Trop de sujets, aujourd'hui, et je ne veux rien exclure. Pourtant, du dérisoire au tragique, la ligne est claire et la montée évidente.
Alain Delon ne jouera pas dans une pièce avec Line Renaud. Ses exigences artistiques coûtent trop cher. Il se retire avec fracas (Le Figaro). Omniprésent depuis qu'il dit s'être mis en réserve de l'Art, désormais il nous fatigue. "Il faut savoir", chantait Aznavour. Alain Delon devrait méditer les paroles.
A la demande des avocats d'une défense qui voulait éviter à toute force la tenue d'un procès à Rennes, une affaire criminelle a été renvoyée "pour une bonne administration de la justice", ce que d'aucuns ont traduit : pour cause de Ramadan (Le Monde et Le Parisien). Il ne faut pas s'étonner si de glissement en glissement on nous impose l'autorité de "lois" et de convenances particulières au détriment de l'intérêt de tous. On a commencé par accepter la présence de femmes voilées dans les salles d'audience, puis on les a laissées témoigner devant des jurys populaires sans leur enjoindre la décence laïque, enfin nous avons le Ramadan comme motif pour surseoir à l'oeuvre de justice. Tout va bien qui se dégrade insensiblement mais sûrement ! Le comble, c'est qu'on y met la main et l'esprit.
Le drame, c'est la mort récente des soldats français en Afghanistan et la polémique grave qu'a suscitée le reportage de Paris Match sur les Talibans, avec l'interview de l'un des assaillants. Le Parisien, Le Figaro et Le Monde s'en sont fait l'écho, avec le site du Nouvel Obs, et le rédacteur en chef de l'hebdomadaire, Laurent Valdiguié, a par ailleurs répliqué aux critiques.
Sauf à supposer que Paris Match aurait par nature, comme l'a dit trop rapidement Daniel Cohn-Bendit, "tout un côté abject dans le voyeurisme" et que sa rédaction ne serait composée que d'irresponsables et de malveillants, il faut bien tenter d'appréhender la problématique qui est au coeur de cette controverse.
Le premier mouvement est évidemment de répugnance devant ces photographies qui montrent les tueurs et leur attirail guerrier, et à la lecture de l'entretien avec un Taliban qui expose tranquillement ses projets de massacre. En ce sens, Max Gallo n'a pas tort, qui affirme que la vérité n'avait pas besoin de ces représentations. Même si à force d'être sollicité comme chantre de la Patrie, il devrait prendre garde à ne pas finir en un Déroulède de l'ère médiatique faisant un peu systématiquement dans le "tragique troupier"...
Ce qui dérange, c'est que Paris Match ait clairement affiché que le reportage n'avait pas une visée politique mais voulait seulement informer sur les desseins de ceux qui avaient tendu l'embuscade. Entre la réalité brute de ce massacre aux modalités encore mal déterminées et le journaliste et sa photographe, nulle médiation, seulement leur curiosité à l'égard d'un groupe ennemi de la France et de l'Occident chrétien, fier de ses valeurs et son appétit de mort, osant proclamer que son action relevait de "la légitime défense".
Etait-il nécessaire de mettre la lumière sur ces Talibans et de leur donner la parole ? La France aurait pu s'en passer. Reste qu'il n'est pas indifférent, pour ceux qui se berçaient encore d'illusions, de pouvoir lire, proférées avec une telle crudité et un cynisme aussi tranquille, les ambitions et les intentions de ces fanatiques.
Cessons l'hypocrisie qui consiste à s'indigner devant cette affreuse complaisance médiatique et à prôner en même temps l'urgence d'un dialogue avec ces mêmes Talibans, force politique et combattante paraît-il incontournable, si on suit certains spécialistes réels ou prétendus de cette région du monde. Je n'ai pas rêvé, j'ai entendu des esprits brillants et distingués plaider pour le retour des Talibans dans la complexité afghane, en dépit de leur conception de la politique, de la société et de l'humanité. Ces barbares - le président de la République a légitimement usé de ce terme pour les qualifier - sont souhaités par certains dans une future négociation et la triste expérience historique fait craindre que le dégoût d'aujourd'hui succombe demain devant les contraintes de ce qu'on appellera la "politique du réel".
Paris Match, donnant de l'écho à ces voix malades et meurtrières, leur donne-t-il du lustre et de l'éclat ? Il me semble que c'est plutôt le contraire, sauf à admettre que des lecteurs puissent être si peu clairvoyants qu'ils confondraient la légitimité d'un combat avec la folie de déséquilibrés. Je ne perçois pas non plus, dans la présentation et les questions, une tonalité qui serait de nature à donner fût-ce une apparence de crédibilité et d'honneur à ces ennemis.
