Excellente initiative qui vise à atteindre, grâce au ridicule, ce que des blogs - dont modestement le mien -, cherchent à réaliser sur le mode critique, voire même par l'indignation.
Les Fatals flatteurs s'assignent pour objectif d'être tellement hyperboliques à l'égard de certaines personnalités, sur les sites d'information les plus connus, que l'outrance même de leurs commentaires ne pourra que révéler le simulacre, décréter le roi nu et déboulonner les statues.
Je crains que ce ne soit pas aussi simple. Certes je veux bien croire que la dérision pourrait blesser quelques esprits trop sûrs d'eux-mêmes et qui se la verraient renvoyer en pleine face, en plein dans leur personnage. Volontiers caustiques, pleins d'eux-mêmes, peut-être seraient-ils affectés par une manière de ne pas les prendre au sérieux ou de moquer leur air tragique qui est destiné à nous laisser croire chaque jour que la démocratie est en péril ou que la prochaine guerre est à nos portes. On a le droit de le supposer mais, pour ma part, j'ai tendance à en douter.
Il suffit de citer ceux dont les Fatals flatteurs font aujourd'hui leurs victimes principales, selon le Monde : Jean Daniel, Alain Minc, Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann. Imagine-t-on l'espace d'un instant que les médias gouvernés, inspirés ou obsédés par ces derniers puissent miraculeusement les traiter autrement qu'ils ne le font à l'ordinaire ? Ces intelligences assurées manifestant sans cesse la haute opinion qu'elles ont d'elles-mêmes, se félicitant mutuellement d'appartenir à une élite dont elles ont fait avaliser l'existence et la légitimité par des médias trop honorés de les célébrer vont continuer à occuper leur espace, intervenant à tout coup et sur tous sujets, professeurs de morale, censeurs républicains, bouches d'or, parangons de vertus et intellectuels au service de tous les pouvoirs. Il est inconcevable que les médias s'arrêtent de glorifier pour réfléchir et se demander si le cercle qu'ils privilégient n'est pas trop restreint. Il est impossible que cette lancinante machine à confirmer des réputations surestimées dès l'origine ne poursuive pas sa tâche si bienfaisante pour ces élus jamais discutés, si malfaisante pour la démocratie et son nécessaire pluralisme intellectuel. Car, en réalité, qu'on ne s'y trompe pas, ces personnalités se rejoignent quelles que soient leurs divergences au demeurant minimes derrière la mousse. Ce qui fait leur succès, ce n'est pas ce qu'ils pensent mais ce qu'ils sont. Installés dans le campement médiatique, ils n'en seront jamais délogés. Décrétés importants, ils continueront à être traités comme tels. Hors d'eux, point de salut. La pensée unique est la leur.
Même si certains médias plus avertis que d'autres se laissaient toucher par cette offensive drôle des Fatals flatteurs, nul doute que se dresserait alors un obstacle de taille : la conscience du ridicule. Je suis persuadé que le propre des "têtes de turc" visées est précisément d'estimer qu'aucun éloge n'est injustifié et que toute hyperbole est bonne à prendre. Il y a des outrances qui seront accueillies avec bonheur. Pour favoriser le contentement de soi, aucun excès n'est blâmable. On en verra se rengorger plutôt que se repentir. Les flatteries, ils sauront les appréhender au premier degré. Prétendre les déstabiliser ainsi sera peine perdue. Au contraire, ils seront confirmés dans la certitude d'être le sel de la société française.
Est-ce à dire que les Fatals flatteurs doivent mettre fin à leur démarche méritante ? Surtout pas. Il me semble toutefois qu'ils n'auront aucune chance de faire triompher leur cause à eux seuls. L'acidité de la dérision, le velours feint du compliment n'auront de sens et d'efficacité que si les blogs, que j'ai évoqués plus haut, s'y mettent aussi ou certains sites moins dupes que d'autres comme, par exemple, Rue 89 à propos de BHL et de sa Géorgie inventée.
Pour abolir "l'infatuation médiatique" ou au moins la diminuer, une seule stratégie possible : mettre les dominants abusifs d'aujourd'hui entre le marteau dur et l'enclume perfide, les réduire par le ridicule, les démystifier par la vérité.
Ce sera long.
De mauvaises langues prétendent que Askolovitch fait partie de la bande des "Fatals flatteurs".
En cherchant, on doit pouvoir en démasquer d'autres...
Rédigé par : Pilou | 15 septembre 2008 à 14:06
C'est très juste et il n'est pas indifférent que les commentaires lus habituellement sur ce blog remarquent en général la perspicacité acérée de votre expression.
Rédigé par: Clignotant extrême | 15 septembre 2008 at 09:59
Je n'y connais rien en justice mais j'avoue que votre blog me donne envie de devenir magistrat pour un jour peut-être atteindre à votre sagacité.
Rédigé par: Vanessa | 15 septembre 2008 at 10:02
C'est tout ?
C'est un peu court, jeunes gens !
