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13 novembre 2009

Commentaires

Catherine JACOB

"L'éloquence est-elle morte ?
C'est une véritable question."

Si j'en juge par ceci :
"Ils ont laissé à un magistrat, l'avocat général Philippe Bilger, le soin de conclure cette nuit de l'éloquence par un éloge de la "seule véritable parole, celle qui appelle la maladresse, l'incorrection, l'hésitation. Cette parole que l'on entend, à l'audience, de ceux qui ne savent pas qu'ils sont éloquents"."

En aucun cas.

Isabelle Rambaud

Monsieur l'avocat général,
Je passe sur votre blog avec la curiosité de l'auditrice qui a apprécié l'une de vos dernières interventions radiophoniques et avec la légèreté de celle qui n'étant pas "du monde de la justice" se garderait bien d'y laisser un avis, si peu éclairé, mais votre billet sur l'éloquence ne m'a pas laissée indifférente.
Vous regrettez la perte de qualité actuelle de nos orateurs publics en l'attribuant à un défaut de "bases" (éducation des humanités, structure mentale etc...). C'est très juste.
Il me semble aussi que la disparition de l'éloquence religieuse y est pour quelque chose. Les sermons de Bossuet (que j'ai lus) ou ceux de Maurice Clavel (que j'ai entendu tonner au Carême de Notre-Dame de Paris) formaient l'oreille et réveillaient le coeur. Car l'éloquence est un ensemble : contenu, paroles, gestes et sincérité (je n'ai pas dit vérité car après tout de grands orateurs se sont bien trompés entraînant même leurs auditeurs sur des terrains abominables).
Mais cela n'a rien à voir avec le bavardage de certains qui s'expriment (trop) souvent à la télé en ouvrant le robinet des phrases. On ne voit plus qu'eux alors que l'éloquence est un outil au service d'une cause. Leur langue n'est plus à l'inverse qu'une rhétorique, un exercice démonstratif et sans doute vain mais qui prend beaucoup de place.
Si je ne craignais pas d'abuser (mais halte là, je suis en pleine rhétorique à mon tour !), je vous proposerais avec simplicité quelques lectures complémentaires :
- " Le beau parler françois" de Nicole Rouillé (avec un CD pour "entendre parler comme au XVIIe siècle" avec les intonations et la prononciation restituée : La Fontaine comme si vous y étiez) paru chez Delatour en 2008.
- Langue morte. Bossuet de Michel Delacompté paru cette année chez Gallimard
et pour finir sur les plaidoiries, un livre que vous devez connaître "Grands procès et grandes plaidoieries" qui donne de très grands extraits des plus grands procès du Moyen Age au XIXe siècle (entre autres la défense de Flaubert et de "Madame Bovary" par Me Sénard... C'est passionnant).
Ceci dit, et pour finir sur une note positive (on ne peut plus parler comme Bossuet parce qu'on ne vit plus comme lui) l'éloquence des jeunes générations pourra aussi se rénover en s'inspirant de la sécheresse télégraphique des SMS ou des rythmes poétiques du rap : une "nouvelle éloquence" choc et fun...
Quoi qu'il en soit,

Avocats de tous bords,
votre parole est d'or
mais attention à celle qui endort
comme à celle qui mord,
De votre client vous tenez le sort !

Bien cordialement...

Pierre-Antoine

@Aïssa

La main de Dieu ?
Pourquoi pas plutôt y voir la main du diable, puisque c'est une injustice...
Puisque les foutebolleux français jouent comme des pieds, il a bien fallu qu'il y mette la main pour donner un coup de main à son copain Mammon.
Enjeux importants a-t-on entendu ici ou là... ? qui parle d'en-jeu ?

Cordialement

Pierre-Antoine

oursivi@JDR&CJ

"La main de Dieu... J'y crois pas ! Quelle injustice pour les Irlandais !"
Aïssa

Oui.

"Mais c'est le jeu, c'est ainsi..."
Aïssa

Non.

C'est la grandeur de l'homme que de les refuser. Quand je vois les supporters algériens fêter leur victoire sur les Champs comme en terrain conquis et tous nos blacks qui nous foutent une honte historique, quand j'entends cette gourde de Rama Yade entretenir le spectacle en déclarant - elle prétendue tenante de l'éthique sportive - qu'il n'y a pas eu tricherie, je me dis que ce pays est foutu.

Mais où demander l'asile politique moral et esthétique, où ? Des comme cela il y a en a désormais partout. Je comprends chaque jour un peu mieux les propos de Levi Strauss sur son mépris du monde moderne, de la perte croissante des identités des cultures et des valeurs.

AO

Marie @Pierre-Antoine

@ Pierre-Antoine,

Merci pour votre précision. Il eut été dommage d'ignorer son nom. La vérité grâce à vous est rétablie.
Je ne connaissais pas l'auteur. Raouf Ben Yaghlane me dites-vous. Je vais parcourir les sites joints en références. Merci encore.

J'ai trouvé son texte très beau et qu'il se rapprochait du discours de la jeune fille dont vous aviez donné également références.

J'ai entendu que sur le net courait un bruit à la vitesse de l'éclair, selon lequel la fin du monde serait pour 2012 ! ou 2033 !
L'éclair ne m'a pas illuminé.

