C'est une véritable question.
Cela fait longtemps qu'elle mérite d'être formulée tant les diverses instances où l'éloquence était susceptible de s'exprimer - politique, pédagogique et judiciaire notamment - n'offrent plus de quoi satisfaire l'oreille et le goût. Pour tenter de comprendre les raisons de ce délitement, on ne pourra guère échapper à la nostalgie culturelle et à un discours plutôt pessimiste sur l'évolution de nos pratiques. Toutefois, je désire me garder du "déclinisme" si le déclin me semble incontestable.
Ce sujet m'est venu à la suite de la lecture du Figaro littéraire qui d'une part considérait qu'on était passé "de l'art du discours à la formule" et d'autre part citait François Sureau, écrivain et avocat, déclarant que "la dictature de l'émotion a tué l'éloquence". J'ai la faiblesse de penser que d'autres approches pourraient ne pas être inutiles. Celle que je vais proposer mêlera régressions et avancées, mais dont la conséquence a été la même : un amoindrissement de la qualité de l'oralité, voire un naufrage de celle-ci.
D'abord, nous ne sommes plus baignés dans le climat bienfaisant des humanités même si je ne méconnais pas les charmes indiscutables de la modernité qui suscite d'autres rapports avec le réel et avec les mots. Je regrette que pour le moins il n'y ait plus, ou guère, une juxtaposition riche et stimulante entre les langues dites mortes (latin et grec) et les processus de connaissance d'aujourd'hui. Cet appauvrissement, contre lequel, à mon grand regret, ce pouvoir de droite ne s'est pas plus battu que les gouvernements de gauche - comme si l'ombre tutélaire de François Mitterrand pourvoyait à tout sur ce plan -, a été aggravé par le fait que la littérature, les grandes oeuvres du passé, qui enseignent en même temps qu'elles séduisent et font vivre, ne sont plus notre nourriture quotidienne. Ce n'est pas tant que les humanités soient ignorées des générations mûres, pour rester élégant, mais qu'elles n'irriguent plus suffisamment au quotidien le poids des mots. L'éloquence est clairement orpheline de constructions, de structures et de rythmes laissés en déshérence : donc l'éloquence est dépouillée de ce qui lui permettait d'être.
Cet effacement de ce qui donnait au langage parlé sa beauté et son architecture s'est trouvé légitimé par la tendance de notre société non plus seulement à privilégier le choc publicitaire au détriment de l'harmonie classique mais à traiter l'éloquence comme une survivance bêtement conventionnelle. L'ornement qu'elle représente, venant s'ajouter sur des mots qu'on espère chargés de sens, tombe dans l'oubli que nos moeurs actuelles croient devoir infliger à ce qu'elles n'ont plus la finesse d'appréhender. L'éloquence meurt aussi parce qu'on estime non seulement qu'elle n'a plus aucune importance mais que sa disparition est progressiste. Les esprits secs et les sensibilités contemporaines aspirent à une pauvreté de la forme qui les rassure et ne les engage pas dans des labyrinthes grammaticaux et une profusion de vocabulaire qu'ils ne parviendraient pas à maîtriser.
S'arrêter là serait méconnaître ce qu'il y a de profond dans le surgissement ou non de l'éloquence authentique. Probablement, si l'affirmation de la parole, le culte du langage, l'esthétique de l'argumentation sont à ce point devenus secondaires, c'est d'une part parce que la plupart se glorifient d'une absence qui ne les prive pas, d'autre part par faiblesse, par une sorte d'impuissance. Il y a dans l'éloquence bien plus que l'expression achevée d'une parole, aussi et surtout l'expression forte d'une personnalité. Je parle bien donc je me sens bien. Les mots et le pouvoir que suscite leur agencement réussi sont accordés au pouvoir que le langage donne à un être qui le maîtrise. La faiblesse de caractère, l'enfouissement peureux dans l'ombre des autres sont contradictoires avec l'immense audace de croire qu'on peut convaincre et même subvertir par ce qu'on va proférer.
