Respecter la loi, agir selon sa conscience, se vouloir le plus digne possible : autant d'exigences qui, pour aussi nécessaires qu'elles soient, ne suscitent pas une adhésion enthousiaste et ne se prêtent guère à l'humour. La morale est ennuyeuse parce qu'elle ne s'autorise aucun chemin de traverse et que sa pureté vite saluée est souvent abandonnée au profit d'une fascination vulgaire et puérile pour certaines dérives.
J'ai honte pour la France à cause de l'effervescence admirative à l'égard de ce convoyeur de fonds lyonnais d'origine serbe, Tony Musulin, qui a détourné un peu plus de 11 millions d'euros en disparaissant avec son butin le 5 novembre. Apparemment, il n'encourrait qu'une sanction maximale de trois ans d'emprisonnement. La procédure suivie par le Parquet de Lyon déterminera ce qu'il en est sur le plan juridique et pour l'enquête à mener.
L'insupportable acclamation sur le Net de ce délit me scandalise, qui au prétexte de cet accomplissement sans violence, n'est pas loin de faire de ce probable délinquant un héros. On en manque donc tellement dans notre vie publique pour que nous allions porter sur un pavois médiatique un tel personnage, qui aurait dû d'ailleurs attirer l'attention sur lui bien avant ce détournement ! Est-il imaginable qu'en 48 heures, 14 groupes de "fans" de ce voleur présumé se soient créés et que le nombre de ses partisans puisse aller de 153 personnes à 7000 ! Est-il croyable qu'à Lyon on trouve déjà des T-shirts à l'effigie de Tony Musulin (Le Journal du Dimanche, le site du JDD, nouvelobs.com) ? Est-il banal, devant un acte malhonnête et rentable, de voir adorer à ce point celui qui l'a sans doute perpétré ?
Cette idolâtrie subite est le signe d'un engouement qui la dépasse. Ce n'est pas seulement la curiosité médiatique pour les frondeurs et les fraudeurs, pour ceux qui s'en prennent à l'ordre et aux richesses établis, pour les pied de nez aux riches et aux puissants. Le citoyen affamé de faits divers a toujours été fasciné par le mythe de Robin des Bois acharné à dépouiller les méchants possédants et la triste Banque de France ! Musulin va peut-être couler des jours heureux et choquants à l'étranger sans songer à rendre sa dîme au peuple mais peu importe.
Analyser cette infraction comme une revanche des "petits" contre les "gros", comme le comportement allègrement malicieux d'un détrousseur réparant toutes les injustices sociales et flattant l'envie des modestes constituerait à mon sens une explication insuffisante pour justifier ce raz-de-marée. Plus profondément, loin de voir dans ce délit et dans l'assentiment vulgaire qu'il suscite la marque d'une cassure dans la société, j'y perçois une sorte de gangrène qui, bien au-delà de sa définition judiciaire, a corrompu les tréfonds de notre monde, du plus haut au plus bas de l'échelle. Je n'opposerai pas les humbles aux privilégiés mais je les réunirai malheureusement, quelles que soient les motivations de ceux qui ont décidé de transgresser et de mettre à bas l'éthique, dans une même indifférence à l'égard de ce qui devrait structurer une vie personnelle, une existence collective. C'est à tous les niveaux que paraît se déliter cette "ennuyeuse" morale, les manifestations de cette dégradation arborant ici l'air populaire ou là l'apparence distinguée. Les imbéciles nombreux qui s'extasient sont probablement les mêmes qui vitupèrent la moindre indélicatesse politique ou économique. Incapables de comprendre que tout est lié !
Il n'est pas neutre non plus que ce soit dans la quotidienneté professionnelle la plus limpide et grâce à celle-ci que ce détournement ait été opéré. Dans ce domaine comme dans d'autres plus honorables mais prêtant également à la réflexion, le mal s'approche étroitement de la racine et les mécanismes naturels sont dévoyés. La grève classique tourne de plus en plus à la violence et aux affrontements physiques. La délinquance, voire la criminalité demain, n'auront même plus besoin de constituer une rupture par rapport à la normalité. Elles s'installeront au coeur de celle-ci et viendront pervertir - félicitées par le Net qui n'est pas coupable mais ceux qui y dégorgent n'importe quoi - la familiarité paisible des travaux anciens.
