Jean-Pierre Deschamps, président de chambre à la cour d'appel d'Aix-en-Provence, président de cour d'assises dans des affaires récemment très médiatisées (Agnelet, Verrando, etc.) appartient depuis longtemps au Syndicat de la magistrature (SM), qui a tenu son congrès lors du week-end qui vient de s'écouler.
Ce collègue, dont l'intervention a plu dans cette assemblée, a indiqué "qu'être magistrat, c'est-à-dire diseur de justice, c'est être rebelle".
Je ne sais pourquoi, cette définition à l'évidence très séduisante m'a tout de même surpris. Derrière son apparente audace, elle m'a semblé dangereuse car j'ai au contraire perçu la condition de magistrat comme le plus grand talent d'intégration qui soit, la volonté la plus accomplie de s'accorder, grâce à la loi, au sentiment commun et à l'opinion dominante. Au risque de décevoir beaucoup de mes jeunes collègues, j'affirme que nous ne sommes pas des révolutionnaires ni même "des rebelles" et que je n'éprouve aucune nostalgie d'un état qui nous constituerait plus comme des idéologues que comme "des raccommodeurs de destinées". Je devine ce qu'il y a de fade dans une action qui, à défaut de consacrer l'ordre établi, se bat pour l'établissement de l'ordre quand le désordre menace ou détruit mais il n'empêche qu'elle a sa grandeur et que c'est sans doute l'obsession de désirer s'en échapper qui donne à certains comportements professionnels un tour discutable, choquant, voire incohérent.
Arrêter là cette réflexion m'aurait frustré car elle aurait du se réduire à la mise en cause d'une pensée d'extrême gauche qualifiant de positive et de "rebelle" l'opposition au pouvoir en place. Mais il y a eu la délivrance du mandat d'amener à l'encontre d'un ancien PDG et directeur de la publication de Libération, son interpellation et sa présentation au magistrat instructeur. La police n'a fait qu'exécuter la mission que celui-ci lui avait confiée et j'ose espérer - même si au moins l'un des propos est confirmé - que les modalités de l'opération, ne dépendant que d'elle, n'ont pas été telles que Vittorio de Filippis les a rapportées.
La garde des Sceaux, qui ne manque pas de courage intellectuel et d'aplomb, a affirmé le caractère totalement régulier du processus et justifié la délivrance du mandat d'amener parce qu'à trois reprises une convocation n'avait pas abouti (site du Nouvel Obs). Le syndicat de police Alliance a abondé dans le même sens et nié toute dérive. Je ne suis pas sûr que cette double apologie touche son but parce qu'au fond personne ne met en cause le caractère formellement valide de ces péripéties mais seulement leur utilité - dans leur expression contraignante - dans le cadre d'une affaire de presse pour diffamation qui ne prévoit qu'une peine d'amende pour une éventuelle sanction. Il n'empêche que l'émoi médiatique a été tel, et lui aussi si durablement disproportionné, et la solidarité tellement massive, qu'un peu de retenue et de prudence n'était pas inutile. J'ai été frappé, en effet, par cet unanimisme de l'indignation (Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, RSF et Libération évidemment) qui s'instaurait à la suite de cette action qui révélait le téléscopage du tempérament d'un juge avec la nature d'un dossier qui ne méritait pas un tel appareil. Concorde émue d'autant plus surprenante que je me souviens de Laurent Joffrin ridiculisé par le président de la République lors d'une conférence de presse et qui n'a eu pour seul soutien que les ricanements complaisants de ses confrères. Les temps ont changé ou bien la cause d'aujourd'hui est-elle apparue plus facile, plus confortable ?
Contrairement aux extraits repris par la revue de presse de France Inter, c'est donner à ce lamentable épisode une ampleur conceptuelle guère plausible que de l'analyser comme une attaque délibérée contre les médias et leur liberté d'expression. Le désagrément a besoin lui aussi de se parer de couleurs nobles et intellectuellement vindicatives. C'est bien mieux que d'avoir été tout simplement victime d'un défaut de clairvoyance politique et d'un excès de conscience professionnelle. Il ne faut jamais oublier qu'un scandale, c'est souvent le rapport d'une personnalité qui prend tout au sérieux avec une réalité qui aurait mérité de la légèreté. Le président de la République, prompt à contredire ses ministres quand cette volte sert à éteindre le feu, annonce un débat sur la procédure pénale qui n'est pas, en l'occurrence, à incriminer. Qu'elle soit heureusement la même pour tous dans son principe ne devrait pas être de nature à empêcher tout magistrat de l'appliquer avec les nuances et l'intelligence qui conviennent. Plutôt qu'elle, ce sont certains états d'esprit qui devraient être retouchés.
