Didier Lombard, le PDG de France Telecom, a scandaleusement évoqué "la mode du suicide" dans l'entreprise dont il a la charge. Il s'est rétracté par la suite, conscient de l'énorme indélicatesse, pour ne pas dire plus, qu'il avait commise. Je crains que cette faute de langage révèle une défaillance du coeur et explique, au moins pour partie, les tragédies de ces derniers temps (Le Monde, Le Parisien et Le Figaro). Le poids des mots si mal évalué, en ces temps, c'est quasiment de la provocation !
En effet, vingt-deux suicides et treize tentatives au sein de France Telecom ! On ne cesse de répéter qu'un suicide est un acte solitaire, dont la signification est équivoque et qui ne saurait être instrumentalisé sans risque. Mais, tout de même, cette multiplication de suppressions de soi sur les lieux de travail permet de supputer que ces morts ont voulu signifier au moins un désespoir professionnel. Il me semble qu'au dernier instant d'une vie, une symbolique est en cause qui vise à transmettre un message que l'absence rendra infiniment sensible aux présents, aux vivants. Comment n'avoir pas compris plus rapidement qu'il n'y avait pas là une mode mais des désastres singuliers révélateurs d'un malheur collectif directement relié à la gestion d'entreprise et à des relations humaines médiocres ?
Je suis frappé par l'existence d'un paradoxe apparent. En même temps qu'on s'efforce de laisser le travail à sa juste place, de privilégier son univers familial, sa sphère intime et son bonheur en ne laissant pas l'exercice d'un métier les "vampiriser", certains, plus nombreux qu'on le pense, demeurent affectés principalement, dans l'économie générale de leur existence, par les aléas et les difficultés se rapportant à leur quotidienneté laborieuse. Ces suicides, ces tentatives, avant même de mettre en cause la politique de France Telecom, soulignent l'hypertrophie des motivations professionnelles, aujourd'hui, dans ces décisions fatales. Je ne suis pas sociologue. J'exprime un sentiment selon lequel, s'il est possible dans le conflit ultime de distinguer les deux, la part publique de l'homme au travail constitue un ressort plus déterminant que l'univers privé. En tout cas, celui-ci n'est plus assez fort pour consoler des blessures qu'une hiérarchie, une incompréhension, une solitude, la peur causent parfois jusqu'à l'irréversible. Il suffit de se rappeler la défenestration récente, heureusement sans conséquence mortelle, d'une fonctionnaire de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Traumatisée parce qu'elle travaillait dans des conditions stressantes, insatisfaisantes, déçue par son propre comportement professionnel, elle a désiré "en finir" sur le lieu même de l'activité qui lui faisait peine et douleur. Qu'on songe aussi à ces professeurs qui, confrontés à l'intolérable d'une vocation dénaturée en désillusion et en impuissance, n'ont pas hésité à s'abandonner à l'irrémédiable.
Il paraît que le dernier cri du management serait, sinon la terreur, du moins la peur. La gestion par la peur, par l'effroi. C'est ce que j'ai appris en regardant, sur France 5, "Revu et corrigé" de Paul Amar. Dans quelles têtes malades ont pu germer de telles absurdités quand tout démontre - y compris ma propre expérience à Paris dans le monde judiciaire - que rien de bien ne s'accomplit collectivement que dans la confiance et la liberté ? Avec l'intimidation, on ne fait pas plus et on le fait plus mal. Le sens de l'autorité n'est pas incompatible avec cet humanisme de partage qui consiste, sans démagogie, à exiger de l'autre le meilleur parce qu'on sait qu'il le porte en lui. Il faut donc d'abord le respect de ceux qui oeuvrent avec vous, comme vous, pour pouvoir être authentiquement qualifié par eux de chef légitime. J'ai toujours aimé ces atmosphères professionnelles de "bandes" où l'énergie et l'élan d'un seul donnent sens, courage et envie de se surpasser à tous les autres, tout simplement parce qu'ils sont traités à l'aide des sentiments les plus élevés et non pas sous le joug des dominations et mépris les plus vulgaires qui soient. C'est précisément parce que France Telecom était appelée à une formidable révolution de ses pratiques, à se colleter avec une modernité du profit et de l'urgence, de la concurrence et du défi, qu'il convenait d'appréhender la richesse humaine et les ressources infinies disponibles, mobilisables, avec élégance et considération. Sans celle-ci, où que ce soit, que l'humanité soit défaite ou glorieuse, on n'obtiendra rien. Si les dictateurs du quotidien devinaient à quel point le moyen le plus efficace pour emporter l'adhésion, dans la vie de l'entreprise comme ailleurs, réside dans la considération non feinte de l'autre, dans la certitude qu'une communauté n'est pas un vain mot si on admet que, pour n'avoir pas le même rôle, chacun y a sa place et que tous méritent la même estime, ils perdraient vite de leur morgue contre-productive.
Je suis en train de tomber dans un catéchisme laïque. Des pétitions de principe, des voeux pieux. Je ne me dissimule pas que la compétition impose des rythmes et des disciplines à tous. Rien n'est facile. Je soutiens seulement que bien diriger n'est pas qu'une question technique mais relève d'une démarche morale. Cependant, je perçois comme une certaine tradition du management, en France, n'est pas loin d'instiller dans la tête de certains patrons que, s'ils ne sont pas caractériels et brutaux, leur fiabilité hégémonique sera mise en cause. J'inquiéte donc je suis, je fais trembler donc j'existe. C'est commode car il n'est pas difficile de se laisser aller vers le pire versant de soi. Il y a une tradition du pouvoir, dans tous les secteurs où il se manifeste, qui le conduit volontiers à l'excès, à l'outrance ou à la négation d'autrui. Ce sont les médiocres qui ont besoin de cette violence pour se démontrer qui ils sont. Les autres n'ont besoin que d'eux-mêmes.
