Je trouve que depuis quelques mois il y a une overdose d'Anne Roumanoff, à l'écrit et à l'oral, et qu'on n'en peut plus. Consultant les sites, évidemment je "tombe" sur une vidéo d'elle, extraite de l'émission dominicale du complaisant Drucker. L'humoriste, en présence de François Hollande, se permet de déclarer : "Il a une tête de chef de rayon mais il voudrait être chef de gondole". Ces dénonciations prétendument drôles sur l'apparence ne m'ont jamais amusé. Elles ne m'amuseraient pas davantage si elles émanaient d'une personnalité dont le fort serait l'esthétique. Devant cette plaisanterie douteuse, j'ai admiré la maîtrise et le sourire de François Hollande.
François Hollande m'a fait penser, par contraste, à Eric Besson qui m'a lui-même rappelé le débarquement et l'interpellation des cent vingt-trois Kurdes de Syrie sur une plage du sud de la Corse. Ces Kurdes, placés en centres de rétention, ont été tous mis en liberté par des magistrats à Nîmes, à Marseille, à Toulouse, à Rennes et à Lyon. Ces juges des libertés et de la détention (JLD) ont en substance considéré que les procédures étaient "grossièrement irrégulières" (20 minutes, France2, Le Monde, nouvelobs.com, Le Post, le jdd.fr).
La détresse et la misère de ces migrants, qui ne veulent pas demeurer en France et qui ont suivi un parcours compliqué et clandestin avant de débarquer en Corse, sont dignes de pitié, personne n'en disconvient. Pas davantage que n'est contesté le fait, par notre ministre Eric Besson, que les procédures établies à leur encontre l'ont été dans des conditions de précipitation et d'approximation imposées, selon lui, par l'urgence. A cause de cette reconnaissance, est posé, dans sa pureté, le conflit qui oppose souvent de manière larvée, ici sur un mode éclatant, la raison d'Etat à l'Etat de droit. Cet antagonisme est d'ailleurs exposé avec franchise, voire brutalité, par Eric Besson qui énonce que "face à des situations d'urgence, la protection des personnes prime sur le pointillisme procédural".
Immédiatement, cette opinion ne m'est pas apparue choquante et elle m'a même semblé logique et cohérente non pas seulement dans la bouche de ce ministre mais par rapport à ce que l'Etat estime de son devoir de mettre en oeuvre. Il y a en effet des contraintes que ce dernier a la charge d'assumer et qui peuvent dans l'instant lui apparaître contradictoires avec la sophistication de l'oeuvre de justice. La justice elle-même, si peu soucieuse par sa nature des obligations de l'Etat et jouant volontiers à cet égard à "l'affranchie", n'irrite-t-elle pas quand elle se plaît à mettre des bâtons juridiques dans les roues politiques et de la rigueur dans le cours de processus qui se passeraient bien de rectitude ?
Mais, à peine formulée, cette minuscule adhésion a été détruite par le caractère massif d'un Etat de droit qui, en l'occurrence, n'avait pas d'autre choix de d'opérer les constats négatifs qu'il a faits. J'approuve donc totalement mes collègues de province et je récuse même la critique à leur encontre qu'enferme l'expression de "pointillisme procédural". Eric Besson pouvait sembler dans son rôle, ces magistrats, eux, exerçaient une mission dont l'issue ne pouvait être que de libération, sans que ces nécessaires décisions représentent une quelconque indifférence à l'égard de ce qui allait advenir après elles. Ce n'était pas "après nous, le déluge", c'était "à chacun sa route" ! Ce qui constitue l'irrésistible avantage de l'Etat de droit, c'est sa permanence, sa structure et sa nécessité quand le caractère contingent, fluctuant et provisoire de la raison d'Etat représente sa possible faiblesse.
J'aimerais être sûr que cette application stricte du Droit ne résulte pas d'un double regard commode sur ces migrants kurdes : l'Etat de droit dans sa sévérité et ses règles extrêmes à la fois parce qu'il s'agit de Kurdes et de libertés et parce qu'il ne s'agit que de Kurdes et de libertés. Ces pratiques si évidemment remarquables et qui donnent de la magistrature une image d'intégrité, comme je souhaiterais, au-delà de ces JLD, les voir imprégner avec leur esprit tant d'autres moments de justice bien plus périlleux et décisifs !
