La prison, dernier sujet à la mode
On n'a jamais autant parlé des prisons ni écrit sur tous les lieux d'enfermement.
Le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe y est allé de sa dénonciation. Les "conditions de vie dans les prisons françaises, la rétention de sûreté et la justice juvénile" ont alerté sa sollicitude.
Des audiences ont été annulées à cause de l'état lamentable du dépôt de Créteil (Le Parisien, Le Monde).
On a visité à huis clos la "souricière" au palais de justice à Paris, même si on perçoit mal le rapport de cette expédition avec le procès Ferrara, ou qu'on le perçoit trop bien : tout ce qui est hors sujet est béni qui éloigne du vrai, du seul sujet qui vaille.
Des surveillants ont manifesté devant la maison d'arrêt de Toulon-La Farlède pour protester contre une surpopulation de 780 détenus pour une capacité de 600.
Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, dont j'avoue mal appréhender l'ordre de ses priorités - sans doute naïvement, je pensais qu'il allait s'impliquer d'emblée dans les problèmes strictement pénitentiaires alors qu'il semble s'être attaché aux locaux de rétention administrative pour étrangers en situation irrégulière et aux haltes précaires qui y mènent - a mis en cause l'indignité générale des prisons, dépôts des tribunaux, locaux de garde à vue et autres lieux d'enfermement.
Cet unanimisme pourrait me réjouir même si chez la plupart ce regard compassionnel sur la réalité carcérale et l'enfermement largement entendu n'est qu'une manière subtile et démagogique pour dénigrer le fond des politiques qui les entraînent, à mon sens légitimement. Mais, à la longue, cette phase d'observation et d'analyse tourne au grotesque. Ces personnalités ne nous apprennent rien avec leur discours sombre. On savait, on n'ignore pas.
Karl Marx soutenait qu'avant lui les philosophes n'avaient fait qu'interpréter le monde, qu'il lui revenait de le transformer. Pour les prisons, c'est pareil. On en parle trop. Comme pour justifier une absence ou un retard constant dans l'action. Le discours, c'est une tradition française, tient lieu de tout.
Je sais, et heureusement, qu'au début de l'année 2009 sera enfin débattu le projet de loi pénitentiaire mais en attendant ? Dans l'urgence, la garde des Sceaux a su sécuriser les tribunaux qui en avaient besoin. Pourquoi pas un geste fort avant que le législatif prenne la relève ? Pourquoi pas des travaux expéditifs là où le pire est à son comble ? Pourquoi pas la nomination d'un "proconsul" qui, vite, très vite, pallierait les délabrements et les saletés les plus criants ?
J'ai approuvé la nomination d'un contrôleur général. Mais aujourd'hui il nous faut plus qu'un contrôleur : un homme ou une femme d'action qui avec la "truelle" de l'Etat ne parlerait plus, ne dénoncerait plus mais accomplirait.
C'est possible. La ministre a su manifester sa capacité à réagir dans l'improvisation et sous la pression d'événements trop lourds pour que leurs effets soient négligés.
Les crises imposent de bousculer. Sinon, la prison demeurera un sujet de conversation à la mode. Entre la poire et le fromage.
"Pourquoi pas la nomination d'un "proconsul" qui, vite, très vite, pallierait les délabrements et les saletés les plus criants ?"
Voici qui devrait vous valoir une nomination comme conseiller spécial du contrôleur général avec pouvoir d'agir dans l'urgence.
J'en profite pour replacer l'idée de la citoyenne lambda de la création d'un service spécialisé dans les sévices physiques et moraux dus à d'autres causes que le simple délabrement et le manque de moyens.
Rédigé par: Pion Pion Pion fait le petit wallaby ! | 25 novembre 2008 at 11:28
Combien faudrait-il de nouvelles prisons pour qu'enfin les conditions de détention soient décentes ? (une personne par cellule de 9 m²)
Je n'ai pas la réponse exacte, mais je suis sûr que le coût serait astronomique. Un proconsul, un conseiller spécial, un rapporteur général ou une commission d'enquête n'y changeront rien : il faut de l'argent.
Pallier les délabrements et les saletés les plus criantes, c'est à la limite du sarkosysme : action superficielle, mise en valeur par des actions de communications savamment étudiées (elles !), tendant à faire croire qu'un problème est pris en charge ou réglé.
Pourtant il faut prendre soin de nos prisons, car soigner ses prisons, c'est soigner sa démocratie.
