Mais encore faut-il que l'honnêteté préside à la relation de l'histoire et qu'on ne nous impose pas un point de vue très éloigné de la réalité, pour remettre au goût du jour, avec trente-huit années de retard, une démagogie et une haine de classe dont les effets dévastateurs à l'époque auraient du détourner quiconque d'y revenir.
Le Parisien - un billet de Dominique Dhombres dans le Monde va dans le même sens - résume ce climat en soulignant que "la télé prend parti à Bruay-en-Artois". Le producteur Jean-Pierre Guérin ne dément pas puisqu'il admet sans barguigner avoir pris "le point de vue du juge" et avoir "tendance à penser qu'il avait raison".
Passent donc à la trappe les multiples péripéties procédurales qui, à leur aboutissement, ont mis le notaire Leroy hors de cause pour ce crime commis en 1972 et dont la jeune victime était Brigitte Dewevre. Sont également occultées les fortes suspicions qui ont pesé sur un mineur certes relaxé à deux reprises. A son sujet, on peut tout de même estimer que si les parents Dewevre, leurs proches et leur environnement n'avaient pas, avec un étrange acharnement, refusé la simple idée de sa culpabilité, nous n'aurions pas été confrontés à ce vide judiciaire d'autant plus que les mêmes, auxquels il convient d'ajouter quelques intellectuels égarés, avaient, de manière scandaleuse, favorisé un véritable lynchage médiatique à l'encontre de cet "ennemi de classe", ce notable, ce "forcément coupable" qu'était le notaire avec son visage antipathique et sa vie prétendument secrète.
Je me souviens. J'étais âgé de vingt-neuf ans lors de la mort de Brigitte et me trouvais à Lille où j'occupais mon premier poste. Le juge Pascal, lui, s'illustrait, si j'ose dire, à Béthune. Les journalistes étaient déchaînés. Ils satisfaisaient leur besoin de croire que les salauds se tenaient nécessairement du côté confortable et officiel de la vie. Et ils disposaient d'un magistrat qui ne rêvait, sur le tard, que d'ouvrir une nouvelle page de la justice : une justice à ciel ouvert qui, à défaut d'éclairer les modalités du meurtre et de déterminer les responsabilités, mettrait le juge en pleine lumière, tout frétillant de se sentir ainsi au centre de tout, parlant sans cesse, théorisant à perte de vue. Comme il fallait, pour lui, que Leroy fût coupable et qu'il ne l'était pas, le magistrat faisait diversion en tentant de regagner sur le plan de la communication ce qu'il perdait dans sa mission d'instruire. Au demeurant, excellent homme volubile et décousu que j'avais rencontré lors d'un congrès syndical à Béthune. Il n'en revenait pas de sa gloire d'un moment et semblait de plus en plus déçu à l'idée qu'une administration digne de la justice devrait avoir pour conséquence son propre effacement. Etre contraint de quitter le soleil éclatant pour rentrer, sans le désirer, dans l'ombre, exige un caractère trempé. Il ne me semble pas que c'était le sien.
Mais je me souviens encore. Une justice politique où il convenait de clouer au pilori les patrons, les notaires, les riches, les présumés coupables. Des gauchistes, à la Cause du peuple et à l'agence Libération, redoutables justiciers expéditifs - notamment, Serge July et Philippe Gavi faiblement désavoués par Jean-Paul Sartre -, venaient souffler sur la braise de l'injustice et stimuler un mouvement qui aurait dû faire honte à la démocratie dont ces personnalités, il est vrai, se souciaient fort peu. Aujourd'hui, c'est à rire mais hier, c'était à pleurer. Pour July, Leroy était coupable parce qu'il mangeait de la viande chaque jour et pour Gavi, le criminel ne pouvait être qu'un "bourgeois". Je trouve qu'on oublie trop vite ce qui a façonné quelques-unes de nos "grandes" consciences actuelles. Les leçons qu'elles donnent suivent les aberrations qu'elles ont formulées. Cette décence qui consiste à ne jamais opposer à l'arrogance d'aujourd'hui ses pensées ineptes d'hier mériterait, parfois, d'être battue en brèche.
