Henri Guaino est de retour dans les médias. On lui a redonné le droit de s'exprimer. Le résultat n'a pas tardé.
Il est conseiller spécial du président de la République. Vraiment spécial.
Ne vient-il pas de déclarer au Grand Rendez-Vous/Europe 1/Le Parisien-Aujourd'hui en France, à propos du jugement ayant débouté le Président et autorisé la poursuite de la commercialisation de la poupée vaudoue, "qu'à titre personnel, je pense qu'il est parfaitement incongru, scandaleux, moralement inacceptable qu'on puisse trouver un juge pour dire que ça n'atteint pas la dignité de la personne".
Je passe sur la familiarité un tantinet méprisante du "...qu'on puisse trouver un juge...". J'en arrive à l'essentiel.
Le 29 octobre, une décision a été rendue qui n'a pas retenu la thèse du président de la République et l'analyse juridique de son avocat Me Thierry Herzog qui avait assigné en référé sur le fondement de la violation du droit à l'image. Nicolas Sarkozy a interjeté appel du jugement et, sans m'avancer, il me semble évident qu'un débat approfondi aura lieu sur la pertinence du droit à l'humour appliqué au droit à l'image et sur la distinction à opérer entre la validité juridique et la perception politique.
Dans l'attente de l'appel, le président de la République, qui a décidé d'exercer cette voie de recours comme peut le faire tout demandeur débouté, a respecté une discrétion absolue et s'en est tenu à ce que son rôle de garant judiciaire lui impose. De son côté, Me Herzog, qui est très sollicité depuis que sa qualité de conseil du Président est connue, a formulé des observations modérées et respectueuses de la juridiction concernée, même s'il faisait déjà valoir l'axe de sa future argumentation. Tout cela relevait d'une belle et bonne démocratie. Cette démarche du Président et de son avocat était d'autant plus remarquable que des médias - notamment le site du Nouvel Obs, auquel on doit tout de même - le seul ! - d'avoir attiré l'attention sur ces propos - absurdement qualifiaient de "camouflet" la décision rendue, en présumant une dépendance de la justice au moment même où il convenait de se féliciter de son indépendance. Le paradoxe est que les journalistes perçoivent comme un dysfonctionnement et une offense politique ce qui relève d'une administration judiciaire normale.
Mais c'était oublier Henri Guaino dont on a sollicité avec imprudence l'avis sur cette question. Des adjectifs pour le moins surprenants, à l'égard d'une décision de justice, dans la bouche d'un conseiller spécial de président de la République : "incongru, scandaleux, inacceptable..." ! Ainsi, alors que la magistrature a été et s'est mise à feu et à sang et que le président, en recevant son syndicat majoritaire, lui a donné de la considération et offert de l'écoute, que peut-être même il a apaisé des tensions et que la garde des Sceaux elle-même semble atteinte d'une grâce nouvelle, était-il vraiment nécessaire de lancer ce brûlot verbal qui en d'autres temps aurait entraîné sans retard le désaveu ou la mise à l'écart du personnage l'ayant proféré ? La réponse est contenue dans l'interrogation. L'Etat de droit, ce devrait être aussi le silence d'Henri Guaino.
Un ministre, René Tomasini, il y a longtemps, avait traité de "lâches" les magistrats et la réprobation politique et sociale avait été immense. Henri Guaino, justicier impénitent, s'autorise une inadmissible liberté de ton et sanctionne d'un "moralement inacceptable" une argumentation juridique qui ne lui plaît pas. Si personne ne s'émeut, si aucun désaveu n'est formulé, aucun départ programmé, on sera plus d'un à se demander dans quel monde on vit, et sous quelle étrange mansuétude.
Ce que je préfère, c'est le prudent "à titre personnel" qu'Henri Guaino estime sans doute décisif. Encore heureux que cela soit "à titre personnel" et qu'une telle déclaration ne puisse être imputée à plusieurs ou au président lui-même ! Qu'Henri Guaino s'exprime en son nom ou au nom de, force est d'admettre que la pertinence et la mesure, chez lui, demeurent parcimonieuses !
J'ai une illumination "à titre personnel". Pour régler le problème, le président de la République devrait en permanence flanquer Henri Guaino d'un conseiller spécial.
Note reprise par Marianne 2.fr
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