Ce ne sont pas les sujets
qui manquent. La discrétion de Roman Polanski en Suisse et le soutien toujours
appuyé (dangereux ?) de Bernard-Henri Lévy. La scandaleuse condamnation du
dissident chinois Liu Xiaobo à onze ans de prison. Cette femme qui a dérobé des
dizaines d’anges dans les cimetières pour combler sa solitude et apaiser sa
détresse (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro).
Mais le bonheur d’une
semaine de vacances, c’est de lire ou de relire. Je venais de terminer "Carnets intimes de Nicolas Sarkozy" par Christine Clerc – exercice
difficile, qui pourrait sembler artificiel mais dont elle se tire
remarquablement – quand le hasard de ma curiosité m'a permis de me passionner
pour "L’année des Adieux" de Laure Adler et l’ouvrage de Pierre Péan "Dernières Volontés, Derniers Combats, Dernières souffrances". Et de continuer à
cultiver ma fascination pour François Mitterrand.
En effet, j’ai depuis
longtemps laissé de côté l’application frénétique et studieuse du catéchisme
socialiste durant les deux premières années de son premier septennat, sa
désinvolture royale à l’égard de ce qui prétendait limiter l’exercice de son
pouvoir personnel et les mille combinaisons à la fois subtiles et médiocres
d’un tacticien hors pair et d’un homme hors du commun.
C’est cet homme qui
depuis 1988 et plus particulièrement à la fin de son second septennat a
contraint même l’adversaire le plus affirmé à dépasser le champ de la politique
partisane pour demeurer saisi par un talent si singulier, une intelligence
tellement exceptionnelle et un courage à toute épreuve. Je sais bien que tous
les citoyens n’ont pas suivi mon chemin et qu’on entend encore, parce que les
grandes personnalités suscitent aussi les grandes haines, une hostilité sans
nuance à l’encontre de François Mitterrand. Sa mort, pour certains, n’a rien
lavé ni purifié. Elle n’a en rien aboli la vie du ressentiment. Il y a des
êtres trop riches pour un consensus national. Ce serait même au fond leur faire
injure que de les embaumer. Mieux vaut laisser chacun libre de ses approches et
choisir le Mitterrand qu’il portera dans son panthéon personnel.
Pour expliquer la montée
de mon admiration – comme si, à partir d’un certain moment, plus rien n’était
touché par l’idéologie mais tout par la culture, la résistance physique et intellectuelle,
la volonté de rassemblement et, profondément, la substitution, peu à peu, des
pensées métaphysiques aux habiletés techniques -, j’ai privilégié longtemps l’analyse
du crépuscule qui revenait à sa source. Celle de l’homme de droite et de compromis, qui sur le tard avait besoin de retrouver le jeune homme
Mitterrand guère éloigné d’une vision intelligemment conservatrice. Il me
semble qu’un tel regard, pour n’être pas totalement faux, pècherait tout de
même par approximation. Car en prenant connaissance, grâce à ses propos, à
ceux de ses amis les plus fidèles, à certains de ses admirables discours, du
fond des polémiques qui ont agité sa fin d’existence et de ses convictions les
plus enracinées (notamment européennes), on comprend qu’il y a bien plus qu’une
résurgence « droitière » mais l’affirmation éclatante, sous le soleil
sombre et menaçant de la mort, d’une vérité de soi qui n’avait plus le droit
d’être différée.
J’avoue que pour des
raisons faciles à appréhender et qui tiennent à mon histoire familiale,
l’attitude de François Mitterrand face aux multiples accusations qui ont cru
l’accabler, m’a tout particulièrement intéressé. De la gerbe sur la tombe du
Maréchal Pétain à ses relations avec Bousquet, de son conflit violent et
persistant avec Serge Klarsfeld aux atermoiements judiciaires liés à Touvier et à
Bousquet, de son rôle à Vichy à son refus d’impliquer la République dans les
indignités commises par l’Etat de fait qu’était, selon lui, le régime du Maréchal
Pétain, François Mitterrand n’a cessé d’être mis en cause, soupçonné, placé
en résidence morale et politique surveillée. Lui qui détestait avoir à se
justifier, il a dû, tout en présentant sa défense personnelle – et avec quel
pouvoir de conviction et quelle intuition historique, pour hier et
aujourd’hui ! -, tenter d’expliquer à la France pourquoi un extrémisme de
la punition n’avait plus de sens si longtemps après la terrible époque qui avait
fait naître et suscité les crimes. Il l’a fait à ses risques et périls et
beaucoup, qui n’aiment rien tant que la vanité si commode a posteriori de se
croire des héros, ne l’ont sans doute pas approuvé.
Ce qui m’a touché chez
François Mitterrand, c’est son inflexible détermination. Ayant en horreur le
racisme et l’antisémitisme – Robert Badinter, Anne Lauvergeon, Pierre Benichou,
Paul Legatte, Maurice Benassayag et d’autres en ont témoigné -, il n‘a pourtant pas voulu céder sur ce qu’il estimait être juste dans ses analyses, qu’elles
soient d’ordre intime ou historique. Il a mêlé son passé au passé de son pays
sans succomber, en dépit des objurgations multiples et des pétitions de
principe, au confort d’un reniement et d’une défaite en rase campagne. Il a
continué à soutenir avec une argumentation obstinée et structurée que la
République n’avait pas à s’excuser pour la « rafle du Vel ‘Hiv »
puisqu’elle ne l’avait pas permise mais Vichy. Jacques Chirac plus tard en le
désavouant s’est attiré un succès facile mais je ne suis pas sûr que la
position de Charles de Gaulle et de Mitterrand – pour une fois réunis - en ait
été moins lucide. François Mitterrand, sur ces sujets infiniment sensibles qui
le concernaient de près, et la France dans ses tréfonds avec lui, a
obsessionnellement tenu les deux bouts de la chaîne dans et pour notre pays
comme il l’a fait, sur le plan international, avec Israël et les Palestiniens.
Il n’a jamais mieux exprimé sa philosophie que par ce concept « d’histoire
réconciliée » à laquelle il aspirait parce qu’elle comblait son désir de
pacification, de voir les plaies nationales non pas exacerbées mais adoucies
sans porter atteinte à l’intransigeance et à la force de ses convictions
humanistes.
