout vengeur plus directement concerné, « Les Érinyes soient nées des gouttes du sang d'Ouranos, mutilé par Cronos, et recueillies par la Terre. » Comme lorsque dans le contexte biblique, « l’Eternel après avoir dit à Caïn, le 1er meurtrier, : « Où est ton frère Abel ? » et que ce dernier lui ait répondu : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? », il lui fait savoir : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. Maintenant tu seras maudit de la terre qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main, le sang de ton frère. »
Dès lors on ne peut pas admettre qu’il soit versé par n’importe qui, n’importe comment, que ce soit à la chasse, à la guerre ou encore à l’occasion que vous évoquez qui est celle le contexte sacrificiel, lequel participait lui aussi d’une forme de « donner à manger », vu que certains peuples agraires ne mangeaient guère de viande qu’en cette occasion, et toute transgression du rite fait du fait de donner la mort, que ce soit à l’animal en général ou à l’animal humain en particulier, un meurtre. Autrement dit un acte punissable et nécessitant d’être puni à peine de conséquences sans fin.
Jean-Paul Roux cite – de nombreux auteurs, mais notamment et en exergue de « Le sang », mythes, symboles et réalités, Fayard 1988 –, un passage du «Ion» d’Euripe qui est celui-ci. Il ouvre 1er dialogue :
- La reine Créuse : « Athéna lui donna comme il venait de naître... Deux gouttes provenant du sang de la Gorgone.
- Le vieillard : «Et quel en est l’effet sur la nature humaine ?
- La reine Créuse : « Elle ( la première) écarte les maux et entretient la vie.
- Le vieillard : « Et comment agit la seconde ? »
- La reine Créuse : « Elle tue . »
Le vieillard interroge alors l’origine de cette double vertu qui fait du sang quelque chose d’ambigu et d’ambivalent. De fait, c’est à Æsclépios que la grande déesse avait fait présent du sang qui avait coulé de la blessure infligée à Méduse. Celui qui s’était échappé de son côté droit était réputé ramener les morts à la vie ; celui qui avait coulé du côté gauche constituait un poison mortel. Autrement dit, ce n’est pas seulement le sang qui est en cause mais ‘quel sang’ ! Jean-Paul Roux rattache cet épisode au conte de Grimm intitulé Mme la Neige qui met en scène deux sœurs. « La première des sœurs est belle et travailleuse, la seconde laide et paresseuse. La belle, astreinte à un interminable labeur de fileuse, se met les doigts en sang au point que son fuseau lui-même en est taché. Elle se met en demeure de le laver à la fontaine et son sang se mêle à l’eau pour produire une série de prodiges. En revanche, lorsque jalouse, la laide veut l’imiter, elle se pique au doigt et ne peut provoquer que des malheurs. »
Gageons donc que la belle c’est celle qui verse le sang dans les règles de l’art, un art que la révolution française – puisque vous l’évoquez – a, nous explique Roux, désacralisé en étendant le droit de verser le sang même à qui n’était pas prêt à verser un jour le sien, vu qu’on ne peut sans scandale ravir la vie qu’en exposant la sienne (voir la légitime défense à notre époque qui veut que la nôtre soit préalablement exposée) ; et ce dont, par ex. chez les Germains, ainsi que nous le rapporte Tacite, la cité devait d’abord avoir reconnu l’individu capable, tout comme dans d’autres cultures on doit avoir été reconnu capable et digne d’approcher une femme par toute une initiation dont, pour certaines, le meurtre fait partie, tandis que pour d’autres celui qui peut verser le sang, ne peut pas en revanche approcher les femmes, ce qui est une façon malgré tout, dans un cas comme dans l’autre, de lier les deux. – Voir encore Double zéro sept, autorisé à tuer et admis au « repos du guerrier », soit dit pour rester convenable, tandis que ce dernier point reste interdit à d’autres héros du cinéma dont le personnage présente un aspect plus graphique ou conceptuel que ‘réaliste’ au sens que l’on donne par ex. à « roman réaliste ».