On perçoit mieux alors pourquoi les discours d'aujourd'hui, à l'exception de quelques morceaux d'éloquence qui semblent comme déphasés, décalés dans un monde d'urgence et d'action, paraissent pétris de cette "langue de bois" qui ne dit rien parce qu'on refuse obstinément de lui donner un contenu autre que le fade qu'elle enferme. Le but est est de créer l'illusion : on bouge les lèvres mais au fond rien ne sort qui va troubler, émouvoir, défier ou convaincre. La "langue de bois" est maîtresse dans le monde politique parce que la seule manière de la briser serait de proclamer sa liberté et que cette dernière est interdite qui romprait les alliances et les connivences.
Aussi, ce qui maintenant tient lieu de parole libérée, c'est le propos qui ne vise pas d'autre finalité que d'offrir ce qu'il est, dans sa spontanéité et son imprévisibilité, à ceux qui l'écoutent. Certes, plus rien de commun avec l'éloquence traditionnelle qui distingue l'ornement de l'essentiel, qui adore le voile posé sur le fond et qui se laisse parfois admirer comme si elle avait vocation à prendre toute la lumière. L'orateur qui subjugue, l'avocat qui convainc, l'enseignant qui transmet ou l'intellectuel qui dénonce, en définitive, ne disposent que d'une arme indestructible qui est eux-mêmes. La personne donne sa force à l'idée, et pas l'inverse. Un flux de vie, une pulsion d'existence, un mouvement puissant de création vous gouvernent en même temps que vous vous flattez de les gouverner.
D'un côté, donc, une éloquence néantisée pour engendrer des poncifs qui n'imposeront aucun effort ni à celui qui les prononce ni à ceux qui les écoutent. Une langue de bois pour des êtres encartés à tous points de vue. De l'autre, une éloquence qui, charnelle, tangible, dominatrice ou de partage, ne s'inscrit dans l'espace que dans la mesure où l'orateur lui-même s'y inscrit.
Après ces développements qui prétendent laisser l'éloquence moribonde au bord de notre chemin, j'ai cependant dans ma mémoire, avec Barack Obama notamment ou sur le plan judiciaire avec des avocats prestigieux comme Me Thierry Lévy, Me Henri Leclerc, Me Paul Lombard, Me Jean-Louis Pelletier et Me Georges Kiejman par exemple, des fragments de parole pure au sein desquels, après avoir tordu le cou à l'éloquence classique, s'est réfugié le talent.
Ma question demeure.
"L'éloquence est-elle morte ?
C'est une véritable question."
Si j'en juge par ceci :
"Ils ont laissé à un magistrat, l'avocat général Philippe Bilger, le soin de conclure cette nuit de l'éloquence par un éloge de la "seule véritable parole, celle qui appelle la maladresse, l'incorrection, l'hésitation. Cette parole que l'on entend, à l'audience, de ceux qui ne savent pas qu'ils sont éloquents"."
En aucun cas.
Rédigé par : Catherine JACOB | 20 février 2010 à 14:48
Monsieur l'avocat général,
Je passe sur votre blog avec la curiosité de l'auditrice qui a apprécié l'une de vos dernières interventions radiophoniques et avec la légèreté de celle qui n'étant pas "du monde de la justice" se garderait bien d'y laisser un avis, si peu éclairé, mais votre billet sur l'éloquence ne m'a pas laissée indifférente.
Vous regrettez la perte de qualité actuelle de nos orateurs publics en l'attribuant à un défaut de "bases" (éducation des humanités, structure mentale etc...). C'est très juste.
Il me semble aussi que la disparition de l'éloquence religieuse y est pour quelque chose. Les sermons de Bossuet (que j'ai lus) ou ceux de Maurice Clavel (que j'ai entendu tonner au Carême de Notre-Dame de Paris) formaient l'oreille et réveillaient le coeur. Car l'éloquence est un ensemble : contenu, paroles, gestes et sincérité (je n'ai pas dit vérité car après tout de grands orateurs se sont bien trompés entraînant même leurs auditeurs sur des terrains abominables).
Mais cela n'a rien à voir avec le bavardage de certains qui s'expriment (trop) souvent à la télé en ouvrant le robinet des phrases. On ne voit plus qu'eux alors que l'éloquence est un outil au service d'une cause. Leur langue n'est plus à l'inverse qu'une rhétorique, un exercice démonstratif et sans doute vain mais qui prend beaucoup de place.
