Il ne faudrait pas que le
silence sur l’affaire Fofana et ses suites me soit rendu trop insupportable par
ceux qui continuent d’écrire et de parler comme s’ils les connaissaient. Ainsi,
Alexandre Adler, un grand esprit pourtant, qui dans sa chronique du Figaro
croit être habilité à nous dire « ce que révèle l’affaire Fofana ».
D’emblée, une erreur grave. Adler affirme que Fofana aurait « peut-être pu
être condamné plus lourdement » si on avait tenu compte de son
comportement et de ses propos à l’audience. Or Fofana a été condamné à la peine
maximale et à la mesure de sûreté la plus longue que la loi permettait au
regard des crimes qui lui étaient reprochés. Une telle inexactitude manifeste
qu’on veut faire passer ce qu’on pense avant ce qu’on a l’obligation de savoir.
L’intellectuel a-t-il par principe le droit de s’exprimer sur tout ? Et même dans son champ de compétence !
Au-delà d’Alexandre
Adler, cette interrogation m’est venue quand Frédéric Taddéï, dans une
interview, a défini l’artiste comme une personne qui devait être contre le
Pouvoir. Non pas forcément, bien sûr, contre le titulaire physique de celui-ci
mais contre les dominations et les contraintes qu’engendre le pouvoir. Je me
suis demandé si cette appréciation, assez souvent reprise, était pertinente.
L’artiste, dont l’activité est spécifique, singulière et évidemment détachée de
la sphère politique au sens commun du terme, est-il voué nécessairement à une
attitude de résistance et de défi à l’égard de l’Etat et sa puissance ? Il
me semble qu’au contraire, l’art constitue, achevé, un univers tellement riche
et autonome que son hostilité à l’égard du Pouvoir n’ajouterait rien à sa
plénitude. Un artiste véritable peut être conservateur dans ses principes et
génial, inventif dans sa création. J’entends bien que Frédéric Taddéï,
raisonnant de la sorte, rejoint une opinion commune qui a du mal à percevoir
que l’artiste, quand il crée, n’est plus qu’un artiste. Il n’est plus le
citoyen ou le consommateur, l’homme ou la femme de gauche ou de droite, il est
ce miracle qui fait surgir de ses tréfonds, par exemple, le JAMAIS VU. J’admets
qu’un artiste doit au moins ne pas se soucier du Pouvoir. Lui-même se situe
ailleurs.
C’est à mon sens une
sensible différence avec l’intellectuel. Ce dernier, s’il tient à rassembler
dans sa pensée et dans sa voix, toutes les problématiques d’une société, ne
peut pas s’abriter sous l’aile exclusive d’un Pouvoir. Puisqu’il est
précisément chargé, dans sa réflexion et dans son rôle, d’ouvrir toutes les
portes, d’emprunter, au moins virtuellement, tous les chemins et de boire à
toutes les sources. Et de choisir ensuite, s’il le désire. Un artiste amoureux
du Pouvoir ne perdra pas obligatoirement son talent, ses facultés créatrices.
Un intellectuel épris du pouvoir n’en sera plus un, ou alors d’une sorte
spéciale : plutôt un partisan par l’esprit qu’une intelligence ouverte à
tous, pour le bien de tous. On pouvait détester idéologiquement Sartre mais il
n’empêche qu’en dépit de ses outrances, en le lisant, en l’écoutant on était
obligé de composer avec lui. Trop proche des puissants, l’intellectuel ne peut
plus être, pour la société tout entière, cette personne avec laquelle on doit
compter, qui est devenue indispensable. L’intellectuel exemplaire, c’est celui
auquel on ne peut se soustraire, fût-ce par l’hostilité qu’il inspire.
L’artiste,
l’intellectuel. Au fond, il y a une solitude de l’un quand l’autre n’a pas le
droit de penser sans avoir tous les hommes dans sa tête.
Alexandre Adler m’a mené
bien loin de lui.
Il faut dire qu’Adler prend souvent ses rêves pour des réalités ; rêves qui ont la fâcheuse habitude de se transformer en cauchemars - du moins, telles peuvent être ses prévisions ou plus exactement : ses prophéties -, chez quiconque (Peuple ou Etat) ne partage pas ses analyses et ses options toujours supposées porter la marque du bon sens, ou bien lorsque le bâillement irrépressible d’un de ses interlocuteurs vient perturber son exposé d’oracle.
