Jean-Pierre Deschamps, président de chambre à la cour d'appel d'Aix-en-Provence, président de cour d'assises dans des affaires récemment très médiatisées (Agnelet, Verrando, etc.) appartient depuis longtemps au Syndicat de la magistrature (SM), qui a tenu son congrès lors du week-end qui vient de s'écouler.
Ce collègue, dont l'intervention a plu dans cette assemblée, a indiqué "qu'être magistrat, c'est-à-dire diseur de justice, c'est être rebelle".
Je ne sais pourquoi, cette définition à l'évidence très séduisante m'a tout de même surpris. Derrière son apparente audace, elle m'a semblé dangereuse car j'ai au contraire perçu la condition de magistrat comme le plus grand talent d'intégration qui soit, la volonté la plus accomplie de s'accorder, grâce à la loi, au sentiment commun et à l'opinion dominante. Au risque de décevoir beaucoup de mes jeunes collègues, j'affirme que nous ne sommes pas des révolutionnaires ni même "des rebelles" et que je n'éprouve aucune nostalgie d'un état qui nous constituerait plus comme des idéologues que comme "des raccommodeurs de destinées". Je devine ce qu'il y a de fade dans une action qui, à défaut de consacrer l'ordre établi, se bat pour l'établissement de l'ordre quand le désordre menace ou détruit mais il n'empêche qu'elle a sa grandeur et que c'est sans doute l'obsession de désirer s'en échapper qui donne à certains comportements professionnels un tour discutable, choquant, voire incohérent.
Arrêter là cette réflexion m'aurait frustré car elle aurait du se réduire à la mise en cause d'une pensée d'extrême gauche qualifiant de positive et de "rebelle" l'opposition au pouvoir en place. Mais il y a eu la délivrance du mandat d'amener à l'encontre d'un ancien PDG et directeur de la publication de Libération, son interpellation et sa présentation au magistrat instructeur. La police n'a fait qu'exécuter la mission que celui-ci lui avait confiée et j'ose espérer - même si au moins l'un des propos est confirmé - que les modalités de l'opération, ne dépendant que d'elle, n'ont pas été telles que Vittorio de Filippis les a rapportées.
La garde des Sceaux, qui ne manque pas de courage intellectuel et d'aplomb, a affirmé le caractère totalement régulier du processus et justifié la délivrance du mandat d'amener parce qu'à trois reprises une convocation n'avait pas abouti (site du Nouvel Obs). Le syndicat de police Alliance a abondé dans le même sens et nié toute dérive. Je ne suis pas sûr que cette double apologie touche son but parce qu'au fond personne ne met en cause le caractère formellement valide de ces péripéties mais seulement leur utilité - dans leur expression contraignante - dans le cadre d'une affaire de presse pour diffamation qui ne prévoit qu'une peine d'amende pour une éventuelle sanction. Il n'empêche que l'émoi médiatique a été tel, et lui aussi si durablement disproportionné, et la solidarité tellement massive, qu'un peu de retenue et de prudence n'était pas inutile. J'ai été frappé, en effet, par cet unanimisme de l'indignation (Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, RSF et Libération évidemment) qui s'instaurait à la suite de cette action qui révélait le téléscopage du tempérament d'un juge avec la nature d'un dossier qui ne méritait pas un tel appareil. Concorde émue d'autant plus surprenante que je me souviens de Laurent Joffrin ridiculisé par le président de la République lors d'une conférence de presse et qui n'a eu pour seul soutien que les ricanements complaisants de ses confrères. Les temps ont changé ou bien la cause d'aujourd'hui est-elle apparue plus facile, plus confortable ?
Contrairement aux extraits repris par la revue de presse de France Inter, c'est donner à ce lamentable épisode une ampleur conceptuelle guère plausible que de l'analyser comme une attaque délibérée contre les médias et leur liberté d'expression. Le désagrément a besoin lui aussi de se parer de couleurs nobles et intellectuellement vindicatives. C'est bien mieux que d'avoir été tout simplement victime d'un défaut de clairvoyance politique et d'un excès de conscience professionnelle. Il ne faut jamais oublier qu'un scandale, c'est souvent le rapport d'une personnalité qui prend tout au sérieux avec une réalité qui aurait mérité de la légèreté. Le président de la République, prompt à contredire ses ministres quand cette volte sert à éteindre le feu, annonce un débat sur la procédure pénale qui n'est pas, en l'occurrence, à incriminer. Qu'elle soit heureusement la même pour tous dans son principe ne devrait pas être de nature à empêcher tout magistrat de l'appliquer avec les nuances et l'intelligence qui conviennent. Plutôt qu'elle, ce sont certains états d'esprit qui devraient être retouchés.
Je ne méconnais pas non plus l'envie, pour le magistrat peut-être, pour les policiers sûrement, de "rabattre le caquet" à cet ancien patron de Libération, quotidien qui ne suscite pas un fol enthousiasme dans nos milieux, et de cibler une profession agaçante parce qu'elle conserve, quoi qu'on en aie, de l'influence et du pouvoir.
Si on résume, ce qui suscite la polémique, c'est le manque de mesure, c'est l'inadaptation entre la cause et la méthode, c'est le "coup de force" d'une procédure régulière mais si peu faite pour une infraction de pensée maladroite ou de langage qui a dérapé. Je rejoins mon propos d'origine. D'une certaine manière, même à rebours des ressorts qui auraient pu inspirer Jean-Pierre Deschamps, ce magistrat, que le premier président recevra, peut apparaître comme une "rebelle". Quoi de plus risqué aujourd'hui, quoi de plus malséant que de s'en prendre ainsi brutalement à la presse et à l'un de ses personnages importants, à un quotidien dont l'aura, pour être moins sulfureuse, demeure ? Cette juge s'est mise en rupture par rapport à une pratique équilibrée, de bon aloi, raisonnable. Dissidente donc. Rebelle, alors !
