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« La Cour de cassation et Christian Vanneste : une victoire | Accueil | Ségolène Royal pour tous »

Le scandale des chaînes

Il ne s'agit pas de télévision.

L'Observatoire international des prisons (OIP) a révélé - information reprise par le Monde - qu'un détenu avait comparu le 28 octobre avec des entraves aux pieds devant la cour d'appel de Lyon. "Il a dû s'avancer à la barre en progressant à petits pas, les chaînes traînant sur le sol".

Pour le procureur général, cette indignité - qui s'ajoute à celle d'avoir des chaînes aux pieds - serait due à "l'excès de zèle d'un gendarme". Je veux bien croire à cette explication qui semble tout à fait plausible.

Mais ce n'est pas tout et l'essentiel est à venir. Le président "plongé dans ses dossiers" et apparemment pas dérangé par le bruit des chaînes, n'avait rien remarqué.

Cette distraction regrettable serait seulement anecdotique si elle n'était pas la traduction d'un mouvement général qui conduit la justice à être de moins en moins une justice de visages pour devenir de plus en plus une justice de papier. La marque la plus éclatante de cette dérive est caractérisée par la triste réalité d'audiences où on n'offre plus aux prévenus et aux accusés l'honneur d'un visage levé et d'un regard attentif mais la vision d'un magistrat penché sur son dossier et feuilletant des procès-verbaux dans l'urgence.

Mon expérience d'avocat général à la cour d'assises de Paris me démontre que beaucoup de présidents favorisent par leur comportement une inégalité entre, d'un côté, les accusés qui n'ont pas le choix de leur attitude et se doivent de fixer leurs juges et ceux qui, de l'autre, dirigent les débats mais les fuient trop souvent par une consultation forcenée du dossier, au mauvais moment.

La justice est, pour le plus grand bien de la liberté et de la contradiction des échanges, une affaire de visages, de regards et de langage. Le processus judiciaire, pour garder la solennité du rituel et l'allure dont il a besoin, nécessite que l'humanité jugée et l'humanité qui va juger se rencontrent dans ce bel espace commun suscité par des yeux qui ne s'évitent pas, des visages qui ne se détournent pas et des paroles qui ne se manquent pas. Pour peu que l'accusation - elle a aussi ses défauts - ne soit pas à la hauteur, la grandeur et la richesse de l'audience, avec une présidence engloutie dans le papier, avec le bruit insistant des pages qu'on tourne, se dégrade en conciliabules médiocres, en un minimalisme qui abîme.  L'honneur de juger, la dignité d'être jugé responsable sont des privilèges que rien ne devrait altérer, et surtout pas aux assises avec le détournement d'attention et le retrait physique du personnage central : le président.

Voir s'effilocher l'affrontement et le dialogue humains est une blessure. Voir la justice se dépouiller trop volontiers, au fil du temps, de ce qui l'orne et la pare engendre la mélancolie. On voudrait pouvoir retenir ce qui échappe et constitue l'essentiel de l'oeuvre de justice qui, achevée, représente une forme suprême de savoir-vivre ensemble.

Je me souviens de Me Henri Leclerc que je questionnais sur les grands présidents devant lesquels il avait plaidé. Il plaçait au premier rang - et d'autres avocats ont abondé dans son sens - Jacqueline Cochard qui avait l'habitude de présider les audiences de la cour d'assises regard levé, parole claire, visage ouvert et dossier fermé. Une perfection.

Nostalgie, quand tu nous tiens !

 

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Voici les sites qui parlent de Le scandale des chaînes:

Commentaires

Formidable papier. Pour avoir suivi un certain nombre de procès d'assises je me souviens de certains présidents attentifs, respectueux, Bernard Bacou par exemple, tandis que d'autres vulgaires, méprisants, méprisables, malmenaient allègrement une justice qu'ils auraient du servir, sans que leur comportement ne dérange le moins du monde leur hiérarchie ; indifférente ou, pire encore, ignorante.
PS: est-ce idiot d'imaginer un "boycott" de ces magistrats ?