Si je ne craignais pas d'abuser (mais halte là, je suis en pleine rhétorique à mon tour !), je vous proposerais avec simplicité quelques lectures complémentaires :
- " Le beau parler françois" de Nicole Rouillé (avec un CD pour "entendre parler comme au XVIIe siècle" avec les intonations et la prononciation restituée : La Fontaine comme si vous y étiez) paru chez Delatour en 2008.
- Langue morte. Bossuet de Michel Delacompté paru cette année chez Gallimard
et pour finir sur les plaidoiries, un livre que vous devez connaître "Grands procès et grandes plaidoieries" qui donne de très grands extraits des plus grands procès du Moyen Age au XIXe siècle (entre autres la défense de Flaubert et de "Madame Bovary" par Me Sénard... C'est passionnant).
Ceci dit, et pour finir sur une note positive (on ne peut plus parler comme Bossuet parce qu'on ne vit plus comme lui) l'éloquence des jeunes générations pourra aussi se rénover en s'inspirant de la sécheresse télégraphique des SMS ou des rythmes poétiques du rap : une "nouvelle éloquence" choc et fun...
Quoi qu'il en soit,
Avocats de tous bords,
votre parole est d'or
mais attention à celle qui endort
comme à celle qui mord,
De votre client vous tenez le sort !
Bien cordialement...
Rédigé par : Isabelle Rambaud | 05 décembre 2009 à 16:16
@Aïssa
La main de Dieu ?
Pourquoi pas plutôt y voir la main du diable, puisque c'est une injustice...
Puisque les foutebolleux français jouent comme des pieds, il a bien fallu qu'il y mette la main pour donner un coup de main à son copain Mammon.
Enjeux importants a-t-on entendu ici ou là... ? qui parle d'en-jeu ?
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 19 novembre 2009 à 15:22
"La main de Dieu... J'y crois pas ! Quelle injustice pour les Irlandais !"
Aïssa
Oui.
"Mais c'est le jeu, c'est ainsi..."
Aïssa
Non.
C'est la grandeur de l'homme que de les refuser. Quand je vois les supporters algériens fêter leur victoire sur les Champs comme en terrain conquis et tous nos blacks qui nous foutent une honte historique, quand j'entends cette gourde de Rama Yade entretenir le spectacle en déclarant - elle prétendue tenante de l'éthique sportive - qu'il n'y a pas eu tricherie, je me dis que ce pays est foutu.
Mais où demander l'asile politique moral et esthétique, où ? Des comme cela il y a en a désormais partout. Je comprends chaque jour un peu mieux les propos de Levi Strauss sur son mépris du monde moderne, de la perte croissante des identités des cultures et des valeurs.
AO
Rédigé par : oursivi@JDR&CJ | 19 novembre 2009 à 14:56
@ Pierre-Antoine,
Merci pour votre précision. Il eut été dommage d'ignorer son nom. La vérité grâce à vous est rétablie.
Je ne connaissais pas l'auteur. Raouf Ben Yaghlane me dites-vous. Je vais parcourir les sites joints en références. Merci encore.
J'ai trouvé son texte très beau et qu'il se rapprochait du discours de la jeune fille dont vous aviez donné également références.
J'ai entendu que sur le net courait un bruit à la vitesse de l'éclair, selon lequel la fin du monde serait pour 2012 ! ou 2033 !
L'éclair ne m'a pas illuminé.
Rédigé par : Marie @Pierre-Antoine | 19 novembre 2009 à 07:40
La main de Dieu... J'y crois pas ! Quelle injustice pour les Irlandais ! Mais c'est le jeu, c'est ainsi... Dans le fond, je suis heureux de cette qualification mais quel boulot il reste à faire, quel progrès encore... Ce Domenech, ma parole ! il a une de ces baraka ! Ah si j'avais la même... Bon, faut que je descende avec mon petit drapeau tricolore ; espérons qu'on ne me fera rien, ils me connaissent... Je les convaincrai peut-être même d'associer à "leur" drapeau algérien leur drapeau français, ils auraient tant à y gagner en lieu que cela ils inspirent en ce moment l'incompréhension, la défiance et la déception...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 18 novembre 2009 à 23:47
@Mary
Auteur connu...
