Charlie Hebdo en famille
Invité à l'avant-première du film de Daniel Leconte "C'est dur d'être aimé par des cons", je m'y suis rendu parce que quelques invités étaient des amis et que la liberté d'expression ne me laisse pas indifférent.
Durant toute la soirée, j'ai éprouvé un malaise.
Le film était consacré à l'affaire des caricatures de Mahomet, à la préparation et à la relation du procès ayant abouti, comme on pouvait heureusement le prévoir, à la victoire de la "bonne" cause, celle de Charlie Hebdo. Les craintes, sur ce plan, manifestées par le magistrat ayant requis apparaissaient excessives, sans doute pour amplifier son rôle. Il était inconcevable que la juridiction saisie puisse, dans le mouvement général à la fois démocratique et juridique qui avait précédé l'événement judiciaire, ne pas adhérer à l'argumentation des défendeurs, d'autant plus que celle-ci était développée par deux conseils de haute volée, Georges Kiejman irremplaçable parce qu'unique et Richard Malka, techniquement redoutable. Je continue à penser que la campagne menée par Philippe Val n'est pas devenue consensuelle mais qu'elle l'était dès l'origine, s'agissant d'une conception intégriste de la religion musulmane et d'un filon à exploiter par les politiques sans risque aucun pour eux.
Le malaise qui m'a habité ne naissait pas non plus de la structure de l'oeuvre présentée puisqu'après tout, il était normal que Charlie Hebdo se mette en valeur et se consacre comme la partie essentielle dans ce débat au point de rendre étique la contradiction adverse qui était ridiculisée sur le fond ou seulement assumée par Francis Szpiner, plus préoccupé de faire des mots que de la faire valoir avec sérieux. Il était facile de deviner dans ce film une connivence ironique entre avocats, qui semblait plus importante que la polémique de fond elle-même et les divergences apparentes des audiences. Seul Georges Kiejman cherchait à échapper à cet exercice un peu trop confortable qui consiste après coup à minimiser les fractures pour se donner l'attitude du beau joueur. Le conflit et son intensité, la controverse et sa problématique avaient disparu du film au profit d'une célébration unanime puisque même Francis Szpiner ne s'en dissociait pas. Il y eut tout de même une idée fondamentale exprimée par Richard Malka : elle soulignait l'importance de la distinction nécessaire entre le fait historique et la croyance mais on ne l'a pas creusée car il semblait évident à l'auteur du film qu'elle ne méritait pas davantage.
Mon malaise, je suis parvenu à en discerner la cause quand j'ai osé m'avouer que ce monde, ce public d'initiés, de people et de bonnes consciences, qui se congratulaient, s'embrassaient et se donnaient raison, Bernard-Henri Lévy, Raphaël Enthoven et Claude Lanzmann entre autres, étaient, pour beaucoup, les mêmes qui avaient applaudi Val dans son offensive contre Siné. Si celui-là est recommandable et celui-ci paraît-il détestable, il n'empêche que la cause du second était à défendre contre la censure morale et professionnelle exercée par le premier. Pourtant, personne ne semblait s'émouvoir de la contradiction entre cette fête de la liberté d'expression en faveur de Charlie Hebdo, pour les caricatures de Mahomet, et le triste exemple donné quasiment par les mêmes dans l'étouffement d'une parole, certes acide mais qui se contentait à tort ou à raison de dénoncer un comportement singulier de Jean Sarkozy sans tomber dans un pluriel qui aurait signé l'antisémitisme.
Charlie Hebdo, avant, pendant et après le film, se retrouvait en famille. Parce que le combat des caricatures était juste à mener et qu'il autorisait une légère condescendance à l'égard de ceux qui n'avaient pas su emprunter le bon chemin, j'avais l'impression désagréable d'un étouffement dans le contentement de soi qui faisait oublier que malheureusement la liberté d'expression n'était plus, depuis longtemps, un bloc. Je me surprenais à craindre que, pour peu qu'aucune religion ne soit la cible des attaques, l'enthousiasme de ces membres d'une même famille intellectuelle et médiatique faiblisse ou même disparaisse. Je pressentais que Charlie Hebdo et sa mouvance partisane et admirative ne seraient pas gênés de choisir, de sélectionner leurs luttes pour une parole et des écrits libres - qu'ils ne s'engageraient que pour relever des défis leur permettant de s'approuver eux-mêmes.
