Notre ancienne collègue Eva Joly, elle, a déjà publié son nouveau livre. Je ne l'ai pas lu et n'ai pas l'intention de le lire. Parce que j'ai lu les autres. Mais je l'ai entendue sur France Inter avec Nicolas Demorand.
Pourquoi cet animateur souvent caustique, toujours brillant est-il si urbain intellectuellement avec, certes, un ancien magistrat mais dont le parcours et les opinions appelleraient réplique et contradiction ? Faut-il considérer qu'il est aussi sensible que d'autres moins lucides que lui à ce qui chapeaute la personnalité d'Eva Joly et lui donne magiquement quitus pour tout : elle est contre la corruption !
Je n'ai pas honte d'avouer que je n'ai jamais été enthousiaste, contrairement à beaucoup de mes collègues, de ce "monstre sacré", à en croire des médias fonçant tête baissée dans le panneau de cette justice aussi sommaire et péremptoire que l'autre était aux ordres. Si j'ai envie de rester dans le registre des "stars", à tout prendre et de très loin, je privilégie Renaud Van Ruymbeke qui a d'ailleurs terminé ce qu'elle avait indéfiniment poursuivi.
Pour expliquer ce qui me gêne chez elle, ce ne sont pas seulement ces perpétuels aller-retour Paris-Oslo qui montrent à quel point Eva Joly, dont on ne sait si elle a réussi en Norvège, est obsédée par le désir de donner des leçons en France à des juges d'instruction qui n'ont rien à lui envier sur le plan financier et à des procureurs qui, aujourd'hui, ne reçoivent plus des instructions que d'eux-mêmes, et ce ne sont pas forcément les moins discutables. Sans doute se sert-elle de ses périodes parisiennes pour se donner aussi du lustre dans son autre pays. A l'évidence, elle vise à instiller de la mauvaise conscience ici et là-bas. Mais de plus en plus éloignée, par le temps, de ses "exploits", elle tourne à vide et répète, radote un discours qui, sur le plan du concept, est simpliste et démagogique alors que d'autres, moins célébrés, plus modestes, parlent moins mais se contentent d'agir et de faire au mieux.
Pour continuer dans cette analyse, j'ai été accablé par le mauvais goût dévastateur de l'arrestation "champagnisée" de Sirven. La volte qui l'a conduite sur le plan politique, tout récemment, à approuver François Bayrou puis à l'abandonner pour se faire octroyer une place royale chez les Verts démontre son sens tactique mais laisse songeur sur la qualité et l'intégrité de ses engagements. Le paradoxe est qu'elle aurait sans doute trouvé sur la liste du Modem une effervescence à la fois jusqu'au boutiste et modérément fiable qui aurait correspondu à ses propres élans dont l'expression est devenue monotone.
Au fond de mon hostilité professionnelle, en dépit du rôle qui a été le sien dans l'accroissement des moyens dévolus à la justice financière, il y a plus, et plus sérieux. Cette volonté qu'elle a eue de se servir de son importance médiatique pour améliorer l'intendance et la logistique ne s'est jamais mise au service de tous. Son visage a occulté tous les autres et c'est ce à quoi elle aspirait. Pour parler net, à un certain moment, la vanité du personnage - il lui aurait fallu des ressources exceptionnelles pour résister au philtre de la communication dont elle était quasiment le centre exclusif - a étouffé l'orgueil de la fonction et ce qui aurait pu être une formidable opportunité pour l'institution s'est dégradé en un vedettariat fondé seulement sur un poujadisme judiciaire qui mettait "au trou" des puissants de l'économie, de la finance et de la politique. En dehors de quelques rares avocats qu'elle avait l'habileté de flatter, beaucoup n'étaient pas friands de ses méthodes et cette forme d'unanimité faisait réfléchir.
