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Voici les sites qui parlent de Vive les esprits forts ! :

Commentaires

tchat

Je trouve cet article vraiment très intéressant, merci beaucoup pour ces informations.

henriparisien

« Ne pas nuire au autres, rien de plus »…

Ha, que le monde serait simple si une règle de comportement de quelques mots permettait de réguler notre vie. Mais elle bute sur le même obstacle que la précédente « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse. » : c’est à l’individu qu’est confiée la définition de la nuisance.

Pour pallier ce problème, la société s’est arrogée le droit de définir ce qui était le bien de chaque individu : interdiction du suicide puisqu’il autoriserait le meurtre…

La nouvelle définition permettrait d’assouplir ses règles. La définition de la nuisance resterait de la responsabilité des individus mais ne serait que préalable. La victime ne pourrait être qu’autrui (adieu le délit de toxicomanie). La société n’agissant que pour trancher des litiges entre individus : l’installation d’une antenne relai nuit-elle ou non aux riverains ?

Mais les règles qu’imposait la société à ses membres avaient un avantage. Elle lui permettait de définir des sujets (ou des citoyens) aptes à coordonner leurs efforts et à produire les richesses nécessaires à sa perpétuation.

Alors, l’adoption de cette nouvelle maxime est conditionnée par la réponse à une question : sommes-nous suffisamment riches pour permettre à chacun d’être aussi excentrique qu’un Lord anglais ?

jmarcio

C'est une question plus intéressante qu'elle en a l'air. J'ai trois réflexions.

On a des exemples et des contre exemples. Et on peut facilement imaginer des exemples dont la réponse n'aura pas l'unanimité. Encore d'autres où la réponse dépendra du moment où la question sera posée. Parfois le même acte sera bénéfique, voire indispensable à l'un et nuisible à l'autre. La raison est simple : l'être humain est trop complexe pour que la morale puisse être complètement définie d'une façon aussi simple.

Une autre réflexion est en rapport avec un concept plutôt mathématicien : décidabilité. Nous sommes en train d'évaluer cette nouvelle morale et nous demander si elle n'est pas meilleure que la morale actuelle. Mais pour cela nous utilisons la morale que nous avons déjà en nous. Or, si nous arrivons à une réponse, peu importe laquelle, cela veut dire que la morale que nous avons déjà est plus puissante et que ce n'est pas la peine de changer. Pour avoir une réponse objective il ne fallait pas s'appuyer sur ce que nous avons déjà. Contradictoire, n'est-ce pas ???

Mais dans la pratique, cela pourrait constituer non pas une morale, mais juste un mode de vie. Il suffirait tout simplement que la question "Est-ce que je suis en train de nuire à quelqu'un ???" soit posée plus fréquement pour que les rapports entre les gens deviennent plus sains.

M. Bilger, avez-vous lu "Godel, Escher, Bach - Les Brins d'une Guirlande Eternelle" de Douglas Hofstadter ?

etonne

Pour information, un éditorial paru le 28 juillet dans Ouest France signé par Jean-François Bouthors, écrivain et éditeur


http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Ne-pas-nuire-a-autrui-ne-suffit-pas...-_3633-1018124_actu.Htm

Catherine JACOB

@Mike
En fait, il semblerait que le Confucius d'Anne Cheng se situe dans l'optique d'une infinie perfectibilité, tandis que notre philosophie socratique se contente d'essayer de nous faire devenir ce qu'il est en nous de pouvoir devenir. Autrement dit, un confucéen pensera qu'il n'y a pas de nuls mais seulement de futurs bons et même excellents, tandis qu'un disciple de Socrate aurait plutôt tendance à penser qu'il est inutile de tenter de faire un mauvais mathématicien d'un bon juriste et vice et versa. Les deux points de vue se discutent il me semble.

Catherine JACOB

@DM
"(Attention : je n'ai pas dit que je soutenais cette solution. J'ai dit qu'elle apparaît assez logique en conséquence de vos propres souhaits.)"

N'importe quoi.
En revanche, une autre solution pourrait être de libérer deux suspects détenus à titre provisoire par accusé effectivement condamné. De la sorte, il est satisfait doublement au respect de la Justice. Pourquoi une telle proportionnelle me direz-vous? Tout simplement pour arriver progressivement à un taux d'occupation décent!
Reste le problème de la sélection des détenus provisoires pouvant bénéficier de la mesure proposée.
Pourquoi ne pas constituer une liste d'attente comme pour les dons d'organes, sur la base du temps de détention provisoire d'ores et déjà effectué combiné non pas à un coefficient d'urgence mais à un coefficient de dangerosité potentielle déterminé par un expert en criminologie.

mike

Que ne lit-on pas les "Entretiens de Confucius", traduction de Anne Cheng ?
On y trouve en synthèse des principes de sagesse et d'harmonie.

DM

Deux constats à la lecture de votre blog :

1) Vous déplorez la surpopulation carcérale (qui ne la déplore pas !).

