Etrange "couverture" médiatique que celle qui a été consacrée à la proposition de réforme du système inquisitoire par le président de la République devant la Cour de cassation ! On n'a pratiquement pu entendre et lire que des opinions favorables au maintien du juge d'instruction, qu'on a mythifié à l'envi. En dehors de Me Herzog sur France 2, d'un article de Georges Fenech dans Le Figaro et des invitations que j'ai dû refuser pour cause d'assises, personne n'a été sollicité ni mis à contribution pour soutenir cette procédure accusatoire à venir, pourtant si facile à expliquer et à justifier. Ce n'est pas parce qu'Eva Joly pense l'inverse en s'auto-glorifiant que la cause serait entendue : on devrait demander son avis à son successeur Renaud Van Ruymbeke ! Le record, c'est la suprême ironie du Monde qui en première page s'interroge gravement : régression ou réforme ?, et qui, dans sa page 12, ne fait intervenir que des partisans du système inquisitoire, en oubliant la seconde branche de son alternative qui n'était là en surface que "pour faire équilibré et joli".
Ce même quotidien, sous la signature de Patricia Jolly, nous fournit une illustration exemplaire de la manière dont le MRAP accomplit sa mission, s'égare dans ce qui ne le regarde pas et parle sans savoir.
Me Karim Achoui a interjeté appel de l'arrêt l'ayant condamné récemment à la peine de sept ans d'emprisonnement. J'ai lu que le procès aurait lieu vraisemblablement en 2010 et je ne doute pas qu'on saura le faire présider par un magistrat apte aux combats qu'on ne manquera pas de lui imposer.
Me Achoui proteste de son innocence et c'est son droit le plus strict. Condamné une première fois mais en attente d'appel, il est toujours présumé innocent. Je parie que s'il est à nouveau sanctionné en 2010, il continuera à adopter la même position en alléguant probablement l'existence d'une erreur judiciaire. Mais on ne peut savoir ce que nous réservera à son sujet l'avenir judiciaire. Qu'il fasse feu de tout bois et défense de tout ce qu'il est susceptible d'utiliser à son bénéfice, rien de plus normal. Innocent, c'est logique. Coupable, ce n'est pas absurde non plus parce qu'il y a une représentation de soi-même qui peut parfois l'emporter sur la certitude de sa culpabilité. On continue à faire comme si on était innocent parce qu'on en a besoin pour soi et pour les autres auxquels on tient.
Mais que vient donc faire le MRAP dans cette galère judiciaire ? Il ne connaît pas l'affaire, les charges et les moyens de défense, sauf si les trois avocats de Me Achoui l'ont, avec impartialité je n'en doute pas, informé. Mouloud Aounit, coprésident du MRAP, dit lui-même qu'il ne dispose d'aucun "élément factuel" pour dénoncer "une condamnation raciste" mais cela ne l'empêche pas, sans vergogne, de considérer que "l'accusation est particulièrement mince" et "la sanction disproportionnée et incompréhensible".
Double méconnaissance. D'abord, que sait véritablement le MRAP du discours et de la force d'argumentation de l'accusation ? Rien probablement. Je suis presque certain que Mouloud Aounit n'a pas assisté aux débats. Ensuite, si Me Achoui est coupable, comment le MRAP ose-t-il prétendre que la peine est "disproportionnée et incompréhensible" ? Je m'interroge : cette association et son coprésident sont-ils vraiment au fait de ce qui était imputé à Me Achoui et le sera à nouveau en 2010 ? Sont-ils si peu soucieux de l'intégrité et de la morale d'un avocat qu'ils puissent négliger la portée d'une telle transgression et juger la peine "disproportionnée" pour ce qui ne serait en somme qu'une peccadille ?
Ainsi, c'est comme cela que le MRAP fonctionne ? Comme cela qu'il choisit ses causes, ses personnes à protéger, ses injustices à dénoncer ? Avec aussi peu de clairvoyance, selon l'humeur du moment, pour emprunter un thème momentanément porteur, celui de Karim Achoui innocent ou trop condamné par une justice forcément partisane, et les jurés avec elle, et les trois jours de délibération tenus pour rien ?
Je comprends mieux pourquoi j'ai toujours éprouvé une sainte horreur devant ces groupes, ces ligues et ces pétitionnaires qui s'indignent d'abord avant de se demander ensuite pourquoi. Je dénonce donc je suis. Je ne sais rien mais je proteste. Il y en a qui justifient leur existence comme cela.
Qu'ils n'en fassent pas trop avant 2010.
Le mrap défende-t-il le racisme envers les blancs ?