A ce sujet, il serait bon de préciser qu'Adler a dans sa musette de chasseur d’audience, autant de discours que d’interlocuteurs même si… in fine, le message est toujours le même (1) - entendez : l’Occident (Europe, USA et Israël) c’est bien (et plus encore lorsque c’est “la droite” qui conduit les affaires de la planète) ; le reste du monde et la gauche, c’est caca.
Autant pour l’objectivité, ou à défaut, pour l’honnêteté du point de vue de tous ces « experts » dont les analyses nous renseignent davantage sur les intérêts et sur l’idéologie (2) qu’ils servent et défendent que sur tout autre sujet d’actualité.
Péril islamiste – avant le péril jaune ? -, renégats sud-américains, gauche occidentale naïve, sinon pacifiste…
Circulez ! Y’a plus rien à voir ! Védrine n’a qu’à bien se tenir.
***
On serait vraiment tentés de souhaiter qu’un éditeur puisse un jour s’intéresser au “cas Adler” (et à d’autres cas similaires dont je tairai ici les noms - à charge pour les lecteurs de nous les dévoiler) ; on y côtoiera une indécrottable mégalomanie impénitente et récurrente accompagné d’un complexe de supériorité à peine contenu de la part de ce tâcheron de l’analyse géopolitique, un temps spécialiste des Pachtouns d’Afghanistan…
Mais… où est le rapport ? On se le demande ; d’autant plus que… ça lui a passé d’puis.
__________________________________
1 - dernière publication d'Adler : "Le monde est un enfant qui joue" chez Grasset & Fasquelle.
2 - Leur idéologie est la suivante : les gagnants doivent continuer de gagner, et les perdants continuer de perdre s’ils ne veulent pas se soumettre au diktat dit « occidental » quand on sait que ce diktat n’est déjà même plus celui des peuples de cet Occident tant décrié, mais bien celui d’une poignée d’élites économiques et financières sans visage, sans morale et sans frontières qui n'a plus de comptes à rendre à personne.
Rédigé par : Serge ULESKI | 24 août 2009 à 16:34
Chère Madame le secrétaire administratif,
Je cherche du boulot dans une préfecture.
Pouvez-vous me pistonner ?
Je me vois bien (un vieux rêve) amuseur public pour détendre les fonctionaires et régler les conflits entre les étages...
Rédigé par : jpledun@Véronique Raffeneau | 18 août 2009 à 12:44
@ Sylvain
Enfin quoi !
Parler de l'échec policier dans cette affaire est se gargariser dans de l'anti Sarkozy.
Or un journaliste, Alexandre Lévy, qui a écrit un livre "Le gang des barbares" sous-titre pourtant son ouvrage :
"chronique d'un fiasco policier".
Je n'ai aucune qualité, aucun savoir, ni aucune compétence pour juger du bien-fondé du propos de ce livre. Mais en tout état de cause son enquête, très documentée, a amené ce journaliste à poser très sérieusement la question de la pertinence de la stratégie policière retenue alors par la Brigade criminelle.
Je redis. Aucun procès d'assises ne pourra rattraper pour le compte du ministre de l'Intérieur d'alors le fiasco policier - je reprends le qualificatif employé par un journaliste 10 000 fois plus informé et documenté que moi.
Ce ministre de l'Intérieur devenu président de la République peut, comme nous l'avons vu, être on ne peut plus perméable à des croyances minables, comme celle de le génétique comme explication aux malheurs du monde, proférées par un avocat d'une partie civile qui a échoué à convaincre dans un prétoire, mais que vous le vouliez ou non, Nicolas Sarkozy ne peut pas dicter mot à mot un réquisitoire, et il ne peut dicter un verdict à la place d'un jury populaire. C'est ainsi.
Si vous souhaitez que cet état de fait soit transformé, faites le siège de votre député afin qu’il confie au président les pleins pouvoirs.
Par ailleurs aucun procès en appel des condamnations n'aura la moindre influence pour déstocker les 82 000 peines prononcées par des magistrats - les gauchistes dont vous parlez - et non exécutées par incurie gouvernementale, absence de volonté et excès d’indifférence du politique pour la question de l’exécution des peines depuis des années. Y compris les peines qui concernent les condamnations prononcées depuis le début de la présidence Sarkozy.