2) Vous trouvez salutaire la théorie morale minimaliste de Ruwen Ogien, qui est essentiellement ce que me disait ma maman quand j'étais petit « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse », toutefois assorti de l'additif « et le reste on s'en fiche, c'est ton affaire personnelle ».

En France, nous réprimons divers délits sans victimes, notamment la consommation de certaines drogues en privé entre adultes consentants. (Nous réprimons également la conduite en état d'ivresse, qui est un acte dangereux pour autrui)

Une conclusion assez logique serait pour vous de promouvoir la dépénalisation des drogues. Qu'en pensez-vous ? Une bonne partie de la petite délinquance génératrice de surpopulation en maisons d'arrêt n'est-elle pas liée au trafic de stupéfiants ?

(Attention : je n'ai pas dit que je soutenais cette solution. J'ai dit qu'elle apparaît assez logique en conséquence de vos propres souhaits.)

Alex paulista

Sur ce principe moral particulier défini par la négative d'une chose trop imprécise, Aïssa pose bien le problème :
si on y souscrit, on ne fait plus rien, même pas soigner les vieux...

On a déjà assez de mal avec "Tu ne tueras point" pour savoir si avorter c'est tuer, puis savoir si... c'est tromper.

Alors "nuire"... autant lire Kant.

Un cas pratique : ma belle-soeur a failli mourir car, atteinte d'une tumeur cardiaque maligne foudroyante, aucun chirurgien ne voulait prendre le risque de l'opérer ni de commencer une chimio lourde sachant qu'il avait de grosses chances de la tuer ou de lui pourrir les quelques semaines estimées avant que tout ne soit obstrué.
Heureusement elle a trouvé à São Paulo un médecin avec assez de réputation et de confiance en lui pour tenter un traitement nouveau et très fort venu de Houston... qui a marché. En trois mois la tumeur a été divisée par 10 et devient opérable, elle a des chances sérieuses de s'en sortir et se sent beaucoup mieux.

J'ai bien peur que ce principe moral ne fabrique une société "morale" et bien-pensante qui regarde mourir son prochain, et qui perçoit toute personne qui dénonce cela comme un donneur de leçons.
Un peu ce que reproche SR à Cali dans un de ses commentaires.

Jean-Dominique Reffait

Alex, je laisse volontiers Freud que je n'ai jamais adopté qu'avec beaucoup de méfiance, contrairement à ce que je puis vous laisser paraître.

Je ne veux pas quitter le fil du billet de Philippe, qui nous entraîne déjà fort loin.
Nous sommes donc d'accord sur le fait qu'une éthique, nécessairement située dans le temps, dans l'espace, qui est perméable aux situations particulières des individus et des sociétés ne peut qu'aller vers une anarchie des moeurs si elle n'est pas consubstantiellement liée - et de manière transcendante - à un principe moral universel qui constitue sa seule source. Je ne balaye pas l'éthique, chacun se doit d'en avoir une, mais à la condition nécessaire que cette éthique particulière soit adossée aux principes moraux universellement admis.

Sans cette nécessaire transcendance morale, l'éthique devient un catalogue privé de valeurs éparses. Les bandes ont leur éthique, Fofana a son éthique, les terroristes ont leur éthique. Sans définition de principes moraux universels, chacun fait sa soupe dans son coin, elle est bonne ou infecte mais on s'en contente.

Le ressentiment, vous avez raison est la barrière morale à l'origine des entorses continuelles aux principes moraux et cela rejoint le coeur du billet. Mais cela n'infirme pas pour autant la validité du principe moral. Je puis éprouver un grand sentiment d'injustice, de frustration, de jalousie et être donc tenté de m'affranchir de principes moraux qui m'enferment dans cet état : toutefois je refuserais de m'avilir au point de rejeter tout principe moral et tenterais donc d'établir un équilibre entre mon éthique fondée en morale et la transgression que je pense nécessaire pour sortir de mon ressentiment.

L'affaire du juge Keil, évoquée ici, est très révélatrice de cette attitude. Face à une montagne de dettes et d'échecs personnels, une personne va tricher dans la limite de son besoin immédiat, sans aller au-delà. Parce qu'il est pénétré d'une éthique fondée en morale, le juge Keil n'a pas cherché à s'enrichir pour s'enrichir, au dépens de toute déontologie, mais il a triché pour sortir de son ressentiment, sans se départir de son sens moral.

C'est ce qui manque à ces jeunes qui sont gratuitement violents : ils ne sont évidemment pas moraux, mais ils ne sont pas immoraux, ce qui sous-entendraient qu'ils se situent consciemment dans le Mal. Ils sont amoraux et n'ont aucune conscience de principes moraux collectifs, même si, par ailleurs, ils ont une éthique : les mêmes qui tabassent sans raison un quidam seront les premiers à vilipender leur soeur si elle est habillée trop sexy. C'est en cela que je dénonce les dérives d'une éthique déconnectée des principes moraux. C'est en cela que je salue le retour, a minima, de principes moraux tels "Ne pas nuire", car si l'on ne peut pas demander à une population de se taper Kant ou Benjamin Constant, on peut rappeler quelques principes simples et universels.