Enfin, malaise déterminant, je n'ai jamais aimé les justiciers qui niaient la justice puisque leur morale se substituait à ce que la procédure pénale, surtout strictement observée, peut offrir de rémission à des mis en examen dont les dénégations, après tout, n'étaient pas forcément absurdes. Ce qui m'a toujours troublé dans ce formalisme et ce rituel, c'était de constater avec quelle facilité ils pouvaient tourner, en toute conscience, en un sadisme qui recherchait moins la vérité que l'offense. J'ai souvent regretté cet abandon du singulier qui, il y a longtemps, faisait que le Syndicat de la Magistrature proposait l'inculpation du patronat et de la police, quand des comportements individuels étaient en cause, et qui, plus récemment, conduisaient des juges de combat à vouloir purifier la société au lieu d'examiner et d'interroger des personnes.
Nicolas Demorand, dont je suis persuadé que le for intérieur était agité par ces questions, n'a pas pu s'empêcher de faire part de son inquiétude à Eva Joly sur la dévalorisation de la politique que ses lancinantes prestations articulées sur la servilité des procureurs, la malfaisance de l'argent et des riches et la déroute de la France judiciaire depuis qu'elle n'y sévissait plus, ne manquaient pas d'entraîner. En effet, à entendre celle-ci, dans la simplicité d'un propos qui fuyait les nuances comme la peste, on ne pouvait que s'effrayer devant l'état d'une démocratie et d'une classe politique que la corruption et la faiblesse de la lutte engagée contre cette dernière auraient rendu moribondes. Tout ce qui est excessif est insignifiant, selon Talleyrand. Aujourd'hui, tout ce qui est excessif est frappé d'une légitimité immédiate. Le danger donc est grand de voir l'outrance convaincre.
Qu'on ne m'accuse pas d'un manque de camaraderie judiciaire. C'est le contraire. Je ne vois pas au nom de quoi nous devrions recouvrir sous un voile général complaisant des attitudes particulières sujettes à caution. Rien ne nous oblige à donner l'impression fausse que nous serions attaqués de toutes parts mais que nous serions, dans notre monde à nous, fraternels, solidaires et aveugles.
J'aime ces destinées qui nous contraignent à réfléchir sur le pouvoir personnel, les limites nécessaires de la médiatisation et la nature de ce qui peut honorer le corps tout entier au lieu de favoriser une ambition unique.
Si les procureurs sont serviles, Radio-France elle, est dévouée corps et âme au Parti Socialiste.
Une telle partialité, avec de l'argent public, c'est choquant.
Rédigé par : Polochon | 23 septembre 2008 à 20:58
Quel réquisitoire !
Heureusement que vous n'occupez pas le poste de DSJ, cher Philippe, sans quoi Eva Joly finirait en enfer ! Sur le fond, vous avez malheureusement raison.
Rédigé par : Thierry SAGARDOYTHO | 23 septembre 2008 à 19:44
J'étais jeune et à l'époque... j'avais aimé la phrase..."Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?" Depuis, je trouve Mme E.J. très confuse. Mais je suis sans doute avec beaucoup de doutes ? Merci de m'ouvrir autant l'esprit, la pensée et... le coeur.
Rédigé par : monik | 23 septembre 2008 à 19:16
Etre contre la corruption, c'est bien la moindre des choses pour un Juge ! Cela ne l'autorise pas à devenir un "sheriff", plus préoccupé de son image médiatique que de la réserve qui sied à sa fonction.
En ce sens, bien que sur un plan différent, Eva Joly et Renaud Van Ruymbeke ont ce point commun... Ceci expliquerait-il leur "mise au placard" ?
Quand on est sur le devant de la scène, la majorité silencieuse attend un faux pas... Car la célébrité de quelques-uns rend les autres jaloux... L'affaire Clearstream aura été celle de trop pour RVR... La Justice s'en portera-t-elle mieux ? Permettez-moi d'en douter.
Rédigé par : chevalier | 23 septembre 2008 à 18:02
Loin de moi l'idée de commenter vos points de vue sur Eva Joly et ses engagements, je m'incline.
Sur le sieur Demorand, par contre, je suis surpris de votre indulgence : il va falloir penser un jour qu'il paraît délicat, sauf à sacrifier la préparation des dossiers, d'assurer les petits matins de France Inter et l'apéro du soir sur iTélé.