Mais peut-être Laurent Valdiguié a-t-il plus désorienté qu'expliqué, en plaçant l'hebdomadaire derrière le bouclier de l'information. Je ne suis pas sûr du tout que ce registre puisse s'appliquer à cet épisode si lourd de drames pour les malheureuses familles. Il pourrait laisser entendre qu'il y aurait eu une sorte d'équilibre à respecter entre la tragédie française et l'embuscade des Talibans - comme, pour reprendre un exemple ressassé, si on avait justifié un débat entre Hitler et le Juif qu'il s'apprêtait à exterminer. Au demeurant, s'il s'était agi de cette seule exigence, on aurait pu reprocher au journaliste de n'avoir pas poussé son interlocuteur dans ses retranchements, n'osant pas prendre le risque de le fâcher. Il aurait été sain d'entendre les réponses non seulement aux questions sur l'embuscade mais à celles sur la vision effroyable des Talibans pour leur pays et leur peuple.
En revanche, pourquoi ne pas assumer avec honnêteté qu'il existe peut-être des provocations indispensables pour les médias ? Je formule seulement l'interrogation. Si l'information s'assigne pour ambition de ne pas seulement commenter l'ordre des choses, la communication des politiques et l'apparence des réalités économiques et financières, elle est condamnée tôt ou tard à relever des défis, à troubler. Il ne s'agit pas de cultiver les incongruités, le choquant et le nauséeux pour eux-mêmes mais parfois, cette capacité de susciter des indignations est le meilleur moyen pour approcher la vérité. Il y a souvent une corrélation, dès lors que la conscience professionnelle veille, entre l'intensité de l'émoi et et la profondeur, la justesse du fragment dévoilé. Je ne prétends pas faire l'apologie de Paris Match mais la difficulté même à trancher, sauf à se réjouir d'être sommaire, montre comme cette polémique ne mérite pas d'être traitée à la légère.
Il est facile d'écrire un billet sur les tragédies des autres et les familles dévastées, qui auraient seules toute légitimité pour réduire à néant ce que j'ai essayé de dire.
Rédacteur en chef de Paris Match, sans doute me serais-je abstenu. Mais cet hebdomadaire a raison d'assumer et de ne pas avoir honte.
"Le saoum ou sawm (صَوم [ṣawm], jeūne) désigne le jeûne pratiqué durant le mois de ramadan, quatrième pilier de l'islam.
Ce jeûne est prescrit par le Coran, il consiste à s'abstenir de manger, de boire, de fumer et d'avoir des relations sexuelles depuis l'aube jusqu'au coucher du soleil :
« Mangez et buvez jusqu'à ce que l'on puisse distinguer à l'aube un fil blanc d'un noir. Jeûnez, ensuite, jusqu'à la nuit. »
— Le Coran (II; 185)
Le ramadan est une période de recueillement et le jeûne une occasion de partager la situation des indigents."
Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Saoum
"Pendant le mois de Ramadan, le jeûne est obligatoire. Par contre, il est seulement souhaitable pour certaines occasions tel que Achoura,le dernier jour de pèlerinage, le mois de Chaabane (avant Ramadan), 6 jours du mois Chawal (après Ramadan), les 13, 14 et 15e jours de chaque mois hégire, les lundis et les jeudis. Le jeûne commence au lever du jour (alfajr) et se termine au coucher du soleil (almaghrib). On doit s'abstenir, pendant ce laps de temps, de nourriture, de boisson, de tabac et de relations sexuelles. Sont exemptés les femmes enceintes, les malades sous traitements médicaux, les enfants non pubères, les voyageurs, et les femmes en période de menstruations."
Voir :http://fr.wikipedia.org/wiki/Je%C3%BBne#Limites_du_je.C3.BBne
S'agissant des femmes en période de menstruation par ex. les entreprises japonaises leur accordent au besoin et sans difficulté un congé payé surtout dans le cas de menstruations douloureuses. Ce n'est pas dans Amélie Nothomb, mais c'est là une pratique courante et je me souviens d'avoir entendu traiter les entreprises occidentales de barbares pour ignorer cet état.
Quid des braqueurs en instance de comparution ? Il suffirait peut-être qu'ils sollicitent une dispense exceptionnelle de jeûne !
Ceci étant : "La plupart des religions ont prescrit ou prescrivent des usages spécifiques à l'alimentation de leurs fidèles, principalement pour des raisons spirituelles ou parfois à cause de théories de diététiques."
Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Religion_et_alimentation
Est-ce qu'il existe des précédents de renvois pour motif de faiblesse dû à une jeûne auquel on se serait astreint pour obéir aux préceptes d'une autre religion que l'Islam ? Dans ce cas on ne peut pas opérer de discrimination à propos des braqueurs concernés bien évidemment.