Devant ces accès de "pointillisme procédural", Eric Besson aurait dû non seulement s'incliner - il l'a fait - mais résister à la tentation de prétendre, pour demain, à l'urgence contrariée d'aujourd'hui. Malheureusement il y a succombé puisqu'il a trop vite promis de changer la loi sur plusieurs points, notamment pour interdire à quelqu'un, après reconduite, de revenir dans l'espace Schengen. Ce sera à nouveau tomber dans une frénésie qui, croyant adapter la loi, à force en détruira la légitimité. L'airain deviendra de plus en plus du sable. On ne parviendra jamais à rattraper "à la loi" l'élan d'une société et d'un monde international en proie à des déchirements et des catastrophes inéluctables en même temps qu'imprévisibles.
Sur un plan politique, puisque j'ai été amené à évoquer le rôle et les propos d'Eric Besson, il me semble qu'on ne peut pas toujours penser, agir et soutenir comme si tout était compatible avec tout et n'importe qui avec n'importe qui. Michel Rocard, qui adore être un homme de Commissions à la demande de Nicolas Sarkozy, soutient que "la politique d'Eric Besson n'est pas à l'honneur de la France". L'attelage français est tiré à hue et à dia. Le désordre n'est créateur que jusqu'à un certain point.
Le président de la République aura-t-il remis du sens par son intervention et ses réponses à quelques Français choisis sur TF1 ?
Seriez-vous jaloux ou envieux, Monsieur l'avocat général ? Ou tout simplement oublieux du livre que vous écrivîtes avec un Guignol ? (excellent d'ailleurs !)
Ce n'est ni Anne Roumanoff ni Bernard Mabille qui ont inventé Guignol, c'est une vieille tradition française que de rosser le gendarme ou le magistrat... Attention si Anne ou Bernard s'occupent de vous !!!
Mais cela les intéresse-t-il vraiment ?
Rédigé par : ROUTA VILLANOVA | 11 février 2010 à 15:19
Monsieur Bilger... vous écrivez :
"""Ces dénonciations prétendument drôles sur l'apparence ne m'ont jamais amusé. Elles ne m'amuseraient pas davantage si elles émanaient d'une personnalité dont le fort serait l'esthétique."""
et cela me chauffe le cœur.
Je ne suis pas du genre à voir le fascisme partout mais c'est une vérité historique, que de rappeler que les attaques sur le physique des gens furent longtemps l'apanage de ce courant de pensée.
C'est d'autant plus choquant que Roumanoff, dans son genre d'humour (qui n'est pas le mien) est suffisamment talentueuse pour se dispenser de cet angle d'attaque. Elle serait offensée, si on lui disait en face qu'à défaut d'être fasciste, elle emploie des procédés fascisants. Je ne doute pas qu'il n'y aurait plus aucune trace d'humour dans son propos.
En son temps, ce pauvre Bayrou qui se ridiculise tout seul et n'a pas besoin qu'on aille chercher ce biais a dit à quel point les "plaisanteries" sur son bégaiement l'atteignaient, le faisaient souffrir lui et sa famille. Canteloup n'en a eu cure et a continué.
Mais que voulez-vous... ils sont prêts à tout pour passer à la télévision!
Hollande a eu le "courage" de dire à Coffe que bien qu'élu de la Corrèze, il n'aimait pas le chou farci. Il a souri des "vannes" de Roumanoff au lieu de se lever et de partir..., ou de répondre sur le même ton en lui demandant l'adresse de son esthéticienne pour en éloigner sa compagne.
Rédigé par : benjamin | 07 février 2010 à 13:38
1.- je ne comprends pas comment il se fait que l’on ait accepté que ces personnes puissent relever de la justice civile alors que cela dépend directement de la fonction régalienne de l’Etat :
1.1.- gérer le territoire,
1.2.- assurer sa défense face aux envahisseurs et par là même, s’assurer de la maîtrise de ses frontières.
2.1.- Déclarer la guerre ou de signer un traité de paix ne relève pas des "juges"...
2.2.- Décider qui est ou non bienvenu chez nous ne relève pas des "juges": Il ne s’agit pas de juger des voleurs de poules... Il s'agit ici d'empêcher des envahisseurs de violer délibérément notre territoire... Cette arrivée "contrôlée" est une agression d’un type particulier, en apparence sans armes, mais utilisant une arme absolue contre notre pays : la faiblesse individuelle et la vulnérabilité des arrivants afin de nous empêcher d’employer notre propre force...