Rédigé par: nicolas | 25 novembre 2008 at 11:55
Avant les "grands travaux" nécessaires de rénovation, une question me turlupine : l'administration pénitentiaire est-elle si pauvre qu'elle ne puisse confier un seau, une grosse éponge et un paquet de lessive Saint-Marc à ses pensionnaires ?
J'aime bien en ce moment une pub qui propose:
"Parlons moins. Agissons."
Shure, we can !
Rédigé par: Fleuryval | 25 novembre 2008 at 12:25
Vous êtes incorrigible. Vous avez tort. Et vous avez raison. C'est, lapidairement exprimé, mon sentiment à la lecture de ce billet que je relie bien entendu aux autres sur le même sujet.
Incorrigible sur la compassion des uns qui s'opposerait à votre humanisme vigoureux. Les prisons françaises sont indignes, vous l'avez déjà exprimé, vous le redites ici, et ce n'est pas compassion excessive que de répéter inlassablement cette situation. Ceux qui s'expriment n'ont pas le pouvoir de faire et se contentent de botter les fesses à ceux qui l'ont.
Oui le discours est plus à la mode que les actes sur ce sujet, mais vous l'aviez vous-même écrit : il faut convaincre la société de consacrer des moyens budgétaires à la prison et pour cela, il faut parler, écrire, chiffrer. Et surtout être cohérent : la nouvelle politique d'emprisonnement maximum a pour corollaire le financement au détenu près des lieux de détention. Il faut expliquer à une opinion rétive que le budget pénitentiaire va augmenter en corrélation avec la politique pénale répressive. Qu'il ne suffira pas de construire 1 cellule pour 3 détenus, mais beaucoup plus. Vous l'avez vous-même dit ici, sur les plateaux télé : la loi sur la récidive aurait du être au moins simultanée à la loi pénitentiaire.
Le discours est indispensable et meilleur donc que le silence ancien. Mais il faut aussi des actes.
La souricière de Paris, elle est sous vos pieds Philippe, tous vos prévenus y passent des heures et, pour en avoir reçu des descriptions de première main, il s'agit sans doute du lieu d'enfermement le plus barbare de ce pays. C'est tout bonnement le Moyen Age. Le caprice de Ferrara n'a pas créé la souricière mais il a contraint une cour à mettre le nez dans ce cul de basse fosse. Où est l'équité d'un procès lorsqu'un prévenu, extrait de sa prison à l'aube, est contraint d'attendre des heures sa comparution, de patienter pendant les suspensions, au milieu des chiures, des rats, d'une humidité pestilentielle ? Vous êtes partie d'un procès d'assises et partisan de l'équité dans le débat : cela commence par ne pas assommer un prévenu en le traitant physiquement littéralement comme une merde avant de comparaître sous les boiseries de la cour. Il vous appartient aussi à vous, Philippe, de provoquer l'urgence, de refuser qu'un procès se tienne tant que les conditions d'enfermement au Palais de Justice de Paris ne sont pas acceptables pour la sérénité générale. Si un, puis plusieurs avocats généraux avaient cette attitude de s'enquérir avant l'ouverture des débats de cette situation, alors oui, votre proconsul sera vite nommé. Vous avez ce pouvoir, Philippe, d'accélérer la nomination du proconsul. Des actes ? En voici un !
Et là vous avez raison sur le replâtrage de ce qui existe : avec peu de moyens, de l'huile de coude, des balais et de la peinture, les conditions de détention peuvent être considérablement améliorées. Une cellule propre, repeinte, remeublée, étanche permet de vivre plus facilement la promiscuité imposée. Il va y avoir de la place dans les anciennes casernes bientôt abandonnées et, avec des travaux limités à la sécurité, il sera plus facile budgétairement et plus rapide de répartir les détenus que de confier à Bouygues la construction onéreuse de bâtiments laids qui vieilliront à grande vitesse à coup de marchés publics truqués.
PS : Je n'aime pas beaucoup le peuple mais j'aime les individus qui sont face à moi, avec qui j'échange, et les victimes aussi : celles et ceux qui n'ont pas voulu ou pas pu prendre part à la course effrénée du monde moderne et qu'on retrouve en morceaux au bord du chemin.
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 25 novembre 2008 at 13:08
Pour le citoyen lambda qui s'intéresse un peu aux prisons, effectivement "Ces personnalités ne nous apprennent rien avec leur discours sombre. On savait, on n'ignore pas."
Malheureusement les seuls qui semblent ne pas savoir sont les pontes de l'Administration Pénitentiaire qui ont trouvé le moyens de se féliciter du rapport du Commissaire aux Droits de l'Homme. Hallucinant.