Sérieusement je crois que ce sont des organisations financées par des mouvements islamistes, c'est assez évident vu de l'extérieur.
Rédigé par : Tony | 25 mars 2010 à 10:57
Les commentaires sont modérés !? Comment laisser ce monsieur écrire ces propos outrageants sur Véronique Akobé qu'il ne connaît pas, pas plus que le dossier, pas plus que le déroulement du procès entaché de racisme et de sexisme ?
Rédigé par : Daniel | 12 février 2009 à 22:35
Aller de Karim Achoui pour parvenir à Omar Raddad, m'a surpris au début, et pourtant...Je ne connais pas Omar Raddad, mais plus les acteurs judiciaires qui ont porté ce procès et je constate que les avis restent et resteront partagés. Certaines erreurs d'enquête ont été lourdes de conséquences et ont profité à l'accusé. Que dire de plus ? La justice a rempli son rôle.
J'ai côtoyé par contre Karim Achoui, avocat qui aurait pu être bien installé s'il n'avait été aussi âpre au gain, aussi peu soucieux de la peine de ses clients et aussi dépourvu d'humanité.
Demandez leur avis au nombreux travailleurs étrangers clandestins qui ont eu recours à ses services, le drame qu'ils ont tous vécu, en leur faisant croire à l'Eden après les avoir dépouillés de leur économies... et en ne faisant rien. Un certain nombre ont eu le courage d'affronter la justice malgré leur situation, pour dénoncer les pratiques de cet avocat. Demandez à ses autres clients détenus, qui ont découvert à leur sortie de prison, après avoir gagné un procès, que les dommages et intérêts versés au compte Carpa de Karim Achoui avaient disparu, grâce à une fausse signature imitée par ce même Karim Achoui.
Rassurez-vous, toutes ces personnes étaient arabes et peu cultivées - la différence de Me Achoui - alors elles ne sauraient être prises en compte pour être opposées à la présumée innocence de cet avocat. Même la récente décision de la Cour de cassation qui confirme l'arrêt de la cour d'appel de Versailles le condamnant à un an de prison avec sursis, 20.000€ et 5 ans d'interdiction d'exercer la profession d'avocat, pour faux et usage (eh oui c'est une seconde nature chez lui !) est considéré comme de l'acharnement judiciaire et pourtant, il y en a des preuves dans cette affaire, à la pelle !
Et sa culpabilité dans l'évasion de Ferrara direz-vous ; est-ce sur ses pratiques antérieures qu'il a été jugé ? Il y a de cela, car on en revient à l'argent, Karim Achoui a dit n'avoir eu que peu d'honoraires dans cette affaire. Pour un avocat qui avoue 15.000 € d'honoraires par jour, on peut rester dubitatif sur la discrétion dont il a entouré sa réponse. mais un fait est certain, on a depuis trouvé de l'argent, loin, très loin.
Alors, toujours innocent ? pensez-le si cela vous convient, c'est un choix respectable, mais de grâce ne souhaitez pas qu'une telle "réussite" soit un modèle et je ne peux que plaindre ceux qui s'identifient à lui, car plus dure sera la chute et ils ne le méritent pas !
Horace
Rédigé par : HORACE | 15 janvier 2009 à 22:49
"Qu'ils n'en fassent pas trop avant 2010."
Présumé innocent et sympathisants, ne faites pas les malins ou on double le compte en appel, parce que je le veux bien.
La justice décomplexée aimerait humilier ceux qui ont le verbe un peu haut, non ?
En même temps c'est d'une franchise rafraîchissante.
"Tout bon raisonnement offense."
Stendhal
(on va dire qu'un mauvais énerve, le mieux est donc de se taire et regarder ses pieds)
Rédigé par : Alexandre | 15 janvier 2009 à 07:12
Qui a lu Max Weber sur ce sujet ?
Rédigé par : Nathalie | 13 janvier 2009 à 22:49
Pourquoi amalgamer faits et origines ? Cela n'a rien à voir.
Au printemps prochain il est prévu la sortie du film tiré du roman noir de Hannelore Cayre : "Commis d'office" avec Roschdy Zem dans le rôle principal.
"Christophe Leibowitz, avocat pénaliste, commis d'office, défend les frappes de banlieue et les truands à la petite semaine, les dealers qui n'ont pas le sens du commerce. Il ne pensait pas pouvoir intéresser un proxénète cogneur en lui racontant Flaubert, ni même un jour faire évader de Fresnes l'ennemi public numéro un, et pourtant...
Il y a bien sûr une arnaque à la clé, et Christophe se retrouve en taule, avec ses ex clients..."