Un exemple fera mieux
saisir ce dont je le crédite et je regrette à nouveau de me servir d’une triste
péripétie judiciaire. L’appel, dans l’affaire Fofana, aurait été décidé par
Michèle Alliot-Marie sur l’étrange conseil de son directeur de cabinet ou,
selon Christine Clerc faisant monologuer Nicolas Sarkozy, par ce dernier alerté
et sollicité par le CRIF. Si cette version est exacte, imagine-t-on une seconde
François Mitterrand – et dieu sait qu’il détestait la magistrature !-
obtempérer à une telle injonction s’il avait été persuadé de son inanité
judiciaire !
Devant la complexité d’un
problème, il ne fuyait pas dans la simplicité par commodité. Il affrontait et
tenait bon. On sentait chez lui comme une impossibilité à ne pas dominer la
richesse de sa pensée par sa qualité d’éloquence et l’inventivité de son
langage. Quand tout s’accordait et qu’à l’évidence François Mitterrand avait
pour ambition de délivrer un testament international, il atteignait une manière
de perfection où le fond, la forme et le courage de tout dire, même le plus
difficile, le plus risqué, laissaient l’auditeur, le lecteur admiratifs et
stupéfaits par le caractère exceptionnel de ce type de discours.
Le plus remarquable et
remarqué sur ce plan a été celui qu’il a prononcé à Berlin en 1995 - huit minutes d'improvisation totale - où avec un
art consommé il a évoqué le miracle inouï de la réconciliation
franco-allemande, la chance qu’elle représentait et, en même temps, le courage des soldats allemands défaits par les Alliés. Il a su rendre hommage aux
citoyens qui s’étaient dressés, en Allemagne, contre l’Allemagne nazie. Qu’on
essaie seulement d’appréhender la diversité contrastée de ces idées et de cette
vision, on percevra quel génie il fallait pour les traduire sans faillir, pour
savoir sans faiblesse jusqu’où le politique et l’expérience d’une vie avaient
le droit d’aller.
Je pourrais continuer
ainsi. Il y a évidemment, en référence aux deux livres que j’ai cités, d’autres
exemples où la singularité de cet homme d’exception a explosé et séduit bien
au-delà de son environnement amical et partisan.
J’ai conscience d’avoir
regardé François Mitterrand avec mon œil, mon esprit et mon histoire. C’est la
force et les limites d’une subjectivité.
Mais comme j’aurais aimé
le rencontrer pour l’entendre, l’écouter, appréhender l’Histoire dans sa pureté, dans
ses impuretés, dans sa clarté !
Rédigé par: admirateur éperdu | 10 janvier 2010 à 15:43
Je ne sais pas très bien à quoi il sert, en général (je titille là votre pathologie, car vous y verrez un affront à notre bien-aimé tonton, alors nous dirons donc "en Mimi" désormais) de chercher à raisonner les paranoïaques, mais je vous concéderai, désolé, qu'étant de bonne foi, je n'ai toujours pas lu les deux ouvrages de Péan et qu'ai assez écouté d'historiens de témoins et tout simplement assez vécu en France depuis quarante ans pour penser, surtout après avoir lu le livre phare de Rolin (Olivier, pas les autres), que le fascisme que certains en mal de romantisme et souffrant d'une naissance trop tardive pour qu'ils puissent se rendre utilement héroïques, ce fascisme d'opérette, donc que d'aucuns voyaient dans le gaullisme, est bien relatif, bien 'excusable' si on le ramène à l'époque, si on cherche dans ce contexte de guerre froide, aussi de décolonisation, quel régime à lui contemporain put lui être clairement supérieur, tant en termes moral, comme économique et stratégique ? Je cherche encore. Mais des milliers de noms de pays vont vous venir, essayez de vous cantonnez à la terre, le reste, j'en maîtrise mal la géopolitique, désolé.
Un petit mot au paranoïaque, pour finir, histoire de lui offrir sa dose de Valium avant de le mettre au lit, Mitterrand, j'aimais plutôt bien, mais, comme PB et quelques autres, j'aime penser contre tout système, comme contre moi-même, alors je n'en vois pas que les vertus, ce qui est aussi une manière de me moquer avec tendresse du tontonoeudnoeudphile que j'étais à 24 ans quand je votai pour lui en 88 et que j'en vins même, suprême errance, à serrer la fétide paluche de son Jack (qu'on branche généralement à l'oreille là où il fut la voix de son maître, Dieu et son pro fête), c'est dire que je faisais comme fais encore un bien paradoxal 'gaulliste'.
AO
PS (ahhhh) rassurez-vous, je me suis seize mille six cent trente-deux fois lavé les mains depuis.
Rédigé par : oursivi@AdmEperdu | 24 janvier 2010 à 02:01
Rédigé par: Laurent Remise | 23 janvier 2010 à 22:41
Ce n'est là aucunement une raison pour écrire des "conneries", et nous attendons tous que vous vous excusiez pour "cet accord" qui m'avait tant étonné et que les historiens ont gaussé avec la morgue nécessaire.
AO
Rédigé par : oursivi@LRemise | 24 janvier 2010 à 01:29
Les SCUDS et insultes qui me sont envoyés ne m'intéressent pas.
J'ai vu qu'ils traitent tous de la problématique de Mitterrand face à son histoire pendant la Seconde Guerre mondiale vis-à-vis des autres. En le comparant.
Mais tout cela est hors du sujet de l'auteur de ce billet d'humeurs.
Mon propos était juste de modérer son enthousiasme, ne pouvant oublier ce que Mitterrand a été par le passé.
Ce que firent les autres ne m'intéresse pas.
Avant de louer les vertus du "Grand Homme" il serait de bon ton de nous rappeler tous, objectivement, ce qu'il fit de négatif.
Rédigé par : Laurent Remise | 23 janvier 2010 à 22:41
Je vous comprends. J’ai dû m'accrocher aussi pour passer les passages douloureux de ce livre.
Je ne regrette pas d'être allé au bout.
Rédigé par : jpledun@Véronique Raffeneau | 10 janvier 2010 à 23:28
@ Oursivi
J'avoue que je suis assez stupéfait par votre dernière réponse.
Si vous êtes aussi rigoureux dans vos analyses des carrières de nos présidents que dans vos avis sur les ouvrages de Pierre Péan, alors je crains le pire !
Vous devriez lire les ouvrages avant de porter des jugements définitifs... extraits de la presse.
