Il sera peut-être, sûrement, président des Etats-Unis mais, pour l'instant, son sort est en suspens. J'imagine Barack Obama et son attente, j'ai aimé sa classe à l'égard de son adversaire républicain. Il y a une fraternité des rivaux américains dont nous devrions prendre exemple.
On a le droit de dire du bien d'Obama, puisqu'il n'est pas encore élu et qu'on ne donnera pas l'impression vulgaire de voler au secours de la victoire. Ayant suivi, comme beaucoup, cette campagne américaine portée par un immense espoir de changement - et c'est sans doute le signe le plus éclatant de la déconfiture de Georges Bush - , je voudrais ne pas me permettre sur les Etats-Unis ce qui m'est interdit en France : plonger au coeur du débat politique. Ce n'est pas que l'envie m'en manque quand je vois le manque d'impartialité des médias de notre pays acharnés à nous dire leur passion de Barack Obama en oubliant la retenue et l'objectivité qui devraient être consubstantielles à leur métier. Ce n'est pas que ce désir ne me tenaille pas quand j'entends ces comparaisons ridicules avec John Kennedy qu'on s'obstine en dépit de tout à nous présenter comme un exemple, une aurore, alors que son défaut d'intégrité et sa juvénilité douteuse devraient au moins aujourd'hui nous détourner de lui. Il serait insupportable pour notre intelligentsia d'admettre que la plus grande présidence américaine a été celle de Richard Nixon durant son premier mandat. De Gaulle ne s'y était pas trompé qui l'avait adoubé.
Je ne parlerai pas de politique et c'est très bien. Puisque c'est Obama intime, Obama au quotidien, Obama et son visage si gracile, Obama et sa vraie jeunesse, Obama et sa fragilité, Obama et ses larmes, Obama et la mort de sa grand-mère, qui occupent toute ma tête. Il y a quelque chose d'unique dans la manière dont cet homme de 48 ans a le courage et le talent d'aborder ce qui tisse le fil de nos jours, nos chagrins et nos joies - les siens.
Lorsque le Monde cite un très long passage où Obama affirme ne pas pouvoir "désavouer" sa grand-mère blanche qui l'a élevé et pour laquelle il a éprouvé une immense et inaltérable affection en dépit de "sa peur des hommes noirs" et du fait "qu'en plusieurs occasions elle a exprimé des préjugés racistes ou ethniques qui m'ont fait honte", je ne peux m'empêcher de frémir. Je retrouve, sur le plan du coeur, ce qu'il avait exprimé dans le domaine social où il s'était déclaré partisan de la peine de mort pour les meurtres et les viols d'enfants en n'hésitant pas à braver l'image idéale du démocrate et à faire preuve d'une liberté totale, même en face de ses troupes aspirant à un candidat "bloc" d'humanité et non puits de contradictions.
Je suis séduit par cette aptitude, sur tous les registres, celui de la vie privée et familiale comme sur celui de la politique, à tenir les deux bouts de la chaîne, à ne fuir aucun problème, à n'éluder aucune question, à placer ensemble dans son être l'amour infini de sa grand-mère et le racisme de celle-ci et à faire gagner le premier. Mais il ose faire part du second. En ce sens, il met à nu, il met au jour les ressorts secrets et inavoués de nos mouvements affectifs. Là où nous les dissimulons parce que nous en avons honte ou qu'ils dépassent notre entendement, offensent notre sensibilité, lui les dit et, assumant cette apparente distorsion, donne par là même une leçon.
Laquelle ? Celle de Dominique de Villepin enjoignant à ses enfants "de ne jamais avoir honte de ceux qu'on aime", celle d'Albert Camus préférant "sa mère à la justice". Celle qui murmure que le mouvement de la vie, les battements du coeur, les élans du corps et l'intensité de l'amitié valent mieux que tous les discours. Qu'il faut se méfier des idées qui séparent, de l'abstraction généreuse qui aurait pu conduire Obama absurdement à rejeter sa grand-mère, de l'éthique dangereuse et des concepts qui font mal.