Je ne méconnais pas non plus l'envie, pour le magistrat peut-être, pour les policiers sûrement, de "rabattre le caquet" à cet ancien patron de Libération, quotidien qui ne suscite pas un fol enthousiasme dans nos milieux, et de cibler une profession agaçante parce qu'elle conserve, quoi qu'on en aie, de l'influence et du pouvoir.
Si on résume, ce qui suscite la polémique, c'est le manque de mesure, c'est l'inadaptation entre la cause et la méthode, c'est le "coup de force" d'une procédure régulière mais si peu faite pour une infraction de pensée maladroite ou de langage qui a dérapé. Je rejoins mon propos d'origine. D'une certaine manière, même à rebours des ressorts qui auraient pu inspirer Jean-Pierre Deschamps, ce magistrat, que le premier président recevra, peut apparaître comme une "rebelle". Quoi de plus risqué aujourd'hui, quoi de plus malséant que de s'en prendre ainsi brutalement à la presse et à l'un de ses personnages importants, à un quotidien dont l'aura, pour être moins sulfureuse, demeure ? Cette juge s'est mise en rupture par rapport à une pratique équilibrée, de bon aloi, raisonnable. Dissidente donc. Rebelle, alors !
Si "être rebelle" pour un magistrat nous met dans le camp intelligent mais idéologique de Jean-Pierre Deschamps et aussi dans celui déterminé mais dangereux de cette autre juge, c'est qu'il faut accepter de quitter l'exceptionnel pour l'ordinaire, le choc pour l'honneur paisible du quotidien.
Rebelle, non merci !
JL 2 décembre 1h 51
En accord avec vous sur le fond, j'avais pensé à une autre métaphore indienne pour décrire la tentation de certains journalistes. Ils veulent être traités comme des vaches sacrées !
Protégées jour et nuit, les vaches indiennes exigent d'être bien nourries, n'en font qu'à leur tête et tiennent si peu compte des droits des autres êtres vivants qu'elles n'hésitent pas à polluer leur existence.
Rédigé par : Yves | 03 décembre 2008 à 00:43
Et les menottes, Monsieur Bilger, vous en pensez quoi des menottes ?
Il fallait l'empêcher de se sauver comme un voleur, ce grand délinquant, peut-être même qu'il allait étrangler de ses mains d'assassins la cohorte de policiers qui l'escortait ?
Et puis ce journaliste de Libération (je sens que M. Bilger pouffe à l'évocation qu'il puisse y avoir un journaliste à Libé), à l'oeil trop vif et au sourire qui ne pouvait être que narquois, n'a eu que ce qu'il mérite, que n'avait-il l'oeil glauque et les lèvres gercées !
Coupable, il est forcément coupable, n'est-ce pas monsieur Bilger, sinon pourquoi l'aurait-on contraint deux fois à se déshabiller ?
Mais je sens que je m'énerve, alors revenons plutôt à l'essentiel, vous en pensez quoi des menottes Monsieur Bilger ?
Rédigé par : Motus | 02 décembre 2008 à 21:26
Tout cela, c'est de la com : s'attaquer à un pisse-copie qui travaille à Libé, quelle aubaine, quelle pub !!!! Si de Filippis était employé par "La Montagne", pensez-vous que le déchaînement médiatique eut été le même ?
C'est une affaire de corne-cul qui ne mérite aucun intérêt...
Rédigé par : bruno | 02 décembre 2008 à 21:19
En fait, le propos cité reflète l'air du temps et une sensibilité anarchisante qui se répand, et qui se traduit par une mise en cause généralisée, en toute occasion, de toutes les institutions, non seulement par ceux qui ne leur appartiennent pas mais aussi, comme ici, par ceux qui les représentent...! Il suffit d'écouter ou regarder n'importe quel journal radio ou TV pour constater ce leimotiv...