J'ai suivi, in illo tempore, un cycle de conférences de René Girard sur le désir, appuyées sur Proust (que je n'avais pas lu à l'époque...). Je souscris à sa critique de Freud sur le désir.

Laurent Dingli

"ordures bienfaisantes", jolie formule, cher Aïssa Lacheb-Boukachache.

Alex paulista

J'aimerais revenir sur les violences gratuites et le désir mimétique (Aïssa, vous êtes payé, vous ne rentrez pas dans cette catégorie).
Ces violences sont gratuites si on les considère comme un désir d'avoir, alors qu'elles sont au moins autant un désir d'être. Plus concrètement, le but n'est plus tellement de posséder un bien, mais devient un manège à trois entre l'acteur, la victime et un tiers qui fait office de miroir. Ce tiers peut être constitué par une bande, mais aussi par les médias qui jouent le rôle pervers de diffuser l'image du criminel comme de la terreur qu'il génère, avec les surnoms adéquats.

Il n'y a donc pas de violence gratuite, la plus gratuite imaginable sera quand même pour se renvoyer l'image à soi-même qu'on est capable de violence gratuite. Soi-même c'est un peu juste, du coup on se filme avec un portable, on diffuse sur internet. C'est le happy slapping.

A l'heure des médias à sensations et des politiques qui utilisent la peur, on conçoit le cercle vicieux dans lequel on rentre.

Fofana et la société en redemandent. Plus de spectacle !

On est très loin du rationalisme. Celui-ci ne sert qu'à presser toujours plus le travailleur pour faire une industrie parfaite, que les actionnaires jouent ensuite à la roulette comme André Citroën.

Quant à la future catastrophe climatique qui s'annonce, les comportements n'évolueront pas rationnellement non plus, exactement comme le simple individu sait qu'il va mourir mais ne le croit pas.

Je vous laisse, je dois gagner ma vie à optimiser les harnais des chevaux fous de la finance avec lesquels on va s'envoyer dans le décor...

Aïssa Lacheb-Boukachache

Voyez-vous, mon cher PB, vous qui êtes procureur, accusateur public, je vous fais une réelle confidence qui vous donnera, je l'espère, à méditer longtemps: J'ai la certitude maintenant, la conviction désormais, le sentiment le plus fort qui soit, après observation, exercice et comparaison, que j'étais moins malfaisant, infiniment moins malfaisant, quand je braquais des banques que depuis que je suis soignant infirmier en institution gériatrique exerçant comme on me le demande et impose ma profession ... Jamais je n'ai ressenti avec une telle violence cette impression sordide d'être un pourri de chez pourri et pourtant on me félicite, on me paie, je suis devenu honnête, je ne transgresse plus la loi, j'accomplis au possible mon travail, je paie mes impôts, il ne viendrait à l'idée de personne aujourd'hui de me mettre en prison pour mon travail accompli selon les règles et moyens dispensés par la Nation ...


Aïssa.