S'il n'avait pas fait ce choix intime, s'il ne l'avait pas si bien explicité, s'il n'avait pas si finement perçu ce qu'il faut de boue pour tout trésor, Obama serait resté dans sa nuit.
Obama à des qualités, c'est indéniable, des défauts, c'est obligatoire ! nobody's perfect !
Mais il a une qualité qui je pense transcende toutes les autres, il affirme sa foi en Dieu et en fait un élément de référence essentiel à sa politique ! ! !
Aïe, ouille, mais qu'est-ce que j'ai dit de mal ? pourquoi me tapez-vous dessus ?
Est-ce une incongruité que de croire en Dieu et de s'y référer ?
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par: Pierre-Antoine | 04 novembre 2008 à 23:57
Ce qui rend la très probable élection de Barack Obama sympathique en dépit de la récupération médiatique à laquelle se sont livrés les médias français, y compris en terme de théorisation de l'accès au pouvoir des minorités, c'est que Barack Obama a très tôt parfaitement su incarner l'unité du peuple américain.
L'avenir dira s'il y parviendra, si se confirme bien sûr son élection.
Mais Obama a donné à la nation américaine, sortie si divisée, clivée après la défaite de John Kerry en 2003, l'espoir d'une résurrection possible dans un monde qui a changé profondément en quelques années et dont les Américains craignent qu'il les engloutisse.
L'Amérique craint plus que jamais l'avenir puisque l'expérience historique montre que tous les empires finissent par s'écrouler. Y dérogera-t-elle? C'est la question fondamentale pour elle comme pour nous.
La récente crise financière, née à Wall Street et qui a secoué la planète, résonne comme un coup de semonce dans un contexte qui introduit le doute sur ce qui la fonde.
Qu'elle retrouve, l'Amérique, le chemin de l'unité, la force de s'agréger en dépit de toutes les difficultés, c'est le plus grand miracle qu'elle peut attendre.
Ce qui est remarquable, intéressant, c'est que ce sénateur métis, vient sceller au moment où l'immigration hispanique modifie la sociologie de villes et d'Etats, où la nation peut se délabrer à cause de la crise, l'union entre Américains.
Ils n'ont pas besoin de passer par un pacte, mais procèdent par des mécanismes de foi nationale, de ferveur patriotique, auxquels adhèrent même des immigrés récents, et qui fait que cela va permettre sans doute de régénèrer les fondamentaux de la nation au moment où celle-ci en a besoin.
Il convient d'espérer toutefois que l'Amérique ne déserte pas ses responsabilités, pour se replier sur elle-même. C'est la seule crainte que m'inspire Barack Obama, mais j'ai l'impression que ce n'est pas son genre, et que, quelque part, l'Amérique c'est aussi cette capacité qui nous est devenue à nous européens un peu étrangère d'accepter, collectivement, des prix à payer.
Personnellement, chaque GI's qui meurt augmente le respect que j'ai pour cette nation, car je ne crois pas que cette cause, à laquelle nous sommes nous-mêmes associés en Afghanistan, est vaine.
Pour le reste, c'est-à-dire les années Bush, l'histoire jugera. L'intervention, au moment et dans les conditions où elle a eu lieu était une erreur. Certes. Mais je ne suis pas convaincu qu'un autre président des Etats-Unis aurait fait mieux.
La guerre en Irak? Je sais bien: chacun veut croire qu'elle aurait pu être évitée, mais c'est oublier que Saddam Hussein faisait tout pour entraver les inspections de Hans Blix et jouait, sans doute en pensant qu'il ne risquait rien, sur un type de dissuasion qui consiste à faire croire en une capacité de destruction massive et bactériologique.
Saddam Hussein a joué la dessus et il me semble improbable, compte tenu de la nature de son régime, qu'il ait pu renoncer à cette carte.
Auquel cas, sur l'hypothèse d'un tel arsenal détenu par l'Irak, quelles auraient été les chances d'une escalade régionale en matière d'acquisition d'une capacité de riposte égale ou supérieure, nucléaire ou bactériologique.