Aïssa Lacheb-Boukachache

La main de Dieu... J'y crois pas ! Quelle injustice pour les Irlandais ! Mais c'est le jeu, c'est ainsi... Dans le fond, je suis heureux de cette qualification mais quel boulot il reste à faire, quel progrès encore... Ce Domenech, ma parole ! il a une de ces baraka ! Ah si j'avais la même... Bon, faut que je descende avec mon petit drapeau tricolore ; espérons qu'on ne me fera rien, ils me connaissent... Je les convaincrai peut-être même d'associer à "leur" drapeau algérien leur drapeau français, ils auraient tant à y gagner en lieu que cela ils inspirent en ce moment l'incompréhension, la défiance et la déception...


Aïssa.

Pierre-Antoine

@Mary
Auteur connu...

Rendons à César ce qui appartient à Raouf Ben Yaghlane

sources :
http://couleursarcenciel.over-blog.com/article-la-terre-vous-parle-t-elle--37467990.html
et
http://www.epargne-en-conscience.fr/article.php3?id_article=34&id_rubrique=11

Permettez en cadeau une citation de l'apôtre St. Paul (épître aux Romains ch.8 v.20à22):
Car la création a été soumise à la vanité, –non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise, avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement.

C'était bien avant Hulot et Cohn-Bendit...

Cordialement

Pierre-Antoine


Aïssa Lacheb-Boukachache

C'est la mi-temps et là aussi c'est éloquent... Mon pronostic est à l'eau ; déjà 1-0 pour l'adversaire irlandais... Je crains fort que notre équipe de France ne soit pas à la hauteur d'une phase finale de coupe du monde... Tant mieux ; au moins ce soir je ne descendrai pas dans la rue avec mon petit drapeau tricolore ; si c'est pour me faire casser la gueule par mes jeunes compatriotes au drapeau algérien qui sont toujours là à faire un boucan d'enfer, non merci...


Aïssa.

Aïssa Lacheb-Boukachache

Dans mon quartier populaire, au moment que j'écris ceci, les voitures innombrables tournent à toute vitesse et tout klaxon, drapeau algérien au vent … Il n'y a pas encore le feu ni de dégâts ni violence et je souhaite qu'il n'y en ait pas, ce serait dommage ... Je comprends cette joie et la partage; l'équipe d'Algérie de foot vient de se qualifier pour la prochaine coupe du monde. Cependant je ne m'empêcher de m'interroger: Pourquoi ces jeunes gens de mon quartier et des autres, puisqu'ils fêtent si bruyamment et légitimement cette qualification, pourquoi ces jeunes nés tous ici et français, pourquoi ces jeunes que je connais pour la plupart et dont presque tous n'ont jamais mis un pied en Algérie ce pays de leurs origines, ce pays de leurs arrières parents, leurs parents étant souvent eux-mêmes nés ici, ces jeunes enthousiastes ce soir et qui ne connaissent pas ce pays et en baragouinent à peine la langue n'arborent-ils pas avec la même joie et la même ostentation, à coté du drapeau algérien qu'ils semblent manifestement chérir, le drapeau de leur pays réel la France? Depuis tout à l'heure je suis à ma fenêtre et, stupéfait, je n'ai pas vu un seul de ces français courir ou passer en voiture avec l'étendard tricolore pour signer leur solidarité sportive avec l'équipe algérienne … C'est singulier au moment où l'on ne cause que de l'identité nationale. Il est des soirs comme ceux-là qui sont plus éloquents que tous les discours …

Allez, fauteuil … France 2; Irlande 0.


Aïssa.

Marie

La terre vous parle.

La terre vous parle-t-elle ?
Vous est-il arrivé une fois d’entendre la terre parler ?
Moi oui… Partout où je suis.
Elle n’arrête pas de me poursuivre, dans mon réveil, dans mon sommeil, sous ma douche, quand je marche, même quand je mange.
Elle est même sur ma table.
Elle n’arrête pas de me parler :
« Vous me fatiguez, vous m’épuisez, vous me déchirez avec vos bombes…
Vous me poignardez avec vos missiles, vous faîtes trop de bruit :
Je vous donne à boire, je vous donne à manger,
et certains trouvent le moyen de laisser les autres mourir de faim…
Je vous allaite dès votre naissance, et à la fin de votre vie, je vous reçois,
je vous accueille, je me fais lit pour votre repos.
Je vous sucre, je vous pastèque, je vous aubergine,
Je vous amande, je vous mandarine, je vous fleure, je vous jasmine,
Je vous donne mes odeurs pour vous égayer.
Je vous emmène dans ma mémoire jusqu’à vos ancêtres.
Je me tapisse de neige pour vous distraire,
Et de sable pour vous plaire,
Je me grotte, je me roche, je minéralise,
Je cicatrise vos blessures,
Je vous donne les fruits de vos entrailles,
Je vous porte, je vous emporte,
Je vous supporte, je vous transporte…
Sur chacun de vous il y a mes empreintes, mes couleurs et mes accents…
C’est par ma forme que sont formés les gestes de vos mains quand vous mangez, vos pieds quand vous dansez.
C’est sur moi que tout s’appuie… Votre équilibre vous me le devez.
Ne vous ai-je pas ouvert mon ventre pour répondre à vos besoins ?
Satisfait vos caprices ?
Abrité vos corps ?
Quand vous suffoquez…. Qui vous aère ?
Quand vous vous chagrinez… Qui vous console, vous cajole ?
Je me laisse labourer - vous me goudronnez ;
Je me laisse vendanger - vous me nucléarisez….
Si je voilais mes beautés - Où pourriez-vous planter vos arbres ?
Si je disparaissais - Que pourriez-vous voir ?
Si je retirais mes eaux - Que pourriez-vous boire ?
Si j’emportais mes céréales, mes fruits, mes forêts, mes océans,
Sur quoi iraient se poser les oiseaux ?
Sur quoi iraient courir les chevaux ?
Comment iriez-vous peindre vos gloires, vos victoires, vos guerres,
Vos misères, vos haines et vos amours ?
Attendez-vous à voir mes rivières sécher, mes montagnes s’écrouler…
Ah, je vous connais, ceux que vous avez enterrés m’ont tout raconté de vous.
Vous ai-je déprimé avec mes jardins ?
Vous ai-je stressé avec mes parfums ?
J’étouffe.
Allez vous enterrer ailleurs, votre mort n’est plus dans ma vie….
Vous voulez le ciel… Allez y !
Grimpez dans l’air… Réinventez-vous une existence,
Mais sans moi,
Quand je suis arbre - vous me coupez
Quand je suis céréale - vous me brûlez
Quand je suis eau - vous me polluez
Quand je suis fertile - vous me gaspillez
Quand je suis Afrique - vous m’affamez
Quand je suis pétrole - vous me pompez
Quand je suis Nord - vous me modernisez
Quand je suis Sud - vous me sous-développez
Je n’en peux plus…
Qui pourra me ressourcer ?
Quel autre peuple pourra m’habiter ? »