Aïssa Lacheb-Boukachache

Revenir sur le «pas nuire et rien de plus» dont j'ai dit toute l'absurdité en mettant l'accent plutôt, pour rejoindre un tant soit peu ces chers Jean-Dominique et Alexandre en leur discussion intéressante quoique trop théorique pour trouver une quelconque application concrète immédiate en la société, sur cette autre parole tirée des Evangiles «Vous croirez faire bien et vous ferez mal et inversement ...» … Cette parole biblique réduit à néant le propos précédent en ce sens qu'elle pose d'emblée que ce que nous penserons bien ou mal ne sera pas forcément ce que nous en penserons et que les choses des interactions humaines ne sont pas aussi simples et évidentes que d'aucuns le disent en leurs conclusions … Cas concret: Depuis deux ans -et j'en ai ma claque- je suis soignant au sein d'une institution dite de retraite, une maison à cet effet. Je puis donc penser légitimement et en toute honnêteté vis-à-vis des autres et de moi-même que je ne -au moins ça- nuis pas. Et pourtant, seul soignant infirmier quoique je n'aime pas ce dernier terme et j'ai dit pourquoi mais en l'occurrence il me permet d'exclure les aide-soignants et autres personnels de service qui participent du fonctionnement quotidien de l'institution, seul soignant infirmier donc lorsque j'y prends mon poste, j'ai à moi seul, en ce domaine des soins infirmiers, donc en théorie du bien, du «ne pas nuire», la responsabilité d'environ 100 personnes âgées, hommes et femmes confondues, malades à peu malades, grabataires à très grabataires voire «légumes» (qu'on me pardonne l'expression mais c'est la plus explicite), désorientées, confuses à démentes voire très démentes, etc. Moi seul professionnel paramédical en ces choses du «ne pas nuire» en cet endroit. Et pourtant … C'est une maison publique, donc en théorie où la Nation est impliquée et investie et me délègue en ces choses son pouvoir et ses moyens. Je ne puis donc, ne suis censé faire que le bien; autrement je serais un maltraitant, malfaisant voire un criminel … Mais cette délégation et ces moyens publics sont tellement inadéquats, réduits, comptés, restreints, absents, définis en théorie comme une loi précise dont aucun décret d'application ne permet en rien ou à peine de l'appliquer, qu'il ne m'est donné d'autre possibilité que de faire mal dans ce bien que je penserais et affirmerais faire et opposerais ainsi à tous qui m'interpelleraient en ces actes, s'il ne m'était donné cette faculté personnelle de m'observer à chaque instant et de me «juger». Je n'entrerai pas dans des détails qui seraient sordides et plus que cela pour appuyer ma démonstration, c'est inutile mais on aura compris, je suppose ou deviné, on aura déjà vu des reportages sur ce sujet à la télévision, entendu, lu des témoignages … Ainsi, on pourra affirmer que c'est l'institution et par delà elle la société entière qui me met en situation de ne pas nuire mais de faire mal … Et effectivement, je ne nuis pas mais je fais mal, je ne puis pas faire, ainsi que toutes et tous mes collègues des institutions gériatriques de ce pays, autrement que mal. Nous sommes -et je pèse mes mots- devenus des «ordures bienfaisantes» et la société entière manifestement y trouve son compte puisque que souvent elle nous félicite et dit que nous accomplissons la plus belle mission qui soit, le plus beau métier du monde ... D'où le «vous croirez faire bien et vous ferez mal et inversement ...». «Inversement ...», justement, qu'est-ce? qu'est-il? qu'est-elle cette inversion singulière? que serait-elle? En cet exemple précis, par exemple, mais il en est d'autres, innombrables puisque tout serait -et a priori avec vérité- ainsi … Je crois que c'est la question la plus dure qu'on puisse poser et y répondre serait déjà mettre des mots à cet endroit comme on pose enfin une équation mathématique avant de la résoudre.


Aïssa.

Didier

Monsieur Bilger,

Les deux "philosophes" auxquels vous vous référez ne peuvent pas être jetés d'un revers de la main. Pas par leur insignifiance ou la pauvreté de leur pensée, mais parce qu'ils représentent un sommet dans l'évolution de la pensée libérale. Ils ont atteint la conclusion logique de cette révolution des moeurs, des esprits, des idées et de je ne sais quoi d'autre.
Avec eux, la religion n'a vraiment plus rien à faire. Avec eux, le socialisme ne peut plus libérer. Avec eux, les défenseurs de la finance mondiale ont une place légitime dans le monde. Ce sont ceux qui relient les gens. Avec eux, nous sommes de retour dans le libéralisme le plus pur, celui qui a lancé la révolution industrielle.
Ils sont dans l'air du temps. Ils reflètent la pensée de la gauche et de la droite en une seule phrase. Ils sont des chambres d'écho de la société actuelle.
Vous avez raison. Ces gens doivent être écoutés. Ils nous racontent nous et notre monde.
Cela donne tous les pouvoirs à l'argent. Cela donne l'illusion atroce d'une liberté seul dans son coin. Cela donne toutes les violences réciproques pour résoudre des conflits dont on a oublié une façon de les résoudre. Cela donne tout pouvoir aux tribunaux et à l'Etat pour réguler tous nos actes et savoir lesquels sont inoffensifs pour les autres.
J'ai sérieusement envie de considérer le succès de tels auteurs comme l'acte de décès de la philosophie occidentale. Socrate est mort.
Quelqu'un a traité cette "pensée" dans de petits ouvrages clairs et concis. Je vous recommande Jean-Claude Michea. Il examine l'origine et les conséquences des idées analogues à ces auteurs.
Ma première réaction à votre texte était dans le site de Marianne2. J'ai été un peu plus sec. Voir cette pensée s'étaler m'a choqué. En plus, j'ai oublié de situer l'argent dans cette histoire. L'argent en devient la vie, la liberté, la réalisation de soi, etc...

Surcouf

@Ludovic
Merci à Alex Paulista et à J.D. Reffait pour la qualité de leur match philosophique. Mais qui est le vainqueur ?

Mais le lecteur bien évidemment, qui se délecte de cette joute amicale.

Alex paulista

Cher JDR
Je comprends enfin ce que vous voulez dire, et je suis assez d'accord en fait. Sauf sur quelques points. Vous êtes très freudien…
Et j'aimerais revenir sur la violence gratuite, la montée d'un nouveau type de Mal, que Philippe Bilger n'a pas évoquée par hasard à la suite de cette recherche de principe moral.

