Il ne s'agit pas de télévision.
L'Observatoire international des prisons (OIP) a révélé - information reprise par le Monde - qu'un détenu avait comparu le 28 octobre avec des entraves aux pieds devant la cour d'appel de Lyon. "Il a dû s'avancer à la barre en progressant à petits pas, les chaînes traînant sur le sol".
Pour le procureur général, cette indignité - qui s'ajoute à celle d'avoir des chaînes aux pieds - serait due à "l'excès de zèle d'un gendarme". Je veux bien croire à cette explication qui semble tout à fait plausible.
Mais ce n'est pas tout et l'essentiel est à venir. Le président "plongé dans ses dossiers" et apparemment pas dérangé par le bruit des chaînes, n'avait rien remarqué.
Cette distraction regrettable serait seulement anecdotique si elle n'était pas la traduction d'un mouvement général qui conduit la justice à être de moins en moins une justice de visages pour devenir de plus en plus une justice de papier. La marque la plus éclatante de cette dérive est caractérisée par la triste réalité d'audiences où on n'offre plus aux prévenus et aux accusés l'honneur d'un visage levé et d'un regard attentif mais la vision d'un magistrat penché sur son dossier et feuilletant des procès-verbaux dans l'urgence.
Mon expérience d'avocat général à la cour d'assises de Paris me démontre que beaucoup de présidents favorisent par leur comportement une inégalité entre, d'un côté, les accusés qui n'ont pas le choix de leur attitude et se doivent de fixer leurs juges et ceux qui, de l'autre, dirigent les débats mais les fuient trop souvent par une consultation forcenée du dossier, au mauvais moment.
La justice est, pour le plus grand bien de la liberté et de la contradiction des échanges, une affaire de visages, de regards et de langage. Le processus judiciaire, pour garder la solennité du rituel et l'allure dont il a besoin, nécessite que l'humanité jugée et l'humanité qui va juger se rencontrent dans ce bel espace commun suscité par des yeux qui ne s'évitent pas, des visages qui ne se détournent pas et des paroles qui ne se manquent pas. Pour peu que l'accusation - elle a aussi ses défauts - ne soit pas à la hauteur, la grandeur et la richesse de l'audience, avec une présidence engloutie dans le papier, avec le bruit insistant des pages qu'on tourne, se dégrade en conciliabules médiocres, en un minimalisme qui abîme. L'honneur de juger, la dignité d'être jugé responsable sont des privilèges que rien ne devrait altérer, et surtout pas aux assises avec le détournement d'attention et le retrait physique du personnage central : le président.
Voir s'effilocher l'affrontement et le dialogue humains est une blessure. Voir la justice se dépouiller trop volontiers, au fil du temps, de ce qui l'orne et la pare engendre la mélancolie. On voudrait pouvoir retenir ce qui échappe et constitue l'essentiel de l'oeuvre de justice qui, achevée, représente une forme suprême de savoir-vivre ensemble.
Je me souviens de Me Henri Leclerc que je questionnais sur les grands présidents devant lesquels il avait plaidé. Il plaçait au premier rang - et d'autres avocats ont abondé dans son sens - Jacqueline Cochard qui avait l'habitude de présider les audiences de la cour d'assises regard levé, parole claire, visage ouvert et dossier fermé. Une perfection.
Nostalgie, quand tu nous tiens !
.....je termine mon précédent commentaire, laissé inachevé par fausse manip', je disais donc comme dirait Antonin Artaud à propos de théâtre de la cruauté (Le théâtre et son double) sauf la poésie.
