Respecter la loi, agir selon sa conscience, se vouloir le plus digne possible : autant d'exigences qui, pour aussi nécessaires qu'elles soient, ne suscitent pas une adhésion enthousiaste et ne se prêtent guère à l'humour. La morale est ennuyeuse parce qu'elle ne s'autorise aucun chemin de traverse et que sa pureté vite saluée est souvent abandonnée au profit d'une fascination vulgaire et puérile pour certaines dérives.
J'ai honte pour la France à cause de l'effervescence admirative à l'égard de ce convoyeur de fonds lyonnais d'origine serbe, Tony Musulin, qui a détourné un peu plus de 11 millions d'euros en disparaissant avec son butin le 5 novembre. Apparemment, il n'encourrait qu'une sanction maximale de trois ans d'emprisonnement. La procédure suivie par le Parquet de Lyon déterminera ce qu'il en est sur le plan juridique et pour l'enquête à mener.
L'insupportable acclamation sur le Net de ce délit me scandalise, qui au prétexte de cet accomplissement sans violence, n'est pas loin de faire de ce probable délinquant un héros. On en manque donc tellement dans notre vie publique pour que nous allions porter sur un pavois médiatique un tel personnage, qui aurait dû d'ailleurs attirer l'attention sur lui bien avant ce détournement ! Est-il imaginable qu'en 48 heures, 14 groupes de "fans" de ce voleur présumé se soient créés et que le nombre de ses partisans puisse aller de 153 personnes à 7000 ! Est-il croyable qu'à Lyon on trouve déjà des T-shirts à l'effigie de Tony Musulin (Le Journal du Dimanche, le site du JDD, nouvelobs.com) ? Est-il banal, devant un acte malhonnête et rentable, de voir adorer à ce point celui qui l'a sans doute perpétré ?
Cette idolâtrie subite est le signe d'un engouement qui la dépasse. Ce n'est pas seulement la curiosité médiatique pour les frondeurs et les fraudeurs, pour ceux qui s'en prennent à l'ordre et aux richesses établis, pour les pied de nez aux riches et aux puissants. Le citoyen affamé de faits divers a toujours été fasciné par le mythe de Robin des Bois acharné à dépouiller les méchants possédants et la triste Banque de France ! Musulin va peut-être couler des jours heureux et choquants à l'étranger sans songer à rendre sa dîme au peuple mais peu importe.
Analyser cette infraction comme une revanche des "petits" contre les "gros", comme le comportement allègrement malicieux d'un détrousseur réparant toutes les injustices sociales et flattant l'envie des modestes constituerait à mon sens une explication insuffisante pour justifier ce raz-de-marée. Plus profondément, loin de voir dans ce délit et dans l'assentiment vulgaire qu'il suscite la marque d'une cassure dans la société, j'y perçois une sorte de gangrène qui, bien au-delà de sa définition judiciaire, a corrompu les tréfonds de notre monde, du plus haut au plus bas de l'échelle. Je n'opposerai pas les humbles aux privilégiés mais je les réunirai malheureusement, quelles que soient les motivations de ceux qui ont décidé de transgresser et de mettre à bas l'éthique, dans une même indifférence à l'égard de ce qui devrait structurer une vie personnelle, une existence collective. C'est à tous les niveaux que paraît se déliter cette "ennuyeuse" morale, les manifestations de cette dégradation arborant ici l'air populaire ou là l'apparence distinguée. Les imbéciles nombreux qui s'extasient sont probablement les mêmes qui vitupèrent la moindre indélicatesse politique ou économique. Incapables de comprendre que tout est lié !
Il n'est pas neutre non plus que ce soit dans la quotidienneté professionnelle la plus limpide et grâce à celle-ci que ce détournement ait été opéré. Dans ce domaine comme dans d'autres plus honorables mais prêtant également à la réflexion, le mal s'approche étroitement de la racine et les mécanismes naturels sont dévoyés. La grève classique tourne de plus en plus à la violence et aux affrontements physiques. La délinquance, voire la criminalité demain, n'auront même plus besoin de constituer une rupture par rapport à la normalité. Elles s'installeront au coeur de celle-ci et viendront pervertir - félicitées par le Net qui n'est pas coupable mais ceux qui y dégorgent n'importe quoi - la familiarité paisible des travaux anciens.
Je suis indigné parce que mépriser la bêtise et l'indécence ne suffit pas lorsqu'elles submergent. Musulin, ce profiteur opportuniste, en dit plus sur notre univers, sur nos liens à l'argent, sur notre sens du droit, sur notre honneur que beaucoup de penseurs et de livres. Il y a quelque chose de pourri dans cette belle République !
On se console comme on peut même si le rapprochement m'a sauté à l'esprit. En France, un voleur qu'on glorifie. Aux Etats-Unis, des voleuses qu'on humilie sur la place publique. Une mère de 56 ans et sa fille de 35 ans ont été contraintes, en Pennsylvanie, de s'afficher durant plus de quatre heures comme les "voleuses" qu'elles avaient été. Elles avaient soustrait les cartes-cadeaux d'une fillette de 9 ans. Les pancartes devant elles annonçaient : "J'ai volé une enfant de 9 ans le jour de son anniversaire. Ne volez pas, sinon voilà ce qui pourrait vous arriver". Pour avoir accepté cette punition publique, les délinquantes devraient bénéficier d'une peine avec sursis. L'exposition puis la sanction, donc (Le Parisien).
Rien de pire que cette dégradation d'humanité offerte à tous. Je suis persuadé qu'aucune peine n'aurait pu être plus décisive que cet outrage suivant l'offense faite à la jeune victime. Le visage de ces deux Américaines à l'évidence démunies châtiées en totale et impudique transparence manifeste à quel point, pour elles, le comble a été atteint et que même la publicité d'une audience n'a rien à voir avec cet opprobre.
Mais quelque chose en nous se révolte contre cette sanction qui renvoie si cruellement à des temps anciens ou à ces législations fanatiques qui coupent la main des voleurs. On ne peut pas tout se permettre. Il y a des attitudes qui ne font pas mal qu'aux coupables.
Entre cette indignité américaine et l'encens français honteusement déversé par les internautes sur Tony Musulin, si on tentait tout simplement la justice ?
Il y a des héros et des anti-héros. Je pense à Sami Naceri dont j'ai écouté l'interview hier sur TF1, j'ai vu, ou plutôt revu le paria qu'il est devenu, ses yeux égarés de détresse, ses lèvres molles, sa voix que les médicaments font balbutier, son corps épuisé par une vie d'enragé. Et, sans jamais excuser ses actes, j'éprouve beaucoup de compassion pour lui. Il y avait quelque chose de profondément pathétique (au sens réel du terme, c'est-à-dire émouvant) dans le spectacle de cet homme qui erre ainsi et cherche désespérément à comprendre le mal atroce qui le ronge, qui le détruit, lui, et son entourage. Il n'est plus le rebelle ou l'arabe à la mode ; plus qu'une loque, un homme seul, qui croit pouvoir bénéficier d'une dernière chance avant de se faire sauter le caisson... Et les six mois passés à Fresnes ne semblent rien comparés à la prison intérieure dans laquelle la maladie l'a emmuré vivant. L'horreur...