Rédigé par : guzet | 02 décembre 2008 à 19:14
@baisse un peu l'abat-jour
Mais cher ami je n'oublie ni la bouche ni les oreilles (surtout avec la miniaturisation des composants électroniques).
D'ailleurs pour l'avoir oublié le personnel de la pénitentiaire chargé de veiller sur la sécurité de Mr. Chanal ont été fort surpris de savoir qu'il avait caché dans sa bouche la lame de rasoir dont il s'est servi pour s'évader définitivement et se soustraire ainsi à la sagacité de ses juges.
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 02 décembre 2008 à 18:59
Libération serait bien avisé et moins hypocrite de cracher à tort et à travers sur cet Etat de Droit qui partirait filandreux sous la "Sarkosie", comme on l'entend et lis ici et là ... Car c'est à la Sarkosie qu'il est allé, ainsi que d'autres (L'Humanité/ La Croix ...) quémander (au nom de quoi? on se le demande!) des subsides publics pour pouvoir continuer d'exercer et jouer son cinoche de journal "indépendant" d'information générale, etc. Il vient de formuler officiellement sa demande au gouvernement à fin de bénéficier des subventions de l'Etat, autrement gentil et moins répressif à cet égard ... Quelle honte, ainsi que les autres! Quand on a été Libération que l'on a connu, plutôt crever, couler corps et bien, que de vendre et renier ainsi et sa dignité et son passé pour misérablement continuer de paraître, même plus vendre, simplement paraître et faire semblant ... Ils feraient mieux de la mettre en sourdine au lieu de cracher dans la main qui les nourrit, cette main de l'Etat qu'ils viennent d'aller discrètement, presque honteusement, solliciter, prier ... J'ai des difficultés à comprendre (mais peut-être suis-je différent) que des deniers publics servent de la sorte à entretenir un journal privé, qui plus est appartenant pour l'essentiel à Rotschild et dans une non moins négligeable mesure à Bernard-Henry Lévy qu'on ne peut tout de même pas soupçonner tous deux de ne pas avoir les moyens financiers d'assurer eux-mêmes la pérennité de leur entreprise en l'espèce, sa stabilité financière, son perpétuel renflouement! Ca me dépasse. Quelle bande de rigolos! ils font rire, ces clowns publicistes ... Ouvrir sa gueule après avoir été faire la manche près l'Etat ... faut le faire, tout de même ... du culot ... quand, pour finir, leurs propriétaires sont archi milliardaires!
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 02 décembre 2008 à 18:07
Les sociétés ont un siège social où elles sont présumées être en mesure de recevoir plis recommandés, convocations, etc.
Les particuliers ont-ils une obligation similaire, pour permettre notamment à la justice, ou au fisc (!), de les joindre dans les formes requises par la procédure ?
Monsieur de Filippis peut-il partir sans laisser d'adresse ?
Bien à vous.
Rédigé par : Aristotestagyrite@hotmail.fr | 02 décembre 2008 à 16:40
@Pierre Antoine
Je vous ai connu mieux inspiré... Que faites-vous de la bouche, orifice naturel s'il en est où l'on peut cacher de mortelles capsules, du nez et des oreilles ?... basba appelle un chat un chat : s'il n'a pas votre vocabulaire, il est plus précis dans l'emploi des termes que vous ne l'êtes... Si vous voulez "Trissotiner", parlez de "méats intimes"... ou relisez Géraldy...
Rédigé par : baisse un peu l'abat-jour | 02 décembre 2008 à 16:15
Je lis ici ou là des commentaires qui se réjouissent finalement que "la loi est la même pour tous" et que montrer son anus dilaté à un policier constituerait une norme acceptable pour quiconque oserait mépriser l'invitation d'un juge.
Il convient de préciser plusieurs points sur cette affaire :
1. M. Niel, PDG de Free, ne cesse de porter plainte contre toute personne qui ose évoquer de près ou de loin les soucis qu'il a eus avec la justice. Il est ordinairement débouté, mais il persiste, donnant à son passé une publicité qu'il souhaiterait éviter. Je ne m'étonne donc pas qu'un responsable de presse trouve le procédé gonflant et n'estime pas indispensable de répondre sa vie durant aux poussées d'urticaire d'un quidam soucieux de faire oublier un passé qu'il ne peut gommer.
