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Voici les sites qui parlent de Yannick Haenel n'a rien à se faire pardonner :

Commentaires

jpledun@Véronique Raffeneau

Merci Véronique Raffeneau, pour le "tuyau".
Le sujet m'intéresse évidemment.
Je me remets tout doucement de la lecture des "Bienveillantes" et de "L'histoire d'un Allemand"... Je pense que je vais changer de sujet pour les prochains mois.
"HHhH" je le lirai mais plus tard.

Merci encore á vous .

Véronique Raffeneau

@ Jean-Dominique

"C'est Philippe qui décide de l'itinéraire de la promenade, nous pouvons décliner l'invitation et regagner le château pour prendre un chocolat bien chaud, ou bien le suivre là où nous ne serions pas allés."

Mais évidemment !

D'accord. Le billet dénonce, selon l'esprit du blog de PB, "le ridicule pompeux" du Parisien à poser une question totalement insignifiante.

Ce ridicule me fait penser à cet abus de langage presque systématique dans les médias qui consiste à dire "les Français" à la place de "les téléspectateurs" ou "les auditeurs" ou "les lecteurs".

J’ai bien compris qu’à force d’inconditionnalité promotionnelle dans les médias à l’égard de telle ou telle personnalité médiatique (artiste, politique, écrivain etc.), la moindre réserve de rien du tout provoque comme un cataclysme de l’esprit.

Mais bon, quel téléspectateur, quel auditeur, quel lecteur aujourd’hui n'est pas conscient et lucide par rapport à cet état de fait ?

Ceux qui souhaitent des langages de vérité et d’authenticité dans les débats publics choisissent désormais Internet et se constituent ainsi une sorte de bibliothèque composée, par exemple, avec des blogs qu’ils ont repérés et sélectionnés comme singuliers. Sans jeu de mots facile avec l’identité du blog de PB.

Maintenant, ce qui me gêne est le fait que Philippe semble croire que ce que racontent E. Zemmour et E. Naulleau a de l'importance pour ceux qui regardent des programmes comme ceux de L. Ruquier.

Croyez-moi, cela n'empêchera personne de dormir et ne provoquera aucun mal à la tête, ni à l'âme, ni au coeur. Ce n'est que du divertissement. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

Nous ne devons sans doute pas disposer, vous et moi, des mêmes postes d'observation.

Mais je pense vraiment que les médias n'inspirent pas l'intérêt et n'ont certainement pas l'influence que vous leur prêtez.

Dans les bibliothèques de lecture publique, en tous les cas en province, ce qui est lu très prioritairement en matière de presse sont les pages locales des quotidiens régionaux.

Et sont très nettement préférés les hebdos et les mensuels sur le jardinage, la maison, le bricolage et le voyage.

Ce n'est pas faute pourtant de consacrer du soin et des espaces significatifs à la presse dite d'actualité.

Pour reprendre la critique de PB qui dénonce dans ce billet de janvier le concert de louanges médiatiques qui a accompagné la parution du livre de Claude Lanzmann :

alors, bien sûr, le qualificatif de "chef d'oeuvre" placé en exergue sur la couverture de l'édition de poche, qui reprend des "critiques" publiées dans la presse à la sortie de l'édition classique, est de mon point de vue totalement à côté.

Il n'empêche que ce livre est un grand document pour qui veut comprendre les ambiances intellectuelles en France après la guerre, et pour qui s'interroge avec gravité sur la genèse du film "Shoah".

@ jpledun

Le documentaire de CL au sujet de Jan Karski a été diffusé sur Arte en mars dernier.

Si le sujet plus général de la Seconde Guerre mondiale vous intéresse, je me permets de vous signaler le livre de Laurent Binet : "HHhH" que j’ai lu il y a très peu.