Alors bien sûr que je partage votre souhait que l'on passe enfin à l'action. Mais que verra t on venir ? Rien, ou presque.
Soit vous arrivez à faire comprendre aux Français qu'il faut investir dans les prisons mais en ces temps de crise économique je vois mal par quel miracle on pourrait y arriver.
Soit vous réduisez les longueurs des peines de prison dans le code pénal (amusante idée, n'est-il pas?) mais mon petit doigt me dit que cette idée n'est pas vraiment dans l'air du temps.
Soit vous laissez la situation pourrir en brandissant quelques bracelets électroniques de plus par an, histoire de se donner bonne conscience et de passer à la télé. Vous aurez bien pris soin de ne pas augmenter les effectifs des personnes chargées de la mise en place de ces dispositifs et de leur suivi, ainsi dans quelques années vous pourrez même décrédibiliser ce dispositif, chiffres de la récidive à l'appui, en affirmant "ça ne marche pas, les délinquants sont irrécupérables, tout le monde au trou."
Alors je vous le prédis Monsieur Bilger, les rapports et dénonciations vont continuer à se succéder. Le combat ne fait que commencer.
Salutations distinguées.
Rédigé par: Mussipont | 25 novembre 2008 at 13:26
"Je pensais qu'il allait s'impliquer d'emblée dans les problèmes strictement pénitentiaires alors qu'il semble s'être attaché aux locaux de rétention administrative pour étrangers en situation irrégulière et aux haltes précaires qui y mènent"
Les dépôts pour étrangers sont les pires endroit car il est connu qu'ils ne peuvent porter plainte (Ils ne sont plus dans le pays au moment de plaider.)
Les témoignages dans les rapport de la CIMADE font peur : c'est une zone de non droit.
"Ces personnalités ne nous apprennent rien avec leur discours sombre. On savait, on n'ignore pas."
Vous saviez, pas l'homme de la rue : on nous disait "ce sont des endroits spartiates pour des criminels endurcis. Et on se retrouve avec des matelas amoncelés au milieu des cafards et des rats. Et ces criminels endurcis : un voleur de vêtement, un délinquant routier, une mule etc...
Vous félicitiez il y a peu de temps R.D. d'avoir déclaré que ce n'était pas l'hôtel.
Félicitez de même le commissaire européen : avec ce qui s'écrit et ce qu'on voit, l'effet dissuasif de la prison n'a jamais été aussi fort...
Juste une question : qui peut être poursuivi pour les conditions d'hébergement qui conduiraient n'importe quel marchand de sommeil en prison ?
Il y a au moins un coupable là-dedans c'est vous !: "On savait, on n'ignore pas." et vous continuez a y envoyer des gens: à combien de prisonniers par cellules vous arrêterez-vous ?
Rédigé par: Humaniste | 25 novembre 2008 at 14:41
Je partage l'avis de Nicolas et je regrette de ne pas trouver une meilleure analyse de ce problème par PB ; il nous a habitué à mieux, beaucoup mieux...
Rédigé par: godlucky | 25 novembre 2008 at 15:30
Peu me chaut qu'on se suicide dans les prisons françaises, je n'ai, quant à moi aucun regard compassionnel sur la réalité carcérale, des l'instant où ceux qui sont en prison ont été condamnés.
Ma compassion ne va qu'aux victimes et à leurs familles..
Rédigé par: bruno | 25 novembre 2008 at 16:10
Les travaux que vous suggérez permettraient en effet de parer au plus urgent en attendant les effets du débat parlementaire.
Sans vouloir faire de digressions, je crois que nous aurions tout intérêt à suivre la même méthode en matière de lutte contre l'extrême pauvreté et le logement des sans abris, plutôt que de nous perdre en discours ou en polémiques stériles.
Etant donné l'état de certaines prisons ou encore la précarité dans laquelle vivent beaucoup de Français, il y aurait même beaucoup d'indécence à instrumentaliser une nouvelle fois ces questions, quelle que soit d'ailleurs l'origine de la polémique.
Le détenu enfermé dans une cellule surpeuplée, le SDF ou le travailleur pauvre qui, bien qu'ayant un emploi, n'a même pas la possibilité de se soigner, tous ceux-là ne peuvent pas attendre, et ne sauraient se contenter de bons sentiments et de déclamations.