Que fait-on, enfin, des "bras cassés", de ceux qui ne travaillent pas ou très mal, de ceux qui déshonorent une fonction, une profession, une entreprise, un service public ? A partir du moment où ils ont eu la possibilité de faire leurs preuves sans être tétanisés par la peur ni glacés par le mépris, s'ils démontrent une insuffisance chronique, on devrait pouvoir leur suggérer d'en tirer les conséquences. S'ils ne les tirent pas, c'est à l'autorité de les leur signifier.
A France Telecom, c'est peut-être gênant, mais il y a des hommes et des femmes qui travaillent et dont le coeur bat.
Insomnies, dépressions, angoisses, pulsions violentes ou suicidaires : le travail n’a jamais autant rongé les corps et les esprits. Si les 24 suicidés de France Télécom depuis février 2008 en témoignent, ils ne sont pourtant que la partie émergée de l’iceberg.
Rédigé par : annette | 20 octobre 2009 à 15:53
Tiens, une vidéo fait le buzz, montrant Didier Lombard dans une réunion interne.
Il y taxerait les chercheurs de Lannion d'amateurs de "Pêche aux moules".
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/social/20091003.OBS3432/quand_le_pdg_de_france_telecom_voulait_mettre_fin_a_la_.html?idfx=RSS_notr&xtor=RSS-17
Aller fouiller les enregistrements internes du groupe, extraire une petite phrase du contexte et faire monter la mayonnaise grâce aux nouvelles tragiques des suicides...
J'ai bien fait de ne pas m'abonner à Médiapart, qui se sert des abonnements pour sortir des "scoops" de cette qualité. Ailleurs, on trouve mieux pour moins cher.
Rédigé par : Alex paulista | 04 octobre 2009 à 08:50
http://business.timesonline.co.uk/tol/business/industry_sectors/telecoms/article6853909.ece
Rédigé par : Valerie | 29 septembre 2009 à 20:40
http://www.lepost.fr/article/2009/09/28/1716083_encore-un-suicide-a-france-telecom.html
"Il a laissé une lettre dans sa voiture dans laquelle il mettrait en cause France Télécom, précise Le Dauphiné Libéré."
Rédigé par : Valerie | 28 septembre 2009 à 15:10
« Face au « mal-être » chez France Telecom », « le blog telecoms » recueille le sentiment du secteur privé des telecoms sur http://telecoms.zeblog.com »
Lyon, le 21 septembre 2009 – les professionnels du secteur privé des telecoms vont pouvoir exprimer librement leur sentiment et leurs attentes dans un secteur en pleine mutation...,
la suite sur http://telecoms.zeblog.com/418228-communique-de-presse-face-au-mal-etre-chez-france-telecom-le-blog-telecoms-recueille-le-sentiment-du-secteur-prive-des-telecoms-sur-http-telecoms-zeblog-com/
Rédigé par : telecoms | 27 septembre 2009 à 21:31
C'est un très beau texte que celui que vous avez écrit là. Je ne vois vraiment pas quoi ajouter sauf à vous remercier.
Rédigé par : clo - directrice de service à la Protection Judiciaire de la Jeunesse | 25 septembre 2009 à 19:35
Une hypothèse jamais évoquée : le suicide est un ultime cri qui veut se faire entendre. Se suicider chez soi ne vaut pas deux lignes dans la gazette locale. Se suicider sur les lieux de travail garantit d'être entendu.
Ce n'est alors pas parce que l'entreprise est particulièrement dure que l'on s'y suicide, mais parce que pour beaucoup, c'est le seul espace de sociabilité qui leur reste, et les collègues de travail les seuls humains à qui adresser un ultime cri.
Il ne s'agit pas de nier que l'entreprise moderne puisse être dure, mais je trouve que la discussion de ce blog prend trop comme une évidence que se suicider sur son lieu de travail implique que le malaise au travail est la cause première du suicide.
Il faut aussi sortir de notre nombril franco-français. Alors que le droit du travail français est un des plus restrictif pour les licenciements, la France est le pays où les salariés sont les plus inquiets pour leur emploi. Et ils ont raison : dans les pays où l'on ne peut licencier, les problèmes d'ajustement se règlent par la faillite, ce qui ne diminue pas les pertes d'emploi, dont je rappelle que le plus grand nombre résulte de la disparition de PME, et garantit que les salariés n'ont pas d'indemnités.
Le levier n'est pas sur les pertes d'emploi, mais sur la création de nouveaux emplois qui viennent se substituer aux emplois détruits. En France, seuls les masochistes créent des emplois, ils ne sont pas assez nombreux. Heureusement les collectivités locales embauchent à tour de bras, ce qui est sûrement la solution.
Rédigé par : Aristote | 25 septembre 2009 à 09:10
From The Times September 23, 2009
"Why are France Télécom employees committing suicide?
A spate of suicides at France Télécom, most recently a young woman in Paris, has highlighted the country’s malaise"
Adam Sage in Paris
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http://www.timesonline.co.uk/tol/life_and_style/health/mental_health/article6844809.ece
Rédigé par : Valerie | 23 septembre 2009 à 13:24
Alex Paulista : vous pouvez rire tant que vous voulez, ça ne changera pas les faits.
Comme je l'ai écrit, les gouvernements américains successifs sont effectivement intervenus pour contraindre les institutions financières à accorder davantage de prêts immobiliers aux minorités ethniques.
Le refus de ces prêts, selon l'idéologie anti-raciste dont nous connaissons bien les mécanismes maintenant dans le monde occidental, était perçu comme "raciste".
Il fallait donc, pour éradiquer le "racisme", forcer, à la fois par des lois et des incitations financières, les banques à accorder des prêts là où, en l'absence d'intervention étatique, elles ne l'auraient pas fait, jugeant que le client n'était pas suffisamment fiable, n'avait pas suffisamment de revenus, n'avait pas un dossier de crédit suffisamment bon (ce dossier qui accompagne tout Américain au long de sa vie, et qui est basé sur les remboursements de ses crédits passés).