Voyez-vous, la critique très - trop favorable - m’en avait tenue éloignée à sa sortie en janvier. Mais vraiment, est-ce le style narratif particulier de LB, je ne sais pas ? J’ai été très touchée par la façon dont est raconté l’assassinat de Heydrich par des Résistants tchèques. Après ce livre on ne voit plus Prague de la même façon.


Jean-Dominique Reffait@Véronique

Véronique, je ne me passionne pas vraiment pour le médiatique et je passe le plus clair de mes soirées à bouquiner, à travailler trop souvent et, lorsque j'ai terminé tard comme ce soir, à parcourir un peu le web, parce que j'ai été chassé du lit conjugal par un marmot malade qui veut sa maman pour lui tout seul, le petit salopard.

Je ne me sentirais guère inspiré au commentaire des agitations médiatiques, je ne saurais par quel fil en tirer quelque chose. Mais sinon notre vie à vous ou à moi, du moins la vie sociale est imprégnée de médias, sous toutes ses formes, accentuée par l'imitation des références que nous y trouvons. Par amusement, il m'arrive de marcher comme James Bond, d'imiter, dans mes sermons jamais durablement sérieux à mes enfants, la langue de bois journalistique ou politique. Nous vibrons dans les médias et les médias vibrent en nous.

C'est Philippe qui décide de l'itinéraire de la promenade, nous pouvons décliner l'invitation et regagner le château pour prendre un chocolat bien chaud, ou bien le suivre là où nous ne serions pas allés. Une promenade, vous le savez, n'est qu'un prétexte à puiser dans le paysage des analogies pour nos réflexions légères ou profondes qui se rejoignent, se croisent sans prendre garde à des hiérarchies formelles.

Ainsi, le billet Zemmour/Naulleau rejoint d'autres billets plus graves qui traitent, comme celui-ci à propos de la Shoah, des outrances convenues, de cette tentation un brin ridicule de gens rarement inquiets à se faire peur coûte que coûte. Il faut continuellement louer le courage de l'un, la prise de risque de l'autre, de même qu'il faut débusquer l'intolérable derrière toute banalité : il faut se scandaliser de l'insignifiant. Le buzz du clash semble proportionnel à l'importance suggérée des protagonistes. Toute hiérarchie est abolie, réduite comme l'écran à deux dimensions. N'est-ce pas finalement une observation juste de notre société qu'un écran de télévision : borné au quatre coins, sans épaisseur, où tout relief est arasé pour se réduire à la quintessence du monde, le pixel.

C'est ce que relève souvent Philippe dans ces billets médias : l'enflure des postures, le courroux des imberbes. C'est la signature d'une époque où il n'y a plus, le croit-on bien faussement, rien à craindre et où il faut feindre d'être malgré tout terrorisé de tout. Les médias sont une formidable loupe de ces travers.

jpledun

Jan Karski a une histoire incroyable, pleine de profondes souffrances et de sensibilité.
M.Haenel, finalement ne lui rend pas service en nous faisant lire trois fois le même récit.
Il nous fatigue avant la fin du livre.

Est-ce que le documentaire de CL sur Karski est sorti ?

Véronique Raffeneau

Vous remarquerez, sbriglia, que j'ai passé mon chemin.

Non pas du tout que je trouve le propos du billet inintéressant, mais je pense que ce qui y est dit au sujet du format Naulleau et Zemmour est ce que la plupart de ceux qui n'ont vu l'émission même qu'une seule fois, ont compris très vite. De la posture et des faiseurs.

Alors Le Parisien qui se targue d'interroger : "Comment affronter Zemmour et Naulleau", c'est d'un ridicule fini.

sbriglia@Véronique R.

"Je suis même triste et déçue quand je lis que votre sujet est le(s) médiatique(s).
Je souffre..."

Faites comme moi,Véronique, passez, comme au bridge... et souffrez pour ce qui en vaut la peine.

Ou relisez :

"Ce qui crée la richesse intellectuelle, c'est l'écart entre ce qu'on présume d'un esprit et l'expression libre et imprévisible de celui-ci."