On va dire que les yeux d'Eva lui font penser à ceux de Maja (mais je m'égare)
Bonjour chez vous
Rédigé par : Jean Meyran | 23 septembre 2008 à 16:56
Je crois que j’ai failli à donner pour l’anecdotique et à toutes fins utiles, qui peut savoir, pour ce qui est du japonais en tout cas, les onomatopées auxquelles j’ai fait référence dans mon post précédent:
Quelque chose qui goutte, goutte à goutte, c’est, transcrit en français amusant : « Potes à Potes à ».
Mais transcrit selon la transcription américaine, ça donne : «POTA POTA » - Maintenant si les gouttes sont un peu conséquentes et d’une certaine texture (ex. gouttes de sang), c’est en français amusant toujours : « Bottes à bottes à ».
Transcrit selon la transcription Hepburn (= américaine, mais rien à voir avec Katarina), ça donne : «BOTA BOTA », cette dernière onomatopée renvoyant également à la consistance d’un gros corps flasque flageolant !
Enfin, ‘Snif snif’ c’est « Chic chic ! ».
En transcription Hepburn : « SHIKU SHIKU », et avec cela on dira que les américaines n’ont pas d’humour !!
Je ne sais pas si les écarts entre « le penser » en français et « le penser » en norvégien sont susceptibles de donner des choses aussi amusantes que celles-là, mais ce serait sans doute intéressant à savoir, vu que la langue dans laquelle fondamentalement les gens pensent conditionne pour beaucoup leur mode de compréhension de la réalité, y compris la juridique!
Rédigé par : Catherine JACOB | 23 septembre 2008 à 16:20
"Je ne l'ai pas lu et n'ai pas l'intention de le lire. Parce que j'ai lu les autres."
C'est très très dur et je crois qu'on peut difficilement faire pire dans la critique!
"ce qui chapeaute la personnalité d'Eva Joly et lui donne magiquement quitus pour tout : elle est contre la corruption !"
ça devrait pourtant donner à réfléchir qu'on soit prêt à beaucoup pardonner pourvu qu'on soit certain d'avoir affaire à de l'incorruptible!
Ceci dit j'entends bien qu'il n'y a parfois rien de pire non plus que la vertu!
"ces perpétuels aller-retour Paris-Oslo qui montrent à quel point Eva Joly, dont on ne sait si elle a réussi en Norvège, est obsédée par le désir de donner des leçons en France à des juges d'instruction[...]et à des procureurs[...] "
C'est vrai que c'est parfois très irritant de recevoir des leçons d'étrangèr[e]s auxquel(le)s la France a permis de faire une carrière par le biais du mariage qui n'aurait peut-être pas été aussi brillante à mener avec leurs propres forces dans leur pays d'origine. Mais l'inverse est vrai aussi.
Ceci étant et comme souvent, j'ai un exemple et c'est celui d'une collègue d'origine américaine ayant été amenée à vivre un certain temps au Japon où son français de mari avait été envoyé en mission, et que j'avais invitée un jour à déjeuner en compagnie de ma sœur et de son mari, de deux familles japonaises - issues de milieu très différents et qui se sont poliment ignorées tout le long du repas vu que l'une était arrivée très en retard ce qui avait positivement choqué l'autre -, ainsi que de quelques amis, et qui n'a cessé de tout critiquer, du fait que je ne recevais pas chez moi (pas assez de place) mais ailleurs, que j'étais vêtue de telle façon alors que les circonstances auraient voulu que ce fut de telle autre, qui plus est de vêtements qui ne m'allaient pas (trop amples, suggérant quelque part que j'avais dû m'habiller aux Emmaüs), ne cessant de me demander si je me rendais compte à quel point l'une des deux japonaises était distinguée contrairement aux japonaises en général, et à l'autre japonaise invitée en particulier et enfin critiquant :
- l'université française en général, précisant que sa fille ferait des études en Amérique vu que sa mère avait les moyens de lui payer des études qui coûtent très très cher au milieu d'étudiants qui dès lors sont réellement motivés (je veux bien, mais l'un des fils de ma sœur, a, pour sa part, fait ses études dans une université américaine réputée après avoir contracté un prêt étudiant qu'il rembourse depuis qu'il est salarié, et sans ce que cela ait donc coûté un centime à ses parents!),
- ses collègues d'anglais dont pas un seul n'était capable, paraît-il, de donner une conférence en anglais sur les sujets dont ils étaient censés être spécialistes alors que n'importe quel professeur de français aux U.S.A ou ailleurs serait mort de honte de ne pas faire sa conférence dans la langue de Molière,
- et se montrant en définitive convaincue qu'un bon linguiste ce n'est pas celui qui pérore dans sa langue sur des sujets compliqués mais celui qui connaît l'onomatopée pour 'avoir la goutte au nez' ou encore 'morve' ou bien 'se moucher', je ne sais plus exactement mais c'était quelque chose de cet ordre d'intérêt!