Si "être rebelle" pour un magistrat nous met dans le camp intelligent mais idéologique de Jean-Pierre Deschamps et aussi dans celui déterminé mais dangereux de cette autre juge, c'est qu'il faut accepter de quitter l'exceptionnel pour l'ordinaire, le choc pour l'honneur paisible du quotidien.
Rebelle, non merci !
@Aïssa,
En d'autres temps et d'autre lieux, vous auriez sans doute été redoutable en commissaire du peuple.
A moins que vous prépariez un rôle ?
Rédigé par : Daniel Ciccia | 04 décembre 2008 à 19:59
De deux historiens, il faut choisir ... les deux.
Laurent Dingli, vous avez raison, mais surtout, Jean-Dominique Reffait n'a pas tort. Ce que vous lui opposez qui s'est produit sous la mitterrandie est vrai mais n'entame en rien son propos. Vous n'êtes pas sans remarquer que tous les faits que vous citez ne touchent en rien au petit citoyen français lambda. Les écoutes de Plénel, de Carole Bouquet, la fille cachée (et désormais abonnée médiatique et publicité (forcément, ça rapporte) de Mitterrand, les écolos coulés Raimbow-warriors, le fils Mitterrand, Christophe, missié Afrique bwana blanc, etc., tout ce que vous voulez, la populace (dixit Imbert) française n'en a que faire, elle s'en balance; ça ne remue que le microcosme bien nourri des intellectuels et assimilés parisiens voire un peu celui de la province ... Mais cela n'ôte en rien de sa valeur à ce que vous le rappeliez. Là où Jean-Dominique a raison, sans qu'il démente rien de ce que vous avez dit, c'est que ce qu'il dénonce frappe directement à cette populace (dixit Imbert), celle-là même qui se foutait éperdument et du Raimbow warrior et de Jean-Christophe Mitterrand chez Bongo et Mobutu et de Mazarine planquée dans un collège privé, etc. S'en fiche éperdument. Mais ne se fichent pas de ce que, comme ici encore près Reims ces jours-ci, l'on envoie la gendarmerie fouiller -sans raison réellement justifiée sinon une quelconque prévention -quelle singulière prévention?!- les classes -et les élèves- des collèges de l'arrondissement (une des élèves se plaint d'avoir été "fouillée" par un gendarme jusque dans son soutif et sa culotte -Source L'Union de Reims 03/12/2008); les familles parlent de "terrorisation" des élèves, ce n'est pas rien: TERRORISATION!); elle ne se fiche pas de ce que l'on veuille envoyer ses enfants de 12 ans "délinquants" en prison et ceux de moins de 12 ans certainement en maisons de correction comme d'antan; que ces prisons où ses plus jeunes enfants pourront désormais s'y trouver enfermés sont des cloaques dangereux de la pire espèce, mi prisons mi asiles de fous; elle ne se fiche pas de constater qu'elle est sans cesse prise à partie et culpabilisée quand ce n'est pas responsabilisée (au sens restrictif répressif) pour tout et rien, depuis ces crimes financiers et économiques où naturellement elle n'y est pour rien jusqu'à cette pauvreté qui se répand partout le pays quand dans le même temps des milliards vont à certains dont on se demande quel a été leur apport au pays qu'ils en prennent ainsi de telles récompenses, qu'ils le dépouillent de la sorte de ses richesses, prise à partie donc par ce Pouvoir politique qui, pour se faire, enjoint à la Justice d'être désormais comme son bras armé séculier non dans l'esprit d'une République et d'une démocratie mais quasi comme justice de mercenaires et autres sbires judiciaires à sa solde. Vous voyez la différence? Elle est de taille, n'est-ce pas?
Quant à une Révolution (ou de larges émeutes violentes -et LEGITIMES EN REGARD DE TOUT MEPRIS INSTITUTIONNEL!), je n'y crois pas, ou plutôt je n'y crois plus. L'esprit révolutionnaire français n'est pas mort, non, mais dans un tel état d'anesthésie que ce serait gageure que de croire qu'il va se réveiller demain; tant que les Français qui par millions chaque jour sont davantage pauvres et précarisés, malgré un emploi qui, dans les faits, n'est plus devenu qu'un immonde travail puisqu'il laisse pauvre et honteux en lieu d'élever à une suffisance matérielle et surtout une dignité, tant que les Français auront encore un bout de viande dans leur assiette, même petit, même insipide, même d'un quelconque secours catholique ou coluCHIENS, les choses en resteront là; les Pouvoirs et Autorités pourront à leur guise continuer de leur cracher à la gueule chaque jour, par lois, décrets et autres directives ... Cependant, si par une raison inattendue et soudaine, comme il s'en est produit souvent dans l'Histoire des Peuples, les choses devaient changer en l'esprit du Peuple, et qu'une Révolution (ou de larges émeutes violentes -et LEGITIMES EN REGARD DE TOUT MEPRIS DES INSTITUTIONS!) éclatait, ce seront les Palais de Justice et ceux qui s'y trouveront que la populace (dixit Imbert) brûlera en premier, ce seront les juges et autres procureurs qu'elle pendra en premier. Pourquoi? Parce que plutôt que de défendre ses intérêts, comme c'est sa raison constitutionnelle, républicaine, légitime, digne, ils se seront associés à un Pouvoir politico-financier profondément nuisible qui en aura fait comme son fer de lance contre elle. Une grande part de la Résistance (RESISTANCE, ce mot fut prononcé lors du dernier congrès du Syndicat de la Magistrature, ces dernières semaines, ce n'est pas anodin) trouve sa source à cet endroit que de nombreux magistrats n'acceptent pas de se voir transformés en barbouzes d'une Politique pour protéger une classe qui en plus de s'enrichir des deniers publics est incapable d'assurer sa mission au service du Peuple. Si vous avez compris cela, vous avez tout compris.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 04 décembre 2008 à 19:08
@JDR, l'imprécateur
Heureusement que vous êtes là pour apporter conscience et morale sur ce blog. J'ai pensé un instant que vous plaisantiez ; je crois hélas que non.