...un peu au-dessus de votre commentaire...

Savonarole

"Et surtout, j'ai compris à travers le récit glacé que CL fait de son tout premier voyage à Treblinka, le ressort profond et implacable de Shoah." Véronique Raffeneau.
___________________________________

Il n'est jamais trop tard...

Véronique Raffeneau

Je viens d'achever la lecture de l'autobiographie intellectuelle de Claude Lanzmann :

"Le Lièvre de Patagonie" (paru en poche - Folio)

Alors, bien sûr, Sartre, de Beauvoir, les amours en périphérie et en pagaille, leurs excursions à travers l'Europe. Les années 50 et 60, l'univers de la presse, du théâtre et du cinéma, Les Temps Modernes et Saint-Germain-des-Prés.

Mais au contraire de vous, j'ai été très intéressée par les pages que CL consacre à son film Shoah.

Je n'imaginais pas le "bricolage" et les difficultés incessantes rencontrées par CL pour mener à bien son projet. Lui-même ne sachant pas pendant longtemps là où il veut aller.

Et surtout, j'ai compris à travers le récit glacé que CL fait de son tout premier voyage à Treblinka, le ressort profond et implacable de Shoah.


PS: trop désolée. Mais vos billets sur la télé, Naulleau, Zemmour, Ruquier etc., ce n'est pas du tout ma tasse de thé.
Je suis même triste et déçue quand je lis que votre sujet est le(s) médiatique(s).
Je souffre...

benjamin

Bonjour,

Au-delà de quelques aspects évidemment critiquables dans une telle somme, Lanzmann a réalisé un travail absolument fantastique, qui permet de comprendre ce que fut l'holocauste (ou la Shoah, je n'aime guère les écharpages sur un mot ; peu importe, que l'on choisisse ce que l'on veut).

La mise en exergue du terrifiant antisémitisme polonais (j'ai connu un survivant d'Auschwitz, non juif, mais qui m'a affirmé que s'il n'y avait eu que des Polonais et pas d'Allemands, aucun juif n'y aurait survécu 48h), entre autres, est patente, démontrée, prouvée (et je m'amuserais, si ce n'était si triste, de voir des "justifications" prises dans l'histoire : les Polonais auraient été philosémites... au XIVe siècle ; dans ces conditions, condamnons la France en raison de l'antisémitisme de Louis IX !)

MAIS (parce qu'il y a un MAIS concernant Lanzmann)

En dehors de la présente polémique dont je me contrefiche, son attitude constante, à se prétendre le seul et unique dépositaire de la Shoah et de ce qu'on a le droit d'écrire sur elle, est tout bonnement insupportable. La Shoah "appartient" à ses victimes, à ses acteurs (positifs ou négatifs), aux historiens, à ceux qui les lisent. pas à M. Lanzmann.

Véronique Raffeneau

@ Herman

En réalité, je ne pense rien au sujet de Claude Lanzmann recevant le roman de Yannick Haenel.

J'ai seulement envisagé que oui il était plausible que CL se soit désintéressé dans un premier temps de "Jan Karski".

Simplement parce que le roman tel que je l'ai lu, est très loin du concert de louanges qui a accompagné sa parution.

Pour moi le récit de Haenel ne fonctionne pas. Il y a quelques jolies phrases mais pas plus que ça.

Et puis, honnêtement, j'ai eu le sentiment tout au long de ma lecture d'un incessant par-dessus la jambe eu égard au sujet que Y. Haenel avait choisi. Son sujet était immense.

Dans le magazine Histoire du mois de janvier, l'historienne Annette Wieviorka relève la désinvolture avec laquelle le roman est écrit.

Bon, AW est super féroce et je ne possède pas, très, très loin de là, son savoir. Mais j'ai ressenti en lisant Jan Karski cette désinvolture, ce "foutage de gueule" dont parle AW.