Au chapitre « la dure loi du meurtre », Roux se réfère au Freud de « Totem et Tabou » pour expliquer que le sacrificateur agit au nom du groupe, en citant ce passage : « la mise à mort de la victime était un acte défendu à l’individu et qui n’était justifié que lorsque la tribu acceptait d’en assumer la responsabilité. », passage dont il conteste la dernière partie en précisant qu’il n’est pas du tout certain que la tribu ait accepté d’en porter, même par l’entremise du sacrificateur, une part de responsabilité. Elle se réfugiait , ici comme dans d’autres cas, et lorsque les deux rôles ne sont pas dévolus à un seul sujet, derrière le chef, dans cette idée que le sacrifice demande des compétences techniques permettant « au sacrifiant d’éviter les erreurs funestes ». Celles de la 2de des sœurs ci-dessus évoquées, j’imagine. En revanche, ce technicien est irresponsable. Ce n’est pas le sacrificateur qui engage la responsabilité, mais le sacrifiant, c’est-à-dire celui au nom duquel est fait le sacrifice. Ce n’est pas Calchas qui porte le poids de la responsabilité du sacrifice d’Iphigénie dans les versions anciennes où il n’y pas de biche substituée, mais Agamemnon. De même, peut-être est-ce ainsi que se donne à interpréter ce récit de la mort de Louis XVI également cité par Roux, autrement dit du « sacrifice du chef », autrement dit de l'exécution de celui qui, en d’autres temps assumait la responsabilité du sang versé mais dont le moment est venu d’accepter de verser le sien lorsqu’il dit : « Français ! je suis innocent – on a encore entendu cela plus tard, avec « responsable, mais pas coupable »... !! – Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang qui va être répandu ne retombe jamais sur la France. Et vous, peuple infortuné [...] ». C’est là que le roulement de tambour couvre sa voix, et que le sacrificateur, autrement dit l’exécuteur de la sentence, Samson, le bourreau, le technicien, fait rouler la tête dans un double jet de sang, puis la montre au peuple en la tenant par les cheveux, – sans doute comme ce que l’on peut voir sur une coupe attique à figures rouges sur fond noir où celui qui tient la tête coupée à bout de bras est vêtu de peaux de bêtes qui en fait un être d’un autre monde que celui des personnages revêtus de tuniques tissées –. Et c’est là que ce ‘peuple infortuné ‘« trempe lances, sabres, mouchoirs, mains, dans le flot rouge. Et qu’un ‘citoyen’ monte sur la guillotine même, plonge tout entier son bras dans le sang de Capet qui s’était massé en abondance. Il en prend des caillots plein la main et en asperge par trois fois ( chiffre et geste symboliques s’il en est), la foule des assistants qui se pressaient au pied de l’échafaud pour en recevoir chacun sa goutte ( issue de la veine cave ou de l’artère ? qui peut savoir dans cette mêlée ??) sur le front, les apostrophant : « Frères, on nous a menacé que le sang de Capet retomberait sur nos têtes. Eh bien ! qu’il y retombe. Louis Capet a lavé (là aussi, évocation d’un geste purificatoire de sens perdu ou dévoyé) ! Républicains, le sang d’un roi porte bonheur ! » Le fait éminemment révolutionnaire donc c’est que comme à l’occasion de toute « révolution », « la roue tourne » et la tribu jusqu’alors planquée derrière le chef endosse le rôle d’une sorte d’hydre à autant de têtes que de fronts aspergés dans une sorte de baptême du sang, et la suite nous en a montré les conséquences!
C’est donc là le récit d’un vertige contre lequel nous mettent en garde des millénaires, notamment les époques où le roi thaumaturge s’offre lui-même en sacrifice et s’immole lui-même et non quiconque d’autre, ou encore celles où la succession au chef passe par son meurtre (prêtres loups) et bien évidemment les récits tel la confession du « vampire de Londres », pendu en 1949 etc. .
Tout cela pour dire que les choses ne sont pas si simples et cette sorte de « fantasme » que vous évoquez et qui consisterait à « faire porter le chapeau » aux « puissants » et aux « notables », ne se laisse pas si facilement analyser vu que, à l’origine, ils étaient effectivement destinés à le porter, ce chapeau de la responsabilité, bien que de façon symbolique et non risquée pour l’ensemble de la communauté!