Alors convenait-il vraiment, pour "une fiction de prestige", de présenter une telle vision où l'innocence reconnue était bafouée parce que cela ne coûtait plus rien et qui renouait avec la pratique d'un juge et une ébullition sociale, politique et médiatique qui n'avaient pas fait honneur à l'esprit républicain ? A-t-on le droit de jouer ainsi aux dés avec la réputation des personnes et d'imaginer, au petit malheur la chance, ce qui favorise plus les fantasmes des responsables du film qu'une meilleure connaissance de cette affaire qu'il vaudrait mieux oublier ? Triste paradoxe que de provoquer la société et la justice présentes en faisant remonter de loin, pour le promouvoir, un désastre !
Il y a tout de même une justice. Celle de l'audimat. Il n'y a pas eu foule pour regarder cette oeuvre, en dépit de deux excellents acteurs. C'est bon de savoir que même à la télévision, on ne peut pas tout se permettre.
J'ai vu le téléfilm et j'ai souffert de ses a priori.
Demeure une question : qui a tué ?
Rédigé par : bruno | 27 septembre 2008 à 14:12
Je lis avec beaucoup d'attention les commentaires suscités par mon dernier billet. Pour expliquer les raisons qui font que je ne réponds pas à des questionnements même pressants, je voudrais dire un mot de ma démarche intellectuelle quand j'écris sur des affaires que je n'ai pas connues directement. a l'évidence, n'ayant jamais disposé du dossier de la procédure, j'écris à partir de ce que j'ai pu apprendre, de mes informations de magistrat et de citoyen, de mes rencontres, comme avec le juge Pascal, tout cela mêlant de l'objectif(les péripéties politiques auxquelles je fais allusion) et du subjectif forcément: mon point de vue sur le rôle dévastateur de l'idéologie et de la lutte de classe dans l'administration de la justice. Enfin, si je fais un sort à Guérin le producteur, c'est qu'il est très rare de voir afficher avec une telle désinvolture des préjugés qui renvoient à une période judiciaire qui ne faisait pas honneur à la démocratie. Je déteste les lynchages, même encadrés par du formalisme.
Rédigé par : Philippe Bilger | 27 septembre 2008 à 13:56
« Cette affaire politico-judiciaire a déjà été portée à l'écran. Notamment en 1981 avec un feuilleton d'Antenne 2, Non-lieu, puis le film Garde à vue, dont le scénario n'était que partiellement inspiré de l'affaire » peut-on lire dans la « Voix du Nord « (Céline Wlodarski).
Suivant, Philippe Bilger, ce que vous connaissez de l’affaire (1972), je me permets de vous poser les questions que je suscite après avoir vu ce film :
1° est-il vrai que l’Etat français a missionné le Procureur en charge de l’affaire de faire pression sur le Juge pour qu’il « change de camp » ?
2° est-il vrai que le Notaire a menti sur de nombreux détails relatifs à sa présence sur les lieux joutant l’endroit où on a retrouvé Brigitte ?
3° est-il vrai que les pièces à conviction du dossier ont disparu, empêchant ainsi toute révision du procès ?
4° est-il vrai qu’a menti le vendeur de lunettes portées par le jeune homme accusé ensuite puis relaxé ?
5° est-il vrai qu’aucun des 7 crimes (analogues), commis dans le secteur de 1968 à 1972, n’a été élucidé
5°est-il normal que de trop rares personnes ne se soient insurgées contre le fait, reprenant vos termes, qu'on nous a imposé pas « un point de vue très éloigné de la réalité ».