Vous est-il arrivé une fois d’entendre la terre parler ?
Moi oui…

Auteur inconnu

Marie

Et Dieu me fit femme,
Avec de longs cheveux
Les yeux, le nez
Et la bouche de femme,
Avec des rondeurs et des plis
Et le doux creux,
De l'intérieur il me creusa,
Et fit de moi
L'atelier des êtres humains

Il tissa délicatement mes nerfs
Equilibra avec soin
Le nombre de mes hormones,
Composa mon sang
Et me l'injecta
Afin qu'il irrigue
Tout mon corps,
Ainsi naquirent les idées,
Les rêves et l'instinct.

Il créa le tout
A grands coups de souffle
En sculptant avec amour,
Les mille et une choses
Qui me font femme tous les jours,
Et pour lesquelles avec orgueil,
Je me lève chaque matin
Et bénis mon sexe.

Giaconda Belli
Poétesse Nicaraguayenne

Marie @ Alex paulista

@ Alex paulista,

Il a été annoncé il y a quelque temps que le livre était en mauvaise posture, les jeunes n'achetant en priorité que des BD.... ?

Personnellement, comme je vous le disais, je préfère largement le livre au virtuel. Regardez par exemple un code sur internet et compulsez un code que vous tenez à la main. Vous pourrez constater que celui sur internet n'apporte plus la jurisprudence, certaines références que vous retrouvez immanquablement dans son jumeau papier !

Beaucoup de livres présentent aussi des références et parfois donnent des indications complémentaires en fin de livre.
J'ignore si le eBook conserve cette particularité, mais une chose est certaine internet, comme ce qui est miniature, abîme les yeux. En vieillissant ils sont un atout à conserver et soigner !

Alex paulista

@ Marie

Oui j'ai bien compris. Je trouve amusant que ce simple changement de support soit si important pour vous. Mais vous pouvez vous rassurer, il faut vraiment que la technologie ait une plus-value importante pour qu'elle dépasse le stade d'effet de mode.

Le virtuel de masse, nous y sommes depuis 5 siècles, au moins...

La révolution présente est dans la contraction du temps, due à l'importance prise par le son qui agresse et l'image qui hypnotise.
C'est une sorte de cocaïne, comme expliqué dans 99F.

Marie

@Pierre-Antoine,

Merci pour ces références. Magnifique en effet.

J'ajouterai encore qu'il y a parfois de l'éloquence dans les prêches ou propos de certains religieux...

@ Alex paulista,

Vous avez fort bien compris, monsieur Alex, que je faisais allusion au eBook Reader de Sony par exemple qui peut contenir une multitude de livres.

Personnellement, je préfère le contact direct et non le virtuel, toucher un livre !


@Indfrisable,

"L'indifférence contre l'enflure de l'éloquence."

J'adhère.

indfrisable

Un texte de Georges Bataille sur la peinture de Manet fait un sort à l'éloquence pour affirmer "l'opération" que Manet produit dans sa peinture (Georges Bataille, Manet)...

De mémoire, l'éloquence ajoute, enfle, tandis que l'opération enlève, soustrait (Bataille prend pour exemple l'Assassinat de l'Empereur Maximilien où un des soldats parmi le groupe en train de l'exécuter se ronge les ongles... on sent pointer dans la scène l'ennui et l'indifférence, pour un acte somme toute, compte tenu de l'attitude de l'un des soldats, relativement banal).

L'indifférence contre l'enflure de l'éloquence.

Alors que même la littérature devient un acte de communication et d'indifférence à l'égard de l'éloquence, où se situe cette nouvelle modalité du discours ?

Alex paulista

"Une autre question : N'allons-nous pas au-devant de la mort du livre au profit du tout virtuel ?"

Rédigé par: Marie | 16 novembre 2009 à 08:20

Votre question est très mignonne. Comme si le livre, ce n'était pas du virtuel...

Cordialement.

Pierre-Antoine

@Tous,

A mon humble avis, car je suis loin d'avoir la maîtrise du sujet, l'éloquence est l'art de mélanger avec intelligence, la puissance du verbe, la persuasion de l'expression et la chaleur de l'émotion...
Qu'il en manque une partie et le discours est creux, vide de sa substance et de son énergie.

Regardez ceci, était-ce de l'éloquence ?

http://www.dailymotion.com/video/x90jh3_une-fille-de-12-ans-met-une-claque_n

C'était il y a seize ans, elle en avait douze.