D’une certaine façon, ce qui se donne à lire à propos de cette affaire de Bruay-en-Artois à propos de laquelle une certaine communauté s’est identifiée au corps de la victime, c’est aussi le récit d’un vertige, ce bien qu’il n’y ait pas réellement eu de sang versé aux fins de donner la mort vu que le sang versé l’aurait été post mortem dans cet évènement qui s’est produit « à distance des habitations » (= terrain vague) et qui n’a été ni précédé, ni suivi de violences sexuelles pour ce qu’on en sait (mais, il y a ce mythe des Indiens Warraus étudié par Levi-Strauss dans Mythologiques et qu’évoque aussi quelque part une scène de l’Empire des sens, mythe dans lequel un jaguar qui a pris la forme de sa grand-mère enlève une fillette importune à sa propre mère), enfin à propos duquel la présence du sang victimaire se déduit du fait que le vêtement aperçu par des témoins sur le dos du meurtrier présumé aurait été lavé, vu que le sang est précisément cette souillure qui demande à être lavée (Pilate etc..), mais ne peut l’être (Clef de la Barbe bleue), ou ne doit pas l’être (Djihad), l’époque ne permettant pas de vérifier comme de nos jours la nature exacte de la souillure, ni de comparer les ADN, et donc nourrit le fantasme de la culpabilité de celui qui ne peut qu’en porter la responsabilité puisque vampire économique, ce qui implique une autre forme de révolution et l’ouverture d’un autre espace sacrificiel, celui de la victime émissaire qu’en principe notre culture n’admet plus.
On peut traduire ainsi l’événement : «Loin des habitations, une adolescente (nubile ?), a trouvé la mort par étranglement (ce qui peut concerner aussi le fameux jeu du foulard, par exemple, qui est un « lien souple », et qui est susceptible d’aboutir à un homicide sans intention de ‘donner la mort’), puis « traînée sur le sol, elle a été mutilée avec un instrument tranchant moins de trois minutes après sa mort à 19h45 », ce qui peut signifier objet d’une sorte de scarification qui dans le cas d’un homicide involontaire évoque le fait de chercher à stimuler la sensibilité de la victime par une douleur susceptible de la faire revenir à elle, mais dans le cas d’un meurtre pourrait revêtir une signification beaucoup plus curieuse, si en en croit Roux qui nous dit qu’il arrive au meurtrier de goûter rituellement le sang de la victime de son premier meurtre. Je ne connais pas grand-chose à la médecine légale, mais je trouve que 19h45 est un horaire étonnamment précis pour un meurtre découvert seulement le lendemain :
« · 5 avril : Brigitte Dewevre est tuée à Bruay-en-Artois.
· 6 avril : Le frère découvre le corps de Brigitte Dewevre sur un terrain vague à Bruay-en-Artois. »
Ceci dit et bien que nul ne soit à l’abri d’un assassin potentiel ou confirmé, « les femmes et les enfants ne sont pas, dans la conscience générale des cultures, des victimes désignées », il y a des exceptions célèbres mentionne Roux, mais elles emportent souvent offrande de victimes de substitution ( Isaac etc. ). Cela s’explique par tout un certain nombre de raisons, notamment le fait qu’il n’est pas admis qu’ils puissent eux-mêmes tuer (et quand cela se produit c’est considéré comme une parfaite anomalie, voir Jeanne d’Arc qui s’exclut dès lors du monde féminin et du monde ordinaire tout court, finissant sur un bûcher, il en va différemment de nos jours mais voir la tragédie des enfants soldats).
Sans doute est-ce à cause de cela que notre population s’en émeut au point que les affaires médiatisées ne paraissent souvent concerner que ce genre de victimes, donnant ainsi faussement à penser que finalement il s’agit au contraire des victimes désignées, surtout dès que l’on se met à rêver la virginité comme répondant à celle d’une terre n’ayant pas encore été labourée, mais qui ne demande qu’à être cultivée ( la terre, pas la virginité ce qui serait moins problématique et ce qui ne correspond pas néanmoins à toutes les cultures... ) !
Donc, non vraiment les choses ne sont pas si simples et vous avez raison de souligner qu’il convient de bien réfléchir avant de produire des conclusions à l’emporte-pièce.
Rédigé par : Catherine JACOB | 28 septembre 2008 à 13:48
Merci Véronique pour ce lien
"Les réseaux d'information maoïstes et l'affaire de Bruay-en-Artois"
Article rédigé par Rémi Guillot paru dans les Cahiers du journalisme n°17 - été 2007.