Rédigé par : Nathalie | 29 novembre 2008 à 16:47
Faire promener des gens, fussent-ils criminels, avec des chaînes aux pieds, notre société régresse vraiment, vraiment... On était plus "civilisé" voire plus "civil" au Moyen Age... Époque pas si obscure que cela d'ailleurs. Ça me dégoute cette bureaucratie sadique et déshumanisante. Voilà, j'ai eu l'occasion d'assister il y a une dizaine d'années à un procès en assises : hé bien, entre autre, c'était cela : une affaire de dossier, de paperasse, de mise en conformité administrative, de coups de tampons à la bonne place. Et puis ensuite la pièce de théâtre a commencé. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser, à cette occasion, au théâtre tragique grec censé servir de catharsis, non pas aux condamnés dont tout le monde se fout bien sûr, mais aux "bonnes gens", aux citoyens lambdas comme moi qui n'auront probablement jamais maille à partir avec la justice (du moins dans ces conditions-là). Tout y était, même les moulinets de bras des avocats ! On est, pour la plupart avec qui j'avais parlé lors des pauses, sorti sonné de la pièce de théâtre. Théâtre de la cruauté comme dirait heuu,
Rédigé par : Nathalie | 27 novembre 2008 à 10:40
Je viens de regarder Envoyé Spécial, y compris le dossier sur ces prisons qui ont la pudeur des mots mais pas celle des actes de négligence, pour lesquelles une pendaison n'est pas un élément suffisant à faire craindre un suicide, pour lesquelles un nodule (1) brusquement apparu sur une épaule ne donne pas à penser à ces surveillants qui n'ont pas fait d'études, ne serait-ce que paramédicales, qu'un adolescent qui ne souhaite pas qu'on ' joue ' avec lui est l'objet de mauvais traitements de la part d'un codétenu signalé comme dangereux et qui aurait dû bénéficier pour sa part, non pas d'une mise à l'isolement mais d'un simple encellulement individuel, pour lesquelles enfin une détenue qui est à deux ou trois jours de passer un scanner attendu depuis de longs mois et qui se plaint de maux de tête insoutenables joue probablement la comédie.
Trois cas donc, qui auraient du savoir qu'il ne fallait pas prendre les personnels de l'administration pénitentiaire pour des cons (sic), et qui ont eu le mauvais goût de mourir avant qu'on ait eu le temps de bien le leur expliquer !
Oh France!
Que fais-tu de tes enfants!!
Oh magistrat!
Que fais-tu de ton devoir essentiel!
Oh symbole de la France!
Que comptes-tu faire de ces poulets de batterie dans tes poulaillers industriels à 240% de leur capacité?
J'ai également entendu un médecin psychiatre dire que le suicide ne devait pas être admis comme langage et moyen de négociation avec l'administration. C'est évident, mais combien de morts faudra-t-il pour que les uns le comprennent et pour que les autres admettent que la théorie doit s'adapter au contexte, notamment quand il consiste en un milieu concentrationnaire géré avec des négligences coupables par des personnels visiblement incapables d'opposer à la mort autre chose qu'un tissu d'arguties filandreuses, et montré du doigt par l'ensemble du monde civilisé?
Qu'on est donc bien loin de la pub télévisée de recrutement de personnel à la réalité des processus de socialisation carcérale!
①Nodule :≪Terme désignant de petites nodosités, petites saillies plus ou moins fibreuses normales ou pathologiques, survenant à l'intérieur de la peau ou d'une muqueuse, ayant la forme d'une petite sphère, d'un grain et palpable. ≫
- Accessoirement, j'ai vu mon nom marital passer sur une pétition, mais il faut savoir je ne suis pas la seule à le porter, moi qui, par bonheur et bien qu'ayant eu des vélléités de correspondance avec de tels malheureux, ne connais ces lieux infernaux que par ouïe dire ou, comme c'est présentement le cas, émissions interposées. -
Rédigé par : Suppôt du tout carcéral | 21 novembre 2008 à 00:05
Est-il possible de prononcer des sanctions de nature administrative à l'encontre d'un tel président.
Tous les magistrats sont-ils notés?
Les présidents de chambre ont des pouvoirs immenses, y compris celui de contraindre les assesseurs à abonder dans le même sens que lui.
Les magistrats sont-ils conscients qu'ils peuvent plus facilement faire ou défaire une vie humaine que les politiques?
Seules la menace de sanctions financières amèneront les magistrats à se discipliner.
Il faut toucher au porte-monnaie. Les gens regretteront ainsi amèrement d'avoir gaffé.
Rédigé par : LABOCA | 20 novembre 2008 à 12:26
@catherine jacob
Merci pour votre information qui nécessiterait publicité.
Le président de ce billet "plongé dans ses dossiers" ou bien le "grand escogriffe" dont vous parlez, ont-ils les qualités humaines nécessaires à la fonction qu'ils occupent ?
Va t-on enfin sélectionner les candidats sur leur qualités humaines plutôt que sur leur seul savoir théorique ?
La réforme de l'Enm a introduit des tests psychologiques qui (d'après la chancellerie et d'après une dépêche Afp) existent dans d'autres pays (Autriche, Pays-Bas, Hongrie, Portugal et République tchèque) et qui sont prévus en France pour d'autres professions (commissaire de police par exemple).