Vous savez, il y a un nombre incalculable de romans qui paraissent à longueur d'année et qui sont écrits avec cette forme de désinvolture.

Cela ne veut pas dire que ces livres sont sans intérêt, mais on ressent une faiblesse et un manque de travail. Il y a une profondeur qui n'est pas là. Les auteurs passent à côté de leur sujet.

Pour le sujet Jan Karski, il me semble qu'un très grand livre pouvait être écrit.

Je saisis mal cette polémique côté Lanzmann. Pour moi, en somme, le roman de Yannick Haenel ne la mérite pas.

Stalker

Bonjour.
Ce livre, Jan Karski, est tout simplement un mauvais roman et un piètre ouvrage à grossières thèses anti-occidentalistes.
Une imposture en d'autres mots.
Cordialement.

Herman

Je viens de regarder "d@ns le texte" avec Haenel, et je dois dire que ce dernier s'en tire plutôt bien avec cette polémique. A la fin de l'émission, Lanzmann se trouve ridiculisé, noyé dans ses contradictions...
Véronique, vous pensez vraiment qu'en recevant le livre de Haenel, Claude Lanzmann n'eût aucunement, ne serait-ce que le désir de le lire ! Foutaise, hypocrisie ! Moi je pense qu'il a pensé sa riposte, et pris le temps de monter son film "Le rapport Karski" qui passera sur ARTE au mois de mars prochain. Il n'a même pas cherché à discuter avec Haenel !

Herman

Bonjour M.Bilger
Juste pour vous signaler une émission, "d@ns le texte", avec Haenel, à propos de la polémique l'opposant à Lanzmann, sur le site d'"Arrêt sur images".
Cordialement.

Véronique Raffeneau

"...et que cette merveille de sensibilité et d'intelligence, de respect et de dévotion vraie a été plébiscitée par de nombreux lecteurs enthousiastes. "

Bien, bien...

Philippe, j'ai lu hier soir "Jan Karski" de Yannick Haenel.

Franchement, ce roman est l’illustration de ce qu'est devenue l'édition avec ses rentrées littéraires obligatoires et les prix qui vont avec.

C'est quand même d'une minceur et d'une banalité dans le propos et dans l'écriture à pleurer. Une petite chose même pas dérangeante à lire.

Je dois avouer que j'arrive à comprendre le désintérêt initial de Claude Lanzmann quand il a reçu le livre de Haenel.

Que ce livre ait pu bénéficier d'une critique dithyrambique me surprend tout de même beaucoup. Sont pas très exigeants les critiques. A se demander s’ils l’ont réellement lu.

Du reste, exposer la liste des lauréats de l'Interallié depuis 20 ans présente le mérite de replacer les choses à leur place.

C'est-à-dire l'écume, le pas grand-chose de ce qui constitue invariablement, tous les automnes, les romans- téléfilms mis en exergue par l'actualité littéraire.

1990 Bruno Bayon Les Animals Grasset
1991 Sébastien Japrisot Un long dimanche de fiançailles Denoël
1992 Dominique Bona Malika Mercure de France
1993 Jean-Pierre Dufreigne Le Dernier Amour d'Aramis ou les Vrais Mémoires du chevalier René d'Herblay Grasset
1994 Marc Trillard Eldorado 51 Phébus
1995 Franz-Olivier Giesbert La Souille Grasset
1996 Eduardo Manet Rhapsodie cubaine Grasset
1997 Éric Neuhoff La Petite Française Albin Michel
1998 Gilles Martin-Chauffier Les Corrompus Grasset
1999 Jean-Christophe Rufin Les Causes perdues Gallimard
2000 Patrick Poivre d'Arvor L'Irrésolu Albin Michel
2001 Stéphane Denis Sisters Fayard
2002 Gonzague Saint-Bris Les Vieillards de Brighton Grasset
2003 Frédéric Beigbeder Windows on the World Grasset
2004 Florian Zeller La Fascination du pire Flammarion
2005 Michel Houellebecq La Possibilité d'une île Fayard
2006 Michel Schneider Marilyn, dernières séances Grasset
2007 Christophe Ono-Dit-Biot Birmane Plon
2008 Serge Bramly Le Premier Principe - Le Second Principe Lattès
2009 Yannick Haenel !Yannick Haenel Jan Karski Gallimard

Tout est dit, non ?