Je suis indigné parce que mépriser la bêtise et l'indécence ne suffit pas lorsqu'elles submergent. Musulin, ce profiteur opportuniste, en dit plus sur notre univers, sur nos liens à l'argent, sur notre sens du droit, sur notre honneur que beaucoup de penseurs et de livres. Il y a quelque chose de pourri dans cette belle République !
On se console comme on peut même si le rapprochement m'a sauté à l'esprit. En France, un voleur qu'on glorifie. Aux Etats-Unis, des voleuses qu'on humilie sur la place publique. Une mère de 56 ans et sa fille de 35 ans ont été contraintes, en Pennsylvanie, de s'afficher durant plus de quatre heures comme les "voleuses" qu'elles avaient été. Elles avaient soustrait les cartes-cadeaux d'une fillette de 9 ans. Les pancartes devant elles annonçaient : "J'ai volé une enfant de 9 ans le jour de son anniversaire. Ne volez pas, sinon voilà ce qui pourrait vous arriver". Pour avoir accepté cette punition publique, les délinquantes devraient bénéficier d'une peine avec sursis. L'exposition puis la sanction, donc (Le Parisien).
Rien de pire que cette dégradation d'humanité offerte à tous. Je suis persuadé qu'aucune peine n'aurait pu être plus décisive que cet outrage suivant l'offense faite à la jeune victime. Le visage de ces deux Américaines à l'évidence démunies châtiées en totale et impudique transparence manifeste à quel point, pour elles, le comble a été atteint et que même la publicité d'une audience n'a rien à voir avec cet opprobre.
Mais quelque chose en nous se révolte contre cette sanction qui renvoie si cruellement à des temps anciens ou à ces législations fanatiques qui coupent la main des voleurs. On ne peut pas tout se permettre. Il y a des attitudes qui ne font pas mal qu'aux coupables.
Entre cette indignité américaine et l'encens français honteusement déversé par les internautes sur Tony Musulin, si on tentait tout simplement la justice ?
"La morale est ennuyeuse parce qu'elle ne s'autorise aucun chemin de traverse et que sa pureté vite saluée est abandonnée, souvent, au profit d'une fascination vulgaire et puérile pour certaines dérives."
J'ai envie de commenter ce point via les diverses 'traductions' que pourrait prendre ce terme de 'morale' en japonais:
1- « SeGen_no_Hinan_ni kansuru_Ōkubo » : « Crainte du jugement critique de la société » , le mot pour 'crainte du' pouvant également être traduit par 'lâcheté devant'. Agir conformément à la morale, revient donc, de ce point de vue, à agir de façon à ne pas être l’objet des critiques de la société, et c’est souvent dans ce sens que l’on cherche à se soustraire au jugement moral et qu’on approuve en somme, un courageux ‘comportement libre’ au sens de ‘libéré de la pesanteur et des contraintes morales’ et en particulier comme dans ’C’est une femme libérée, tu sais c’est pas si facile’, autrement dit libérée du joug social en matière de choix dans les domaines du partenaire sexuel, des choix socioprofessionnels, éducatifs etc..
2- « Shiki » : le moral de 'C'est bon pour le moral'. Ex: 'Shiki_Wo_Kobu': 'Se motiver pour quelque chose comme en dansant au son du tambour' - Le son des grands tambours, où se retrouve par ailleurs curieusement la 2de partie de mon nom de famille (Ja_KoBu), représente accessoirement ma première expérience forte du Japon. Sur cette base, plutôt que cette disposition d'esprit qu'est le moral, je verrais bien 'entrain, ardeur', comme le fait d’être soulevé, emporté par une force qui nous dépasse et serait susceptible de nous faire accomplir les meilleures comme les pires choses (ardeur guerrière, enthousiasme au sens grec du terme).