L'Iran aurait sans doute un argument considérable pour revendiquer frontalement l'accès au nucléaire militaire.
Ceci s'apparente à de la fiction, j'en conviens. A une fiction à laquelle, qu'on le veuille ou non, nous avons échappé.
Rédigé par: Daniel Ciccia | 05 novembre 2008 à 00:17
Bonjour, je voulais juste vous dire...
Bien que lecteur (relativement) régulier, je ne suis pas toujours fan de votre style (qui a son charme, mais que je trouve parfois un peu inutilement ampoulé) ou de vos opinions (mais lire des opinions différentes est une des raisons pour moi de venir ici).
Mais là, je voulais vous dire que j'ai trouvé votre texte très beau (en plus d'être une observation assez pertinente sur la personnalité d'Obama, au-delà des niaiseries hagiographiques de la presse française)
Merci et au plaisir de vous lire :-)
Rédigé par: Un passant sachant passer | 05 novembre 2008 à 00:45
Il est 1:04 à Paris et j'apprends que l'Etat d'Indiana acquis habituellement aux Républicains penche en faveur d'Obama. Première surprise... qui va peut-être permettre de sauver ma nuit.
Obama, premier noir en charge de la revue de droit d'Harvard est en passe de faire céder des milliers de barrages dans nos esprits sclérosés.
Que Joe le plombier, accaparé par l'impôt exultant de sa gouttière populiste, parvienne à excuser le monde de son immense sourire.
Rédigé par: Marcellus | 05 novembre 2008 à 01:14
Je partage entièrement votre analyse du charisme de Barack Obama. Et je tiens le pari qu'il aura à coeur, s'il est élu, de mettre en pratique ses thèmes de campagne. Et que l'on redécouvrira bien vite une nouvelle Amérique.
Par contre, je vous trouve injuste envers John F. Kennedy, lui préférant Richard Nixon. Ce dernier a démontré des "défauts d'intégrité" tels qu'ils l'ont conduit à la démission.
Kennedy a su insuffler au peuple américain ce désir de se dépasser, de renouveau, que l'on retrouve chez Obama.
Cela engendre de la haine chez certains conservateurs, décuplée par le fait qu'il soit métis et j'espère que l'Histoire ne se reproduira pas... Les Américains ne se sont jamais vraiment remis de la mort tragique de John F. Kennedy, fauché en pleine gloire et qui avait su nous faire aimer l'Amérique.
L'une des qualités d'un Président est aussi de savoir faire rêver, surtout après qu'il a été élu.
A méditer, de ce côté-ci de l'Atlantique...
Rédigé par: chevalier | 05 novembre 2008 à 01:57
Je n'ai jamais bien compris ce qu'a voulu exprimer par cette phrase, Albert Camus. "Je préfère ma mère à la justice". J'y pense souvent et n'y trouve pas d'explication. Sans doute n'y en a-t-il pas. Elle est absurde, tout simplement. Il a pensé certainement autre chose et ce sont ces mots qui lui sont venus, à la remise de son Nobel; il ne les a pas explicités par la suite, il n'y avait rien à expliciter, c'était bête mais c'était dit, tant pis. Dans ce contexte de la guerre d'Algérie, qu'était sa mère et qu'était la justice? Cette sienne mère qu'il mettait en avant était cette terre algérienne; la justice, la lutte des Algériens pour leur indépendance. Comment a-t-il pu, dans cet élan irréfléchi, opposer ainsi les deux? Cette terre, sa mère, était aussi la mère de ceux-là qui luttaient pour ne plus être asservis par une partie de ses fils. Je ne puis concevoir qu'il faisait si définitivement la césure entre une mère blanche, pied-noir autrement dit, et une autre qui lui aurait été étrangère, celle des Arabes, des Berbères, des Chaouis, des Juifs, des Mozhabites, des Bédouins ... Personne ne lui demandait ce choix; où a-t-il été chercher ça? dans quelle obscurité cachée de son esprit pourtant si lumineux? Qui n'y prend garde (et vous n'y prenez garde, cher PB) se laisse complètement fourvoyer. Une telle phrase prononcée par un quelconque auteur n'aurait pas eu un mois, un jour, de postérité. Mais lui, lui que l'on ne peut qu'aimer, l'homme et la littérature, tout en un, comment a-t-il pu exprimer une telle énormité? Cela lui a longtemps été reproché, et pour cause: elle induisait explicitement un rejet de l'autre ou plutôt une fin définitive de non recevoir à l'autre, cet autre -comment ne l'a-t-il pas vu?!- qui était précisément son frère, le fils égal à lui de leur mère commune! tout entier son frère en leur mère toute entière. Vous ne prenez pas le meilleur d'Albert Camus, cher PB, vous le citez mal à propos ... Même les meilleurs trébuchent parfois, il aurait dû dire "pardon, j'ai dit n'importe quoi". L'auteur de "L'été", de "Noces", est plus grand que cela, beaucoup plus grand ...