Voici une des rares critiques qui abondent, inversement à la démagogie
« Quand TF1 adopte les thèses de l'extrême gauche des années 70
Pourtant, c'est bien la thèse de leur culpabilité que défend le téléfilm « L'Affaire Bruay-en-Artois », qui s'ouvre et se conclut sur cette affirmation : « La vérité est parfois dangereuse quand elle menace de déranger l'ordre établi, surtout quatre ans après mai 68 ». Les auteurs du scénario ont repris à leur compte les théories du juge Pascal et des comités « Justice et Vérité ». Il en résulte un film qui condamne Pierre Leroy et sa compagne (même si leurs noms ont été changés par les auteurs - étrange pudeur quand on se permet d'accuser des innocents pendant 90 minutes !).
Les « notables » font de bien mauvais innocents. Un notable, c'est forcément coupable, aurait dit Duras. C'est ce que croyait l'extrême gauche à l'époque du crime de Bruay. C'est ce qu'on pense toujours chez TF1. Mais pas pour les mêmes raisons. Il n'y a nul comité « Justice et Vérité » sur la 1ère chaîne. Simplement une volonté commerciale : celle de caresser dans le sens du poil un public populaire pour qui, croit-on chez TF1, les « gens hauts placés » sont toujours suspects, et toujours protégés par leurs pairs (qui généralement commettent les mêmes turpitudes)(..)»
Article paru dans Marianne « TF1 : notable, donc forcément coupable »
http://www.marianne2.fr/TF1-notable,-donc-forcement-coupable_a91536.html
Rédigé par : Baudouin Labrique | 27 septembre 2008 à 12:58
Hors-sujet :
Je vous invite à lire l'excellent article sur le thème des tueurs en série, rejoignant des propos tenus céans sur la notion de « monstre » :
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/09/25/01016-20080925ARTFIG00008-il-revele-le-vrai-visage-des-tueurs-en-serie-.php
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 27 septembre 2008 à 12:01
A toutes fins utiles: La relation - sans guillemets- de cette affaire sur Wikipédia vient sans l'ombre d'un doute du numéro 17 des cahiers du journalisme de 2007, mis en ligne à cette adresse : http://www.cahiersdujournalisme.net/pdf/17/13_Guillot.pdf
Autant donc, au besoin, consulter directement l'original que, plus complet (16 pages) j'ai lu avec beaucoup d'intérêt.
Tout est également intéressant, mais je voudrais cependant souligner l'aspect identitaire qu'autorise la référence au patois cht'i parlé par le militant maoïste Tournel.
J'ai également été très intéressée par le listing des dates clefs de l'affaire que j'ai consulté avec dans l'esprit la théorie des dates anniversaires qui explique comment certains des ressorts intimes qui nous meuvent, peuvent aussi, parfois, s'exprimer par des dates. Au fait quel âge avait le frère à l'époque de la découverte par ses soins du corps de l'adolescente sur le terrain vague et qu'est-ce qu'il était venu y faire? Je pose la question vu qu'on a très très peu d'éléments sur cette malheureuse famille, quand en revanche on regorge d'éléments sur non pas le cas social, mais plus exactement le fait de société.
Le texte donne également beaucoup à réfléchir sur les relations milieu judiciaire/presse et je l'ai lu avec également dans l'esprit ce que j'ai pu constater par moi-même, à d'autres propos, d'une certaine forme d'instrumentalisation dommageable et nuisible de la presse!
Rédigé par : Catherine JACOB | 27 septembre 2008 à 11:46
" Comme il fallait, pour lui, que Leroy fût coupable et qu'il ne l'était pas, le magistrat faisait diversion en tentant de regagner sur le plan de la communication ce qu'il perdait dans sa mission d'instruire. Au demeurant, excellent homme volubile et décousu que j'avais rencontré lors d'un congrès syndical à Béthune."
Est-ce possible, Philippe, qu'à chaque fois qu' un de vos collègues passe à la télé quand il est chargé d'une affaire à fortes valeurs ajoutées et retombées médiatiques, vous nous écriviez son portrait dans votre blog ?
Après le portrait de Mme Joly, je dois dire que celui de juge Pascal n'est pas mal non plus.
Je n'ai pas regardé le téléfilm. Et pour dire clairement les choses, je me fous totalement du point de vue du producteur Jean-Pierre Guérin sur l'affaire de Bruay-en-Artois.