Comment, dans ces conditions, être à l'abri du sentiment crépusculaire qu'aujourd'hui, la justice et la vérité se divisent et qu'il y a des victoires abondamment commentées qui ne font pas oublier les défaites ou, pire, les indifférences, voire les trahisons de la liberté ?
Pour rendre à un média ce qui lui appartient, j'ai osé ce billet à la suite d'une critique intelligente du film de Daniel Leconte dans le Monde, sous J.M. Je ne sais pas qui il est mais, tout en se félicitant, comme moi, de cette issue judiciaire favorable et de cette belle respiration démocratique, il montre bien les limites de l'exercice et regrette que l'adversaire soit d'autant plus aisément terrassé qu'on l'a rendu invisible.
Ce film sur Charlie Hebdo et sa résistance ciblée, avec la salle qui l'applaudissait et se louait dans le même élan, c'était une touchante photo de famille. On était heureusement entre soi.
Au risque de paraître vieux jeu, je ne trouve pas que c'était une très bonne idée de publier ces caricatures.
Comment peut-on soutenir que la laïcité impose aux religions de rester dans la sphère privée et dans le même temps railler l'islam en public ?
Certes, les anticléricaux de tout poil ne se sont jamais privés d'agir de même avec la religion catholique, et la Justice, parfois saisie dans le passé, leur a toujours donné raison.
L'issue du procès ne faisait donc aucun doute et la décision est dans le droit fil de la liberté d'expression.
Fallait-il en "remettre une couche" avec ce film ? J'en doute encore plus. Lors de la sortie de "La Passion", les mêmes qui se congratulaient hier, s'offusquaient de la mise en cause outrancière des Juifs dans la mort de Jésus.
Il me semble que l'on devrait éviter de heurter les croyants, quelle que soit leur religion, si on veut vraiment apaiser les esprits.
Un bon quart de la population se déclare "agnostique"... Ce n'est pas une raison pour faire de la laïcité une nouvelle religion.
Quant à la censure imposée à Siné par Val le "libertaire", elle est en décalage total avec les arguments développés par Charlie Hebdo dans l'affaire des caricatures.
Bref, j'éprouve le même malaise que vous.
Rédigé par: chevalier | 17 septembre 2008 at 04:11
Charlie Hebdo a utilisé ce procès pour faire de l'auto-promotion. C'est un fait, et c'est peut-être légitime.
La question que je me suis posé, c'est de savoir dans quelle mesure cela n'était pas l'objectif de la publication de ces caricatures, et cela c'est plus gênant.
A lire aussi sur le procès, la carnet de Joann Sfar, Greffier, qui présente une vision certes favorable à Charlie Hebdo (difficile objectivement de ne pas l'être), mais avec des réflexions et des commentaires approfondis.
Enfin, le procès à venir de l'affaire Siné ne devrait pas manquer de sel, car nombre d'arguments utilisés par Charlie pourront l'être par Siné. Cela m'étonnerait que les avocats de ce dernier s'en privent.
Rédigé par: ElDesdichado | 17 septembre 2008 at 07:56
"Je pressentais que Charlie Hebdo et sa mouvance partisane et admirative ne seraient pas gênés de choisir, de sélectionner leurs luttes pour une parole et des écrits libres - qu'ils ne s'engageraient que pour relever des défis leur permettant de s'approuver eux-mêmes."
En écho, je vous propose cet extrait d'une tribune d'A. Finkielkraut publiée dans Le Figaro en novembre 2006 :
"L'affaire Redeker et la blessure de la liberté"
"... Et puis, on l’oublie trop souvent : la liberté d’expression n’est pas une sinécure. Ce droit de l’homme n’est pas seulement mon droit. L’homme, c’est moi, mais ce n’est pas que moi. L’homme, c’est aussi les autres hommes et leur droit insupportable de dire des choses que je n’ai pas envie d’entendre, des choses qui m’énervent, qui m’effraient, qui me blessent, qui m’accablent, qui m’écorchent vif, qui me font mal. Dans une société ouverte, aucune conviction n’est souveraine, ce qui fait qu’elles sont toutes en colère. "Ma liberté n’a pas le dernier mot, je ne suis pas seul", écrit Emmanuel Lévinas.
Voilà sans doute pourquoi la liberté d’expression est si fragile."
Ce que j'aime dans ce paragraphe d'AF, c'est qu'il me dit que la liberté d'expression que je reconnais à l'autre, peut être un déchirement pour moi.
