On n'a jamais autant parlé des prisons ni écrit sur tous les lieux d'enfermement.
Le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe y est allé de sa dénonciation. Les "conditions de vie dans les prisons françaises, la rétention de sûreté et la justice juvénile" ont alerté sa sollicitude.
Des audiences ont été annulées à cause de l'état lamentable du dépôt de Créteil (Le Parisien, Le Monde).
On a visité à huis clos la "souricière" au palais de justice à Paris, même si on perçoit mal le rapport de cette expédition avec le procès Ferrara, ou qu'on le perçoit trop bien : tout ce qui est hors sujet est béni qui éloigne du vrai, du seul sujet qui vaille.
Des surveillants ont manifesté devant la maison d'arrêt de Toulon-La Farlède pour protester contre une surpopulation de 780 détenus pour une capacité de 600.
Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, dont j'avoue mal appréhender l'ordre de ses priorités - sans doute naïvement, je pensais qu'il allait s'impliquer d'emblée dans les problèmes strictement pénitentiaires alors qu'il semble s'être attaché aux locaux de rétention administrative pour étrangers en situation irrégulière et aux haltes précaires qui y mènent - a mis en cause l'indignité générale des prisons, dépôts des tribunaux, locaux de garde à vue et autres lieux d'enfermement.
Cet unanimisme pourrait me réjouir même si chez la plupart ce regard compassionnel sur la réalité carcérale et l'enfermement largement entendu n'est qu'une manière subtile et démagogique pour dénigrer le fond des politiques qui les entraînent, à mon sens légitimement. Mais, à la longue, cette phase d'observation et d'analyse tourne au grotesque. Ces personnalités ne nous apprennent rien avec leur discours sombre. On savait, on n'ignore pas.
Karl Marx soutenait qu'avant lui les philosophes n'avaient fait qu'interpréter le monde, qu'il lui revenait de le transformer. Pour les prisons, c'est pareil. On en parle trop. Comme pour justifier une absence ou un retard constant dans l'action. Le discours, c'est une tradition française, tient lieu de tout.
Je sais, et heureusement, qu'au début de l'année 2009 sera enfin débattu le projet de loi pénitentiaire mais en attendant ? Dans l'urgence, la garde des Sceaux a su sécuriser les tribunaux qui en avaient besoin. Pourquoi pas un geste fort avant que le législatif prenne la relève ? Pourquoi pas des travaux expéditifs là où le pire est à son comble ? Pourquoi pas la nomination d'un "proconsul" qui, vite, très vite, pallierait les délabrements et les saletés les plus criants ?
J'ai approuvé la nomination d'un contrôleur général. Mais aujourd'hui il nous faut plus qu'un contrôleur : un homme ou une femme d'action qui avec la "truelle" de l'Etat ne parlerait plus, ne dénoncerait plus mais accomplirait.
C'est possible. La ministre a su manifester sa capacité à réagir dans l'improvisation et sous la pression d'événements trop lourds pour que leurs effets soient négligés.
Les crises imposent de bousculer. Sinon, la prison demeurera un sujet de conversation à la mode. Entre la poire et le fromage.
Peu me chaut qu'on se suicide dans les prisons françaises, je n'ai, quant à moi aucun regard compassionnel sur la réalité carcérale, des l'instant où ceux qui sont en prison ont été condamnés.
Ma compassion ne va qu'aux victimes et à leurs familles..
Rédigé par : bruno | 25 novembre 2008 à 16:10
Je partage l'avis de Nicolas et je regrette de ne pas trouver une meilleure analyse de ce problème par PB ; il nous a habitué à mieux, beaucoup mieux...
Rédigé par : godlucky | 25 novembre 2008 à 15:30
"Je pensais qu'il allait s'impliquer d'emblée dans les problèmes strictement pénitentiaires alors qu'il semble s'être attaché aux locaux de rétention administrative pour étrangers en situation irrégulière et aux haltes précaires qui y mènent"
Les dépôts pour étrangers sont les pires endroit car il est connu qu'ils ne peuvent porter plainte (Ils ne sont plus dans le pays au moment de plaider.)
Les témoignages dans les rapport de la CIMADE font peur : c'est une zone de non droit.