Une superbe exposition en septembre dernier sur Daumier dans ce petit village de Parçay-les-Pins en Anjou (au nord de Bourgueil) dépeignait des présidents déjà absorbés par leurs dossiers.
Mais cette attitude lâche n'est pas propre à certains juges; Je l'ai constatée dans ma carrière dans le privé à de nombreuses reprises chez des patrons, DRH et autres.
Au reste je pense que ces comportements tiennent plus aux hommes qu'aux fonctions.

J'ai eu la chance de plaider en correctionnelle, à Versailles, devant Madame Cochard ; elle a su, avec tact et élégance, régler un incident que j'avais avec un substitut (à l'époque) qui deviendra un avocat général connu... risquant l'hélitreuillage (Laurent, je t'aime bien quand même !).
Mais, cher PB, je suis beaucoup plus scandalisé par les avocats qui laissent se commettre ce genre de... forfaiture et qui ne hurlent pas face à une telle situation...
Qu'on me pardonne (je crois n'en avoir pas abusé) de narrer une petite histoire qui m'est arrivée il y a quelques années au Conseil de prud'hommes de Créteil : le Président me refuse un renvoi dans une affaire complexe qui venait pour la première fois... audience chargée, 18 affaires au rôle... mon dossier n'était pas prêt, le Président me précise que je peux rentrer à mon cabinet et que je passerai en fin d'audience, vers 20h. Furieux,je rentre à Paris préparer vaille que vaille ce lourd dossier qui mettait en jeu de gros intérêts, dans un environnement jurisprudentiel complexe.
A mon retour, vers 20h, il restait encore deux affaires avant la mienne. Je ne peux toutefois rentrer au Conseil de prud'hommes, qui se trouve dans un immeuble de bureau, que grâce à la sortie de l'un de mes confrères, la sortie étant possible via un bouton à l'intérieur mais non l'entrée... (sécurité oblige, me dira le Président en ajoutant, un tantinet moqueur : "adressez-vous au Préfet, Maître !")
Le client ayant souhaité assister, tardivement, à l'audience, je lui donne rendez-vous en bas pour lui ouvrir la porte... et dans l'ascenseur qui monte à l'étage du CPH et des salles d'audience j'ai soudain la révélation : comment pouvait-on assurer ainsi une audience "publique" s'il fallait descendre les étages pour ouvrir la porte au justiciable ?
A 21h, à la reprise, je fais donc un incident d'audience et demande au greffier de noter que le libre accès à la salle d'audience n'est pas assuré et qu'en conséquence le procès équitable ne peut avoir lieu.
Le Conseil, après s'être retiré pour délibérer, renvoie l'affaire à... trois mois, à la grande satisfaction de certains conseillers épuisés par la durée de l'audience et à la fureur de mon adversaire, qui gagnera cependant son affaire, de longues années après, devant la Cour de Cassation.

Moralité : ne jamais baisser les bras, devant les chaînes ou devant les gâches fermées !

Pardon d'avoir été long et de m'être cité...

Mais le pire de celui ou celle qui daigne lever ses yeux en direction du prévenu condamne ce dernier sur la base de son look ou/et de son faciès. Et donc, parfois, on prie pour que le juge ne lève pas les yeux et se contente de tripatouiller ses papiers pour annoncer l'affaire suivante.

"Pour le procureur général, cette indignité serait due à "l'excès de zèle d'un gendarme". Je veux bien croire à cette explication qui semble tout à fait plausible.
Mais ce n'est pas tout et l'essentiel est à venir. Le président "plongé dans ses dossiers" et apparemment pas dérangé par le bruit des chaînes, n'avait rien remarqué."

A mes yeux, un essentiel est escamoté dans votre première phrase que je cite.

Comment se fait-il qu'un gardien de la paix puisse en toute tranquillité donner libre cours à son excès de zèle et à son interprétation toute personnelle du droit, alors qu’une audience dans un tribunal est tout sauf une salle vidée de greffiers, de magistrats et d'avocats ?

L'explication du président du tribunal est à l'avenant de ces figurines désincarnées et muettes qui ont, semble-t-il, constitué l'assemblée de cette audience.

Ne plus savoir regarder qui est en face de soi, avoir les sens anesthésiés au point de ne plus faire la différence entre un homme assuré de ses pas et un homme enchaîné, quand bien même cet autre est celui qui doit être jugé, indiquent pour moi une dégradation du sens, de l'attention et de l'intelligence à autrui.

