Ce n'est pas de la paresse. J'ai eu envie de m'abriter sous l'aile de Régis Debray parce qu'il fait partie des rares esprits qui pensent, parlent et écrivent pour vous, pour tous. Il y a souvent du superfétatoire à exprimer un point de vue quand déjà il a été remarquablement exposé par un autre. Ce pourrait être, à la limite, la ruine des blogs mais heureusement la réalité ne contraint pas trop souvent à cette modestie !
Lire l'interview de Régis Debray à propos de sa préface pour "Les grands discours de guerre de Charles de Gaulle" chez Perrin est un bonheur intellectuel (Le Journal du Dimanche, sous la signature toujours remarquable de Marie-Laure Delorme). Dominique de Villepin, au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, affirme y avoir trouvé une leçon du gaullisme qui serait le rassemblement. Chacun fera son miel à sa manière. En tout cas, quand la profondeur du fond s'allie à la maîtrise de la forme et à la vivacité du regard, cela donne des résultats époustouflants pour n'importe quel lecteur de bonne foi. J'ajoute qu'il n'y a rien dans la personnalité de Régis Debray qui puisse non pas ne pas déplaire - trop de caractère au contraire pour emporter une adhésion générale ! - mais empêcher un accord des esprits et une concordance des idées. L'un et l'autre, à la lecture de ses réponses, viennent comme une évidence.
Tout serait à citer mais deux de ses réflexions et jugements me paraissent mériter un sort particulier.
On lui demande quel regard il porte sur la politique d'aujourd'hui et il offre cette fulgurance caustique mais si lucide : "On peut prendre parti pour s'amuser. Mais prendre feu et flamme ? La politique a décroché de l'Histoire. C'est le rendez-vous des médiocres. Ceux qui rêvent d'une voiture avec chauffeur". C'est dur, c'est vrai, c'est triste. Dénonciation trop générale sans doute mais qui ramasse en peu de mots la crise, l'absence de légitimité, la banalisation du destin collectif et, surtout, un sentiment d'accablement comme si plus rien n'était à tenter parce que tout serait irrémédiablement voué à l'échec. Il y a un doute crépusculaire, vindicatif ou découragé, qui vient altérer engagements, promesses et actions.
Enfin, et à mon sens encore plus décisive, cette assertion : "La dignité du politique et l'imparfait du subjonctif font naufrage de concert, main dans la main". Le langage de la politique et la politique du langage liés pour le meilleur et pour le pire. Aujourd'hui, pour le pire. La dignité réside en effet aussi bien dans les mots qu'on prononce, le style que dans les comportements, les tactiques et les orientations. Ayant oublié l'imparfait du subjonctif, on s'est condamné à un monde politique imparfait. La décontraction obligatoire a chassé le grave et l'important. Clairement, ce n'est pas un progrès.
Régis Debray n'est pas un "décliniste" obsessionnel. Il constate. Je crains que ces grandes voix soient fatalement réduites au désert. Trop justes, elles font trop mal.
Je me sens bien sous son aile.
On tombe des nues à la lecture de ce qui suit et on s'inquiète de penser que Régis Debray était prêt à se livrer à cette pantalonnade...
( Arrêt sur images - Blog D. Schneidermann =
"Relaxé en première instance, Michel Drucker a été condamné en appel, mercredi 12 janvier, pour ne pas avoir rémunéré un auteur chargé d'écrire pour lui. "La Cour d'appel de Paris a condamné Michel Drucker à verser 40 000 euros à son ancienne compagne Calixthe Beyala. Cette écrivaine française d'origine camerounaise accusait l'animateur et producteur de télévision de ne pas l'avoir rémunérée après avoir écrit un livre à sa place".
L'affaire débute en février 2005. A l'époque, Michel Drucker et les éditions Albin Michel ont signé un contrat d'édition pour un livre d'entretiens entre Régis Debray et l'animateur de télévision. Si le projet n'a jamais abouti, Calixthe Beyala assure avoir travaillé sur le manuscrit, en répondant à la place de Drucker à toutes les questions posées par Debray. Pour ce travail, elle aurait eu la promesse de recevoir 200 000 euros, somme dont elle n'a jamais vu la couleur.
En l'absence de contrat écrit, Drucker et Albin Michel avaient d'abord démenti ces accusations, avant que l'animateur ne reconnaisse un peu plus tard une "collaboration spontanée". Hier, la cour d'appel a donc donné raison à Beyala : l'écrivaine a bien "œuvré à la composition du manuscrit". Et si elle n'avait pas signé de contrat écrit, c'est parce qu'elle se trouvait, selon les juges, "dans l'impossibilité morale" d'exiger quoi que ce soit de la part de l'animateur en raison de la "relation intime établie depuis plus de deux années" avec lui."