3- « DôToku » : Qui évoque « le chemin (Dô - chinois : Dào ) à suivre pour vivre en conformité avec la vertu (Toku - chinois : Dé ) » et qui suppose la capacité à discerner le Bien ( Zen : chinois : Shàn - notion où se retrouve une idée de ‘concorde qui règne autour d‘un partage équitable‘) du Mal (Aku : chinois : Wu - notion où se retrouve une idée de ‘repoussant‘ tel de par la conscience d’un risque de ‘vampirisation’ du Ch‘i‘). Autrement dit, non pas la contrainte extérieure exercée par la loi (HôRitsu, chinois : FaLu), vis-à-vis de laquelle on se retrouve finalement tout aussi passif que dans le cas de la vampirisation ci-dessus évoquée), mais la disposition intérieure qui suppose la capacité d’agir de soi-même selon des principes (GenRi, chinois: YuanLi). De ce point de vue, la morale qui suppose non pas une promenade le long du chemin de Panurge sous la houlette d’un berger et le mordillement de ses chiens, mais l’effort de mettre en pratique tel ou tel principe, représente une aventure rien moins qu’ennuyeuse et où règne rien moins que de l’arbitraire, sachant que la nécessaire et inéluctable transformation des choses en leur contraire pourra faire de la soumission aveugle aux principes de La loi morale (rigorisme), un véritable esclavage, et le repos de la conscience qui se met humblement en accord avec elle-même sous l’égide des lois une forme de liberté…!
4- « KyôKun », le précepte, autrement dit aussi « la morale de l’histoire » ou encore l’enseignement par lequel on comprend que le(s) principe(s) ci-dessus évoqué(s), ne sort(ent) pas de nulle part, comme un lapin d’un chapeau, mais représente(nt) comme la capitalisation en quelque sorte, ou encore une forme de mise en commun de l’expérience.
5- Ce chemin, c’est aussi le nom donné à l’enseignement de Lao Tseu, le Tao, la Voie du Non désir, du Non Agir et de la Vacuité qui se retrouvera comme fil rouge notamment de la poésie de Bashô. Ex.
6- « DôGi », synonyme de « DôToku » mais plus proche de l’idée de régulation des mœurs qui s’accomplit dès lors que l’on se conforme aux coutumes et codes sociaux en vigueur.
7- « ShûShin » : L’ascèse.
- Etc. etc.
On retrouvera l’ensemble de ces nuances avec le « mos, moris » des latins, qui tantôt s’unit, tantôt s’oppose à « lex », la loi, mais qui, contrairement à la « morale (qui) n'est pas drôle », nomme aussi l’ « humeur, la fantaisie », et cependant avec ’morosus’, « qui suit son humeur, difficile, capricieux, chagrin » même, évoque parallèlement quelque chose d’effectivement ‘pas drôle’ du tout dès lors qu’on a à le subir, tant de la part d’autrui qu’en tant que notre propre manière parfois lunatique (autrement dit ’sous influence’), de nous comporter.
Ceci étant, si ce qui vous choque tant, autrement dit l’assimilation du délinquant à un héros, peut donner à penser, ce serait sous l’égide du discernement qu’opère la conscience morale en tant que ‘Dôtoku’, entre « le Bien ( Zen : chinois : Shàn - notion où se retrouve une idée de ‘concorde qui règne autour d‘un partage équitable‘) du Mal (Aku : chinois : Wu - notion où se retrouve une idée de ‘repoussant‘ tel de par le sentiment d’un risque de ‘vampirisation’ du Ch‘i‘). » Autrement à partir de ce sentiment de la correction, rectification non violente d’un « partage inéquitable » conséquence par ex. de l’aspect rapace du « Désir » tel celui à l’œuvre dans l’affaire Kerviel où l’on a eu d’un côté une vampirisation du Golden Boy par la spirale infernale engendrée par le phénomène spéculatif et de l’autre une façon de répondre à l’exigence démesurée de l’employeur eu égard à un accroissement du profit dans un laps de temps de plus en plus réduit, donc comme sous l’effet de sa seule volonté (telle l’illusion d’un coup de baguette magique) ainsi qu’au mépris de la situation critique du plus grand nombre, au mépris de la destruction de l‘emploi de la PME à laquelle on ne prêtera plus, au mépris de l’anéantissement de la famille dont on vendra l‘appartement pour une bouchée de pain pour récupérer trois francs si sous malgré la volonté du père de famille de s’en sortir etc. etc. Pour que les gens applaudissent à la disparition de onze millions d’euros comme ils applaudiraient au bon numéro sorti au Kéno, au Loto, au Jackpot, au PMU ou que sais-je encore avant de réclamer leur part en tant que « meilleur ami » du gagnant, c’est qu’ils ont sans doute le sentiment que quelque chose est par là « réparé » même si cette réparation s’accomplit par un acte moralement condamnable et au profit d’un seul, dernier point qui jugule par ailleurs la force révolutionnaire potentielle de l’évènement.