Rédigé par : Marie | 13 janvier 2009 à 21:25
@Alexandra
"c'est que cette théologie établit que la réussite matérielle est un signe d'approbation de Dieu sur nos vies."
Donc quelque part une variante du Karma bouddhiste qui lui aussi fonctionne selon le système de la rétribution, bien que en ce qui le concerne, des actes accomplis dans une ou des vies antérieures.
Rédigé par : Catherine JACOB | 13 janvier 2009 à 16:47
Cher Daniel Ciccia, ne vous excusez pas d'être trop long, votre propos est très intéressant.
Votre raisonnement me rappelle celui par lequel on explique comment la Théologie de la Prospérité des Luthériens a beaucoup contribué à l'essor économique des pays Anglo-Saxons: ce n'est pas que les Luthériens prônent la réussite matérielle comme but (au contraire ils sont supposés mépriser les richesses), c'est que cette théologie établit que la réussite matérielle est un signe d'approbation de Dieu sur nos vies.
Pour se conformer à la haute idée que chacun avait de lui-même, les Luthériens travaillèrent sans relâche pour accumuler ces richesses supposées insignifiantes.
Belle perversion de raisonnement. Si la Police fait de même avec le pourcentage d'élucidation, et que le Juge d'Instruction se laisse aller à cette poussée naturelle en plus de sa situation délicate, on peut agrandir les prisons tout de suite.
Au poker une telle logique d'entêtement et une tendance aux "croyances auto-réalisatrices" pourraient vous coûter cher.
Revenons maintenant sur le raisonnement statistique que vous condamnez. C'est au contraire le seul valable pour décorréler beaucoup de problèmes complexes, et il est de plus en plus utilisé en sciences pour analyser les problèmes environnementaux. Je vous conseille la lecture de Jean-Pierre Dupuy sur Tchernobyl et l'invisibilité du mal, en particulier l'invisibilité statistique (http://www.esprit.presse.fr/review/article.php?code=14471):
"Les trente ou quarante mille morts qu’aura causées la catastrophe nucléaire ne peuvent donc être nommées. La thèse officielle consiste à en conclure qu’elles n’existent pas. Cela ne constitue pas seulement une faute philosophique grave, c’est un crime éthique."
Un exemple simple sur le Tour de France: la population normale compte environ 5% d'asthmatiques. La Ventoline est considérée comme produit dopant, mais autorisée sous dérogation pour les coureurs asthmatiques. 40% des coureurs du peloton ont une dérogation, donc à moins d’une corrélation improbable avec l'exposition au grand air…
La loi des grands nombres a la tête dure…
PS: je remarque que la carte des expulsions d'étrangers correspond exactement aux quotas par département 'proposés' par le gouvernement. Ces ratios-là sont évidemment intolérables, et je vous rejoins si c'est ce que vous signifiez par incompatibilité entre justice et application de quotas.
Cordialement
Rédigé par : Alexandre | 13 janvier 2009 à 08:59
"Ce que je ne veux pas, c'est que demain on se retrouve avec le même ratio entre le nombre d'inculpés et le nombre de condamnés."
Très intéressant développement, Laboca...
Je ne comprends pas cette compilation en ratio. Que dit un ratio s'agissant de choses aussi dissemblables que des affaires pénales?
Une justice "infaillible", à laquelle il ne faut ni rêver ni prétendre, devrait être une justice aux termes desquels une personne est mise en examen lorsque les charges qui pèsent sur elles sont telles que, avant le procès et bien que l'accusé soit réputé innocent, l'accusation est solidement étayée.
Par conséquent, les droits de la défense étant garantis par ailleurs et indispensable au processus judiciaire, le procès représente lui-même un stade où tout le dossier est "reconsidéré" et "représenté", mais où, quoi qu'il en soit des sophismes, un élément de culpabilité pèse dès lors qu'il prend place dans le box sur l'accusé.
Si l'accusation est sérieusement étayée, et c'est par elle que la personne est "traduite" en justice, cela aboutit à une condamnation, dont l'appel est non suspensif devant les assises.
Lorsqu'un accusé est innocenté, c'est une exception. Un petit miracle. Un coup de théâtre. C'est bien ressenti comme cela.
Inverser le ratio mis en examen/condamnation ne signifierait pas une justice de meilleure qualité, mais plus certainement un certain je m'en foutisme dans la mise en accusation (réquisitoire introductif, si mes souvenirs sont bons...).
C'est un propos bien long, mais je trouve votre assertion sur le ratio curieuse.
PS: Pardon si je ne maîtrise pas parfaitement le jargon.