Chose que bien évidemment ne savent jamais les Français, si en revanche, ai-je envie d'ajouter, ils se font rarement prier pour moucher les morveux/ses!!
Rédigé par : Catherine JACOB | 23 septembre 2008 à 14:23
J'ai trouvé votre texte un peu compliqué, nonobstant, je suis d'accord avec vous, Eva Joly m'a toujours beaucoup agacé !!!
Rédigé par : bruno | 23 septembre 2008 à 13:51
Effectivement, à l'instar de l'actuelle garde des Sceaux qui adressait des lettres émouvantes à faire pleurer aux personnalités politiques de tous bords pour faire carrière, l'éthique de conviction de la juge Eva Joly pose question : hier supporter du MoDem, aujourd'hui tête de liste, au plus modestement (sic) numéro deux du groupe Verts au élections européennes, tout cela rend la politique un vulgaire manège à gagner un siège en dépit de sa couleur.
Rédigé par : SR | 23 septembre 2008 à 13:30
Le visqueux, comme je l'appelle (Michel Houellebecq) est un grand écrivain et certainement le centre littéraire germanopratin du moment qui se prend par trop souvent pour le centre du monde tout court mais c'est ainsi; il n'y a que les français pour tomber dans le panneau et s'en trouver toujours stupides ... Vous n'êtes pas au fait de ce monde littéraire, cher PB. Encore une fois, il faut que je vous explique les choses. BHL, hormis sa fortune héritée, est peu épais dans ce réel monde de l'esprit, la pensée, la réflexion ... Il n'y a que vous -je me répète- pour faire attention plus que cela aux productions intellectuelles de cet homme. Personnellement, je l'aime bien; il me fait marrer et quelquefois il dit et/ou écrit des choses intéressantes ... Ce que j'aime surtout c'est cette façon impériale qu'il a d'écraser et mépriser les médias quasi institutionnels, les soumettre, qu'ils rampent ces pseudo férus de liberté d'information et d'expression et de liberté tout court. Henri Guaino l'a traité de petit con; Chevènement, lorsqu'il (BHL) voulut ramener sa fraise et l'attaquer sur un peu tout et n'importe quoi, lui a cloué intellectuellement le bec en deux phrases comme on donne une gifle à un petit enfant gâté qui veut jouer dans la cour des vrais intellectuels. Il s'en est retourné chez lui la queue entre les jambes, le "philosophe" et plus jamais il n'y est revenu s'y frotter ... Donc, voici: Le duo littéraire Houellebecq-BHL ... Une image résumera mieux que tout cette chose singulière, je vous l'accorde. Un nain drôle gesticulant, sautant, grimaçant partout, se désole de ce que la littérature ne le reconnaisse pas comme un des siens voire un des plus important (Parenthèse: son "BAUDELAIRE" était quand même beau). Que fait-il? Il s'agrippe à la jambe d'un géant reconnu par tous et crie à la cantonnade: "Vous voyez, si je suis là, avec lui, entre ses cuisses, c'est donc bien qu'il m'a accepté et reconnu comme un grand auteur moi aussi, son alter ego! Si donc lui m'a reconnu, vous me reconnaîtrez tous! ...". Voilà, ce n'est pas plus compliqué que cela. J'imagine Houellebecq se triturant les testicules, s'emmerdant à mourir et songeant vaguement à sa prochaine partouze pendant que l'autre lui faisait part de ses envolées qu'on trouvera certainement dans ce livre ... Houellebecq aimant le fric plus que tout; on peut raisonnablement penser que le "philosophe" a dû raquer sévère pour faire figurer son nom et sa glose près des siens ... Tout ça sera vite oublié, soyez-en sûr ...