Le film que vous évoquez - Ah, Ah ! le procureur si inquiet et les avocats pas si inquiets que ça... -, l'ambiance épanouie et heureuse de la projection privée parisienne à laquelle vous avez assisté semblent si éloignés et absents des gravités dont parle AF.
Rédigé par: Véronique | 17 septembre 2008 at 08:21
Un seul regret, que Charlie, Hebdromadaire qui bosse deux fois plus n'aille plus au Siné !
non non ! :-(
sinon je me permets de vous rectifier en votre chute :
"Ce film sur Charlie Hebdo et sa résistance ciblée, avec la salle qui l'applaudissait et se louait dans le même élan, c'était une touchante photo de famille. On était heureusement entre soiE."
Je suis certain que ceci était une perche tendue ! Dont acte !!
Amitiés cactées.
Rédigé par: Cactus va au Siné | 17 septembre 2008 at 09:30
Je n'écris pas pour apparaître sur votre blog mais pour vous remercier de vos posts qui sont pour moi une respiration, de bon sens, de réflexion, d'honnêteté intellectuelle, qui me permettent de retrouver mes pensées ; ce qui est un soulagement de ne pas se sentir seule.
Espérons que ce "mouvement superficiel, égocentriste, sans mémoire" passera aussi vite que les "précieux" à une autre époque. Il est une utopie d'espérer que les vraies valeurs de solidarité intergénérationnelles - pour faire simple... entre tous les Hommes - face aux problèmes concrets de vivre ensemble, de vieillir ensemble et même de ne plus mourir seul.
Que la vie d'un Américain ou d'un Français vaille plus cher que celle d'un Afghan ou d'un Africain...... cela est un vrai débat.
Que des "intellectuels" se congratulent pour avoir fait triompher des idées... à condition qu'ils soient honnêtes et les appliquent à eux-mêmes... et que le combat d'origine n'ait pas été une mise en scène.
Je manque d'exercice pour débattre d'idées... merci à vous d'exprimer les malaises que je ressens.
Rédigé par: Marie-luce | 17 septembre 2008 at 11:14
Vous auriez du le leur dire, à la fin de la projection, votre malaise et ses raisons...
Vous vous attristez pour pas grand-chose, à mon avis. Imaginez : vous êtes chez moi invité et votre propos me déplaît. Je vous en expulse avec injonction de n'y plus revenir. En quoi aurais-je attenté à votre liberté d'expression? Il s'agit de la même chose. Siné (ou un autre) n'est pas chez lui à Charlie-Hebdo, il n'est ni chez Val, il est chez les propriétaires de ce journal. Son propos ne plaît pas à ces derniers; ils le virent. Inutile d'approfondir a postériori les raisons; le fait est déjà sa raison. Et tout comme vous hors de chez moi, sa liberté d'expression, comme la vôtre, demeurent intactes. La preuve: on la retrouve ici quant à la vôtre; dans son nouveau journal "Siné-Hebdo" quant à la sienne. Chacun voit midi à sa porte; la liberté d'expression des uns trouve sa limite là où commence l'intérêt des autres. Partant, on la recouvre entière sitôt qu'on n'est plus chez ces autres. Vous semblez inquiet de ce que en cela la liberté d'expression serait menacée. Elargissez votre observation et vous constaterez qu'il n'en est rien ni n'en a jamais été ainsi. Ce qu'ont risqué et subit Soljénitsyne, Sakharov est autrement plus douloureux que ce vague licenciement infligé à Siné ou ces ridicules procès fait à Dieudonné. Voyez Tahar Djaout en Algérie; il fut tué. Rachid Mimouni, l'écrivain Rachid Mimouni mort en exil au Maroc et enterré chez lui en Algérie. Ses censeurs sont allés jusqu'à l'exhumer pour découper ses restes en morceaux et les jeter au vent ... On l'écrase ici, la liberté d'expression, elle ressurgit là et ainsi de suite, comme en un étrange et heureux don d'ubiquité. Jean-François Kahn s'est vu refuser la semaine dernière par le Figaro auquel il était destiné un long article d'un intérêt certain. Il fut publié intégralement par Le Point avec, en incipit, la mention de ce que le Figaro, comme c'est son droit, l'a refusé ... Une censure ici, une publication ailleurs; Le Point ne le cède en rien quant à la puissance de diffusion au Figaro; même, il le dépasse. Finalement, la liberté d'expression est passée et cet article fut lu ... La liberté d'expression n'est pas l'apanage ou je ne sais trop quelle "propriété" singulière de tel ou tel. Ce microcosme publiciste parisien qui semble vous obséder est comme un mirage qui se donne pour une réalité et incontournable par dessus le marché. La liberté d'expression, l'inaltérable liberté d'expression, l'incoercible liberté d'expression, l'irréductible liberté d'expression, nait depuis toujours dans l'esprit des gens qui ne s'en font pas pour autant une quelconque profession, et s'égare s'égaie à chaque instant dans la rue en toute liberté. On n'emprisonne pas cet infini feu-follet.