Rédigé par: Laurent Dingli | 25 novembre 2008 at 17:16
Philippe, si vous trouvez qu'on parle trop des prisons, ne faut-il pas en trouver la (juste) raison dans le fait qu'est devenue (trop) urgente leur mise en conformité suivant des normes décentes, respectueuses de la dignité humaine la plus basique ?
Rédigé par: Baudouin Labrique | 25 novembre 2008 at 17:35
Philippe, si vous trouvez qu'on parle trop des prisons, pourquoi faire un billet de plus à ce sujet ? Non, c'est pour de rire que je dis cela.
Mais voyez-vous, j'ai une question qui me trotte dans la tête depuis un bout de temps, et peut-être ai-je l'occasion d'obtenir une réponse : je me suis toujours demandée si, vous autres magistrats, vous qui connaissez nécessairement l'état d'insalubrité des locaux de la souricière et des prisons, vous y pensiez, à cette insalubrité, cette promiscuité monstrueuse, cette saleté inimaginable, quand vous demandez que quelqu'un aille y passer des années et des années. Est-ce que, dans votre idée, cela fait aussi partie de la peine, est-ce que cela influence ce que vous demandez comme peine de prison, est-ce que cela entre en ligne de compte ? Cela, nonobstant la colère ou le dégoût que peut vous inspirer tel ou tel coupable à juger, si atroce qu'il puisse paraître parfois.
Rédigé par: Nathalie | 25 novembre 2008 at 19:17
@bruno : Et les victimes d'un enfermement injustifié, vous en faites quoi ? Outreau n'est pas le seul et unique cas où quelqu'un mis en prison préventive est finalement jugé innocent.
Rédigé par: jmdesp | 25 novembre 2008 at 19:31
Je me méfie de cet unanimisme de façade en vertu duquel il est de bon ton de se lamenter sur l'état des lieux d'enfermement! Rappelons-nous le peu de résultat du Rapport VASSEUR fin 1999 pour constater que cette ritournelle débouche généralement sur pas grand-chose. Il est encore suffisamment d'imbéciles pour considérer que nos prisons sont des "Hôtels 4 étoiles où l'on est logé, nourri, etc...". En réalité, comme l'écrivait Justement T. LEVY, nos têtes sont plus dures que les murs de nos prisons. Le fond culturel populaire tolère assez mal que la condition moyenne du détenu soit meilleure que celle du plus pauvre homme libre.
Rédigé par: Thierry SAGARDOYTHO | 25 novembre 2008 at 20:18
Le problème est que nos hommes et femmes politiques au gouvernement communiquent plus qu'ils n'agissent.
La com' prime sur l'action. Les caisses étant vides c'est tout ce qu'ils peuvent faire : communiquer ! et nous séduire avec leur com' démagogique pour rafler nos suffrages.
@ bruno
triste personnage !
Rédigé par: toto | 25 novembre 2008 at 20:56
Plusieurs choses me choquent mais surtout c'est le nombre de personnes en préventive.
Si nos magistrats y avaient moins souvent recours, peut-être bien que le nombre de places dans nos prisons suffirait.
La prison est une punition alors tant qu'on n'est pas condamné on n'a pas à être puni sauf à vouloir échapper à ses responsabilités.
Autre chose. C'est effectivement les conditions de détention. Un voleur de pommes n'est pas un assassin et pour autant que je sache il y a plus de voleurs de pommes que d'assassins dans nos prisons.
Ne serait-il pas judicieux messieurs les représentants de la nation d'inventer d'autres punitions que la prison. Ce qui ne garantit en rien la "rééducation" de ses pensionnaires.
Je serais plus dans les punitions au service des collectivités :
Balayage des rues ou encore au brancardage dans les hôpitaux... Il y a plein de trucs à faire plus utiles que de mettre simplement un mec en taule. Le bracelet électronique est aussi un truc pas mal.
La taule pour les délits graves ou les crimes.
Rédigé par: Surcouf | 25 novembre 2008 at 21:47
@PB, j'avoue que je n'ai pas trop bien saisi votre billet...
Je pense que la perception du problème des prisons vient aussi de ce que lorsqu'on a dit "prison" on a l'impression que l'on a tout dit !
Pour avoir côtoyé pendant treize ans, dans la confidentialité et le respect, des personnes incarcérées pour toutes sortes de raisons, je suis obligé de constater que 9m² pour une personne enfermée sans aucun contact avec l'extérieur pendant 23h d'affilée n'est pas une punition, mais une torture. Si en plus la personne n'a rien à faire en détention...
J'ai rencontré bon nombre de personnes qui préféraient être à plusieurs dans le même cellule, car elles pouvaient parler, avoir un relationnel, bien imparfait, mais au moins ils parlaient entre eux.