Einstein, pour moi, n'est surtout pas un philosophe. C'est parce qu'il a su faire abstraction de la philo qu'il a pu voir ce qui aurait dû crever les yeux de tout le monde: si on veut que les lois physiques soient égales dans un train en mouvement uniforme, notamment que la lumière se propage à la même vitesse, il faut que le temps dépende de la position. Quand il a commencé à se sentir sûr de lui et qu'il a dit que pour lui "Dieu ne joue pas au dés", il a dit sa plus grosse bêtise, comme tout bon physicien qui conjecture sans expérience. Car la réalité n'a pas souvent le bon goût de correspondre à notre imagination.
La science moderne n'est pas miscible avec la philosophie, où très vite on arrive à dire que la Mécanique Quantique, en faisant passer un électron par deux trous en même temps, à contribué aux septicémies évoquées par Aïssa. Les déconstructionnistes nous font à peu près ce type de raisonnement à partir des systèmes mathématiques indécidables.

Si je conçois comme vous que le principe moral est nécessaire en ce qu'il structure l'individu (le moi/surmoi comme dirait Sigmund), on ne peut pas faire l'impasse de l'éthique car
- le principe moral ne rend pas compte de certains dilemmes complexes. Il doit être dépassé. Je vous citais le fils prodigue en exemple de principe moral de l'époque dépassé par le christianisme.
- la société, la justice, dans la pratique, n'a pas à juger des intentions (souvent inaccessibles) mais des situations réelles établies par des faits. C'est là que les anglo-saxons nous diffèrent par leur intérêt pour la philosophie pragmatique. Il serait temps de nous y intéresser, au risque de les voir rester spécialistes du faire, et nous de commenter. Dans cette perspective les défauts de l'éthique deviennent des qualités. C'est orienté vers la décision, vers l'action.

Quand au nouveau type de Mal qui monte, c'est celui du ressentiment. Contre lui, on sait que le principe moral a échoué à l'endiguer au sein de l'individu. Les exactions commises sont clairement identifiées comme mauvaises par les criminels, ce n'est pas un problème qu'un nouveau principe moral résoudra.
La raison ne peut pas grand-chose contre ce ressentiment qui imagine, invente.

J’aimerais vous inviter à laisser un peu Sigmund, son Moi (et son obsession pour le sexe an alpha et omega de tout), pour appréhender René Girard et sa théorie du désir mimétique. L’envie d’un objet est en fait l’envie du sujet d’être ce qu’il imagine qu’est une personne qui possède l’objet.
Cette théorie qui débouche sur le bouc émissaire est un outil à mon sens plus puissant pour comprendre notre société que celle de Freud bâtie sur les frustrations sexuelles et les névroses du 19ème. Elle la complète sur certains pans capillotractés, à mon avis.
Girard, je trouve, est le penseur moderne le plus fécond.

Ludovic

Merci à Alex Paulista et à J.D. Reffait pour la qualité de leur match philosophique. Mais qui est le vainqueur ?

Jean-Dominique Reffait

Alex, je pense que vous lisez une ligne sur deux, ou que je n'écris qu'une ligne sur deux, d'où les malentendus... Je n'ai pas écrit les mots de relativisme ni de relativité car telle n'était pas ma pensée à propos d'Einstein. Einstein se situe à la jonction de ce qui a confondu science et philosophie. Pour faire court, il serait le premier post-moderne.

Les principes moraux ne sont pas rationnels, ils sont admis par la raison (Kant y a consacré 700 pages, je ne vais pas y revenir). Tragédie anglo-saxonne des réductions scientifiques des années 60 à la psychologie et qui, justement, avec les errements PNL et consorts, a abouti au triomphe de l'éthique sur la morale.

Là où j'ai fait un raccourci malheureux, c'est dans le rapprochement avec les dix commandements, pour faire court. Les dix commandements sont un code éthique et non des principes moraux. Le principe moral ne peut se réduire à un libellé, il s'agit d'un mécanisme dialectique entre l'intention, la causalité, la finalité et un acte.

"aucune éthique satisfaisante ne peut se baser sur l'application d'un principe purement rationnel". 100% d'accord à la nuance près que justement, l'éthique est la rationalisation prétendue de la morale réduite à l'acte. C'est ce qui définit l'éthique en tant que mode d'organisation du comportement, déconnecté des intentions. Exemple très parlant pour chacun : la bio-éthique. Comme on ignore les intentions des chercheurs, on établit un processus téléologique qui substitue la conséquence supposée à l'intention, ce qui est une inversion morale. On ne part de l'intention qui initie un acte et qui induit ses effets. On part des effets supposés pour déterminer quels actes sont admis, sans se préoccuper des intentions bonnes ou mauvaises.

Je n'ai évidemment pas dit que le Christ faisait fi des philosophies grecques et latines : je galègeais sur le fait que vous ne remontiez pas plus haut - et plus fondamentalement - que le Christ qui manipulait suffisamment de latin pour faire des calembours (tu es Petrus...).