Je vais vous faire hurler encore davantage : on sait (car aux Etats-Unis, on sait beaucoup plus de choses qu'en France, il y a d'innombrables études librement menées sur absolument tout, il y a des statistiques ethniques, etc), on sait, donc, qu'à revenu égal, un Noir est un emprunteur nettement moins digne de confiance qu'un Blanc.
Je répète : à revenu égal, un Noir rembourse moins bien ses crédits qu'un Blanc. Il trahit plus souvent ses promesses.
Ce n'est pas une opinion. C'est un fait. Voyez que la réalité elle-même est "raciste".
Le gouvernement américain (le même qui est, selon les clichés français, ultra-libéral et raciste), a donc forcé les banques (les horribles financiers ultra-capitalistes d'extrême droite, j'espère que vous me suivez), à jeter toute prudence aux orties et à prêter à des gens qu'ils auraient, en l'absence d'intervention étatiste intempestive, considéré comme des risques absolument inacceptables.
Ces pratiques se sont poursuivies pendant des années. Couplées à la hausse de l'immobilier, elles ont conduit à la bulle que l'on sait. Face à de telles facilités accordées les yeux fermés, de nombreux acheteurs se sont engouffrés dans la brèche et ont souscrit des crédits à la limite de la fraude, en mentant sur leurs ressources, en omettant de déclarer des risques importants, etc. Et puis un jour, le marché s'est retourné.
Bien entendu, cela m'étonnerait que vous ayez appris un seul mot de tout cela par les médias français, ce qui peut expliquer votre imprudent ricanement. Mais vous devriez savoir depuis longtemps que ces derniers ne laissent passer que ce qui est conforme à l'idéologie française : gauchisme, anti-libéralisme, anti-américanisme, anti-racisme, etc.
Rédigé par : Robert Marchenoir | 23 septembre 2009 à 05:28
Cher M. Marchenoir
Vous écrivez:
"Le déclencheur immédiat de la crise est dû à la doctrine gauchiste et anti-raciste des gouvernements américains, qui ont obligé des institutions bancaires quasi-publiques à accorder des prêts immobiliers à des Noirs insolvables, ou qui en tous cas n'auraient pas pu emprunter par le libre jeu des sages critères du marché."
Elle est bonne celle-là, on la garde et on l'encadre ! La crise économique, ce serait pour avoir fait crédit aux noirs !
Ha ha ha...
(et Maddof, pour avoir fait confiance aux juifs ?)
Cessez d'expliquer tous les malheurs du monde par des préjugés racistes. Je vous provoquais sur les millions d'administratifs bien de chez nous, ça n'a pas manqué, faut pas vous pousser beaucoup...
Sur France Télécom, la stratégie globale du groupe est une erreur monstrueuse, à mon sens.
Nous partions d'une situation exceptionnellement en pointe dans le monde: dès 1980 le Minitel était le premier réseau grand public ouvert au monde, dès 1996 le réseau français était entièrement numérique: au bout de nos petits fils le signal était directement numérisé et transformé en trames ATM à très gros débit.
Aujourd'hui le défi est de passer la distribution locale à la fibre optique, avec tous les fournisseurs à haute valeur ajoutée que la France a failli avoir (Highwave pour les amplis optique MAN, par exemple), toutes les universités et grandes écoles qui ont jusque là tenu la corde avec les USA. Le GSM, il vient d'Europe. Les Turbo codes de la 3G aussi, ou comment atteindre la limite de Shannon d'utilisation d'un câble: conçus par des profs de Télécom Bretagne (pour faire plaisir à Laurent Dingli).
Notre pays est en train de passer à côté et de détruire son expertise: au lieu d'utiliser FT comme moteur de rénovation des réseaux, ce qu'ils ont toujours su être, il laisse de côté cet aspect politique et stratégique pour batailler dans le marché sans merci des opérateurs finaux.
La fibre optique apporterait des solutions pour
- diviser par mille la puissance que nous envoient nos portables et leurs bornes dans la tête, en remplaçant une borne/500m par un petit émetteur dans chaque rue.
- multiplier les débits par mille
- valoriser nos ingénieurs de manière plus constructive que la finance
- aménager le territoire en développant le télétravail, préservant ainsi l'environnement
- sauver Lannion :o)
Le public a une vocation, qu'il a très bien remplie jusqu'ici: préparer le réseau à un horizon de 15 ans.
Je crois que la stratégie actuelle est déroutante pour des fonctionnaires qui ont toujours été dans le registre de l'excellence, pas de la mesquinerie, et qui se font traîner dans la boue pour ne pas être des marchands de soupe efficaces.
Rédigé par : Alex paulista | 22 septembre 2009 à 23:32
Bonsoir
J'ai lu comme un débat dans les commentaires sur le capitalisme et la crise, etc... les bras cassés et les nuisibles...
Bras cassés, assurément, sont les analystes qui se sont imaginés que des prêts à 35 ans sur les maisons en bois des Blacks au chômage du Mississipi avaient une valeur "titrisable" à travers le monde entier !
Ces gens doivent être flanqués dehors pour leur incompétence au mieux, pour escroquerie au pire !!
Les patrons des banques qui ont gobé la couleuvre, idem !
France Télécom est le cadre d'une guerre civile regrettable entre deux mondes, avant toute chose : service public ou marché ? Mais c'est propre à France Télécom ..
Cordialement
Rédigé par : david | 22 septembre 2009 à 22:32
Une chose est sûre, c'est que plus la boîte est grosse plus le patron est un gestionnaire. Il peut avoir des qualités humaines naturelles, mais elles ne sont pas souvent utiles pour le poste. Et quand bien même il les aurait, il ne connaît pas plus ses employés que le quidam qu'il croise dans la rue.
J'imagine mal le patron d'une boîte d'une centaine de salariés ne pas être retourné par le suicide d'un de ses employés en difficulté professionnelle. Même s'il est nul en communication, vous le verrez sur son visage...
À France Télécom, il s'agit de bien autre chose. La bévue est plus une faute énorme de communication qu'un manque personnel d'empathie.