C'est cette médiocrité dans l'absence du regard, dans le défaut d’attention et dans les mines chuchoteuses qui est infiniment blessante et humiliante.

La totalité des professionnels judiciaires présents à cette audience ont adapté, me semble-t-il, leur totale carence de style à celle du président.

Cet aréopage, ce jour-là, ce quart d’heure-là, m’apparaît avoir été bien laid et bien petit.

Cher Philippe, vos derniers billets me confortent dans le sens que nous donnons l'un et l'autre, malgré nos quelques divergences, au respect, à la dignité et à la perception, non seulement de l'homme, mais aussi des mots.
Les deux événements que vous avez commentés, à savoir les critiques sur l'annulation du procès de C. Vanneste et l'appel à la barre d'un prévenu fers aux pieds, m'avaient considérablement heurté et peu de temps avant vous en avais fait l'objet de mes billets sur mon site, tendant, peu ou prou, vers les mêmes conclusions que vous.
Que l'homosexualité ne puisse être universalisée comme le proclama C. Vanneste, est indéniable pour la pérennité de l'espèce humaine; c'est en ce sens qu'il ajouta qu'elle était inférieure à l'hétérosexualité, et non par une espèce d'homophobie haineuse. Je ne sais pas s'il était nécessaire de le dire, en tout cas c'était son droit le plus strict, mais ce que je sais c'est que les associations homosexuelles se ridiculisent à vouloir pourfendre tout ce qu'elles jugent contraire à leur sectarisme. Les phrases ont un sens et il serait bon que chacun les analysât correctement et sans a priori.
Quant à ce triste épisode vécu à la 4 ème chambre correctionnelle de Lyon, plus que le manque d'attention, c'est le respect et la dignité que l'on doit à autrui, quel qu'il soit et surtout lorsqu'il se présente face à ses juges, dont on a fait fi. Est-ce le symptôme d'une société qui se dégrade, la négligence, le laisser-aller ou plus simplement la peur de subir les admonestations d'un pouvoir qui se mêle de tout, allant jusqu'à vouloir réformer la psychiatrie à cause du geste d'un fou, d'ailleurs répété quelques jours après par un autre sans la conséquence dramatique du premier. Si le policier n'a pas ôté les fers c'est qu'il craignait, plus qu'une évasion, les conséquences qu'il aurait à subir dans l'application de cette hypothèse. En revanche, que l'avocate du prévenu, que le président du tribunal, que le procureur n'aient rien trouvé d'anormal à cette situation digne du traitement qu'on infligeait aux bagnards des siècles passés, est proprement scandaleux et participe de ce dédain que l'on a lorsque le manque de respect ne nous concerne pas, mais uniquement les autres.
Ne soyons donc pas surpris, dans une société où rien ne doit venir assombrir la sérénité du contremaître en chef, le respect de l'homme est une peccadille qu'on enchaîne également pour dormir tranquille.

C'est très juste, Philippe.

D'autant plus qu'on vous intime de ne parler et de ne répondre qu'au président, lequel semble parfois n'avoir cure du quidam qui s'exprime, chuchotant avec un assesseur ou farfouillant dans ses papelards. Aux assises, malgré tout, le point d'équilibre, c'est le président, il est le plexus du tribunal et s'il n'est pas attentif, on se demande alors vers qui se tourner. On essaie alors de capter le regard d'un assesseur, ou d'un juré, mais ceux-là ont également un sentiment trouble : si le président n'est pas attentif, c'est que cela n'est pas important.
A l'inverse, un président attentif, c'est les yeux dans les yeux, des inflexions de tête, des moues, des sourires, un véritable dialogue muet autour des paroles prononcées. J'en ai connu deux comme ça : Forkel et Latapie, dans des genres très différents. Je ne citerai pas les autres.
Je me souviens d'un avocat général qui me cuisinait en tant que témoin et, alors que je lui répondais, me fit remarquer que je devais répondre à la présidente, laquelle était occupée ailleurs. J'ai donc fait silence en regardant la présidente, silence qui a dérangé l'auguste magistrate l'amenant à lever les yeux en se demandant ce qui se passait.