3.- Je considère M. l'avocat général que ces "juges" qui sont sensés "redire" la loi, ne font que l'enfreindre en ce sens qu'ils sont complices des trafiquants de "soi-disant réfugiés" qui ne sont en fait que des clients des trafiquants...Ils sont entrés dans le processus de déstabilisation de notre pays... Je supposerais que dans "certains services" étrangers on doit bien s'amuser en ce moment et que les auteurs de ce genre d'affaire doivent rédiger des compte rendus, des notes, ou même des instructions... Cela s'appelle un "retex" : un retour d'expérience dans notre jargon !
4.- Il va de soi que j'émets une opinion relative à une forme de trahison de la France, de son Peuple souverain et que cela n'est pas une critique des "juges" sachant que cela est - pour l'instant ! - interdit. Pour l'instant encore le délit d'opinion et celui de contestation d'une orientation politique n'est pas encore interdit dans la "Patrie des Droits de l'Homme" éclairée paraît-il par les Lumières...
5.- Nous sommes dans une forme de guerre qui remonte en fait à la nuit des temps quand les hordes humaines conquéraient de nouveaux territoires.
Pour l'instant, c'est nous qui perdons le nôtre à cause de "juges" dont les fins ne sont pas du tout très claires en apparence.
Alors ? Que faire ?
Rédigé par : Saint Just | 30 janvier 2010 à 12:39
J'aimerais connaître votre opinion sur ce qu'on appelle la judiciarisation de la vie, autrement dit, la propension à mêler la justice à des affaires qui auraient été réglées sans elles il y a cinquante ans.
Rédigé par : Franck Boizard | 28 janvier 2010 à 21:24
@Véronique Raffeneau
Merci de votre délicate attention, j'ai chanté avec vous Aragon.
Je suis désolé qu'une poésie si prenante, si touchante soit le fait d'un homme aussi peu proche de ses écrits. Il m'apparaît comme un truqueur, un peu comme dans une autre chanson de Brel, certains autres manipulateurs :
Dites, si c'était vrai
Jacques Brel
Dites, dites, si c'était vrai
S'il était né vraiment à Bethléem, dans une étable
Dites, si c'était vrai
Si les rois Mages étaient vraiment venus de loin, de fort loin
Pour lui porter l'or, la myrrhe, l'encens
Dites, si c'était vrai
Si c'était vrai tout ce qu'ils ont écrit Luc, Matthieu
Et les deux autres,
Dites, si c'était vrai
Si c'était vrai le coup des Noces de Cana
Et le coup de Lazare
Dites, si c'était vrai
Si c'était vrai ce qu'ils racontent les petits enfants
Le soir avant d'aller dormir
Vous savez bien, quand ils disent
Notre Père, quand ils disent Notre Mère
Si c'était vrai tout cela
Je dirais oui
Oh, sûrement je dirais oui
Parce que c'est tellement beau tout cela
Quand on croit que c'est vrai.
Oublions l'homme puisque ses poèmes existent.
Encore merci.
Rédigé par : yves bouant | 28 janvier 2010 à 11:02
@ Yves
Pour vous.
En cliquant sur mon nom vous pourrez, je l'espère, entendre et entendre Ferrat qui chante Aragon.
@ Philippe
Si le lien fonctionne, à vous de voir si pour les droits, ma citation est autorisée.
PS: voici donc, avec Jean Ferrat chantant Louis Aragon, et particulièrement pour Yves "J'entends J'entends" ma contribution au débat sur l'identité nationale...
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 28 janvier 2010 à 05:02
Pierre Antoine,
Mort de rire.
Votre essai de caricature est très convaincant. Vous avez malheureusement raison, le manque d'humour se trouve bien du côté de nos comiques nationaux (en général).
Personnellement, je ne suis pas passé par l'école du cirque mais je sais donner des (fausses) gifles. Mais bon ce n'est pas ma spécialité...
Rédigé par : jpledun@Pierre Antoine | 28 janvier 2010 à 03:16
Monsieur Reffait, allons pas vous.
S'il fallait déblayer de toute impureté le paysage médiatique avant que le chef de l’Etat ne prenne la parole, on ne l'entendrait jamais.
Cela vous ferait des vacances.