Lundi, à la télé, c'était justice par ci, justice par là. J'ai regardé le documentaire de France 3 consacré à trois procès d'assises.
Dans votre galerie de portraits, je pense que votre collègue avocat général du troisième procès du documentaire de France 3 aurait toute sa place.
Vous savez, celui qui a dit son réquisitoire en lisant sa copie. Effet curieux. Pas loin d’être désastreux.
Rédigé par : Véronique | 27 septembre 2008 à 11:38
Pris par mes propres réflexions périphériques, j'ai omis de dire que la réflexion de M. Bilger est remarquable.
Rédigé par : daniel ciccia | 27 septembre 2008 à 11:28
Beaucoup plus récemment, sur des mécanismes qui ne sont pas sans rappeler ceux de l'affaire de Bruay-en-Artois, on a pu mesurer comment il restait possible de lever un "tsunami" de fantasmes. L'affaire Patrick Alègre à Toulouse n'a-t-elle pas, il y a quelques années, suscité un emballement médiatico-judiciaire totalement fantasmé sur la corruption morale des puissants, particulièrement Dominique Baudis, auquel il a fallu quelque courage pour faire face aux soupçons judiciaires et plus encore à ceux de l'opinion publique.
Tout le monde a en tête son interview sur TF1 au 20h lorsqu'il sortit de sa réserve, alors que le pays enflait de rumeurs et de colportages odieux, et cette fameuse goutte de sueur qui vint perler sa tempe, comme l'indice corporel d'une sorte de culpabilité.
Il y avait à ce moment là, une jubilation "populaire" à voir ce grand baron chuter, plus grande qu'on ne le croit. Une grande partie des gens voulait que Baudis soit une sorte de Gilles de Rais pour satisfaire ou confirmer, derrière le vernis, leur pressentiment des choses.
J'étais de ceux à ne pas pouvoir imaginer que cet homme que j'avais interviewé une fois ou deux lorsqu'il était à la tête de la liste aux élections européennes dans les années 90 puisse incarner une telle dépravation criminelle. Bien sûr, cette conviction passait par une voie étroite, subjective, mais sur une voie qui l'était davantage j'ai entendu certains de mes amis d'alors échafauder, parce qu'ils assuraient l'avoir vu à des fêtes du Toulouse nocturne, voire à Montpellier, des théories, que ça allait sortir au grand jour et considéraient que DB n'avait que ce qu'il méritait.
Les mêmes, c'est tout de même remarquable, épousaient la thèse d'une manipulation lors des attentats du 11 septembre qui coïncidaient avec l'affaire Alègre.
J'étais trop jeune pour avoir observé ce qui s'est produit dans les années 70 lorsque le juge Pascal - je n'avais retenu de lui que le fait que son patronyme était un prénom - mais j'ai le souvenir d'une "ambiance", de ballets roses supputés, et même de l'affaire Markovic et des suspicions sur Claude Pompidou. Je me demande d'ailleurs si ce n'est pas à partir du juge Pascal que l'on a commencé à présenter le juge d'instruction comme le plus puissant de la République, ce qui n'est pas sans intérêt.
Dernièrement, j'ai écouté Vincent Peillon qui présentait son dernier ouvrage. Il faisait valoir que le drame de la France était lié au fait que la France n'avait pas achevé sa Révolution. J'ai fait le même diagnostic en 2006 dans un billet que j'avais intitulé "En finir avec la Révolution". M. Peillon relevait que de Villepin partageait la même vision que lui mais qu'ils se séparaient sur le remède à apporter. Bref.
Reste que les racines des affaires de Bruay ou de celle d'Alègre participent, pour engendrer les métastases de la calomnie, du même processus d'empoisonnement. Qu'un contexte s'y prête un tant soit peu, et le poison reprend force et vigueur, et quelque chose qui ne le devrait pas -une réaction lapidaire- reprend le dessus.