Par rapport à la règle éthique du refus d'avortement, je faisais court là aussi, trop sans doute : il s'agit d'établir une hiérarchie entre un principe moral, qui n'est pas une loi, et un principe éthique qui interdit ou contraint. Un principe moral ne recèle aucune contrainte, aucune sanction : il s'énonce et s'admet. Il n'a aucune portée téléologique, il n'a pas de finalité externe, son énoncé est sa finalité. En découle une somme de comportements individuels ou sociaux qui forment l'éthique, d'où proviennent collectivement les lois, et individuellement les consciences d'interdit, d'autorisé, de récompense et de punition, jusqu'au tabou.

Pour revenir au propos de Philippe, il s'est passé que, justement, la rationalisation réductrice des post-modernes a abouti, d'un côté à un formidable essor des mathématiques, parties à la conquête des arts, de la musique, de la philosophie logique, mais de l'autre à une contamination de la morale et, surtout, du libre-arbitre. Alors que le principe moral doit être à l'origine de toutes les déductions comportementales individuelles ou collectives, cette tendance a annulé cette nécessité de recourir au principe moral parce qu'il semblait alors possible de construire une éthique sans morale (je fais court), du moins en s'exonérant des contraintes dialectiques de celle-ci grâce à la rationalité logique. D'où la dictature apparemment rationnelle qui en découle. Ainsi le principe moral qui célèbre la vie est-il déconstruit dans sa dialectique complexe au profit de règles éthiques multipliées et contraignantes : euthanasie, avortement, contraception, etc. (Notez qu'en parlant de dérive éthique, je ne porte pas de jugement de valeur sur le bien-fondé, mais la dérive est celle qui substitue l'éthique seule à la morale)

Et donc, le retour du principe moral simple, "ne pas nuire" par exemple, constitue une résurrection certes minimaliste mais symboliquement forte de la construction dialectique du principe moral, lequel avait disparu.

Moins de 20 pages avais-je dit...

Alex paulista

J'essayais de penser quel philosophe a le mieux décrit ce que Philippe Bilger appelle la violence gratuite.
C'est probablement Kant et sa théorie du ressentiment, le Mal Radical. Face à sa capacité d'imagination on ne donne pas cher d'un quelconque principe rationnel.

Je crois avoir lu un article qui montrait comment cette théorie épousait à merveille la dialectique des terroristes.

Alex paulista

Cher Jean-Dominique Reffait

Vous confondez tout:

- relativisme et relativité: vous ne revenez pas là-dessus, je pense que vous avez perçu l'absurdité de votre amalgame.

- philosophie sociale et "nouvelle" philosophie...
Ce qu'on appelle philosophie sociale ou philosophie morale est plus répandu outre-Atlantique. A la suite des différentes théories de justice sociale (celle de Rawls est connue) pour donner un cadre rationnel au capitalisme moderne et à la prospérité qui en découle, de nombreux chercheurs, cogniciens, épistémologistes (...) se sont penchés sur des problèmes de logique pour essayer de définir des principes moraux. A chaque fois qu'ils en trouvaient, ils trouvaient sous peu un paradoxe qui demandait une exception à la règle. La conclusion unanime est qu'aucune éthique satisfaisante ne peut se baser sur l'application d'un principe purement rationnel. Autrement dit toute règle appliquée d'une manière purement logique aboutit à une atrocité, et on ne peut qu'essayer d'apporter des réponses au cas par cas.
Ces conclusions sont le fruit d'échanges entre logiciens, parfois à l'aide de formalisme pour assurer la rigueur. Vous voyez, on est plus près de Sokal et Bricmont que de BHL, et tout ce que vous ne connaissez pas n'est pas équivalent.

Quant à la morale chrétienne, elle est très inspirée (jusque dans son idiome, l'araméen) des penseurs grecs. Elle en diffère car n'est pas construite autour d'un rationalisme mais autour du concept d'Amour.

Quant à dire d'un côté que le christianisme est l'application directe de règles simples (tu ne tueras point) puis que le refus de l'avortement est une dérive éthique, c'est illogique. En l'occurrence c'est justement parce que le christianisme nous apprend à considérer le problème dans son ensemble que l'on peut, en bon chrétien, se poser en nous-mêmes la question du droit à l'avortement. Même si l'Église est opposée à ce droit aujourd'hui.

Enfin, vous associez le concept d'égalité au Christ, après avoir dit qu'il faisait fi de tous les penseurs grecs. Il me semble que là encore vous faites un contre-sens, l'égalité étant un concept des Grecs, repris et dépassé par la morale chrétienne.
Le retour du fils prodigue est un exemple de ce que l'Amour est plus important que la justice dans la pensée chrétienne.

Entendez bien que je ne dis pas qu'il n'y a pas un Bien et un Mal (ça c'est Nietzsche qui le dit), je dis que selon les chrétiens la distinction ne se fait pas en appliquant des tables de loi. Ce serait bien pratique mais non.

Tout cela n'est pas pour vous convaincre, mais juste pour clarifier tout ce que je trouve illogique dans vos propos. Paradoxal pour quelqu'un qui croit tant dans le rationnel !