En ce moment, la commission Darrois doit définir des propositions tendant à réformer la profession d’avocat, et je pense que vous pourriez faire des propositions.
J'ai déjà fait les miennes et ça se passe ici .
http://www.commission-darrois.justice.gouv.fr/
Rédigé par : Mm | 20 novembre 2008 à 10:15
@ Aïssa
" C'est souvent -toujours- avant toute chose une question de personnels, de volonté politique en l'espèce."
Non. Pas dans l'exemple qui nous occupe.
Un président de tribunal est un magistrat.
Sa fonction de magistrat fait de lui le garant du respect du droit et des libertés individuelles. Pour les faire valoir il a toute latitude et dispose d'un pouvoir qui ne pourra être contesté par personne.
Sa fonction de président fait de lui le décisionnel et le dirigeant du déroulement de l'audience.
Quant au personnel manquant pour appliquer ici le droit, dans une audience de tribunal le président n'est pas le seul magistrat présent. La mission d’un greffier n'est pas celle d’un simple exécutant. Et un avocat assiste le plus fréquemment un prévenu.
Tous ceux-là au regard de leur fonction et de leur positionnement dans un tribunal se devaient d’intervenir. Au besoin, ils se devaient de distraire le président de son exercice en apnée dans ses dossiers.
Le manque de moyens n'a strictement rien à voir ici.
Nous sommes là en plein quart d'heure de médiocrité professionnelle institutionnalisée.
Par ailleurs, si vous avez la curiosité de lire le compte rendu de ce grand moment de justice en collectif sur le site de l'OPI, vous comprendrez que cette comparution n'a pas eu lieu à une heure avancée de la nuit. Mais en après-midi.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 20 novembre 2008 à 08:22
@Mm
"Pourquoi n'y aurait-il pas dans chaque tribunal un magistrat dont la porte serait ouverte à la seule fin d'écouter les justiciables ?"
Il existe des services de consultations gratuites à jour fixe et vous pouvez y aller pour vous faire expliquer une décision. Ces services sont différents de la consultation gratuite organisée par l'Ordre des avocats. On ne vous prend pas de haut comme chez eux, vu que les juristes consultants consultent dans le cadre d'une association et n'ont donc pas tendance à vous considérer comme un client manqué ou comme l'indigent auquel on fait l'aumône de son éminent savoir et incommensurable sagesse. Il n'est pas nécessaire de prendre rendez-vous, ce qui permet de mieux respecter la confidentialité de votre visite et d'éviter d'entendre votre nom crié à la cantonade. Enfin, on vous laisse parler et on n'est pas pressé de vous apprendre à vous-même ce qui vous amène avant que vous n'ayez terminé de l'énoncer, puisque aussi bien vous n'êtes pas le seul à qui l'on fera ainsi la charité d'une consultation destinée avant tout à vous apprendre qu'il faut voir un avocat à son étude ou demander l'aide judiciaire. Bref, on ne vous prend pas délibérément et systématiquement pour un débile profond et un cousin du clochard du coin de la rue!
J'ignorais l'existence d'un tel service le jour où je suis allée consulter un avocat à son étude pour savoir quelles étaient mes chances au fond après avoir obtenu une décision favorable dans un référé à l'occasion duquel j'avais comparu en personne sans avoir été représentée. Il a lu la décision à la vitesse à laquelle le président qui nous occupe paraît consulter ses dossiers, autrement dit en travers, puis sans explications m'a répondu : 'Aucune'!
J'ai été assez déstabilisée à dire vrai, vu qu'il s'agissait tout de même d'un professionnel et j'ai donc renoncé à poursuivre la procédure concernée mais j'ai eu grand tort vu que ma décision a donné à mon adversaire l'impression que je me 'couchais' en quelque sorte et comme on dit par ex. au poker, il en a donc profité pour en rajouter une bonne couche dans les abus dont je m'étais plainte, et ça a été véritablement le début de la fin dans cette histoire.
Aujourd'hui, je me rends compte que j'ai simplement eu affaire à un grand escogriffe qui, au lieu de me poser directement la question, a dû plutôt se contenter d'évaluer ce qu'il pourrait bien me demander au vu de certaines des informations contenues dans les motifs, ce vraisemblablement de façon tout à fait arbitraire d'ailleurs, ainsi que probablement sur la base de mon aspect extérieur, et calculé que cela ne valait sans doute pas le coup de s'encombrer d'une emmerdeuse de l'espèce qui avait été capable de se défendre toute seule avec succès dans un premier temps.