"Proust pour les nuls" en deux paragraphes extraits de "Salut les Copains", cela peut être un peu limite non, pour défendre une thèse ?
Je m'explique : vous écrivez "mais là je crois que nous avons déjà croisé le fer sur ce sujet et aussi connaître vos arguments comme vous devez connaître les miens, donc je vais ménager mon énergie en lisant les "oeuvres" de Péan (qui dézingua aussi bien l'un que l'autre) quand j'en aurai envie".
Je n'ai qu'une suggestion : n'attendez pas "d'en avoir envie", précipitez-vous rapidement sur ce que Péan a écrit sur Mitterrand et vous verrez que vous êtes dans un contresens total.
Il se trouve que j'ai une excellente connaissance des deux ouvrages que Péan a écrit sur Mitterrand pour des raisons que je n'ai pas à exposer ici et que j'ai eu l'occasion d'en parler de nombreuses fois avec l'auteur...
Pierre Péan a écrit au début des années 2000 "Dernières volontés derniers combats dernières souffrances" (deuxième ouvrage sur Mitterrand), ulcéré qu'il était que 90% des médias aient complètement détourné les analyses dans son ouvrage "Une jeunesse française" et aient pris 3 pages sur 500 pour flinguer Mitterrand.
Il est dommage que vos avis péremptoires soient marqués par une telle désinformation. Lisez donc ces deux ouvrages et vous verrez l'énormité de votre contresens.
Ce n'est pas très rassurant quand on voit avec quelle sûreté vous assénez vos jugements et vos bons et mauvais points.
Par contre dans plusieurs ouvrages, dont en particulier "L'homme de l'ombre", Péan a flingué la face noire du gaullisme.
Alors je vais répondre à la question : pourquoi ai-je convoqué de Gaulle pour répondre à Alex Paulista qui affirmait que Tonton avait fait perdre 10 ans à la France ?
Tout simplement parce que je fais partie de ceux qui pensent qu'en politique dans l'entreprise les jugements suivent le principe du fléau de la balance : on porte au pinacle ou on flingue quelqu'un comme sur le fléau de la balance pour contrebalancer avec quelqu'un d'autre.
Dans les deux cas, les uns ou les autres ne méritent ni l'excès d'honneur ni l'excès d'indignité.
En d'autres termes, Mitterrand est sali comme il l'est pour qu'on évite de regarder la face noire de de Gaulle.
Et j'estime que cette face noire du gaullisme, perpétuée par ses "héritiers", mais avec infiniment moins de cynisme, a fait perdre beaucoup à la démocratie française.
Un observateur de la vie politique française, JF Kahn, avait écrit alors que l'anti-mitterrandisme primaire battait son plein : "Les crimes de de Gaulle comparés aux turpitudes de Mitterrand", qui est parfaitement dans la ligne de ce que je pense (et c'était fort argumenté). Je tiens cet article à votre disposition... Vous constaterez donc que je ne suis pas le seul à "délirer" mais que des gens aussi divers que Jean-François Kahn, Constantin Melnik ou Pierre Péan ont des analyses similaires...
Effectivement il est plus facile de me discréditer avec des invectives que d'argumenter par rapport aux faits avancés par ces gens somme toute honorables...(après avoir lu les ouvrages concernés !)
Alors, que la face noire du gaullisme soit totalement occultée et qu'il soit très politiquement incorrect de la rappeler face à cet océan de béatification... Il ne sert à rien de balancer des invectives à ceux qui ont le courage de ne pas se faire enfumer, qui ont gardé leur libre arbitre et qui ne veulent pas occulter autant de dérapages.
Certes cela ne colle pas à la légende... Tant pis pour vous si vous aimez les légendes qui vous arrangent : il ne sert à rien de pousser sous le tapis ce qui dérange.
Je constate quand même que vos sources sont sacrément approximatives : c'est dommage quand on veut discourir comme vous le faites du vrai et du faux et ce, en distribuant les bons points.
Mais n'est-ce pas si français de parler haut et fort de ce que l'on ne connaît pas ? Car c'est quand même un peu fortiche de dire que Péan dans ses deux ouvrages a flingué Mitterrand, sans avoir lu les ouvrages, alors que c'est exactement le contraire.
Avez-vous l'habitude d'avoir des avis aussi péremptoires sur des ouvrages que vous n'avez pas lus ?
PS : je vous attends à Canossa quand vous aurez lu les deux ouvrages de Péan sur Mitterrand + "L'homme de l'ombre" qui explique le rôle de Foccart auprès de de Gaulle ce qui, je l'espère, vous permettra de relativiser un peu la sanctification que vous semblez faire du Grand Homme...
Rédigé par : admirateur éperdu | 10 janvier 2010 à 15:43
@ Laurent
"...je suis plus circonspect que vous sur le fait que, dans les années 80, Mitterrand n'aurait pas mesuré ce que fut la Shoah et la collaboration active dans ce domaine."
Ce que j'essaie de faire valoir c'est l'idée que François Mitterrand prend conscience en même temps, au même rythme que nous tous du caractère spécifique, inouï, inconcevable de l'entreprise criminelle nazie.
Pour cela il fallait des travaux d'historiens et la littérature, au sens élargi du terme, de mise en récit.
Je crois que seuls les écrivains, les cinéastes, les dessinateurs - je pense à la bande dessinée "Maus" d'Art Spiegelman (parution 1986) - sont en mesure de construire des instruments pour une appréhension et pour interpréter - au sens virtuose - au plus près de ce qui s'est passé.
Et encore, si un jour vous lisez "Les Disparus" de Daniel Mendelsohn, il y a un passage dans ce livre qui m'a beaucoup remuée et au sujet duquel je m’interroge.
DM tente de construire le récit de qu'aurait pu être les circonstances de la disparition et de l'assassinat de Schmiel, d'Ester et de Bronia Jäger, le père, la mère et leur petite fille, leur plus jeune enfant.
A ce moment du récit, il semble que le plus vraisemblable les concernant soit un départ vers Belzec - camp d'extermination. La suite des investigations de Daniel Mendelsohn démentira cette hypothèse.
Ce qui m'a profondément remuée c'est quand Daniel Mendelsohn écrit qu'il est obligé d'arrêter son récit une fois la porte de la chambre à gaz refermée sur Schmiel.
Car ici nous ne pouvons plus l'accompagner.