Je note au passage, une fois de plus, que le procureur général a fait état en la circonstance d'un "excès de zèle" au lieu de dénoncer une faute car il s'agit bien d'une faute - et d'un moyen de cassation certain - que de faire comparaitre un prévenu enchaîné. La routine en la matière est la meilleure formatrice et gendarmes et policiers sont habitués à défaire les prévenus des entraves avant l'entrée en salle d'audience : ce geste était donc délibérément illégal et méritait au moins que le procureur s'en désolidarise. Mais non.

D'abord mes félicitations.
Si je comprends bien il s'est commis ou poursuivi publiquement, devant des autorités constituées, un délit.
L'article 40 du CPP dispose que "Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai...".
Quelles suite a été donnée ? Les magistrats témoins sont-ils en état de forfaiture ?

Cher PB
"Cette distraction regrettable serait seulement anecdotique si elle n'était pas la traduction d'un mouvement général qui conduit la justice à être de moins en moins une justice de visages pour devenir de plus en plus une justice de papier."

Et vous vous en apercevez juste maintenant ?

Quand je vous disais que la justice en France a perdu son J majuscule, vous en apportez là une remarquable confirmation.

Je renouvelle la citation humoristique que m'avait faite un magistrat "vocation tardive" sur la couleur du code pénal :
Savez-vous pourquoi le code pénal est rouge ? pour que les magistrats ne s'aperçoivent pas qu'on leur a greffé à la place du coeur à l'ENM.

Je pose encore la question, la loi est-elle faite pour l'homme ou l'homme pour la loi ?

Cordialement et très satisfait de votre billet.

Pierre-Antoine

Y a t-il possibilité de sanctionner administrativement ce genre de président ?
C'est bien beau de dénoncer ! Mais si en retour on ne peut pas punir, on encourage de fait ce genre de président à persister.

@catherine A
J'apprécie et adhère à votre PS :
"est-ce idiot d'imaginer un "boycott" de ces magistrats ?"
Juste savoir qui boycotterait ? le présumé innocent ?

@Mike
votre :
"Au reste je pense que ces comportements tiennent plus aux hommes qu'aux fonctions."
Me permet de rajouter que ce genre de comportement jette le discrédit sur tous ceux qui exercent cette fonction quand ils ne le dénoncent pas vigoureusement et ne se donnent pas les moyens de l'éradiquer au sein de leur dite fonction.
Corporatisme ? vous avez entendu corporatisme ? mais j'ai rien dit moi...

Cordialement à vous deux

Pierre-Antoine

Quel beau plaidoyer -dommage, un peu court- que celui de Daniel Zagury en la colonne qui le concerne! Ainsi les choses seront claires pour le plus grand nombre, je l'espère ...

Cher sbriglia, ne vous excusez donc point, je vous prie, et d'être long et de vous citer ... Je vous ferais remarquer deux tares en notre société: 1) l'interdiction officieuse de la publicité pour les livres, à la télé, comme Bonux ou la dernière console de jeux, par exemple; 2) l'interdiction officielle de la publicité à tout avocat. Mais on évoluera, j'en suis sûr; tout va si vite ... Tenez, voyez, comme le fait remarquer le docteur Zagury: On peint déjà les murs d'une prison en blanc et on leur dit "entrez, docteurs, c'est votre nouvel hôpital flambant neuf!...". Comme tout ceci est passionnant ...

Mike, mon cher, la famille biologique c'est certes un papa, une maman et un ou des enfants ... Mais la famille, mettons, sociale, civile, culturelle même, celle à laquelle je pensais et pense, pourquoi ne serait-elle pas aussi entre un homme et un homme ou une femme et une femme?... Pour les enfants, tant sont abandonnés de par ce monde que personne ne veut -ou ne peut, de par les lois de son pays- adopter; laissons ces couples "différents" mais si peu, les recueillir qui ne leur donneront pas, ayons confiance, une pire éducation ni moins de chance pour la vie que quand ils restent livrés à eux-mêmes dans la rue et les ordures ... Même au Nebraska, constatez, ils les jettent comme des sopalins, les mômes énervants (évidemment, yes we can là-bas ...); si aussi des couples homos les recueillaient légalement, les élevaient et en faisaient des hommes et des femmes qui procréeront à leur tour mais ne jetteront pas, quant à eux, leur progéniture à l'hospice ou la rue de la sorte ... enfin, vous comprenez ...