Ce texte se trouve in extenso sur le Net :
http://www.cahiersdujournalisme.net/pdf/17/13_Guillot.pdf
Rédigé par : Baudouin Labrique | 28 septembre 2008 à 10:44
@véronique
La plus grande partie de l'article de wikipedia recopiant mot à mot le contenu de cet article des Cahiers du journalisme, j'y ai posé une alerte de violation de droit d'auteur.
D'autre part, dans l'affaire Baudis l'aspect oublié est celui de cet énorme gâchis, comme quoi la cellule d'enquête de la gendarmerie avait tout d'abord établi, solidement, que nombre d'affaires de meurtres avaient été traitées plus que de manière désinvolte sur toute la période à Toulouse.
Ensuite malheureusement elle s'est fourvoyée gravement dans l'affaire Baudis, et tout le reste est passé à la trappe en même temps, ce qui a dû arranger pas mal de personnes.
Rédigé par : jmdesp | 28 septembre 2008 à 09:31
@ Catherine
Concernant l'article de Rémi Guillot, je n'avais pas vu que vous le mentionniez déjà dans un commentaire.
@ Philippe
Songeant à l'article fort intéressant de RG, je ne peux pas m'empêcher d'éprouver une sorte d'angoisse à l'idée qu'un producteur, un scénariste et un réalisateur, dont l'ambition déclarée est de proposer, rien de moins, qu'"une fiction de prestige", puissent faire l'économie de lire 15 pages d'un mémoire universitaire.
Cette inconséquence se traduit par une expression qui caractérise, selon moi, leur travail et leur ambition : le foutage de gueule.
Sans parler de ce mépris ainsi affiché en direction de leurs éventuels téléspectateurs. Les auteurs envisageant sans rire de leur servir du lieu commun et du cliché mâtinés de leurs points de vue à la louche de leur ressenti.
Avec le relais tout autant inconséquent d'une presse très majoritairement enthousiaste pour cette fiction, qui s'est juste contentée de répéter et de reproduire ses appréciations en recopiant le dossier de presse établi par TF1 pour communiquer au sujet de son téléfilm.
Ce qui m'angoisse, c'est l'idée qu'un sujet comme celui de Bruay puisse être traité par des auteurs et par des "critiques" de programmes télé de cette façon. Aussi naturellement, spontanément, médiocrement et paresseusement. Comme si cette fainéantise crasse allait de soi.
Rédigé par : Véronique | 28 septembre 2008 à 08:36
Parti pris : chaque téléfilm de ce nouveau genre n'a qu'un seul but, la pub, donc l'audimat ! Et pour qu'on en parle, que le téléfilm soit revendu (etc...), il faut prendre parti. D'où polémique... Je n'ai pas suivi l'Affaire de Bruay personnellement, mais je connais l'un des enquêteurs : il ne fait aucun doute que le coupable est ce jeune homme de 17 ans qui a avoué avant de se rétracter. Accident maquillé en crime ?
Rédigé par : Marie-France Bezzina | 28 septembre 2008 à 08:02
Pour ceux qui sont restés perplexes ou interrogatifs ou navrés après le visionnage du film que TF1 a consacré au "point de vue" du producteur Jean-Pierre Guérin sur Bruay-en-Artois, je propose la lecture de cet article :
"Les réseaux d'information maoïstes et l'affaire de Bruay-en-Artois"
Article rédigé par Rémi Guillot paru dans les Cahiers du journalisme n°17 - été 2007.
Ce texte qui est très éclairant pour comprendre les contextes de l'époque est accessible dans les rubriques "Liens externes" et "Travaux universitaires" de l'article Wikipédia : Affaire de Bruay-en-Artois.
Rédigé par : Véronique | 27 septembre 2008 à 21:21
Je viens de faire une recherche sur internet sur l'affaire Alègre et je tombe sur une polémique opposant Le Monde à Marianne, Marianne - enfin JFK - se défendant d'avoir jamais hurlé avec les loups contre Baudis, à l'inverse d'une majorité de ses confrères.
JFK pour en établir la preuve rappelle un article publié à l'époque titré : " Putes, cocaïne, notables et flics ripoux à Toulouse. Une affaire trop belle pour être vraie ? ”.