Des peines non exécutées, et quand elles sont aménagées qui restent non encadrées ou mal encadrées, sont une machine très sûre pour fabriquer de la violence, de la récidive, de la multi-récidive et de l'insécurité.
Et pour finir de vous démoraliser, sachez que la loi pénitentiaire en projet élargit les alternatives à la prison. En escomptant là aussi juste la mise en place "de bonnes pratiques" préconisées par le ministère de la justice.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 18 août 2009 à 09:30
@ Véronique Raffeneau
Arrêtez de vous gargariser avec les éternelles jérémiades : "si Sarko, Sarko ceci, Sarko cela..." Vous n'êtes plus crédibles, faites votre boulot au lieu de passer votre temps à vous pavaner et parader contre le pouvoir, appliquez les peines maxi, arrêtez de relâcher des bourreaux comme vous avez l'air de vous en réjouir si ce n'est jouir ; vous êtes responsables de votre chienlit judiciaire et les citoyens vous désignent comme les coupables, vous les humanistes sauce Badinter...
Rédigé par : SYLVAIN | 17 août 2009 à 16:54
" Sarkozy a eu raison d'intervenir pour changer cette décision de justice et a eu raison de dire que la délinq...génétiques " (Sylvain)
Eh bien, on se demande alors pourquoi Nicolas Sarkozy n'a pas usé de toute sa capacité persuasive et de toute sa force interventionniste comme ministre de l'Intérieur pour changer, quand il était encore possible de le faire, les policiers chargés de l'enquête au moment de l'enlèvement et de la séquestration d'Ilan.
Là il y avait peut-être une chance, peut-être infime, de protéger Ilan et de l'arracher à ses tortionnaires.
Dites-vous bien que cette tragédie est d'abord un échec policier.
Ce n'est ni le rôle, ni la fonction d'une cour d'assises d'assumer cet échec policier pour le compte du ministre de l'Intérieur d'alors.
Même si le président de la République obtenait mille procès et mille appels, il sera toujours trop tard pour arracher Ilan à cet enfer.
82 000 peines non exécutées, un ministre de la justice qui n'envisage qu'un très vague catalogue de "bonnes pratiques" pour espérer professionnaliser son administration pénitentiaire, croyez-moi, les multi, multi récidivistes dont vous parlez ont eu et ont devant eux des boulevards pour reproduire leurs forfaits.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 16 août 2009 à 10:51
tetuniçois a dit :
""...Et que dire de Sarkozy et de son intervention pour faire changer la décision de justice...
Cet avocat et Sarkozy se ressemblent puisque pour eux la délinquance ou la traîtrise sont génétiques...
Leur attitude est à vomir, à votre place j'aurais porté plainte......""""
Sarkozy a eu raison d'intervenir pour changer cette décision de justice et a eu raison de dire que la délinq...génétiques ;
Il a eu une attitude digne, cette attitude et ce sens de la justice que ne connaissent plus la majorité des magistrats avec leur idéologie gauchisante et permissive, leur laxisme pro délinquants et anti victimes.
Il n'y a qu'à voir ce qu'il ont fait du tribunal de Bobigny : une usine à multi multi.....multi récidivistes ; leur morgue et leur arrogance a perverti l'institution judiciaire ; honte à eux qui nous donnent envie de vomir, s'il fallait porter plainte c'est justement contre eux et leur supporter tétuniçois pour diffamation et calomnie...
Au passage je félicite les commerçants de Royan qui ont fait le boulot à la place des institutions prévues à cet effet, qui se cachent par lâcheté et baissent leur froc devant les délinquants comme d'hab...
Mais ce sera censuré ce que je dis là et que pensent des millions de gens qui n'ont plus du tout confiance en la justice.
Rédigé par : SYLVAIN | 15 août 2009 à 15:45
Je me permets de signaler à vos lecteurs les prises de parole de Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur et de Maurice Szafran dans Marianne en réponse à la tribune d'Alexandre Adler.
Ou comment la parole de deux intellectuels s'oppose et, parce qu'elle reste authentique, apaise.
Merci à eux.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 15 août 2009 à 10:09
Je voudrais juste réagir au commentaire de Têtuniçois.
Je veux redire qu'entre l'exigence de Nicolas Sarkozy et celle de Me Szpiner il aurait dû exister, normalement - dans le minimum du minimum de l'observation des obligations d'une pratique professionnelle basique -, la volonté du garde des Sceaux à s'imposer à elle-même une analyse du dossier, et un temps pour l'écoute de la position du procureur général de Paris.