Merci á vous et á Pierre Antoine pour vos explications sur la « richesse » des migrants.
Cela me désole de voir ces gens se ruiner en rentrant dans le système que les mafieux leur imposent.
Sur Hollande il n’y avait pas de gag mais une méchanceté sur le physique. Je déteste cela.
Rédigé par : jpledun@M. Reffait | 28 janvier 2010 à 03:08
@jpledun
"Mais qui décide quand il y a forfaiture ?
Qui décide où mettre la barre ?"
La barre est facile à mettre, il suffit de se poser la question, "est-ce la vérité ?"
On peut rajouter un autre échelon à cette barre "et si c'était de moi qu'il s'agissait ?"
le prendrais-je comme une caricature ou comme une forfaiture ?
Il suffit pour s'en convaincre de voir avec quelle véhémence acerbe et venimeuse ces saltimbanques verbeux se défendent quand on les attaque. Eux ils ne rigolent pas quand on les caricature...
Essayez donc de faire un papier aussi caricatural que le leur sur les travers de personnalités ou sur la vie privée de l'un(e) de ces saltimbanques, vous verrez vite la différence qu'ils mettent entre caricature et forfaiture.
Vous voulez qu'on essaye ?
Faisons donc le parallèle entre les dents de cheval d'une saltimbanque avec l'engouement qu'elle suscite... On l'aime bien car c'est la plus belle conquête de l'homme ?
Holala… qu'est-ce que j'ai pas osé dire… je vois déjà certaines commentatrices sauter sur leur clavier... doucement mes belles dames je caricaturais bien sûr...
Vous me rétorquerez peut-être que ni vous ni moi ne sommes humoristes ou chroniqueurs de médias. Certes, mais eux sur quelle légitimité s'appuient-ils pour s'arroger le droit de démolir une personne avec leur langue acérée sous le prétexte du rire ?
Les clowns eux au moins ont fait l'école du cirque et les gifles qu'ils donnent font éclater de rire les enfants que nous sommes.
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 27 janvier 2010 à 12:33
@jpledun
Je ne suis pas géopoliticien, mais ayant parlé avec quelques "clandestins", je peux peut-être éclairer votre lanterne :
Ils trouvent cet argent non pas sur leur compte en banque, mais dans la vente de leur bijoux familiaux (la plupart du temps ce sont les dots des femmes transmises de mère en fille), leur patrimoine mobilier et immobilier, s'ils en ont. Ainsi que l'argent que leur donne ou prête leurs grands-parents, oncles, tantes, cousins, cousines, amis, qui font en quelque sorte un investissement espérant qu'une fois en terre de cocagne, ils seront remboursés.
Vous pouvez en déduire que ce ne sont pas seulement ces clandestins qui sont ruinés !
La réponse vous satisfait-elle ?
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 27 janvier 2010 à 12:12
"Ce qu'on fait de vous hommes femmes..."
C'est vrai le poète Aragon a bien posé la question. Par contre l'homme, Louis, assez immonde, lui a répondu par un stalinisme, un orgueil, un mépris dignes d'un beau salaud.
Faire métier de poète tout en pratiquant les honneurs, relève du même comportement que celui de certains prélats, gourous, gens disposant d'une autorité qu'ils mettent au service de leur petitesse pour tromper, humilier.
Le spermatozoïde n°13 probablement dopé ayant percuté un ovule distrait, qui m'ont fait ce que je suis, ont déclenché, chez le bipède qui vous écrit, un immense sentiment de responsabilité et de devoir moral pour ceux, qui fruits du hasard, tout comme moi, se trouvent en situation de détresse, j'éprouve de la douleur à ne pouvoir faire de miracle.
Je continuerai à chanter Aragon, car c'est si peu dire que je t'aime, mais je cracherai dans la gueule de Louis qu'était un sale bonhomme !
Rédigé par : yves bouant | 27 janvier 2010 à 11:55
Bonjour,
Eric Besson me semble à l'image de la présidence : frivole, doté de convictions aussi audacieusement déclamées qu'elles s'adaptent aux circonstances - en permanence dans la scandalisation, la réprobation, beaucoup plus rarement dans l'action véritable.
Le problème de ce type de représentants, c'est qu'ils ne sont d'un soutien utile que lorsque tout soutien est inutile.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 27 janvier 2010 à 11:26
Bof Anne Roumanoff n’est pas pire que Stéphane Guillon, Laurent Gerra ou encore les Guignols de l’Info.