Vous trouverez quelques références sur la philosophie morale au lien suivant:
http://www.ccic-cerisy.asso.fr/philomor98.html
R. Ogien y participait, même si je connais mieux le contenu de l'intervention de Jean-Pierre DUPUY: L'éthique est-elle rationnelle?
En gros c'est NON.

Cordialement

Jean-Dominique Reffait

Cher Alex Paulista,

On me dit également qu'un faux Alex Paulista sévirait sur ce blog, professant, vous allez rire, de revenir aux bases du christianisme et de faire fi, adonc, de Socrate, de Platon pour ce qu'il en reste, du stoïcisme et de l'aristotélisme. Méfions-nous des zuzurpateurs, Alex !

Le même Alex Paulista, le faux, pas vous, va jusqu'à affirmer que la philosophie sociale (ach ! Concept creux s'il en fut) a démontré plein de choses depuis 50 ans. Je suppose que vous êtes mort de rire comme moi ! Vous savez comme moi qu'une philosophie non systémique ne peut être, au mieux, qu'un conglomérat d'observations sans causalité première et sans finalité dernière. C'est ce qui a fait que la philosophie des 50 dernières années s'est éparpillée en pseudo-sciences sociologiques, psychologiques et autres politologies en grand nombre qui s'affairent dans leur monde clos sans éprouver de complexe à l'égard d'une globalité insaisissable. Et la nouvelle philosophie est à la pensée ce que le nouveau roman est à la littérature : un tabouret comparé à un fauteuil Louis XV.

Hélas, la bouillie infâme est le travers congénital de ceux qui furent à l'école de Spinoza, de Leibniz, de Kant ou pire, d'Hegel ou d'Heidegger, qui s'y entendaient en matière de bouillie indigeste. C'est pas sexy la philo.

Bon, que je sache, la pensée de Kant n'a jamais provoqué la moindre crucifixion et un principe moral n'est pas une règle collective mais un principe admis par chacun. Le cambrioleur est porteur du principe moral et sait que ce qu'il fait est mal : il ne transgresse pas le principe moral dont il sait la validité puisqu'il accepterait mal lui-même d'être cambriolé. Il transgresse la règle collective, peu ou prou issue du principe moral (mais sans lien nécessaire avec celui-ci) et c'est cette transgression de la règle qui lui vaudra la crucifixion. Et c'est justement la dilution de la morale dans l'éthique qui vaut à nos sociétés une telle inflation de fausses valeurs édictées en lois. Ne mélangeons pas les concepts : un principe moral n'est pas une loi même s'il peut être, accessoirement et à la marge, toujours à la marge, à l'origine de celle-ci.

Enfin, concevoir la doctrine du Christ comme une éthique et non comme une morale : ah non ! Si le Coran est lui un véritable code d'éthique, avec les problèmes inhérents à son histoire, sa sociologie comparée à l'évolution des sociétés modernes, le message du Christ est absolument intemporel et universel, il réside dans des principes moraux simples et forts que chacun peut admettre, même celui qui n'en applique aucun, en dehors de toute croyance. Là encore ne confondons pas : l'énoncé du droit des hommes à vivre également est un principe moral, le refus de l'avortement est une dérive éthique. Et c'est cette éthique qui est dictatoriale, répressive, qui alimente les bûchers, pas la morale.

Alex paulista

Et je suis bien d'accord avec Denis Monod-Broca : plutôt que proférer des âneries, autant revenir aux bases du Christianisme.

Avec 2000 ans d'avance, JC nous prévenait que toute règle appliquée absolument comme une loi extérieure aboutissait à crucifier des innocents.
La vérité est intérieure, et sur cet aspect le concept d'éthique (essayer d'évaluer ce que les gens pensent être le Bien sur un sujet précis sans chercher à totaliser ni globaliser) est très chrétien.

La pierre de touche est en nous, et pas dans des règles bidon (fussent-elles édictées par le Ministère de l'Identité Nationale)...

Alex paulista

Jean-Dominique, faites attention.

Quelqu'un utilise votre pseudo pour produire une bouillie infâme mêlant Nietzsche, Freud, Sartre, Nintendo, même Einstein (mais que diable fait-il dans cette galère, est-ce la sonorité de "relativisme" ?).
Il croit qu'on fait de l'éthique par plaisir et voudrait passer la réalité à la moulinette pour la réduire à quelques principes moraux universels, des petites recettes bien pratiques pour que les enfants du 21ème siècle se massacrent poliment comme leurs grands-parents.
C'est faire fi de tout ce que la philosophie sociale a démontré pour sûr depuis 50 ans, revenir aux erreurs (pas uniquement) socialistes.
Le tout en pestant contre l'acculture ambiante, et menaçant d'en faire 20 pages...

Jean-Dominique Reffait

Je reviens au fond du sujet, quoique tardivement : je suis lent pour ce qui nécessite une construction philosophique compréhensible en moins de vingt pages...

A la lecture des commentaires, je redoute un contre-sens, induit, il est vrai par le qualificatif de morale de "pauvre".
Je vais donc, très rapidement, essayer de décrire ceci :

Une morale de pauvre vaut mieux qu'une éthique de riche, et je m'explique.