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 17 septembre 2008 at 13:06
"« Oui on a le droit de caricaturer Dieu » " publiait France-Soir en 2006 en marge de la reproduction des 12 (nombre non anodin) caricatures.
Or les dessins en question en sont pas des caricatures de la divinité, laquelle est également révérée par différents cultes, mais des caricatures de celui de ses prophètes qui est au cœur d'une religion révélée déterminée, religion par laquelle est concernée une communauté de croyants donnée, ce par l'intermédiaire du libre jeu de la glose et de l'interprétation de textes posthumes et autres traditions, lesquelles, et comme partout d'ailleurs, ne sont pas égales pour toutes les 'chapelles'.
A partir de là, il semble bien qu'on ait aussi à tenir de compte de la communauté de ceux des croyants qui ne sont pas concernés par l'interprétation dont se prévaut un radicalisme ayant fait manifestement le choix, pour sa part, de s'exprimer davantage par l'action terroriste et l'intransigeance dans l'observation de rites, d'interdits et de préconisations qui ne sont cependant pas tous reconnus et/ou admis par l'ensemble des croyants qui se situent dans la mouvance du dogme en question, mais qui se voit malgré ses choix différents, mise dans le même sac et donc blessée à plus d'un titre, ce qui n'est pas juste. On peut considérer que du point de vue de ce référentiel, la liberté d'une publication sans nuances de telles caricatures était quelque part abusive.
Or, le débat sur la libre expression les oublie totalement pour se focaliser et prendre en compte le seul comportement ayant motivé lesdites caricatures et qui n'est le fait que d'une frange négatrice des valeurs reconnues ailleurs que dans l'orbe où elle est admise à exercer son pouvoir mais qui ne s'en satisfait manifestement pas. Il est clair qu'à leur égard, la publication des caricatures telles quelles, était un avertissement s'exprimant dans le cadre de la liberté de penser et d'expression admises par la législation des pays concernés par les diverses publications de ces mêmes dessins.
Toute la question est:
La frange concernée était-elle en mesure d'entendre l'avertissement qui lui était destiné sans que cela provoque de sa part une immédiate surenchère, ni que cela provoque des dommages collatéraux dans les ensembles non directement concernés.
Manifestement non!
Étions-nous prêts à en assumer toutes conséquences prévisibles et la liberté d'expression valait-elle la peine dans ce cas de figure précis que l'on expose égoïstement plus que sa propre personne?
Autrement dit, quel était le bénéfice escompté et escomptable d'une mise en œuvre de cette précieuse liberté qu'il me paraît vital de ne pas galvauder, dévoyer ou gaspiller inutilement, telle que dans le cas considéré?
C'est là une question à laquelle j'aimerais pour ma part qu'il fut honnêtement répondu tout en espérant que la réponse ne permette pas d'augurer qu'il en va dans le cas des caricaturistes comme dans le cas de la communauté en réalité caricaturée par le biais des représentations graphiques du prophète concerné, lesquelles représentations du simple fait de leur nature même de caricatures, disent qu'il n'est sans doute pas, en lui-même tel, qu'on pourrait le croire au seul vu du comportement regrettable de certains de ceux qui se réclament de son obédience, et qui est ce qui, en réalité, était véritablement visé, parce qu'on souhaite ne pas pas le voir s'étendre dommageablement pour tous à l'ensemble, en particulier sur des territoires où l'autorité est telle qu'elle ne saurait tolérer de se voir mise en question si pas carrément bafouée par l'arbitraire délirant de, notamment, certaines 'Fatouas'.
Or, j'ai bien peur que de part et d'autre en effet, on n'ait affaire qu'à des cortex préfontal immatures encore incapables d'évaluer le rapport entre la probabilité des gains et celle des risques d'une action.