Rédigé par : Daniel Ciccia | 12 janvier 2009 à 23:08
Je me demande, si à l'époque où le jury était professionnel, ce n'était pas plus équitable, moins "populaire", j'entends par là s'il exprimait des jugements moins soumis aux états émotionnels et aux réactions épidermiques de ces jurys populaires, certes qui assistent de gré ou de force à tout le procès mais qui n'ont pas eu de formation et pas de préparation à ce qui va se passer donc qui peuvent moins adopter une position de recul et de réflexion.
Rassurez-vous Aissa, j'avais très bien compris ce que vous écriviez et je parie aussi que vous avez très bien compris ce que j'ai écrit aussi : mais comparer Dreyfus à Omar Raddad... C'est un peu trop non ?
Et je me répète, on ne prouve pas la culpabilité ou l'innocence de quelqu'un à l'aide de l'opinion publique, dont on ne sait pas trop comment elle se forme, peut-être sur le zinc d'un café, ou bien dans une manif, ou bien inventée par un média, fort heureusement. Encore que je suppose que les magistrats peuvent être sensibles à cette opinion surtout si celle-ci est médiatisée.
A l'époque de Dreyfus, il me semble que l'opinion publique était divisée justement, rappelez-vous les caricaturistes qui illustraient des repas de famille ou tout le monde se bagarre et s'étrangle.
Mais il a fallu bien d'autres arguments pour arriver à mettre à jour l'innocence de Dreyfus.
A propos de Vergès, il était sur la chaîne Paris Première avec Philippe B. et commençait à ricaner au sujet de la disparition des juges d'instruction. C'était tard le soir, désolée je n'ai pas pu suivre.
Rédigé par : Nathalie | 12 janvier 2009 à 23:07
Monsieur l'Avocat général Bilger cherche-t-il à faire condamner en appel Karim Achoui en paraissant considérer le procès en appel comme inutile et en doutant ouvertement de la légitimité des initiatives prises par les uns et les autres pour que Karim Achoui soit jugé objectivement en appel ?
Le lent passage suivant de son billet semble prouver qu'il ne veut observer aucune stricte neutralité dans le processus du dénouement judiciaire de l'affaire Karim Achoui :
"Me Achoui proteste de son innocence et c'est son droit le plus strict. Condamné une première fois mais en attente d'appel, il est toujours présumé innocent. Je parie que s'il est à nouveau sanctionné en 2010, il continuera à adopter la même position en alléguant probablement l'existence d'une erreur judiciaire. Mais on ne peut savoir ce que nous réservera à son sujet l'avenir judiciaire. Qu'il fasse feu de tout bois et défense de tout ce qu'il est susceptible d'utiliser à son bénéfice, rien de plus normal. Innocent, c'est logique. Coupable, ce n'est pas absurde non plus parce qu'il y a une représentation de soi-même qui peut parfois l'emporter sur la certitude de sa culpabilité. On continue à faire comme si on était innocent parce qu'on en a besoin pour
soi et pour les autres auxquels on tient".
La dernière phrase de ce long passage doit certainement être mise en évidence tant elle trahit la partialité de Monsieur l'Avocat général Bilger :
"On continue à faire comme si on était innocent parce qu'on en a besoin pour soi et pour les autres auxquels on tient".
Je trouve que Monsieur l'Avocat général Bilger va trop loin en prenant position publiquement pour la culpabilité de Maître Achoui.
Dire qu'Achoui "continue à faire comme si" sonne presque comme une conviction de Monsieur l'Avocat général Bilger quant à la culpabilité de l'avocat parisien.
J'espère simplement qu'aucun magistrat, aucun juré d'appel ne tombera sur le billet de Monsieur l'Avocat général Bilger. Je crains en effet que le jury d'appel soit influencé par ce billet, sachant que son auteur est très médiatique et donc, à son corps défendant, faiseur d'opinions.
L'autre point contestable du billet de Monsieur l'Avocat général Bilger, c'est son opposition à l'intervention du MRAP dans le débat né de la honteuse condamnation de Karim Achoui.
Comment Monsieur l'Avocat général Bilger peut-il dénier le droit au MRAP d'intervenir s'il juge qu'une personne est victime de discrimination?
Le MRAP a le droit de faire ce qu'il faut pour sauver Karim Achoui parce sa mission est d'aider ceux qui sont victimes d'injustice.
J'aurais suivi Monsieur l'Avocat général Bilger s'il avait pu prouver que le MRAP ne peut légalement défendre une personne contre l'institution judiciaire française ou que la discrimination en France pouvait partout se rencontrer sauf au sein de ladite institution.
Un innocent a été condamné et il ne faut pas chercher à empêcher ceux qui essayent de relever cet innocent.