Vous ne pensez pas quand même que si cette liste contient sans doute quelques trucs pas mal, je dois dire que, selon moi, le prix Interallié consacre depuis 20 ans une banalité dans le choix des lauréats qui est consternante.

"Jan Karski" de Yannick Haenel n'échappe pas à cette règle.

Serge ULESKI

Au sujet de l'ouvrage de Yannick Haenel et de la polémique que Claude Lanzmann semble vouloir lancer contre son auteur, six mois après sa sortie chez Gallimard - ouvrage consacré à Jan Karski, héros de la résistance polonaise qui aura vainement alerté les alliés sur les risques d’extermination des juifs d’Europe...

On mentionne la thèse suivante : les Alliés (USA et Grande Bretagne) ont été complices de la Shoah en ne faisant rien. Aussi, l’attitude des Américains ressemblerait fort à un crime pour non-assistance ; crime à la racine duquel l’on trouvera un « antisémitisme d’État », avéré : du point de vue des Américains, il était heureux que les nazis exterminent les Juifs.

L’auteur réfute l’idée de thèse et parle de fiction, d'œuvre d’imagination.

Quant aux liens entre la fiction et l’Histoire...

Gratuites et stériles, cette affirmation fictionnelle, cette gaffe en forme de thèse appuyée par un éditeur, Sollers en l’occurrence, pas mécontent de mécontenter ceux qui pensaient l’avoir comme allié… et pour qu'on ne l’oublie pas entre deux publications.

Avec cette affirmation d’écrivain attaché à la fiction dans des faits qui touchent à l’Histoire, et alors que le parti pris de l’auteur ne nous sera d’aucun enseignement soit historique soit humain, on parle de l’idée que le monde civilisé s’est opposé au régime nazi en traînant les pieds.

D’aucuns aimeraient en appeler à la controverse intellectuelle alors qu’il n’y a rien d’intellectuel dans ce livre consacré à Jan Karski ; ouvrage derrière lequel se cachent un auteur et des opinions qui sont les siennes ; opinions qu’il peine manifestement à assumer…

Et pour cause…

Comment ne pas y voir chez cet auteur qui appartient à une génération gâtée - génération reine à laquelle on a donné à têter un biberon qui porte le nom de « Shoah », référence au documentaire de Lanzmann -, une tendance plus que récurrente et que le procès Fofana a mis en lumière : une hyper-exacerbation identitaire arrivée à son paroxysme chez Haenel ; exacerbation longuement mûrie, cajolée et entretenue par des élites intellectuelles de la génération précédente concernées par cette même identité.

En effet, difficile de ne pas entendre hurler chez Haenel un "Tous contre nous, ils auront été ! Tous, sans exception ! Seuls nous étions, seuls nous demeurons ! Tous pourris !"

Comprenez : "Tous antisémites !"

***

Disons les choses : Haenel, c’est Lanzmann à qui l’on coupe l’herbe sous le pied ; un Lanzmann relégué au rang de Fanfan la tulipe de la Shoah.

Nombreux sont sans doute ceux qui l’ont rêvé ; et Haenel l’a fait : le crime de tous les crimes doublé d'une trahison de toutes les trahisons cette non-assistance à un peuple en danger de mort ! Coup de poignard dans le dos de la part de deux alliés que l’on disait irréprochables : après l’Allemagne, la Pologne, le régime de Pétain, l’Europe incurablement antisémite, arrivent alors les USA et la Grande-Bretagne.