En ce jour anniversaire de la chute du mur de Berlin, je crois que nous avons là un bon thème de réflexion et je suis pour ma part assez curieuse du type de « morale de l’histoire » à laquelle nous finirons par avoir droit au bout du compte.
« Laissez sortir les gens, c’est la seule chose à faire si on ne veut pas utiliser les armes. », se souvient d’avoir dit sous la pression de la foule l’officier responsable à Check Point Charlie ou je ne sais plus quel autre point de contrôle...
"Ouvrir" ou "Tirer", "réfléchir à davantage d'équité" ou "créer l'occasion de la tentation et sanctionner", je crois que la réponse à ce problème nous fournira en effet la morale de l'histoire.
Rédigé par: Catherine JACOB | 09 novembre 2009 à 15:52
@ JD Reffait :
"Une société qui substitue l'éthique à la morale est en grand danger."
Hmm... Pourquoi ?
La morale a une connotation fortement religieuse qu'il faudrait finalement bannir des sociétés "démocratiques". Au surplus, la morale, à l'instar de l'éthique, "correspond à une appréciation très variable et individuelle".
Rédigé par: Denis75 | 09 novembre 2009 à 16:08
Alex Paulista,
Non, cet homme n'a volé personne, pas même la collectivité. Du moins, si l'on veut réellement calculer la valeur effective du vol, ce n'est pas 11 millions mais uniquement le coût du papier, de l'impression et de la coupe des billets, c'est-à-dire le coût marginal de fabrication des billets.
En effet, le papier-monnaie ne correspond plus à une contrepartie de richesses réelles (tel que l'or auparavant) et ne prend donc une valeur qu'à partir du moment où ce papier entre dans le circuit économique. Le vol a eu lieu avant cette entrée dans le circuit économique, les billets n'avaient donc qu'une valeur de papier.
Une fois rendu dans un distributeur de billet, chaque billet retiré par vous et moi prend une valeur économique puisqu'il correspond à une richesse détenue et que vous attribuez au papier qu'on vous donne une valeur équivalente à la richesse détenue, sur la base de la confiance que vous accordez aux autorités qui garantissent cette équivalence.
En vérité cet homme pourrait être poursuivi pour création illégale de monnaie, parce que ces billets n'étant pas entrés dans le circuit économique ont exactement le même statut que la fausse monnaie.
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 09 novembre 2009 à 16:37
Je partage tout à fait votre avis M. Bilger.
Mais je remarque une chose c'est que les "bien-pensants" ne s'offusquent jamais devant les revenus pharaoniques des vedettes, qu'elles soient sportives, cinématographiques ou autres... alors pour quoi tant de haine !! La lutte des classes est revenue !!! Lénine réveille-toi ils sont devenus fous !!!
Rédigé par: Fanfan 02 | 09 novembre 2009 à 16:49
@Alex Paulista,
"Pour autant on ne peut pas suivre Ludovic en disant qu'il n'a volé personne. Non, il nous a tous volés un peu (surtout vous, j'utilise plus le real)."
Où avez-vous lu que j'ai dit qu'il n'avait volé personne ?
Rédigé par: Ludovic | 09 novembre 2009 à 16:59
@Bernard 27400
"Pensez vous vraiment que ça choquerait ? "
Euh oui tout de même, l'exhibitionnisme sur la voie publique est fort heureusement un délit à caractère sexuel.
Mais c'était surtout une boutade de ma part à propos de Diogène.
Rédigé par: Ludovic | 09 novembre 2009 à 17:04
Allez savoir pourquoi, dans cette phrase : 1- « SeGen_no_Hinan_ni kansuru_Ōkubo » : « Crainte du jugement critique de la société », le mot «Ōkubo» (Nom de famille d'un poète d'obédience confucéenne versé dans la poésie de style chinois de la fin de l'époque de Edo, ŌKUBO Shibutsu) a remplacé bizarrement le mot «Okubyô» (manque de courage). Il fallait donc lire : « SeGen_no_Hinan_ni kansuru_Okubyô ».