Rendons à César ce qui appartient à Raouf Ben Yaghlane
sources :
http://couleursarcenciel.over-blog.com/article-la-terre-vous-parle-t-elle--37467990.html
et
http://www.epargne-en-conscience.fr/article.php3?id_article=34&id_rubrique=11
Permettez en cadeau une citation de l'apôtre St. Paul (épître aux Romains ch.8 v.20à22):
Car la création a été soumise à la vanité, –non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise, avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement.
C'était bien avant Hulot et Cohn-Bendit...
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 18 novembre 2009 à 22:59
C'est la mi-temps et là aussi c'est éloquent... Mon pronostic est à l'eau ; déjà 1-0 pour l'adversaire irlandais... Je crains fort que notre équipe de France ne soit pas à la hauteur d'une phase finale de coupe du monde... Tant mieux ; au moins ce soir je ne descendrai pas dans la rue avec mon petit drapeau tricolore ; si c'est pour me faire casser la gueule par mes jeunes compatriotes au drapeau algérien qui sont toujours là à faire un boucan d'enfer, non merci...
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 18 novembre 2009 à 21:56
Dans mon quartier populaire, au moment que j'écris ceci, les voitures innombrables tournent à toute vitesse et tout klaxon, drapeau algérien au vent … Il n'y a pas encore le feu ni de dégâts ni violence et je souhaite qu'il n'y en ait pas, ce serait dommage ... Je comprends cette joie et la partage; l'équipe d'Algérie de foot vient de se qualifier pour la prochaine coupe du monde. Cependant je ne m'empêcher de m'interroger: Pourquoi ces jeunes gens de mon quartier et des autres, puisqu'ils fêtent si bruyamment et légitimement cette qualification, pourquoi ces jeunes nés tous ici et français, pourquoi ces jeunes que je connais pour la plupart et dont presque tous n'ont jamais mis un pied en Algérie ce pays de leurs origines, ce pays de leurs arrières parents, leurs parents étant souvent eux-mêmes nés ici, ces jeunes enthousiastes ce soir et qui ne connaissent pas ce pays et en baragouinent à peine la langue n'arborent-ils pas avec la même joie et la même ostentation, à coté du drapeau algérien qu'ils semblent manifestement chérir, le drapeau de leur pays réel la France? Depuis tout à l'heure je suis à ma fenêtre et, stupéfait, je n'ai pas vu un seul de ces français courir ou passer en voiture avec l'étendard tricolore pour signer leur solidarité sportive avec l'équipe algérienne … C'est singulier au moment où l'on ne cause que de l'identité nationale. Il est des soirs comme ceux-là qui sont plus éloquents que tous les discours …
Allez, fauteuil … France 2; Irlande 0.
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 18 novembre 2009 à 21:04
La terre vous parle.
La terre vous parle-t-elle ?
Vous est-il arrivé une fois d’entendre la terre parler ?
Moi oui… Partout où je suis.
Elle n’arrête pas de me poursuivre, dans mon réveil, dans mon sommeil, sous ma douche, quand je marche, même quand je mange.
Elle est même sur ma table.
Elle n’arrête pas de me parler :
« Vous me fatiguez, vous m’épuisez, vous me déchirez avec vos bombes…
Vous me poignardez avec vos missiles, vous faîtes trop de bruit :
Je vous donne à boire, je vous donne à manger,
et certains trouvent le moyen de laisser les autres mourir de faim…
Je vous allaite dès votre naissance, et à la fin de votre vie, je vous reçois,
je vous accueille, je me fais lit pour votre repos.
Je vous sucre, je vous pastèque, je vous aubergine,
Je vous amande, je vous mandarine, je vous fleure, je vous jasmine,
Je vous donne mes odeurs pour vous égayer.
Je vous emmène dans ma mémoire jusqu’à vos ancêtres.
Je me tapisse de neige pour vous distraire,
Et de sable pour vous plaire,
Je me grotte, je me roche, je minéralise,
Je cicatrise vos blessures,
Je vous donne les fruits de vos entrailles,
Je vous porte, je vous emporte,
Je vous supporte, je vous transporte…
Sur chacun de vous il y a mes empreintes, mes couleurs et mes accents…
C’est par ma forme que sont formés les gestes de vos mains quand vous mangez, vos pieds quand vous dansez.