Ce qui n'a pas été le cas de la part de MAM.
Par ailleurs un GDS on ne peut plus perméable à des considérations qui tiennent du plus grand obscurantisme intellectuel et moral, comme celui de l'invocation d'une prétendue identité génétique comme explication et comme vengeance aux malheurs du monde, ne laisse envisager rien de bon, quand ce même GDS acceptera dans l'instant de se plier à la seule injonction présidentielle, et/ou à celle de n'importe quelle sollicitation ou pression, quelle qu'elle soit.
Par son silence le GDS a AUSSI validé l'injure proférée par Me Szpiner.
Quant au président de la République.
L'échec policier dans cette affaire pouvait rendre on ne peut plus sensible le ministre de l'Intérieur qu'il était alors au moment de cette effroyable affaire.
Mais devenu président de la République, ND aurait dû faire preuve de distance, savoir dépasser et surmonter l'idée que ce procès ne pouvait pas, en aucun cas, et certainement pas à n'importe quel prix, rattraper, faire oublier et assumer pour lui l'échec policier. Lequel comme ministre de l'Intérieur était AUSSI le sien.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 10 août 2009 à 09:39
Monsieur Bilger, bien que n'étant pas du même bord politique, je tiens à vous exprimer mon plus profond soutien face aux insultes ignobles dont vous avez été victime de la part d'un avocat dans une célèbre affaire récente .
Et que dire de Sarkozy et de son intervention pour faire changer la décision de justice...
Cet avocat et Sarkozy se ressemblent puisque pour eux la délinquance ou la traîtrise sont génétiques...
Leur attitude est à vomir, à votre place j'aurais porté plainte.
Rédigé par : Têtuniçois | 09 août 2009 à 11:04
Oui, Cath, le blog de M. Uleski est si confus dans sa présentation et ses à côtés que l'on ferait presque comme Tintin dans "Les cigares du pharaon" (après avoir rencontré pour la première fois M. Figueroa (?) et accessoirement, c'est le cas de le dire, Henry de Monfreid) on y serait venu chercher des idées et on en repartirait avec une douzaine de slips en promo, une cage à oiseaux et un abonnement au NObs.
AO
Rédigé par : oursivi | 08 août 2009 à 18:04
@Serge ULESKI
Qu'est-ce que vous avez à voir exactement avec Le Nouvel Obs ?
Rédigé par : Catherine JACOB | 08 août 2009 à 16:34
Au sujet du procès Fofana...
Pour rebondir et à toutes fins utiles, merci de vous rendre à l'adresse suivante : http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/07/12/un-nouveau-proces-halimi-oui-non.html
Rédigé par : Serge ULESKI | 08 août 2009 à 12:18
Aissa, voilà qui va infirmer votre thèse du 2 août...
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/08/06/pour-marc-gentilini-on-assiste-a-une-pandemie-de-l-indecence_1226376_3244.html
étant assez d'accord avec B.Debré mais pas à même d'argumenter efficacement, j'attendais tel soutien avec impatience.
AO
Rédigé par : oursivi | 06 août 2009 à 20:35
peu soucieuse... on va y arriver (pan sur la truffe de l'ours)
Rédigé par : oursivi | 06 août 2009 à 15:37
Alex est effectivement un homme bien prévisible. Toujours du côté du manche, communiste pro parti quand on ne pouvait gagner ses galons d'intellectuels de rang A sans y être (son "maître" Louis halte tu sers doit s'en retourner dans sa camisole) affilié, puis gauche douce quand elle eut le vent en poupe, puis passage du Monde au Figaro et ralliement au monde le plus libéral quand celui-ci devint le grand axe du monde décisionnel et le côté où étaient réfugiés argent et pouvoir sans limite.
Les intentions réelles de son papier sont-elles si complexes que cela ?
Pas si sûr.