Rédigé par : Laurent Dingli | 07 décembre 2009 à 10:23
Bonsoir à tous et à toutes !
Sur un sujet voisin, je vous invite à lire mon dernier article, intitulé "Quand les méchants sont des stars" :
http://www.come4news.com/quand-les-mechants-sont-des-stars-172683
Bonne lecture !
Bien cordialement,
Frédéric Valandré.
Rédigé par : Frédéric Valandré | 24 novembre 2009 à 18:50
"Car la vraie richesse des USA, c'est son peuple."
Rédigé par: Alex paulista | 18 novembre 2009 à 19:36
Absolument.
"En poussant à bout le raisonnement, Musulin a rendu service à son employeur en mettant en évidence des manquements dans les procédures. Il est évident qu'après lui, il va être difficile de reproduire un vol de même nature."
Oui, certes, mais il ne vont pas lui allouer une prime, non plus, il se l'est déjà mise au chaud.
BàV2
AO
Rédigé par : oursivi | 18 novembre 2009 à 23:05
Chère Marie
Vous écrivez
"Vous trouvez que les traders sont sympas. Tant mieux, surtout lorsqu'ils perdent l'argent des contribuables avec leur jeu virtuel : "Jouons en bourse" !
Le client perd ses fonds et le trader s'octroie une commission, une belle récompense, ça aussi c'est bien moral."
Le trader joue l'argent de la banque, pas des clients. La commission du trader est calculée sur son bénéfice. En cas de perte, zéro commission, et potentiellement la porte.
S'il ne gagne pas assez, il peut aussi être remplacé. Les VRAIS traders compensent leur risque avant de faire toute opération importante. Mais quand un imposteur breton (je mets l'origine moi-aussi) fait n'importe quoi et perd 5 milliards, le grand public est solidaire de ce fou parce qu'il se reconnaît dans un échec scolaire inconséquent aux nerfs de papier. Le public en veut aux autres traders alors que ce sont les organes de contrôle de la banque qui sont lamentables de se faire entourlouper de telles sommes. Pourtant les dirigeants sont maintenus. Je trouve qu'ils volent bien plus leur salaire que ne le fait un trader qui rapporte du cash en France donc des impôts, le tout sans prendre de risque.
De la crise du crédit immobilier, on retiendra que tout est à cause des traders.
C'est pourtant la politique économique américaine qui est à blâmer, la titrisation et la main-mise des fonds de pension sur la Bourse. Les traders, eux, existent depuis des années. On peut penser qu'ils sont trop payés, comme on peut penser que les grands patrons sont trop payés, ou que les joueurs de foot sont trop payés.
La jalousie est forte, notamment des fonctionnaires du trésor...
Qu'ils publient leur salaire à leur tour. Ce sont les mieux payés des fonctionnaires et pour la même raison: ils sont proches du flux d'argent.
Au fond, c'est exactement la même chose.
Rédigé par : Alex paulista | 18 novembre 2009 à 22:22
Cher Oursivi
Je suis bien d'accord avec vous.
Créer de la représentation monétaire c'est comme émettre des chèques de 100 euros signés et sans ordre et les stocker dans un coffre.
Que la somme des chèques corresponde à 10% ou 20% de ce qui est dans le compte en banque n'a pas beaucoup d'influence.
Vous faciliterez les amis en manque de monnaie en recevant leurs virements en échange de paquets de chèques pré-signés.
Mais si on vous vole le stock de chèques, on vous vole de l'argent car vous ne pouvez pas dire que ce n'est pas votre signature en bas.
La perte en représentation monétaire est négligeable (vous pouvez re-signer des chèques, c'est juste le prix du papier), mais la perte sur votre compte en banque va faire mal !
Là c'est pareil en pire: on ne peut pas annuler les billets et l'argent est déjà parti du compte lorsque les billets ont été émis.
J'aimerais juste ajouter que cette crise marque la fin de cette prédominance du dollar, plus que la fin de la suprématie des USA.
Car la vraie richesse des USA, c'est son peuple.
Rédigé par : Alex paulista | 18 novembre 2009 à 19:36
Oursivi, il faut savoir conclure. Je m'en veux d'avoir ouvert cette digression monétaire qui ne tendait qu'à montrer que, sans la connaissance de toutes les véritables conséquences d'un acte, il est difficile voire dangereux d'émettre une appréciation morale.
J'ai donc simplifié à outrance, juste pour montrer un autre éclairage de l'acte de Musulin, et vous me resimplifiez en extrayant quelques phrases, c'est pas loyal, camarade ! Bien sûr que la création de fausse monnaie massivement fout en l'air les équilibres économiques. La titrisation des subprimes en est un exemple. J'évoquais évidemment l'artisanat dans lequel Musulin se range.
En revanche, l'influence de Musulin sur d'autres amateurs de coups fumants ne peut être porté à son débit. Il n'exerce pas de magistère moral sur la population et s'il fait des émules, cela est dû à la médiatisation de l'acte qui ne lui incombe pas. L'acte de Musulin est amoral en ce sens qu'il n'a pas fait le bien, mais qu'il n'a pas fait le mal non plus. J'ai eu un doute à ce sujet par rapport à ses collègues très embêtés après cette histoire, mais en vérité, ces collègues avaient eux-mêmes commis des fautes règlementaires, ce qui exonère Musulin de leurs soucis. En poussant à bout le raisonnement, Musulin a rendu service à son employeur en mettant en évidence des manquements dans les procédures. Il est évident qu'après lui, il va être difficile de reproduire un vol de même nature.
Je ne me place pas sur le registre "Musulin sympa ou pas". Je me moque de ce type.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 18 novembre 2009 à 18:58
J'en termine temporairement avec les mécanismes économiques liés à la monnaie et plus particulièrement au dollar.
La raison pour laquelle un pays ne s'en sortait en général pas en frappant toujours plus de ses propres devises était que celles-là servaient uniquement à acheter ce que lui-même produisait en ses propres frontières, si bien qu'en achetant aux autres avec leur propre monnaie, il expérimentait ce que le cours d'échange monétaire traduisait à savoir la comparaison de ce que l'on peut réellement acquérir dans un pays. Ce qu'il mettait en circulation devait être proportionnel à ces biens échangeables. Qu'il ne respectât point cette règle eut entraîné que payant ce qu'il achète à l'étranger avec sa monnaie de singe il eut vu ses vendeurs bientôt fort mécontents qu'ils ne puissent en contrepartie acheter quoi que ce soit d'intéressant ou en quantité suffisante chez lui, ou au mieux viennent bientôt à posséder du fait de leur possibilité d'acquisition tout ou grosse partie de ce qui se vend dans ses propres frontières.