Même Lanzmann n’aurait pas osé. Aussi, on pourra aisément l’entendre vociférer à l’endroit de cet auteur : « Quel petit c…. ! »

De mauvaises langues affirmeront que cette fausse polémique permet de remettre un peu de carburant dans le moteur de la « Shoah » qui s’essoufflait dans les montées et qui s’emballait dans les descentes, privée de frein-moteur, sous l’impulsion d’une nouvelle génération prise dans le piège de la surenchère et qui choisit, un rien iconoclaste, de cibler un pays, celui sans lequel plus rien n’est possible, ou bien… si peu mais certainement pas ce dont on n’a pu rêver de longue date et de longue haleine : les USA…

Lanzmann s’étant toujours contenté d’une Pologne dans laquelle il n’y a rien à sauver, selon lui, une Pologne* retorse sous l’URSS, muette dans l’Europe, - et d'une Allemagne moralement à genoux, repentante à souhait, même si économiquement elle n’en fait qu’à sa tête.

Une Pologne bouc émissaire dans l’entreprise de condamnation et de culpabilisation de l’Europe au sujet de son antisémitisme, en échange d’une immunité pour les Etats-Unis devenus depuis la fin des années 60 le bailleur de fonds d’Israël, une fois l’Europe muselée, interdite de parole critique quant à la politique de cet Etat vis-à-vis des Palestiniens.

Haenel brise ce consensus (tabou ?) en plaçant les Etats-Unis sur le banc des accusés de l'antisémitisme (à moins que ce tabou ait été transgressé à dessein, avec le soutien de ceux qui l'ont entretenu, contre l'Amérique d'Obama, à titre préventif ?!).

Car enfin...

Secret de Polichinelle l’indifférence des Etats-Unis face aux menaces d’extermination des juifs d’Europe (et pas seulement sur cette question !) Mais il est vrai que cela va toujours tellement plus mal en le disant !

Lanzmann qui a un grand, un très très grand souci d’Israël ne peut que s’en désoler, confronté à une génération ignorante des enjeux géopolitiques qui se cachaient et se cachent aujourd’hui encore, derrière cette immunité accordée aux USA et une Pologne bouc émissaire pour expier les crimes antisémites d'une Europe qui s'étend de Brest à Vladivostok.

In fine, beaucoup de bruit pour pas grand-chose cet ouvrage et la polémique qui oppose Haenel et Lanzmann, avec, pour s’en faire l’écho - la polémique, même à bon compte, fait toujours recette -, quelques littéraires complaisants et opportunistes, quand on sait qu’aucune nouvelle « vérité » historique ne sortira de cette confrontation factice ; et sur le plan littéraire, on n’y aura trouvé aucune écriture digne de ce nom… dans le dernier ouvrage de Haenel.

Aussi…

Perdant pour perdant…

C'est encore la littérature qui fait les frais d'une recherche effrénée de publicité, et que l'on passe à la trappe.

yves bouant

27 Janvier 1945
Libération d'Auschwitz

Nuit et brouillard
Jean Ferrat
Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

Véronique Raffeneau

@ Jean-Dominique

Juste cela.

"Dans le cas d'Haenel, il s'agit d'une utilisation du personnage réel pour promouvoir une subjectivité étrangère à la réalité du personnage."

Jiel a mentionné "Blonde" de Joyce Carol Oates que je tiens - dans mon panthéon littéraire personnel - comme un des plus beaux et des plus déchirants romans écrits sur, à partir du personnage réel de Marilyn Monroe.

Et pourtant, nous avons là "une utilisation du personnage réel pour promouvoir une subjectivité étrangère à la réalité du personnage."

Et puis, considérez le Hadrien de Marguerite Yourcenar...