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 05 novembre 2008 à 02:08
Du grand Bilger ce matin ! A la hauteur de l"événement en somme.
Rédigé par: magistrat de TA | 05 novembre 2008 à 08:21
Monsieur Bilger est fleur bleue !!! Enfin, à votre âge vous laisser emporter par une opération marketing typique des Etats-Unis. Depuis deux ans Barack Obama raconte une histoire pour séduire un large public américain, il a bien fait le job du conteur avec pour seul titre "Yes we can". Après huit ans de conservatisme, le peuple américain a découvert une spécificité européenne: le vote sanction. Le vote contre a permis un tel score, et le dépassement des clivages raciaux est à mettre sur le compte des deux mandats de George Bush. Ce qui est positif dans la politique américaine c'est le renouvellement des élites permanent. Nous en France, on a glosé sur la jeunesse de Sarkozy et de Royal, alors que tous deux sont dans leur parti depuis trente ans et ont cumulé d'innombrables mandats et fonctions ministérielles. Sans aller dans la caricature Dati qui a débarqué de nulle part, un équilibre serait souhaitable entre compétences et jeunesse.
Rédigé par: SR | 05 novembre 2008 à 08:29
Superbe !
Merci !
...et chapeau bas pour l'élégance de Mac Cain qui renvoie certain(e) à leur médiocrité...
Rédigé par: sbriglia | 05 novembre 2008 à 09:08
Eh bien je ne suis pas d'accord avec Monsieur de Villepin. Je peux avoir honte de quelqu'un que j'aime. Certes on peut finasser et distinguer la honte pour ce que la personne fait de la honte pour la personne. Cela reste de la finasserie...
Mais ce n'est pas une raison pour cesser de l'aimer.
Bien à vous.
Rédigé par: Aristote | 05 novembre 2008 à 09:39
Quelle élégance et quel succès de l'ascenseur social américain.
Rédigé par: mike | 05 novembre 2008 à 10:15
Elégance de notre hôte également.
Rédigé par: mike | 05 novembre 2008 à 10:16
Je ne vais pas répéter ce que j'ai écrit hier sur l'élection américaine en commentaire à votre article "Un président privé de justice".
Quelques remarques cependant. Je comprends et partage vos critiques sur J-F. Kennedy, mais la comparaison avec Obama n'était pas totalement déplacée dans la mesure ou JFK s'est prononcé très tôt contre la discrimination raciale aux Etats-Unis.
Vous évoquez la première présidence Nixon. On lui doit en effet des progrès dans la détente Est-Ouest et des mesures intéressantes au plan intérieur. Pour ma part, je regrette notamment qu'il ait fait bombarder inutilement le Cambodge pour ensuite se désengager de la région sous la pression de l'opinion publique : le résultat fut l'arrivée au pouvoir des Khmers rouges et l'un des pires génocides du XXème siècle (mais pouvait-on endiguer les menées de la Chine maoïste ?). Deuxième point : le coup d'Etat au Chili : même si l'intervention directe des Etats-Unis n'a jamais été officiellement prouvée, nous savons quelle a été la politique de la CIA dans cette affaire, comme dans d'autres pays d'Amérique latine.