Si je me m'étais rendue au type de consultation évoquée ci-dessus, nul doute qu'une discussion eût pu s'établir en prenant le temps nécessaire qui m'eût permis de prendre la bonne décision. Laquelle n'était pas celle que j'ai prise, mais je ne l'ai compris que plus tard!
Savoir que tout ne leur était pas permis aurait également pu aider à freiner mon adversaire dans une frénésie de dépense d'argent public dont le montant qui a fini par être atteint au moment où, heureusement pour lui, la couleur politique de la Ville a changé, est assez vertigineux!
Mais bon, là aussi le manque de dialogue et le temps, en principe tarifé, passé à estimer ce qu'on peut tirer du client qui se présente plutôt que ce qu'il peut lui retirer de bien de la poursuite d'une procédure lui ayant été jusqu'à présent favorable, ne pouvaient qu'avoir les effets, à tous égards, les plus regrettables!
Ceci étant, afficher un tarif horaire de consultation, et de façon claire et apparente, devrait permettre au client d'une étude de gérer lui-même le temps dont il a besoin pour se faire expliquer quelque chose!
De même pour le coût des procédures qui devraient faire l'objet d'une nomenclature et, comme pour les pubs pour chaussures et autres accessoires, ou comme pour toute forme de pub, devrait énoncer un tarif minimal : "à partir de" = "pas en dessous de" tel ou tel montant etc. Toutefois disant cela, j'ai l'impression de toucher à un sujet des plus tabou concernant ce type de profession pour qui, ça coûte ce que ça coûte, ils n'y sont bien évidemment pour rien, mais uniquement la lenteur des procédures ou les humeurs des magistrats!
Rédigé par : Catherine JACOB | 19 novembre 2008 à 19:04
"On juge le contenu d'un bocal..."
Mais non, Vincent, c'est ce qu'on appelle "l'hygiaphone", pour éviter le transfert des microbes et la peine alitée...
...je n'ai pas dit en quel sens, le transfert...
Rédigé par : cactus -o - phile | 19 novembre 2008 à 17:21
On peut faire un rapprochement avec la pratique qui se généralise de vitrer les boxes.
Cela installe une frontière physique entre le prévenu ou l'accusé et le reste du monde.
Avant même la décision il est déjà ailleurs.
On juge le contenu d'un bocal...
Rédigé par : vincent | 19 novembre 2008 à 16:21
@Guile
Ce que je cherche ? mais cher ami, je cherche non pas la vérité ce serait prétention de ma part, mais la justice, la simple justice, celle qui est juste... simplement juste !
est-ce trop demander ?
Je ne vois nulle sévérité, mais une extrême exigence... exigence qui sied à l'équité, à défaut d'habiller la Vérité qui se satisfait de la nudité.
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 19 novembre 2008 à 15:25
D'un scandale à l'autre : les députés qui respectent une minute de silence en hommage à leur collègue "déprimé" qui s'est suicidé après avoir assassiné sa compagne... Il y a quelque chose décidément qui ne tourne pas rond.
Rédigé par : catherine A. | 19 novembre 2008 à 14:51
@ Pierre Antoine
Je vous trouve bien sévère sur ce dossier. Faudrait savoir ce que vous voulez.