La propreté d'une cellule est aussi dépendante de la volonté de la personne qui y est enfermée.
Mais à mes yeux le plus gros problème en détention, préventive ou condamnation, c'est l'absence d'humanité du règlement intérieur qui est soumis à l'arbitraire et au bon vouloir du personnel de surveillance.
Si un surveillant estime qu'une balle de ping-pong est dangereuse, il la confisque sans aucune possibilité de réclamation... on appelle ça de la mesquinerie. Si une personne veut rencontrer un médecin, dans l'urgence, il doit en faire la demande écrite. S'il veut poursuivre un traitement médical commencé avant son incarcération... bonjour la galère, car en plus toutes ses cotisations mutuelles et autres, ne sont plus utiles.
Imaginez si la personne est indigente...
C'est le fond de la déchéance.
J'ai vu des indigents qui n'avaient plus de dnets pour manger et bien sûr pas question d'aller en Hongrie se faire refaire des dents à bas coût.
Tout est à l'avenant... Je ne pense pas que ce soit les moyens qui manquent, mais la simple humanité dans le regard de celui qui est de l'autre côté de la porte, mais aussi des murs.
Pourtant introduire un peu d'humanité dans un règlement intérieur c'est gratuit.
Cordialement sans illusion
Pierre-Antoine
PS : cher PB, vous en avez la possibilité, faites-vous donc incarcérer trois mois comme anonyme... vous ferez peut-être un tout autre billet.
Rédigé par: Pierre-Antoine | 26 novembre 2008 at 00:35
Dans la foulée, on n'omettra pas de mentionner que la nouvelle juridiction pénale nommée Commission nationale de déontologie de la sécurité a tranché et reconnu coupable l'établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Meyzieu (Rhône) de « graves lacunes » ayant entraîné le suicide d'un détenu suicidaire.
http://www.leparisien.fr/faits-divers/suicide-d-un-mineur-graves-lacunes-de-l-etablissement-penitentiaire-25-11-2008-321894.php
PS : les astucieux observateurs remarqueront l'apparition d'un nouveau degré de juridiction permettant une condamnation, au moins médiatique, avant tout procès pénal.
Car, en vérité, la CNDS, en dépit du sens de ses déclarations éminemment pénales, n'est nullement qualifiée pour désigner coupable d'infractions pénales qui que ce soit, même si c'est ce qu'elle s'amuse à faire très régulièrement. Et tout le monde s'en fout, car les droits de la défense, le droit à un procès équitable, apparemment ne concernent que les délinquants de droit commun.
Rédigé par: Marcel Patoulatchi | 26 novembre 2008 at 09:08
Je ne connais pas suffisamment le sujet pour donner un avis constructif. Toutefois, le commentaire de Pierre-Antoine, fondé sur une longue expérience du milieu carcéral, me semble important dans la mesure où il s'affranchit des questions budgétaires (qui n'en restent pas moins essentielles) pour évoquer la dimension humaine du problème.
Bien entendu, il serait facile et injuste de s'appuyer sur un drame, comme celui du mineur de l'EPM de Meyzieu, pour s'indigner a posteriori sur la décision d'un juge ou épiloguer une énième fois sur ce monstre froid qu'est l'administration pénitentiaire (ce n'est évidemment pas un monolithe).
Et pourtant, force est de constater que, dans certains cas, un peu moins de rigidité et d'incohérence administrative, un peu plus d'humanité de la part de certains intervenants, permettraient d'éviter bien des drames, comme celui de ce jeune adolescent dont l'histoire, parce qu'elle a été médiatisée, fait mal et nous invite à agir.
Je sais bien que la tâche de ceux qui sont responsables de l'encadrement n'est pas simple. Je sais bien qu'il est facile de se draper de la robe de la vertu, lorsqu'on n'a pas soi-même de lourdes responsabilités à prendre. Restons donc dans la nuance. Mais, je le crois sincèrement, cette dimension humaine dont parle Pierre-Antoine, si elle peut difficilement s'inscrire dans un texte de loi, n'en demeure pas moins une valeur fondamentale qui devrait présider à chaque décision prise en matière judiciaire et pénitentiaire.
Rédigé par: Laurent Dingli | 26 novembre 2008 at 11:08
@Thierry SAGARDOYTHO
"Je me méfie de cet unanimisme de façade en vertu duquel il est de bon ton de se lamenter sur l'état des lieux d'enfermement!"