Idem un peu plus bas, il faut lire «trois francs six (6) sous» et non pas «trois francs si (conditionnel) sous».
Ceci dit, tous les accents des mots étrangers ne sont pas tous correctement mis dans mon texte, vu que je ne les ai pas tous sur la machine du jour, par ex. le "Ō" du latin "mos" est long. Mais bon, ça n'engendre pas nécessairement toujours de confusion comme dans le cas ayant paru nécessiter une rectification/précision (Ōkubo).
Rédigé par: Catherine JACOB | 09 novembre 2009 à 17:31
@ JD Reffait,
"PS. J'espère que ce commentaire aura plus de succès technique que celui sur le précédent billet qui a disparu dans les tuyaux internet."
Vous avez péché par "excès de vitesse" !
Si vous oubliez de cliquer sur "aperçu" (enregistrement de votre commentaire sur le blog de PB) avant de cliquer sur "envoyer", il est certain que votre écrit voyagera dans les méandres d'internet ! Pour "blogerrir" où ? Pas sur le blog de PB, c'est sûr !
Rédigé par: Marie @JD Reffait | 09 novembre 2009 à 17:49
Ce n'est pas uniquement un problème de morale. C'est aussi un problème de bêtise.
L'argent volé, c'est celui de la Banque de France, c'est l'argent des impôts, c'est de l'argent pris dans la poche des Français. Mais ceux-ci sont tellement bêtes qu'ils ne s'en rendent pas compte. Ils pensent que l'argent de l'Etat pousse sur un arbre planté dans la cour de l'Elysée.
Et vu que cet argent vient en grande partie de la dette, ils se félicitent qu'un truand serbe ait volé l'argent de leurs bébés à naître.
Rédigé par: Robert Marchenoir | 09 novembre 2009 à 18:13
Bonjour
J'ai peur que ce ne soit encore plus sordide: s'il est acclamé c'est surtout pour lui "demander" de partager: "je te cacherai volontiers si tu m'en donnes un peu"... C'est une acclamation de veules, qui n'osent pas faire, mais aimeraient bien en croquer. Assez nauséabond.
Que des financiers sans vergogne ou des dirigeants dont bling-bling ne donnent pas l'exemple cela ne fait peu de doute; cela explique sans doute la mécanique, mais sans rien changer à l'amoralité de ces soutiens.
Ce n'est pas surprenant. C'est médiocre.
Rédigé par: Matthieu Hug | 09 novembre 2009 à 18:19
Oui bon. Les sociétés fonctionnent sur des croyances, Facebook donne l'illusion d'un rassemblement sans frontières. Ceux-là mêmes qui arboraient crânement l'année dernière un tee-shirt Yes we can Barack Obama exhibent aujourd'hui un sweet Tony Musulin. L'intérêt dans cette histoire réside dans l'épopée d'un héros ordinaire devenu millionnaire à la faveur d'une série de couacs. Il ressemble à Matt Damon le discret dans Ocean Eleven: l'instigateur du casse du siècle sans effusion de sang. L'aspect moral est superflu dans l'engouement pour cet anonyme devenu à la lumière de Facebook et des médias un héros malgré lui. Son rêve est commun à 99, 99 % des humains: couler des jours tranquilles au soleil dans une planque à l'abri du besoin.
Rédigé par: SR | 09 novembre 2009 à 18:53
Chers Ludovic et Jean-Dominique
Oui, pardon Ludovic, j'ai lu rapidement et cru que le commentaire de JDR était la suite du vôtre. Mille excuses.
En fait, le commentaire était celui de
Jean-Dominique Reffait | 09 novembre 2009 à 10:31
Jean-Dominique s'est reconnu, qui m'a répondu.
Je ne suis pas d'accord avec lui pour autant et donc, du coup, d'accord avec vous: la création de la monnaie ayant un effet économique non-nul il nous vole tous. Sinon il suffirait de faire fonctionner la planche à billets pour tenir la promesse du pouvoir d'achat...