2. Arrivés au dépôt, les policiers qui avaient déjà fait une fouille au corps selon les règles, ont téléphoné à la juge pour savoir s'ils devaient en refaire une autre. La juge a répondu affirmativement.
Ainsi, les policiers estimaient eux-mêmes que cette fouille au corps, véritable viol (car si on refuse, c'est un doigt dans le cul, faut le savoir), ne s'imposait pas. La juge n'a donc pas demandé la deuxième fouille sur le fondement d'une quelconque dangerosité mais du simple désir d'humiliation d'un prétendu puissant.
Je ne m'étonne donc pas que cela ravisse certains, tout excités à l'idée qu'un Monsieur soit ainsi humilié, de même que cette obscure magistrate qui s'est ainsi gonflée de son importance devant l'homme qu'on lui amenait et dont elle savait qu'elle l'avait violé selon la procédure.
J'ajoute enfin que la magistrate n'a pas humilié que M. de Filippis, mais aussi les policiers en leur faisant exécuter un acte inutile et dégradant. Je gage qu'il n'y a rien de bien enthousiasmant que d'avoir à regarder le trou de balle de son contemporain avec le risque qu'il en sorte autre chose qu'un stylo Mont Blanc.
Outils de sa petite vengeance, les flics ont alors été considérés par cette juge avec autant de mépris que l'homme arrêté. Arrivé dans son bureau, je lui aurais bien montré mon derrière une troisième fois, afin qu'elle vérifie par elle-même si je n'y avais pas oublié mes clés de voiture. Et il y aurait eu outrage...
Je suis toujours triste de constater chez mes contemporains ce contentement devant les misères infligées à plus puissant qu'eux, au motif que la loi est la même pour tous, perdant ainsi toute forme de discernement dans la gradation des contraintes.
La rébellion est un luxe quand la perversion semble être le lot commun.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 02 décembre 2008 à 16:00
@Basba
"j'ai déjà retrouvé deux clés dans le même anus et un briquet dans un vagin, sans parler des produits stupéfiants."
Et c'est vous qui avez fouillé aussi bien l'anus que le vagin ?
Drôle de pratique ! Surtout à une époque où il existe des radiographies et autre scanners.
On est bien dans une ère obscure du tout sécuritaire où le respect de la personne passe largement après le règlement... froid et administratif (synonyme ?) jusque dans ses descriptions.
Il eut été préférable d'écrire : "j'ai eu à faire à deux personnes qui avaient caché dans leurs orifices naturels deux clefs pour l'une et un briquet pour l'autre"...
Les lectrices et lecteurs de ce site auraient apprécié votre tact.
Ca s'appelle "pudeur" et "respect" dus à l'être humain, surtout si lui en a manqué avant son interpellation...
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 02 décembre 2008 à 15:12
Rebelle, peut-être pas cher Philippe Bilger (quoique !) mais provocateur sans aucun doute pour offrir encore une fois à vos lecteurs l'occasion de se payer, à peu de frais, des journaleux médiocres, incultes, vendus, achetés, bornés, stupides, lâches, menteurs et voyous patentés qui quand on les réveille à six heures du matin vont tout de suite cacher dans une partie de leur anatomie que la décence m'interdit de nommer ici une arme et qui, si ils n'en ont pas eu le temps, profiteront évidemment de leur passage au poste de police, s'emparant sans doute d'une arme traînant sur un bureau. D'où évidemment la nécessité absolue de deux fouilles au corps.
Par chance, y a des juges, comme Muriel Josié, pleins de discernement !