D'une certaine manière, les réactions populaires au drame vécu par les Belges après l'affaire Dutroux - à Outreau, n'a-t-on pas parlé d'abord d'enfants prostitués par leurs familles misérables à des notables - relève du même réflexe et on peut constater qu'il peut être d'une redoutable puissance.
Et, comme tout réflexe, qui par définition consiste en une action incontrôlée, il faut l'accompagner d'un autre réflexe: s'en méfier.
Cette parenthèse pour dire qu'à mes yeux, ce fantasme est inscrit profondément en chacun de nous et qu'il correspond à un besoin inconscient, consistant à pouvoir incriminer les "puissants", les "notables". Il n'est pas cependant génétique. Il est d'abord médiatique et touche au fond à quelque chose de sacrificiel. Cela mériterait sans doute une réflexion plus profonde, mais, en réfléchissant, me vient l'image des sacrifices rituels par lesquels des tribus, des sociétés (incas), leur chefs ou religieux, ont sacrifié des enfants, des vierges, aux dieux pour obtenir des grâces ou simplement maintenir l'équilibre de la société...
Tout cela est probablement enfoui dans le subconscient collectif. L'émancipation révolutionnaire, la chute de l'ancien régime, de ses représentations, a permis d'établir qu'on ne sacrifie pas nos enfants, nos vierges. Les puissants n'en ont pas le droit.
Mais pour valider cela, s'y accrocher, il nous faut encore croire que, adapté bien évidemment à aujourd'hui, les puissants, certains d'entre eux, sont toujours dans cette perspective et qu'elle s'est pratiquement dévoyée puisque le sacrifice est voué au plaisir personnel et plus à la nécessité rituelle.
Evidemment, si l'on intègre les rites sataniques, on se retrouve dans du sacrifice lié au pouvoir, directement occulte.
Enfin, dans ce domaine-là, il y a aussi la question des scandales de pédophilie au sein de l'église catholique. En France, mais surtout aux Etats-Unis, Benoit XVI ayant, au cours du printemps ou de l'été, condamné publiquement et demandé pardon aux victimes lors de son voyage aux USA. Il agit, et c'est le moins qu'on puisse attendre d'un chef spirituel, sur la part réelle. Mais il reste, là aussi, la part fantasmée. C'est la plus dangereuse.
C'est d'autant plus intéressant que l'église catholique - et c'est le cas des autres monothéismes - est née en renversant les cultes sacrificiels - pour l'église catholique le Christ n'est-il pas l'ultime sacrifié?- et en leur déniant toute valeur.
Je pense que ces sujets fournissent un plan de réflexion qui n'est pas inintéressant sur le plan universitaire et philosophique, mais le travail serait considérable.
Rédigé par : daniel ciccia | 27 septembre 2008 à 11:20
Merci pour ce rappel, non des faits mais de l'ambiance qui entoura leur déroulement.
En revanche, lier le peu d'audience à une "justice de l'Audimat" me semble faire beaucoup d'honneur au goût et à la conscience du téléspectateur.
Rédigé par : Don Lo | 27 septembre 2008 à 10:49
Je fais partie des téléspectateurs ayant ronflé devant une autre chaîne.
Ceci dit, si l'on se penche sur l'histoire de cette province, on y trouve Mahaut d'Artois (vers 1270-1329), cette comtesse Mahaut remarquablement interprétée par Jeanne Moreau, absolument magnifique dans ces "Rois maudits" dans lesquels cependant Maurice Druon, se montre à propos de ce comte femme, plus soucieux de ragots :
"Son autoritarisme la rend impopulaire, ce qui explique les accusations portées contre elle, notamment à l’occasion de la mort du petit roi Jean Ier de France, qu’elle est soupçonnée d’avoir empoisonné.",
que de vérité historique.
La science historique établit en effet que :
"Mahaut d’Artois était une excellente gestionnaire, n’intervenant qu’à bon escient dans la vie communale. Et que si elle a défendu ses droits avec âpreté, elle n’a pas cherché à envenimer les querelles. Qu'elle s’est également montrée généreuse dans ses dons aux pauvres, aux monastères et aux hôpitaux. Enfin, qu'elle s'est préoccupée de protéger les arts et d’encourager l’enluminure des nombreux manuscrits qu’elle a fait copier.".