Je note que s'il a été prompt à défendre avec une rare énergie Monsieur Burgaud, magistrat ayant honteusement fait condamner des innocents de province dans une affaire de faux pédophiles, Monsieur l'Avocat général Bilger n'apprécie pas que le MRAP cherche à défendre l'innocent avocat Achoui.
Quant à la suppression du juge d'instruction, j'avertis Monsieur l'Avocat général Bilger qu'il est illusoire de penser que la justice des hommes s'améliorera si les magistrats ne changent pas de coeur ou ne renoncent pas à leurs préjugés sur les gens.
Une bonne réforme de la justice des hommes passe d'abord par la reconnaissance par les magistrats de leurs erreurs actuelles ou passées.
Notre France avancera le jour où ses magistrats reconnaîtront publiquement qu'ils peuvent commettre des fautes comme le commun des mortels.
C'est l'orgueil, c'est la prétention, qui empêche le progrès.
Techniquement, la réforme - suppression du juge d'instruction - annoncée par le chef de l'Etat est intéressante.
La procédure pénale en France est si déséquilibrée structurellement qu'il faut bien tenter quelque chose.
Notre procédure pénale fait intervenir quatre acteurs : le juge d'instruction, le procureur ou l'avocat général, l'avocat et le juge (formation de jugement).
La loi impose au juge d'instruction d'enquêter en recherchant aussi bien les éléments à charge que les éléments à décharge. Mais celui-ci, violant délibérément le code de procédure pénale, s'est plu en pratique à n'instruire qu'à charge. Du coup, nous nous sommes retrouvés en France avec deux acteurs s'employant à faire condamner le prévenu ou l'accusé : d'une part le juge d'instruction; d'autre part le procureur ou l'avocat général. Il n'y avait donc plus qu'un acteur pour essayer de défendre le prévenu ou l'accusé : l'avocat. Le travail de ce dernier a été rendu difficile par le fait qu'en pratique le juge (tribunal correctionnel ou cour d'assises), a cherché à se ranger systématiquement du côté du tandem juge d'instruction - procureur ou avocat général.
Je crains donc que la suppression du juge d'instruction ne soit qu'un leurre.
Pourtant je ne tiens pas spécialement au maintien du juge d'instruction. A dire vrai, c'est l'acteur que j'apprécie le moins dans la procédure pénale.
Ce que je ne veux pas, c'est que demain on se retrouve avec le même ratio entre le nombre d'inculpés et le nombre de condamnés.
C'est pourquoi il faut en appeler au changement de mentalité, au changement de culture au niveau des juges tenant les tribunaux correctionnels ou les cours d'assises.
Pour moi, une réforme radicale est celle qui obligerait les juges à exercer préalablement la profession d'avocat. Seuls de tels juges pourraient facilement comprendre l'importance des droits de la défense, du principe du contradictoire et de la présomption d'innocence. Une personne ayant vaillamment défendu en tant qu'avocat la présomption d'innocence ne trahira pas sa foi, une devenue juge.
La magistrature en France recèle aussi des gens de qualité. La semaine passée, j'ai ainsi fait la connaissance d'un juge de référés qui a laissé les avocats des deux parties s'expliquer pendant pratiquement deux heures, alors que généralement ce genre de procédure dure entre 15 et 20 minutes. J'ai vu donc un juge patient, désireux de tout comprendre. Malheureusement, dans notre France on rencontre de moins en moins de tels juges.
Outre qu'elle nous permettra probablement de sortir de cette vieille hypocrisie française qui nous empêche de voir que la procédure pénale française vise fondamentalement à faire condamner quelqu'un, la réforme voulue par le Président de la République nous aidera probablement à nous conformer à l'obligation de procès dans un délai raisonnable portée par l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme. Telle qu'elle est conduite actuellement dans notre pays, l'instruction pénale dure excessivement, sans que cela corresponde à une volonté du juge d'instruction d'enquêter aussi à décharge. Les conflits surgissant parfois entre le juge d'instruction et le ministère public contribuent aussi à alourdir cette tendance.
Or ce que l'on pourrait escompter de la réforme envisagée par Nicolas Sarkozy, c'est une certaine célérité de la procédure, le ministère public devant continuer à céder à sa tendance à voir saisie vite la formation de jugement.