Comme le dit très justement PB, cela se passe 'entre la poire et le fromage' - une sorte de 'trou normand' en somme, à l'occasion duquel on s'envoie une bonne rasade d'horribles histoires derrière la cravate!
C'est donc opportunément que l'on rappellera que le concepteur et le gestionnaire de lieux d'enfermement particulièrement horribles au XXème siècle autrement dit le nazisme, s'est vu appliqué à bon droit le qualificatif d'Ogre dont l'emploi n'est pas plus anodin que celui de Bourreau!
Et l'on ne manquera pas non plus de réfléchir qu'une fois que 'L'enclos' est vide, il y a 'dans la nature', de quoi le ré alimenter = Nous, vous et moi, très cher! et votre voisin et le sien et le mien et cetera!
Rédigé par: Catherine JACOB | 26 novembre 2008 at 11:32
Il est certain que l'action doit primer sur l'ouverture d'un débat de plus. Mais pour cela un coup de "pression" de l'opinion publique serait salutaire. Et la question est donc : comment mobiliser autour d'un sujet qui n'a jamais été mobilisateur? C'est d'abord un appel qu'il faut lancer à ceux que l'opinion écoute avant de se forger la leur. C'est ensuite remettre la prison en face de l'objectif qu'on lui fixe. La prison ne peut pas se contenter d'être un "trou" tout simplement parce que la quasi-totalité des détenus qui y sont en sortiront un jour, au-delà de toute considération humaniste. La prison est faite pour réintégrer et ainsi garantir la sécurité et l'avenir de notre société. Seule la réaffirmation de cet objectif permettra de parvenir à un plébiscite pour changer les conditions d'incarcération, rendre la formation réellement possible, l'accompagnement à la sortie réellement efficace. Réaffirmons cet objectif de toutes nos forces et exigeons de l'Etat qu'il joue efficacement son rôle de gestionnaire, pour remplir ce qui doit être considéré comme une mission de service publique prioritaire au même titre que l'éducation. La définition des moyens lui incombe, il nous est redevable du résultat.
Rédigé par: Jocelyn Jarnier | 26 novembre 2008 at 16:20
C'est vrai, grande offensive compassionnelle en ce moment au sujet des prisons. Les dames patronnesses du XVIème vont pouvoir s'indigner, entre la poire et le fromage, de cette offense faite à leurs valeurs de confort et d'humanités courtoises.
Sans compter la tarte à la crème de la surpopulation carcérale ! On nous dit 60000 prisonniers pour 50000 places, mais ce 20% d'excès moyen se transforme dans les gazettes en reportage photo larmoyant avec cinq prisonniers dans une cellule pour 2. Puisque la cause est bonne, mentons, ça se vend mieux.
Quant à la crasse, personne pour relever que ce sont les prisonniers qui la mettent, reflétant ainsi un probable relâchement de la discipline interne.
La vérité, c'est qu'il manque au moins 50000 places pour porter le nombre des incarcérations à un niveau cohérent avec l'explosion de la délinquance.
Il est vrai que ça coûte cher. Mais combien coûte un délinquant dehors, en vols et dégradations ?
Rédigé par: Gaétan B. | 26 novembre 2008 at 17:02
Je republie ci-dessous, le commentaire que j'avais publié par erreur dans un autre post :
Je précise que j'ai fait une digression par rapport à la lettre du billet de Philippe Bilger qui évoquait les réformes matérielles d'urgence, et n'entamait nullement une discussion générale sur notre manière d'appréhender la réforme générale du système pénitentiaire. L'actualité des prochains mois donnera certainement aux personnes compétentes et aux observateurs éclairés, comme Véronique Raffeneau, l'occasion de s'y pencher plus en détail.
Rédigé par: Laurent Dingli | 26 novembre 2008 at 17:15
Il est difficile de séparer la situation des prisons françaises et peut-être, incidemment, la politique carcérale, sans tenir compte de l'état de la situation budgétaire. C'est elle qui détermine les possibles.
Deux préalables pour dire que ces sujets sont propices naturellement aux assauts de bonne conscience et donner raison à M. Bilger lorsqu'il évoque la truelle car le bion sens vaut mieux parfois que d'interminables raisonnements. L'adage, bien sûr, c'est celui selon lequel c'est au pied du mur que l'on voit toujours le maçon.
Peut-être faudrait-il en voir là, pour réaliser des chantiers permettant de sortir les lieux cités ici et là comme étant ceux de l'indignité.