PS : Cassandre était la fille de Priam et avait reçu son don de prédiction d'Apollon. De quel dieu tenez-vous le vôtre ?
Rédigé par : catherine A. | 04 décembre 2008 à 18:49
S'agissant du beau rôle, Jean-Dominique, celui du "rebelle" est sans doute le plus cinématographique, "socialement" et "politiquement" correct...
Vous prétendez ne pas avoir le beau rôle, en dénonçant la décadence et la brutalité du pouvoir. Vous plaisantez, je pense...
Il n'y a rien de plus courant que cette posture.
C'est elle qui anime ces braves jeunes gens de l'ultra-gauche qui ont saboté des lignes TGV. Ils jouissent d'un beau courant de sympathie, y compris à Tarnac.
Ils prennent plutôt bien la lumière non?
Et les gens d'Education sans Frontière, idem. Ils entonnent des slogans, font de l'agit-prop, avec des mots d'ordre qui sont attractifs, dégoulinant de démagogie, mais le bon rôle, la bonne conscience, leur revient et ils se payent souvent là-dessus, croyez-moi, une bonne conscience qui n'a pas toujours à voir avec la réalité du phénomène ou de la situation mais avec une fiction terrrible, celle qu'ils se font d'eux-mêmes, de leur passion.
La responsabilité du politique et de l'Etat, c'est probablement de résister à ces injonctions. Pas pour le plaisir. Pour la stabilité et la cohérence de l'Etat.
La procureure d'Auch ne mérite certainement pas, à l'emporte-pièce, d'être assimilée à l'instrument d'un pouvoir vil et obséquieux défigurant la patrie des droits de l'Homme, car c'est ce que vous sous-tendez.
Je l'ai entendue se défendre, dans cette tempête médiatique où elle est, en expliquant que la direction de l'établissement n'ignorait pas qu'il s'agissait d'un contrôle et non pas de prévention...
Vous voyez là des signes, comme dans l'affaire Filippi, d'une évolution négative de l'Etat qui rejoindrait, finalement, sa nature profonde.
C'est une possibilité d'analyse ou de perception, mais ce n'est pas la seule.
Personnellement, je pense que la principale menace est de voir la République, fondée sur la légalité et la 'discussion politique', subir la loi de la République médiatique, avec ces outrances, ses 'coups', ces flambées d'émotion.
Je suis sidéré quand un directeur d'école publique écrit au président de la République pour lui dire qu'il n'appliquera pas la loi et que des réseaux lui manifestent leur soutien devant les grilles de l'école. Je le suis tout autant quand un avocat organise pour faire annuler des PV un site internet pour inonder et
Vous voyez, chacun sa sensibilité et sa manière de voir. Mais cela ne vous donne en aucune façon une sorte de supériorité morale que vous affectez pourtant.
Libre à vous, par conséquent, de considérer vos détracteurs sur le mode des "honnêtes gens", "s'attribuant au superlatif cette qualité", mais on pourrait aussi analyser votre propre position sous cet angle.
Il y a des processus très vaniteux qui contribuent à la fabrication des rebelles, ou s'attribuant au superlatif cette qualité.
Aussi.
A propos, le juge n'a qu'une manière d'être : l'humilité. Mais de Filippi aussi ?
Rédigé par : Daniel Ciccia | 04 décembre 2008 à 17:45
PS : l'expression "fille morganatique" est impropre, je l'ai employée pour faire vite, mais vous avez compris ce que je voulais dire.
Rédigé par : Laurent Dingli | 04 décembre 2008 à 17:43
Voilà que Jean-Dominique Reffait se prend pour Cassandre maintenant. Bigre, j'entends déjà sonner les trompettes de l'Apocalypse.
JDR, vous écrivez notamment :
"Que cela ne choque point certains ne m'étonne pas : il y a toujours eu, à toute époque, des gens honnêtes, s'attribuant au superlatif cette qualité, qui ont considéré comme anodins les délires d'un pouvoir, dans la mesure où ces délires prennent la forme de l'autorité qui n'accepte pas d'être bafouée. Les exemples pullulent, les réveils sont toujours douloureux."
Mais mon cher Jean-Dominique Reffait, c'est normal qu'une autorité n'accepte pas d'être bafouée, comme vous dites, c'est même à cela qu'on lui reconnaît cette qualité.
Inutile de vous mettre dans des états pareils. Mais, dites-moi, vous deviez vous étrangler tous les jours quand un autre "pouvoir" protégeait sa fille morganatique aux frais de la République, que toute la presse avait le doigt sur la couture du pantalon, que l'Elysée bafouait jusqu'à l'intimité téléphonique des braves citoyens, qu'il pratiquait le terrorisme d'Etat (Rainbow Warior), que le fils à papa tripatouillait dans les affaires africaines, comme si les ex-colonies étaient une sorte de patrimoine familial, etc, etc.
Non je vous rassure, la Miterrandie est morte et enterrée depuis longtemps - on a même renvoyé récemment dans leurs pénates tous ses petits rejetons socialistes, vos amis, où ils peuvent doctement, confortablement s'indigner sur la décomposition morale... des autres.
Rédigé par : Laurent Dingli @ J-D Reffait | 04 décembre 2008 à 17:25
@ tous
Si j'évoque la décomposition morale de l'autorité publique, ce n'est pas en référence à deux faits divers isolés mais à un climat général dont on a pu évoquer les signes sur ce blog.