Alors je pense que le retrait de Daniel Mendelsohn est à l'image du temps et du malheur qu'il a fallu pour que des écrivains ajustant leurs récits aux témoignages et aux faits désensevelis par les historiens conçoivent et créent les outils conceptuels d'approche de cette tragédie.
A Vichy François Mitterrand a vingt-six ans. Je pense qu'il est alors dans une logique d'ambitions politiques et de carrière. A l'image de plein d'autres jeunes gens, la plupart, qui ont d'abord saisi Vichy - pardon de le dire ainsi mais je crois que c'est la vérité - comme une opportunité.
Ce qui les intéresse et les absorbe alors n'est pas, par exemple, les lois de 1940 et de 1941 portant sur le statut des Juifs.
J'hésite à l'écrire aussi brutalement mais je pense que pour le jeune Mitterrand d'alors, c'est l'indifférence sur cette législation, qui prévaut.
Après, plus tard, il y a la Libération, la libération des camps, la question Collaboration / Résistance, l'Epuration et... la reconstruction du pays.
François Mitterrand, à mon avis, épouse et s'identifie en tous points aux lignes de ce mouvement dans son ensemble.
La prise de conscience véritable de l'Histoire qu'il a traversée n'intervient que beaucoup plus tard, par à-coups successifs.
Je pense également que dans son obstination à refuser de reconnaître, en qualité de Président de la République, l'implication de l'Etat français dans le génocide, il faut y voir la position d'un témoin direct de cette période de l'Occupation, dont le point d'équilibre, ce qui structure son souvenir des choses, est la sauvegarde coûte que coûte du récit national post Libération dans lequel il avait encore et encore irrémédiablement besoin de croire.
@ JP
"Les Bienveillantes", bien sûr.
Mais je n'ai jamais pu lire ce livre. Je l'avais commencé quelque temps après sa parution. Je l'ai laissé au moment où dans une petite ville, je ne sais plus laquelle, quelque chose de terrifiant se prépare.
Je n'ai pas pu aller au-delà de cela.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 10 janvier 2010 à 08:35
Cher Axel
AE délire sur de Gaulle, vous sur Mme Thatcher (que je ne porte pas dans mon coeur) pour repartir dans votre marotte anti-traders.
Mitterrand doit pouffer dans sa tombe...
Pour plus détailler ce que je reproche à Mitterrand: sa politique économique déplorable, sa manière d'utiliser Renault comme laboratoire social en échange de chèques en blanc de l'État pour les délires du PDG de l'époque, ce dont la régie ne se remettra qu'en liquidant toutes ses activités d'équipements électroniques à haute valeur ajoutée. Aujourd'hui ils ne font que la mécanique, et ont dû bien écraser tous leurs fournisseurs pour compenser.
Il y a aussi la mauvaise gestion payée avec la croissance systématique des charges sociales jusqu'aux niveaux record d'aujourd'hui, avec pour résultat la smicardisation de tous les salaires. Aussi le gel de toutes les réformes prévisibles et structurelles que l'Allemagne faisait au même moment. Même la réunification allemande de 89 n'a pas réussi à faire redescendre la performance allemande à notre niveau.
Plus toutes les mises sur écoute, les suicides de deux balles dans la tête...
La liste est tellement longue, pas besoin de parler de sa participation à Vichy, même si le contraste est visible par rapport à Giscard, par exemple.
Rédigé par : Alex paulista | 10 janvier 2010 à 01:37
"...Suite à ce billet j'ai recherché et listé pour mon travail les récits et les romans qui constituent la littérature de la Shoah..."
Je suis sûr Madame que dans votre liste figure "Les Bienveillantes".
Etrange roman avec un angle assez original qui nous fait découvrir entre deux vomissements, Lermontov et son "Un héros de notre temps" (entre autres).
Rédigé par : jpledun@Veronique Raffeneau | 10 janvier 2010 à 00:15
Qui en est responsable d'après vous ?
AdmEperdu
Ce qui est responsable est votre paranoïa concernant ce qui égratigne tonton et ce que le général n'a pu que faire... le Titanic cela devait être lui, forcément avec un si grand nez son vrai nom devait être Iceberg, et comme disait Gainsbourg, encore un juif...
Bon, ce que vous disiez à propos de Mimi était assez largement juste, quel besoin pathologique de convoquer le général dans l'argumentaire ? Nul ne l'avait introduit, sinon vous, vous auriez pu si votre obsession n'était bloquée sur 65, ou 8, ou je ne sais quoi, introduire Napoléon Louis 14 ou Henri 4, pour sortir d'autres figures marquantes à juste titre de l'histoire de France, et qui firent cependant beaucoup de conneries. Ou citer Chirac, qui ne fit rien que d'étaler son insignifiance. Mais le sujet ne portait pas sur eux ni sur la Joconde, Tamerlan ou Boris Becker, mais sur Mitterrand, sacré bon sang.
En nous remâchant du de Gaulle le vilain - bouh - vous nous parlez de vous sous un prêt nom maladroit.
Remarquez, j'aime bien les obsessionnels, mais là je crois que nous avons déjà croisé le fer sur ce sujet et aussi connaître vos arguments comme vous devez connaître les miens, donc je vais ménager mon énergie en lisant les "oeuvres" de Péan (qui dézingua aussi bien l'un que l'autre) quand j'en aurai envie. Il vaut toujours mieux s'adresser à Dieu qu'à ses saints.
AmenO
Rédigé par : oursivi@Admir | 09 janvier 2010 à 17:46
@Oursivi
Votre commentaire n'apporte rien strictement rien et je trouve fort désobligeant que vous compariez les analyses de C. Melnik avec les délires de Laurent Remise.
Certes il est politiquement incorrect de critiquer quoi que ce soit dans l'oeuvre du Dieu Vivant mais je vous pose une et une seule question :
Croyez-vous que le noyautage systématique de la police, de la justice, des services spéciaux, des médias publics, etc. (De Gaulle disait à Foccart, cf Foccart dans ses Mémoires à propos des hauts fonctionnaires : l'important n'est pas qu'il soit compétent ou non, l'important c'est qu'il soit avec nous) que la barbouzerie et les polices parallèles comme le SAC n'aient pas fait régresser la démocratie en France pendant des dizaines d'années ?