Un mot sur John McCain, le candidat malheureux de cette élection dont je ne partageais pas les idées et redoutais le programme. Vous rendez un hommage mérité à l'élégance d'Obama, j'y ajouterai le fair-play du sénateur de l'Arizona qui s'est vraiment comporté en gentleman dans cette affaire. Quant à Sarah Palin, elle représente exactement tout ce je n'aime pas dans les Etats-Unis.
La personnalité d'Obama vous fait songer aux mots de Dominique de Villepin et d'Albert Camus ; je pense plus volontiers aux larmes du révérend Jessie Jackson et au combat du docteur Martin Luther King. Je songe aussi, vous l'avez lu, aux "strange fruits", à ces fruits étranges, ces corps d'hommes noirs que l'on pendait aux arbres, il y a moins de cinquante ans.
Mais, pour être légitime, l'émotion ne dure qu'un temps.
Cette élection suscite à juste titre un grand espoir dans le monde entier. Tout d'abord, bien évidemment, parce que nous allons enfin tourner la page des années Bush, ensuite, et par voie de conséquence, parce que les Etats-Unis vont sans doute privilégier la concertation internationale à l'arrogance et au diktat. Les Etats-Unis ne seront bientôt que la seconde puissance mondiale et ils connaîtront des transitions difficiles, tant sur le plan économique et financier, que sur les plans identitaires et géostratégiques (notamment la place de plus en plus prépondérante que prendra la communauté hispanique pour des raisons d'immigration et de démographie, la reconversion d'une économique fondée sur le tout pétrole, etc.). Obama a toutes les capacités pour accompagner ces mutations.
Or ce qui compte autant, sinon plus que l'étiquette politique, c'est la personnalité, la capacité d'adaptation, le pragmatisme de cet homme et cette ouverture d'esprit que vous soulignez aujourd'hui en évoquant la mémoire de sa grand-mère.
Rédigé par: Laurent Dingli | 05 novembre 2008 à 11:04
L'élection de Obama n'a été possible que parce que Bush l'a précédé. Si le précédent président n'avait pas été aussi catastrophique, peut-être que la volonté de changement des Américains aurait été moins grande. Bush a donc été un mal pour un bien, en la personne de Obama. Mais de quoi devons-nous nous réjouir d'abord ? Précisément que Bush s'en aille, car on sait qu'il sera difficile de faire pire. Ensuite, on verra bien ce que fera Obama. En tout cas, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est soutenu par les médias français !
Rédigé par: Noblesse Oblige | 05 novembre 2008 à 11:35
"Ce n'est pas que ce désir ne me tenaille pas quand j'entends ces comparaisons ridicules avec John Kennedy qu'on s'obstine en dépit de tout à nous présenter comme un exemple, une aurore, alors que son défaut d'intégrité et sa juvénilité douteuse devraient au moins aujourd'hui nous détourner de lui."
Monsieur l'avocat général vous n'êtes pas du sexe féminin donc vous ne pouvez pas comprendre!
"Obama et la mort de sa grand-mère,"
C'est vrai qu'elle est opportunément décédée pour rallier les suffrages de sympathie et les joindre aux suffrages purement politiques.
"Lorsque le Monde cite un très long passage où Obama affirme ne pas pouvoir "désavouer" sa grand-mère blanche qui l'a élevé et pour laquelle il a éprouvé une immense et inaltérable affection en dépit de "sa peur des hommes noirs" et du fait "qu'en plusieurs occasions elle a exprimé des préjugés racistes ou ethniques qui m'ont fait honte", je ne peux m'empêcher de frémir. Je retrouve, sur le plan du cœur, ce qu'il avait exprimé dans le domaine social où il s'était déclaré partisan de la peine de mort pour les meurtres et les viols d'enfants en n'hésitant pas à braver l'image idéale du démocrate et à faire preuve d'une liberté totale, même en face de ses troupes aspirant à un candidat "bloc" d'humanité et non puits de contradictions."