Cordialement

Pierre-Antoine

ROUTA VILLANOVA

Cher Monsieur Bilger,

Je vais encore me faire engueuler par Catherine Jacob, car je vais encore faire référence à Moro Giafferi et à Frédéric Pottecher. C'est beau l'éloquence ! Tel Saint Jacques, vous reçûtes un exemplaire du Coran, mais vous n'ouvrîtes jamais ce livre, de vous abhorré. Il vous aurait néanmoins appris qu'infidèle était celui qui n'ensanglantait pas son épée. Tant de siècles après, Michel Simon, un Saltimbanque, discutant avec Jean Renoir (un autre) chez Gègène à Joinville disait "Lors d'un Colloque à Genève, j'ai débuté mon intervention par mon histoire : J'ai fait mes études au Lycée de la rue Calvin " Rigolades générales ! Le Procureur Mornet prétendait lors du procès Pétain qu'il n'avait pas prêté serment au Maréchal car il était à la retraite, mais s'il n'avait été pas le cas son serment n'aurait eu aucune valeur ! C'est beau l'éloquence !
Michel Simon ne faisait pas allusion à des circonstances aussi tragiques et à des connivences judiciaires aussi pathétiques, mais, Monsieur Bilger, l'éloquence n'est rien face à l'honnêteté !

Marie

Dame Véronique, je ne connais pas cette tribune de Régis Debray à laquelle vous vous référez. Je viens de la trouver sur Internet, je vais la lire derechef.
Merci pour ces références.

J.A

@Bernard-27400
Votre métier dites-vous ? La Bruyère ? Je vous propose Monsieur de La Fontaine ! Pour une illustration de Doré avec une certaine éloquence au bout du crayon ! L'éloquence vivra même en dehors des prétoires et sans doute en autres manches ! Là ce n'est pas mon métier mais une simple pensée ! Cordialement.


.

Véronique Raffeneau

Marie, quand l'étroitesse du discours politique actuel est évoquée, qu'il concerne le Pouvoir ou les partis de l'opposition, il y a un texte auquel je pense toujours : il s'agit d'une tribune de Régis Debray ayant trait à la campagne électorale de 2007, intitulée "La Coupe de l'Elysée", et parue dans Le Monde en février 2007.

Cette tribune, selon moi d'une écriture parfaite, dit tout du désastre subi par les mots dans le discours politique depuis des décennies. Il dit tout de la banalité de la vision politique qui en a résulté.

LABOCA

L'éloquence n'apparaît souvent que comme un enrobage destiné à masquer le vide. Le plus important, c'est de dire des choses puissantes, fondées. Emouvoir, captiver par la parole, n'apporte rien à la connaissance des choses.

Marie

Je me garderai bien d'évoquer l'éloquence des politiques que vous avez relevée ces derniers mois.. quelle soit gestuelle ou orale !

Votre billet me remémore une connaissance qui, comme dans la série "NUMB3RS", trouvait de l'éloquence dans les formules mathématiques et qui traquait ses émotions, lors de ses temps libres, en se créant, au fur et à mesure de ses années d'études, des problèmes à résoudre : équations et autres... Et honnêtement l'éloquence littéraire lui importait peu... Chacun trouve sa littérature où il veut ! Et dans les mathématiques se trouvent également les notions : "égalité ; inégalité" !

C'était encore l'époque où l'ordinateur n'avait pas forcé l'entrée des habitations et où il n'occupait pas les loisirs, comme aujourd'hui, de beaucoup de jeunes qui se complaisent dans les jeux en réseau...

Une autre question : N'allons-nous pas au-devant de la mort du livre au profit du tout virtuel ?

Marie

Ne craignez-vous pas de complexer nos politiques par l'éloquence de votre billet ? Mais ont-ils seulement des complexes ?

Il est plus facile de « raser » son auditoire que de le passionner !
Certains discours… politiques sont hypnagogiques et vous font bâiller !
Je reconnais comme l’a avancé un de vos commentateurs que JM Le Pen savait discourir.

Chacun a ses propres inclinations (politiques, scientifiques, historiques…), sur quels critères peut-on baser l’éloquence ? Ce qui touche et plaît à l’un ne satisfait pas systématiquement l’autre.

Toutefois, je dois reconnaître qu’il y a quelques années, à l’occasion d’une plaidoirie d’assises à laquelle j’assistais, j’ai été fort séduite par l’éloquence d’une avocate qui vous scotchait à votre banc. Et ce n'était pas que des effets de manches !
Une belle éloquence influence-t-elle le magistrat instructeur ?

Dame Véronique à votre propos j'ajouterai que les discours de Sarkozy nous ont démontré qu'entre ce qu'il promet ou dénie dans ses effets d'annonces, l'inverse s'applique !

"Je suis pour le droit des victimes...
"La redevance télévisuelle n'augmentera pas....
"Je suis contre l'entrée de la Turquie dans l'Europe...
"Lorraine : "Avec ou sans Mittal, l'Etat investira dans Gandrange.""

"Je ne vous décevrai pas... !"

etc...

Tout un programme !