Rédigé par : Savonarole | 14 janvier 2011 à 09:21
Régis Debray fait ce constat pessimiste lorsqu'il analyse la politique spectacle sur France 3, dans l'émission "Ce soir ou jamais" : "Aujourd'hui je crains que les volontés de puissance, qui sont de toujours, ne soient plus qu'au service d'elles-mêmes".
Pourtant, combien d'entre nous espèrent toujours que les grandes heures de l'humanité sont dues au courage des gouvernants, capables de déplaire à l'occasion pour privilégier l'intérêt général ?
Les personnes qui votent, assurément.
Rédigé par : laure | 09 avril 2010 à 11:50
Je ne sais pas si ce commentaire passera, le dernier m'a été refusé...?
Mais monsieur Bilger, il y a une petite URL où vous pourrez retrouver du bon Debray, quoique pas très bien questionné:
http://www.arretsurimages.net/
Bon il faut raquer, d'accord. Mais ça vaut le coup.
J'espère vous retrouver dans le forum du site.
Rédigé par : L.D.T. | 08 avril 2010 à 16:14
"Les Défroqués", une encyclopédie franco-française reste à écrire !
Quelle plume s'y attèlera ?
Des anciens du Bureau Politique du PCF, devenus anti-communistes primaires aux anciens trotskos devenus sénateurs ou joailliers, en passant par Serge July chroniqueur d'extrême centre sur une radio d'extrême nulle part... quel chemin parsemé de culottes et pantalons !
Que de vestes éreintées ! Que de gants retournés !
Rédigé par : Savonarole | 07 avril 2010 à 12:58
@Catherine A.
Votre vision du pois - telle qu'elle fut décrite également par notre hôte -, n'a pas encore ses entrées dans l'encyclopédie ! (pois = magistrat !)
Alors, mangerai-je des pois chauds ? Que nenni !
Mais, comme vous et moi ne pouvons lui adresser : "Vous ai-je vendu des pois qui n'ont pas voulu cuire ?"
Je me demandais alors si vous eussiez fait allusion à la "robe" de notre hôte qui normalement est "rouge" ?
Ou encore à son teint ?
Noir ? selon le dictionnaire : couleur d'un bleu, brun ou gris très foncé ??
Mais là encore, après des événements récents, nous avons pu constater qu'il n'y avait pas transformation !
Alors me suis-je dit, Catherine A, tout comme Dame Véronique voient dans ce pois "noir", toujours selon le dictionnaire ! "un corps idéal qui absorbe intégralement tous les rayonnements qu'il reçoit, sans aucune réflexion ni diffusion" !!!
Autrement comment auriez-vous su que "noir" est la manière dont je cuisine les petits pois... lorsqu'ils ne sont pas flétris... !!! :o)
Rédigé par : Marie @ Catherine A. | 07 avril 2010 à 12:00
@Catherine A
Noir ? Impossible !
Car les petits pois sont rouges ! :-)
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 07 avril 2010 à 10:56
"Ayant oublié l'imparfait du subjonctif, on s'est condamné à un monde politique imparfait.".
Mon rapport à la langue française, apprise à l'école, dans les livres, bien avant d'être l'instrument quasi-unique de mes échanges quotidiens, me rend particulièrement sensible à l'écart entre ses formes parlée et écrite. Je me délecte de la lecture de Crébillon fils et admire le sens de la formule ciselée de R. Debray.
Mais qui a oublié l'imparfait du subjonctif, dont l'utilisation a toujours signalé le "niveau soutenu" de l'usage de la langue par des locuteurs jouissant d'une certaine position sociale ? Quand l'imparfait du subjonctif a-t-il coulé de source dans l'expression orale quotidienne des Français ? Et faut-il s'adresser à ceux-ci en les éblouissant par le recours à une langue qu'ils ne comprennent quasiment plus ?
Enfin, le monde politique était-il à ce point parfait avant l'oubli de l'imparfait du subjonctif ? Infiniment plus grave me semble l'ignorance grandissante des règles de l'argumentation (laquelle suppose effectivement une bonne maîtrise de la langue) qui transforme nos débats en soliloques et chacun de nous en autiste.