L'effet est similaire à celui de fabriquer de la monnaie, je suis d'accord bien sûr.
Non, en fait ce n'est pas exactement égal: il y a fort à parier qu'il dépensera cet argent hors de France...
Au Brésil ?
Rédigé par: Alex paulista | 09 novembre 2009 à 19:01
En qualité de lecteur régulier de votre blog, je dois admettre que je suis plus que sceptique du sentiment - je crois un peu vieux jeu - que vous nous livrez.
D'abord la fuite du convoyeur qui n'est qu'un pied de nez. Non pas du "petit" aux "gros", mais du "un peu plus malin" aux "franchement idiots".
Car il faut admettre qu'il faut être bien stupide pour laisser une personne seule dans un camion, fût-il blindé, avec 11M d'euros, et la possibilité de désactiver son GPS. Aujourd'hui même les taxis sont géolocalisables à merci.
C'est précisément - et seulement - ce pied de nez que le peuple français admire ; cela, dans le même temps en reconnaissant la vie probablement infecte que s'attachera à vivre notre bonhomme. Rester caché avec son butin, la chose ne doit guère être aisée...
Quant au respect des lois, je ne crois pas que quiconque soit en mesure aujourd'hui de vraiment les respecter. Il y a trop de normes pour que nous puissions faire du respect des lois une vraie valeur. Les lois sont au mieux des instruments politiques de communication qui ont une vertu : un symbole qui ne coûte rien...
Rédigé par: zed | 09 novembre 2009 à 19:32
Cher Philippe,
A quoi sert de constater un état de carence, quand l'état de carence est là...
L'éthique n'est pas la morale.
L'éthique est interne, la morale est externe.
L'éthique repose sur l'estime de soi tandis que la morale est en lien avec le respect de soi.
L'éthique, c'est une neutralité de principe, c'est une somme d'exceptions enfermée dans un cadre rigide, vouée à exploser sous le poids de sa compilation à chaque situation nouvelle.
La morale est plus réaliste, elle admet la faiblesse, la défaillance, l'imprévu, le jamais vu.
La morale compose avec l'absurde, le rire, la charité, l'inattendu. Elle admet.
Là où l'éthique admet qu'être vu fait devenir puissant, la morale doute.
La où la morale demande de se montrer tel que l'on n'est pas pour faire illusion, pour répondre aux règles, aux normes,
l'éthique doute.
Est-ce l'éthique ou la morale qui commande à Antigone d'ensevelir son frère?
Pourquoi voudriez-vous qu'Antigone écoute toujours Créon?
Pourquoi voudriez-vous que la vérité ne soit qu'une et qu'il n'existe qu'un seul chemin dit éthique ou dit moral.
L'éthique est une construction de prestige.
La morale, c'est le faire avec.
françoise et karell Semtob
Rédigé par: semtob | 09 novembre 2009 à 19:41
Un buzz en chasse un autre … Vous ne devriez pas faire tout un raouf pour si peu, mon cher PB … A vrai dire, une chose me gêne dans votre billet; c'est d'y préciser qu'il est d'origine serbe … Je ne vois pas ce que cela peut apporter à l'information et à votre commentaire. S'il avait été d'origine gascogne ou alsacienne, l'auriez-vous mentionné? Et pourtant, où est la différence?... Il est français, oui ou non?... Ne voyez aucune malice dans mon propos; c'est très important au contraire … Enfin … J'écrivais donc qu'un buzz en chasse un autre et à la vitesse de la lumière … Aujourd'hui, il s'agit de savoir si Sarkozy était à Berlin avec son piolet contre le mur le 9 novembre ou le 10 voire le 11 … Car s'il y était le 10 à minuit et une minute et non le 9 à 23h59 (au plus tard) comme il l'affirme, c'est différent, tout est différent, la face de ces choses en est de fait bouleversée … Et si c'était le 11, alors alors c'est un cataclysme, une fin de toutes les croyances, de toutes les morales … voilà à quoi nous en sommes réduits, voilà les valeurs, voilà l'intelligence posées en ces façons: le 9, le 10 ou le 11 à Berlin? On comprend mieux, à cette aune, pourquoi ce type se barre avec le fourgon ...