Sauf erreur de ma part, il est un point auquel Nicolas Sarkozy, grand admirateur des Etats-Unis, n'a pas prêté attention : dans le système américain, le procès pénal est un procès opposant l'Etat (ministère public, lequel s'appuie sur une puissante police judiciaire qui est chargée, dans le respect scrupuleux de la loi, de réunir les preuves d'inculpation) à l'inculpé. Je souhaite donc qu'au terme de la réforme envisagée, ne subsiste pas des éléments hybrides rappelant le système dont veut sortir la France. Précisément, je souhaite qu'il n'y ait plus de partie civile dans le procès pénal, celle-ci ne devant intervenir que dans une instance postérieure à ce procès.
A cet égard, un intervenant sur ce site ayant comme moi l'expérience du système pénal nord-américain et du système pénal français a fait observer à juste titre que le modèle voulu par Sarkozy nécessite, pour bien fonctionner, la mise en place d'une vraie organisation assurant une défense pénale digne de ce nom.
Je souhaite donc que les avocats français deviennent des personnes viscéralement attachées à la défense pénale.
Or de nos jours, il n'est pas rare de voir un même avocat assurer la défense pénale aujourd'hui et représenter la partie civile demain. Je sais qu'un avocat doit faire rentrer les honoraires pour assurer l'avenir du cabinet, ce qui peut amener selon les cas à défendre l'inculpé ou à représenter la "victime". Mais un esprit carré peut se sentir déboussolé par ce genre de changement de posture.
En France, heureusement, quelques-uns de nos ténors ne se consacrent plus qu'à la défense et je songe ici spécialement à Maître Soulez-Larivière - dont je ne partage pas cependant les conceptions relativement à l'application du droit de l'environnement en France.
Je conclus.
Pour que la réforme annoncée par Nicolas Sarkozy, techniquement intéressante, se révèle efficace, il faut que nos magistrats actuels, chargés demain de l'appliquer, changent de mentalité, de culture et témoignent d'une nouvelle disposition spirituelle. Rien ne peut se faire sans changement de coeur. Il faut renoncer à l'orgueil et à la prétention si l'on veut faire une bonne oeuvre. Cela aidera à ne pas rester prisonnier des préjugés.
Rédigé par : LABOCA | 12 janvier 2009 à 18:54
@Machin
Donc, comme d'habitude, il traîne n'importe quoi n'importe où qu'on risque de prendre bêtement pour argent comptant.
Rédigé par : Catherine JACOB | 12 janvier 2009 à 18:37
Mauvaise pioche, Monsieur le Procureur ! Claude Berri vient de mourir !
Rédigé par : ROUTA VILLANOVA | 12 janvier 2009 à 18:36
Monsieur
Je vous lis, je vous écoute lors de vos interventions dans les médias.
Je ne suis pas toujours d'accord avec vous mais je prie... je prie que l'ensemble de la magistrature soit à votre image ; et ainsi nous reprendrons confiance.
Merci.
Rédigé par : noel | 12 janvier 2009 à 18:36
@ Gaétan B.;
Vous pensez sérieusement que le défenseur d'Omar Raddad appartienne à cette "classe d'intellectuels germanopratins" que vous dénoncez ?
On voit que vous ne connaissez pas Maître Vergès. Un ancien des Forces Françaises Libres, engagé à dix-sept ans, condamné à mort par l'OAS pendant la guerre d'Algérie, incarne-t-il vraiment l'intellectuel à lunette d'écaille de la rive gauche ?
Rédigé par : Laurent Dingli | 12 janvier 2009 à 18:35
Je constate que le débat fait rage sur ce sujet. J'avoue admirer la liberté que laisse M. Bilger à tous les commentateurs tant la haine a repris le dessus, voire même le règlement de compte...
Pour ma part, j'attends de voir la suite de cette histoire pour me faire une idée, car je me méfie tant des déclarations d'un avocat à la sortie d'une audience, que de celle d'une association comme le MRAP.
L'un comme l'autre sont utiles à la vie en démocratie, mais il nourrissent parfois le débat de toute leur mauvaise foi.
Maintenant, pour ce qui est du racisme dans la magistrature, il doit y être présent, comme partout dans notre société, mais j'aurais tendance à croire (espérer peut être) qu'il y est moins présent.
Pour connaître de nombreux magistrats, je peux affirmer sans trop de doute, que chacun, à leur manière, aiment le droit, ont un profond sens des valeurs républicaines et croient en la formule sacrée de notre beau pays: liberté, égalité, fraternité.
Après, le racisme n'en est pas pour autant inexistant.
Rédigé par : Guile | 12 janvier 2009 à 13:38
@ Aïssa
Si les prisons sont pleines d'Africains et d'Arabes, c'est parce que ceux-ci ont commis des crimes et délits qui les y ont amenés.
Pour ne plus aller en prison, il suffit de respecter la loi, c'est plutôt simple il me semble. Personnellement j'y arrive très bien et je ne pense pas que ce soit grâce à mes gènes.