Me revient un débat, chez Taddéï justement, où opposé à Ramadan la double langue (comparer ses prises de position en large public et celles devant un public de convaincus est assez sidérant), il ne voulut condamner le déséquilibre des morts dans les conflits récents entre Israël et ses adversaires accréditant la thèse que pour lui un mort juif ne pèse pas du même poids qu'un autre. Alors effectivement, les vingt-deux années de sûreté de Fofana comparées à l'éternité subie par le pauvre Halimi doivent lui sembler bien légères. Bon, cela dit, dans le fond je l'aime bien le gros, mon philosémitisme sans doute, sa culture de cacique « ulmien » me bluffera toujours, et ses incapacités à raisonner dès qu'il doit intégrer un aspect quantitatif à son argumentaire me fait le considérer avec tendresse, ayant aperçu son talon d'Achille, son humanité s'en est trouvée grandie à mes yeux.
Quant à la place de l'artiste face au pouvoir, je ne ferais pas le même distinguo que notre hôte, pour moi, le bon concept est celui de transcendance.
Je m'explique.
Nos atomes - nos supports - sont ceux qui constituaient bien d'autres objets hétéroclites avant de se rassembler en nous, qui en sommes l'ensemble des fonctionnalités "hautes" dans la complexité et la diversité de réaction à l'environnement que cet agencement constitue et que l'on nomme, « Homme » peuvent composer (selon quelle loi ?) du nouveau ou du déjà vu. Force est de constater que sous certaines formes, en certains arrangements les atomes ne font que reproduire ce que des grandes finitudes d'autres ont reproduits avant eux (à des variantes epsilonesques près). Même évidence à constater que dans sa course à la complexité (constations évidentes dans la façon dont les hommes maîtrisent de plus en plus leur environnement, en bien ou en mal, là n'est pas la question, en quoi ils structurent de manière toujours plus complexes, tous les outils dont ils s'offrent la disposition) l'univers, déjà à travers ce que notre échelle de conscience perçoit comme le plus développé de ses produits, "en l'instant", c'est-à-dire « l'homme », privilégie certains chemins, certains arrangements comme ceux porteurs d'une nouveauté de réarrangement des briques communes en un schéma inédit (vrai en art, en sciences et techniques mais aussi en morale, en philosophie...). Ces arrangements qui créent de la novation, finalement indépendamment de leur vrai vouloir (Stefan Zweig "l'artiste est l'agent hypnotisé d'une volonté supérieure") conscient, même si l'abnégation de celle-là aide à l'accouchement de ses processus inconscients, sont nombreux et récurrents chez les grands créateurs (Platon, Shakespeare, Chaplin, Kubrick, Rembrandt, Welles, Proust, Picasso, Joyce, Schopenhauer, Hegel, Kant, pour prendre quelques noms au hasard et situer l’exigence... des dizaines de savants majeurs à citer, bien évidemment aussi) occasionnels et de moindre écart chez les « moindre transcendants », et quasi nul sous toutes les autres formes passagères que les atomes prennent dans leur assemblage éphémère, y compris sous leur forme humaine.
Selon moi, l'artiste comme l'intellectuel est pleinement utile s'il participe le plus efficacement aux déploiements nés de ses transcendances.
Le reste, c'est du spectacle, au sens balzacien de la comédie humaine ou debordien d'une structuration hiérarchique mal grimée, juste repeinte sous les traits d'un spectacle appelant la passivité et l’absolue dissymétrie des rôles, apaisant les consciences des lucidités nuisibles au jeu des vanités immanentes de qui les dirigent. Tout le contraire de la transcendance qui se fiche de l'état mais n'est que flèche pointant le sens d'un éternel déploiement peu soucieux de « par qui » elle transite.
AO
Rédigé par : oursivi | 06 août 2009 à 15:08
M. Reffait,
Un artiste qui exécute son art "peinardement" n'est pas un artiste.
C'est un fainéant.
Comme les autres.
Spécialité presque uniquement française : Les intermittents du spectacle !
Tous protégés par les deniers publics. Sont-ils pour autant tous des accrocs du pouvoir ?
Il y a quelques stars, et des milliers de petits (mais géniaux) qui n'ont pas besoin de s'accrocher aux basques d'un pouvoir.
Ils font. Pour eux. Pour leur public.
Point á la ligne.
Rédigé par : jpledun@ Monsieur Reffait | 06 août 2009 à 12:55
Merci cher Philippe, pour votre belle et forte définition de l'artiste face au pouvoir.
Vous êtes politiquement incorrect (sur ce sujet, j'entends) mais c'est si bon...
Quant á Monsieur Adler, j’avoue être étonné de sa sortie.
Etonné et déçu.