Aïssa.
Rédigé par: Aïssa Lacheb-Boukachache | 09 novembre 2009 à 20:30
Bonjour,
La réaction qui a suivi ce fait divers n'a pas été une surprise pour moi, même si je ne la partage pas du tout. Tony Musulin fait effectivement penser à ces héros de livres qui commettent des délits mais qui restent sympathiques aux yeux du lecteur. On pense bien évidemment à Robin des Bois ou à Jean Valjean !
Pourtant, les premiers éléments révélés par la presse montrent que la réalité n'est pas aussi belle. Tony Musulin, s'il est réellement coupable, n'a rien du misérable qui vole pour survivre ou pour aider les autres. Il roulait en Ferrari, or son salaire ne lui permettait pas d'avoir une aussi belle voiture.
Et c'est justement un point qui a attiré mon attention. Comment se fait-il que son patrimoine n'ait pas soulevé de questions avant ? Même si ce n'est pas une preuve, il me semble qu'il faudrait avoir de véritables moyens pour enquêter lorsqu'une personne a un patrimoine qui ne correspond pas à son salaire.
Rédigé par: Jean Philippe | 09 novembre 2009 à 20:39
Chères Françoise et Karell Semtob
Je définirais autrement morale et éthique.
Nous avons déjà eu un long débat avec JDR sur ce sujet, donc il est important de définir les mots.
La morale est l'application de principes créés par la société extérieure, comme vous le soulignez. Elle est à mon sens une construction de nature très rationnelle.
Le mot éthique peut paraître réducteur car il renonce à l'élaboration d'un système. L'éthique prend acte du fait que devant certaines situations la mathématique des âmes nous amène aux pires exactions (et le pire, c'est la ...). Certains, au Texas, en perdent la tête.
Le concept d'éthique est plus humble, plus intérieur, moins idéologue. En ce sens, si la morale est judéo-chrétienne, l'éthique est davantage chrétienne car elle est à l'écoute de notre for intérieur.
Dans l'Antigone de JA, c'est l'éthique qui commande à Antigone d'ensevelir son frère.
Parce que c'est viscéral.
Rédigé par: Alex paulista | 09 novembre 2009 à 21:15
Robert Marchenoir
"L'argent volé, c'est celui de la Banque de France, c'est l'argent des impôts, c'est de l'argent pris dans la poche des Français. Mais ceux-ci sont tellement bêtes qu'ils ne s'en rendent pas compte."
Je me demande quel qualificatif je dois attribuer à ceux qui ne se rendent pas compte qu'ils disent des sottises. L'argent des impôts ne passe pas par la Banque de France.
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 09 novembre 2009 à 21:28
@semtob
"L'éthique est une construction de prestige.
La morale, c'est le faire avec."
A mon humble avis et ma petite expérience, la morale est l'ossature de l'âme et l'éthique en est l'expression.
C'est ce qui fait que nous ne sommes pas des mollusques en quête d'une coquille pour nous protéger. Mais des êtres humains capables de se tenir debout, bien droit et d'avancer sans détour.
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par: Pierre-Antoine | 09 novembre 2009 à 23:05
@JD Reffait
"Le vol a eu lieu avant cette entrée dans le circuit économique, les billets n'avaient donc qu'une valeur de papier."
Devons-nous dans ce cas parler du coup de maître de la brigade 'Alerte enlèvement de billets' comme non pas d'un Jackpot de neuf millions d'euros mais comme de la simple récupération d'un certain nombre de kilos de papier monnaie gênants dont le malheureux convoyeur obligé au départ de voler le tout ne pouvait finalement assumer que le contenu d'un sac à dos?
Il faudra lui conseiller de se reconvertir dans le transport anversois des carats d'allotrope de haute pression du carbone qui seront tout de même d'un meilleur rendement au sac à dos que la production à peine sèche de la Banque de France.
Rédigé par: Catherine JACOB@JD Reffait | 10 novembre 2009 à 00:14
Monsieur Bilger a l'indignation sélective, on voit bien d'où il écrit. Un petit café après votre dessert, très cher...?