Rédigé par : catherine A. | 02 décembre 2008 à 13:56
L'"Affaire" De Fillipis nous administre la preuve que le corporatisme journalistique est au moins aussi stupide que le corporatisme judiciaire... Je suis très surpris que Libé se désole de voir un magistrat faire amener menotté en son cabinet un ex-PDG. Mais peut-être y a-t-il ici une erreur de casting : le "petit juge" n'est pas rouge et le PGD un peu trop ! Il est vrai que les journalistes vivent dans l'illusion d'être un quatrième Pouvoir, quasiment une Autorité constituée. Nos gazettiers se réjouiront donc de voir un journaliste traité de la façon qu'ils espéraient voir traité un ancien chef de l'Etat : à peine aussi bien qu'un justiciable ordinaire. Finalement, cette mésaventure permettra à Libération, et plus largement à la presse, de comprendre qu'un cabinet de juge d'instruction est autre chose qu'une boîte à lettres expédiant quelques informations compromettantes. L'idée d'Etat de droit sort grandie de cette réjouissante histoire : en France, la loi est la même pour tous. Encore faut-il que le Garant de l'indépendance de l'Autorité judiciaire assume son rôle constitutionnel en ne désavouant pas le garde des Sceaux... Mais ceci est une autre histoire.
Rédigé par : Irnerius | 02 décembre 2008 à 13:01
Le juge doit se rebeller face à l'injustice, mais il ne peut être rebelle au droit .
«Si le magistrat paraît élevé au-dessus de tout, il est néanmoins l’esclave de la loi ».
CAMBACERES, Circulaire aux juges du 7 thermidor an VII, cite in PAPILLARD F., Cambacérès, p.103
Rédigé par : Pascal SOURIS | 02 décembre 2008 à 12:06
Le magistrat rebelle? j'ai du mal à y croire.
Quant au mandat d'amener, je ne peux que vous inviter à lire le billet suivant:
http://verel.typepad.fr/verel/2008/11/a-terrain-terrain-et-demi-pandores-et-religieuse.html
Rédigé par : nicolas | 02 décembre 2008 à 11:44
Pour ajouter à certains commentaires, je voudrais préciser que la BAS (brigade des affaires spéciales) évoquée par Alexandre est une légende urbaine. Les enquêtes judiciaires concernant des célébrités sont confiées à des services de police ayant pignon sur rue !
Quant aux objets dissimulables dans les orifices internes, j'ai déjà retrouvé deux clés dans le même anus et un briquet dans un vagin, sans parler des produits stupéfiants.
Toutefois, le fait de faire tousser un individu accroupi doit être l'exception en matière de fouille de sécurité, à réserver uniquement à certains cas très précis. Ce type de fouille est donc plutôt rare dans les commissariats.
Rédigé par : basba | 02 décembre 2008 à 11:13
Rebelle ou pas, le magistrat est avant tout le défenseur des libertés individuelles. Quel exemple caricatural que ce juge d'instruction qui s'assoit allègrement tant sur le code de procédure pénale que sur l'esprit de la loi du 29 juillet 1881. Le code de procédure pénale permet certes le recours au mandat d'amener, mais l'article 122 du CPP inscrit le recours à cette arme redoutable dans une gradation dont la première étape est celle du mandat de comparution notifié à la personne concernée par un officier de police judiciaire. Un tel mandat a-t-il été en l'espèce délivré ? Une ou plusieurs convocations par lettres ont-elles été adressées au directeur de la publication ? En a t-il eu personnellement connaissance ? (on sait dans quelles conditions sont délivrées convocations ou citations dans un journal où les accusés de réception sont généralement signés par des secrétaires). Par ailleurs, l'esprit de la loi sur la presse ne me paraît pas avoir été respecté : cette loi prohibe en effet, pour des faits de diffamation, toute condamnation à une peine d'emprisonnement ferme mais aussi tout recours à la détention provisoire ; c'est dire que le recours à un mandat d'amener - surtout à l'encontre d'un directeur de la publication dont la responsabilité est en l'espèce formelle - qui, ne l'oublions pas, constitue un ordre de détention, est ici particulièrement mal venu et pose en tout état de cause problème y compris en droit : l'article 52 de la loi sur la presse n'interdit-il pas que "l'inculpé soit préventivement arrêté" en tout cas dans les affaires de diffamation publique ? Je trouve donc détestable le soutien apporté par certains à un magistrat, peut-être peu au fait des affaires de presse, mais dont manifestement le souci premier n'est pas la liberté et la dignité de la personne.