Valerie

J'aurais adore m'ecouter parler... je dois me contenter de me faire plaisir a me lire !

catherine A

J'apprécie l'éloquence, comme le bonheur de plume, mais elle n'est, me semble-t-il, pas une vertu. Juste un talent. Le résultat aussi souvent d'une éducation.

jpledun

SR c'est Marianne dans le texte.
A jeter.

semtob

Cher Philippe,

L'éloquence, c'est aussi "la neige, c'est mouillé", vous vous souvenez ... dans " Le huitième jour ".
L'éloquence, elle est partout pour les amoureux du langage...
Il y a beaucoup de choses à faire pour soutenir la numérisation des cultures orales. Des savoirs faire, des chants, des légendes s'évanouissent, alors que nous avons tous les outils pour les conserver.
Si nous vous avions écrit ces considérations
en hiérarchisant nos priorités, en argumentant nos motivations, nous aurions exécuté une formulation académique.
La qualité de l'orateur est tout autre, c'est une voix, un timbre, un débit, une chaleur, toute une présence que personne ne peut définir.
françoise et karell Semtob

Sofienne

Bonjour M. Bilger,

J'ai tendance à croire - a tort ou à raison, nous verrons bien - que ceci n'est que transitoire.

Aujourd'hui, il est effectivement difficile de trouver bon orateur parmi ceux qui composent notre classe politique - et indépendamment de toute opinion, je ne m'attache ici qu'au talent. En France, D. de Villepin fait sans doute figure d'exception. Il suffit de comparer les discours des politiques des années 70 à 90 (je pense évidemment à VGE, à Mitterrand, mais il y en a bien d'autres - c'est que l'éloquence était la règle) à ceux d'aujourd'hui pour s'en convaincre.

Cela ne se limite pas à la classe politique. Les déclarations de nos chefs d'entreprises, les sketchs de nos amuseurs publics - Desproges, Devos, comparés à Dubosc ou Bigard par exemple - me semblent également souffrir du mal que vous décrivez.

Pour autant, je n'ai pas l'impression qu'ils en soient coupables : j'ai l'impression toute subjective que le public d'aujourd'hui préfère simplement le rapide, l'évident, l'efficace, sans qu'il ne doive y avoir besoin de réflexion.

Au lycée, j'entendais de tous ces discours talentueux qu'ils étaient "prise de tête". Au travail, j'entends maintenant qu'ils sont "compliqués", voire "fatigants". L'heure est à l'immédiateté, à la simplification, qu'importe qu'elle soit réductrice pourvu qu'elle ne fatigue pas. La motivation presque officielle de ce changement est le gain de temps. On veut que tout aille vite. Cependant, j'ai plutôt tendance à l'imputer à la paresse intellectuelle. Le Mac Discours "fait le boulot" ; qu'importe son aspect pauvre, brouillon, ou approximatif.

Pour aller plus loin, mon sentiment est que l'on observe également cette tendance en musique, ou encore au cinéma.

C'est triste. C'est moche. C'est dommage.
Mais pour y revenir, je pense que ce n'est que transitoire. L'histoire montre que les choses se succèdent et se compensent sans cesse. Elles se répètent, même si cette répétition peut s'accompagner d'un changement de forme : les crises économiques et les périodes de prospérité, les guerres et les paix, les courants artistiques forts et les recherches un peu vaines... Je crois que cette période de paresse se terminera bien tôt ou tard, et que lui succèdera une période de dynamisme intellectuel. J'espère simplement que l'on verra cette période.

Robert

L'éloquence n'est sans doute en grande partie que l'élégance du verbe mise au service de la volonté de convaincre. Certes, on peut regretter qu'elle se meure elle aussi. Mais sans doute n'est-ce pas là le plus important, car tout un chacun ne possède pas cette qualité formelle d'expression orale, malgré d'autres qualités intellectuelles ou une excellente maîtrise de l'expression écrite.

Je rejoins en ce sens Jean-Dominique Reffait que je cite : "J'aurais beaucoup à dire sur un sujet dont on ne devine pas sans doute le caractère fondamental : c'est l'oralité qui fonde les civilisations, l'éloquence porte les hommes à les développer, la fin de l'éloquence, en tant que forme primitive des autres formes, signe la fin des civilisations tant il me paraît incontestable qu'une civilisation, c'est d'abord une forme."

Ce qui me paraît fondamentalement regrettable c'est la perte de qualité de l'expression orale dans le français quotidiennement parlé.
Le plus grave à mon sens c'est d'abord la faiblesse de l'expression des journalistes dans les médias, radio et télévision. De fait, depuis une trentaine d'années, le but n'a été que de se faire comprendre par la grande majorité de la population et pour cela utiliser une langue appauvrie, réduite à quelque six cents mots...
L'achèvement de la langue parlée a été ensuite réglé par la publicité. Il suffit de voir ce qui est maintenant considéré par certains comme relevant de la vulgarité.
Enfin, la paresse intellectuelle se traduit par la profusion des anglicismes, au prétexte que le français ne saurait permettre l'expression des choses, soit dans leur concept, soit dans la brièveté de leur expression...

Enfin, comme à présent l'on a tendance à écrire comme l'on parle, cet appauvrissement se retrouve dans la plupart des écrits, singulièrement dans la presse écrite quotidienne.

Tout cela ne serait-il pas, à l'heure où l'on reparle d'identité nationale, le symbole ou la traduction de la disparition quasi complète du fait national, ce dernier reposant en grande partie sur la langue commune et donc la culture commune ?

Bernard-27400

@ J.A

Point d'éloquence dans l'image.
J'en parle d'autant mieux que c'est mon métier. Avec une pensée pour La Bruyère, j'écris que l'informatique nous a fait passer sans transition de Racine à Corneille.