On intuite dès lors ce qui fait le tour de passe passe américain. Dès qu'une monnaie s'est globalisée dans les échanges au point de ne plus se réduire à être la porte d'entrée vers les biens économiques (échangeables) que sa nation émettrice produit, et devient l'instument d'échange de choses (biens servces) produites n'importe où, le fonctionnement comme la morale sous-jacente à la description ci-dessus, tombe.
Elle n'a plus à justifier que le volume de ce symbolique soit borné par la pertinence de l'équivalence puisque l'équivalence ne se fait plus avec ce qu'elle produit de réel, mais avec tout ce qui est produit, qu'elle le fasse ou non.
Ou comment fabriquer de quoi avoir le droit de se payer le monde, en plus de s'en foutre.
AO
Rédigé par : oursivi@JDR&CJ | 18 novembre 2009 à 16:07
oursivi@JDR&CJ
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait@Catherine Jabob | 17 novembre 2009 à 16:54
D'abord d'accord avec les trois premiers paragraphes, jusqu'à :
"La spéculation boursière est la principale cause de création monétaire, en dehors de toutes les banques centrales, avec les résultats qu'on connaît."
Ensuite cela se gâte.
"Chaque fois que vous créez une valeur ajoutée, vous créez la monnaie qui lui correspond."
Non, c'est faux, ce sont les banques centrales qui ajustent à leur idée la quantité de représentation symbolique-matériel (les pièces les billets, l'autorisation de presser d'autres symboliques comme "vos tickets", en contrepartie) que les échanges matière (un bien) ou symbolique (un service) versus symbolique (une somme d'argent) nécessitent.
Ce sont elles pas vous, ou alors vous allez bientôt avoir le plaisir de rencontrer PB ou un de ses collègues.
Si vous créez mille tableaux qui au lieu de rester à croupir dans votre grenier trouvent preneur à des prix astronomiques, vous n'aurez pas créé "la monnaie qui lui correspond", éventuellement aurez si les volumes d'échange induits étaient à ce point importants, suggéré aux responsables des équivalence mat-symb de créer davantage de second (des billets des pièces des tickets resto des bons du trésor) pour permettre les échanges des premiers.
Votre exemple de ticket resto n'est pas signifiant, c'est quand la banque centrale autorise la mise en circulation de ce symbolique qu'elle crée de la monnaie, et par définition toute celle qu'elle créée ne peut-être de la fausse monnaie (ce qui ne signifie pas qu'elle ne peuvent se tromper dans le processus d'appréciation qui juge de la quantité nécessaire, qu'elle ait raison ou non, il y a trop de paramètres qui plus est mal ficelés dans leur définition et leur rôle, pour qu'un optimum global puisse être trouvé), puisse que ce terme est simplement attaché à une légitimation non économique mais administrative.
Sur le plan économique, la vraie monnaie peut être de la monnaie fausse ou monnaie de singe, en ce qu'elle ne représente rien, la planche à billets et les inflations calamiteuses qu'elle autorise comme l'émission des titres du trésor comme les Chinois en "bouffent" depuis plus d'une décennie en est l'exemple.
"La création de fausse monnaie n'est pas de nature à perturber les équilibres économiques."
Ânerie complète, l'inflation est un mot qui fait sans doute sens à vos oreilles, les Allemands payant leur baguette avec une brouettée de Marks, cela vous dit quelque chose ?
"Les 4/5ème de la réserve de dollars mondiale est fausse, entendons par là qu'elle n'est appuyée sur aucune réalité économique du pays émetteur de cette monnaie."
Vrai.
"Les Etats-Unis eux-mêmes n'émettent qu'une part minoritaire des dollars qui circulent, la majorité étant le fruit des échanges de matières premières comptabilisés en dollar. 75% de la monnaie mondiale est du dollar : les USA ne représentent pas 75% de l'économie mondiale."
Faux, si vous parlez des vrais dollars, pas des flux financiers virtualisés qui ne signifient rien, auquel cas êtes déjà plus dans le vrai.
Faux, parce qu'à ma connaissance un pays est seul à frapper sa monnaie, donc les premiers dollars cités le sont de par leur seul fait.
"Votre première question, réponse simple et évidente. Toute transgression qui fait ou risque de faire porter sur autrui les conséquences de son acte relève d'une appréciation morale. Dans le cas Musulin, il n'y a pas de conséquence sur autrui, directement ou indirectement."
Que c'est rapide et peu estimable...
Musulin va au contraire encourager un paquet d'aigre fins à penser que voler une grosse somme d'argent est facile et rend l'auteur de la grivèlerie sympathique aux yeux sots du plus grand nombre.
Certes, ce n'est pas un criminel, il n'a pas à être jugé lourdement, mais dans la rapide déliquescence qu'observons des moeurs financières, il est un de ces petits acteurs (rendu bien maladroitement malfaisant par les médias) bien propres à pourrir encore plus le règne du "chacun pour soi et par presque n'importe quel moyen".
Les propos de la chanteuse Juliette, ouïs chez Taddeï hier soir me reviennent dans ce contexte.
Il y était question de cette sordide société publicitaire (beau pléonasme, je vous le concède) prétendant distribuer des billets au hasard d'une rue pour faire parler d'elle.
Qu'elle ait véritablement provisionné les sommes promises est possible mais pas démontré, mais qu'elle se soit choisi un rôle sordide est assuré. Voir des gens pour la plupart sains, bien portants et en état de travailler aller mendier est à mes yeux choquant. Que ceux-là se mettent à tout casser parce que les sordides montrent en quoi ils les considèrent comme un simple bétail auquel on ne donne pas la piécette "promise" est tout autant à leur propre déshonneur. Que ceux-là aillent saccager les locaux de ces vils apprentis sorciers ne m'eut pas choqué outre mesure, voire réjoui. Mais qu'une chanteuse au demeurant talentueuse comme Juliette nous dise froidement "qu'ils ont raison de tout péter voire d'agresser les simples passants" laisse songeur quant au fait que l'on refile la parole à des simples d'esprit sous prétexte qu'ils sont des chanteurs plus qu'honnêtes (comme si on me demandait de jouer du piano à sa place sous prétexte que je sais plutôt très correctement faire autre chose)...
Manquer à ce point de discernement que d'appeler presque à la guerre civile où tout le monde tape sur tout le monde parce que tout le monde en a marre et d'autant plus que tout le monde se tape dessus est un assez bon marqueur de la bêtise de cette dame.