Autrement dit rodomontades pseudo viriles d'un côté et surenchère hallucinée de l'autre. D'où je conclus que l'homme au masculin ne peut pas ne pas parader dès qu'il monte sur une estrade (un journal est aussi une sorte d'estrade), et cette parade lui importe souvent davantage que ce qui lui en sert le prétexte!
Pourtant, on vous aime même quand vous ne vous sentez pas obligés de paraître plus éclatant que le voisin. Et surtout quand vous vous laissez aller de temps à autre à nous écouter.
En ces matières, cherchez donc la note bleue plutôt en la bémol qu'en do majeur... Du moins c'est là mon humble conseil.
Toutefois, étant donné que moi aussi je ne suis pas indifférente à la question de la liberté d'expression vu que je la pense même cruciale au point de participer de la définition même de la démocratie, j'essaierai d'aller voir le film.
Rédigé par: Catherine JACOB | 17 septembre 2008 at 13:47
J'ai évidemment demandé à Francis Szpiner ce qu'il était allé faire dans ce merdier. Pour mémoire, puisque c'est de notoriété publique, je ne trahis rien, Francis Szpiner est franc-maçon du GODF, laïc en phase terminale et viscéralement républicain, à l'exact opposé des religieux de tout poil. Devenir l'avocat de la Mosquée de Paris dans une plainte contre Charlie au sujet de caricatures de Mahomet n'entrait pas naturellement dans ses prévisions de carrière.
Et de me répondre : "Ce procès n'avait évidemment pas de sens sur le fond et n'a surtout pas été engagé pour être gagné. Il s'agissait, face aux menaces de mort qui avaient été proférées contre les caricaturistes, de démontrer que les musulmans français s'en rapportaient au droit pour régler ce type de situation et rien qu'au droit."
Le camarade Szpiner était, de surcroît, en service commandé de l'Elysée pour assister la Mosquée de Paris dans cette démonstration de respect par les musulmans français des formes républicaines de règlement des conflits.
Ce procès fut donc une mise en scène dont l'issue était certaine et souhaitée telle par les plaignants eux-mêmes. Et c'est à peu de frais que les défendeurs se sont statufiés en valeureux chevaliers de la liberté d'expression laquelle, en l'occurrence, n'était nullement en péril.
Et votre malaise, Philippe, s'explique dès lors encore mieux. Que Philippe Val, faisant fi de son désaccord avec Siné, défende celui-ci bec et ongle, l'accompagne solidairement dans un procès à l'issue moins facile et dans l'opprobre générale, vous auriez alors été moins gêné.
Plutôt que de constater que, de nos jours, à vaincre sans péril, on triomphe avec gloire.
Vous ne prisez pas Francis Szpiner, j'ai souvent dit ici que je trouvais cela dommage tant j'ai de l'estime pour vous comme pour lui, mais admettez qu'en la circonstance c'est lui qui a pris la voie étroite et escarpée plus utile à la démonstration républicaine qu'à la satisfaction facile d'être du bon côté du manche. Avec l'assentiment courageux du très estimable Dalil Boubakeur.
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 17 septembre 2008 at 15:36
J'en ai oublié de dire que ce billet est d'une grande finesse, cela dit, vous le savez, sans la moindre flatterie.
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 17 septembre 2008 at 15:41
Si je peux me permettre, "c'est dur d'être invité par des cons"...
Rédigé par: stéphane augendre | 17 septembre 2008 at 16:10
L'explication de votre malaise est plus simple. Vous avez constaté que parmi tous ces fast-thinkers , pseudo-intellectuels médiatiques, il y avait un consensus pour casser du musulman et l'islam. Il n'y aucune limite à ça. On le sait, c'est facile de cracher sur les plus faibles, les plus précaires, de casser les plus opprimés et de stigmatiser ceux qui ne veulent pas rentrer dans le rang de la béatitude libérale-libertaire.
Sinon, je continue à faire mon ramadhan en priant Dieu de m'envoyer une vierge.
Rédigé par: yenayer | 17 septembre 2008 at 16:32
Aller au cinéma entre gens autorisés, intellectuellement bien-pensant et fiers de leurs certitudes ?
Vous êtes courageux monsieur Bilger.