Rédigé par : Alex paulista | 22 septembre 2009 à 21:29
"Pensez bien que la moitié des emplois de France sont maintenus pour garder la paix sociale. Et surtout occupés par des bons Français au teint rosé bien de chez nous, M. Marchenoir."
Ah oui, Alex Paulista ? Vous avez quelque chose contre les "bons Français au teint rosé bien de chez nous" ? Vous êtes donc raciste ?
Très bien, discutons donc de l'emploi sur un plan racial. Combien de faux emplois, parfaitement inutiles sur le plan économique, exclusivement financés par l'argent public ("emplois-jeunes", postes dans des associations ou autres) sont-ils non seulement maintenus, mais sans cesse créés, au profit exclusif des "plus français que vous, au teint bien bronzé", au titre des innombrables "plans-banlieues" et autres "politiques de la ville", dans le but de garder la paix sociale ?
Et ce, avec la plus parfaite inefficacité, comme on peut le constater au vu de la guerre civile ethnique de basse intensité qui règne désormais sans interruption, dans le pays ?
Rédigé par : Robert Marchenoir | 22 septembre 2009 à 20:43
PYD : vous mélangez beaucoup de choses.
Je ne m'intéresse pas qu'à la micro-économie. Je m'intéresse à tout. Nous parlons d'une entreprise, France Télécom. C'est de la micro-économie.
Je n'ai jamais écrit que le capitalisme était immuable. J'ai écrit que les règles de base de l'économie ont quelque chose d'immuable. C'est tout à fait différent. Le marché précède le capitalisme.
Les règles de base de l'économie ont quelque chose d'immuable parce que la nature humaine est, pour une bonne partie, immuable, et que les hommes vivent dans un monde de ressources rares, ce qui ne changera jamais.
Le capitalisme est effectivement apparu. Il évolue effectivement. Vous affirmez qu'il disparaîtra. Vous n'en savez rien. Rien ne permet d'étayer une thèse semblable actuellement, et tout accrédite la thèse inverse.
Vous semblez, comme beaucoup d'autres, souhaiter la fin du capitalisme. C'est fort imprudent. Aucun de ceux qui souhaitent la fin du capitalisme ne sont prêts à en admettre les conséquences.
Ce genre de discussion, souvent, ne va nulle part, parce les définitions des concepts sont oubliées ou vagues. On utilise donc des gros mots comme capitalisme, libéralisme, racisme, sans tenir compte de ce qu'ils signifient.
Le capitalisme est un régime économique caractérisé par un profit supérieur aux besoins immédiats, permettant d'épargner, donc de constituer un capital, qui est utilisé pour investir dans des ressources, des équipements et des technologies nouvelles, qui augmentent la productivité du travail, donc augmentent à nouveau le profit, et ainsi de suite ; cela constitue une spirale vertueuse qui permet d'accroître la prospérité et le bien-être de tous.
Pour que ce système puisse exister, un certain nombre de conditions, multiples, sont indispensables, parmi lesquelles la liberté accordée aux initiatives individuelles et le respect, garanti par l'Etat, du droit de propriété.
Nous discutons ici de suicides à France Télécom. Est-ce bien qu'il existe de tels suicides (*), regrettable, indifférent ? Est-ce la faute des chefs de France Télécom, la faute des suicidés, la faute des hommes politiques, la faute à personne ?
C'est un débat fort intéressant, mais il ne faudrait pas oublier qu'il n'y aurait même pas matière à débat en l'absence de capitalisme. Car s'il n'y avait pas de capitalisme, le téléphone n'existerait pas, et à plus forte raison France Télécom.
Mais les suicides existeraient toujours. Les suicides n'ont pas attendu le capitalisme pour survenir.
Voulez-vous vraiment un monde sans téléphone, mais avec suicides ?
Par ailleurs, le capitalisme peut revêtir des modalités multiples. Certaines peuvent être positives, d'autres négatives. Cela est encore une autre discussion, où il faut bien prendre garde de distinguer les modalités du capitalisme de son existence elle-même.
Enfin, beaucoup de ces discussions sont provoquées par la crise économique et financière actuelle. Là encore, la confusion est entretenue entre des situations qui n'ont rien à voir.
Les institutions françaises sont caractérisées par un étatisme, un socialisme et des régulations étouffantes. Que des tentatives, justifiées et insuffisantes, soient faites pour desserrer cet étau, ne doit pas faire oublier de quel côté se situe le centre de gravité.
La finance mondiale a pris une autonomie nocive par rapport à l'économie réelle qui n'a pas grand-chose à voir avec l'insuffisance de régulation : la réglementation bancaire, aux Etats-Unis et dans le monde, occupe des dizaines de milliers de pages et des murs entiers de bibliothèques.
Le déclencheur immédiat de la crise est dû à la doctrine gauchiste et anti-raciste des gouvernements américains, qui ont obligé des institutions bancaires quasi-publiques à accorder des prêts immobiliers à des Noirs insolvables, ou qui en tous cas n'auraient pas pu emprunter par le libre jeu des sages critères du marché.
Ces crédits pourris ont ensuite été diffusés comme un poison au sein de toute la finance mondiale, par des techniques perverties et dangereuses.
La crise se caractérise plus globalement par un surendettement, un recours excessif et malsain au crédit. D'une part par des gouvernements qui financent ainsi de façon déloyale et insoutenable des programmes sociaux et des emplois publics excessifs (Californie, France, Angleterre...). D'autre part par une culture du crédit personnel, aux Etats-Unis, alimentée par des taux d'intérêt excessivement bas, donc par une création monétaire imprudente.
Taux d'intérêt et création monétaire qui sont pilotés par les Etats, notamment l'Etat américain, et non par ces vilains capitalistes privés d'où vient tout le mal.
___
(*) Merci aux humanistes autoproclamés de ne pas grimper aux rideaux quand j'évoque l'hypothèse, théorique, que les suicides puissent être une bonne chose. Car que font donc les mêmes humanistes quand ils réclament à cor et à cri le droit à l'euthanasie ?