AO
Rédigé par : oursivi@JDR&CJ | 18 novembre 2009 à 15:45
M. Bilger, il y a peut-être eu une condescendance admirative de la population envers ce convoyeur, simplement parce qu'il a osé ce que certains rêvent de commettre en riant, mais qui n'osent pas passer à l'action, tout en y pensant, parce que leur conscience les moralise encore...
Le convoyeur s'est rendu et la naïveté des commentaires : "Il n'a pas rendu les fonds !"
Bonsoir, s'il a commis un hold-up ce n'est certainement pas pour restituer un butin (qu'il espérait plus important) qui devrait lui assurer quelques années au chaud à sa sortie de prison ! Si un comparse, impliqué dans la cavale, ne lui a pas "bouffé" d'ici là son pactole !
Cinq ans ou trois, c'est long !
Maintenant il peut toujours jouer la carte qu'il a été contraint, enlevé, séquestré et s'est évadé... La suite dans FBI porté disparu !
@ Alex,
Vous trouvez que les traders sont sympas. Tant mieux, surtout lorsqu'ils perdent l'argent des contribuables avec leur jeu virtuel : "Jouons en bourse" !
Le client perd ses fonds et le trader s'octroie une commission, une belle récompense, ça aussi c'est bien moral.
Certains fonctionnaires des impôts (ne généralisons pas) qui devraient être ravis lorsque les contribuables leur versent leurs impôts, ne démontrent pas envers eux la même sympathie....
Rédigé par : Marie | 18 novembre 2009 à 13:31
Catherine Jacob et Alex,
Il me paraît très hors sujet de traiter ici de la mécanique monétaire afin d'évacuer un certain nombre de confusion (masse monétaire et budget de l'Etat, aucun rapport - fausse monnaie et enrichissement, aucun rapport - la fausse monnaie créée volontairement peut enrichir mais l'essentiel de la fausse monnaie produite n'enrichit parsonne). Je ne reprendrai donc pas les exemples des tickets-restaurant, il suffit de constater que dans mon exemple 10 € se transforment en 12 € sans création de valeur, donc fausse monnaie. Confer les bons ouvrages d'économie.
Je recentre sur le propos du billet : porter un jugement moral sur un acte suppose d'avoir une connaissance quasi-encyclopédique des conditions et des conséquences de l'acte que l'on apprécie, au regard des principes moraux que l'on défend. Et c'est rarement le cas pour chacun de nous.
La conséquence en est le jugement moral qui porte sur une connaissance partielle des conditions et des conséquences : ce jugement moral n'est pas seulement invalide, il est nuisible et est lui-même frappé d'immoralité dans la mesure où un tel jugement peut, sur des bases partielles donc erronées, porter atteinte à quelqu'un.
Mon propos concernant Musulin tenait à cela : pour pouvoir affirmer que Musulin a fait le mal, il faut être en capacité de déterminer la nature de ce mal, ce qui revient à bien connaître les mécanismes monétaires pour identifier la nature même de l'acte. En effet, l'acte de Musulin peut se traduire de deux façons :
- Il a volé une fortune au détriment de quelqu'un
- Il a volé du papier au détriment de personne
La rigueur morale impose d'analyser tous les mécanismes et conséquences pour porter une appéciation morale. Dans la plupart des délits, le dommage à autrui est visible, évident, l'immoralité du délit saute aux yeux. Dans le cas Musulin, c'est loin d'être aussi évident.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 18 novembre 2009 à 11:30
Au fait, cher JDR, pour considérer ainsi que l'État est une poule aux œufs d'or... vous n'auriez pas des penchants socialistes ? Ou sarkozystes ?
Au moins vous ne tombez pas autant que d'autres commentateurs dans la démagogie de considérer qu'on peut traîner les traders dans la boue juste parce qu'ils gagnent très bien leur vie.
Les traders sont des gens honnêtes, on peut juste remarquer qu'ils se font (très) grassement payer pour leurs services parce qu'ils sont proches du flux financier. Mais fondamentalement ce n'est pas différent du petit commerçant qui distribue 20 euros un produit fait en Chine pour 2 euros. Sans les traders et la fluidité qu'ils apportent, nous aurions des prix de produits financiers sur-évalués de plus que les quelques pourcentages qu'ils prennent. Ils n'agissent pas différemment du courtier en assurance qui négocie le meilleur prix et se fait sa marge.
Ils ne menacent personne avec un couteau, et je connais des banques qui recrutent, si des commentateurs se sentent capables je peux les mettre en contact avec leurs RH.
Ça y est, c'était mon quart d'heure de droite. C'est une allergie développée à l'adolescence, sous Mitterrand. Ça va passer.
Par mon travail je suis en contact fréquent avec les traders. Ce sont souvent des gens éduqués et sympathiques, plus proches du personnage joué par Stéphane Rousseau dans les Invasions Barbares, que du nouveau riche plein de fric d'American Psycho.
Vous me direz, à ce prix-là ils peuvent être charmants.
Ce n'est pas faux.
Rédigé par : Alex paulista | 17 novembre 2009 à 23:47
Cher JDR
Votre exemple du ticket restaurant est intéressant:
dès que quelqu'un aura acheté 2 euros un dessert, la situation finale sera exactement équivalente à si j'avais été gourmand et mangé un dessert pour arriver au prix du ticket et rester dans la règle. Que le dessert soit dans mon estomac ou celui d'un autre, vous m'accorderez que l'effet est strictement nul sur la monnaie (dans ce cas particulier).
La création de monnaie est proportionnelle à la probabilité que cela arrive par rapport à la probabilité que le dessert soit invendu.
Donc je dirais qu'il y a eu création d'une fraction de deux euros de monnaie, mais pas de création artificielle de richesse.
Le cas du convoyeur est bien différent: tant que ces billets ne sont pas récupérés, on ne peut pas les détruire et déclarer qu'ils ne valaient que la valeur du papier: quelqu'un peut les utiliser en échange de biens et de services.
Si on pouvait "décider" ainsi que la perte est juste la perte du prix du papier, alors ce serait facile: la prochaine "douche" de Nicolas, on pourra imprimer un peu de papier. On trouvera bien quelque artisan qui acceptera un paiement en liquide et prendra bien en considération que cet argent ne doit surtout pas être déclaré. Si, si, ça se trouve.
Je vous laisse, j'ai du courrier en retard. Il faut que j'écrive à Besson qu'il nous imprime quelques billets pour les Afghans renvoyés à leur pays où on défigure les électeurs. À deux millions le retour, ça devient honnête, même à Kaboul.