Rédigé par : jpledun | 06 août 2009 à 12:43
"Alexandre Adler a déserté dans ce papier ce qui fait l'intellectuel" (pendragon)
Je voudrais ajouter, selon la formule consacrée d'Alexandre Adler, que "ce que révèle" la gestion politique et intellectuelle de l'après procès Fofana, est la désertion du politique et de l'intellectuel englués et piégés dans ce qui les force à se renier eux-mêmes.
Je n'arrive pas à me faire à l'idée d'un garde des Sceaux a priori très construite intellectuellement, et selon ses dires voulant se placer dans le sillage, excusez du peu, d'un Jean Carbonnier, renier ainsi en l'espace d'une quinzaine de jours, ce qu'elle affirme publiquement.
"Je souhaite que les magistrats voient leur autorité reconnue. Je n’admettrai aucune attaque contre un magistrat, y compris émanant d’un avocat" (MAM au Figaro le 10 juillet dernier)
Qu'est-ce qui est arrivé à MAM pour dégrader ainsi ses engagements, et faire de de ceux-ci une parole si friable, si peu fiable et si peu crédible ?
Comment le GDS a-t-il pu accepter d'être utilisé de la sorte au point de se dissoudre elle dans l'exigence forcenée d'autrui, et au point de massacrer ce qui l'a construite et structurée ?
J'ai toujours pensé que les enseignements des intellectuels, au-delà des savoirs spécifiques qu'ils nous transmettent, étaient de formidables outils dans l'apprentissage de l'autonomie, du libre arbitre et de la liberté de soi.
Egalement les enseignements des intellectuels restent des pièces maîtresse dans l'élaboration et la structuration de de nos morales et de nos éthiques individuelles.
Même dans le plus abrupt, le plus rigide ou le plus rigoureux des enseignements il y a toujours la générosité d'un homme ou d'une femme qui transmet et qui partage ce qu'il a appris.
Il m'est arrivé d'avoir eu des larmes aux yeux de reconnaissance quand un intellectuel, un scientifique ou un écrivain exprime ou écrit au mot près ce que trop confusément je pense, et dont j'ai seulement l'intuition.
Cette délivrance dans d'expression de nos pensées, de nos points de vue trop confus ou de nos sentiments trop captifs parce que trop passionnels, est une clarté bienfaisante qui marque et qui balise pour toujours notre progression dans notre perception des choses, c'est-à-dire dans notre rapport aux choses et aux autres.
Quelle déception de constater que les esprits brillants n'ont plus cette générosité et cette considération envers ceux qui ne savent pas, et qui permet à ceux-là de construire des pans entiers de leur identité profonde avec des ancrages essentiels.
Quel chagrin de se dire que les circonstances, parce qu'elles dépassent trop les esprits formés à la distance et à la réflexion, les entraînent à se renier eux-mêmes, et à oublier ce qu'ils sont et ce qui les a faits.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 06 août 2009 à 07:31
Alexandre Adler a déserté dans ce papier ce qui fait l'intellectuel, et nous renvoie à cette antienne insupportable qui veut que toute personne qui ne souhaite pas participer à l'invraisemblable instrumentalisation de l'appel du procès Fofana soit un ami des bourreaux et/ou un antisémite qui s'ignore.
Sans comprendre le redoutable effet boomerang de cette stratégie.
Consternant de méconnaissance de la réalité...
Rédigé par : pendragon | 04 août 2009 à 18:45
Si nous considérons la proximité du pouvoir politique aux artistes, portons le regard sur l'architecture qui, pour des raisons évidentes de moyens, de gestion de l'espace, est directement dépendante du pouvoir politique.
En vérité, il y a plus d'imitateurs que d'artistes véritables en architecture, quand bien même ces imitateurs seraient fort talentueux. Rien ne ressemble au style d'un architecte que le style d'un autre. Parce qu'ils sont dépendants du pouvoir politique. Lorsque le pouvoir politique est détenu par un esthète visionnaire, comme le fut Pompidou, cela donne le centre Beaubourg (que j'ai toujours trouvé magnifique dès sa création), quand le prince est traditionnaliste comme Giscard, cela donne le Musée d'Orsay, quand le prince est académique comme Mitterrand ou Chirac, cela donne la BNF ou Branly. Sans parler de l'architecture monumentale du fascisme ou du stalinisme. Pour que l'architecture innove, il faut qu'elle soit dégagée de l'influence du pouvoir, par exemple à Bruxelles dans l'émergence de l'Art Nouveau, ou avec Le Corbusier dans les commandes privées de villas. L'invention architecturale se développe hors du champ politique (sauf exception rare d'un prince éclairé) et intègre le champ public et politique par imitation.