Rédigé par : Guile | 19 novembre 2008 à 14:10
@Véronique
Nos façons regrettables de ne pas voir ceux que nous soignons est du fait AUSSI de ce que nous travaillons souvent -pour ne pas dire toujours- "à la chaîne", tant nous sommes peu nombreux dans les hôpitaux et autres lieux de soins pour faire face comme il se devrait à toutes ces demandes et ces besoins des malades et autres ... Je ne suis pas loin de penser qu'il en est de même en le domaine judiciaire, au civil comme au pénal. A la fin, dépassé par ces situations, on finit souvent par faire n'importe quoi. Dans le domaine médical, ces "distractions" subies sont souvent dramatiques voire fatales à celui qui est là pour s'y faire soigner et non pour s'y faire tuer, des exemples j'en ai à la pelle ... Actuellement, quand je suis en poste, j'ai 100, exactement 100 personnes âgées dépendantes pour la plupart voire grabataires voire encore mourantes, et je suis seul soignant infirmier de la journée ... Soyez vigilant tout le temps, avec ça ... Les audiences civiles et correctionnelles ressemblent souvent à ça: du taf "à la chaîne" (sans jeu de mot) ... En fin de journée, le dernier à comparaître, on oublie de lui ôter ses entraves des chevilles car on n'est plus à même de ne pas trouver cela normal et digne, on est lessivé, tout simplement, et c'est à peine si, tous, on a encore la tête à ce que l'on fait ... Pareil pour nous; en fin de journée, certaines fois, on marche, docteurs, infirmie(ères), tous, au gazoil et à la dopamine quand ce n'est pas à la vodka et au whisky de grands chirurgiens parfois ... C'est souvent -toujours- avant toute chose une question de personnels, de volonté politique en l'espèce. Maintenant, cette cour d'appel de Lyon est peut-être la cour la plus pourrie de France, je n'en sais rien, et ses membres et avocats de singuliers drôles; cependant, ce que j'ai écrit vaut généralement.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 19 novembre 2008 à 13:35
Ne faudrait-il pas plutôt intituler votre billet "le scandale de la surdité", cette incapacité qu'aurait la justice à écouter et que vous soulignez : "mouvement général qui conduit la justice à être de moins en moins une justice de visages pour devenir de plus en plus une justice de papier."
Et que le procureur Lesigne avait déjà dénoncée quand il parlait devant la commission Outreau du "miracle de l'audience" .
La dénonciation de cette incapacité à écouter on la retrouve également à travers les blogs.
En effet nombreux sont ceux (dont moi même, mais mon affaire a fini par arriver entre les mains des services du garde des sceaux) qui se plaignent de ne pas avoir été entendus et se disent, à tort ou à raison, victimes de dysfonctionnement.
Il faut les écouter.
S'ils ont tort, c'est qu'ils n'ont pas compris les décisions, et alors il faut les leur expliquer, car si la justice est rendue au nom du peuple, il faut que le peuple comprenne, et se faire comprendre devrait être une de ses missions.
S'ils ont raison, des erreurs seront corrigées.
Dans les deux cas, la justice a tout à gagner.
Pourquoi n'y aurait-il pas dans chaque tribunal un magistrat dont la porte serait ouverte à la seule fin d'écouter les justiciables ?
Rédigé par : Mm | 19 novembre 2008 à 11:48
Dans un pays qui ne donne que peu de moyens à sa Justice, n'est-il pas d'autant plus nécessaire de laisser des traces plus tangibles que celles d'un regard furtif ?
Rédigé par : prozessanwalt.de | 19 novembre 2008 à 11:10
Les instituteurs s'élèvent contre la loi du budget votée par le Parlement, de nombreux maires désobéissent à la loi sur l'accueil des enfants les jours de grève, le syndicat des impôts rejette tout assouplissement de l'ISF, des centaines de magistrats exposent leur robe aux intempéries ou signent des libelles pour faire ravaler une loi de réforme judiciaire qui ne leur plaît pas .....
Relire les mémoires de Talleyrand:
"....1787....chacun se trouvait trop gouverné....l'administration elle- même....trouvait son obéissance humiliante."
1787+ 2= ?
Rédigé par : Yves | 19 novembre 2008 à 10:58
@ Aïssa
"...je fais mon taf simplement, que mon taf, puis je zappe, je ne m'attarde pas ... "
Sauf que dans l'épisode relevé par Philippe, personne ne fait pas même son taf.
Un gendarme qui a toute latitude pour s'asseoir sur un principe de droit essentiel - un prévenu qui comparaît ne doit pas être enchaîné - outrepasse les prérogatives de sa mission et de son travail.
Un avocat de la défense qui ne s’oppose pas à cette situation totalement anormale, se place en situation de défaut professionnel et de manquement grave à son engagement de défense et de protection de son client.
Des magistrats qui sont ailleurs ou font semblant d'être ailleurs, et qui préfèrent ne pas voir ne sont plus ici des garants du respect de l'application du droit. Professionnellement, ils ne ressemblent plus à rien.
Un président qui laisse faire, qui ne sait pas ou qui ne veut pas s’opposer à l’initiative du gendarme délègue ainsi de fait son autorité au gendarme. Il transforme ce dernier en véritable décisionnel du déroulement de l'audience.
Que pour expliquer sa distraction ce même président en vienne à considérer que le fait d’avoir été absorbé dans la lecture de ses dossiers peut être une explication audible et recevable, indique pour moi une perte de vue de ce qui constitue le fondamental son travail.