Rédigé par : Alex paulista | 17 novembre 2009 à 23:11
@Jean-Dominique Reffait@Catherine Jacob
Vous raisonnez comme si toute monnaie fiduciaire ne pouvait que tourner en fausse monnaie et comme si la monnaie objet dont la valeur étalon a pu prendre des formes très diverses et pas spécialement métalliques, était nécessairement toujours vraie alors que nous avons tout de même bien connu la monnaie rognée par laquelle intervient la fraude constitutive de fausse monnaie tout comme dans le cas de la balance mal tarée ou du dé pipé.
Fiduciaire ou objet, l'intérêt, du moins pour moi qui ne suis pas économiste, réside dans le phénomène de transfert qui permet à la monnaie sous quelque forme que ce soit, de 'valoir pour' et de ‘tenir lieu de‘, avec pour valeur ajoutée l'investissement symbolique qui se produit au-delà de la monnaie vecteur de l'échange et qui n'est cependant nullement de l'ordre de la pure fiction.
Quelque part, le fondement de la monnaie me paraît être le cadeau, autrement dit par quoi on va rémunérer, par avance en somme, cet objet du désir sans donc le nommer comme tel, par ex. une faveur qu’il va falloir racheter à notre tour par un autre cadeau dès lors qu’on souhaite se dégager du lien instauré et s’y soustraire. Il semble en effet qu’il en aille de la pure gratuité comme de la pure neutralité. Si on fait quelque chose pour rien, ce quelque chose en effet vaut : rien. D’où, notamment, la justification des tarifs prohibitifs des analystes. (Je schématise). Mais bon, c’est loin d’être toujours juste. En tout état de cause, la monnaie crée le lien par lequel s’opère l’échange, si elle est fausse tout ce qui en dépend devient du semblant et si le prix est trop bas ou trop élevé, tout ce qui en dépend est sujet à un déséquilibre générateur de tout un certain nombre d’inconvénients appelés à interagir avec les conditions de possibilité d’un vivre en ensemble plus ou moins pacifique.
Nonobstant, vous évoquez la miche de pain et son paiement. Mais si vous prenez en compte le fait que la balance du boulanger qui pèse la miche est mal tarée, le fait que vous la payiez en monnaie qui ne fait pas son poids, ne fait que rétablir l’échange dans une certaine vérité, du fait que moins par moins, fait mathématiquement plus!
De même, si vous prenez en compte le fait que l’opérateur japonais de téléphonie facture sa prestation moitié moins chère que l’opérateur français ne vous la refacture, tout le temps où l’opérateur français a bénéficié de la différence, comme ce qui se passe avec la compagnie pétrolière dans le cas du prix du baril, se voit donc l’objet d’un simple réajustement (terme où se retrouve le mot ’juste’) au bénéfice du consommateur.
Intervient alors ce me semble, la notion de convention qui permet de dire que le dysfonctionnement de l’appareil par lequel la prestation s’effectue n’étant pas d’ordre conventionnel, s’il vous arrive d’en bénéficier par une sorte de justice immanente, comme dans d’autres circonstances d’en pâtir sans pouvoir en obtenir réparation, vous n’êtes en rien responsable de ses répercussions éventuelles sur le montant du bonus, tant la hausse qu’ à la baisse, du technicien de maintenance; lequel technicien a, pour sa part, peu de chances de venir garnir les petits sabots que disposez devant votre cheminée le soir de Noël avec l’indu dont il a bénéficié sur votre dos.
Puisque vous évoquez le dollar, intéressons-nous à l’ancêtre qui lui a donné son nom, le thaler et en particulier celui de la célèbre assertion kantienne dont vous n’avez pu manquer d’entendre ouïr par votre épouse, philosophe si je ne m’abuse : « Je suis plus riche avec cent thalers réels qu’avec leur simple concept.»
« […] le réel ne contient rien de plus que le simple possible. Cent thalers réels ne contiennent rien de plus que cent thalers possibles. Car, comme les thalers possibles expriment le concept et les thalers réels, l’objet et sa position en lui-même, au cas où celui-ci contiendrait plus que celui-là, mon concept n’exprimerait pas l’objet tout entier et, par conséquent, il n’en serait pas, non plus, le concept adéquat. Mais je suis plus riche avec cent thalers réels qu’avec leur simple concept (c’est-à-dire qu’avec leur possibilité). Dans la réalité, en effet, l’objet n’est pas simplement contenu analytiquement dans mon concept, mais il s’ajoute synthétiquement à mon concept (qui est une détermination de mon état), sans que, par cette existence en dehors de mon concept, ces cent thalers conçus soient le moins du monde augmentés. » Emmanuel Kant, Critique de la Raison Pure, dialectique transcendantale, Livre II, P.U.F.chap. 3
(« L'idéal de la raison pure, 4e section »), p. 429
Et pourtant le concept du thaler qui en est la possibilité, ne revient pas à de la fausse monnaie mais correspond simplement au solde de votre compte en banque entre deux saisies arrêts, qui n’est pas fictif mais simplement bloqué et susceptible d’être soit l’objet d’une mainlevée soit d’un virement au créancier saisissant. Toutefois, si vous émettez un chèque sur ce compte bloqué dont le solde n’est cependant pas fictif, vous créez de la fausse monnaie! En revanche si dans le même temps vous utilisez votre crédit card dans le cadre d’une réserve telle celle des American express, vous pouvez opérer la même transaction sincère que dans le cas où vous auriez sorti les thalers de votre poche.
Catherine Jacob, sans bob mais avec chapeau... de paille!
Rédigé par : Catherine JACOB | 17 novembre 2009 à 21:52
"Il n'était même pas recherché à Monaco."
Rédigé par: Alex paulista | 17 novembre 2009 à 13:17
Oui, cher Alex, il eut été là-bas tel un poison dans l'eau, inodore incolore indolore, il avait déjà tous les billets pour se faire une réputation de roi chez ces loufiats, en pour boire, déjà.
Mais PB a là raison ("Les Matins de ..." ce matin) terrifiant de voir la popularité sur le Net d'un type qui au lieu de gagner son pain humblement et honnêtement, décide de stopper la vilaine roue du quotidien pour pouvoir vivre comme les riches avec des goûts de pauvres, ou de très nouveau riche (du soleil, des put.. et des Ferrari, un vrai beau rêve de joueur de foot).
Je verrais volontiers là-dessous l'abrutissement généralisé que le valeureux Etienne (que défendait presque ici PB, m'a bien déçu en l'instant) a si joliment propagé, relayé par le culte du fric facile des traders, sportifs et autres nouveaux managers*, ceux dont la cupidité sans limite a sapé le sens commun populaire déjà bien fragile. Ce qui se résume dans l'esprit du plus grand nombre (allons bon, je fais mon élitiste à la JDR) à "puisque ils* se l'octroient sans raison, pourquoi pas nous".
Nous cheminions, nous y sommes.