D'où vient d'après vous cette propension en France depuis des dizaines d'années aux coups tordus pour abattre les adversaires ?
Je le répète il est parfaitement désobligeant de comparer les délires de L. Remise extraits d'un site plus ou moins nauséeux (et qui plus est amplifié par les hallucinations de L. Remise comme cet accord Bousquet - Mitterrand), et les analyses, argumentées de gens comme C. Melnik ou Pierre Péan.
Ce n'est pas parce que c'est "politiquement incorrect", que cela bouscule des légendes, que cela n'en est pas vrai.
Je dis et je maintiens que les pratiques de noyautage systématique des grands corps de l'état, des médias publics + la barbouzerie et les polices parallèles comme le SAC ont fait régresser gravement la démocratie en France.
Qui en est responsable d'après vous ?
Rédigé par : admirateur éperdu | 09 janvier 2010 à 14:06
"Combien de temps ont fait perdre cet étatisme délirant, cette conception de la société datant du 19ème, cette conception mafieuse du pouvoir ?"
Rédigé par: admirateur éperdu | 09 janvier 2010 à 09:53
Votre sortie est à peu près aussi inepte que celle de l'autre illuminé de L. Remise (qui ferait presque confusion entre hagard et hangar). Votre vision concernant de Gaulle est aussi caricaturale que celle d'Alex qui sorti des marchés et du thatchérisme trouve tout ringard et désuet (dix ans de retard). Ce qui est un peu risible chez Mitterrand est d'avoir tant critiqué de Gaulle pour finalement se couler dans ses pas, mais pas d'avoir comme lui tenté - avec moins de succès - de promouvoir une France autonome et d'avoir cru - peut-être ridiculement - à une essence supérieure de son pays dont elle éclairerait le monde. Leur vision d'un solide étatisme protecteur est celui dont beaucoup, fragilisés, rêvent désormais.
Ce n'est pas en attaquant les travers de de Gaulle que vous grandirez Mitterrand, et réciproquement, on n'est pas à "On refait le match" (êtes resté bloqué en 65 ?).
Il s'agit juste de moucher quelques cornichons qui inventent des accords ignominieux et ne s'excusent même pas de leur errance.
AO
Rédigé par : oursivi@AdmirateurEtPerdu | 09 janvier 2010 à 12:35
Tout ce que vous dites est très juste, Véronique Raffeneau, mais je suis plus circonspect que vous sur le fait que, dans les années 80, Mitterrand n'aurait pas mesuré ce que fut la Shoah et la collaboration active dans ce domaine. Mais peut-être vous ai-je mal lue. Quant à l'association burlesque Bousquet/Mitterrand pour les rafles de 42, mentionnée par Laurent Remise, d'autres internautes ont suffisamment répondu sur cette divagation pour que j'aie quelque chose à ajouter.
Rédigé par : Laurent Dingli | 09 janvier 2010 à 10:33
Je constate que depuis quelques mises au point factuelles, les délires concernant les prétendues turpitudes de François Mitterrand ont cessé de prospérer.
@Alex paulista
Mitterrand aurait fait perdre 10 ans à la France dites-vous.
Et combien, la conception "mafieuse" du pouvoir qu'avaient de Gaulle et tous ses successeurs gaullistes a-t-elle fait perdre à la France et à la démocratie française ?
Puisque vous vous limitez à des affirmations sans argumentation, je vous livre une partie d'une analyse que je partage à 100 %. C'est extrait de "Politiquement incorrect" de C. Melnik :
".../...N'étant pas un Dieu unique et omnipotent, de Gaulle n'était pas non plus infaillible. Si je crois avoir identifié certaines de ses erreurs - qui étaient fort difficiles à supporter quand on avait la chance de le servir tant son orgueil ne les admettait pas -, on ne peut prétendre que sa politique "russe", son paternalisme en Afrique - "les négros", disait-il - , son rêve d'un tiers-monde imaginaire, sa tendance à la gesticulation internationale illustrée par le discours de Phnom-Penh ou le bizarre "Vive le Québec libre !", son hostilité à Israël, soient de glorieux succès. De même et sur le plan intérieur, l'étatisme délirant, un dirigisme d'un autre âge, un "grand dessein" mégalomane dont le France et Concorde seront les coûteux fleurons, l'instauration en France d'un ordre moral pesant - la dictature sur l'audiovisuel ! -, une conception monarchiste, voire mafieuse, du pouvoir ne sont pas à inscrire au bilan d'un grand démocrate.../..."
Combien de temps ont fait perdre cet étatisme délirant, cette conception de la société datant du 19ème, cette conception mafieuse du pouvoir ?
Pour ne prendre qu'un seul grief, cette conception "mafieuse" du pouvoir que C. Melnik a parfaitement illustrée dans ses nombreux ouvrages, que P. Péan a détaillée dans "L'homme de l'Ombre", Foccart pour faire tous les coups tordus pour le compte de de Gaulle, Pasqua ensuite dans ce rôle auprès de Chirac, cette perversion qui fait que ces gens pensent qu'un coup tordu peut tout régler en politique , cette conception de l'Etat qui a transformé notre pays en République bananière, combien de dizaines d'années cela a-t-il fait perdre à la démocratie de notre pays ?
Notre pays n'est pas, en dépit de nos proclamations, de nos rodomontades, un état de droit.
A qui la faute ?
Rédigé par : admirateur éperdu | 09 janvier 2010 à 09:53
Merci à Mike et à a pour leurs encouragements.
Au fond, ce qui m’intéresse beaucoup dans le blog de Philippe c'est le comment je vais pouvoir affermir ou nuancer mon tout premier sentiment à la lecture de son billet.
L’endroit, les mots, là où ça grince et où ça continue de grincer.
Ici ce sont les expressions "succès facile" et "extrémisme de punition".
Suite à ce billet j'ai recherché et listé pour mon travail les récits et les romans qui constituent la littérature de la Shoah.
Selon moi, dans le domaine de la littérature, les choses basculent avec la parution en 1979 du livre de William Styron : "Le Choix de Sophie" (paru en France en 1981).
Des romans et des récits ont bien sûr auparavant fait mention des camps et de la déportation. Mais dans le domaine de la fiction c'est avec Styron que les abîmes de l'horreur deviennent implacablement perceptibles.