Rédigé par : Robert Marchenoir | 22 septembre 2009 à 17:46
Je pense qu'il y a toutes formes de suicides liés au domaine professionnel. Les suicides dramatiques qui se terminent effectivement par la mort du travailleur, et j'emploie à dessein le mot 'travailleur', plutôt que le mot 'personne', et en quelque sorte les suicides allégés, ceux qui dans les faits n'aboutissent cependant qu'à la mort du travail, autrement dit les maladies manifestement professionnelles qui pour être bizarres et inexplicables sur le plan strictement nosologique, représentent un pur et simple frein ou carrément un empêchement à l'accomplissement du travail, une sorte d'acte manqué en somme mais duratif.
"Didier Lombard a rappelé que France Télécom suspendait toutes les mobilités liées aux réorganisations jusqu'au 31 octobre, pour "immédiatement mettre à l'abri" les personnes qui seraient touchées par des mesures de mutations.
Je crains que cette faute de langage révèle une défaillance du coeur et explique, au moins pour partie, les tragédies de ces derniers temps (Le Monde, Le Parisien et Le Figaro). Le poids des mots si mal évalué, en ces temps, c'est quasiment de la provocation !"
Il a également proféré cet autre abus de langage à l'intérieur même des excuses qu'il a adressées par la suite :
"Il faut absolument casser ce mouvement-là", a souligné le PDG de France Télécom après sa rencontre avec le ministre du Travail Xavier Darcos, sur la vague de suicides qui frappe l'entreprise employant 100.000 personnes. Mais "la première urgence c'est d'arriver à contrôler et à arrêter le phénomène de contagion" et "casser le mouvement de spirale infernale", a-t-il insisté. (France2)
On n'a plus affaire à une 'mode' erreur de traduction de l'anglais 'mood' s'est-il expliqué, mais à un véritable mouvement social à 'casser', autre erreur de traduction pour 'enrayer', I présume.
Je pense que France Télécom pose des problèmes à tout le monde, à ses clients, à ses salariés et au gouvernement !
Sans doute cette entreprise a-t-elle été privatisée trop tard et trop vite et mis du coup les bouchées doubles dans tout ce qui ne nécessitait qu'un trait de plume comme les multiples réorganisations sans prendre garde au fait que les mentalités ne sauraient se mettre au diapason en deux coups de cuiller à pot et sans penser que ce ne serait pas à la portée de n'importe quel manager sorti de sa petite Ecole que de faire fonctionner harmonieusement dans un monde en rapide mutation constante et ouvert désormais à la concurrence, des mentalités pépères qui se sont crues à l'abri de tout vraiment grand bouleversement social une fois intégrées comme fonctionnaires à l'entreprise, et des mentalités nouvelles intégrées avec un statut, des avantages (ou absence de) et des privilèges (ou absence de) différents pour une même tâche, délibérément recrutées pour ce qu'elles étaient, à savoir tournées vers le seul profit quitte à faire des doubles facturations et envoyer sur les roses le client qui aurait le culot de lui adresser une réclamation, en rédigeant et en lui adressant des courriers n'ayant délibérément ni queue ni tête, qui le prennent pour un c.. et une simple vache à lait jusqu'à ce qu'il se lasse, change de fournisseur ou intente une action, ou encore de petits chefs investis de la grandiose mission de faire entrer l'entreprise dans le 21ème siècle par n'importe quel moyen.
La semaine dernière j'appelle ma mère, par un numéro France Télécom de rappel automatique, et je tombe :
1- sur un appareil de fax, alors qu'aucun fax n'est raccordé sur la ligne
2- sur une entreprise de je n'sais quoi
3- sur un service qui enfin la concerne, à savoir sa messagerie, ce alors qu'elle est à côté d'un appareil effectivement raccordé à la ligne mais qui s'est purement et simplement refusé à sonner.
4- sur la personne elle-même finalement.
Admettons que j'appelle le 1014 pour faire une réclamation, avant toute chose on vérifiera sans le dire, mais de façon suffisamment transparente si vous avez payé votre facture avant de vous répondre quelque chose de plus ou moins intelligent et sans aucun rapport avec le dysfonctionnement allégué qui sera purement et simplement nié avant d'être mis sur le compte d'un probable Alzheimer, le vôtre bien sûr, puis on vous raccrochera au nez et on ne décrochera plus dès qu'on verra votre numéro s'afficher et finalement on ira se jeter par la fenêtre.
Je résume et je caricature bien sûr, mais il y a de cela !
Donc effectivement, il y a quelque chose qui ne va pas avec France Télécom et ce n'est pas seulement cette vague de suicides qui interpelle, mais cette apparente incapacité générale à fonctionner à la fois dans le respect du client et du salarié, de façon techniquement efficace avec un SAV compétent géré par l'entreprise elle-même et non pas sous-traité n'importe comment sans surveillance, sans aller pleurer dans le giron de l'Etat chaque fois qu'on a vu un peu grand (rachat d'Orange), de façon concurrentielle et satisfaisante pour tout le monde !
Ah j'allais oublier, en évitant de traduire de l'anglais sans filets, quand on s'adresse au public ou aux médias français !
Rédigé par : Catherine JACOB | 22 septembre 2009 à 17:19
Je suis parfaitement d'accord avec vous, Philippe et avec vous Jean-Dominique.
C'est la morale personnelle qui fait la différence. Mais la morale, c'est ce qui fait de plus en plus défaut dans notre société individualiste.
J'ai eu plusieurs fois à faire à des "petits chefs". J'en ai même eu un qui a fait du harcèlement moral pour me pousser à la démission. Ce fut une période pénible, difficile, j'en conviens, qui a duré un an. J'ai fini par me faire licencier avec un bon chèque à la clé puisque je n'avais pas commis de fautes. Ce qui m'a soutenue, entre autres, c'est l'idée que je ne me laisserai pas détruire par un sale type ainsi que le soutien plus ou moins exprimé par mes collègues et bien sûr le soutien inconditionnel de ma famille. L'idée d'en finir ne m'a jamais effleurée. Si, en plus de mes déboires professionnels, j'avais eu une situation personnelle difficile, je ne sais pas du tout comment j'aurais réagi.