J'imagine qu'il y a dans ce titre une forme de cynisme vis-à-vis de certains confrères, mais est-ce si sûr car des second degrés ne sont pas toujours exempts de premiers degrés.
Une affaire trop belle pour être vraie.
Rédigé par : Daniel Ciccia | 27 septembre 2008 à 20:19
Ouaiais ! Philippe Bilger petit nouveau parmi les commentateurs ! Avouez ! Avouez que Aïssa, c'est vous, Cactus, c'est vous, sbriglia et même moi, c'est vous ! Avouez que Véronique, c'est vous, non, votre femme, avouez !
Cela dit, sur le sujet plus sérieux, je suis totalement en accord avec vous même si j'appartiens à un pan de l'idéologie qui, à l'époque, faisait que ma famille penchait plutôt du côté de la culpabilité du notaire. J'avais onze ans, je n'en ai que le souvenir d'un climat. C'était après 68, au commencement du Syndicat de la Magistrature (auquel vous apparteniez à l'époque, si mes souvenirs de vos billets sont bons) et avant Lip, la gauche soutenait alors les khmers rouges. A l'époque Jean Ferrat s'en prenait à Jean d'Ormesson en fustigeant sa défense du Sud-Vietnam.
Je ne me dissocie pas de cette période, car déjà très politisé dans une famille très politisée, j'adhérais à cette façon de penser, issue de la lutte des classes. L'affaire de Bruay, je n'ai jamais su ce qu'il en advint et jusque très récemment, je croyais que finalement le notaire était coupable. Je croyais - même habitant Versailles et issu d'une famille bourgeoise - qu'on ne pouvait fréquenter les gens de droite, qu'ils étaient ontologiquement répugnants, cachant leurs perversions dans les ballets roses ou bleus qui salissaient déjà le couple Pompidou.
Et puis c'était faux. Comme les khmers rouges. La gauche non communiste de l'époque, toute enchantée d'avoir dénoncé les crimes staliniens, se trouvait lavée de tout soupçon d'erreur morale. Et elle a ainsi plongé. Le notaire était l'archétype du notable, puisqu'il était le notable au service des intérêts des autres notables : l'ennemi de classe par excellence à qui, en d'autres temps, on aurait collé un gros nez. Le ploutocrate catholique avait remplacé le youpin cosmopolite, avec les mêmes tares, les mêmes perversions.
J'ai entendu parlé de ce téléfilm, je ne l'ai pas vu, mais j'ai imaginé qu'il s'agissait d'un retour critique sur le phénomène sociologique de l'époque, sur la folie de la dichotomie gauche-droite de l'époque, sur les haines fausses entretenues par les intellectuels de gauche (à l'époque, il n'y avait guère que R. Aron à droite comme intellectuel avéré, et on ne le lisait pas, comme s'il avait été l'auteur de Mein Kampf).
Je ne suis personnellement pas fier d'avoir pensé ainsi et je n'invoque pas l'excuse de minorité. Car même à l'époque, tout jeune que j'étais, j'étais à la fois enthousiaste de défendre des causes dites de gauche, mais j'étais simultanément gêné intellectuellement. Il me semblait qu'il y avait là quelque chose d'artificiel dans cette dénonciation collective portée sur un individu. J'écoutais le hit-parade de RTL en cachette...
Puis j'ai grandi et j'ai eu des amis de droite (que des amis de droite d'ailleurs !) dont j'ai apprécié les grandes valeurs de coeur qui n'avaient rien à envier à celles que je tentais de cultiver, comme cette grande famille bourgeoise d'une actuelle ministre, famille généreuse et scrupuleuse, qui m'est toujours très chère.
PS. Ce billet se rattache presque comme une suite au précédent sur Mme Joly.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 27 septembre 2008 à 16:31
Merci beaucoup pour ce commentaire, qui venant d'un magistrat aussi prestigieux que vous réconforte l'humble notaire de province que je suis.
Sait-on que Me Leroy qui dirigeait l'une des plus grosses études de France a été ruiné suite à cette détention arbitraire ?
Peu importe, c'était un bourgeois, donc il devait payer, selon la logique médiatique...
Pour ma part, je pense que le juge Pascal avait trop lu Eugène Sue dans sa jeunesse, et qu'il s'est cru dans les mystères de Paris transposés à Bruay.