Parallèlement, la télévision, avec la diffusion en 1978 aux Etats-Unis d'Holocauste - 1979 en France - marque le début d’une prise de conscience collective, que "Shoah", le film de Claude Lanzmann (1985), consacrera.
Ce qui est marquant c'est le fait que les écrivains, les cinéastes et les historiens, parallèlement, ont accompli à partir des années 70 et tout au long des années 80 un même travail de recherche, de mise à jour et de mise en abîme.
A l'Histoire et à la littérature de la déportation se sont ajoutées et substituées celles de l’extermination.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 09 janvier 2010 à 06:29
Vous me donnez envie de relire "La paille et le grain".
Rédigé par Monsieur jpledun@JR le 07 janvier 2010 à 23:57
Ca me fait penser a un titre "L'herbe et le foin"
Rédigé par : Valerie | 08 janvier 2010 à 18:15
@Jean Reffait
Certains aiment le clair-obscur, les nuances où l'on aime à chercher la subtilité, le beau.
S'y cachent aussi la crasse, le sordide, les bas instincts. Même si on en tire de la belle poésie, la boue est toujours de la boue.
Je me sens plus comme les personnages des Choses de Perec, à la fin de l'histoire. Il faut savoir jeter les divans Chesterfield achetés aux puces pour un intérieur grand et lumineux.
La France a pris dix ans de retard sous Mitterrand, au risque de vous provoquer "un heurt en pleine poitrine".
Rédigé par : Alex paulista | 08 janvier 2010 à 15:14
Vous me donnez envie de relire "La paille et le grain".
Rédigé par : jpledun@JR | 07 janvier 2010 à 23:57
Monsieur,
Vous méritez bien du respect pour le courage que vous montrez d'affronter les détracteurs de François Mitterrand, ces personnes qui ne se rendent pas compte qu'elles lui élèvent ainsi un cénotaphe qu'il n'eût pas espéré. Je ne vais pas importuner, intervenant bien tardif, vos lecteurs avec la réfutation des contre-vérités bétonnières dont je finis par trouver que l'énumération, à un tel point haineuse, est difficilement supportable,
Comme le hoquet dont on plaisante et qui, à la longue, devient un mal fatal
(le pape Pie XII en mourut). Il n'est pas nécessaire de me renvoyer à quelqu'illustre inconnu pour dire, comme à quelqu'un qui a bien réagi, à mon sens, et que je connais bien, que j'ai biberonné quoi que ce fût à quelque mamelle que ce fût. Vous méritez, Monsieur, que l'on vous lise en se présentant dans la vérité de chaque conscience. Seule.
Vous regrettez de n'avoir pu rencontrer François Mitterrand, et cette chance, je l'ai eue, sans jamais avoir quitté une gauche que je côtoie depuis mes plus jeunes années. Il ne m'a pas été nécessaire d'aller crotter mes souliers du côté de la cagoule, des vichyssois, maurrassiens ou non.
C'est tout simplement en m'en remettant à de jeunes amis communs (nous sommes tous vieux ou morts à présent) que je me suis trouvé face à un François Mitterrand, qui venait m'ouvrir lui-même en pantoufles ("charentaises," bien sûr), pour converser de ce qu'on appelait le Tiers-Monde (On a honte, à présent, de dire aux malheureux qu'ils le sont) et de l'avenir de ma Bretagne, dont, oublieuse des marins de l'Ile de Sein
et du Maquis de Saint-Marcel, la République s'occupait fort peu. Ces deux sujets, tricotés ensemble, firent que des liens nous firent nous sentir proches.
Peu de gens savent combien, en privé, François Mitterrand était facilement
courtois, avec cette distinction qui n'appartient qu'aux "grands". Impérieux
? Il apprit à l'être, la fonction, dans son cas, ayant créé l'Homme. Mais il commençait par écouter beaucoup. Il n'écoutait pas seulement, il entendait le non-dit. Ainsi montâmes-nous au palais d'Orsay (l'actuel Musée) tous les deux, un véritable "complot" pour imposer à l'assistance, qui n'en voulait
pas d'abord, une motion sévère à l'encontre du gouvernement d'alors, qui refusait de condamner le coup d'Etat des Colonels grecs. Tacticien somptueux, il se servit de moi, convaincu, pour convaincre une large
majorité et le Gouvernement se trouva sommé d'avoir à condamner la première résurgence fasciste en Europe, et, pis, dans notre patrie culturelle, la Grèce.
Car, ce qu'il a apporté à la France (et dans mon précédent billet je me suis prévalu de mon droit de parler de Patrie), c'est cette définition toute simple de notre identité : "Tout se résout en Culture". Si on s'en tenait à ceci, on absorberait comme autant de buvards accumulés, les stupidités qu'on
nous déverse quotidiennement, et que François Mitterrand, pour l'Honneur de la France, n'aurait pas tolérées :" identité dans la diversité", barbouillage verbal qui peut être lu en sens inverse.
Vous le retrouverez, Monsieur, dans quelques pages de "La Paille et le
Grain" dont la langue qu'il employa, atteint la beauté de notre prose française à l'égal des plus grands auteurs.
J'ajoute que je fus de ceux qui, François Mitterrand devenu Président de la République, se contentèrent de lui envoyer un mot de ci de là, et de me consacrer à mon métier et à ma famille. A mes idées aussi, ce qui, à travers ma collaboration - pas très resserrée - avec Madame Danièle Mitterrand, était une façon de le saluer encore de loin. Avant 1965, nous étions peu.
Après 1981, il y avait beaucoup de monde. Peut-être certains qui l'exècrent tant aujourd'hui, auraient-il souhaité alors une invitation de lui ?
Rédigé par : Jean Reffait | 07 janvier 2010 à 19:24
@ Véronique Raffeneau
Beaucoup de subtilité, de culture et d'humanité dans votre contribution.
Mais que c'est peu à côté des torrents de désinformation, de mensonge, d'inculture sur ce fil.
Est-ce surprenant quand la seule chose qui intéresse certains c'est la diabolisation de l'autre pour essayer de masquer les turpitudes du camp qu'ils soutiennent ou la bonne conscience a posteriori.
A moins que ce ne soit que de la bêtise. Alors c'est grave, très grave...
Rédigé par : a | 06 janvier 2010 à 20:21
@ Veronique Raffeneau
Chapeau, madame !