C’est ce style d’humour qui plaît aujourd’hui : l’humour « caustique » qui s’en prend de préférence aux petits défauts physiques et aux petits tics des personnalités politiques.
Nous sommes loin de l’humour des années 60 de Fernand Raynaud, Raymond Devos ou du regretté Roger Pierre disparu dernièrement, qui savaient être drôles sans jamais être méchants.
Sans doute est-ce le dernier petit plaisir que peuvent encore s’offrir les gens de la « France d’en bas » face à ces politiciens qui n’ont de cesse de les rouler dans la farine.
Une petite revanche bien innocente et qui fait le bonheur des humoristes d'aujourd'hui...
Rédigé par : Achille57 | 27 janvier 2010 à 11:24
Cher Philippe,
Un désaccord pour une fois... Votre premier paragraphe qui commençait bien se termine par « Devant cette plaisanterie douteuse, j'ai admiré la maîtrise et le sourire de François Hollande. ».
Je n’admire pas du tout le complaisant renoncement qui pousse les hommes politiques, pour prix d’un passage dans une émission grand-public-de-grande-écoute, à se croire obligés de rire à leurs propres dépens pour se faire une image de brave type « qui ne se la joue pas » et qui a le sens de l’humour ; et surtout pour garder les quelques voix de Roumanophiles inconditionnels, voix qui traînent dans le caniveau. Je l’admettrais si l’humoriste avait trouvé une pique vraiment drôle ; mais là, on est dans la bassesse (l’aspect physique) et la vulgarité.
Puisque vous l’évoquez dans votre dernier paragraphe, Michel Rocard acceptant d’être interrogé par un histrion que l’élégance a oublié dans sa distribution, pour savoir si « sucer est tromper » avait fait encore pire en son temps dans l’amplitude de la chute. Dégradant, affligeant…en tant qu’ancien Premier ministre, il pouvait écarter la question avec un peu de dignité sans passer pour un « cul-serré » ; mais la TV semble rendre fous les politiques.
On mettra dans le même sac de réprobation les ministres UMP, dont certains paraissaient sérieux et estimables, qui n’ont pas su dire non à un clip, qui au-delà de leur ridicule (qui ne tue plus) montre la limite de leur discernement et de leur force de caractère. Itou pour Jospin dont on a revu récemment l’interprétation des « Feuilles mortes » non seulement fausse comme un jeton mais surtout inopportune !
Alors quand DSK, en trois phrases cinglantes, dit son courroux sur France Inter après les propos très lourds de S. Guillon, on ne peut que se réjouir de voir un politicien sortir de l’avachissement démagogique… et chacun remarquera (sauf apparemment François Hollande) que sa popularité n’arrête pas de monter, sans avoir pourtant donné à la partie la plus moche de l’électorat le plaisir d’une complicité nauséabonde dans la rigolade vulgaire.
Nos politiciens n’ont pas besoin de la connivence des bateleurs de la TV pour se discréditer ; ils s’en acquittent très bien tout seuls, votre billet le montre amplement par ailleurs.
Non vraiment, je n’admire pas le sourire de François Hollande.
Rédigé par : Jiel | 27 janvier 2010 à 11:12
Pour les assoiffés de justice en robe de chambre :
(Créon la secoue soudain, hors de lui) :
«- Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J'ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu'il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu'il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l'eau de toutes parts, c'est plein de crimes, de bêtes, de misère... Et le gouvernail est là qui ballotte. L'équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu'à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d'eau douce pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce qu'elles ne pensent qu'à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires. Crois-tu, alors, qu'on a le temps de faire le raffiné, de savoir s'il faut dire "oui" ou "non", de se demander s'il ne faudra pas payer trop cher un jour et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d'eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s'avance. Dans le tas ! Cela n'a pas de nom. C'est comme la vague qui vient de s'abattre sur le pont devant vous ; le vent qui vous gifle, et la chose qui tombe dans le groupe n'a pas de nom. C'était peut-être celui qui t'avait donné du feu en souriant la veille. Il n'a plus de nom. Et toi non plus, tu n'as plus de nom, cramponné à la barre. il n'y a plus que le bateau qui ait un nom et la tempête. Est-ce que tu le comprends cela ?"