AO
Rédigé par : oursivi | 17 novembre 2009 à 19:50
Vous vivez, comme nous tous, dans une fiction financière : celle issue de millénaires de commerce fondés sur la qualité intrinsèque de la monnaie. Auparavant, la monnaie n'était pas seulement une unité de compte mais bien une valeur en elle-même, représentée par son poids en métal précieux. Lorsque je vous vendais une miche de pain, vous me donniez la contrepartie en bronze, laquelle avait une réelle valeur (et non pas seulement faciale). Nous concevons encore la monnaie sous cet angle et la meilleure preuve en est le soin que l'on apporte à fabriquer des pièces de monnaies métalliques dans des alliages lourds alors que du plastique ou de l'aluminium (comme pendant l'Etat français de Vichy) feraient aussi bien l'affaire. Nous avons besoin de sentir ce poids, comme une réminiscence d'un poids de métal précieux.
Vous vous représentez ainsi la monnaie comme physique, des billets et des pièces. La monnaie virtuelle de votre compte bancaire n'a de valeur que dans la mesure où vous pouvez la traduire en espèces. Voyez le peu de succès du porte-monnaie électronique : nous tenons à ce qu'on nous laisse une part de représentation physique de l'argent.
De là cette fiction entretenue qui veut, comme vous le dites, que l'émission de monnaie est la contrepartie de richesses. En vérité il n'en est rien.
Nos sociétés créent elles-mêmes leur monnaie, chacun de nous le fait. La spéculation boursière est la principale cause de création monétaire, en dehors de toutes les banques centrales, avec les résultats qu'on connaît. Chaque fois que vous créez une valeur ajoutée, vous créez la monnaie qui lui correspond. Pire, lorsque vous utilisez vos tickets-restaurants et que l'on vous rend la monnaie dessus, vous faites de la fausse monnaie : après vous avoir rendu 2 euros, le commerçant dispose d'un ticket qui vaut toujours 10 euros (et non pas 8). Vous avez donc créé 2 euros de fausse monnaie.
La création de fausse monnaie n'est pas de nature à perturber les équilibres économiques. Les 4/5ème de la réserve de dollars mondiale est fausse, entendons par là qu'elle n'est appuyée sur aucune réalité économique du pays émetteur de cette monnaie. Les Etats-Unis eux-mêmes n'émettent qu'une part minoritaire des dollars qui circulent, la majorité étant le fruit des échanges de matières premières comptabilisés en dollar. 75% de la monnaie mondiale est du dollar : les USA ne représentent pas 75% de l'économie mondiale.
Votre première question, réponse simple et évidente. Toute transgression qui fait ou risque de faire porter sur autrui les conséquences de son acte relève d'une appréciation morale. Dans le cas Musulin, il n'y a pas de conséquence sur autrui, directement ou indirectement.
Votre deuxième question : vous coup de fil a eu un coût. Les Japonais ont facturé à l'opérateur français une communication et l'opérateur français n'a pas récupéré cette somme. Il s'ensuit qu'elle s'impute dans les pertes, que de mauvais résultats de l'entreprise induisent, par exemple, des restrictions budgétaires et que vous êtes, ô honte à vous, co-responsable cette année-là de la baisse de la prime de Noël des salariés. Adolescent en Bretagne, je connaissais une cabine à pièce (sans "s" car une pièce suffisait à téléphoner à la planète entière) comme ça qui n'a jamais marché, elle poussait même la délicatesse à rendre la pièce qu'on y introduisait, afin que la communication soit parfaitement gratuite.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait@Catherine Jabob | 17 novembre 2009 à 16:54
Le gars aime assez la France pour revenir de son plein gré :o).
Il n'était même pas recherché à Monaco.
Il a dû comprendre que la prison était somme toute plus simple, plus sûre et moins onéreuse qu'une cavale éternelle.
Surtout à Monaco où, pour deux Meuros, t'as plus rien !
Espérons qu'en échange de cette reconnaissance de la qualité de ses prisons, la justice française saura se montrer clémente.
Rédigé par : Alex paulista | 17 novembre 2009 à 13:17
@Jean-Dominique Reffait | 10 novembre 2009 à 11:09
« Oui, c'est exactement cela pour ce qui est de la récupération du papier mais moins côté voleur : son intention est bien d'injecter dans l'économie du papier qui n'a aucune contrepartie économique, donc de la fausse monnaie. Grosso modo, pour l'Etat, le manque à gagner est très faible financièrement (prix du papier), mais pour le voleur, il est bien de 9 millions.
Au-delà de cette mise au point technique, ce qui m'importe est de me rapprocher du cœur du billet et, notamment, de l'approche morale du délit concerné.
Souvenons-nous de ces distributeurs de billets qui ont dans le passé délivré deux ou trois fois les sommes demandées : je retire 20 € et le distributeur m'en donne 60, sans débiter les 40 € de trop, qui correspondent dès lors à de la fausse monnaie. Les gens se sont tous précipités sur ces distributeurs et il ne me semble pas qu'il y ait eu de poursuites : simplement une mise à jour des comptes concernés. Dans les principes, Musulin n'a pas fait autre chose.
[…]
« Je crois que nous associons trop vite la transgression à l'immoralité : une règle peut avoir une utilité pratique sans s'appuyer sur un principe moral. Si la règle ne repose pas sur un principe moral, il n'y a pas d'immoralité à la transgresser, ce qui ne signifie qu'il faille le faire pour autant car la règle repose sur d'autres justifications pertinentes »
Qu’est-ce en vérité que la fausse monnaie ou encore « monnaie de singe » sinon une monnaie dont la valeur n’est qu’imaginaire. A cet égard, toute émission par un état de papier monnaie dont la valeur affichée ne reflèterait pas sa contrepartie relativement aux réalités économiques serait en effet de la fausse monnaie purement et simplement, déjà ou encore à ‘injecter’ dans les circuits de circulation des biens où elle produira un effet inflationniste en dégradant elle-même au fur et à mesure tel un cancer, sa propre valeur.
A cet égard, je ne peux pas croire que l’état français s’amuse à créer du papier monnaie d’une valeur purement fictionnelle et ne correspondant nullement au moment de sa création/production même, à sa contrepartie économique ou encore valeur or telle que dans les réserves de sa banque centrale (Banque de France).
Ceci dit, c’est vrai que le remplacement des billets usagés retirés de la circulation notamment, peut avoir tendance à suivre une inflation inverse de celle du remplacement des départs à la retraite désormais à l’ordre du jour dans l’administration d’Etat et de ses regroupements de service…!
Mais dans ce cas, la citoyenne lambda qui n’est pas une économiste, considère personnellement qu’il s’agirait là de quelque chose de fondamentalement immoral dans tous les sens du terme, puisque profondément déstabilisateur eu égard aux équilibres de forces qui président aux conditions de possibilités d’un ‘vivre ensemble’ tant à l’échelon national qu’international.