Cher PB, je suis triste à la conclusion de votre billet beau de noble subjectivité. En effet, quand on en vient à avoir la nostalgie de ce qui a été, c'est donc que le présent est par trop malmené et le futur bien obéré. Shit présent! no futur! ça promet ... Ceci étant, pour que le dossier soit bien fermé qui laisse loisir au président ou la présidente de la cour ou du tribunal de vous contempler long temps, faut-il déjà qu'il soit bien "ficelé" (sens figuré); une erreur grossière dans celui-là qui serait écarté comme une vile procédure au profit de la lente et sereine contemplation peu s'en faut rousseausiste, serait dommageable pour tous ... Je préfère quand même que les magistrats aient le nez dedans. Soyons clairs: le tribunal c'est la guerre où l'enjeu est souvent mortel (15 ans ou perpet' de taule, c'est pas une admiration réciproque de visages, quand bien même ils seraient très beaux, qui fera cela comme un baume); et, puisque c'est la guerre entre une accusation et une défense avec pour arbitre et maître d'oeuvre un président, qu'au moins, comme en toute guerre digne de ce nom les accords de Genève, les règles et le contenu de la procédure soient dès l'abord bien définis et établis, lus et relus à chaque instant ... Dans les tranchées 14-18, ils s'observaient à loisir les gars, longtemps, ah ils s'admiraient bien, sans jumelles souvent tellement ils étaient proches; vous avez vu le merdier inextricable que cela a donné ... Forcément!

A contrario de cette -je vous crois- excellente présidente d'assises que vous citez ainsi que maître Leclerc, comment s'appelait-il -ou s'appelle-t-il, s'il est toujours en vie- ce président de la cour d'assises de Paris qui regardait tant et tant l'accusé et sa défense, qu'à la fin, n'en pouvant plus, presque tout le Barreau parisien s'est mis en grève de plaidoirie quand il présidait aux sessions? Je crois qu'il finit par quitter la magistrature pour intégrer le Bureau du Front national où il fit, il faut bien le dire, une piètre carrière ... Mais je ne voudrais pas terminer sur cette note pessimiste. Incarcéré depuis des années, mon père mourût et il me fallait aller à ses obsèques. Je sollicite la juge de l'application des peines qui me l'accorde. A ce moment, un transfert prévu de longue date m'arrive et en un rien de temps je me retrouve dans ces sordides cellules du quartier de transit de Fresnes. Jamais personne n'a eu une permission de sortie du transit de Fresnes qui, comme son nom l'indique, n'est qu'un transit d'une prison à une autre. Ma permission m'a suivie pourtant, sur ordre et injonction écrits de la JAP et à la date fixée. J'ai du être, d'après ce que m'en ont dit ensuite les matons, un des rares pour ne pas dire le seul détenu qu'ils ont vu avoir une perm du quartier de transit ... Ils n'avaient jamais vu ça. Pourtant, il me restait des années à purger. Je suis donc allé aux obsèques, tout seul, comme un grand, j'ai pris le bus, le train, etc., profitant d'un kiosque pour acheter une jolie carte en manière de chaton (je m'en souviens comme d'hier) que j'ai envoyé depuis Fresnes (la ville) à cette JAP qui se trouvait alors à Nancy, avec un gros baiser et un coeur que j'avais dessiné, oui oui je certifie ... Puis les avocats, ne les oublions pas; il y en de formidables, au-delà de la compétence technique et de la qualité oratoire, dans le domaine de l'humanité pure ... Je pense à feu Jean-Jacques Dayan qui me défendait, il y a très longtemps, ici à Reims ... La bibliothèque du Palais porte désormais son nom. Il y en a d'autres aussi, mais lui me marque longtemps ...


Aïssa.


PS/ le fait que toute la Cour -et non seulement le président- ait laissé ce type entravé aux pieds et comparaître ainsi, n'est-il pas plutôt conscient et par elle (la Cour) comme une sorte de "grève du zèle", une manière sordide de protestation de quelque chose qui viserait sciemment ailleurs plutôt ...? Comme toutes ces choses deviennent médiatiques ...

Je fais suite à mon confrère sbriglia et aux images de Daumier.
Bien sûr que les avocats devraient intervenir ! Mais créer un incident n’est pas toujours facile. Les magistrats le savent et certains en abusent, jusqu’à la nausée.