On pouvait dire bien des choses en somme :
Philippe, vos post sont comme les caractères de La Bruyère (Claire)
...Quand vous écrivez, le vestibule de Harlay tremble, la Chancellerie est prise de fièvre puerpérale, le cimetière des éléphants barrit de jalousie, les actrices appréhendent vos critiques, les humoristes vos saillies (j'avais placé "saillies" à la place de"critiques"... j'ai inversé...), les avocats redoutent le diamant acéré de vos réquisitoires, Catherine Jacob, notre Pic Lénine de la culture, s'émoustille devant son Gaffiot, Véronique se pâme et réclame des sels, Cactus cherche désespérément une pirouette mais termine par une révérence, sbriglia use et abuse des Cyrano, Chardonne et autres hussards réactionnaires, Marie croit voir Sa Sainteté, Jean-Dominique dispute à Aïssa la place du bon larron...
Ah ! Que l'on sait vivre à la Cour du Roi Philippe !
Rédigé par : Oural de la pensée | 15 septembre 2008 à 13:59
"Je crains que ce ne soit pas aussi simple."
J'ai pourtant le souvenir d'avoir lu quelque chose à ce propos sous votre plume quoiqu'il est vrai en effet lesté d'un brin d'humour dont l'entreprise que vous dénoncez semble nettement dépourvue.
"Ce sera long."
Ouââh Hou!
@Scrogneugneu
"Facile de se pavaner dans sa robe d'avocaillon mondain en faisant la moue devant BHL avant d'aller poser son derrière sur le siège encore tout chaud de la chaleur de son postérieur sur un plateau télé !"
Rrrrôh!
La variante du "dos à dos", serait donc ainsi le "Face to face" par chaisier ou chaisière interposé(e)? Why not!
Rédigé par : Catherine JACOB | 15 septembre 2008 à 11:51
Les fatals flatteurs font ce que les media font depuis des années: flatter artificiellement une poignée de pseudo penseurs sélectionnés pour leur capacité à retourner leurs vestes au fil des élections présidentielles. Sans fond, ces pseudo penseurs accaparent les tribunes, les télévisions, les radios avec leurs tirades de personnalités blessées par la misère du monde, leurs connaissances immenses et leurs conclusions nécessairement intelligentes, tout en sirotant tôt le matin leur jus d'orange pressé minute au Georges V, et gare au serveur si une pulpe d'orange venait à déborder du verre Baccarat, n'est-ce-pas Monsieur Minc ?
Rédigé par : SR | 15 septembre 2008 à 11:15
Blague à part, vaste programme comme aurait dit le Général. Je me souviens qu'il y a quelques années, fatigué des enflures infatuées qui sévissaient sur le plus gros forum de francs-maçons francophones (un franc-maçon vaniteux, au cours actuel, vaut trois ou quatre Minc bien tassés), où l'on se tirlipotait le nombril à grand coups de René Guénon et de Mircéa Eliade, j'avais balancé des citations et des gloses forts savantes d'Arthur Schnepitz, grand penseur juif viennois de l'entre-deux-guerres (un grand penseur est toujours juif viennois de l'entre-deux-guerres). Un régal ! Comment tout ce petit monde a plongé ! Certains avouaient à demi-mot qu'ils n'avaient pas lu "ce" texte d'Arthur Schnepitz, tout en reconnaissant la forte portée symbolique et conceptuelle de l'extrait. En vérité, il s'agissait d'une dissertation que je venais de réaliser sur le mode philosophique dans le style Ricoeur sur la recette de l'omelette au lard. Cela n'avait strictement aucun sens, rien, nada, que pouic. Quant à Schnepitz, il sortait de mon pauvre cerveau.
Le plus significatif, dans cette histoire, c'est que les gogos qui se sont laissés prendre au canular, qui, bien sûr, avaient lu l'oeuvre de Schnepitz, qui commentaient les extraits cités avec force exégèses, ont vociféré par la suite !
Vanitas vanitatum et omnia vanitas
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 15 septembre 2008 à 10:59
Et les Fatals Flingueurs, vous en faites quoi ? Facile de se pavaner dans sa robe d'avocaillon mondain en faisant la moue devant BHL avant d'aller poser son derrière sur le siège encore tout chaud de la chaleur de son postérieur sur un plateau télé ! Chacun prend son ticket, comme à la poissonnerie de Carrefour, et vous êtes tous pareils, vous les squatteurs des médias, comme les vieilles portugaises qui vous passent devant sans vergogne pour vider l'étal de morue une heure durant après avoir tâté tous les morceaux en chuintant dans votre barbe.
Rédigé par : Scrogneugneu | 15 septembre 2008 à 10:12
C'est surtout, Maître, que ces flatteurs s'en prennent très justement à des "intellectuels" qui vampirisent les médias ne laissant plus d'espace pour des esprits authentiquement libres et brillants comme le vôtre, relégués chez Laurent Ruquier.
Rédigé par : Adrien Mazerot | 15 septembre 2008 à 10:05
Je n'y connais rien en justice mais j'avoue que votre blog me donne envie de devenir magistrat pour un jour peut-être atteindre à votre sagacité.
Rédigé par : Vanessa | 15 septembre 2008 à 10:02
C'est très juste et il n'est pas indifférent que les commentaires lus habituellement sur ce blog remarquent en général la perspicacité acérée de votre expression.
Rédigé par : Clignotant extrême | 15 septembre 2008 à 09:59