J'ai eu très récemment la nouvelle du suicide du frère d'une amie, père de famille "heureux". On cherche toujours une raison à un tel acte et chacun, pour se préserver, tend à rendre un autre responsable. Rendre l'entreprise responsable est très déculpabilisant. Un des problèmes du suicide est la culpabilité que les proches ou les moins proches traînent à vie de n'avoir pas pu, pas su empêcher ce drame. J'ai déjà pu constater dans un passé plus lointain à quel point le suicide est dévastateur pour ceux qui restent.
Le suicide me paraît comme une échappatoire à une vie qu'on l'on ne peut plus supporter. Malheureusement, dans beaucoup de cas, nous sommes impuissants pour l'empêcher. Ce qui se passe dans l'esprit d'une personne qui se suicide dépasse notre entendement. Il n'y a pas de réponse. Nous touchons là le mystère de l'homme.
Tout ce que nous pouvons faire, c'est être à chaque instant inspiré par la fraternité envers les autres. Nous avons une obligation de moyens (fraternité) mais pas une obligation de résultat (humilité).
C'est à la fois peu et beaucoup car "aimer son prochain comme soi-même" n'est pas une mince affaire, c'est moi qui vous le dis...
Rédigé par : Florence | 22 septembre 2009 à 15:39
L'excellent Daniel Cohen, économiste atypique, décrivaient il y a peu chez Taddéï comment nos sociétés ne sont jamais plus heureuses qu'à la sortie d'une catastrophe, lorsque toute la richesse est partagée par un nombre réduit. L'opulence engendre la bonne santé, la croissance démographique et, au final, le bonheur s'évanouit dans la lutte pour grappiller les miettes de la richesse dont le dixième eut jadis enthousiasmé nos aïeux.
N'en sommes-nous finalement pas là ? Il faut mourir, il faut tailler dans une masse devenue trop nombreuse. Plus de guerre pour dégraisser, alors notre société invente d'autres régulations qui mèneraient à nouveau vers le bonheur d'être peu à espérer beaucoup : le suicide, l'épidémie. A-t-on le sentiment que la canicule de 2003 a été vécue comme un drame ? Pas tant que ça...
Rédigé par : Jean-Dominique | 22 septembre 2009 à 15:13
L'exercice actuellement et ce pour longtemps je le crains fort consiste à tout imaginer et faire pour ne plus travailler tout en conservant un minimum légal pour vivre (le reste se verra à la débrouille illégale, par exemple le travail clandestin …), tant le travail en sa conception moderne est devenu le lieu de toutes les souffrances et humiliations. Les exemples sont légions et quotidiens … Ainsi même à l'hôpital ou tous lieux autres médicaux ou para-médicaux (les maisons de retraite, les institutions …), on ne les dénombre plus les infirmières, les aide-soignantes en dépression, en suicide même … Un phénomène nouveau aussi qui prend de l'ampleur est le suicide des médecins; on en parle peu mais il est bien réel et prégnant. Ces mêmes médecins que par ailleurs on cherche à transformer en chiens de garde traquant les arrêtés pour maladie et autres saturations professionnelles, burn-out dit-on en langage qui en jette … A l'article de la mort, on leur enjoint de les remettre au travail … Cela me fait songer un peu à ces anciens prévôts de Cayenne et des prisons centrales … Ou ces capos d'autres lieux. Le privé a les siens, c'est indiscutable; le public commence de s'en inspirer, voyez les nouvelles directives en ce sens … Avez-vous des capos au tribunal, cher PB, de ceux qui, penchés discrètement sur votre épaule, surveillent votre travail et sa rentabilité et que vous tombiez mort d'épuisement et de désespoir sur votre bureau certes mais surtout pas malade ni accidenté survivant? Il y a assurément là encore un abus et un gaspillage de Droit à cet endroit, c'est indubitable et c'est pourquoi cette nouvelle classe singulière missionnée de veiller et surveiller … Les assurances aussi commencent d'avoir leur «flics», les pires ceux-là, des vrais clébards affamés … Les cellules psychologiques, ah les cellules ... Peu à peu, comme ces taulards chanceux, on est tous mis en semi- liberté … Gare aux fraudeurs, la révocation de celle-ci les guette … Je me verrai bien en cellule avec vous, cher PB, on tapera le carton devant une bonne Ricoré, vous m'expliquerez la loi, je vous raconterai son contraire ...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 22 septembre 2009 à 12:52
Marchenoir et PYD, c'est gentil d'échanger sur les mérites comparés de systèmes économiques mais c'est très au-delà du sujet, déjà bien complexe, auquel il vaut mieux se tenir.
Capitalisme ou pas, le management des hommes a toujours induit des comportements d'autoritarisme et d'inhumanisme. Le socialisme n'a pas rendu les hommes meilleurs, le capitalisme ne les a pas rendus moins bons. Et c'est bien trop confortable de se défausser sur un système de ses propres carences individuelles. "Je ne suis pas un salaud, c'est le système", non. A l'intérieur de toute organisation humaine, même la pire, il existe un moyen d'être en empathie avec ses contemporains, selon un terreau moral que l'on cultive.
Je souscris à la proposition de Philippe sur la faiblesse de caractère de certains patrons ou chefs qui les entraîne vers la démonstration de leur puissance : c'est hélas bien plus commun que celui qui, sûr de lui, de ses choix, de son charisme, peut se permettre d'être souple sans craindre de passer pour un faible. Ca commence à l'école : le prof qui gueule le plus fort n'est pas le meilleur.