Ce qui est alarmant, c'est que la décomposition morale de la société gagne désormais la structure de pouvoir, qui pouvait agir, bon an mal an, comme un rempart à l'exacerbation des individualismes déboussolés. Ce rempart se rompt. L'autorité qui n'a de légitimité, si je m'en tiens à Locke, que si elle protège, se corrompt si elle participe elle-même au foutoir général. Dans les deux cas cités, nous avons des comportements de l'autorité publique mus par des motivations individuelles voire individualistes qui créent un désordre et le revendiquent. L'indépendance a bon dos quand il s'agit soit de passer ses nerfs sur un journaliste, soit de perquisitionner au hasard une salle de classe sans qu'il y ait le moindre élément tendant à démontrer que les élèves de cette classe ait commis le moindre délit. Dans les deux cas, on terrorise le commun.
Que cela ne choque point certains ne m'étonne pas : il y a toujours eu, à toute époque, des gens honnêtes, s'attribuant au superlatif cette qualité, qui ont considéré comme anodins les délires d'un pouvoir, dans la mesure où ces délires prennent la forme de l'autorité qui n'accepte pas d'être bafouée. Les exemples pullulent, les réveils sont toujours douloureux.
Les Cassandre, dont je suis sans doute, n'ont jamais le beau rôle, jusqu'au jour où toute une société est à ce point gangrénée qu'elle tombe mûre voire blette dans l'anarchie, la dictature ou la guerre civile. Grotesque, diront certains, confiants dans la pérennité statufiée des institutions, oublieux que tout ce qui humain est par nature informe, mou, périssable. Ce ne sont pas les augustes colonnes d'un palais de justice qui jugent et décident, mais des petits humains qui grouillent au dedans, dont la grandeur ne peut s'évaluer qu'à la sereine distance qu'ils mettent entre eux et le monde. Quand cette distance disparaît, que le juge cède à sa sensibilité en la confondant avec son indépendance, les pestilences communes se répandent alors.
La démagogie est aisée : la loi est la même pour tous, tous ces puissants qui se sentent au-dessus des lois peuvent bien maintenant montrer leur cul, c'est leur tour. Ce réflexe revanchard qui se camoufle derrière le bon droit est ordinaire. L'autorité qui perd sa retenue pour complaire qui à sa hiérarchie, qui à l'opinion, qui à son propre orgueil n'est plus une autorité.
Cette obscénité m'inquiète.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 04 décembre 2008 à 15:59
J'ai le sentiment que l'on cherche à discréditer ce juge, qui n'a fait semble-t-il qu'appliquer la loi sans tenir compte de la position sociale ou autre...
Cela me rappelle Eva Joly et Roland Dumas.
je rejoins le commentaire de Véronique Raffeneau et Marcel Patoulachi...
"Cette juge a considéré qu'elle avait autre chose à faire que de téléphoner aux avocats de M. Filippis pour bien vouloir prier ce dernier de daigner concéder à répondre à des convocations de la justice. Les us et usages façon politesses minaudées entre les avocats, les magistrats et les journalistes lui tapant sérieusement sur les nerfs.
Ce n'est pas à mes yeux une décision dogmatique et dangereuse. C'est la décision d'un magistrat qui a eu l'audace d'assumer son indépendance et de d’affirmer sa volonté que son métier soit respecté."
J'ai lu sur le bog d'Eolas que le Bâtonnier de l'ordre des avocats s'étonnait que le C.S.M.n'ait pas demandé la suspension de ses fonctions à cette juge. De quel droit ?
Je m'étonne également que l'on diffuse le nom de cette juge. Est-ce que cela ne fait pas partie du secret de l'instruction ?
Duval Uzan
Rédigé par : Duval Uzan | 04 décembre 2008 à 14:58
Comme vous y allez fort, Jean-Dominique Reffait en vous [nous?] alarmant"des signes multiples de décomposition du sens moral des autorités publiques" à partir de deux faits divers dont rien n'interdit de penser qu'ils sont exagérément montés en épingle.
Beaucoup a été dit sur le cas Filippi.
S'agissant de la procureure d'Auch, me semble-t-il, la formulation sur la "la bonne insécurisation" est incontestablement des plus inappropriée, mais au-delà des mots il convient de considérer le fait que des usages de stupéfiants, avec une poussée sur l'héroïne, par exemple, se développent chez les jeunes et particulièrement en milieu rural.
C'est le cas dans le Finistère où tout récemment un réseau implanté dans un bled du bout du monde s'est fait prendre avec quelques kilos de blanche d'Afghanistan.
C'est le cas dans le si rural Gers où, de la même manière, cet été un dealer d'héroïne, plusieurs kilos, a été interpellé.
Cette mise en perspective morale, avec le banc d'accusation permanent, devient grotesque.
Rédigé par : Daniel Ciccia | 04 décembre 2008 à 13:03
@ Jean Dominique Reffait
Vous parlez de décomposition du sens moral des autorités publiques.
Je ne pense pas que les erreurs de jugement de certaines personnes doivent nous conduire à condamner les institutions elles-mêmes.
N'observez-vous pas la disparition du sens moral chez de nombreux citoyens ?
Rédigé par : mike | 04 décembre 2008 à 12:05
@ GL
Merci pour l'attention que vous me témoignez.
Mais sur ce coup-là, je suis plus proche, pour schématiser, de la position de Marcel que de celle de Jean-Dominique.
Eolas a écrit un billet qui a le grand mérite d'apporter des explications et de donner des informations que les médias, tout et qu’à leur indignation dans cette affaire, ne donnent pas.
Oui, l'abus de pouvoir est une question qui circule, comme un poison, dans cet épisode.
Mais, mille fois oui, également, ce que sont l'autorité d'un juge, sa légitimité à dire simplement le droit, son indépendance au sens le plus élargi du terme, sont des questions, à mon sens essentielles, à poser dans le débat suscité par cette affaire.
Je ne vois pas pourquoi aujourd'hui une personne qui reçoit une convocation judiciaire devrait se sentir tenue d'y donner suite.