Je me rappelle moi aussi un dossier où j’intervenais il y a deux ans passés, c'est-à-dire à une époque où la magistrature subissait déjà de nombreuses critiques.
Il s’agissait d’une modeste audience civile devant une cour d’appel et en collégiale de surcroît.
L’un des "magistrats", si l’on peut appeler ainsi l’individu en cause, a passé les trois quarts de ma plaidoirie à lire un journal bras tendus. Peut-être étais-je ennuyeux ? A la vérité, il avait déjà effectué la chose avec plusieurs des confrères précédents, probablement très ennuyeux eux aussi.
Et que croyez-vous que faisaient les deux autres "juges", dont le Président ? Et bien, ils ont discuté la majeure partie du temps, parfois joyeusement.

Face à cette situation, une alternative s’ouvre.

La première solution est de créer un incident de manière plus ou moins virulente, mais dans le respect de notre déontologie qui, elle, est sanctionnée de manière sérieuse.
Mais auquel cas, il faut s’attendre à ce que le client paye les pots cassés pour avoir eu un conseil ayant eu l’outrecuidance de faire entendre la raison et respecter l’institution.
Et puis les clients sont comme les affaires, ils passent. Les avocats et les magistrats restent. Aussi certains de ces derniers se font-ils forts de régler leurs "comptes personnels" avec des avocats sur le dos des clients successifs de ces derniers. La première fois que cela m’a été dit, je ne l’ai pas cru, tant la chose me semblait indigne et vile. Mais la nature humaine est ce qu’elle est, y compris chez certains "magistrats" dont la dimension est proportionnellement inverse à l’importance de la fonction publique qui leur a été confiée.

La seconde solution est de se taire, pour justement ne nuire en rien aux intérêts du client.
Dans mon cas d’espèce précité, et pour paraphraser Churchill, j’ai eu le déshonneur de ne rien dire ou faire et l’arrêt rendu a été un authentique torchon, d’ailleurs cassé par la Cour de cassation.

Finalement, des interrogations se posent :
Ces "magistrats" voulaient-ils vraiment travailler ?
Puisqu’elle est malheureusement nécessaire, à quand la police des polices de l’audience ?
Pourquoi n’y a-t-il pas de mises à l’écart de certains nuisibles envers, notamment, d’autres de leurs collègues devant lesquels plaider et défendre est un vrai plaisir ?

Si ce n'était que la seule "entrave" au respect de la présomption d'innocence mais, hélas, il y a aussi toutes les autres beaucoup plus dissimulées, beaucoup plus sournoises et pour lesquelles aucun procureur ne s'offusque !

"Le président "plongé dans ses dossiers" et apparemment pas dérangé par le bruit des chaînes, n'avait rien remarqué."
Quelle négligence aussi d'oublier le boulet !

Le Président suroccupé à feuilleter son dossier durant l'audience avait sans doute omis de le lire avant! Son autisme est malheureusement très partagé de nos jours. Je suis en tout point d'accord avec votre analyse: juger est un honneur et ceux qui l'exercent sans réelle conscience de ce qu'ils ont entre les mains sont de bien mauvais juges! L'exemple cité dans votre billet frise la caricature mais il n'est hélas nullement anecdotique de nos jours. La justice est une affaire de langage mais aussi d'oreille et ce n'est pas un hasard si certains juges écoutent aussi peu le prévenu et son conseil.

Un prétoire est le lieu ou s'affronte l'humanité jugée et celle qui va juger. Il en est de tout différent, on échange d'abord des regards. Je veux bien que le Président soit malentendant, mais au moins qu'il regarde qui est en face de lui, c'est vivre ensemble. Sinon cela ressemble à la justice que croquait Daumier, petite et laide. J'approuve le regard hyperectasique dans son humanisme que ressent Véronique. Les yeux dans les yeux, c'est ce qu'attend le public pour la justice de son pays.

@Aïssa
Il s'agissait d'André Giresse, décédé il y a quelques années...

Il y aurait tant à dire sur les président de tribunaux...

Vivement que des machines remplacent les présidents.
C'est envisagé depuis un certain temps.

On remplace bien les caissières..