Ceci dit si on accorde à ces braqueurs de ne pas comparaître pendant le ramadan, l'équité voudra qu'on dispense un catholique très pratiquant de comparaître le vendredi ou au moins du Mercredi des Cendres au Vendredi Saint.
Maintenant le soleil se couchant de plus en plus tôt, on peut aussi les faire comparaître une heure après le coucher du soleil, une fois qu'ils se seraient restaurés!
Je réfléchis encore.
Rédigé par : Catherine JACOB | 07 septembre 2008 à 15:25
Alain Delon fait partie de cette espèce de gens qui, certainement, ont pris depuis longtemps des dispositions testamentaires afin qu'à leur mort on les enterre avec, dans la poche de leur veston mortuaire, un carnet de chèques et l'American Express... Ils sont quelques-uns comme ça... C'est ainsi...
Max Gallo... Sans commentaire ou presque... Il ne lui manque plus que le nez rouge, la tenue d'Arlequin et le compte y sera... Mais c'est l'"historien" des médias et du gouvernement, ils y tiennent... Il faut faire avec... Moi qui pleura tous les morts de la Grande guerre à la mort de Lazare Ponticelli, j'ai du éteindre ma télé pour ne plus avoir à rire de l'entendre ainsi blablater aux Invalides ; lui manquait plus que la mèche au vent et les "rrrrrr" désopilant de Dur-de-mèche Malraux et notre compte y était...
Daniel Cohn-Bendit... Il n'y a plus que vous, cher PB, pour prêter l'oreille aux débilités de ce type... Tiens, récemment, il en a ajouté une qui vaut son pesant, comparant l'attitude européenne face à la Russie en Géorgie à l'attitude Munich Daladier Chamberlain face à Hitler et le nazisme... A la ramasse complet, ce taré...
Paris Match... C'est délicat. Ce magazine est essentiellement acheté par les gens "tout le monde", comme on dit, pas forcément intellectuels ni mesurés plus que cela... Ce sont surtout les pages pipoles et les photos qui les intéressent... Or là, le sujet est grave et sérieux et les photos y sont... Les autres médias en ont fait la promotion... Comme la plupart, je ne l'ai pas acheté, juste ouvert au rayon presse de mon tabac et regardé ces fameuses photos puis reposé à sa place. Ces photos n'étaient pas nécessaires... Elles touchent à l'émotif populaire et ce dernier n'est pas de ceux qui lisent systématiquement l'article qui les accompagne voire les explicite ainsi que les circonstance de ce conflit, etc. C'est dangereux de jouer ainsi avec ce genre d'émotion collective populaire... Le lambda du coin me verra, moi, forcément un taliban en jean et teeshirt, les amalgames sont vite fait... Votre billet est raisonnable et intelligent ; cependant, le peuple, lui, ne l'est pas tant que vous ni tant que vous voulez le croire... On attise sans le vouloir une psychose collective dite paranoïde, c'est-à-dire au délire sans queue ni tête... La populace (dixit Imbert) voit la photo, ça lui suffit... Celui en nombre qui achète Paris Match n'est pas toujours, loin s'en faut, celui qui achète le Monde à la fois... Le second lira car il n'y a qu'à lire dans ce journal ; le premier regardera l'image et au mieux lira une fois sur deux voire deux fois sur trois le commentaire qui l'accompagne, quand ce sera même pas du tout et en tirera d'autres "informations" et conclusions forcément dévoyées...
Sans dire de l'outrage réel fait aux familles qui voient ainsi "glorifiés" dans une presse qui est peut-être la leur aussi ceux qui les tuent, après avoir entendu le Président de la République traiter leurs enfants soldats et leurs chefs d'incapables et d'abrutis finis...
Hervé Morin ramène sa fraise aujourd'hui quant au fichier "Edvige" qui attenterait aux libertés dixit lui et quelques autres... Quels hypocrites! Rendre légal et transparent, donc démocratique, ce qui existe dans l'ombre des officines de l'Etat et autres RG depuis des lustres, les gêne ?!... Le fait est qu'il se sent sur la sellette, prêt à être éjecté du ministère où, manifestement, il n'a jamais eu rien à faire... C'est ministre du tiercé au mieux qui lui conviendrait, si il fallait absolument pour des raisons politicardes le garder, pas à la Défense... Alors il se rebiffe, il attaque médiatiquement, il agresse, n'ayant rien d'intelligent à proposer aux Armées ni rien à dire de cohérent aux familles, "Edvige" fait l'affaire... Manière de dire au gouvernement : "Attention ! Si vous me dégagez, je passe dans l'Opposition...". Mais dégage, bouffon, et passe où tu veux si ça te chante, tu comptes zéro comme tous les précédents de ce commentaire...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 07 septembre 2008 à 14:16
Selon Eolas, le procès a été renvoyé entre autres raisons parce que certains témoins vont être jugés pour autre chose... comme un gendarme pour attouchement sexuel, etc.