Rédigé par : mike | 05 janvier 2010 à 15:31
@ Oursivi
"Et puis, que Mitterrand ait été le produit de son temps, comme de son éducation et de son milieu, qu'il se soit laissé aller à quelques penchants antisémites et fascisants, est-ce si grave si comme le pensons, il ne prit aucune part dans les ignominies effectives de Vichy ?"
Ce qui est en question dans le billet de Philippe est sa position selon laquelle François Mitterrand, président de la République, aurait résisté au "succès facile" obtenu par Jacques Chirac à la suite de son discours du Vel d'hiv prononcé en 1995. François Mitterrand aurait ainsi su s'opposer et contenir ce que Philippe nomme "l'extrémisme de punition".
Vous évoquez le téléfilm consacré il y a quelque temps à René Bousquet.
Je pense que l'équilibre et la sobriété de ce téléfilm tiennent justement au fait que le discours du Vel d'hiv a permis d'expurger de nos têtes et de nos coeurs le poison lancinant - le passé qui ne passe pas, selon l'expression de l'historien Henry Rousso - qui faisait que les uns et les autres nous nous déchirions sans fin au sujet de ces années.
François Mitterrand, non seulement a été le "produit" de son époque, il a aussi été, je le pense profondément, à l'image de ces années d'après-guerre. Celles qui n'intègrent pas dans leur lecture officielle des années d'Occupation la catastrophe absolue s'abattant sur tout le continent européen entre 1938 et 1945.
Ce que je veux dire c'est que François Mitterrand, en même temps que nous tous, n'a pu prendre conscience que peu à peu de l'ampleur, du caractère spécifique et indicible de cette catastrophe.
J'ai mentionné plus haut la lecture du livre immense "Les Disparus" de Daniel Mendelsohn que je viens d'achever.
C'est le petit-fils, le petit-neveu de Schmiel et d’Ester Jäger, le petit cousin de Lordka, Frydka, Ruchele et Bronia, leurs filles, qui va pouvoir trouver en lui l'énergie, la lucidité, la clairvoyance, la paix pour rassembler et faire tenir ensemble les multiples récits embryonnaires chargés de tous les malheurs de la disparition de cette famille pour en construire un récit un et cohérent : un début, un milieu, une fin.
Je continue de penser que François Mitterrand ne pouvait pas assumer le récit et le versant français de cette tragédie européenne. Il lui fallait d'abord intégrer et assimiler tout ce que les survivants, les témoins, les historiens, les écrivains étaient alors en train de construire.
Entre le début des années 70, date à laquelle notre mythe national d'une France forcément que résistante s'abîme, et la déclaration du Vel d'hiv, il a fallu vingt-cinq ans.
Nous avions besoin de ce temps. François Mitterrand également.
"J’avoue que pour des raisons faciles à appréhender et qui tiennent à mon histoire familiale, l’attitude de François Mitterrand face aux multiples accusations qui ont cru l’accabler, m’a tout particulièrement intéressé" (le billet)
L'enfant, le jeune homme et l'homme Philippe Bilger ont dû, eux aussi, trouver à tâtons leur chemin pour devenir le fils d'un père réprouvé et condamné.
Je comprends que l'obstination de François Mitterrand ait pu pour Philippe être comme un secours. Dans son histoire familiale et intime, pour le petit garçon dont le père fut un maudit, quelqu'un, de loin, lui a tenu la main.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 05 janvier 2010 à 14:06
@ Laurent Remise
J'ai vérifié sur l'ouvrage de référence "Une jeunesse française" de P. Péan.
Une fois de plus vous dites des énormités : Mitterrand n'a connu Bousquet qu'après la décision, acquittement, de la Haute Cour en Juin 1949. Et il l'a connu, comme je l'ai précisé via Jean-Paul Martin.
Bien évidemment il n'y a jamais eu "d'accord Bousquet - Mitterrand" en Juin 1942.
Mitterrand n'était ni Oberg, ni Darquier de Pellepoix ni Darland !
Comment pouvez-vous proférer de telles énormités, de telles ignominies ?
Intrigué, je suis allé sur le site que vous mettez en référence.Ce site s'affiche « Libéral et pro-américain", j’y ai passé quelques minutes : c'est un mélange de feuilles d’extrême droite et de Closer, le magazine qui vous dit tout sur les seins qui tombent, les vergetures et la cellulite de nos stars.
On y trouve un article de fond sur la chirurgie esthétique de S. Royal ou la sexualité d’une ex-éminence socialiste (il est bien clair qu’il ne peut y avoir de sexualité « trouble » qu’à gauche…ben voyons...).
On appréciera donc la qualité de vos sources...
Mais nulle part je n’ai trouvé cette énorme contre-vérité sur un "accord Miterrand - Bousquet" : cela sort donc, une fois de plus, de votre imagination enfièvrée…
Cela a un nom ce genre de pathologie et cela se soigne à deux endroits : chez le médecin spécialisé et dans les prétoires car il s'agit là d'une diffamation caractérisée doublée d'hallucinations graves.
Le drame c’est que c’est vous qui donnez le la sur ce fil avec un activisme forcené.
Le drame c’est qu’avec de telles sottises, les mensonges énormes, (la déportation des enfants juifs consécutive à "un accord Bousquet – Mitterrand",) il se trouvera toujours un naïf, un sectaire ou un salaud pour reprendre de telles âneries.
Je demande donc à P. Bilger qui en tant que magistrat doit savoir ce qu'il en coûte de diffamer ainsi de faire en sorte, non pas que de telles hallucinations disparaissent,car il est de la pédagogie la plus élémentaire que l'on sache que des individus sont capables de proférer de telles contrevérités,
mais qu'une mise au point ferme permette de rétablir un semblant de vérité en face d'un tel torrent de divagations.
Rédigé par : Admirateur Eperdu | 05 janvier 2010 à 08:57
@Laurent Remise
Ca m'avait échappé : de plus en plus fort sous votre plume.
"Le 16 et 17 juillet 42, les Parisiens assisteront à la razzia par la police et gendarmerie française (grâce à l'accord Mitterrand-Bousquet), parmi cette razzia 4501 enfants. Le Général Guilbert, chef de la gendarmerie parisienne, sera le superviseur actif dans cette lâche besogne."
Au secours, au fou...
Et vous pensez que pour l'offensive Nivelle en 1917, c'est aussi Mitterrand qui est responsable ?
Et pour la retraite de Russie ?