Que des mécanismes de sauvegarde de soi s'enclenchent pour mettre à distance des charges d'émotivité et d'émotion dans les métiers confrontés à la souffrance et à la désespérance, est une chose.
Quand ces mécanismes finissent par créer une absence de tenue généralisée (chuchotements, lectures en continu des dossiers, conciliabules etc.), ils induisent de cette manière un excès de zèle qui se nomme ici abus de pouvoir de la part du gendarme.
Nous sommes là en dessous du degré zéro du professionnalisme, de l’exercice d’un métier et de la représentation d’une fonction.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 19 novembre 2008 à 07:59
Bonsoir!
Ce que vous rapportez me fait penser aux façons de Roland Freisler, procureur au tribunal du peuple, qui faisait comparaitre des prévenus (Amiral Canaris...) qui étaient obligés de retenir leurs pantalons lors des audiences pour les humilier encore plus.
Cet irrespect et cette inhumanité de certains juges me fait frémir et me fait craindre le pire pour l'avenir...
C'est indigne!
Rédigé par : Padrig | 18 novembre 2008 à 23:04
Votre billet,cher Philippe, se veut-il bouleversant ou témoignage d'une justice singulière?
Est-ce-que la justice perd la boule?
Faut-il encore rêver et demander des règles de prudence:
"Pas de boulettes, pas de gaffes"
Ou bien avoir les boules?
Ou tirer à boulets rouges sur les bousculés de la justice?
S'en battre les boules d'amour si on a en a?
Attendre l'effet boule de neige?
Devons-nous enfin comprendre que l'usage des
boules quies est interdit dans les tribunaux et que faire quelque chose boule à vue soit à déconseiller comme il est interdit de condamner à la peine du boulet.
A l'impossible nul n'est tenu.
françoise et karell semtob
Rédigé par : semtob | 18 novembre 2008 à 21:59
En 1951 a eu lieu un procès au TGI de Paris, opposant L.F.Céline à Ernst Jünger. Et j'ai plaisir à imaginer ces deux-là, trente-cinq ans plus tôt, dans les Flandres où ils combattirent tous deux, chacun dans son trou puant, sa tranchée boueuse, l'un le casque à plumes sur la tête, un vrai panache, l'autre le casque à pointe prussien, et pan abruti! prends ça dans la gueule, sale boche! et boum tête de con, prends ça dans la poire, sale franzouzen!... Ils ne se connaissaient pas à ce moment; ils n'étaient que les bêtes à boucherie, qui du Joffre, qui du Hindenbourg ... Ce n'est que longtemps après qu'ils redevinrent humains. A ce moment, ils étaient devenus raisonnables, ils ne se faisaient plus la guerre ... Mais comme des litiges demeuraient où le premier aurait pu reprendre son vieux lebel et l'autre son vieux mauser pour régler ça à l'ancienne, ils estèrent plutôt en justice et c'est en toute civilité et politesse qu'ils se présentèrent ce jour, propres tous deux et bien habillés, au juge qui ne manqua pas, naturellement, de les considérer avec toute la dignité qui séyait et commune à tous, comme il se doit.