Rédigé par : Ighil | 07 avril 2010 à 10:39
Marie, le petit pois noir comme le mouton de la même couleur n'est pas dans la norme ; il se remarque, il dérange, il agace. Aussi ai-je pensé que si nôtre hôte devait être absolument un petit pois (cf vision présidentielle des magistrats), il ne pouvait qu'être le noir, celui qui est parfois rétif à la règle et qui est prêt souvent à sortir de la boîte ; comme un petit pois sauteur, ces petits pois que Pif le Chien offrit une fois à ses jeunes lecteurs mais j'ai pensé que Pif n'était sans doute pas la lecture préférée des habitués de ce blog. Je me demande même s'il n'a pas passé l'arme à gauche. Aussi ai-je bricolé ma petite métaphore à partir du mouton noir... Visiblement j'aurais dû la peaufiner ;-)
Rédigé par : Catherine A, mouton et petit pois noirs, même combat | 07 avril 2010 à 09:49
Non, Marie, j'ai trop le nez plongé dans mon manuscrit ces temps-ci même si je tente de suivre tout ce qui se dit sur la question. En tout cas, merci à vous pour l'info, c'est vraiment gentil d'y avoir pensé.
Rédigé par : Laurent Dingli @ Marie | 06 avril 2010 à 19:01
Il fut un temps où l'utilisation de l'imparfait du subjonctif - auquel était associé une manière de parler qui donnait alors un, le, style vieille France - vous classifiait dans la catégorie "pédanterie" !
@ Catherine A.
Pourquoi "noir" ?
@ Laurent Dingli,
Je suppose que vous avez entendu parler de ce documentaire réalisé par Coline Serreau qui sort demain : "Solutions locales pour un désordre global"
Bande annonce :
http://www.solutionslocales-lefilm.com/
Rédigé par : Marie | 06 avril 2010 à 17:59
Si les mots de Regis Debray sur la politique sont assez vrais, force est de constater que la politique de ces dernières années s'occupe de problèmes assez médiocres. J'ai 30 ans et la politique ne s'est jamais présentée à moi autrement que sous la forme de débats futiles sur les impôts, les subventions, les cotisations sociales. Pour quelqu'un d'une autre génération, ou pour les rares personnes qui s'intéressent à l'histoire, la politique est aussi une question de vie ou de mort. Celles des communautés, des nations.
Il me semble exagéré de dire que la politique a décroché de l'Histoire. Il se trouve juste que l'Histoire avance à un rythme assez nonchalant dans notre coin du monde. Profitons de ces instants peut-être comptés !
On tremble à l'idée que nos "dirigeants" actuels aient à faire face à une crise majeure de l'ampleur de la Seconde Guerre mondiale. Ces gens que nous soupçonnons de dilapider nos impôts, leurs confierions-nous sereinement nos vies et nos destins ?
Rédigé par : Philippe | 06 avril 2010 à 14:47
Sans doute n'y a-t-il pas lieu d"exiger que tout un chacun utilise (utilisât ?) l'imparfait du subjonctif. Le Français a toujours eu une tolérance pour la langue parlée qui n'exige pas la même rigueur d'expression que l'écrit. A tout le moins, l'on pourrait attendre que nos politiques (politiciens, voire "politichiens") parlent un français certes simple, mais au minimum respectueux de ses règles de base, comme d'une concordance minimum des temps, ne serait-ce qu'à l'indicatif, qui obéisse à la logique de l'exposé.
J'avoue ne pas supporter de constater combien notre actuel président de la République martyrise notre langue, singulièrement quand il s'adresse à des étrangers, récemment encore devant un parterre d'étudiants américains parlant notre langue. C'est pour le moins désolant. Ne peut-on craindre qu'une telle approximation du langage ne soit la traduction d'approximations dans d'autres domaines (idées, économie, politique, etc.) ?
Au-delà de lui-même, il convient aussi de constater ces défauts langagiers de la part de beaucoup de nos élus nationaux, souvent énarques...
Rédigé par : Robert | 06 avril 2010 à 12:38
"La dignité du politique et l'imparfait du subjonctif font naufrage de concert, main dans la main". Le langage de la politique et la politique du langage liés pour le meilleur et pour le pire. Aujourd'hui, pour le pire. La dignité réside en effet aussi bien dans les mots qu'on prononce, le style que dans les comportements, les tactiques et les orientations. Ayant oublié l'imparfait du subjonctif, on s'est condamné à un monde politique imparfait. La décontraction obligatoire a chassé le grave et l'important. Clairement, ce n'est pas un progrès. »
Personnellement j’aime bien l’imparfait du subjonctif que je trouve délicieusement désuet. C’est vrai que maintenant il ne s’emploie plus dans le langage parlé.