En secret, je vous le confie, le génocide au Cambodge, c'est Pol Pot qui a été conseillé par Mitterrand. Idem pour la solution finale (la shoah...)
Pour être plus sérieux, vous rendez-vous compte du niveau de ce que vous écrivez ?
J'avoue être de plus en plus surpris par ce que l'on peut lire sur les forums et je citerai à nouveau Martin Luther King : "Rien n'est plus grave dans le monde que l'ignorance sincère et la stupidité consciencieuse".
Rédigé par : Admirateur Eperdu | 04 janvier 2010 à 19:52
Cher LD, je salue avec retard votre excellent commentaire,
Rédigé par: Laurent Dingli | 31 décembre 2009 à 11:14
celui de Véronique un peu plus haut aussi, mais j'aime à les penser non antithétiques mais complémentaires de celui de PB, enrichissant de leurs lumières les contours esquissés par notre hôte.
Et, oui, je suis d'accord avec vous pour ne pas trouver normal que Bousquet ait bénéficié d'un régime de faveur bien peu républicain, mais cela devient encore plus difficile que de faire tenir tout cela ensemble si repense, peut-être à tort, à ce téléfilm où un Daniel Prévost bien utilisé donnait une tournure humaine à ce froid fonctionnaire-collabo, et cela nous renvoie aux "mansuétudes" de PB que vous vilipendez là probablement à raison.
C'est bien que de
Rédigé par: Laurent Dingli | 01 janvier 2010 à 18:57
douter ; "l'ami" (amateur de "pipeau enchanté" mais pas enchanteur) de JDR ne semblait pas en être capable que d'asséner pareille sortie que celui-là releva aussi à raison
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 31 décembre 2009 à 01:58
et je reste fort étonné de cet "accord" (?) dont n'avais jamais entendu parler
"Le 16 et 17 juillet 42, les Parisiens assisteront à la razzia par la police et gendarmerie française (grâce à l'accord Mitterrand-Bousquet), parmi cette razzia 4501 enfants."
Rédigé par: Laurent Remise | 03 janvier 2010 à 00:55
qui fait dans son expression sans nuance, FM coauteur de la rafle...
Tous ses autres paragraphes sont bien connus et relativement attestés.
Je me souviens avoir entendu P Joxe interroger son père quant à la conduite de son mentor durant la guerre. La réponse fut claire. "Il a été complétement collabo puis complétement résistant", tout le contraire de Papon.
Et puis, que Mitterrand ait été le produit de son temps, comme de son éducation et de son milieu, qu'il se soit laissé aller à quelques penchants antisémites et fascisants, est-ce si grave si comme le pensons, il ne prit aucune part dans les ignominies effectives de Vichy ? Ce qui est intéressant est le chemin qu'il effectua, qui n'en fait pas un saint, ni son contraire, juste un homme qui chemine et s'égare.
AO
Rédigé par : oursivi@LDandCo | 04 janvier 2010 à 17:29
@ Laurent Remise
Je vous envoie quelques SCUDS pour démontrer que 90 % de ce que vous écrivez est faux ou biaisé et vous répondez avec un copier-coller sur la politique anti-juive de Vichy et sur René Bousquet.
Et le summum, vous écrivez une énormité : "Pendant la collaboration, Mitterrand est donc à Vichy et fait la connaissance de René Bousquet, secrétaire général de la police."
Ah bon : où et quand ?
Et d'où sortez-vous ça ? De votre café du Commerce habituel ?
Si ma mémoire ne me trahit pas c'est faux et archifaux. Mitterrand connaissait Jean-Paul Martin qui a travaillé avec Bousquet mais je crois avoir lu que Mitterrand a rencontré Bousquet bien après la guerre comme des tas de gens qui le pratiquaient autant que lui : Mendès-France, Bourgès, Chaban et... Simone et Antoine Veil qui étaient au mieux avec René Bousquet jusqu'en 76-77.
Par contre vous omettez soigneusement de dire :
- que Mitterrand lui a été prisonnier en 40 et 41 pendant que d'autres, Chaban-Delmas, Debré, Couve de Murville, Léon Noël, Sanguinetti, Foyer servaient Vichy et au plus haut niveau.
- Pourquoi ne racontez-vous pas les sublimes carrières à Vichy des grands gaullistes ? Ils ont, pour la plupart servi fidèlement Vichy pendant 4 ans de 40 à fin 43 pour retourner leur veste fin 43. Mitterrand était prisonnier pendant 2 ans et après moins d'un an à Vichy dans un poste subalterne, il a eu une résistance sérieuse voire héroïque... sans uniforme de Général, lui ! Malraux lui s'était auto-proclamé Colonel au printemps 44... Quant à Foccart, il collaborait lui avec les nazis jusqu'en 43...
Le plus comique c'est votre vision de la carrière de "résistant" de la première heure "du Chaban" comme disait de Gaulle.
Lisez donc ce qu'en disait de cette carrière le Général Paul Grossin patron du SDECE sous de Gaulle (Guerre d'Algérie).
Si pour vous l'archétype du héros est Chaban-Delmas on ne s'étonnera pas que vous écriviez ce que vous écrivez sur Mitterrand.
Faux sur toute la ligne : vous avez gobé les plus grosses désinformations.
Pour terminer je vais vous citer ce que Paul Grossin disait de ces "résistants" : "Les vrais résistants, de Gaulle les a virés à coup de pieds dans le cul ; la plupart des "compagnons" ont soit fricoté avec les boches soit fricoté avec Vichy".
Et pour ceux qui ont fricoté longuement avec Vichy, il y a "le Chaban" : étonnez-vous qu'il n'ait jamais, lui, attaqué Mitterrand qui s'est infiniment moins compromis avec Vichy que "le Chaban".
Et Mitterrand avait des mots très cruels vis-à-vis de tous ces gaullâtres qui camouflaient leurs petitesses pendant la guerre derrière une gaullâtrie absolue...
Au lieu d'aller chercher vos sources sur des sites de désinformation, vous seriez plus avisé de lire par exemple "Un espion dans le siècle de Melnik", "Mille jours à Matignon" du même auteur, "Une jeunesse française" de Pierre Péan.
Le copier-coller à partir de sites plus que douteux ne fait ni la vérité ni la culture...
Rédigé par : Admirateur Eperdu | 04 janvier 2010 à 16:56