Or donc, toute émission de papier monnaie par une Banque centrale doit être présumée non fausse (terme de logique formelle). Dès lors, ce qui a été soustrait à son stock doit être également présumé recouvrir de la monnaie non fictionnelle aussi bien à son utilisation par son soustracteur qui ne trompera pas son partenaire lors d’un échange commercial en payant un bien ou un service par de la monnaie susceptible d’être reconnue pour fausse par un détecteur de fausse monnaie, que relativement à son émetteur qui comme le l‘émetteur d‘un chèque est censé l‘émettre sur un solde qui est, à sa connaissance, positif au moment de sa création et non pas à la date présumée ou probable de sa présentation, ou encore dans les limites d‘un découvert autorisé. De même, en ce qui concerne le stock d’ores et déjà récupéré ainsi que celui encore à récupérer et au sujet duquel l’étrange soustracteur qui a finit par se rendre de lui-même à la police finira bien peut-être par avouer la cache et le mobile du show dont il nous a gratifié.
Ceci mis à part, vos deux exemples, celui du dysfonctionnement du distributeur automatique ainsi que celui de la règle édictée sur le base de principes objets d’un détournement par rapport à leur sens moral initial, m’inspirent ceci :
1) Quelle différence voyez-vous entre un véhicule qui transgresse l’interdit matérialisé par un feu tricolore passé au rouge en l’absence de tout autre véhicule venant de droite ou de gauche, le piéton qui traverse au même endroit malgré l’avertissement de danger matérialisé par le passage au rouge du feu bicolore qui éclaire la petite silhouette, en l’absence de toute survenue de véhicule dont il aura apprécié visuellement le risque, le handicapé qui se risque au même endroit dans sa petite voiture, le parent ou la nounou qui traîne derrière lui (elle ) un ou des gamins ou encore pousse devant lui une poussette, dès lors que ce que le comportement de chacun d’entre met prioritairement en évidence, c’est la substitution de leur propre jugement à la règle ou l’interdit censé régir le comportement considéré comme présentant d’un point de vue général le moins de risques dans la situation considérée, et dans quel autre type de cas admettez-vous que l’on puisse substituer à bon droit, autrement sans être dans la transgression, son jugement personnel à la règle applicable? Honnêtement dit, ça m’intéresse.
2) L’histoire des distributeurs automatiques me rappelle cette anecdote: « Il est arrivé qu’entre deux séjours au pays du soleil levant et à une époque où les tarifs des communications téléphoniques fixés par France Télécom dans le cadre d’une situation de monopole ne faisaient l’objet d’aucune sorte d’aménagement forfaitaire, je téléphone au Japon depuis l’une des ces cabines publiques où l’on pouvait obtenir sa communication par le biais d’une formule prépayée consistant à glisser un certain nombre de pièces dans les emplacements prévus à cet effet et qui, munis d’une paroi vitrée, permettaient de les voir disparaître au fur et à mesure, système qui permettait au besoin d’en rajouter, mais en revanche ne permettait pas d’obtenir de remboursement du temps non écoulé, quelque en fut le motif, y compris un dysfonctionnement de la cabine elle-même.
Voici les faits: Je glisse donc dans la colonne des pièces de cinq francs, un certain nombre de pièces qui devaient me permettre de disposer d’un peu de temps, puis, l’épaule appuyée à l’appareil j’entame une conversation avec mon amie sur un sujet éminemment important ( = les faits et gestes du garçon qui m’occupait l’esprit…) quand tout à coup, elle me dit : « Oh, il est déjà telle heure, tu dois en avoir eu pour une fortune. » Le temps de conversation m’avait en effet à moi aussi paru un peu plus long que d’habitude malgré son sujet passionnant et je jette un œil sur la colonne des pièces de cinq francs où je vois que ma dernière pièce s’était coincée à mi-hauteur, ce dont j’informe aussitôt mon amie avec pour résultat que… nous avons cédé à la tentation de continuer notre conversation, toutefois avec un délicieux sentiment de culpabilité et le cœur battant, supputant les possibilités de remonter jusqu’à nous via le numéro appelé lorsque le dysfonctionnement serait constaté, un débat qui a par ailleurs occupé de fait la majeure partie du temps ‘volé’ à l’opérateur sans nous inciter malgré tout à le limiter, mais temps que contrairement aux billets supplémentaires délivrés par le distributeur automatique, il était difficile d’estimer à sa juste valeur et de restituer, sans compter qu’il n’entrait pas dans mes intentions de départ de surconsommer, que je n’étais pas à l’origine du dysfonctionnement et que donc ma bonne foi a été en somme quelque part surprise même si j’ai cédé à la tentation trop forte pour la commère que je suis tout au fond, d’en profiter un petit peu. De fait, il y a eu une suite à cette histoire, mais j’attends d’abord votre réaction, si réaction il devait y avoir, pour la livrer.
Rédigé par : Catherine JACOB@JDR | 17 novembre 2009 à 12:01
@Polochon « @JD Reffait
"Une société qui substitue l'éthique à la morale est en grand danger"
Faudrait m'expliquer cela car pour moi, éthique = morale !
Je suis également scandalisé par la réaction du net ou de certains, qui en fait ne représentent peut-être qu'un petit pourcentage des utilisateurs du net. »
Fondamentalement, éthique et morale reposent étymologiquement parlant, sur un même sens originel.
L’éthique est en effet issu du grec « ethos », « coutume, usage » de « ethô »: comme cela a coutume d’avoir lieu (autrement dit, dans le respect des rites!) *swedh, « ce qui est propre à un individu ou à un groupe d’hommes, le « propre » donc, d’où est également issu le latin : « suesco » (e long et o long) : « s’accoutumer » et encore le grec « êthos: lieu de séjour » - dans le même registre on a en encore l’éthologie qui étudie les mœurs et autres comportement des animaux dans leur biotope naturel -. Quant à la morale, sa dénomination est issue du latin « mos » (avec o long), qui désigne la façon de se comporter et d’agir selon la coutume.