Cher PB, en vous lisant je n'ai pu m'empêcher de rapprocher ces fonctions de justice à celle de nous autres soignants ... Bien sûr, ayant moi-même été plus que souvent traîné au tribunal enchaîné poignets et chevilles, même lors de transferts (imaginez: traverser toute la gare du Nord de long en large, un midi, avec les menottes aux poignets et les chaînes et un cadenas aux chevilles (c'était en 1991) et quatre gendarmes en tenue pour m'accompagner: un transfert de Douai à Perpignan via Paris, tel quel!), je ne puis pas souscrire à l'attitude de cette cour d'appel qui fit comparaître ce type ainsi. Mais aujourd'hui, je puis comprendre quelquefois certains mécanismes inconscients du cerveau qui nous font "éviter" de cette sorte les innombrables misères humaines individuelles et/ou sociales ... Car c'est ce qui m'arrive souvent depuis que je suis soignant infirmier. Et j'en ai toujours conscience après coup et, même si je n'en ai pas honte ni ne culpabilise, je ne peux m'empêcher de me dire qu'à cet endroit je n'ai pas été bon, qu'ailleurs j'aurais pu être meilleur, etc. Mais c'est ainsi, j'ai vu -et vois encore- dans les hôpitaux et autres lieux de soins tant de misères humaines, tant de souffrances physiques et psychiques, tant de pathologies bizarres et effrayantes, que, malgré moi, comme une sorte d'instinct singulier de conservation de mon intégrité psychique, morale même (c'est un paradoxe, je le sais et je ne me l'explique pas, pas plus que je ne l'explique pour ceux-là médecins ou infirmier(ères) qui comme moi vivent ces choses), je fais mon taf simplement, que mon taf, puis je zappe, je ne m'attarde pas ... Parfois, le soir en entrant chez moi, je cherche en moi, par pure curiosité, le visage de celle ou celui à qui j'ai prodigué des soins aujourd'hui, et je ne le trouve pas, je ne le reconnais pas ... En vérité, je m'aperçois que je ne l'avais pas regardé(e), pas vu(e), j'ai juste accompli sur lui, elle, de la technique, rien d'autre, et c'est peut-être mieux ainsi car, sans que les soins (cette technique) n'en soient en rien inférieurs ou négligés, je me suis préservé -me préserve- du reste auquel je n'y suis pour rien et pour lequel je n'y puis rien ... Relisez "LA PITIE DANGEREUSE" de Stefan Zweig. J'avais lu ça il y a très longtemps et ce n'est qu'aujourd'hui que je le comprends.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 18 novembre 2008 à 20:59
@ tous,
à lire vos commentaires éclairés, comme Candide je reste naïvement plongé dans une perplexité abyssale !
Alain dans ses "propos" disait :
"Où donc est la justice ? En ceci que le jugement ne résulte point des forces, mais d’un libre débat, devant un arbitre qui n’a point d’intérêt dans le jeu. Cette condition suffit, et elle doit suffire parce que les conflits entre les droits sont obscurs et difficiles."
A condition que l'arbitre manifeste un intérêt au jeu... Car la justice, si l'arbitre ne retrouve pas l'intérêt aux parties en présence, restera un jeu, un jeu de rôle, un jeu de société, un jeu d'acteurs, un jeu parfois spectacle ludique pour des spectateurs dont l'intérêt est parfois morbide et les motivations bien obscures.
Cordialement et naïvement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 18 novembre 2008 à 19:27
"Cette distraction regrettable serait seulement anecdotique si elle n'était pas la traduction d'un mouvement général qui conduit la justice à être de moins en moins une justice de visages pour devenir de plus en plus une justice de papier. La marque la plus éclatante de cette dérive est caractérisée par la triste réalité d'audiences où on n'offre plus aux prévenus et aux accusés l'honneur d'un visage levé et d'un regard attentif mais la vision d'un magistrat penché sur son dossier et feuilletant des procès-verbaux dans l'urgence."
« μά τόν κύνα »- Plat. Gorg.482b etc. « Par le chien » aimait à jurer Socrate.
Votre paragraphe m'évoque un passage de la série de mots de racine *KU sur laquelle je travaille précisément en ce moment :
1. Κυνάω: Ëtre En chaleur (en parlant d’un chien ) ║ Être cynique!
2. Κυνέη: Casque de combattant en peau de chien ou en cuir quelconque,
- 2- Chapeau de pluie ou de soleil des paysans
- 3- Nuée très épaisse dont s’enveloppait Athéna pour se rendre invisible.
3. Κυνέω: 1- Baiser, embrasser (les mains, la tête) – en parlant d’oiseaux, se becqueter
- 2- révérer la divinité ( l’aoriste suppose un κυϟ: ; étymologie incertaine)
4. Κύω: être grosse ou enceinte,
- passif : être conçu dans le sein de sa mère –
- à l’aor. Féconder (la pluie féconde la terre) ║
- tr. Enfanter
- (racine *Ku, grossir, enfler - comme le foie des oiseaux au moment de la migration ?- ; cf. :
a. κῡέω : porter en son sein, enfanter skr. Çváyati ;
b. κῡμα : ce qui s’enfle (enflure !) – houle – avalanche de calamités (loi de l’emmerdement) etc.
c. ainsi que κῡρόω : « donner force de loi à ; faire prévaloir une décision, sanctionner, ratifier, réaliser, accomplir ;
d. κῡροϟ : Autorité souveraine, puissance de faire ou de ne pas faire, droit de décider – skr. )
5. Κύων: A- sens propre :
- I) : Chien, chienne ;
- II) symbole de fidélité, d’audace, d’impudence, d’arrogance, de rage ou de fureur
- III) par ext. Animaux divers : les chiennes d’Héphaïstos pour dire « les étincelles » etc...