Rédigé par : Savonarole | 27 janvier 2010 à 11:07
JP Ledun,
Le préfet n'a pas inventé une ou deux femmes enceintes mais il a inventé un nouveau lieu d'urgence sanitaire : le centre de rétention. Jusqu'alors, je croyais que les hôpitaux pouvaient remplir cette mission. Car je n'imagine pas que ces kurdes soient assez vicieux pour être tous enceints : il y avait donc moyen de prendre en charge cette situation. La preuve, c'est que c'est maintenant fait.
En vérité que s'est-il passé ? Le préfet tombe sur 124 clandestins fraîchement débarqués, le ministère ordonne, virez-moi ça vite fait en procédure accélérée, pas le temps de gérer ça avant l'intervention présidentielle sur TF1. La loi, Monsieur le Ministre ? On s'assoit dessus, on dira qu'on a été débordé, urgence, enfants, sécurité des personnes, bonne foi. Et si ça foire ? On recule vite fait, pas de polémique, on écrase. De toute façon, quoiqu'on fasse, c'est miné, côté gauche ou côté FN. Vaut mieux déplaire à gauche, c'est moins dangereux pour l'électorat.
C'est ça la politique, Jean-Paul. Et on peut faire confiance à Besson pour s'assoir sur les principes, c'est un professionnel de l'exercice.
Les sommes déboursées par des clandestins sont souvent des sommes empruntées. Ces gens ne sont évidemment pas riches. Les passeurs "prêtent" l'argent : en vérité, il rackettent les familles qui restent sur place. Le migrant doit ensuite rembourser. S'il ne le fait pas, c'est la famille qui trinque. C'est la raison pour laquelle les policiers ne parviennent pas à faire parler les migrants (comme dans le cas des kurdes). Le pire est que, même en vivant sous la menace de mafias, leur sort reste enviable par rapport à ceux qui restent sur place. Ils parviennent à envoyer de l'argent. Ce ne sont pas des solitaires, la migration est une démarche collective et pour un clandestin, vous avez dix personnes au pays qui attendent son argent pour vivre. Le système est bien fait, tout le monde y a intérêt, la pseudo-lutte contre les réseaux de passeurs est un écran de fumée totalement inefficace. La solution est exclusivement économique.
Non, je ne me braque pas lorsqu'on moque un e personne que j'apprécie : j'aime pas Roumanoff, quelque sujet qu'elle aborde. Je n'ai d'ailleurs pas vu le gag sur Hollande, je zappe toujours quand je tombe sur elle. J'ai essayé mais elle m'ennuie.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 27 janvier 2010 à 10:21
Occupant moi-même de modestes fonctions au sein d'une juridiction, et étant amené à me frotter au contentieux des étrangers, je me permets d'apporter mon expérience en la matière.
Tout d'abord, je ne peux qu'approuver le propos du présent billet. Je crois moi aussi que le respect de l'Etat de droit passe par le respect intangible des procédures administratives, pénales ou processuelles. Plus encore, je crois que le respect de l'Etat de droit suppose une justice la plus dégagée possible de toute considération d'opportunité. Or il y a parfois, chez certains magistrats que je suis amené à côtoyer, une sorte de pragmatisme désabusé qui les conduit, s'agissant des dossiers d'étrangers (contentieux où les magistrats savent ne pas risquer grand-chose, les taux d'appel et de pourvoi étant quasi-nuls), à une application biaisée du droit, qui se soucie plus des conséquences pratiques de la décision à venir que de sa conformité à l'ordre juridique. Ainsi, un moyen de légalité externe est-il sciemment ignoré au motif que "de toute façon", le préfet pourra prendre aussitôt après l'annulation de son premier arrêté un second arrêté en tout point conforme. Ainsi, l'application de l'article 8 de la CEDH donne-t-il lieu à des considérants où on trouve tout et n'importe quoi, notamment des considérations moralisatrices, mais surtout la prise en compte de circonstances inopérantes telles que la possibilité pour l'étranger malade d'avoir accès à des soins adaptés dans son pays d'origine, alors que la décision en litige est un refus de titre de séjour qui n'emporte l'éloignement du requérant vers son pays d'origine. On pourrait multiplier les exemples de ce type, montrant que, de plus en plus, certaines décisions de justice prises concernant des étrangers intègrent la logique politique de l'administration préfectorale au lieu de s'en tenir à la règle de droit.