C’est sur moi que tout s’appuie… Votre équilibre vous me le devez.
Ne vous ai-je pas ouvert mon ventre pour répondre à vos besoins ?
Satisfait vos caprices ?
Abrité vos corps ?
Quand vous suffoquez…. Qui vous aère ?
Quand vous vous chagrinez… Qui vous console, vous cajole ?
Je me laisse labourer - vous me goudronnez ;
Je me laisse vendanger - vous me nucléarisez….
Si je voilais mes beautés - Où pourriez-vous planter vos arbres ?
Si je disparaissais - Que pourriez-vous voir ?
Si je retirais mes eaux - Que pourriez-vous boire ?
Si j’emportais mes céréales, mes fruits, mes forêts, mes océans,
Sur quoi iraient se poser les oiseaux ?
Sur quoi iraient courir les chevaux ?
Comment iriez-vous peindre vos gloires, vos victoires, vos guerres,
Vos misères, vos haines et vos amours ?
Attendez-vous à voir mes rivières sécher, mes montagnes s’écrouler…
Ah, je vous connais, ceux que vous avez enterrés m’ont tout raconté de vous.
Vous ai-je déprimé avec mes jardins ?
Vous ai-je stressé avec mes parfums ?
J’étouffe.
Allez vous enterrer ailleurs, votre mort n’est plus dans ma vie….
Vous voulez le ciel… Allez y !
Grimpez dans l’air… Réinventez-vous une existence,
Mais sans moi,
Quand je suis arbre - vous me coupez
Quand je suis céréale - vous me brûlez
Quand je suis eau - vous me polluez
Quand je suis fertile - vous me gaspillez
Quand je suis Afrique - vous m’affamez
Quand je suis pétrole - vous me pompez
Quand je suis Nord - vous me modernisez
Quand je suis Sud - vous me sous-développez
Je n’en peux plus…
Qui pourra me ressourcer ?
Quel autre peuple pourra m’habiter ? »
Vous est-il arrivé une fois d’entendre la terre parler ?
Moi oui…
Auteur inconnu
Rédigé par : Marie | 18 novembre 2009 à 10:05
Et Dieu me fit femme,
Avec de longs cheveux
Les yeux, le nez
Et la bouche de femme,
Avec des rondeurs et des plis
Et le doux creux,
De l'intérieur il me creusa,
Et fit de moi
L'atelier des êtres humains
Il tissa délicatement mes nerfs
Equilibra avec soin
Le nombre de mes hormones,
Composa mon sang
Et me l'injecta
Afin qu'il irrigue
Tout mon corps,
Ainsi naquirent les idées,
Les rêves et l'instinct.
Il créa le tout
A grands coups de souffle
En sculptant avec amour,
Les mille et une choses
Qui me font femme tous les jours,
Et pour lesquelles avec orgueil,
Je me lève chaque matin
Et bénis mon sexe.
Giaconda Belli
Poétesse Nicaraguayenne
Rédigé par : Marie | 18 novembre 2009 à 00:58
@ Alex paulista,
Il a été annoncé il y a quelque temps que le livre était en mauvaise posture, les jeunes n'achetant en priorité que des BD.... ?
Personnellement, comme je vous le disais, je préfère largement le livre au virtuel. Regardez par exemple un code sur internet et compulsez un code que vous tenez à la main. Vous pourrez constater que celui sur internet n'apporte plus la jurisprudence, certaines références que vous retrouvez immanquablement dans son jumeau papier !
Beaucoup de livres présentent aussi des références et parfois donnent des indications complémentaires en fin de livre.
J'ignore si le eBook conserve cette particularité, mais une chose est certaine internet, comme ce qui est miniature, abîme les yeux. En vieillissant ils sont un atout à conserver et soigner !
Rédigé par : Marie @ Alex paulista | 17 novembre 2009 à 21:00
@ Marie
Oui j'ai bien compris. Je trouve amusant que ce simple changement de support soit si important pour vous. Mais vous pouvez vous rassurer, il faut vraiment que la technologie ait une plus-value importante pour qu'elle dépasse le stade d'effet de mode.