SR

L'élection présidentielle est une supercherie, 53 % pour le candidat UMP et 47 % pour le PS ne veulent rien dire, car ne sont jamais pris en compte le vote blanc qui est pourtant lourd de significations. Je vote blanc car je refuse d'adhérer à la fabrique institutionnalisée de crétins consentants par des personnalités mégalomanes qui relèvent de la psychiatrie.

Marie

@ SR,

J'aime beaucoup. Cependant vous avez oublié dans votre énumération, les privautés du Gourou !

Charles Henri Vienne

Après avoir lu votre profonde méditation sur l'éloquence, j'ai repris le beau livre de Catherine Chalier "Transmettre, de génération en génération", j'y ai retrouvé ceci : "En effet, l'acte de dire - de dire à quelqu'un - met en oeuvre des forces émotionnelles et imaginatives, historiques et sociales, incommensurables à la sagesse des concepts. Or ces forces sont vitales, sans elles, comme on le verra, la transmission se stérilise peu à peu, laissant les générations nouvelles dans un immense désarroi."
Ou encore cela : "Le fait de raconter devient certes parfois routinier, répétitif, sans saveur et sans goût - et sans signification - , parce que ceux qui ont la charge ou l'initiative, ne savent pas - ou ont oublié depuis longtemps - comment dire les paroles qu'ils transmettent pour qu'elles touchent autrui, comment veiller sur la vie du sens avec leur propre chair, leurs émotions, leur sensibilité et leur intelligence. À défaut de ce savoir, ils veulent imposer ces paroles, avec violence parfois, en intimidant, voire en stérilisant à la source toute interrogation chez leurs auditeurs, mais sans pouvoir retenir longtemps les plus rebelles à l'absence de saveur de leurs paroles, ceux dont le désir résiste à l'intimidation."
Je m'en vais marcher en gardant à l'esprit, comme un noyau d'olive dans la bouche, ce que vous écrivez de la liberté et des alliances et connivences qu'elle rompt.

Véronique Raffeneau

"On ne peut pas vouloir profiter de la gratuité des études qui est l'une des plus belles conquêtes de la République et ne pas être assidu aux cours, ne pas témoigner de la considération pour ses professeurs, ne pas respecter les bâtiments qui vous accueillent"
(extrait du discours de Nicolas Sarkozy prononcé le 12 novembre dernier)

En réalité, je suis toujours mal à l'aise pour commenter vos billets fondés autour des questions de morale et des principes publics.

Si je cite cette phrase d'une intervention récente de NS c'est parce qu'elle pourrait, selon moi, traduire une forme d'éloquence dans le discours politique dont vous regrettez la disparition.

Seulement voilà.

Cette phrase dont la tonalité est évidente de vérité fait suite à "un coup", une fusée d'essai lancée dans le débat public il y a quelques semaines juste pour éprouver la tolérance de l'opinion à cette idée si médiocre et si affligeante d'une rémunération qui viendrait "récompenser"... la présence des élèves au lycée.

Autant dire que cette stratégie qui consiste dans un premier temps à tester en live auprès de l'opinion sa capacité à savoir accepter ou refuser ce qui met à bas tout un sens commun des choses détruit d'entrée tout le bénéfice d'une phrase selon moi plutôt bien sentie et à la tonalité juste.

Je pense que le drame du discours politique actuel, qu'il concerne le Pouvoir ou ce qu'il reste de l'opposition, est qu'aujourd'hui il est systématiquement construit à la manière de cette stratégie en deux temps.

En premier, l'initiative, l'expérimentation qui ne s'embarrasse d'aucune forme ou de considération pour ce qui touche à des valeurs, des références et à des traditions communes.

D'abord une forme de brutalité qui cumule toutes les vulgarités et toutes les médiocrités d'une action ciblée et sommaire. L'effet d'annonce juste pour évaluer les virtualités de résistance ou d'approbation de l'opinion qui est sans cesse confondue avec le concept d'intérêt social et sociétal. Le sondage permanent in vivo.

Puis le discours, la petite phrase qui sera la façon de clore la provocation.

Dans le post précédent nous parlions de ces scénarisations en permanence et en continu de la parole présidentielle en particulier, de la parole politique en général, mises en place depuis le tout début des années 80 avec une accélération nette depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.

Je pense que cette perversion et que cette déperdition dans le discours politique sont à relier en premier à cette inversion qui consiste à présent pour les politiques à ne commenter encore et encore que les piètres petites fusées qu'ils jettent comme ça, d'un coup, juste pour voir l'effet produit dans le débat médiatique et public.

"...à la suite de la lecture du Figaro littéraire qui d'une part considérait qu'on était passé "de l'art du discours à la formule"

Tant que les politiques, les observateurs et les commentateurs politiques croiront dur comme fer que François Mitterrand a été élu en raison de "La Force tranquille", de son clocher et de la "Génération Mitterrand", que Jacques Chirac a été élu en raison de "La fracture sociale", que Nicolas Sarkozy a été élu pour "gagner plus en travaillant plus", et qu'il leur faut penser l'action publique toujours, tout le temps, seulement en termes de "coups" pour forcer la société à aller là où elle ne veut pas aller, ce n'est plus seulement d'un naufrage de l'éloquence dont il vous faudra parler, mais d'une chose politique entièrement disloquée aux mains de sociétés de communication, dont le seul métier et la seule raison d'être et de perdurer consistent à fabriquer encore et encore de l'écume et de la fumée.

Je pense que les difficultés rencontrées par NS à mi-parcours mettent d'abord en évidence l'insignifiance et la limite atteinte de cette capture du discours politique réduit à la seule ambition du "coup" à tenter et à réussir.