Le cinéma actuel est d'une telle suffisance et d'une telle nullité, il faut remettre cela siné die ;)
Rédigé par: Surcouf | 17 septembre 2008 at 20:52
Ce qui est étrange, c'est le motif d'éviction de Siné pour une phrase ambiguë si l'on veut, à comparer au numéro de Charlie Hebdo de la semaine dernière dédié - si je puis dire-, au pape et au catholicisme.
Ce numéro est un tissu d'horreur, en dehors de l'article de Charb qui vise juste. Comble du bizarre, l'éditorial de Val, d'un style parfaitement haineux voire injurieux, passe comme une lettre à la poste ( la poste d'avant of course !).
Enfin de la part de Val, quel manque de classe, quelle inefficacité dans le propos.
Et puis chez les offusqués de service, nulle levée de boucliers, nulle pétition, bref rien !!
Rédigé par: Madame de F. | 17 septembre 2008 at 22:17
Vous ne vous êtes pas dit, comme Rimbaud à Aden : "Mais qu'est-ce que je fous ici ?". Gare qu'à votre insu on vous instrumentalise... Votre malaise peut venir de là aussi...
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 17 septembre 2008 at 22:35
Val est brillant, Val est indispensable, Val sera le Premier ministre de Marine Le Pen. (Si elle augmente la paye d'au moins 172%)
Rédigé par: lvzor | 18 septembre 2008 at 00:28
"Le cinéma actuel est d'une telle suffisance et d'une telle nullité, il faut remettre cela siné die ;)
Surcouf | 17 septembre 2008 at 20:52"
Souffrez que je ne vous corrige :
_Le cinéma actuel est d'une telle suffisance et d'une telle nullité, il faut remettre cela Siné die ;)_
cela va de soie , bien sûr , dirait Monsieur Bilger !
sissi !
Rédigé par: Cactus à Surcouf | 18 septembre 2008 at 08:25
Monsieur l'Avocat général, je vous relis et vous avez bien écrit : "Il était inconcevable que la juridiction saisie puisse, dans le mouvement général à la fois démocratique et juridique qui avait précédé l'événement judiciaire...". Est-ce à dire que le tribunal n'avait d'autre choix que de se plier aux exigences d'un mouvement d'opinion ? J'ose supposer pour ma part que la juridiction a tranché en ayant égard aux circonstances de fait et de droit, mais pas aux vociférations de ce cartel de congratulateurs qui a provoqué votre récent malaise.
Pour ma part, j'apprécie en général très modérément l'usage compulsif voire névrotique que "Charlie Hebdo" fait de la liberté d'expression que la Constitution garantit à ses "journalistes". Anarchistes de salon, ils apprécient à l'occasion de pouvoir utiliser les voies de droit que leur offrent un Etat, - par nature, - oppressif... Mais j'en reviens à mon propos : la question soulevée par ce procès et par ce film, n'est pas le droit à la liberté d'expression, mais bien l'abus de droit. Pour autant qu'il m'en souvienne, l'objet du papier en cause n'était pas tant de "critiquer Dieu" (il faut être un abonné à "Charlie Hebdo" pour ignorer que quelques philosophes ont tenté l'expérience bien avant M. Val) que d'assimiler, par le raccourci d'un trait de fusin, le prophète des musulmans aux terroristes islamistes. (George W. Bush n'était pas allé jusque là, mais la France a les neo-cons qu'elle mérite.) Si quelques millions d'excités au Proche-Orient ont donné raison à "Charlie Hebdo" dans les jours qui ont suivi la première publication des dessins, je crois que des Français de confession musulmane ont pu être blessés dans leur honneur par ce genre de provocation délibérément bête et méchante. Je remarque d'ailleurs que certains beaux esprits qui applaudissaient à l'irrévérencieuse liberté des gribouilleurs de "Charlie Hebdo" critiquaient néanmoins le discours prononcé par Benoit XVI à Ratisbonne, suspect par hypothèse d'"islamophobie". A la différence d'une caricature injurieuse, un exposé argumenté laisse pourtant une certaine latitude pour répondre de manière rationnelle. Pour beaucoup le pontife romain aurait mieux fait de se taire ; l'abstention de "Charlie Hebdo" eût été regardée comme une autocensure sans remède. Dois-je en conclure que la liberté a son siège dans la provocation mais pas dans l'argumentation ? La pensée a de moins en moins sa place dans la presse et la sortie de ce film nous en administre misérablement la preuve.
Rédigé par: Irnerius | 18 septembre 2008 at 11:08
Il est très dommageable de devoir choisir entre la peste et le choléra.