Rédigé par : patrick | 02 décembre 2008 à 10:34
@Marcel
Certes, mais vous voudrez bien m'expliquer comment un gardé à vue peut sérieusement dissimuler dans son anus un objet tellement dangereux pour la sécurité du Palais et des Magistrats, qu'il faille inviter la personne déférée à subir deux fois ce traitement dégradant dans la même enceinte!
Chacun sait que cette "mise en condition" psychologique est un procédé soigneusement appliqué pour mieux préparer et affaiblir la personne présentée au Juge.
Rédigé par : Thierry SAGARDOYTHO | 02 décembre 2008 à 08:32
J'adhère totalement à ce qu'a écrit Véronique.
J'entendais hier soir l'avocat de Vittorio de Filippis reconnaître, avec regret, que les menottes n'avaient pas été passées à son client devant sa famille et contrairement à ce qu'il avait laissé affirmer par Libé.
Si le vulgum pecus refusait par trois fois de se rendre à une convocation du juge d'instruction, que se passerait-il? (L'avocat que je mentionne ci avant a déclaré que Monsieur de Filippis n'avait pas reçu les convocations en question... sic...).
La gent journalistique est-elle une nouvelle aristocratie qui, parce qu'elle dispose d'un réseau de relations, aurait le droit d'agir à sa guise ?
Pourquoi la Presse cherche-t-elle à discréditer la justice (comme la police) ?
Le quatrième pouvoir voudrait-il disposer d'une indépendance supérieure ?
Allons, messieurs, un peu de décence et de bon sens ; ceux qui vous lisent, quelquefois avec grande satisfaction, ne sont ni des moutons ni des idiots : Rebelles, alors, oui.
Rédigé par : mike | 02 décembre 2008 à 07:39
J'apprécie toujours la pertinence de votre propos et de vos analyses.
Pourriez-vous m'expliquer pourquoi et par quels mécanismes, le système judiciaire ne sait-il pas reconnaître certaines erreurs avant que la catastrophe n'entre par la porte de derrière ??? N'est-ce pas un aspect fondamental de la liberté même du magistrat que de pouvoir accepter que se tromper est humain ?
J'ai constaté à plusieurs reprises que souvent, la forme semble primer sur le fond. Les embouteillages tant dénoncés des tribunaux et CA n'en sont-ils pas une conséquence ?
Mais que se passe-t-il donc ?
Rédigé par : ettori emmanuelle | 02 décembre 2008 à 07:04
Je rejoins les avis, analyses et craintes de Marcel Patoulatchi, Véronique Raffeneau et Yves.
« Juge en rupture par rapport à une pratique équilibrée, de bon aloi, raisonnable » a écrit notre hôte.
Quelle dérive dangereuse en effet que de ne pas considérer les « gens des médias » comme des citoyens plus égaux que les autres.
Il y a une méthode simple pour éviter que cela ne se reproduise :
Prendre un flacon d’eau bénite et une bible pour aller exorciser cette juge manifestement possédée en murmurant dix fois EVA sors de ce corps. Tout rentrera alors dans l’ordre juste en respectant la caste des intouchables (pris au sens propre et non celui du système social indien).
Une rebelle en moins si cela fonctionne.
Rédigé par : JL | 02 décembre 2008 à 01:51
On a l'électricité et le chauffage central, mais pour le reste, quelle régression!... A propos, quelqu'un ici a-t-il des nouvelles de cette école qui s'est effondrée sur une centaine d'écoliers en Haïti? Et les 9000 morts du choléra, ces jousr-ci, au Mozambique; quelqu'un peut-il m'en dire quelque chose qu'il sait qu'on ne dit pas?... Au fait, Nanard Tapie fait son théâtre, j'ai su ça hier soir à l'info, il reprend "Oscar", la pièce ... Cher PB, vous si féru des planches de ce grand art, quand vous irez, au retour faites-en ici un compte rendu, de grâce, une critique ... Aurez-vous bien ri? L'Oscar-Tapie vaudra-t-il l'Oscar-de Funès? Ah, qu'on n'y aille pas pour rien!... Soyons rebelles si le jeu est faux!