La justice transformée en formulaire..
Une formalité.. On peut balancer n'importe qui via internet maintenant, ou à défaut semer le doute sur telle ou telle personne...

Anecdotiquement, Allez faire un tour dans les correctionnelles, surtout quand le chauffage est à fond, l'après-midi.

C'est génial coté bâillement, et quand vous passez du tribunal de VILLE à celui de AUTRE VILLE vous noterez la différence des peines selon que monsieur le président frétille pour ou avec l'extrême droite ou la gauche profonde.
A délits et circonstances quasi identiques s'entend. Ca ressemble un peu à la foire du trône en mode surchauffe avec le bruit en moins (ouf).


Sans parler du look, de l'attitude générale, surtout en province, le président c'est le gars bien nourri, bien gras, qui semble s'ennuyer entre ses deux parties du golf, méprisant pour certains, imbu à en crever devant le pauvre type qui doit avoir l'impression de passer devant Saint Pierre. Le gueux a intérêt à avoir du fric s'il veut se rapprocher de l'acceptable du golfeur professionnel et se payer un bon baveux si il veut s'en sortir.

Egalité, vous m'en direz tant... le glaive est vieux et salement entaché.

@ GL

Il y a quelque années, j'assistais en simple curieux au procès d'un illustre faussaire en peinture à Pontoise, c'était dans la fin des années 70 début 80, le président n'arrêtait pas de tripoter ses dossiers, de noter, corriger ces derniers sans prêter la moindre attention à la plaidoirie de l'avocat, j'ai adoré la façon dont l'avocat a géré la chose :

Il s'est arrêté tout net de parler, le président prenant conscience de la chose lui suggéra alors:

"Poursuivez Maître, poursuivez..."

Et re plongeon dans les dossiers, et re arrêt de plaidoirie de l'avocat.

"Poursuivez Maître, poursuivez.."

Le manège s'est produit quatre fois.

Instant de lucidité, le président a enfin délaissé ses dossiers pour écouter la plaidoirie que l'avocat à reprise du début !

"Mais ce n'est pas tout et l'essentiel est à venir. Le président "plongé dans ses dossiers" et apparemment pas dérangé par le bruit des chaînes, n'avait rien remarqué."

Autre explication, lui aussi est peut-être accroc aux séries américaines !

Me SBRIGLIA 17 nov. 14h 11
Vous avez raison de livrer sur ce blog les fruits de votre expérience car, comme pour la politique, les profanes ne connaissent pas grand-chose à la justice, mais en sont curieux et, a priori, respectueux.
Votre "petite histoire" me laisse perplexe. Vous avez fait un incident d'audience qui a provoqué le renvoi de l'affaire à 3 mois et... la fureur de l'adversaire.
La leçon que vous tirez de l'histoire sonne comme un coup d'éclat professionnel, une victoire de votre fort caractère.
Puis-je vous demander ce qui, dans ce scenario, sert:
- l'intérêt de votre client ?: si on lit bien, vous avez mobilisé son temps et son argent de trop longues années, par le moyen de renvois, appels, et autres pourvois. Sans que le retardement ait empêché la déroute de la cause.
et
- l'intérêt de la collectivité ? ainsi donc, l'acharnement procédurier de certains défenseurs ne serait pas contrarié par la préoccupation de ralentir une justice déjà encombrée, ni de lui (nous) causer des coûts parasitaires.....

"...L'audience, le moment même de la justice. Audience, du mot audiencia, qui dérive d'audire : entendre ; mais audience signifie attention. L'audience est le lieu et le moment de l'attention... c'est dans l'épreuve du dialogue qu'est, nous le savons depuis Platon, le critère de la vérité juste..."

Jean-Marc Varaut "Esquisse d'une phénoménologie de l'audience"

A la décharge des magistrats, combien de mauvais défenseurs : "...Soudain il se tournait vers moi :" Promets-moi. Plus jamais l'emphase... plus jamais le vent pour gonfler les mots..."

"Puis-je vous demander ce qui, dans ce scenario, sert:
- l'intérêt de votre client"

...la préparation méthodique, sans pression, d'un dossier trop technique pour pouvoir être mis au point au pied levé, à la satisfaction du client qui a considéré que le renvoi allait lui permettre de travailler sa cause.

-"l'intérêt de la collectivité ?"