Le XXème siècle a consacré la mise à mort de la morale philosophique, initiée par les géniales intuitions de Nietzsche, vérifiée par Einstein, Freud et incinérée par l'existentialisme sartrien. Disparition de la métaphysique des moeurs, disparition des concepts absolus de Bien et de Mal, submergés par le relativisme individuel qui substitue à la Morale des comportements relatifs et incohérents entre eux sous le nom générique d'éthique. Si la morale, au sens kantien, est absolue, valide à toute époque et en tous lieux, l'éthique est un assemblage de règles circonstantielles qui se multiplient exponentiellement à raison des conforts individuels ou collectifs, sans nécessité de passer par la Raison et l'Universel. Les religions, qui servaient tant bien que mal de socle à un corpus moral cohérent, n'ont plus prise sur une société atomisée et acculturée et les individus sont laissés à l'état de petits singes dans un enclos, bien obligés de se déterminer des règles conjoncturelles sans lien nécessaire entre elles mais qui permettent de ne pas se marcher sur les pieds en permanence. C'est ainsi que se multiplient les "valeurs", occasionnelles et à géométrie variable. Les valeurs de la République, par exemple, sont aussi indéfinies que fluctuantes et les individus sont égarés dans un enchevêtrement de règles que l'on pare des vertus d'une valeur pour les rendre admissibles par nécessité, sans avoir le besoin de les démontrer. Les règles portent sur les actes (rouler à 200 km/heure est mal, sur une autoroute indistinctement déserte ou fréquentée) et non sur les intentions ou les conséquences. S'ensuivent une accumulation de règles "déraisonnables" en ce sens qu'elles ne se fondent pas sur la raison mais sur l'immédiateté de leurs conséquences supposées. Personne ne peut s'y retrouver et le pauvre en esprit moins que tout autre.

Ce qui est proposé par ce retour au "primum ne nocere" (D'abord ne pas nuire) d'Hippocrate, ne constitue pas, comme je le lis ici, à une réduction de la morale, laquelle a disparu au profit de l'éthique, mais à la réhabilitation de la morale dans son fondement primitif : les dix commandements. Les règles morales sont, par définition, universelles dans le temps et l'espace, elles ne subissent pas l'altération des modes, des circonstances sociales et économiques : elles valent pour le papou et le PDG du Nasdaq. Cette universalité dépouille la morale de toute la gangue parasite de l'éthique pour revenir à quelques concepts élémentaires (élémentaire compris comme "élément constituant" et non comme simpliste) qui sont nécessairement en petit nombre pour être valides pour tous.

Car rien ne saurait être plus simple à énoncer et plus compliqué à mettre en oeuvre que cette notion de "ne pas nuire". Certes, au lieu de passer au crible une infinité de règles éthiques, mâtinées de lois et de sanctions qui les encadrent, les actes sont confrontés à une simple question "Est-ce nuisible ?". Cette simplicité apparente fait bloc, elle fait barrage mieux qu'un milliard de règles éthiques et de lois circonstantielles.

L'exemple suivant concernant la liberté d'expression est évidemment incidente à la prémice "ne pas nuire". C'est l'acte qui doit être estimé au prisme de la nuisance ou non, et non pas le cheminement éthique qui prétend tout lier depuis une intention extérieure jusqu'à un acte délictueux. Notre société s'est accordée des alibis commodes : si j'ai agi ainsi, c'est en raison de ce qui a précédé mon acte et qui est l'oeuvre d'autrui. J'ai joué sur ma Nintendo et j'ai donc tué ma voisine, je partage la responsabilité du crime avec Nintendo, voire c'est Nintendo qui a eu l'intention du crime et je n'étais que son bras armé. Un comité d'éthique ad hoc statuera sur les censures à apporter à Nintendo pour qu'il n'incite plus au crime.

La proposition vise donc à une inversion salutaire qui n'est pas, à proprement parler, l'avènement d'une morale de pauvre, mais de la morale universelle.

Imaginons deux entonnoirs : le premier, celui avec lequel nous vivons aujourd'hui, voit s'entasser dans sa partie large tout un fatras de règles désordonnées, circonstantielles et ces règles qui forment l'éthique, nous devons les compresser pour en faire sortir un acte simple, acceptable par la société au regard de la purée éthique que nous y avons introduit. Personne ne disposant de tout le corpus éthique, le risque est grand que l'acte qui sort de cet examen partiel et aléatoire des règles aura des effets néfastes.

Le deuxième entonnoir se présente à l'envers : une règle morale simple, "ne pas nuire" par exemple, entre par le petit bout simplement, sans triturage, sans inconfort. Il en ressort, par le bout le plus large tout le champ des actes possibles au regard de cette simplicité morale introduite a priori. Mes actes ne sont ainsi pas nuisibles puisque le matériau initial contenait cette prémice.

J'ai fait aussi court que possible...

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