Vos accusations de racisme à l'endroit de la magistrature sont parfaitement stupides et déplacées.
Rédigé par : Gaétan B. | 12 janvier 2009 à 13:04
@Jean-Dominique Reffait
Certes un jury est tiré au sort et pas plus compétent que la prostituée Opinion, mais la petite différence qui ne vous aura pas échappé, c'est que tandis que l'opinion se fait son idée sur un comptoir de café du commerce, en 2 min de lecture de journaux, le jury assiste à l'intégralité du procès pendant des jours, puis pèse et soupèse la moindre de ses délibérations.
Il y a quelque chose de scandaleux pour la justice que ce droit de grâce qui vient modifier ses jugements a posteriori, par l'influence politique, suite à des campagnes médiatiques.
A mon avis on doit ça entièrement à l'appétit de pouvoir d'une classe d'intellectuels germanopratins qui testent leur capacité à être au-dessus des lois du vulgaire, tout en se trouvant beaux à la télé d'être encore rebelles à l'âge mur (et fortuné).
Derrière Battisti, Raddad ou Petrella, se cachent toujours un Vergès, un BHL ou une Fred Vargas. Libre à vous de croire que la justice y gagne.
Rédigé par : Gaétan B. | 12 janvier 2009 à 13:03
"...Mais que vient donc faire JDR dans cette galère judiciaire ? Il ne connaît pas l'affaire, les charges et les moyens de défense, sauf si Me Szpiner le conseil de Me Achoui l'a, avec impartialité je n'en doute pas, informé et convaincu du grandiose de sa stratégie de défense.
Ah, le Francis, qui n’en finissait pas de vouloir faire rire et décontracter la présidente avec les auto-citations de son "Paroles de prétoires" écrit en une soirée de folie avec son confère et ami des temps anciens, Me sbriglia.
JDR dit lui-même qu'il ne dispose d'aucun élément factuel pour dénoncer à coup sûr "une condamnation raciste" mais cela ne l'empêche pas, sans vergogne, de considérer que l'accusation est particulièrement mince, "éthiopienne", c'est son expression, et que le Jury populaire - opinion publique en petit, je n'en doute pas dans l'esprit de JDR - qui a déclaré coupable Me Achoui, l'a condamné au seul motif que celui-ci lui apparaissait franchement et irréversiblement antipathique..."
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 12 janvier 2009 à 13:02
Comprenons bien : Philippe, fortement convaincu de l'innocence de Me Achoui, considère que l'intervention intempestive et communautariste du MRAP ne peut que desservir la cause défendue, et il a raison. Philippe, qui souhaite ardemment l'acquittement de Karim Achoui, considérant la maigreur éthiopienne du dossier, s'inquiète d'une récupération inopportune qui viendrait inverser l'issue logique du nouveau procès. Je le suis tout à fait dans cette inquiétude.
Il n'est pas question ici de racisme au sein de la magistrature : une cour d'assises, c'est un jury populaire - ô terrifiante expression - avec les préjugés ordinaires du peuple, dont le racisme fait partie de la panoplie. Quel miracle transformerait un raciste ordinaire en humaniste consciencieux - quoiqu'indispensablement vigoureux - sitôt qu'il deviendrait juré d'assises ?
Toutefois je pense que Karim Achoui a moins subi le racisme que l'antipathie qu'il dégage, avec son visage dur, ses cheveux gominés et son arrogance à la commissure des lèvres : un jury d'assises est profondément sensible à l'antipathie d'un prévenu, sentiment qui entre de plain-pied dans l'intimité de la conviction.
Chers commentateurs, sortez de vos têtes ces équations insensées : l'acquittement ou la condamnation sont des décisions de justice qui n'ont qu'un rapport lointain avec l'innocence ou la culpabilité. Parfois, ces notions se recoupent, mais c'est alors une coïncidence.
Enfin, à ceux qui contestent l'innocence d'Omar Raddad ou de Seznec, je ne puis que rappeler cette évidence : un jury d'assises n'est que l'expression de l'opinion publique. Si, après la décision d'un jury d'assises, l'opinion publique renvoie une autre conviction, dont l'intimité n'est pas moins respectable que celle de douze péquins dont la compétence se réduit au tirage au sort, eh bien, il faut se résoudre à ce revirement. Ce qu'un pape peut faire, un pape peut le défaire.
Gag : Claude Guéant qui affirme sans pouffer "Le fait que le parquet soit rattaché au ministre de la Justice garantit aux citoyens que la justice est la même pour tous." Les terroristes de Tarnac en sont convaincus !