Allez, bonne journée.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 23 septembre 2008 à 12:30
Tout à fait d'accord avec vous sur l'ensemble de ce billet.
Excepté le passage sur "la stratégie politique", car il ne me semble pas que s'engager auprès du Modem ou d'Europe Écologie relève du génie politique... Eva Joly, si elle avait voulu aller à la soupe, étant donné l'importance médiatique que lui prête notre cher pays, aurait pu décrocher son téléphone et appeler des responsables UMP pour prendre la place de n'importe quel candidat. Il est inconcevable que cette place ne lui eût pas été cédée. De là, plusieurs conclusions parmi lesquelles: soit l'UMP ne se soucie pas de la chance qu'un candidat alternatif donne à leur campagne (et c'est le contraire de ce qui nous a été démontré à la mairie de Neuilly), soit la stratégie d'Eva Joly n'a rien a voir avec celle d'une victoire assurée (cf. réussite approximative du Modem, et inconnu total avec le groupe Europe Écologie), soit, tout simplement comme elle l'exprimait au micro de France Inter, elle est persuadée que la politique française (et surtout celle des grands partis) est pourrie par les affaires... Ce que vous appelez donc, du Poujadisme. Mais, elle a le "droit de tout dire", et il est dur de contester qu'au regard des Hauts-de-Seine et de ses mairies sulfureuses, ou encore des affaires complexes qui ont traversé les gouvernements et les partis majoritaires, il semble logique de pouvoir tenir ce discours... Et alors que 2 sources journalistiques ont vu Tapie a l'Élysée et qu'aucun grand média n'a repris la nouvelle, il est difficile de se contenter des démentis de l'ancien président de l'OM et l'actuelle ministre de l'économie pour reconnaître que "non non, l'Élysée n'a rien a voir là-dedans".
Vous invoquez à juste titre "la procédure pénale, surtout strictement observée", mais quand on sait que certaines procédures n'aboutissent pas avant plus de 10 ans et divers recours aux conclusions contradictoires, il semble logique de trouver un autre moyen d'assainir cette politique, en commençant par défendre un message honnête et moral. Je concède que si l'on compare les propos de cette dame à un "désolé d'être ami avec Bouygues, Lagardère, Dassault, etc...", alors oui, Eva Joly peut sembler un brin populiste, mais je fais alors partie de ceux à qui elle donne un peu d'espoir.
Rédigé par : Francois Pesce | 23 septembre 2008 à 11:07
N'y a-t-il pas un fort parallélisme entre la carrière judiciaire/littéraire/médiatique/politique d'Eva Joly et celle d'Eric Halphen?
La notoriété d'attaquer les "puissants" demande des personnalités fortes qui peuvent conduire à des "ego" surdimensionnés que la célébrité renforce...
Etre juge d'instruction n'est-il pas aujourd'hui "un autre moyen" d'être une star et de vendre ses mémoires...
il suffit d'avoir "la chance" d'une affaire qui passe aux 20 heures...
Rédigé par : francis | 23 septembre 2008 à 10:33
En consultant le titre de ce billet, j'ai d'abord pensé que M. Bilger le consacrait à Sylvie Joly - n'avait-il pas consacré sa prose à Angelina Jolie - et c'est donc sur une curiosité vis-à-vis des raisons qui pouvaient inspirer l'auteur que j'ai entamé le lecture de ce billet.
