Demain aura lieu une élection capitale pour le Parti Socialiste.
Parti à vocation gouvernementale, comme l'UMP aujourd'hui, il me semble que sa destinée intéresse bien au-delà des frontières de la gauche qu'il représente. Aussi, en qualité de magistrat qui n'a pas à faire connaître la nature de son choix politique, je voudrais seulement montrer en quoi le vote de demain et peut-être d'après-demain dépasse de très loin le champ clos des enjeux partisans pour ouvrir des portes sur l'avenir ou, au contraire, emprunter des chemins déjà trop bien connus.
La droite s'est moquée du congrès socialiste et elle a eu tort. La cacophonie et le désordre apparents n'ont pas dissimulé la richesse d'intelligences contrastées et la diversité de pensées qui, s'entrechoquant, n'ont pas démérité. La dérision est mauvaise conseillère. Il est trop facile d'opposer l'unité de l'UMP - qui certes, avec le président de la République dispose d'un leader incontesté mais souffre, autour, d'un inévitable tarissement - à l'agitation du PS qui, s'il n'a pas aujourd'hui un responsable incontestable, dispose pour le faire vivre de personnalités dont le danger est la surabondance.
Pour un citoyen curieux, ces derniers jours ont été très éclairants. Les manoeuvres n'ont eu pour but que d'exclure Ségolène Royal de la direction socialiste puisqu'elle avait à l'évidence ce grand tort, par rapport à ses rivaux classiques, d'avoir su nouer avec les militants un rapport profond et décisif. Il a été passionnant de constater à quel point la politique, dans sa définition la plus crue, a été utilisée pour chasser cette intruse de la gestion des choses sérieuses, parce qu'elle aurait pu, qui sait ?, y introduire de la liberté et, pire, de l'imprévisibilité.
En réalité, pour ceux qui observent le PS de l'extérieur et qu'aucun catéchisme politique ne séduit ou ne retient, force est de s'attacher à la nature et à la qualité des êtres qui aspirent à être élus comme Premier Secrétaire.
Quels que soient les talents de Martine Aubry, Benoît Hamon, ou de Bertrand Delanoë avant qu'il se retire et donne un soutien à double détente contradictoire, on ne peut qu'avoir l'impression de fréquenter un paysage connu, d'entendre des discours souvent clamés et de n'avoir pas le droit d'aller regarder au dehors ce qui s'y passe.
La seule qui échappe à son camp, c'est Ségolène Royal, comme elle l'a démontré durant la campagne présidentielle, de la même manière que le seul qui savait échapper à son camp à droite a été élu brillamment président de la République. C'est seulement cette femme qui, du côté de ses idées, qu'on les partage ou non, aura la capacité de surprendre, d'innover et de bouleverser. Elle aurait, j'en suis sûr, le désir de déverrouiller, de réveiller ce bloc idéologique, ce passé au bois dormant, elle aurait l'énergie pour rénover, elle offrirait du côté de la gauche, enfin du doute, de l'incertitude et de l'inédit . On ne pourrait pas écrire son programme et ses projets par coeur. Je ne dis pas qu'elle ferait l'ouverture à droite comme le président l'a faite à gauche mais au moins on aurait le bonheur d'attendre ce qu'elle à à dire avec de la curiosité et de l'espoir. Le tout n'est pas qu'on adhère mais qu'on ait envie de savoir. De connaître la suite. Ce que j'ai aimé chez elle, c'est qu'elle a parfois pensé contre elle et choqué ses affidés. C'est du courage.
Les autres socialistes nous proposeraient un ordre, elle le mouvement. Il n'y a pas que son allure. Les militants devraient songer que Ségolène Royal appartient à tout le monde. Comme le président.
Je ne m'offusque pas des modes de communication de Ségolène Royal, j'ai une prévention de départ : la fumisterie. C'est sans doute la tare que je redoute le plus chez mes contemporains et que je renifle vite : en 2007 il m'est apparu très clairement que nous avions le choix entre deux fumistes. J'ai donc voté pour la fumiste de gauche, laissant à d'autres le triste soin de voter pour le fumiste de droite en les plaignant tout comme je me plaignais moi-même.