Rédigé par : Jean-Dominique | 22 septembre 2009 à 12:45
N'y voyez aucun mauvais esprit ou malveillant de ma part, mais quelque chose me dit que nous pourrions sans beaucoup de mal élargir ce que vous dites au sujet du PDG de France Télécom par ce que vous POURRIEZ éventuellement dire au sujet de la gestion des ressources humaines assez désastreuse de notre Président tout court.
En effet, parmi le petit personnel gouvernemental : les ministres, à commencer par le premier d'entre eux et tout ce qui gravite autour : les commissions, les comités comme le comité Léger, c'est quand même troublant le nombre de vampirisés aux identités suicidées.
Vous ne pensez pas ?
Sur le fond et la vraie gravité de votre billet, je pense qu'il ne faut jamais perdre de vue que la notion même d'encadrement n'existe pas dans les fonctions publiques et/ou dans les entreprises à forte tradition publique.
Ce que dit Aïssa à propos de son cadre professionnel est une bonne traduction du délétère et du malsain s'exprimant à tous les niveaux des hiérarchies et des pseudo directions.
Il y a aussi cette incapacité à savoir raisonner en termes d'organisation du travail. La notion de travail, de volume et de qualité n'entrant absolument pas dans les critères mis en place par des encadrements aux savoir-faire très approximatifs.
C'est le plus souvent des ambiances où les patrons, au sens haut, sont désespérément inexistants. C'est "la primitude", la vacuité et le médiocre en tout qui font office de directions.
Alors des directions de ressources humaines opérantes... quand, le plus souvent, il ne s'agit des petits chefs de personnel sans grande compétence, sans valeur et sans qualités, dont l'abus de pouvoir est le mode de gestion privilégié.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 22 septembre 2009 à 11:34
Cher PYD
Rapidement car ce n'est pas le sujet: la vente à terme n'est pas une assurance, car le risque de gain/perte reste infini (demandez à Kerviel). Pour que ça marche il faudrait TOUT acheter/vendre à terme...
Tout produit optionnel est équivalent à l'achat-vente en continu du sous-jacent. Comment l'interdire ?
Sur le crédit et la titrisation je vous suis en revanche: c'est une entourloupe pour faire sortir des créances douteuses du bilan. En plus lors d'une crise forte les risques de crédit se corrèlent tous d'un coup et ce type de produit en démultiplie l'effet: le hasard de l'un n'est plus compensé par le hasard de l'autre, tous font défaut en même temps.
C'est ça qui a pété dans les mains des Américains, pas les options d'achat sur l'Euro ou le Pétrole brut.
Le problème de France Télécom est autre: que faire de gens qui ne savent plus se remettre en question et ne peuvent pas être licenciés facilement ?
Ce n'est pas simple humainement. J'aurais tendance à tous les mettre ensemble pour commencer une activité non essentielle au groupe à court terme. On ne peut pas les laisser au contact des nouveaux au risque de pourrir ces derniers. Mais se retrouver au club des bras-cassés, après 20 ans de service sans reproche, cela doit être insupportable aussi...
Pensez bien que la moitié des emplois de France sont maintenus pour garder la paix sociale.
Et surtout occupés par des bons Français au teint rosé bien de chez nous, M. Marchenoir.
On a ainsi ralenti la mise en place de la carte vitale pour occuper les milliers de gens qui épluchaient les feuilles de soins.
Le secteur privé qui gagne de l'argent a lui aussi ses postes à guichet que personne ne remet en cause. J'ai croisé dans les banques anglaises (Citi par exemple) des planqués qui auraient fait rougir de honte le plus incompétent et cossard de nous tous, avec un zéro de plus par mois, en livres s'il vous plaît.
Depuis, j'imagine qu'ils ont fait du clair au quartier. Mais sans discerner plus qu'avant qui faisait vraiment quoi...
Rédigé par : Alex paulista | 22 septembre 2009 à 01:46
Cher Philippe,
Dans votre exercice et dans votre vie, vous avez vu, entendu, perçu des situations dramatiques, de l'insupportable, de l'indicible.
Avez-vous tremblé ou avez-vous connu une seule fois l'insomnie quant au devenir, au destin des individus croisés ?
Si j'avais vécu votre fonction, je me serais
transformée en cauchemar, fragmentée en doutes.
Non, même 2 et 2 ne font pas quatre en économie comme en tout. Il suffit d'observer pour comprendre que la somme est beaucoup plus subtile et que sans appeler au miracle elle est souvent plus grande que la suite logique ou impossible dans le plus grand nombre de cas. Les réels ne sont pas bien en empathie avec notre réalité. Restent les blessures, les consécrations éphémères, la goutte d'eau qui fait... l'indifférence un peu comme dans cette chanson "quand ce vieux con a dit d'avancer".
françoise et karell Semtob
Rédigé par : semtob | 22 septembre 2009 à 01:16
Robert Marchenoir.
Si j'évoque la configuration actuelle du capitalisme c'est que celui-ci a évolué, bref qu'il a une histoire, contrairement à ce que vous affirmez. Il n'est pas une essence éternelle. Le capitalisme est également une production récente dans l'histoire de l'humanité. Pendant des millénaires nos ancêtres ont vécu sans lui et s'en sont très bien porté. De même, dans un avenir plus ou moins proche, il mourra, comme toute chose. Et on passera à autre chose. Vous me reprochez de ne pas décrire le modèle alternatif, mais est-ce une raison pour déclarer que seul le modèle existant serait valable. Voilà un bien curieux raisonnement !
Votre manière d'envisager l'économie se résume à des concepts micro-économiques. Vous vous placez exclusivement du point de vue du chef d'entreprise, dans un environnement immuable. Toute autre considération ne vous intéresse guère.
D'autre part je ne vois pas en quoi changer de système économique induirait une accumulation de dettes. C'est plutôt le système actuel qui produit de la dette à forte dose. N'inversez pas la logique des choses.