Stalker

Bonsoir.
Il me fallait réagir à la ridicule et prétentieuse réponse que Yannick Haenel a faite à Claude Lanzmann (dans Le Monde daté du 26 janvier) en ajoutant quelques lignes à mon féroce article n'est-ce pas ?
Voilà qui est fait (voir lien).
Que les choses soient parfaitement claires : je me demande comment une personne ayant lu le bouquin de Yannick Haenel peut oser affirmer qu'il s'agit d'une oeuvre de fiction...
Cordialement.

Véronique Raffeneau

@ Savonarole

Je ne défends pas la position de Claude Lanzmann. J'essaie de la comprendre pour savoir de quoi nous parlons.

Je ne défends pas ce qu'écrit Claude Lanzmann dans Marianne d'autant plus que lui-même dans Shoah a en quelque sorte scénarisé l'intervention de Jan Karski .

Comme il a, par la force des choses et par le poids suffocant de son sujet, pour incarner le projet artistique qu'il poursuivait, créé des personnages de référence avec les témoins de son film.

C'est l'immense réussite de transmission de Shoah.

Notre réflexion, notre méditation, notre stupeur glacée, notre incompréhension de l'entreprise nazie de l'assassinat industriel d'êtres humains passent obligatoirement aujourd'hui par les images et par les témoins personnages de Claude Lanzmann.

Jiel

Cher Philippe,

Votre élégance et votre courage font que, je me répète, l’air est plus pur après vous avoir lu !

Elégance de citer, sans rancune, la prise de position (que je ne connaissais pas) de BHL qui l’honore, sur Pie XII. Ainsi le maître-à-penser ne se range pas moutonnièrement derrière l’unanimisme de la curée anti-curés (excusez ce laisser-aller facile que je classerais à proximité de votre titre « un pape, un Papon »).

Courage (ce n’est pas la première fois) d’affronter un tabou, « la statue vivante du Commandeur » pour nous dire tout simplement le « bonheur de la littérature ». Pendant que se baisseront respectueusement les fronts devant l’avis exprimé par M. Lanzmann, vous dites l’intérêt et le plaisir trouvés dans la lecture d’un livre, ce qui devrait ne pas vous être reproché… mais attendons la volée de bois vert !
1. S’il est interdit d’écrire un livre qui porte sur sa couverture la mention ROMAN (pas : recherche historique) en mettant en scène un personnage réel, qu’on le dise (une loi de plus !). Joyce Carol Oates a écrit une biographie très romancée de Marilyn Monroe ("Blonde"), sans déclencher un tollé ! Est-ce parce qu’elle est protégée par le 1° amendement de la constitution américaine : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre. »(traduction Wikipédia), tandis que nous sommes le pays qui chérit les lois Gayssot, Taubira, etc.
2. S’il est interdit de publier un livre touchant à la Shoah sans l’imprimatur de M. Lanzmann et le quitus du Mémorial de la Shoah, qu’on le dise (une loi de plus !). N’ayant eu dans ma famille qu’un seul déporté revenu vivant d’Allemagne, je n’ai sûrement pas les galons voulus pour parler… mais suivant l’exemple de Philippe, sans prétendre l’égaler, j’écris quand même que la Shoah est un sujet dont la gravité, l’horreur, les racines et les conséquences sont suffisamment importantes pour qu’on laisse l’esprit et l’intelligence de chacun développer une réflexion libre, vivante, et maintenant très informée, plutôt que de mettre l’accent sur une vérité figée et confiée aux gardiens du temple qui discutent entre eux de la légitimité de tel ou tel à s’exprimer. M. Lanzmann, dont le film a été une révélation incontestablement déterminante pour beaucoup, rend-il aujourd’hui service tant qu’il le pense à la cause qu’il servira jusqu’à sa mort ?

Jean-Dominique Reffait

Véronique, j'entends bien les objections de Philippe et vos arguments. Littell a introduit les personnages réels sous le prisme de son personnage romanesque. C'est au travers de son propre regard que ces personnages réels s'animent devant nous. Qu'importe alors le contresens historique puisque c'est la subjectivité d'un personnage de fiction qui nous est transmise.