"Ces personnalités ne nous apprennent rien avec leur discours sombre. On savait, on n'ignore pas."
Vous saviez, pas l'homme de la rue : on nous disait "ce sont des endroits spartiates pour des criminels endurcis. Et on se retrouve avec des matelas amoncelés au milieu des cafards et des rats. Et ces criminels endurcis : un voleur de vêtement, un délinquant routier, une mule etc...
Vous félicitiez il y a peu de temps R.D. d'avoir déclaré que ce n'était pas l'hôtel.
Félicitez de même le commissaire européen : avec ce qui s'écrit et ce qu'on voit, l'effet dissuasif de la prison n'a jamais été aussi fort...
Juste une question : qui peut être poursuivi pour les conditions d'hébergement qui conduiraient n'importe quel marchand de sommeil en prison ?
Il y a au moins un coupable là-dedans c'est vous !: "On savait, on n'ignore pas." et vous continuez a y envoyer des gens: à combien de prisonniers par cellules vous arrêterez-vous ?
Rédigé par : Humaniste | 25 novembre 2008 à 14:41
Pour le citoyen lambda qui s'intéresse un peu aux prisons, effectivement "Ces personnalités ne nous apprennent rien avec leur discours sombre. On savait, on n'ignore pas."
Malheureusement les seuls qui semblent ne pas savoir sont les pontes de l'Administration Pénitentiaire qui ont trouvé le moyens de se féliciter du rapport du Commissaire aux Droits de l'Homme. Hallucinant.
Alors bien sûr que je partage votre souhait que l'on passe enfin à l'action. Mais que verra t on venir ? Rien, ou presque.
Soit vous arrivez à faire comprendre aux Français qu'il faut investir dans les prisons mais en ces temps de crise économique je vois mal par quel miracle on pourrait y arriver.
Soit vous réduisez les longueurs des peines de prison dans le code pénal (amusante idée, n'est-il pas?) mais mon petit doigt me dit que cette idée n'est pas vraiment dans l'air du temps.
Soit vous laissez la situation pourrir en brandissant quelques bracelets électroniques de plus par an, histoire de se donner bonne conscience et de passer à la télé. Vous aurez bien pris soin de ne pas augmenter les effectifs des personnes chargées de la mise en place de ces dispositifs et de leur suivi, ainsi dans quelques années vous pourrez même décrédibiliser ce dispositif, chiffres de la récidive à l'appui, en affirmant "ça ne marche pas, les délinquants sont irrécupérables, tout le monde au trou."
Alors je vous le prédis Monsieur Bilger, les rapports et dénonciations vont continuer à se succéder. Le combat ne fait que commencer.
Salutations distinguées.
Rédigé par : Mussipont | 25 novembre 2008 à 13:26
Vous êtes incorrigible. Vous avez tort. Et vous avez raison. C'est, lapidairement exprimé, mon sentiment à la lecture de ce billet que je relie bien entendu aux autres sur le même sujet.
Incorrigible sur la compassion des uns qui s'opposerait à votre humanisme vigoureux. Les prisons françaises sont indignes, vous l'avez déjà exprimé, vous le redites ici, et ce n'est pas compassion excessive que de répéter inlassablement cette situation. Ceux qui s'expriment n'ont pas le pouvoir de faire et se contentent de botter les fesses à ceux qui l'ont.
Oui le discours est plus à la mode que les actes sur ce sujet, mais vous l'aviez vous-même écrit : il faut convaincre la société de consacrer des moyens budgétaires à la prison et pour cela, il faut parler, écrire, chiffrer. Et surtout être cohérent : la nouvelle politique d'emprisonnement maximum a pour corollaire le financement au détenu près des lieux de détention. Il faut expliquer à une opinion rétive que le budget pénitentiaire va augmenter en corrélation avec la politique pénale répressive. Qu'il ne suffira pas de construire 1 cellule pour 3 détenus, mais beaucoup plus. Vous l'avez vous-même dit ici, sur les plateaux télé : la loi sur la récidive aurait du être au moins simultanée à la loi pénitentiaire.
Le discours est indispensable et meilleur donc que le silence ancien. Mais il faut aussi des actes.