Rédigé par : MARIGOT | 27 septembre 2008 à 16:19
Bonjour M. Bilger,
Merci pour ce billet qui remet les pendules à l'heure. J'ai moi aussi regardé ce téléfilm, et son excellente interprétation ne saurait faire oublier son parti-pris très contestable. Une fois de plus, nous avons la preuve que lorsque la télévision rend "sa" justice, elle ne fait pas toujours dans la nuance ! Ce qui est grave dans le cas présent, c'est effectivement l'occultation du climat de lynchage médiatique orchestré par les maoïstes. C'est un peu comme si on racontait l'affaire Dreyfus sans parler du climat d'antisémitisme qui régnait en France à l'époque ! Que n'aurait-on dit si, dans son téléfilm sur le sujet, Yves Boisset avait passé cet aspect sous silence...
Bon week-end,
Cordialement,
Frédéric.
Rédigé par : Frédéric | 27 septembre 2008 à 15:37
"Enfin, si je fais un sort à Guérin le producteur, c'est qu'il est très rare de voir afficher avec une telle désinvolture des préjugés qui renvoient à une période judiciaire qui ne faisait pas honneur à la démocratie. Je déteste les lynchages, même encadrés par du formalisme." (PB dans son commentaire)
Ce qui est tout autant désinvolte, c'est que des JPG puissent penser être en mesure de faire et de réussir une "fiction de prestige" avec un sujet comme celui-là.
Faut vraiment douter de rien.
Il y a quelque temps j'avais regardé un téléfilm sur Christian Ranucci. Je peux vous dire que cette expérience a été suffisante pour que je m'en tienne là en ce qui ce qui concerne des "fictions de prestige" d'après des affaires judiciaires, alors que le temps nécessaire écoulé depuis les faits n’a pas encore suffisamment accompli son œuvre.
De la désinvolture, du cliché ahurissant, un irrespect total au regard du fondamental : un garçon de vingt-deux ans guillotiné.
Il y avait là un vrai sujet, quelle que pût être la vérité du dossier que je ne connais pas.
Je pense très simplement que ces sujets infiniment graves ne sont pas faits pour la télévision. Car pour traiter de tels abîmes, avec à la fois de la puissance, de la délicatesse et du talent, il faut des pointures absolues pour la production, l'écriture du scénario et la réalisation du film.
Le talent seul, même impeccable, des comédiens ne suffit pas pour racheter une telle dévastation.
Rédigé par : Véronique | 27 septembre 2008 à 15:08
Quand des affaires sont instrumentalisées d’emblée par des pouvoirs antagonistes, surmédiatisées et entravées par des journalistes peu scrupuleux en mal de sensationnel qui donnent en pâture la moindre information à l’opinion publique, plus des avocats ou petits juges désireux d’acquérir une notoriété à peu de frais qui court-circuitent en permanence le travail des enquêteurs tout en nuisant à la sérénité des débats, le désastre judiciaire est souvent au rendez-vous. En attestent des procès célèbres tels ceux des Dominici, de Marie Besnard, l’affaire Grégory et bien d‘autres qui ne seront jamais élucidées, moins faute de preuves d’ailleurs, qu’en raison d’abord du non respect du secret de l’instruction à tous les niveaux, celle-ci devant se dérouler à charge et à décharge de bout en bout, indépendamment de la « qualité » des prévenus et en n‘occultant pas trop souvent, du fait d‘un corporatisme aussi détestable que pernicieux, le travail énorme de la police judiciaire et certains témoignages essentiels « arbitrairement« écartés par le magistrat instructeur qui privilégie le travail solo en raison d'une culture de mauvais aloi qui lui confère un pouvoir de décision quasi régalien.
Sans parler de la longueur scandaleuse des procédures criminelles qui s’éternisent trop souvent jusqu’à 10 ans ou plus sans raison objective, ni le moindre élément nouveau au dossier, comme si "une certaine justice repue de ragots" après avoir fait un temps la une des médias avec un affaire bien croustillante voulait ensuite l'oublier en l'enterrant le plus discrètement possible pour s’éviter de signer un échec cuisant et par conséquent "avouer" son impuissance, sinon son incompétence aux yeux de tous.
Rédigé par : Preud'homme Marie, Paule | 27 septembre 2008 à 15:04