Ce que vous n'arrivez pas à saisir c'est que le problème des effectifs, des salaires est relatif à un contexte réglementaire, régulateur déterminé (donc politique). Or, depuis un quart de siècle environ, depuis que la libre circulation des capitaux s'est imposée, que la dette est devenue une industrie financière, que les codes du travail ont été assouplis, le jeu de la concurrence s'est exacerbé au bénéfice des actionnaires, si bien que là où auparavant nous avions des entreprises qui conduisaient de véritables projets industriels à moyen et long terme, nous avons aujourd'hui des entrepreneurs et des investisseurs qui raisonnent sur le court terme, d'où les dégraissages, restructurations et autres réjouissances. Sans parler des suicides...
Bref, il me semble que vous oubliez la dimension politique de l'économie.
La triade entrepreneur-investisseur-salariés
est à géométrie variable selon l'état des rapports de forces.
Rédigé par : P.-Y. D. | 22 septembre 2009 à 00:39
Monsieur Bilger,
J’irai droit au but. Les mots prononcés par Didier Lombard, le PDG de France Télécom ne relèvent pas d’une faute de langage, ni d’une énorme, super, hyper, méga, tétra… indélicatesse.
Non. Ceci relève de l’indignité d’une personne qui a perdu tout lien avec la réalité des hommes et femmes qui l’on fait devenir « ce qu’il possède » et non pas ce qu’il est, car ce qu’il est, il l’a probablement toujours été.
Pensez donc, le PDG d’une entreprise qui emploie près de 200 000 personnes, qui prononce la locution de « mode du suicide », devant les médias et la planète, peut-on croire que cet humain puisse appréhender le sens du mot « empathie » ; peut-on espérer que ce monsieur soit à même de percevoir que les familles des 23 salariés de son entreprise qui s’y sont donné la mort sont du même genre que lui ?
Toute proportion gardée, cela serait un peu comme si le Chef de l’Etat Français, oublieux de son mandat, se livrait sous le couvert de celui-ci à quelque règlement de compte personnel… inimaginable !
L’un ou l’autre, conscient de sa bévue, pourrait se rétracter jusqu’au centre de la terre que personne ne serait dupe de la nature profonde du sujet.
Voyez-vous, Monsieur Bilger, moi qui n’ai aucune obligation de réserve, et qui suis par ailleurs très sensible à l’expression de l’humanisme non feint qui émane de votre billet, je suis effrayé de constater ce cynisme honteux qui transpire des plus hautes sphères de notre pays.
Sur le niveau des sphères parmi les plus basses, j’officie en tant qu’éducateur technique dans un établissement de travail protégé : E.S.A.T, Etablissement et Services d’Aide par le Travail, plus communément connu sous l’appellation de C.A.T, ancienne dénomination.
La population de ces établissements est constituée de travailleurs que M.Lombard pourrait qualifier de « bras cassés ».
Eh bien je livre un scoop à M.Lombard : « que croyez-vous que ces personnes, amputées d’une expression et d’une capacité dite « normale », puissent trouver en ces lieux qui les relie au monde ?
Le TRAVAIL, Monsieur Lombard, l’accession à l’humanité, la dignité par le TRAVAIL ! Ni plus, ni moins que les 187 000 individus que vous employez ! (et dont vous souhaiteriez réduire le nombre à disons… 150 000, coûte que coûte apparemment)
Si Monsieur Lombard venait à être terrassé par un accident vasculaire cérébral, ce que je ne lui souhaite aucunement, certains pourraient déclamer : « mettons un terme à cette mode des AVC !»
Auquel cas, ayant rejoint les 6% de malheureux qu’il se doit d’incorporer à ses effectifs aux termes de la loi, il se retrouverait au rang des bras cassés… Kafkaïen !
Rédigé par : m.mathurin | 22 septembre 2009 à 00:18
PYD : je vous parle économie, et vous me parlez kleenex. Vous confondez la faits et l'émotion. Vous faites comme si les bons sentiments pouvaient changer les réalités économiques.
En gros, je vous dis : deux et deux font quatre, et nous sommes bien obligés d'en tenir compte.
Et vous me répondez : pas du tout, je ne suis pas d'accord, les chats sont des animaux très gentils.
Vous affirmez que le genre de contrainte économique dont je parle n'existe que dans la période actuelle. Mais c'est faux. Les règles fondamentales de l'économie ont toujours été les mêmes depuis la nuit des temps, même si les économistes en ont proposé différentes versions et différentes interprétations au fil de l'histoire.
Je me suis volontairement borné à utiliser des concepts économiques très élémentaires : chiffre d'affaires, effectifs, profit, faillite.
La comptabilité que nous utilisons aujourd'hui, et où se trouvent ces concepts, est, en gros, la même que celle qui a été inventée au XVème siècle à Venise. Bien avant la Révolution industrielle, donc, pour ne pas parler de l' "ultra-libéralisme".
Vous prétendez que les contraintes que je cite n'existent que dans le cadre de l'économie actuelle, et qu'il est urgent de la changer.
Comme tant d'autres, vous nous assurez, donc, "qu'un autre monde est possible".
Mais vous vous gardez bien de nous dire lequel. Vous vous gardez bien de nous dire par quel miracle vous seriez en mesure d'instaurer une économie ou 2 + 2 ne ferait pas 4, où l'absence prolongée de profits ne mènerait pas une entreprise à la faillite, où il serait possible de payer des salariés sans prélever leur salaire sur une richesse qu'ils auraient auparavant produite.
Vous vous payez de mots.
Pendant ce temps, nos enfants et petits-enfants à naître voient s'accumuler les dettes qu'ils auront à payer toute leur vie, parce que tant de Français sont persuadés que l'argent pousse sur les arbres, et que, pour le faire tomber, il suffit de crier assez fort, de se prétendre plus généreux et plus sensible et plus humaniste que son voisin.
Puisque vous tenez à vous placer sur le terrain des bons sentiments, c'est très mal, vous savez, d'ôter la nourriture de la bouche d'un bébé. Même s'il n'est pas encore né.
Rédigé par : Robert Marchenoir | 21 septembre 2009 à 23:47