Rédigé par: mathevet Nicholas | 10 novembre 2009 à 10:36
Vous dites "J'ai honte pour la France à cause de l'effervescence admirative à l'égard de ce convoyeur de fonds lyonnais d'origine serbe, Tony Musulin, qui a détourné un peu plus de 11 millions d'euros en disparaissant avec son butin le 5 novembre."
Que vous, Philippe Bilger, croyiez nécessaire de mentionner l'origine du délinquant me choque beaucoup plus que son geste ou que le soutien apparent des internautes ! Surtout connaissant vos démêlés avec BHL (http://www.philippebilger.com/blog/2009/10/bhl-agent-de-police-intellectuelle.html) et ses allégations plus que douteuses sur vos propres origines...
L'origine étrangère de Tony Musulin est-elle la cause de sa délinquance que vous la mettiez ainsi en avant ?? J'ai peut-être mal interprété vos propos mais, écrits tels quel, ils sont très troublants...
Rédigé par: La Sasson | 10 novembre 2009 à 10:52
Catherine Jacob,
"Devons-nous dans ce cas parler du coup de maître de la brigade 'Alerte enlèvement de billets' comme non pas d'un Jackpot de neuf millions d'euros mais comme de la simple récupération d'un certain nombre de kilos de papier monnaie gênants dont le malheureux convoyeur obligé au départ de voler le tout ne pouvait finalement assumer que le contenu d'un sac à dos?"
Oui, c'est exactement cela pour ce qui est de la récupération du papier mais moins côté voleur : son intention est bien d'injecter dans l'économie du papier qui n'a aucune contrepartie économique, donc de la fausse monnaie. Grosso modo, pour l'Etat, le manque à gagner est très faible financièrement (prix du papier), mais pour le voleur, il est bien de 9 millions.
Au-delà de cette mise au point technique, ce qui m'importe est de me rapprocher du coeur du billet et, notamment, de l'approche morale du délit concerné.
Souvenons-nous de ces distributeurs de billets qui ont dans le passé délivré deux ou trois fois les sommes demandées : je retire 20 € et le distributeur m'en donne 60, sans débiter les 40 € de trop, qui correspondent dès lors à de la fausse monnaie. Les gens se sont tous précipités sur ces distributeurs et il ne me semble pas qu'il y ait eu de poursuites : simplement une mise à jour des comptes concernés. Dans les principes, Musulin n'a pas fait autre chose.
Les grands équilibres financiers ou économiques supposent des règles générales mais le manquement marginal à ces règles n'a aucune influence sur les équilibres. Il n'y a aucune place pour la morale dans ce contexte, ni dans les règles ni dans les manquements, dans la mesure où il n'y a pas de nuisance ou de bienfait pour les intéressés.
Je me souviens de l'affaire Elf : des commissions pour obtenir des marchés à l'étranger. L'entreprise se portait fort bien, les actionnaires étaient contents, les salariés aussi, aucune entreprise française n'était lésée, l'Etat percevait des impôts records. Où était le dol ? Nulle part.
Je crois que nous associons trop vite la transgression à l'immoralité : une règle peut avoir une utilité pratique sans s'appuyer sur un principe moral. Si la règle ne repose pas sur un principe moral, il n'y a pas d'immoralité à la transgresser, ce qui ne signifie qu'il faille le faire pour autant car la règle repose sur d'autres justifications pertinentes.
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 10 novembre 2009 à 11:09
"...C'est le monde tel qu'il va, tel qu'il a toujours été, il faut s'en arranger sans s'énerver, en s'efforçant, quand cela nous est possible, de nous maintenir à l'écart de cette bacchanale informe..."
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 09 novembre 2009 à 10:31
Ca resume bien ma pensee, alors j'ai "vole" les mots de Monsieur Reffait...
Rédigé par: Valerie | 10 novembre 2009 à 14:27
Rédigé par Monsieur SR le 09 novembre 2009 à 18:53
"...exhibent aujourd'hui un sweet Tony Musulin..."
Ouf ! tant qu'ils n'arborent pas un sweet ou le nom du "heros" a perdu son "u" et transforme le "n" de son nom par un "m", ca va !!!
Ce serait un comble pour un type d'origine serbe !!!
Rédigé par: Valerie | 10 novembre 2009 à 14:41