En même temps, Paris Match, c'est le poids des mots le choc des photos... l'éthique et les sentiments, ils s'en moquent un peu.
Rédigé par : stéphane augendre | 07 septembre 2008 à 13:15
Mmmm.
L'autre matin, sur Europe 1 (c'est de pire en pire partout la radio...) un supposé journaliste crétin (Morandini), avait cru bon d'inviter un photographe de presse pour répondre à la question suivante (faisant clairement référence aux images de Paris-Match) : "Peut-on tout tout publier ?".
Le photographe en question était bien embêté pour répondre, allant d'une phrase à l'autre de l'approbation à la réprobation, sans bien réaliser toutefois dans quel paradoxe il se trouvait. Pourtant, par moments, face à ce dilemme il disait, "Je suis français tout de même, et les soldats qui ont été tués sont français, ils croient en quelque chose, il n'y a plus grand monde qui croit... de nos jours."
C'était intéressant, on aurait cependant souhaité l'entendre dire d'emblée à Morandini cet imbécile : "m'interroger moi photographe de presse sur le fait qu'on puisse ou pas tout publier, c'est comme demander à un charcutier s'il est moral de manger de la viande". Mais ainsi va la vie médiatique et commerciale.
La question est bel et bien de savoir si les gens qui VENDENT ces images sont d'abord des professionnels, ou d'abord des français. Il y a un moment que JD MERCHET a excellement démontré sur son blog "secret défense" que la vraie victoire des Talibans n'est pas d'avoir descendu 10 jeunes gens, c'est l'émoi politique et médiatique qui s'en est suivi. La guerre aujourd'hui se gagne aussi dans les journaux, aussi, les Talibans savent que les soldats français sont une cible politique beaucoup plus précieuse que les soldats britanniques par exemple, dont le pays est prêt lui, à les voir mourir, car il a une vraie culture militaire et surtout le respect des engagements individuels de ses soldats, ce que la France a démontré ne pas avoir : un président qui traite des soldats d'amateurs, alors même qu'il en était déjà mort plusieurs la même année en Afghanistan a tout dit à ce sujet.
Voilà, Paris-Match a mis un point d'orgue à une campagne dont la conséquence est de "prendre les soldats français par derrière": Les rendre les cibles les plus intéressantes en terme d'image pour l'ennemi. Bravo.
Ce que j'en dis, moi, nationaliste breton, ayant perdu tout espoir dans la France qui continue de ne m'accorder aucun droit linguistiques, culturels ou territoriaux, je m'en fous. Cependant, je m'étonne tous les jours de la manière terrible dont la France méprise, hait parfois, les plus engagés de ses fils.
Rédigé par : Erig le Brun de La Bouëxière | 07 septembre 2008 à 10:57
Peut être, en d'autres temps, les "envoyés spéciaux" de Paris Match seraient-ils allés questionner les membres de la 3e compagnie du 4e SS-Panzer-Regiment Der Führer de la 2eSS-Panzer-Division Das Reich.
Vous savez, ceux qui ont rasé Oradour-sur-Glane...
Bien grand dieu il faut bien informer les gens sur les motivations des combattants.
C'est une chose naturelle et le citoyen a le droit de savoir.
Rédigé par : Surcouf | 07 septembre 2008 à 09:34
Bonjour,
Vous avez oublié l'affaire toute récente des "qualités essentielles" du mariage.
Merci pour ces belles expressions :
"décence laïque" "chantre de la patrie" "tragique troupier" "complaisance médiatique" "politique du réel" "santé éthique".
Un poète a dit "chacun prie dans son coeur que sur lui le mal n'advienne pas".
J'ai un peu d'espoir car je crois au "va et vient" et que je pense que les médias sont allés si loin dans l'héroïsation de la barbarie, que maintenant pour survivre ils seront bien obligés de faire marche arrière.
Duval Uzan
Rédigé par : Duval Uzan | 07 septembre 2008 à 09:28
Les multiples indignations entendues après la publication des articles et photos de Paris Match m'ont elles-mêmes indigné.
Il me semble que la majorité des commentaires réclamait une chose insensée à mes yeux : le patriotisme des journalistes. Sans entrer dans les détails macabres des événements et en faisant abstraction du caractère qualitatif ou non de l'article de Paris Match, je considère qu'il est sain pour une démocratie d'être composée de journalistes qui ne se concentrent pas jour et nuit sur les intérêts de la politique gouvernementale.
Rédigé par : Marcellus_Walace | 07 septembre 2008 à 00:40