Selon moi, c'est toute cette quincaillerie qui est en train de se disloquer jour après jour.

Il a juste suffi qu'un journaliste de Libération se replonge sérieusement dans le contexte réel politique et international du 09 novembre 1989 pour que le scénario édifiant fabriqué par un conseiller communication sans culture historique minimum réelle s'effondre en un rien de temps comme un château de cartes.

C'est le souci des malfaçons. Il suffit simplement de regarder la grossièreté des coutures pour se rendre compte des défauts de fabrication.


jpledun@sr

Les 53% de crétins consentants vous remercient.

Alex paulista


Goûter à l'éloquence et la finesse de la langue est une chose dont on revient aussi. Aujourd'hui que je comprends le portugais sans effort particulier, je regrette presque le début où la musique des sons complétait les quelques mots que j'arrivais à saisir. L'éloquence est aussi dans le regard.

Mais aujourd'hui c'est sexta, 19h à NY même là bas les banques n'appelleront plus. Rien n'a alors plus autant de grâce que le bruit de la bière dans le verre, une bonne samba et quelques amis.
Les choses simples ont le mérite de tenir leurs promesses.

Je suis au bar d'en bas:

Jean-Dominique Reffait

La morale, le ridicule, l'éloquence, trois billets qui parlent de la même chose : une certaine identité française en danger de dissolution par ceux-là mêmes qui en exhibent les guenilles.

J'aurais beaucoup à dire sur un sujet dont on ne devine pas sans doute le caractère fondamental : c'est l'oralité qui fonde les civilisations, l'éloquence porte les hommes à les développer, la fin de l'éloquence, en tant que forme primitive des autres formes, signe la fin des civilisations tant il me paraît incontestable qu'une civilisation, c'est d'abord une forme.

J'aurais trop à dire, donc je m'en tiens là. Ce billet, comme les précédents, est important.

Pierre-Philippe.

Monsieur l'Avocat Général,

Non ! L'éloquence n'est pas morte et c'est la jeunesse qui parle ! Elle n'appartient pas au passé. L'éloquence qu'elle soit judiciaire ou politique, évolue, change, s'adapte mais ne meurt jamais.
Si l'éloquence semble n'appartenir qu'à une certaine élite, faisons alors en sorte qu'elle soit au service des plus grandes idées, des plus belles défenses et des meilleurs combats.
L'éloquence a souvent fait avancer les démocraties et finalement la meilleure preuve de son existence c'est qu'aujourd'hui on en parle toujours !

SR

Dès la première année de droit est organisé un concours d'éloquence pour stimuler les étudiants dans une compétition. C'est toujours un mec à mèche longue savamment décoiffée chemise Ralph Lauren et mocassins Weston qui l'emporte la main sur le coeur prêt à sacrifier sa vie pour la veuve et l'orphelin, le genre Dominique de Villepin. Bref, encore un texte qui ne veut pas dire son nom, en votant Nicolas Sarkozy beaucoup d'électeurs ont mis de côté leurs exigences. Les propos de votre gourou UMP doivent vous étouffer chaque matin, mais vous avez négocié avec un vendeur de breloques qui tutoie à tout va, qui mâche un malabar comme un morveux, ment comme un parvenu, transpire quand une phrase comporte plus de quatre mots, et jure comme un plouc. C'est un beauf qui a contaminé la société française, une fabrique de crétins consentants. Je lui reconnais ce talent à votre chef de cette droite décomplexée, avoir placé l'inculture et l'ignorance au centre des débats.

Ludovic

Bonjour M. Bilger,

Je ne saurais dire si l'éloquence est morte, il y a là matière à un très beau sujet de philosophie. Toujours est-il que l'éloquence a toujours été l'apanage des élites.
L'importance de celle-ci a, à mon sens trouvé ses origines dans le modèle des cités grecques antiques. L'invention de la démocratie, directe qui plus est, à Athènes au cours du VIème et surtout au Vème siècle avant Jésus-Christ a laissé la part belle aux orateurs. Démosthène, bègue pourtant, Eschine, Isocrate, en furent de brillants exemples. Dès lors que la monarchie laissait place au gouvernement des citoyens, les orateurs (je n'ose dire les leaders politiques) n'avaient d'autre choix que d'adopter une rhétorique bien huilée et une argumentation sans faille pour emporter l'adhésion d'une majorité de l'ecclesia à une époque où les partis politiques n'existaient pas.
Jean-Michel David, dans sa thèse d'Etat consacrée au "patronat judiciaire au dernier siècle de la République Romaine", a par ailleurs mis en lumière le rôle de l'éloquence à Rome et la place particulière des avocats dans la vie politique romaine. Une carrière politique se fondait à l'époque sur l'un ou plusieurs des trois critères suivants : la victoire militaire (cas des grands Imperatores de Marius à César), l'appartenance à une grande famille sénatoriale dont les ramifications constituaient autant de groupes d'influence favorisant le déroulement du cursus honorum de personnages souvent médiocres, enfin la carrière d'avocat à condition d'être particulièrement brillant.
C'est ainsi qu'un Cicéron, d'origine italique, sans la moindre carrière militaire, sans parentèle particulière, a pu devenir, du fait de son éloquence et de son talent un homo novus accédant au consulat puis au titre de Père de la Patrie.
Son exemple n'est pas unique, il reste toutefois le plus célèbre.

Pierre-Antoine

@PB
"Les mots et le pouvoir que suscite leur agencement réussi sont accordés au pouvoir que le langage donne à un être qui le maîtrise."