Le virtuel de masse, nous y sommes depuis 5 siècles, au moins...
La révolution présente est dans la contraction du temps, due à l'importance prise par le son qui agresse et l'image qui hypnotise.
C'est une sorte de cocaïne, comme expliqué dans 99F.
Rédigé par : Alex paulista | 17 novembre 2009 à 12:45
@Pierre-Antoine,
Merci pour ces références. Magnifique en effet.
J'ajouterai encore qu'il y a parfois de l'éloquence dans les prêches ou propos de certains religieux...
@ Alex paulista,
Vous avez fort bien compris, monsieur Alex, que je faisais allusion au eBook Reader de Sony par exemple qui peut contenir une multitude de livres.
Personnellement, je préfère le contact direct et non le virtuel, toucher un livre !
@Indfrisable,
"L'indifférence contre l'enflure de l'éloquence."
J'adhère.
Rédigé par : Marie | 17 novembre 2009 à 10:16
Un texte de Georges Bataille sur la peinture de Manet fait un sort à l'éloquence pour affirmer "l'opération" que Manet produit dans sa peinture (Georges Bataille, Manet)...
De mémoire, l'éloquence ajoute, enfle, tandis que l'opération enlève, soustrait (Bataille prend pour exemple l'Assassinat de l'Empereur Maximilien où un des soldats parmi le groupe en train de l'exécuter se ronge les ongles... on sent pointer dans la scène l'ennui et l'indifférence, pour un acte somme toute, compte tenu de l'attitude de l'un des soldats, relativement banal).
L'indifférence contre l'enflure de l'éloquence.
Alors que même la littérature devient un acte de communication et d'indifférence à l'égard de l'éloquence, où se situe cette nouvelle modalité du discours ?
Rédigé par : indfrisable | 17 novembre 2009 à 08:41
"Une autre question : N'allons-nous pas au-devant de la mort du livre au profit du tout virtuel ?"
Rédigé par: Marie | 16 novembre 2009 à 08:20
Votre question est très mignonne. Comme si le livre, ce n'était pas du virtuel...
Cordialement.
Rédigé par : Alex paulista | 17 novembre 2009 à 00:50
@Tous,
A mon humble avis, car je suis loin d'avoir la maîtrise du sujet, l'éloquence est l'art de mélanger avec intelligence, la puissance du verbe, la persuasion de l'expression et la chaleur de l'émotion...
Qu'il en manque une partie et le discours est creux, vide de sa substance et de son énergie.
Regardez ceci, était-ce de l'éloquence ?
http://www.dailymotion.com/video/x90jh3_une-fille-de-12-ans-met-une-claque_n
C'était il y a seize ans, elle en avait douze.
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 16 novembre 2009 à 23:22
Cher Monsieur Bilger,
Je vais encore me faire engueuler par Catherine Jacob, car je vais encore faire référence à Moro Giafferi et à Frédéric Pottecher. C'est beau l'éloquence ! Tel Saint Jacques, vous reçûtes un exemplaire du Coran, mais vous n'ouvrîtes jamais ce livre, de vous abhorré. Il vous aurait néanmoins appris qu'infidèle était celui qui n'ensanglantait pas son épée. Tant de siècles après, Michel Simon, un Saltimbanque, discutant avec Jean Renoir (un autre) chez Gègène à Joinville disait "Lors d'un Colloque à Genève, j'ai débuté mon intervention par mon histoire : J'ai fait mes études au Lycée de la rue Calvin " Rigolades générales ! Le Procureur Mornet prétendait lors du procès Pétain qu'il n'avait pas prêté serment au Maréchal car il était à la retraite, mais s'il n'avait été pas le cas son serment n'aurait eu aucune valeur ! C'est beau l'éloquence !
Michel Simon ne faisait pas allusion à des circonstances aussi tragiques et à des connivences judiciaires aussi pathétiques, mais, Monsieur Bilger, l'éloquence n'est rien face à l'honnêteté !
Rédigé par : ROUTA VILLANOVA | 16 novembre 2009 à 19:40
Dame Véronique, je ne connais pas cette tribune de Régis Debray à laquelle vous vous référez. Je viens de la trouver sur Internet, je vais la lire derechef.