Si cela est voyant pour l'architecture pour des raisons structurelles, nous pouvons étendre ce constat aux autres disciplines artistiques où le pouvoir académique est entretenu par le pouvoir politique.
Je ne dirais donc pas que l'artiste véritable doit s'opposer au pouvoir politique, pas plus qu'il ne doit en être proche : il doit être indifférent à ce pouvoir.
Tandis que cette indifférence est une vertu pour l'artiste, elle n'est évidemment pas permise à l'intellectuel qui a pour mission, non pas là également, d'être en opposition, mais en situation permanente d'examen critique.
Indifférence d'un côté, examen critique de l'autre, deux éloignements indispensables du regard.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 04 août 2009 à 14:24
Nous avons eu droit ce week-end dans Le Figaro à une hagiographie du garde des Sceaux.
Et dans la page Débats, Alexandre Adler nous racontant que le procès Fofana a fait du Badiou. Et bien entendu AA s'est senti dispensé d'apprendre ce qu'il ignore au sujet du code pénal, pour se contenter de nous asséner ses arguments d'autorité.
Il y a un moment où les complaisances à répétition sont extrêmement fatigantes.
Et on se demande quelle valeur intellectuelle accorder aujourd'hui à des universitaires type MAM ou Adler qui semblent oublier d'un coup la rigueur et les fondamentaux, que normalement leur parcours et leur formation universitaires auraient dû leur faire obligation d'au moins respecter.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 04 août 2009 à 13:04
Jean-Dominique Reffait,
Si votre propos consiste seulement à dire qu'un artiste novateur doit être en rupture avec le conservatisme académique, cela ne va pas chercher très loin, cher confrère, et personne je crois ne pourra contredire un tel lieu commun, mais, vous l'aurez compris, il s'agissait de réfléchir sur le rapport de l'artiste et/ou de l'intellectuel au pouvoir. Dans quelle mesure cette proximité peut-elle brouiller le caractère universel de la création ou, du moins, en atténuer, l'écho. Selon Philippe Bilger, l'artiste n'est pas soumis aux mêmes contraintes que l'intellectuel dans ce domaine. Ce qui est exact en grande partie, mais j'ai considéré pour ma part que la proximité avec le pouvoir politique (et même académique) n'induisait pas forcément un appauvrissement de ce message universel. Les révolutions se font aussi de l'intérieur.
Quant au "cher confrère", Ludovic a bien voulu m'en gratifier, et je lui réponds avec la même courtoisie. N'y voyez aucune forme de corporatisme, mais seulement un trait amical mâtiné, pour ce qui me concerne, d'un soupçon d'autodérision.
Rédigé par : Laurent Dingli | 04 août 2009 à 11:03
Intellectuel : conscience sans science ?
Heureusement pas toujours, mais, bien souvent !
Rédigé par : PRINCE | 04 août 2009 à 10:47
Cher monsieur,
Je serai bref : même si je suis pas toujours d'accord avec vous, je trouve minable de vous utiliser comme tête de turc.
"Les chiens aboient et la caravane passe"...
Rédigé par : papet croûton | 04 août 2009 à 06:51
Monsieur l'Avocat général Bilger fait trop d'honneur à Alexandre Adler en le présentant comme un intellectuel. Celui-ci est certainement doté d'une certaine culture; il a peut-être fait une grande école. Mais il n'est que cela.
Alexandre Adler fait simplement partie de ces quelques types qui cherchent à abuser de leur pouvoir médiatique - (le pouvoir médiatique est le pouvoir de parader dans les journaux, à la radio ou à la télé).
C'est malheureusement un type qui est capable de se montrer extrémiste quand il le veut.
Il faut donc oublier Alexandre Adler car trop souvent il dit des choses insensées.
On aimerait qu'outre leur travail de propagande, des gens comme Adler, BHL et Finkielkraut écrivent des livres susceptibles d'intéresser les étudiants en lettres ou en sciences humaines de nos universités.
Rédigé par : LABOCA | 04 août 2009 à 01:03