Puisqu'on nous explique partout qu'une convocation d'un juge est un acte d'une banalité telle qu'il faut vraiment être idiot pour considérer qu'il convient d'y apporter une réponse.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 04 décembre 2008 à 10:55
@ Marcel
La question Filippis ne porte pas sur l'opportunité d'un mandat d'amener d'une personne qui ne répond pas aux convocations d'un juge mais sur la disproportion des moyens engagés au regard de l'enjeu.
Signifier sa mise en examen à quelqu'un ne suppose pas qu'il soit nécessairement présent devant le juge et nombre de mises en examen, dans des affaires comparables, sont signifiées par courrier.
Examiner les fesses d'un directeur de journal ne m'apparaît pas de nature à faire émerger de manière éclatante la vérité en matière de diffamation : sans doute suis-je abominablement laxiste ou antisocial.
Ce comportement est à rapprocher de la folie pure de la procureure de je ne sais où qui a ordonné une descente de police musclée dans une classe de 4ème pour, évidemment, ne rien y trouver. C'est du très grand n'importe quoi. Déclaration de la procureure : "Cet acte est de nature à créer de la bonne insécurité". Quand la puissance publique estime que des enfants doivent désormais avoir peur de croiser un fonctionnaire de police, la bonne insécurité, cela s'appelle du terrorisme. Je suis consterné.
Il y a là, dans un contexte déjà très pénible de crise, des signes multiples de décomposition du sens moral des autorités publiques, signes alarmants d'une très grave maladie sociale. Les discours lénifiant sur ces braves juges et policiers ne peut plus cacher l'ignoble verrue : le rempart du droit s'écroule.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 04 décembre 2008 à 09:56
@ M. PATOULATCHI
Je vois que vous revenez très en forme…
Parayre, le Doc et d’autres qui par le passé vous ont remis à la place qui est la vôtre et à plusieurs reprises ne vous ont manifestement pas fait réfléchir.
Je pense que comme témoin de vos anciennes "sorties" il ne reste plus que notre hôte et Véronique que je salue tous deux cordialement. Cette dernière appréciera peut-être sous un autre angle ce que je disais moi-même de vous à l’époque et que je ne souhaite pas reformuler, bien que cela n’ait pas pris une ride.
Pour autant, vos propos m’intéressent et permettez-moi d’user d’un de vos arguments favoris à l’adresse de vos interlocuteurs, mais que vous vous gardez bien d’appliquer à vous-même. Commode, mais bien révélateur. J’attends avec gourmandise la prochaine fois que vous allez le sortir.
Pourriez vous nous fournir vos sources sur les quelques points suivants ?
- L’affaire du 7,65 dissimulée dans un rectum.
- Les textes ou de la jurisprudence concernant la responsabilité des forces de l’ordre pour, à vous lire, « n’importe quel incident » ou « de tout incident ». Je pense que les choses sont beaucoup plus intelligemment posées, mais vous avez peut-être raison.
Pour une analyse juridique plus détaillée et précise que vos éternelles incantations (CNDS, CEDH,….Mais bon sang ! Pourquoi a-t-on créé ces organismes ?), Eolas a pondu un billet fort instructif et suivi de commentaires souvent de même nature (http://maitre-eolas.fr/2008/11/29/1227-reportage-de-terrain#co).
Personnellement, ce que je pense de cette affaire peut s’appuyer sur les propos de notre hôte :
« Je ne méconnais pas non plus l'envie, pour le magistrat peut-être, pour les policiers sûrement (sic), de "rabattre le caquet" à cet ancien patron de Libération, quotidien qui ne suscite pas un fol enthousiasme dans nos milieux, et de cibler une profession agaçante parce qu'elle conserve, quoi qu'on en aie, de l'influence et du pouvoir. »
Et ceux de Camille :
« De la part de la magistrate, c'est la réaction suivante : il m'a fait ch..., je lui rends la pareille en appliquant les règles de droit et ce que le code de procédure pénale me permet. »
J’ai bien peur que tout ce ramdam se résume à des considérations aussi minables et indignes que celles précitées.
Comme le disait Montesquieu, le pouvoir corrompt. Rien de nouveau au XXI° siècle.
Rien ne sortira de positif tant que l’on ne sanctionnera pas fermement ceux qui utilisent les prérogatives de puissance publique qui leur ont été confiées pour servir des intérêts autres et souvent vils (règlement de comptes personnels, orgueil, racisme, crétinerie, amusement, malhonnêteté intellectuelle, enrichissement,…).
Rédigé par : GL | 04 décembre 2008 à 08:43
"Rebelle, non merci !"
Mais vous avez pu constater, Philippe, que de la part d'un magistrat, ne pas observer un usage tel que celui qui consiste à téléphoner à un avocat pour l'entretenir de l'éventualité qu’il peut très simplement prendre la décision de dire qui il est, et de n'exercer que son métier, est devenu tout à fait scandaleux, inimaginable," sans précédent" et propre à susciter des émois et à lever des indignations de tous acabits.
Ces habitudes qui se transforment en usages, qui se transforment en politesses de bon aloi, finissent par créer ainsi des rapports faits d'évidences indiscutées, dont l'autre nom est celui de la connivence feutrée.
A mes yeux le non droit, c'est aussi cela.
Et tous comptes faits, quand les esprits sont ailleurs et les énergies trop absorbées par l'observation de leurs mondanités, le justiciable est contraint, lui, de devoir compter avec et sur le talent plus ou moins grand et exercé du mondain, du rose bonbon et du doucereux.
Je pense que lorsque un magistrat est hué parce qu'il a transgressé le non écrit et le bon vouloir des uns et des autres, cela indique pour moi une forme de dévoiement prégnant dans les pratiques.