Quand il n'y a pas des grandes enveloppes budgétaires, il y a les ressources humaines et il me semble que ce n'est injurier la population carcérale que de relever qu'elle recèle, au bon sens du terme, des compétences et des qualifications qui pourraient à coup sûr faire des merveilles et contrebalancer l'image négative que les détenus peuvent avoir aux yeux de nos compatriotes.
Car @Nicolas, qui établit un lien entre les conditions de détention et la démocratie, ne doit pas se tromper: beaucoup de citoyens considèrent - à tort, et peut-être parce que notre société est saturée de plaintes à tout propos - que les détenus n'ont pas à se plaindre de leur conditions de détention et une majorité, s'ils devaient situer, dans l'échelle des priorités, où se situe l'urgence d'un investissement lourd dans le milieu pénitentiaire, jugerait que l'argent doit être d'abord consacré ailleurs.
Donc, selon moi, ce n'est en rien une question de démocratie, c'est une question de dignité et parce que c'est une question de dignité elle peut être résolue d'abord dans le cadre de l'humain.
Je n'ignore en rien le procès qui accompagnerait une telle initiative, mais imaginons quels gains en terme d'apprentissage, d'implication, en terme de représentation et d'image de soi, cela serait si était constituée, dans des conditions d'encadrement, de sécurité, à définir, une équipe de chantier chargée de remettre en état la souricière, tel secteur en piteux état, à charge pour l'administration pénitentiaire ou le TGI de financer les matériaux, le déplacement, l'assurance, en économisant la masse salariale que représente de tels chantiers.
Je sais, cela semblera utopique. Les syndicats protesteraient. Quelques corps de métier également pour concurrence déloyale. Mais pour un certain nombre de détenus - pas les plus dangereux - ce serait une manière de leur procurer l'occasion de montrer ce qu'ils savent faire et de manifester une utilité sociale.
Ce sont des initiatives qui devraient pouvoir s'accomplir juste pour donner un air frais, celui des solutions pragmatiques dans un univers par trop bureaucratique.
Rédigé par: Daniel Ciccia | 26 novembre 2008 at 18:05
Pensez-vous, cher Philippe, que l'intérêt
manifesté pour les prisonniers ne soit qu'une unique conversation de salon !!!
CHAQUE DETENU EST UNE PERSONNE UNIQUE.
C'est notre futur voisin de palier, employeur, baby-sitter, ou nous-mêmes.
Ce que doit être la prison, c'est un lieu
où l'on doit reprendre confiance en soi,
un lieu d'écoute et d'éducation ouvert, de formation, de prise de repères et de réflexion.
Ce ne peut pas être un lieu d'humiliation, de dégradation de manque de soins et d'hygiène.
Le non respect de personnes fragilisées n'est pas source d'insertion.
Les travaux actuels sur la délinquance sont scindés en 2:
Il existe un vide presque total entre la délinquance des mineurs et celles des personnes dites adultes.
Un regard porté sur les statistiques judiciaires montrent que les actes de délinquance et de récidive diminuent de façon très significative à l'âge de 27 ans
pour les hommes et pour les femmes.
Ces résultats sont également observés dans des études canadiennes et aux U.S.A.
De nombreuses hypothèses élaborées à ce jour sur les baisses hormonales à cet âge,
sur le désir de stabilité de la personne,
sur l'évolution des intérêts affectifs, professionnels ou artistiques,
sur les possibilités d'accès cognitif et de représentation symbolique n'ont pas fait
l'objet de recherches à ce jour...
Si je souligne cet aspect c'est pour préciser que tout individu est en constante évolution et réorganisation et qu'il est nécessaire d'en tenir compte au plus vite.
françoise et karell semtob.
Rédigé par: semtob | 26 novembre 2008 at 18:10
@Gaétan B.
Votre questionnement est très intéressant. J'y vais répondre afin que vous ne restiez pas davantage dans l'ignorance lancinante de votre grave interrogation. En liminaire, nous poserons qu'est délinquant qui est connu défavorablement des services de police et de justice voire qui a été arrêté, jugé pour faits de délit, condamné et emprisonné, qui a donc des mentions péjoratives inscrites à son casier judiciaire ou, à tout le moins, dans les notes du fichier administratif EDVIGE désormais redevenu officieux et illégal. Vous êtes d'accord avec moi? Un exemple sans contredit: Bernard Tapie. De fait, combien coûte un délinquant dehors, en vols et dégradations? Bien, il coûte exactement 435 millions euros, intérêts compris, le tout payable cash par la collectivité, hors imposition quelconque naturellement.