Rédigé par: le caraput | 18 septembre 2008 at 14:25
Bonjour,
Je vous aime bien.
Je vous trouve sympathique et intelligent.
Bonne journée
Rédigé par: Hugues | 18 septembre 2008 at 15:12
J'ai déjà beaucoup de mal à comprendre que l'on puisse lire régulièrement ce genre de canards (Charlie Hebdo,Le Canard Enchaîné...) mais que dire de ceux qui y écrivent ou y dessinent.
Comment peut-on, toute sa vie, passer son temps à dénigrer, à chercher ce qui va faire mal, à essayer de récupérer de l'information par des moyens limites, à caricaturer, à voir le mauvais et le petit côté des choses !!
Cela doit vous rendre aigri, sombre, parano.
Heureusement, la vie ce n'est pas que du noir et du blanc, c'est plus subtil et finalement, beaucoup plus intéressant.
J'entends déjà les professionnels de la défense me parler de démocratie, de liberté d'expression......etc...
Il manque une chute alors je dirai que ce blog participe lui, de bonne façon, au débat public.
Rédigé par: Polochon | 18 septembre 2008 at 15:14
Si maintenant Charlie Hebdo, journal satirique bête et méchant, se prend au sérieux, tout fout le camp !
Rédigé par: Florence | 18 septembre 2008 at 15:14
Juste pour dire que j'ai acheté le numéro deux de Siné l'hebdo ; je pense qu'il faut le lire avant d'émettre une pensée trop vite définitivement négative !
Lisez au moins Michel Onfray en page deux de couv' gratos debout, à l'abri des regards, dans une grande presse ; quelqu'un de bien que ce monsieur !
sissi !
Rédigé par: Cactus | 18 septembre 2008 at 17:19
Apprendre que le Siné a "cassé" son assurance-vie pour lancer son hebdo, ça laisse coi ... Ainsi, il avait une assurance-vie, l'anarchiste ... En fouillant bien dans ses poches, on devrait trouver aussi la carte Vitale ... Ah ils sont beaux ces avatars de Ravachol et Kropotkine!... Bonne mère! si eux sont anarchistes, alors moi je suis cosmonaute et avocat général à la Cour d'Appel de Paris ...
- Bon, j'aimerais bien toucher l'Euromillions, moi, demain ... T'en penses quoi, Bakounine?
- Hum hum, il faudrait jouer les bons numéros ...
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 18 septembre 2008 at 17:37
Bakounine, il ne pense plus à rien ! ( réécoutez "le chien" de Léo !)
Rédigé par: Vieux camarade vitamine à Aissa | 18 septembre 2008 at 18:44
Brassens, Brel, Ferré ... Ils manquent. Reste Ferrat mais pour combien de temps; il n'est plus tout jeune. Fred Chichin s'est tiré sans crier gare ... Un second des Pink-Floyd, Wright ... O temps, suspends ton vol!... Il nous reste Mireille Mathieu, précieusement conservée dans la naphtaline ... Et Nique-Ta-Mère qui repartent en concert ... Je me souviens Jessye Norman, magnifique ... Je l'attrape par le cou, grosse bise sur la joue et, voulant immortaliser la scène, lui dis dans mon anglais mâtiné de rabouin: "Hey, Jessye, i want to be make love with you !...". Je voulais dire faire une photo ensemble ... Elle me regarde et éclate de rire mais d'un rire soprano, un rire qui a duré longtemps ... Je me dis mais qu'est-ce qu'elle a à se marrer comme ça ... J'ai la photo de ce rire, là, et chaque fois que je la regarde, je me marre et me dis qu'il y a des fois où vraiment j'ai un sacré coup dans le casque ... Allez, pour clore positivement ce billet un peu tristounet, deux phrases: d'abord, la plus belle phrase raciste que j'aie entendue de ma vie. Un môme huit-neuf ans, fils d'une amie, qui me regarde et soudain me balance comme ça, direct, sans raison, sans agression de ma part: "Le Père Noël des Français il est meilleur que le Père Noël des Arabes!". Je l'ai ruminée longtemps, celle-là ... Impossible d'en tirer une conclusion.
Puis l'autre: l'homme le plus vieux (officiellement) de la terre, actuellement, un Japonais, 115 ans: "J'ai vécu trop longtemps, je suis confus ...". C'est beau une phrase pareille ...
Bonne nuit.
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 18 septembre 2008 at 22:11