Voilà une réflexion qui mériterait de faire partie du panel de sélection pour devenir enseignant... de la maternelle à l'université !
La perte de l'éloquence, c'est aussi le résultat d'un abandon systématique du complexe au profit du banal, quand ce n'est pas à celui du vulgaire.
On n'attire plus vers le haut, on se contente de satisfaire par le bas...

"Labor improbus omnia vinci"

Cordialement

Pierre-Antoine

Pierre-Antoine

@Yves
"Seulement cher ami P.B., vous en avez décidé autrement et vous nous infligez, en punition?, un exposé très éloigné des préoccupations du moment."

pas si sûr cher ami... quand on voit "l'éloquence" de certaines conférences de presse ou interventions médiatiques, on est très proche du sujet.

Cordialement

Pierre-Antoine

hélène

Je viens de parcourir d'un trait le récit passionnant et bouleversant de Patrick Keil dans le livre "Du barreau aux barreaux". Lequel a repris avec bonheur le billet de Philippe Bilger "Le petit procureur" en guise de préface. Je conseille fortement la lecture de cet ouvrage profondément humain.

Franck Boizard

«L'éloquence ne fait pas tout.

Regardez Dominique de Villepin...»

Elle ne fait pas tout. Elle ne fait pas rien.

JM Le Pen et F. Bayrou sont les seuls politiciens français à parler une langue correcte et même agréable.

La mode est à l'abaissement, à la vulgarité et à la démagogie. L'éloquence est une forme d'élévation. Nous en manquons cruellement.

bruno

Mon premier souvenir concernant l'éloquence :
la voix de Jean-Louis Tixier-Vignancour après le procès Salan ; je vous parle d'un temps que les moins de 45 ans ne peuvent pas connaître !!! Quelle époque épique !!!

Aïssa Lacheb-Boukachache

C'est un vaste et complexe sujet que voilà … Vous avancez en substance que l'éloquence est le contraire de la langue de bois … Un peu rapide comme conclusion … Prenez Roselyne Bachelot pour exemple; son éloquence doublée d'une diction parfaite est un fait incontestable. Cependant quelle quantité de langue de bois dans tout cela!... A l'inverse, on ne peut pas dire que Bernard Tapie manie l'éloquence à la Bachelot et pourtant il se trouve chez lui infiniment moins de cette fameuse langue de bois. Les choses sont simples en réalité mais pas de la manière dont vous les proposez. Un autre exemple: de Gaulle dont l'éloquence a su convaincre plusieurs générations. Que de tromperie, de mensonge et de langue de bois dans celle-ci au demeurant … Je vois bien que vous ne cessez de songer à Sarkozy quand vous traitez de ce sujet et certes on ne pourra nier que quant à l'éloquence, malgré la littérature de Guaino, le compte n'y est pas; il s'en faut de peu qu'on croie à un charretier voulant s'exprimer dans la langue de Lamartine à la Chambre des Pairs … Il ne changera pas, c'est ainsi; en ces choses de la rhétorique, on ne fera jamais d'un âne un cheval de course … Mais l'important est-il dans la forme plutôt que dans le fond? Le discours et sa manière importent peu en politique; ce sont les faits et les actes qui priment. A partir de là, c'est de politique dont il s'agit et donc de tout autre chose … Ceci étant, si on a l'heur d'unir l'éloquence à la compétence pratique, qui s'en plaindra? Mais n'en demandons pas trop; en temps de crise économique dramatique, ce serait déjà beaucoup si notre Sarko à l'éloquence de rabouin arrivait un tant soit peu à sauver les meubles de notre «France monstrueuse» dixit Marie Ndiaye … Quand on a faim, on ne fait pas de phrase; c'est un luxe qui ne remplit aucun estomac … Vous citez cependant quelques avocats excellents pour qui l'éloquence est, je le crois, innée. Si à celle-ci est jointe la maîtrise technique de la procédure ainsi qu'une sincère passion de la défense de l'accusé, alors nous avons là ce que l'on peut qualifier sans éloquence mais naturellement et simplement de grands avocats. Je ne doute pas que vous avez lu avec la même passion que moi l'ouvrage commun de Thierry Lévy et Jean-Denis Bredin traitant de cette question de l'éloquence à travers les temps. On y revient jusqu'aux Grecs, aux Romains et je ne vous cache pas qu'à Cicéron ou Socrate je préfère moi aussi Gorgias que je trouve plus pragmatique qui ne le cède néanmoins en rien à toutes les éloquences et dialectiques … Allez, cher PB, encore un effort et vous plaiderez! Bonne journée.


Aïssa.

J.A

L'éloquence est la musique des mots ! Mais les refrains s'estompent devant l'image ou les menteurs s'offrent à foison.Qui aurait pu croire il y a quelque temps que l'image serait au téléphone ? Le visuel bientôt devant le son ! La Modernité avance en fanfare !

yves

Vous avez suscité, à travers vos derniers billets sur des sujets qui ont suscité de très nombreuses réactions, un débat qui ne peut raisonnablement en rester là.
J'espérais, ce matin, vous lire sur ce qui me semble être une approche sociétale particulièrement importante pour tous les comportements induits et la perception que chacun d'entre nous peut en conclure.
Seulement cher ami P.B., vous en avez décidé autrement et vous nous infligez, en punition?, un exposé très éloigné des préoccupations du moment. Certes, comme toujours, la plume est bien trempée et le style parfait, mais le fond, pour tout dire, nous laisse sur notre faim.

Alex paulista

L'éloquence ne fait pas tout.

Regardez Dominique de Villepin...

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