Vous êtes édifié à présent et, si des questionnements autres se faisaient en vous, n'hésitez pas, revenez-y, c'est avec plaisir que nous vous informerons.
Sans transition.
Mon cher PB, vous qui êtes un gaulliste archaïque (j'entends par là un gaulliste de très très longtemps, bref un authentique admirateur), que ne lui jetez-vous pas une fois, une seule, l'anathème pour ce mot indigne d'une lumière -ET DES LUMIERES- qu'il fit et dont les conséquences atteignent encore jusqu'à nous et sont précisément ce que vous regrettez et dénoncez, ainsi que d'autres de façons parfois violentes dans l'indignation. Ce mot, vous le connaissez, bien sûr: "Les prisons, ces poubelles de la France" ou plutôt, exactement ceci: "Je ne soulèverai pas le couvercle des poubelles de la France", pour justifier un refus de grâce collective comme il s'en fit depuis, chaque année au 14 juillet, de par ses successeurs présidentiels sauf le dernier étonnement. Comme tant de choses de cet homme, c'est resté dans l'inconscient collectif, les manières judiciaires, administratives, etc. Beaucoup de nos lacunes sociétales viennent de là, n'en doutons plus. Le tout est de s'en défaire à présent, bref garder le meilleur de ce visionnaire et jeter, effectivement, dans les poubelles (les vraies, cette fois) tout ce qu'il dit et fit qui n'est pas, loin s'en faut, à l'honneur de l'humanité dont il s'est pourtant maintes fois vantée. Mais je conçois que cela ne soit pas chose aisée ... Pourtant, il ne s'agirait là que de dégaulliser un peu la France ... Vous n'êtes pas sans ignorer cet autre mot de ce beaucoup plus grand homme, Victor Hugo: "Une idée fixe (pour ce qui nous concerne, un préjugé), attendre un mois avant de l'extirper de la tête d'un homme (dans le cas qui nous intéresse, un peuple), vous en arracherez avec elle, un peu de cuir chevelu. Si vous attendez un an, vous enlèverez en même temps un peu de sa boite crânienne. Au delà d'un an, vous emportez la cervelle ...".
Pour finir, je me souviens d'un dessin du Canard Enchaîné, je crois, où l'on voyait, suite aux émeutes de Clichy/Bois il y a deux ou trois ans, trois messieurs très bien sur eux, costumes et chapeaux de mise, venus de loin, de ces lieux paisibles où sont les centres d'études et d'analyses sociales, cartables à la main, des bourgeois dignes et austères, face les caméras et les micros, l'un de ces "notables" écrasant sa main sur la figure d'une jeune "racaille" qui approchait pour dire quelque chose, le repoussant d'un mépris et le rélèguant à l'arrière discrètement, pendant que les deux autres s'exprimaient ainsi, d'une gravité et d'un sérieux, face les nombreux médias: "Nous autres, experts es banlieues, etc.etc."
Ceci pour dire que s'il est besoin d'expliciter encore une part de cette impuissance voire quelquefois incurie politique malgré les réelles et positives volontés de certains et certaines, elle est toute entière dans ce dessin. La prison a remis aussi, une fois la peine accomplie, en liberté -et plus qu'on ne veut le dire, même si ce sera toujours une minorité- des personnes hommes et femmes qui n'en sont pas devenu(es) pires, bien au contraire. Je pense à Philippe Maurice, à Charlie Bauer, à Roger Knobelpiess, à Abdel-Hafed Bénotman à qui vous avez même consacré un billet, à moi-même, oui pourquoi pas, et aussi à tant d'autres qu'on connaît moins, toutes personnes ayant à dire et à faire des prisons car nul autre qu'elles ne les connaissent mieux et n'en savent et les tares et les dangers immédiats et a posteriori. J'imagine une commission composée de ceux-la ainsi que de personnels de l'administration pénitentiaire (des surveillants de base, pas des directeurs), d'avocats, de magistrats et, surtout, oui surtout, de membres de la société civile, des "Humanistes", par exemple, des Pierre-Antoine, qui interviennent en ce blog et d'autres tout autant concernés voire plus qu'un gouvernement d'Etat et ses "experts" en col amidonné ... Mais on préfère s'adresser à ces "experts" pour ces choses, des penseurs sortis certainement des grandes écoles classiques, des messieurs en redingote et gants noirs, figés dans leurs certitudes et leur savoir théorique, comme dans l'exemple du dessin du Canard ... C'est pathétique, mais c'est ainsi.
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 26 novembre 2008 at 19:52