Pour le monde médiatique, politique et judiciaire, le vrai - le seul - scandale, au fond, c'est que le juge n'ait pas daigné téléphoner à l'avocat de M. de Filippis.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 04 décembre 2008 à 08:37
@Camille
Au moins vos explications sont claires et nettes.
Mais êtes-vous certain que la double fouille (avec mise à nu et +) soit systématiquement pratiquée (à l'entrée et à la sortie du local) ? Moi, c'est la répétition qui m'a choquée ; c'est dans le fait de refouiller de cette façon que je vois de l'humiliation, alors que vous dites que ce n'est que de la routine. Drôle de routine !
Pour vos explications sur l'attitude de la magistrate qui a rendu la pareille ; c'est bien ce qu'on avait compris. Mais franchement, ce n'est pas ce qu'on attend d'un juge, et c'est ce qui déplaît dans cette affaire. Je n'ai vraiment pas aimé cette réponse qu'on lui prête "qu'on applique la procédure", (mais quelle procédure ?) alors que le quidam protestait contre une deuxième fouille. Et cela donne vraiment l'impression d'un abus de pouvoir. Pas très bon pour l'image de la justice.
Rédigé par : Claire | 04 décembre 2008 à 01:29
Alexandre,
Je succombe devant le ridicule de vos propos.
Je ne vois même pas de quoi vous parlez avec votre blabla sur des « les couples mixtes persécutés, la Cimade muselée, les prisons pourries, les CRA devant lesquels on s'immole, la prison après la prison, le fichage, les pseudo-cours de français auxquels s'inscrire pour le regroupement familial ». En fait, je vois très bien ce que vous suggérez, mais je suis en parfait désaccord avec vous et ça ne m'intéresse même pas d'en discuter avec vous, étant donné que vous prenez votre point de vue comme une évidence.
Ce que vous appelez déni de justice réside en l'application du code de procédure pénale. Je vous invite à revoir votre définition.
Vous parlez de recul, dont manquerait la magistrate mise en cause, mais vos jugements puérils vous disqualifient pour vous en faire juge.
Et je ne parle même pas de votre hallucinante évocation de Nicolas Sarkozy, parfaitement ridicule étant donné qu'il est parfaitement étranger à l'affaire et s'est, de plus, offert le luxe de tenir des propos du même acabit que les vôtres.
Thierry,
Vous me demandez de vous « expliquer comment un gardé à vue peut sérieusement dissimuler dans son anus un objet tellement dangereux pour la sécurité du Palais et des Magistrats, qu'il faille inviter la personne déférée à subir deux fois ce traitement dégradant dans la même enceinte ! ».
Cette année, un gardé à vue s'est suicidé au moyen d'une arme de poing de calibre 7,65mm dissimulé de la sorte. Je ne vous ferai pas d'explication, je me contente d'estimer que le risque nul n'existe pas. Et que même si le fait est exceptionnel, une unique fois est toujours considérée comme de trop.
J'ajoute que, selon les textes règlementaires actuels, fonctionnaires et militaires sont tenus responsables de n'importe quel incident qui se produirait du fait d'un manquement dans le cadre d'une fouille de sécurité. Ces textes précisent explicitement que leur responsabilité est engagée si ne serait-ce qu'une allumette devait être trouvée.
Vous dites ensuite que « chacun sait que cette "mise en condition" psychologique est un procédé soigneusement appliqué pour mieux préparer et affaiblir la personne présentée au Juge ». Et le propos me semble infiniment risible. Ainsi vous postulez qu'il y a un complot réunissant policiers, gendarmes et magistrats, aux fins de perturber mentalement un mis en cause dans une procédure de diffamation ?
Vu que vous spéculez a silentio, il est impossible d'apporter la moindre contradiction.
Toutefois, il me paraît très clair que, vu les textes en vigueur rendant les policiers responsables de tout incident de sécurité survenant pendant et après leur prise en charge de l'individu faisant l'objet d'une mesure de privation de liberté, je doute que ces derniers prennent le parti de risquer, en dérogeant aux principes stricts de sécurité, leur avenir professionnel pour les beaux yeux d'un journaliste qui leur explique en long et en large tout le mépris qu'il a pour eux.
Je vais même vous apporter des éléments, du grain à moudre, que vous ne fournissez pas : la CEDH condamne le fait que la fouille de sécurité avec mise à nu puisse avoir un caractère systématique. Et la France, CNDS et compagnie, se permet aisément de prétendre que cette mesure pourrait n'avoir qu'un caractère exceptionnel. On pourra ainsi toujours contester la pratique constante de la police et de la gendarmerie. Mais il est bien hypocrite d'attendre de policiers et gendarmes qu'ils prennent le risque d'être mis en cause pour une négligence coupable plutôt que d'être mis en cause pour leur comportement prétendument irrespectueux de la dignité humaine.
La CNDS qui se scandalise toujours de la rigueur des policiers et gendarmes est la même qui condamne ces jours les gardiens de prison pour leur manque de rigueur permettant que des écroués se suicident. Il est plus facile, moins risqué, de siéger à la CNDS et de proférer des condamnations, sans être tenu par aucune règle de procédure, que de contribuer à la marche judiciaire...
Patrick,
Avant de vous permettre de prétendre que ce juge « s'assoit allègrement tant sur le code de procédure pénale que sur l'esprit de la loi du 29 juillet 1881 », tout en demandant si le directeur de la publication « a t-il eu personnellement connaissance » de ses convocations, faites l'effort minimaliste qui consiste à se renseigner quelques instants.
Ledit direction de la publication s'est publiquement exprimé à plusieurs reprises en détaillant qu'il s'est contenté de remettre les convocations reçues à son avocat, s'estimant nullement tenu par les termes des convocations.