Les médias ont renforcé la place des tribuns de la plèbe dans notre appareil politique : Nouvelles rostres de l'expression publique, les médias favorisent naturellement celui ou celle qui développe une alternative formelle. Je n'ignore pas que Sarkozy comme Royal sont entourés de gens très capables et, pour en connaître quelques-uns chez Royal, d'une très grande qualité. Mais le leader est tellement creux par lui-même...
Je sais que les autres candidats sont moins sexy, mais il s'agit de diriger un parti qui n'est pas, comme l'UMP, un parti godillot et Ségolène Royal s'y rompra les os. Je ne voterais pas pour elle aujourd'hui. Ses deux challengers ne sont pas présidentiables (dans l'état actuel des probabilités) et si Ségolène appartient à tout le monde, après avoir éliminé Delanoë de la course au parti, qu'elle se concentre alors sur 2012.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 20 novembre 2008 à 10:29
Sans doute Ségolène Royal est-elle la seule à pouvoir rajeunir le PS et à y apporter un nouvel élan. Cependant, je crois que peu de gens ont prise sur elle. J'ai couvert le premier "meeting-débat" de la campagne présidentielle à Illkirch-Graffenstaden. En fait de débat, il n'y en avait pas. C'était artificiel. Les questions étaient préparées et portées par des militants. A côté de moi,il y avait une femme qui essayait désespérément d'intervenir. Elle ne devait pas être au courant du système. Elle a fini par abandonner.
Quant à l'hommage rendu à J-M Demange, il est regrettable d'avoir oublié la jeune femme qu'il a abattue, après l'avoir terrassée à coups de poing. Karine Albert l'avait quitté il y a un mois. Elle était harcelée jour et nuit, et menacée. Selon sa famille, elle avait renoncé à porter plainte pour ne pas nuire à sa carrière politique. De toute façon, pensait-elle, la plainte serait classée sans suite, étant donné la personnalité visée. Jean-Marie Demange, submergé aussi par d'autres problèmes personnels, sans oublier son désarroi après son échec aux municipales, est arrivé chez son ancienne compagne avec un 7,65 !
Rédigé par : Marie-France Bezzina | 20 novembre 2008 à 09:59
Je ne veux plus entendre le trio du congrès anti-Ségolène Royal, soit SR est un danger pour le PS, alors on fait un front anti-SR fort et cohérent, soit on lui donne une chance, on discute autour de sa motion et on verra ce qu'elle apportera comme changement. Et Martine Aubry m'a fait rire hier... elle propose de tendre la main à Ségolène Royal après le vote des militants, cela aurait été plus constructif de le faire dimanche... Et Martine Aubry tendra la main à Delanoë, à Fabius, à Hollande, à Jospin, à DSK, à Jospin et à plusieurs jeunes pour la photo.
A souligner, ceux qui ont hué SR croyant qu'elle se prenait pour Soeur Emmanuelle ont hué une phrase de Jaurès...
Rédigé par : Bulle | 20 novembre 2008 à 02:28
Ah, cher PB, c'est le républicain sort politique roturier fait aux femmes, vous le savez bien, royales ou pas. Voyez Toinette, la malheureuse, et Lamballe, oh cette petite!... Si vous les aviez vus, ici à Reims, ce congrès ... une honte! Oh ces mots qu'ils et elles lui ont jetés à la figure et qui ne sont pas passés à la télé ni la radio!... Je les transcrirais bien ici, tels que je les ai ouï de mon unique oreille intègre, à fin que tous lisent et sachent, mais j'y renonce, j'y renonce, je ne suis pas un cochon, moi! A propos, ne trouvez-vous pas étranges ces députés qui toujours votent force lois réprimant toute violence faite aux femmes, qui fustigent et vouent à qui mieux mieux aux gémonies ceux qui s'en rendent coupables, et qui hier se sont levés synchrones à l'Assemblée pour un hommage d'une minute de silence à celui-là des leurs, parlementaire, qui, il y a trois jours, à Thionville (bonjour Cathy Jacob, vous êtes tout près, je crois), tua son amie et mère de deux jeunes enfants d'une balle dans la tête, froidement, puis, certes, qui s'infligea la même chose immédiatement? Hum ... Peut-être Finkielkraut nous en dira-t-il quelque chose de consistant, comme, par exemple, que le législateur démocratiquement élu, patati patata ...