La souricière de Paris, elle est sous vos pieds Philippe, tous vos prévenus y passent des heures et, pour en avoir reçu des descriptions de première main, il s'agit sans doute du lieu d'enfermement le plus barbare de ce pays. C'est tout bonnement le Moyen Age. Le caprice de Ferrara n'a pas créé la souricière mais il a contraint une cour à mettre le nez dans ce cul de basse fosse. Où est l'équité d'un procès lorsqu'un prévenu, extrait de sa prison à l'aube, est contraint d'attendre des heures sa comparution, de patienter pendant les suspensions, au milieu des chiures, des rats, d'une humidité pestilentielle ? Vous êtes partie d'un procès d'assises et partisan de l'équité dans le débat : cela commence par ne pas assommer un prévenu en le traitant physiquement littéralement comme une merde avant de comparaître sous les boiseries de la cour. Il vous appartient aussi à vous, Philippe, de provoquer l'urgence, de refuser qu'un procès se tienne tant que les conditions d'enfermement au Palais de Justice de Paris ne sont pas acceptables pour la sérénité générale. Si un, puis plusieurs avocats généraux avaient cette attitude de s'enquérir avant l'ouverture des débats de cette situation, alors oui, votre proconsul sera vite nommé. Vous avez ce pouvoir, Philippe, d'accélérer la nomination du proconsul. Des actes ? En voici un !
Et là vous avez raison sur le replâtrage de ce qui existe : avec peu de moyens, de l'huile de coude, des balais et de la peinture, les conditions de détention peuvent être considérablement améliorées. Une cellule propre, repeinte, remeublée, étanche permet de vivre plus facilement la promiscuité imposée. Il va y avoir de la place dans les anciennes casernes bientôt abandonnées et, avec des travaux limités à la sécurité, il sera plus facile budgétairement et plus rapide de répartir les détenus que de confier à Bouygues la construction onéreuse de bâtiments laids qui vieilliront à grande vitesse à coup de marchés publics truqués.
PS : Je n'aime pas beaucoup le peuple mais j'aime les individus qui sont face à moi, avec qui j'échange, et les victimes aussi : celles et ceux qui n'ont pas voulu ou pas pu prendre part à la course effrénée du monde moderne et qu'on retrouve en morceaux au bord du chemin.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 25 novembre 2008 à 13:08
Avant les "grands travaux" nécessaires de rénovation, une question me turlupine : l'administration pénitentiaire est-elle si pauvre qu'elle ne puisse confier un seau, une grosse éponge et un paquet de lessive Saint-Marc à ses pensionnaires ?
J'aime bien en ce moment une pub qui propose:
"Parlons moins. Agissons."
Shure, we can !
Rédigé par : Fleuryval | 25 novembre 2008 à 12:25
Combien faudrait-il de nouvelles prisons pour qu'enfin les conditions de détention soient décentes ? (une personne par cellule de 9 m²)
Je n'ai pas la réponse exacte, mais je suis sûr que le coût serait astronomique. Un proconsul, un conseiller spécial, un rapporteur général ou une commission d'enquête n'y changeront rien : il faut de l'argent.
Pallier les délabrements et les saletés les plus criantes, c'est à la limite du sarkosysme : action superficielle, mise en valeur par des actions de communications savamment étudiées (elles !), tendant à faire croire qu'un problème est pris en charge ou réglé.
Pourtant il faut prendre soin de nos prisons, car soigner ses prisons, c'est soigner sa démocratie.
Rédigé par : nicolas | 25 novembre 2008 à 11:55
"Pourquoi pas la nomination d'un "proconsul" qui, vite, très vite, pallierait les délabrements et les saletés les plus criants ?"
Voici qui devrait vous valoir une nomination comme conseiller spécial du contrôleur général avec pouvoir d'agir dans l'urgence.
J'en profite pour replacer l'idée de la citoyenne lambda de la création d'un service spécialisé dans les sévices physiques et moraux dus à d'autres causes que le simple délabrement et le manque de moyens.
Rédigé par : Pion Pion Pion fait le petit wallaby ! | 25 novembre 2008 à 11:28