Vous trouvez « détestable le soutien apporté par certains à un magistrat, peut-être peu au fait des affaires de presse, mais dont manifestement le souci premier n'est pas la liberté et la dignité de la personne. ». Avec des juges improvisés dans votre genre, de tels soutiens, si désagréables soient-ils, me semblent nécessaires... Et je ne trouve pas vos propos, aussi mal renseignés qu'accusateurs, très dignes.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 03 décembre 2008 à 22:58
Mettre sur un même plan l'épisode de Laurent Joffrin ridiculisé par Sarkozy et l'interpellation de Vittorio de Filippis mais pourquoi pas ? C'est tout à fait comparable...
Je lis encore:
- "l'envie, pour le magistrat peut-être,.... de "rabattre le caquet" à cet ancien patron de Libération"
- "téléscopage du tempérament d'un juge"
On peut comprendre la distance grandissante qui sépare le citoyen de sa Justice.
De cette justice serait plus correct.
Rédigé par : Fredo | 03 décembre 2008 à 22:34
Ma chère Nathalie, si vous saviez ce que l'on trouve souvent dans les orifices naturels des gens, hommes et femmes confondus, quand on les y accueille aux Urgences des hôpitaux, le jour pareil la nuit, ou quand les pompiers, las, nous les y amènent se tordant et gémissant ou dignes comme des papes et des marquises, qu'ils et elles ne peuvent plus s'en extraire d'eux-mêmes, si vous saviez, ma chère, si vous saviez, si vous saviez ... Et ça encombre les Urgences ... et ça nous fait perdre un temps fou, nous autres médecins et soignants ... et ça coûte des sous à la Sécu ... et on se fait engueuler très fort quand on peine et tarde d'ôter toutes ces choses étranges, parfois inconnues, de ces gynécées et d'ailleurs ailleurs au bout si loin très loin ... Parfois il nous faut opérer; on réveille le chirurgien à trois heures le matin, on récupère des choses qu'on est bien obligé de rendre à madame, monsieur, c'est son bien ... Olala!... Allez, je rentre du boulot, moi, bonne nuit ....
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 03 décembre 2008 à 21:55
basba a trouvé deux clés et un briquet, alors c'est vraiment horrible ! Je lui signale que j'ai des clés aussi, mais en ce moment accrochées à ma porte, et un briquet mais dans un tiroir ! C'est illégal ????????
Il y en a qui trouveraient n'importe quoi pour justifier leur vilénie ! basba, quand vous prendrez votre retraite, vous je crois qu'une deuxième carrière à votre goût tordu s'ouvrira à vous : une spécialité médicale concernant la partie anatomique où vous trouvez des clés. Amis de la poésie bonsoir. Je suis contente de ne pas connaître quelqu'un comme vous dans la réalité.
PS : et en plus si j'ai bien compris, vous procédez à des fouille des orifices des deux sexes ???? C'est normal une chose pareille ?????? Dans quelle société on vit si on laisse agir des tordus pareils ????? Peut-on porter plainte contre ces individus pour attentat à la pudeur ou pour viol ?
Bon j'arrête là, vu mon degré d'indignation, ça vaudra mieux.
Rédigé par : Nathalie | 03 décembre 2008 à 18:44
Réponse à Patrick. Non, le magistrat n'est pas avant tout le défenseur des libertés individuelles! Le magistrat est avant tout celui qui a à appliquer les règles juridiques que se donne une société... pour assurer la justice... et protéger les libertés individuelles... Mais il est très symptomatique que ce rapport du magistrat au droit soit de plus en plus escamoté.... Cette médiation du droit ne doit pas pourtant être oubliée - comme c'est souvent le cas aujourd'hui - si on ne veut pas être livré à l'interprétation subjective que chaque magistrat peut donner de la justice ou de la liberté individuelle, sans avoir de titre pour cela...
Rédigé par : guzet | 03 décembre 2008 à 14:06
@Thierry SAGARDOYTHO,
"Certes, mais vous voudrez bien m'expliquer comment un gardé à vue peut sérieusement dissimuler dans son anus un objet tellement dangereux pour la sécurité du Palais et des Magistrats"
Le stylo est une arme redoutable vous savez... Plus sérieusement :
Le passage au dépôt du palais de justice, lieu sous compétence judiciaire et où les règles de l'administration pénitentiaire s'appliquent totalement (dont la fouille à corps, à l'arrivée et lorsque l'individu est extrait pour être amené à l'étage supérieur, au palais de justice proprement dit) est un point de passage obligé.
Le petit dépôt, c'est comme une prison, simplement il est situé dans un palais de justice.
De la part de la magistrate, c'est la réaction suivante : il m'a fait ch..., je lui rends la pareille en appliquant les règles de droit et ce que le code de procédure pénale me permet.
Rédigé par : camille | 03 décembre 2008 à 13:42
Dès que vous tapez sur votre clavier pour analyser pour nous un fait d'actualité relatif à la justice, au lieu de juger les "professionnels" de sujets qui vous échappent comme les SDF, votre sagacité et votre sagesse se manifestent... Je suis heureux de lire enfin un commentaire pertinent de cette affaire de Filippis. Mais une fois de plus cette pseudo polémique va aboutir à une modification des textes (une réforme de plus !!) alors qu'en l'occurrence ce n'était qu'un problème de personne. La juge a vraiment manqué de jugeotte, on devrait se contenter de moquer sa bêtise, ça suffirait...
Rédigé par : Billy Tallec | 03 décembre 2008 à 11:03
"Si de Filippis était employé par "La Montagne", pensez-vous que le déchaînement médiatique eut été le même ?" a écrit Bruno
A l'époque où Vialatte "pigeait" pour La Montagne (Vialatte est grand et Allah est son prophète), peut-être nous aurait-il gratifié d'une chronique savoureuse...
Cher Bruno, un homme qui parle de La Montagne et de corne-cul m'est particulièrement sympathique !