Le portrait qu'en font les Rois maudits est en revanche celui "d'une conspiratrice et calculatrice perverse, prête à tout pour conserver l’Artois et qui en spolie son neveu Robert III, puis tente de faire de ses deux filles des reines de France en les mariant avec les héritiers du roi Philippe le Bel, et jouant de poisons et diverses intrigues tente également de mettre ses gendres sur le trône. Robert, pour se venger de sa tante, intrigue, lui, dans le sens contraire." [Voir : http://les-rois-maudits.france2.fr/ ]
Or, il s'agit là d'un roman porté à l'écran une première fois, précisément à cette même époque de 1972... et qui a passionné la France entière.
D'où ma question : Henri 1er (juge d'instruction à Béthune), "le juge Pascal", faisait-il partie des spectateurs assidus qui avaient de l'Artois (de Mahaut) l'image d'une contrée ravagée par les luttes de pouvoir et a-t-il quelque part sauté sur l'occasion d'y mettre son grain de sel et bon ordre en ajoutant son propre épisode par affaire interposée, de façon interactive comme le permettent de nos jours par ex. les jeux vidéos???
Du style:
- La reine étranglée
- Les poisons de la couronne
- La Louve de France et...
- Leroy maudit!! inculpé un... 13 avril!!
Rédigé par : Catherine JACOB | 27 septembre 2008 à 10:44
Vous écrivez, cher PB " ... l'approfondissement d'une affaire qu'il vaudrait mieux oublier". Une question: Pourquoi? Je veux dire: Pourquoi l'oublier?
Les techniques de la police scientifique aujourd'hui sont autrement plus performantes que celles de 1972. Que n'aurait-on pu, peut-être -si les pièces et scellés du dossier n'avaient "mystérieusement" disparu juste avant la date légale de prescription- découvrir, confirmer ou infirmer en re-instruisant cette affaire?
Bref ...
La vraie question qui est induite par votre réflexion est celle-ci: En quoi le crime (mettons, un viol suivi de meurtre) commis par un notable serait-il, dans le "jugement" populaire, plus odieux et inexpiable qu'un viol suivi de meurtre commis par un ouvrier ou un employé? C'est très intéressant comme interrogation même si on peut commencer d'y répondre assez aisément. C'est que l'éternelle lutte des classes na jamais trouvé meilleur terreau pour s'exprimer. Le notable -disons le riche pour être précis- est suspect par nature. L'ouvrier -et c'est encore plus vrai aujourd'hui- ne s'enrichit pas financièrement par son travail. Même, il y perd partout et jusqu'en sa santé. Si donc l'autre est riche (ou notable; en ce temps-là et auparavant les deux étaient plus rapidement assimilables), ce n'est pas en travaillant puisqu'on ne s'enrichit pas en travaillant, chaque jour le lui démontre à celui qui travaille, oubliant cependant qu'être notaire ou directeur d'usine ou magistrat est également un travail. Et si ce n'est pas en travaillant, cela n'a pu être que malhonnêtement. Le crime (viol suivi de meurtre) ne vient plus alors que comme en détonateur ... Et c'est toujours davantage la façon réelle ou imaginaire dont il est devenu notable qu'on veut lui faire avouer et expier par l'aveu et la condamnation de ce crime réel. On est au coeur même d'une certaine dialectique sociale dont on commence seulement de sortir ... Aujourd'hui, un notaire qui commettrait ce crime se verrait davantage comme le criminel qu'il serait que comme un spoliateur avéré de biens et de richesses matériels ...
Mais ce n'est pas une raison pour enfouir, "oublier" si vite ... Maintenant, ce notaire de Bruay est définitivement coupable dans l'inconscient collectif populaire car plus rien n'existe des pièces qui auraient pu encore l'innocenter si ce n'était, effectivement, pas lui le coupable.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 27 septembre 2008 à 04:27