Bonne nuit.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 02 décembre 2008 à 01:03
Cher Marcel,
J'entends tout à fait votre remarque, c'est celle qui me serait venue à l'esprit avant d'être confronté au problème.
Les personnes qui ne se croient pas concernées ferment les yeux (sur les tests ADN, les couples mixtes persécutés, la Cimade muselée, les prisons pourries, les CRA devant lesquels on s'immole, la prison après la prison, le fichage, les pseudo-cours de français auxquels s'inscrire pour le regroupement familial...).
Tous ces dénis de justice font gagner 10% de voix momentanément, mais divisent profondément la France. C'est la fin de cette division que célèbrent les USA aujourd'hui.
Quant à mon jugement que vous trouvez 'lamentable', je le réitère : une magistrate qui use de l'interpellation à domicile, de la privation de liberté par la force, puis de la fouille au corps juste pour rencontrer une personne dont elle connaît le lieu de travail, les avocats, l'adresse, pour une petite affaire comme celle-là, ne possède pas les qualités de recul incombant à sa lourde charge, du moins pour le moment... Et elle ne progressera que si elle est sanctionnée.
Mais, à la décharge de la Justice, on peut lui reconnaître de ne pas être à deux vitesses : la Police, elle, a depuis longtemps une Brigade des Affaires Spéciales pour rechercher activement le portable volé des célébrités ou des femmes de journalistes, plus quelques petites affaires comme l'incendie au sommet de la Tour Eiffel. Cette brigade existe depuis longtemps pour tout ce qui peut avoir un impact médiatique, mais NS en a doublé les effectifs juste après une grande réunion au Palais des Congrès avec toute la Police, expliquant l'inverse... Amusant, non ?
Comme disait Alain dans ses Propos sur la montée d'Hitler (Un Grand Patriote ou Hitler a renié La Croix, de mémoire), on voit poindre les oreilles du loup. Je n'assimile pas NS au Führer pour autant, c'est juste cette façon de se moquer des grands principes de notre civilisation. Et il est en train de renier le Dimanche :o)...
Respectueusement
Rédigé par : Alexandre | 02 décembre 2008 à 00:29
On peut observer que le responsable de Libération aurait échappé à toute brutalité judiciaire et/ou policière:
- s'il n'avait eu à répondre d'un délit;
- s'il avait réagi correctement aux convocations du magistrat instructeur.
L'étonnement bruyant de l'intéressé tient probablement au sentiment d'avoir subi un traitement excessif, mais aussi au préjugé qu'un journaliste se doit de considérer de haut et sans risque les initiatives des représentants de l'État.
Pourvu que la conclusion de l'épisode ne soit pas un renforcement du "droit" des journalistes à faire ce qu'ils veulent, et une invitation des magistrats à s'engager dans ces petites capitulations qui font la tranquillité des carrières!
Rédigé par : yves | 02 décembre 2008 à 00:09
"Cette juge s'est mise en rupture par rapport à une pratique équilibrée, de bon aloi, raisonnable."
Non. Pas du tout.
Cette juge a considéré qu'elle avait autre chose à faire que de téléphoner aux avocats de M. Filippis pour bien vouloir prier ce dernier de daigner concéder à répondre à des convocations de la justice. Les us et usages façon politesses minaudées entre les avocats, les magistrats et les journalistes lui tapant sérieusement sur les nerfs.
Ce n'est pas à mes yeux une décision dogmatique et dangereuse. C'est la décision d'un magistrat qui a eu l'audace d'assumer son indépendance et de d’affirmer sa volonté que son métier soit respecté.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 02 décembre 2008 à 00:02
J'ai trois sourires en vous lisant ce soir...
Faut-il avoir l'ouïe rebelle à votre question posée ? pour illustrer un de vos billets précédents.
Faut-il adopter la désobéissance en s'illustrant comme Monsieur P.Zam d'Angoulême en pleine audience correctionnelle?
Faut-il moderniser et humaniser les techniques de garde à vue?
Est-ce que être magistrate c'est chercher
un pouvoir phallique, d'humiliation.Lancer
un défi d'exhibitionnisme médiatisé?
Cette décision n'honore personne !!!
françoise et karell semtob
Rédigé par : semtob | 01 décembre 2008 à 23:41