Merci pour ces références.
Rédigé par : Marie | 16 novembre 2009 à 18:26
@Bernard-27400
Votre métier dites-vous ? La Bruyère ? Je vous propose Monsieur de La Fontaine ! Pour une illustration de Doré avec une certaine éloquence au bout du crayon ! L'éloquence vivra même en dehors des prétoires et sans doute en autres manches ! Là ce n'est pas mon métier mais une simple pensée ! Cordialement.
.
Rédigé par : J.A | 16 novembre 2009 à 16:06
Marie, quand l'étroitesse du discours politique actuel est évoquée, qu'il concerne le Pouvoir ou les partis de l'opposition, il y a un texte auquel je pense toujours : il s'agit d'une tribune de Régis Debray ayant trait à la campagne électorale de 2007, intitulée "La Coupe de l'Elysée", et parue dans Le Monde en février 2007.
Cette tribune, selon moi d'une écriture parfaite, dit tout du désastre subi par les mots dans le discours politique depuis des décennies. Il dit tout de la banalité de la vision politique qui en a résulté.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 16 novembre 2009 à 11:36
L'éloquence n'apparaît souvent que comme un enrobage destiné à masquer le vide. Le plus important, c'est de dire des choses puissantes, fondées. Emouvoir, captiver par la parole, n'apporte rien à la connaissance des choses.
Rédigé par : LABOCA | 16 novembre 2009 à 10:41
Je me garderai bien d'évoquer l'éloquence des politiques que vous avez relevée ces derniers mois.. quelle soit gestuelle ou orale !
Votre billet me remémore une connaissance qui, comme dans la série "NUMB3RS", trouvait de l'éloquence dans les formules mathématiques et qui traquait ses émotions, lors de ses temps libres, en se créant, au fur et à mesure de ses années d'études, des problèmes à résoudre : équations et autres... Et honnêtement l'éloquence littéraire lui importait peu... Chacun trouve sa littérature où il veut ! Et dans les mathématiques se trouvent également les notions : "égalité ; inégalité" !
C'était encore l'époque où l'ordinateur n'avait pas forcé l'entrée des habitations et où il n'occupait pas les loisirs, comme aujourd'hui, de beaucoup de jeunes qui se complaisent dans les jeux en réseau...
Une autre question : N'allons-nous pas au-devant de la mort du livre au profit du tout virtuel ?
Rédigé par : Marie | 16 novembre 2009 à 08:20
Ne craignez-vous pas de complexer nos politiques par l'éloquence de votre billet ? Mais ont-ils seulement des complexes ?
Il est plus facile de « raser » son auditoire que de le passionner !
Certains discours… politiques sont hypnagogiques et vous font bâiller !
Je reconnais comme l’a avancé un de vos commentateurs que JM Le Pen savait discourir.
Chacun a ses propres inclinations (politiques, scientifiques, historiques…), sur quels critères peut-on baser l’éloquence ? Ce qui touche et plaît à l’un ne satisfait pas systématiquement l’autre.
Toutefois, je dois reconnaître qu’il y a quelques années, à l’occasion d’une plaidoirie d’assises à laquelle j’assistais, j’ai été fort séduite par l’éloquence d’une avocate qui vous scotchait à votre banc. Et ce n'était pas que des effets de manches !
Une belle éloquence influence-t-elle le magistrat instructeur ?
Dame Véronique à votre propos j'ajouterai que les discours de Sarkozy nous ont démontré qu'entre ce qu'il promet ou dénie dans ses effets d'annonces, l'inverse s'applique !
"Je suis pour le droit des victimes...
"La redevance télévisuelle n'augmentera pas....
"Je suis contre l'entrée de la Turquie dans l'Europe...
"Lorraine : "Avec ou sans Mittal, l'Etat investira dans Gandrange.""
"Je ne vous décevrai pas... !"
etc...
Tout un programme !
Rédigé par : Marie | 15 novembre 2009 à 18:47
J'aurais adore m'ecouter parler... je dois me contenter de me faire plaisir a me lire !
Rédigé par : Valerie | 15 novembre 2009 à 17:51