Rédigé par : Julien | 27 janvier 2010 à 09:46
Nous allons reprendre l'explication de ce qu'est assez souvent l'âme humaine.
Des gens, misérables, manquant de tout, sont victimes d'une ordure, style bon français en 1942, pour les conduire clandestinement en un pays de cocagne, ou les faire passer en zone libre.
Comme ils n'ont pas d'argent, ils sont obligés de laisser une partie de la famille, la famille c'est très, très important dans ces pays de misère, familles donc qui pourront les rejoindre quand il auront payé leur "voyage" en travaillant au noir 14 heures par jour au fond d'une cave pour un esclavagiste.
En 1942, le passeur, pas tous loin s'en faut, prenait l'argent et prévenait les Allemands, pas beaucoup mieux me direz-vous, mais sacrément efficace !
Bref, tout cela pour vous dire que des salauds imaginatifs pour exploiter la misère, c'est plus facile à fabriquer que des juges, dont le métier est de dire le droit et de veiller à son application, juges qui seront condamnés d'avance par les bons français qui eux ne connaissent pas Bilger, ce type douteux, sous-marin du pouvoir, gauchiste honteux, idiot utile, c'est moi qui vous le dis ma brave dame.
Vous avez bien raison, mon bon Monsieur Bouant, vous qui êtes un honnête homme (fumier, on t'aura, tu perds rien pour attendre), les juges c'est tous pourris, heureusement que mon pauvre Marcel n'est plus là, ah le Bilger, ça lui aurait pas fait peur, moi je vous le dis.
Allez, c'est pas le tout faut y aller, le boulot ça n'attend pas, bien le bonjour chez vous,
hé, vous avez vu l'autre là-bas ? Si c'est pas honteux !
Rédigé par : yves bouant | 27 janvier 2010 à 09:43
Il faut relire "Le Camp des Saints" de Jean Raspail.
Tout y est dit sur les réactions diverses des Français au débarquement des damnés de la terre.
Rédigé par : mike | 27 janvier 2010 à 09:31
"Rappelons le piteux épilogue à cette ignominie nationale : les juges des libertés et de la détention ont découvert avec stupeur que les arrêtés de reconduite à la frontière ont été notifiés sans placement préalable en garde à vue, ce qui est complètement illégal, et ont remis en liberté tous les Kurdes concernés. Afin d’éviter de se faire bananer autant de fois devant le tribunal administratif (avec à chaque fois au moins 500 euros à payer en frais d’avocat), le ministre de l’immigration et de l’incompétence a rapporté, c’est-à-dire abrogé rétroactivement ses cent vint et quelques arrêtés. Sa tentative de les renvoyer vite fait en Syrie a avorté. Tiens ? C’était pas contre cette tentative éventuelle que le HCR avait mis la France en garde ? " (Billet prix Busiris pour Eric Besson - blog d'Eolas)
"Ce n'était pas "après nous, le déluge", c'était "à chacun sa route" ! Ce qui constitue l'irrésistible avantage de l'Etat de droit, c'est sa permanence, sa structure et sa nécessité quand le caractère contingent, fluctuant et provisoire de la raison d'Etat représente sa possible faiblesse" (Billet de Philippe)
Autant oui je pense que quiconque qui exerce de grandes responsabilités vis-à-vis de la société peut dans certaines circonstances très exceptionnelles revêtant une sorte de caractère de force majeure choisir de bousculer un pointillisme procédural, autant il m'apparaît très nécessaire que ce pouvoir hors du droit et qui ne peut être que très ponctuel soit exercé par de grandes carrures qui, le moment où il leur faudra motiver leur décision de transgression, sauront le faire avec sérieux, gravité et crédibilité.
Dans cette affaire, il n'en n'est rien.
Les JLD, en faisant valoir la protection du droit, ont explosé en deux minutes "l'argumentaire" de M. Besson défendu, j'imagine, par le préfet.
Philippe, quand vous invoquez
la permanence, la structure et la nécessité de l'Etat de droit comme rempart contre le caractère contingent, fluctuant et provisoire de la raison d'Etat, vous parlez de notions qui sont étrangères à ceux qui n'imaginent pas travailler autrement que comme les communicants leur ont essentiellement appris à raisonner et à concevoir les choses : dans les précipitations, les négligences, les malfaçons, le tout tout de suite.