Sa grand-mère c'est sa grand-mère et lui c'est lui. J'imagine que cet alsacien de la huitième génération est doté d'une autre grand-mère, du moins c'est ce que nous enseignerait la génétique si nous l'interrogions. Or, de cette autre grand-mère, de ses aspirations et de ses idéaux, il n'a guère été question, du moins outre-Atlantique, comme si ce qui pouvait la concerner était sans véritable intérêt ! Je pense qu'il a dû également avoir des grand-pères, deux en principe, ainsi que des parents !
Que penseraient par ex. sa grand-mère kenyan et son guérisseur de grand-père de voir comment les gens âgés sont traités de nos jours au USA, comme ici, eux qui sont issus d'une culture du respect des ancêtres??!!
"Il y a quelque chose d'unique dans la manière dont cet homme de 48 ans a le courage et le talent d'aborder ce qui tisse le fil de nos jours, nos chagrins et nos joies - les siens", cet homme dont l'épouse est dotée d'un très grand sens du symbole!
"S'il n'avait pas fait ce choix intime, s'il ne l'avait pas si bien explicité, s'il n'avait pas si finement perçu ce qu'il faut de boue pour tout trésor, Obama serait resté dans sa nuit."
Or, même ses petits mensonges et ses grandes prodigalités sont passés comme lettres à la poste, alors que les altérations de la vérité d'Hillary et le relooking de Palin leur coûté nombre de voix utiles!!
Mais bon, wait and see, contrairement à certains de ses partisans enthousiastes, je ne pense pas que le monde ait vraiment besoin que les USA redeviennent son modèle et je ne pense pas non plus que les terroristes vont devenir tout miel et tout sucre du jour au lendemain par la seule grâce d'un mouvement de dialectique hégélien. Donnons cependant sa chance à ce beau parleur d'être l'homme d'action que le monde et ses partisans attendent et forgeons-nous notre opinion sur pièces, notamment au vu de ses capacités à réduire notablement les dix mille milliards de dettes de l'Etat dont il va prendre la tête, tout en maintenant leur taux de chômage à un niveau non explosif et à cet effet, je ne sais pas si la superbe élégance de Michelle Robinson-Obama sera véritablement d'un grand secours!
Rédigé par: Catherine JACOB | 05 novembre 2008 à 13:43
Je ne partage pas, toutes les fois, vos avis.
Mais j'apprécie toujours la fluidité de vos phrases qui arrivent si parfaitement à exprimer les subtilités de votre pensée.
Cette fois-ci, je me suis réjouie de pouvoir apprécier, en plus, le contenu généreux de votre billet.
Rédigé par: Portes | 05 novembre 2008 à 14:14
Je trouve l'enthousiasme des Français pour Obama tout à fait déplacé si l'on considère leur peu d'appétence actuelle pour une candidature noire ou beur à l'Elysée. Dans ce monde en crise, on avait besoin d'un guerrier et on a élu un télé-évangéliste !!!
Rédigé par: bruno, "arkansas traveller" | 05 novembre 2008 à 15:45
@SR : vos commentaires sont en permanence fielleux, frappés d'aigreur et de rancissement... je vous plains, vous n'aimez pas la vie, comme une âme grise...
@Aïssa: sur cette phrase, comme vous, je me suis posé la question... je n'ai pas la réponse... mais je suis heureux qu'écrivant sur Obama, PB évoque Camus, le dernier des Justes.
@Portes : "le style est cette juste et adorable manière qu'ont les phrases de se ployer aux sinuosités d'une pensée, il est ce qui arrache une idée au ciel où elle se mourait d'ennui pour l'enduire du suc absolu de l'instant"
...je ne sais plus de qui c'est ; comme dirait "passant sachant passer" c'est un peu (beaucoup ?) pompeux ... mais "la lumière naît de l'ampoulé" dirait cactus !
Rédigé par: sbriglia | 05 novembre 2008 à 16:26
La Maison Blanche, quel pied pour Obama mais il faudra travailler dur pour que l'Amérique puisse se relever un jour. Que dieu protège le président Obama.