De ce point de vue, on peut dire par ex. que la «pratique de l'excision ou de l'infibulation » et autre mutilation est morale…toutefois ailleurs que dans les pays où la fécondité prend le pas sur ce qui apparaît de nos jours un asservissement de la femme -mais pourrait, ce dans le cadre de la configuration de certaines structures de parenté, avoir été originellement une forme de contraception -, et où l’on pense depuis Hippocrate, que « les femmes doivent jouir pour concevoir » ce qui, non pas d‘un point de vue strictement organique mais d‘un point de vue psychosomatique, n’est sans doute pas tout à fait faux; Une conception qui a engendré (du moins d’après Wikipédia) des préconisations inattendues de la part des Diafoirus - pas si diafoirus que cela à vrai dire -, au Moyen-âge, préconisations qui auraient sans doute inspiré à ma Mère Grand, pourtant sage-femme de son état, un réprobateur « Oh là là! ». Et cependant, il y a là le fameux secret d’Héra dont la révélation à Zeus par Tirésias a cependant valu à ce dernier d’être puni par une cécité que le maître de l’Olympe dut corriger ensuite en don de ‘double vue’, tous évènements qui nous font envisager la divination sous des aspects assez intéressants ma foi …
Par conséquent, ‘concevoir ou ne pas concevoir’ (où, quand, comment, pourquoi, pourquoi ne pas et surtout depuis que le géniteur a acquis de l'importance, avec qui), ‘that is THE Question’ que nous pouvons peut-être bien supposer au fondement de la morale et qui nous renvoie à nouveau aux formes de maîtrise du désir (dont l'Eglise a bien entendu sa version pas obligatoirement compatible avec ses propres préconisations relativement à, précisément, la fécondité), ainsi qu’à tout un certain nombre de questions très d’actualité.
Rédigé par : Catherine JACOB@Polochon | 17 novembre 2009 à 10:21
Monsieur,
Vous avez tout à fait raison de vous offusquer d’une telle « robindesboisiation », mais que diable vient faire la petite phrase suivante au début de votre deuxième paragraphe : « … d’origine serbe… » ?
En quoi cela aide-t-il à la compréhension de votre propos ? Si nous devions ainsi, à chaque personne dont on parle, rajouter ce genre de qualificatif, nos écrits deviendraient bien vite illisibles – ne sommes-nous pas une large majorité issu de l’immigration (fils, petits-fils) à vivre en France ? À commencer par notre Président issu de l’immigration hongroise et son épouse immigré italienne.
Rédigé par : Brice Chevallier | 16 novembre 2009 à 15:52
Est-il possible de n'avoir pas immédiatement compris que c'est l'homme qui échappe à sa destinée sans éclat que chacun applaudit, et moi avec. « Un qui s'échappe ! », bonne chance à lui.
Nous servir cette morale de Carême, à nous, pauvres Français lambda, quand l'immoralité a investi l'Elysée, c'est un peu aveugle.
Commencez par le commencement : que ceux qui doivent être parfaits le soient au moins un peu ; ensuite seulement on pourra demander à la piétaille de se priver de ses rêves et de liquider ses héros du jour.
Rédigé par : grrrr | 16 novembre 2009 à 05:26
A Alex Paulista : "À propos de l'origine du voleur, j'ai trouvé passable de la mentionner, et encore plus discutable de contester le droit de la mentionner. Car s'il est une chose pire que la stigmatisation systématique, c'est le fait de ne plus pouvoir s'exprimer tellement il faut veiller au politiquement conforme."
Ce qui me choque, c'est que l'origine étrangère n'est jamais mentionnée que pour des actes négatifs et répréhensibles (en dehors de l'actualité sportive ... et encore :-)) Comme le note Aïssa, dit-on "le violeur Untel d'origine alsacienne" ou la voleuse Unetelle d'origine savoyarde" ? Non... alors pourquoi systématiquement rajouter un renseignement identitaire (qui de plus ne fait absolument pas avancer le schmilblik) pour les uns et l'ignorer pour les autres ??
A M. Bilger : "J'avoue que je comprends mal les quelques réactions qui s'émeuvent de la mention de "l'origine serbe" de T.Musulin. C'est une information que Le Parisien a rapportée, que tous les journaux ont reprise, qui n'est ni inutile ni choquante. Evidemment, elle n'a aucun rapport avec sa délinquance ! Cependant, elle explique peut-être son départ. Il faut tout de même arrêter de faire de la morale quand on définit simplement le mieux possible une identité."
Spaggiari était (a priori) d'origine italienne, c'est donc peut-être la raison de son départ après le casse du siècle ?? par exemple pour donner ses pépètes mal acquises à la mafia ??
Autre solution franchement moins glamour : tout cet argent, où le dépenser sans se faire remarquer plus que ça ?? en restant chez moi bien sûr ! aucun policier français n'aura l'outrecuidance ni la présence d'esprit de venir m'y chercher moi le seul suspect de l'affaire ! Ah ben oui c'est peut être aussi pour ça qu'il est parti...
Et c'est sûr que l'identité de Tony Musulin a été très simplement définie dans votre article du jour : serbe, point final. Est-ce à dire qu'il a les penchants sanguinaires et barbares de Milosevic et de Mladic réunis ? ou bien ??
Et franchement, que ce soit une information reprise par tous les journaux (au passage, écoutant la radio, ça m'a aussi écorché les oreilles) n'est pas du tout un gage de qualité.
Voyons Maître, ces arguments sont totalement irrecevables ! imaginez un réquisitoire ou chaque allusion à l'accusé fasse référence à son origine étrangère ! ne diriez-vous pas comme Aïssa et moi ??
Rédigé par : La Sasson | 12 novembre 2009 à 17:52
C'est un gentleman cambrioleur. C'est dans la tradition romanesque française. C'est cette tradition que le public applaudit. D'ailleurs n'a-t-il pas abandonné la majeure partie de son larcin ? C'est donc plus l'esthétique du geste qui l'a guidé que l'appât du gain. Il y a pire héros que celui-ci !
Rédigé par : Louis SCHWEITZER | 12 novembre 2009 à 09:31
Bien sûr que tout cela est indéfendable mais j'aurais aimé, M. Bilger, que vous mettiez ce fait divers en parallèle avec les dérives des bonus, retraites chapeaux etc. que s'octroient quotidiennement les grands dirigeants ou en tout cas qui se croient grands puisque leurs salaires sont géants. Je vous cite la dernière déclaration de Mr Lloyd Blankfein, PDG de Goldman Sachs : I'm doing 'God's work'.(Je fais une mission divine). Alors M. Tony Musulin dit Robin des Bois a sûrement enfreint la morale mais s'est attiré la sympathie des milliers de gens qui perdent leur travail à cause de la cupidité et l'arrogance de messieurs Lloyd Blankfein et autres...
Je n'excuse pas mais...
Rédigé par : Criton | 12 novembre 2009 à 08:09
Cher Aïssa
Vous avez raison, Cantat est un très bon chanteur. J'aime moins le boxeur.
En le voyant à côté des Têtes Raides, je pense à la chanson Fragile dont le clip a été censuré par les médias, je ne sais pas trop pourquoi.
Heureusement il y a le net.
Rédigé par : Alex paulista @ Aïssa | 12 novembre 2009 à 06:28
La justice immanente existe-t-elle ?
Rédigé par : Valerie | 11 novembre 2009 à 15:54