C'est dire, en dépit de l'aura médiatique dont bénéficie Eva Joly combien je suis insensible et réticent au "tableau de chasse" et faits d'armes judiciaires qu'a à son actif l'ancienne juge d'instruction du pôle financier de Paris. Je partage les réserves et observations de M. Bilger sur cette ancienne magistrate. Elle incarne une justice de vengeance sociale démonstrative et parfois humilante, et s'est imposée comme la femme la plus puissante de France, celle qui fait trembler et s'incliner "les puissants" - MM.Dumas, Sirven, Tapie - et réjouit par conséquent, au pays de La Fontaine, "les faibles", en accréditant l'idée d'une justice de classe dont elle serait le héraut téméraire et, au final, victimisé par le système qu'elle dénonce. La pose trop facile, les cordes trop usées.
En fait, Mme Joly est allée au bout de sa logique d'isolement, mais l'institution judiciaire n'offre pas à certains de ses membres de juridiction in Parténia afin qu'ils finissent d'y poursuivre, en toute quiétude, d'éventuelles chimères. C'est peut-être dommage, car cela porte sens.
Ce n'est donc vraiment pas une surprise de voir des mouvements politiques s'intéresser désormais à son potentiel dans le cadre des prochaines élections européennes, ni la voir elle-même entrer dans cette conversion.
Pourtant, cette forme de vedettariat met en cause ses pairs en justice, tant à l'instruction, au parquet, qu'au jugement.
Cette manière de pratiquer relève de l'imposture et de la séduction, ce qui explique sans doute la fascination que ce type de figure judiciaire exerce sur les médias, et, je ne suis pas tout à fait sûr que la majorité des citoyens en soit dupe, sur la population.
Peut-on faire ou participer à l'oeuvre et à la tradition de justice si on l'assimile à de prophylaxie face à une société donnée à un moment donné?
L'exercice de la justice est trop sérieux et important pour s'inscrire délibérément dans des narrations ou nourrir des fantasmes sociaux qui trouveront toujours des écuries d'Augias à nettoyer, des turpitudes plus grandes justifiant des turpitudes moindres en dépit des talents de mise en scène médiatique ou photographique:
la Justice n'est pas une illustration, même et surtout talentueuse, car elle n'est pas destinée à assurer des transferts anthropologiques.
Même les Italiens reviennent - avec beaucoup de mal - de l'opération manu pulite, des ferveurs malsaines qu'elle a entretenu et entretient toujours.
Si la Justice est figurée aveugle, c'est sans doute pour dépasser les apparences, les polémiques, les effervescences publiques, les instrumentalisations, et n'être pas dans le préjugé puisque c'est à elle de juger et que devant elle il n'est ni faible ni puissant.
Ce n'est pas une question d'idéal à atteindre, toujours insatisfait par définition. C'est simplement le lieu d'expertise à partir duquel la justice se réalise qui détermine qu'il en est ainsi.
C'est ce lieu qui est une institution. Indépendamment de ceux qui la servent ou sont tentés, individuellement ou collectivement, de se servir d'elle, en extrapolant un rôle qui ne leur est pas conféré.
Je ne me fais guère d'illusion. Nombreux seront eux et celles qui me taxeront de naïveté. Mais la véritable naïveté c'est voir les choses comme elles ne sont pas pour la faculté qu'elles offrent ainsi de poursuivre son ou ses désirs.
Rédigé par : daniel ciccia | 23 septembre 2008 à 10:00
2002. Eric Halphen avec Jean-Pierre Chevènement. On a vu la suite.
2009. Eva Joly avec Daniel Cohn-Bendit. Et si celui-ci décidait de se présenter en Allemagne, comme il l’a déjà fait, où irait-elle ?
Rédigé par : dab | 23 septembre 2008 à 09:25
Pan!
Une louche pour Eva!
Rédigé par : mike | 23 septembre 2008 à 08:53
Du grand Bilger que ce billet !
Excellent de bout en bout.
A propos, merci pour le tuyau que vous me donnez pour tous les jours dans mon travail :
lecteur à Véronique :
"Avez-vous lu le dernier de X. ?
à présent, Véronique à lecteur :
"Non. Je ne l'ai pas lu et n'ai pas l'intention de le lire. Parce que j'ai lu les autres."
Rédigé par : Véronique | 23 septembre 2008 à 08:33