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 12 janvier 2009 à 10:17
A Aïssa :
La grâce partielle accordée par Jacques Chirac à Omar Raddad (qui a fait 7 ans de prison et non 4) ne fait pas de ce dernier un innocent : la grâce, c'est le pardon accordé à un coupable, non une réhabilitation. Par ailleurs, le 3 juillet 1996, M.Chirac a gracié Véronique Akobé, une femme de ménage ivoirienne qui avait été condamnée le 30 janvier 1990 pour avoir égorgé le fils de son patron et avoir grièvement blessé celui-ci. Or, la condamnée n'a jamais contesté son crime, elle l'a justifié en salissant ses victimes, qui selon elle l'auraient violée. Le MRAP avait à l'époque salué la décision du Président : pensez donc, une femme subsaharienne ne peut être qu'une victime ! Les antécédents violents de cette "brave fille", la sauvagerie du crime ? Silence dans les rangs.
Bonne journée,
Cordialement,
Frédéric Valandré
Rédigé par : Frédéric Valandré | 12 janvier 2009 à 10:15
@ Aïssa
Voyez-vous, pour le grand public auquel je m'identifie, s'il y a un juge d'instruction qui d'emblée impose l'écoute et le respect, c'est bien le juge Van Ruymbeke.
Pour cette annonce présidentielle où il me manque l'essentiel - l'expérience et la connaissance en vrai du monde judiciaire, la maîtrise intellectuelle des conséquences d'un tel débat - pour exprimer un avis et une opinion construits, une position comme celle de RVR est très importante.
"vaut pas un clou ce discours éculé..." écrivez-vous à Sophie.
Ce que je veux juste vous dire, c'est que lorsqu'une grande question de justice est posée - la suppression du juge d'instruction en est une -, il y a tous comptes faits, parmi le brouhaha de réactions, deux, trois positions que je guette, qui compteront et qui emporteront la partie dans mon propre débat.
La position de RVR est de celles-là.
Cela peut tenir à beaucoup, cela peut tenir à rien. C'est ainsi.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 12 janvier 2009 à 10:14
Cher Philippe,
La première question que je me pose est celle de connaître comment va Maître Achoui. A quoi cela sert-il de le faire souffrir comme cela ?
Il est présumé innocent, jusqu'à preuve du contraire. Il me semble que vérification devrait être faite s'il n'y a pas de biais cynique dans certaine décision. Maître Achoui est un modèle d'identification pour beaucoup de jeunes.
C'est un modèle de réussite. Pour tous il serait intelligent de lui laisser exercer ses talents de synthèse, d'orateur. Monsieur Joël Boyer a dit que tout le monde a droit a une seconde chance. Tout le monde, cela veut dire tout le monde.
françoise et karell semtob
Rédigé par : semtob | 12 janvier 2009 à 08:43
@Frédéric Valandré et Georges Cenci
Alors, le Président de la République Jacques Chirac, sans que le Conseil Supérieur de la Magistrature ni les services des Grâces de la Chancellerie n'aient rien trouvé à y dire, a gracié celui qui fracassa le crâne de Ghislaine Marshal, la poignarda à 15 ou 20 reprises, puis l'éventra de bas en haut comme on vide un poisson ... Certainement l'a-t-il gracié pour "bonne conduite, après 4 ans de prison ... Dont acte, si je vous crois. Heureux Omar Raddad, le meurtrier le plus chanceux -et aimé- du monde ...
Voyez-vous, il est ainsi des choses qui me persuadent davantage que d'autres ... Ainsi, quand on traite aujourd'hui comme une pire criminelle une infirmière qui fit une erreur de soins, je songe à ces deux infirmières décapitées hier par un malade, dans leur service de l'hôpital, une nuit, à Pau et qu'on a bien vite oubliées ... Ainsi, quand on me jure sur l'indépendance des juges d'instruction qui seraient les garants de toutes les libertés publiques et individuelles, je songe au juge Boulouque ... Et cela ne m'amuse guère.
Bonne nuit.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 11 janvier 2009 à 23:26
Monsieur Lacheb-Boukachache. Je ne vois pas en quoi mes propos seraient offensants.
Je constate seulement que vous ne voulez pas remettre en question vos préjugés mais que vous n'en formulez pas moins un avis dogmatique.
Gardez vos certitudes ou lisez (mais là aussi il faudra acheter le livre) "L'intellectuel fourvoyé" de Maître Dominique INCHAUSPE qui cite mon ouvrage dans sa bibliographie (pages 237 à 245)
Rédigé par : Georges CENCI | 11 janvier 2009 à 21:08