Dans le cas d'Haenel, il s'agit d'une utilisation du personnage réel pour promouvoir une subjectivité étrangère à la réalité du personnage. Personnellement, je suis davantage gêné par ce procédé même si je peux tout à fait admettre que cela peut avoir une vraie valeur littéraire. Mais enfin, je n'imagine pas l'accueil que recevrait un livre visitant de l'intérieur les fantasmes sexuels baroques du général de Gaulle qui seraient étrangers à toute forme de documents ou de réalité.

J'ajoute que, de surcroît, le personnage de Karski n'est pas très connu. Il est plus difficile de faire mentir un personnage dont les pensées sont déjà connues, mais faire mentir Karski, c'est facile, quel lecteur est en mesure d'émettre une objection, notamment après avoir lu des passages sous l'autorité de Lanzmann et de Karski lui-même ? C'est pas super-honnête, je trouve.

Cela dit, je ne défends pas la posture de Commandeur de Lanzmann. J'ai dû voir Shoah 5 ou 6 fois, c'est un truc énorme, mais l'exégèse de l'auteur me gonfle.

Dominique Becker

Il est vrai que "Shoah" est un documentaire consacré à l'extermination des Juifs et Lanzmann a réalisé un monument historique et artistique !!
Yannick Haenel s'est inspiré de ce film pour son roman et il ne s'en cache pas, mais en aucun cas il ne prétend écrire une oeuvre historique mais plutôt un roman sous forme de triptyque, relatant l'intervention de Karski dans Shoah, puis un résumé à sa manière du livre de Jan Karski et enfin un troisième chapitre qui relève de la fiction.
Alors comment Lanzmann peut-il prétendre que Haenel est un faussaire ???
Parce que Yannick Haenel s'est lui aussi emparé de l'histoire de Jan Karski, faut-il payer à Lanzmann des droits d'auteurs qu'il ne détient pas, fallait-il "consulter M.Lanzmann", qui pense peut-être détenir l'exclusivité sur l'oeuvre de Jan Karski ??
Pour moi le roman de Yannick Haenel est un chef-d'oeuvre, un mélange de documentaire et de fiction qui a suscité chez moi une vraie fascination et je peux dire "unanime" avec les personnes de mon entourage qui ont lu le livre.
N'est-ce pas là l'essentiel que recherche en premier un lecteur dans un roman ?!!!!!!

Polochon

"Il y a parfois des surprises heureuses. Par exemple, Bernard-Henri Lévy n'hésitant pas dans un journal italien à prendre la défense de Benoît XVI et de Pie XII."

Je suis extrêmement choqué de la légèreté avec laquelle une personne est encensée ou détruite.
Il suffit que quelques favoris des médias parlent pour qu'une nouvelle vérité devienne tendance.
Hier, en grande partie par anticléricalisme primaire, il était de bon ton d'accuser Pie XII en le mettant au même niveau de responsabilité qu'Hitler. Aujourd'hui, retour de balancier, c'est l'inverse.
Est-ce que l'on pourrait demander à ceux qui font l'opinion un peu plus de mesure, de prudence et d'honnêteté dans leurs jugements ?

Alina Reyes

... "se faire pardonner"... sans doute, car il ne sait pas ce qu'il fait, semble-t-il...

Sollers sait, lui, et il sait aussi où nous en sommes dans le temps : tout proche.

Bonjour à vous tous.

Savonarole

"Pour le cinéaste, le roman, la fiction, la littérature ne peuvent que dénaturer et pervertir la signification qu'il a voulu donner à son film Shoah."

Rédigé par: Véronique Raffeneau
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Certes, mais dans ce cas fallait-il s'abstenir d'écrire "Guerre et Paix" ?

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