...dans des affaires civiles, où la procédure est "gratuite", l'intérêt du client est le seul à prendre en compte... Et dans les affaires pénales il en est de même : croyez-vous que les avocats de l'affaire Ferrara se soucient des "intérêts de la collectivité" ?
Le Président et le Ministère Public y pourvoient, ce n'est pas le rôle des avocats...

...mais je ne veux pas, ici, abuser : je vous renvoie au blog d'Eolas...


"Cette distraction regrettable serait seulement anecdotique si elle n'était pas la traduction d'un mouvement général qui conduit la justice à être de moins en moins une justice de visages pour devenir de plus en plus une justice de papier. La marque la plus éclatante de cette dérive est caractérisée par la triste réalité d'audiences où on n'offre plus aux prévenus et aux accusés l'honneur d'un visage levé et d'un regard attentif mais la vision d'un magistrat penché sur son dossier et feuilletant des procès-verbaux dans l'urgence."

« μά τόν κύνα »- Plat. Gorg.482b etc. « Par le chien » aimait à jurer Socrate.

Votre paragraphe m'évoque un passage de la série de mots de racine *KU sur laquelle je travaille précisément en ce moment :

1. Κυνάω: Ëtre En chaleur (en parlant d’un chien ) ║ Être cynique!
2. Κυνέη: Casque de combattant en peau de chien ou en cuir quelconque,
- 2- Chapeau de pluie ou de soleil des paysans
- 3- Nuée très épaisse dont s’enveloppait Athéna pour se rendre invisible.
3. Κυνέω: 1- Baiser, embrasser (les mains, la tête) – en parlant d’oiseaux, se becqueter
- 2- révérer la divinité ( l’aoriste suppose un κυϟ: ; étymologie incertaine)
4. Κύω: être grosse ou enceinte,
- passif : être conçu dans le sein de sa mère –
- à l’aor. Féconder (la pluie féconde la terre) ║
- tr. Enfanter
- (racine *Ku, grossir, enfler - comme le foie des oiseaux au moment de la migration ?- ; cf. :
a. κῡέω : porter en son sein, enfanter skr. Çváyati ;
b. κῡμα : ce qui s’enfle (enflure !) – houle – avalanche de calamités (loi de l’emmerdement) etc.
c. ainsi que κῡρόω : « donner force de loi à ; faire prévaloir une décision, sanctionner, ratifier, réaliser, accomplir ;
d. κῡροϟ : Autorité souveraine, puissance de faire ou de ne pas faire, droit de décider – skr. )
5. Κύων: A- sens propre :
- I) : Chien, chienne ;
- II) symbole de fidélité, d’audace, d’impudence, d’arrogance, de rage ou de fureur
- III) par ext. Animaux divers : les chiennes d’Héphaïstos pour dire « les étincelles » etc...
- IV) Les philosophes!
- – B – par analogie :
- Chien d’Orion ou Sirius ;
- le Chien, la saison de la canicule. – Sorte de poisson ( vulg. L’empereur)
– convulsion de la mâchoire
– Rose des chiens ( églantier) (cf. skr. Çvā ; çúnah )-

NB : il est intéressant de noter que « la couleur de Sirius a changé de rouge qu’elle était pour Ptolémée etc.. », ce qu’aurait « noté un astronome chinois ancien ».

Voir Sirius avec Hubble : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f3/Sirius_A_and_B_Hubble_photo.jpg C’est donc voir l’image du « droit de décider ».
- C’est de ce que côté là qu’est la lumière aveuglante, pas du côté du cliquetis de chaînes rouillées. Voyons, voyons!!
Mais bon, qui se laisse aveugler par son propre pouvoir risque d’assister au retournement prévisible qu’indique C’est de ce que côté là qu’est la lumière aveuglante, pas du côté du cliquetis de chaînes rouillées. Mais bon, qui se laisse aveugler par son propre pouvoir risque d’assister au retournement prévisible qu’indique le Kû-soku-zé-Shiki déjà cité sur : L'enflure éthique http://www.philippebilger.com/blog/2008/02/lenflure-thique.html#comment-100857940 ainsi que sur Vraiment Maître !
- http://www.philippebilger.com/blog/2008/02/vraiment-matre.html#comment-101184054

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