Votre inquiétude en ce billet -car il y en a une, je ne m'y trompe pas, magic Aïssa!- est que vous constatez amèrement -et avec une certaine crainte républicaine que je ne puis que partager- qu'il n'y a pas -plus- d'Opposition. Un vri mirdié, comme dirait mon pote Momo qu'est fenwick en CDI dans les caves de Gallimard et qui me raconte tout ce qui s'y passe (et c'est pas beau). Et plus d'Opposition, qu'est-ce à dire? Par exemple, des magistrats -et du Parquet même, du Par-quet!- qui pétitionnent contre la ministre, le gouvernement, l'Etat, la souveraineté populaire, hors tout champ syndical, une émeute, rebellion spontanée, désemparée, folle à lier ... Et je ne cite que ça; je ne voudrais pas que nous digressions hors judiciaire ... Toutes ces colères populaires et des corporations, et personne pour porter ça pacifiquement, démocratiquement, jusqu'au Parlement ... Mais nous sommes à la veille d'émeutes graves dans la rue, monsieur, une révolution; en tout cas, tous les ingrédients y sont. Il n'y a qu'un homme très raisonnable de Droite et respectueux des droits de tous, tel que vous, pour regretter qu'en face il n'y ait absolument rien ou à peine qui soit stable un tant soit peu et politiquement cohérent ... Je n'ai pas entendu "La Marseillaise" sifflée tout à l'heure, France-Uruguay ... Est-ce mon oreille valide qui m'a joué un tour ou avaient-ils mis la sono à fond pour couvrir les nuées de huées?
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 19 novembre 2008 à 22:28
Si un juge pourtant si rationnel se laisse emporter par un symbole de la société du spectacle, alors la chose politique est une vaste rigolade qui place au centre Ségolène Royal et son populisme de supermarché, et Nicolas Sarkozy qui a fait de l'UMP son tremplin présidentiel sans concurrent, avec son fils en formation à Neuilly pour plus tard entretenir le népotisme à la française que les Etats africains copient.
Rédigé par : SR | 19 novembre 2008 à 22:12
Pour avoir été à de nombreux meeting de Ségolène Royal je dois admettre qu'elle soulève un enthousiasme bouleversant. N'ayant pas ma carte au PS j'ai à l'occasion eu le plaisir de discuter avec des socialistes peu attachés à l'orthodoxie, notamment des chefs d'entreprise. Ce fait m'avait profondément ému car quelque part se dire de gauche c'est pour certains ne pas oublier d'où l'on vient, et penser à l'avenir en constatant que l'homme étant ainsi fait, on ne peut lui ôter sa liberté aussi bien politique qu'économique. Or c'est ce dernier point qui semble freiner le socialisme français, à savoir revenir vers une remise en cause du capitalisme. En pensant à ces chefs d'entreprise votant socialiste je pense à ces travailleurs, ces employés riches d'ambition, d'idées, souhaitant se soustraire à une hiérarchie en créant leur entreprise. En cela Ségolène Royal, en dépassant certaines idées, s'attache à renouer le lien Etat-nation par son idée de démocratie participative. Elle semble flotter au-dessus de l'appareil. Au fond ne serait-elle pas gaulliste voire plus marxiste, par sa méfiance des appareils ? Le socialisme ne devait-il pas conduire à la dissolution de l'Etat ?
Rédigé par : guillaumedebelleme | 19 novembre 2008 à 21:53