Rédigé par: tandian | 05 novembre 2008 à 17:01
Le temps viendra bien assez tôt des aigreurs, je suis très heureux aujourd'hui de l'élection d'Obama. L'antiaméricanisme va en prendre un sérieux coup et, comme il l'a lui-même déclaré : qui pourra dire que les USA ne sont pas une démocratie exemplaire ? Il y a un tel ressort dans ce pays !
Je suis heureux aussi parce qu'Obama confirme ce que je pense depuis longtemps : les théoriciens de la diversité sont des has been, à gauche comme à droite. La négation de la différence constitue la meilleure arme contre le racisme : Obama a réussi à convaincre les Américains qu'il n'était pas noir. Foin des discriminations positives qui n'ont jamais marché : l'intégration, c'est l'assimilation pure et simple, le rejet de la diversité revendiquée. Si l'Amérique avait eu conscience d'élire un noir, il n'aurait pas été élu.
Et c'est ce qui ressort à la fois des propos d'Obama, au sujet de sa grand-mère, comme des instituts de sondages dans les états du sud : des citoyens américains racistes, qui le sont et le demeurent, ont voté Obama. Ils vont continuer à avoir peur des noirs, à mépriser celui du coin de la rue, mais ils ont choisi un noir éloigné, un roi mage, dont on accepte la couleur parce qu'il est irréel. Mais en même temps, ce passage là est un progrès des consciences américaines, la banalisation d'une idée extraordinaire, qu'un noir devienne président des USA.
Obama n'a pas été que sincère en citant sa grand-mère, il a été habile : cette femme qui était raciste, et qui parallèlement a choyé ses petits-enfants noirs pour les amener au plus haut niveau, cette grand-mère, c'était l'électeur blanc moyen. Non je ne vous culpabilise pas, oui je vous aime, mais en échange, adoptez-moi comme ma grand-mère l'a fait.
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 05 novembre 2008 à 17:07
"Une fois de plus dans l'Histoire, l'Ouest de nos crépuscules brille d'une lumière d'aurore. Plus que de l'enthousiasme, mieux que de la joie, c'est un immense espoir qui vient de l'Amérique et nous submerge" (C. Barbier, L'Express"). Et dire qu'il est aujourd'hui de bon ton de brocarder ceux qui, au siècle dernier, ont tenu ce genre de propos sur Staline ou sur Hitler !
Rédigé par: guzet | 05 novembre 2008 à 17:36
Je retiens, après cette élection, la réaction d'un noir de La Nouvelle-Orléans qui a très simplement et très profondément déclaré qu'il "ne se sentait plus afro-Américain, mais Américain tout court".
Je pense que c'est ce petit prodige qui a touché l'ensemble des Américains, qu'ils soient noirs ou pas.
Rédigé par: Daniel Ciccia | 05 novembre 2008 à 17:52
Bravo, Obama, courage, la tâche va être rude. Mais il est né un quatre août !
Il a donné un "scoop" qui est passé presque inaperçu. Il ne pourra accomplir ses promesses en un seul mandat ! Donc, il prévoit de se représenter en 2012. Je crois que son talent d'orateur fait aussi partie de sa séduction.
Rédigé par: Marie-France Bezzina | 05 novembre 2008 à 17:53
Si j'ai tout compris, monsieur Bilger :
à Obama, donc :
"Retiens cette nuit
Avec toi elle paraît si belle
Retiens cette nuit,
Qu'elle devienne éternelle
Pour le bonheur de nos bons choeurs
Arrête le temps et les heures
Je t'en supplie à l'infini
Retiens cette nuit."
(emprunté à J.Hallyday , un peu on ice quand même)
Bien à vous !
Rédigé par: Cactus un peu jauni au bout de l'ennui ! | 05 novembre 2008 à 18:04
Eh oui, un magistrat peut être "fleur bleue", cela nous changerait ; humain, tout simplement et si la presse nous manipule dans ce sens, soyons volontaires. Nous avons si peu à y perdre !
Rédigé par: ROUTA VILLANOVA | 05 novembre 2008 à 18:39