- IV) Les philosophes!
- – B – par analogie :
- Chien d’Orion ou Sirius ;
- le Chien, la saison de la canicule. – Sorte de poisson ( vulg. L’empereur)
– convulsion de la mâchoire
– Rose des chiens ( églantier) (cf. skr. Çvā ; çúnah )-
NB : il est intéressant de noter que « la couleur de Sirius a changé de rouge qu’elle était pour Ptolémée etc.. », ce qu’aurait « noté un astronome chinois ancien ».
Voir Sirius avec Hubble : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f3/Sirius_A_and_B_Hubble_photo.jpg C’est donc voir l’image du « droit de décider ».
- C’est de ce que côté là qu’est la lumière aveuglante, pas du côté du cliquetis de chaînes rouillées. Voyons, voyons!!
Mais bon, qui se laisse aveugler par son propre pouvoir risque d’assister au retournement prévisible qu’indique C’est de ce que côté là qu’est la lumière aveuglante, pas du côté du cliquetis de chaînes rouillées. Mais bon, qui se laisse aveugler par son propre pouvoir risque d’assister au retournement prévisible qu’indique le Kû-soku-zé-Shiki déjà cité sur : L'enflure éthique http://www.philippebilger.com/blog/2008/02/lenflure-thique.html#comment-100857940 ainsi que sur Vraiment Maître !
- http://www.philippebilger.com/blog/2008/02/vraiment-matre.html#comment-101184054
Rédigé par : Catherine JACOB | 18 novembre 2008 à 19:09
"Puis-je vous demander ce qui, dans ce scenario, sert:
- l'intérêt de votre client"
...la préparation méthodique, sans pression, d'un dossier trop technique pour pouvoir être mis au point au pied levé, à la satisfaction du client qui a considéré que le renvoi allait lui permettre de travailler sa cause.
-"l'intérêt de la collectivité ?"
...dans des affaires civiles, où la procédure est "gratuite", l'intérêt du client est le seul à prendre en compte... Et dans les affaires pénales il en est de même : croyez-vous que les avocats de l'affaire Ferrara se soucient des "intérêts de la collectivité" ?
Le Président et le Ministère Public y pourvoient, ce n'est pas le rôle des avocats...
...mais je ne veux pas, ici, abuser : je vous renvoie au blog d'Eolas...
Rédigé par : sbriglia @ Yves | 18 novembre 2008 à 17:46
"...L'audience, le moment même de la justice. Audience, du mot audiencia, qui dérive d'audire : entendre ; mais audience signifie attention. L'audience est le lieu et le moment de l'attention... c'est dans l'épreuve du dialogue qu'est, nous le savons depuis Platon, le critère de la vérité juste..."
Jean-Marc Varaut "Esquisse d'une phénoménologie de l'audience"
A la décharge des magistrats, combien de mauvais défenseurs : "...Soudain il se tournait vers moi :" Promets-moi. Plus jamais l'emphase... plus jamais le vent pour gonfler les mots..."
Rédigé par : sbriglia | 18 novembre 2008 à 16:16
Me SBRIGLIA 17 nov. 14h 11
Vous avez raison de livrer sur ce blog les fruits de votre expérience car, comme pour la politique, les profanes ne connaissent pas grand-chose à la justice, mais en sont curieux et, a priori, respectueux.
Votre "petite histoire" me laisse perplexe. Vous avez fait un incident d'audience qui a provoqué le renvoi de l'affaire à 3 mois et... la fureur de l'adversaire.
La leçon que vous tirez de l'histoire sonne comme un coup d'éclat professionnel, une victoire de votre fort caractère.
Puis-je vous demander ce qui, dans ce scenario, sert:
- l'intérêt de votre client ?: si on lit bien, vous avez mobilisé son temps et son argent de trop longues années, par le moyen de renvois, appels, et autres pourvois. Sans que le retardement ait empêché la déroute de la cause.
et
- l'intérêt de la collectivité ? ainsi donc, l'acharnement procédurier de certains défenseurs ne serait pas contrarié par la préoccupation de ralentir une justice déjà encombrée, ni de lui (nous) causer des coûts parasitaires.....
Rédigé par : Yves | 18 novembre 2008 à 13:17