Honnêtement je plains les policiers et/ou les gendarmes qui ont été en charge de cette affaire.
Cela me renvoie à :
"Ce qu'on fait de vous hommes femmes..." (Louis Aragon)
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 27 janvier 2010 à 07:55
M. Ledun
Par "dans leur pays" vous supposez que ces gens ont un pays. C'est, je crois, une partie importante du problème géopolitique...
Sinon, je voulais remercier Eric Besson. En effet, à être si détestable, à s'asseoir sur la loi et les convenances, bref à faire sa parade nuptiale pour les voix FN, il nous donne toujours la porte de sortie confortable de constater que ses manières sont la honte de la République, que ce soit en Corse, à Mayotte ou bien au lycée technique de Colombes.
Heureusement qu'il est là, car si ses services respectaient les procédures et le fair play, que les juges travaillaient jour et nuit pour se prononcer sur des dossiers complexes dans des délais record, eh bien... on serait obligé de constater qu'il nous est impossible d'accueillir tous les apatrides, les persécutés ou les misérables sur notre sol. Et cela n'a rien à voir avec l'"identité nationale", c'est d´abord une question de sous et de priorités.
Le PS va tomber dans la solution facile de critiquer les méthodes sans évoquer le fond du problème.
Haïti nous montre que nous avons assez à faire avec le devoir moral et la sympathie naturelle envers nos anciennes colonies.
Rédigé par : Alex paulista | 27 janvier 2010 à 05:19
Si le préfet a inventé des femmes enceintes, il a menti. Inquiétant. Très très.
Sinon vous êtes de mauvaise foi. Décevant. Très très.
Que les familles kurdes soient en liberté ou en rétention ne change pas le discours du PR. La raison politique politicarde est un mauvais argument. Le président de la République a dit son avis.
A moins d’être sous hypnose sarkozienne, il me semble bien avoir entendu hier soir, que la France accueille (bien) ces familles. Et que la chasse aux passeurs (toujours absentes de vos jolis discours) était encore et toujours ouverte.
Il faut reconnaître que sur ce sujet le succès est quasiment nul.
Bouhhh… Sarkozy.
C’est drôle comme vous vous hérissez quand un gag tombe sur la mauvaise personne. Il va falloir vous y habituer lorsque M. Hollande sera notre nouveau Président.
Rédigé par : jpledun@JDR | 27 janvier 2010 à 01:47
Encore un mot sur les familles kurdes.
Je suis á chaque fois étonné en entendant les sommes considérables que celles-ci auraient déboursées pour payer un passeur.
Mais ils sont riches ces gens !
Il faut vraiment que cela aille très mal dans leur pays pour être obligé de se ruiner, quitter ainsi leur terre natale et arriver "pauvre" en France.
Je ne comprends pas.
Il y a bien un géo politicien de service ici, qui va m’expliquer. (s.v.p.)
Rédigé par : jpledun | 27 janvier 2010 à 00:24
Monsieur le proviseur,
Blâmez "Saint Just" en criant au fascisme, cela vous brûle la langue. (Danger)
Apparemment c'est la seule insulte qui s'impose á vous quand votre contradicteur ne vous plaît pas.
C'est barbant. Inventez autre chose.
Rédigé par : jpledun | 27 janvier 2010 à 00:13
Oui Pierre Antoine, nous sommes bien d'accord.
Mais qui décide quand il y a forfaiture ?
Qui décide où mettre la barre ?
J'ai ma petite idée…
Roumanoff a du talent. Je sais qu'il n'est pas remis en cause ici.
Ses "plumes" écrivent souvent juste. "Radio Bistro" cela parle á une majorité de français. Cela les fait rire ou sourire. N'allons pas lui reprocher d'avoir du succès sans dire deux grossièretés á la minute !
Oui, parfois cela passe au travers.
Croyez-moi la plus embêtée á l’instant où elle se prend un bide, c'est bien elle.
Elle ne peut pas recommencer son bon mot, comme un fil de ferriste son saut périlleux.
Pas de rappel pour la comique !
Bien fait pour elle.
C'est bien á chacun d'entre eux (les saltimbanques) de choisir oú ils placent leur propre limite avant de nous casser les pieds.
A mon avis.
Rédigé par : jpledun | 27 janvier 2010 à 00:07