Rédigé par : sbriglia | 03 décembre 2008 à 10:31
Qu'un magistrat se voie en rebelle, comme d'autres se voient en vigie permanente de la démocratie fait partie de notre folklore national. Il est de bon ton à certains bords de se fantasmer comme celle ou celui qui sera le premier à débusquer la nuit fasciste, la fin de la démocratie, Nacht und Nebel. 2012 de ce point de vue ne sera pas une simple campagne électorale dans une démocratie occidentale, mais la "libération" après 5 années sombres et brunes d'occupation (par la droite du pouvoir). Ce modèle a fait ses preuves, il n'y a donc aucune raison de ne pas l'appliquer de nouveau : ça peut marcher !
Pour le reste, on reste ébahi du respect systématique par toute une série de fonctionnaires de l'appareil police-justice des fameuses "procédures". Des "irréprochables" policiers investissant l'appartement de De Filippis à 6 plombes du mat, à la juge "à qui on la fait pas". La procédure, celle consistant à débouler chez vous à 6 h, à vous menotter, ajoutons à vous parler comme si vous aviez assassiné votre belle-mère à coup de marteau, cette procédure existait avant, et existera probablement encore longtemps. Dans le même style de l'hyper efficacité, l'investissement d'un collège du Gers par gendarmes et gendarmettes relèvent sûrement de la légion d'honneur. Le Gers n'est pas la Seine-Saint-Denis, là nos 4 gendarmes auraient été obligés de se cloîtrer et d'appeler un peloton en renfort, la gendarmette y aurait laissé au moins deux dents.
Pendant ce temps, le trafiquant évadé par ses copains munis de pistolets-mitrailleurs, ayant donné lieu au déclenchement du fameux plan Epervier, s'est pour l'instant soldé par un magistral "chou blanc".
Je vais certes un peu vite, mais tout se passe comme s'il n'y avait plus que le citoyen de base, casé, rangé, propre sur lui, des professionnels établis, réputés et plus ou moins connu, ou de gentillets collégiens gersois pour que Police et Justice démontrent une efficacité plus supposée que réelle.
Le trafiquant en cavale, le caïdat de nos belles té-ci, le psychotique "en chasse", le violeur multi-récidiviste présentent le désavantage d'exposer policiers et magistrats à des risques, ceux de leurs métiers. Et là le taux d'élucidation reste parmi les plus calamiteux d'Europe, malgré des effectifs pléthoriques.
Je vous conseille Le Monde d'aujourd'hui où vous trouverez d'intéressants témoignages des interpelés comme vous et moi : "pratiques policières".
Rédigé par : matéo | 03 décembre 2008 à 07:59
J'ai envie d'essayer un truc. Car de quoi s'agit-il, finalement, et que personne ici ne semble remarquer? D'une plainte de Xavier Neel, patron de Free, contre Filippis, relativement -et c'est très important- à un commentaire d'un lecteur suite à un article de celui-ci paru en ligne. La logique (mais cherchez-la dans ce monde, la logique ...) aurait voulu que la plainte de l'intéressé fut contre l'auteur de ce commentaire (commentaire diffamatoire, dit-on; je ne sais ...) ou, à tout le moins, contre l'auteur de celui-ci d'abord et, accessoirement, contre le rédacteur de l'article qui induisit ce commentaire, autrement dit contre Filippis aussi. Ainsi, le magistrat instructeur semble, par son action, avoir tenu pour responsable Filippis de ce qu'il n'avait en rien commis puisque la plainte de Neel vise un commentaire d'un quelconque internaute dont Filippis ne saurait être tenu pour responsable de sa (cet internaute) liberté d'expression. C'est étrange. J'ai plutôt l'impression qu'il s'agit d'une non affaire (encore une) ou qu'on se trompe gravement quant à l'auteur de l'infraction si tant est qu'exprimer ce que l'on pense soit désormais devenu une infraction. Un exemple: 1) Le propriétaire, responsable, directeur de la rédaction de ce blog et auteur de ce billet initial, est -nous le connaissons tous!- notre cher PB. 2) Il s'y trouve de nombreux commentaires dont les miens. 3) Il est question dans le billet initial du responsable de ce blog et directeur de la publication, de cette affaire (non affaire, pour ce qui me concerne) Neel-Filippis. 4) On connaît tous maintenant au moins les tenants de celle-ci.
Cette affaire (non affaire) a-t-elle déjà fait jurisprudence? C'est ce que nous allons voir dans, mettons, quelques jours. Essayons: Je m'exclame ici même, tel cet internaute dont le commentaire est incriminé: "Sacré Xavier Neel, vieux taulard comme moi! Tu te souviens comme elle est dégueu la gamelle au trou!...". Voilà, c'est fait. Il ne nous reste plus qu'à patienter quelques jours, au pire une ou deux semaines, le temps que Neel soit informé et este à nouveau, qu'un procureur saisisse un juge d'instruction (peut-être celle-là même précisément, c'est sa juridiction) et que cette dernière envoie police et gendarmerie défoncer la porte de chez notre cher hôte, lui passer les menottes, fouille partout les trous (pardon, cher PB, mais appelons les choses par leur nom) et direct la souricière ... Après tout, il s'agit exactement de la même chose. Et c'est d'ailleurs parce qu'il s'agit exactement de la même chose que je dénie à tout magistrat de m'envoyer arrêter que je ne le sois dans le même temps que et menotté au procureur Philippe Bilger!
Vous, cher PB, je ne sais pas, mais moi, cher Maître sbriglia, je vous désigne dès à présent comme mon conseiller et avocat. Si vous ne me lisez plus ici durant une semaine et que PB continue d'y billeter paisiblement, c'est que cette affaire (non affaire) Filippis aura fait jurisprudence mais à rebours, dans l'autre sens étant donné que, en l'occurrence, le sens "Filippis" serait du lourd cette fois, du PB, du répondant, et non plus du petit Filippis, petit journaliste à petit Libération ...
Allez, bonne nuit.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 03 décembre 2008 à 02:27