Pour en savourer toute la subtilité il faut se tourner vers les ouvrages des auteurs du XVIII et du XIX ème siècle. Dommage !
C’est d’ailleurs assez curieux car à partir du moment où l’on parle d’un fait passé que l’on l’associe à une autre action qui se déroule également dans le passé, l’imparfait ou le plus-que-parfait du subjonctif devraient tout naturellement être appliqués.
De la à faire un parallèle avec le manque de dignité des politiques, pourquoi pas. A mon avis je ferais plutôt le lien avec leur manque de culture. Encore que quelques-uns soient quand même d’excellents lettrés.
Rédigé par : Achille | 06 avril 2010 à 11:12
Aïssa :
«Li fèt mèt» disent les Arabes; ils ont bien raison: le passé est mort! C'est aujourd'hui qu'on est vivant et c'est vivant et présent qu'on lutte; pas nostalgique et tourné sur des choses inertes et figées dans la mémoire de quelques pourrissants ...
Tout cela est bien beau, mais en vérité nul n'est plus englué dans le passé... que les Arabes. Disons pour être plus nuancé que beaucoup d'entre eux devraient méditer leurs propres dictons.
Rédigé par : Laurent Dingli | 06 avril 2010 à 10:10
Las,
Ne peut-on apprécier
Qu'en formes distanciées.
Elles, sitôt exposées,
Font suspicions d'amour.
Enroulent en commentaires
Torrents de jalousies...
Qui les montrent en baudruches
Pour les voir entraînées...
Je ne vois pas assez
Quelques tufs étagés,
Ou géantes marmites,
Qui seraient distingués
Avant qu'eaux ne se troublent,
Quand déjà se troublassent.
Car construire quelque forme
Est tâche difficile,
Quand juger les sculpteurs
En montrant le sculpteur
Engage au moins les juges
En adoucies manières !
Merci, votre procès à décharge.
Rédigé par : Zenblabla | 06 avril 2010 à 09:54
@ Bob
Cher Monsieur, désolée de vous décevoir mais voyez-vous, je ne l'ignorais pas ; c'était un clin d'oeil. Le "de conserve" m'aurait juste plus amusée, compte tenu de la personnalité de notre hôte, petit pois "noir" (comme il y a des moutons "noirs", ceux qui dérangent)...
Dans la foulée je vous précise que l'on peut être furieuse (x) et avoir de l'humour. Mais je n'ose pas penser que ça vous ait échappé..........
Rédigé par : Catherine A de conserve et de concert mais pas avec Bob | 06 avril 2010 à 09:26
Monsieur,
Je ne pense pas qu'il faille se mettre en fureur pour une expression quelle qu'elle fût. C'est toujours à peu près la même chose, sur ces forums ou ces blogs. Encore ne devez-vous pas vous plaindre de la tenue que vous parvenez à maintenir sur le vôtre.
Il est de bon ton de piétiner rageusement tout ce qui a pu valoir symbole, dans un passé même récent, d'intellectualité. Même moi qui écris en ce moment, je me rends compte qu'avec cette "intellectualité"-là, je vais être classé dans les "intellos" et, pourquoi pas? dans les "politiques". Car les mêmes manifestations d'aversion peuvent servir, en utilisant leur français basique (je devrais peut-être pour être plus "tendance" écrire "basic french") afin de vilipender ou canoniser les mêmes idées suivant qu'elles sont proférées par quelqu'un qu'on aime ou quelqu'un qu'on abhorre. Tel qui reprochera à un adversaire ou supposé tel de baragouiner un patahouète "dégueulasse", ne trouvera plus rien à redire, sauf à l'encenser, si tout cela provient d'une source - généralement "politique" - adorée.
Ainsi, un clou chasse l'autre. Et je ne suis pas choqué, parce que l'imparfait du subjonctif me vient naturellement sous la plume, de m'en servir pour telle cause ou telle autre. Nous cassons nos jouets et l'on s'étonne de notre triste figure.
C'est la même horreur qui frappe les politiques et les avatars des conjugaisons françaises, tout aussi françaises que l'actuel passé composé de l'indicatif qui est devenu incontournable. Je viens d'en commettre un et n'en éprouve aucune contrition. Il aurait fallu, pour en éprouver une, que je disse que le signal donné par la fureur contre l'imparfait du subjonctif me paraît effectivement comparable à l'effondrement simultané de la tenue des "politiques". Tout est dans tout (et réciproquement, allez-vous me dire,
ce qui est exact). L'art oratoire est passé de mode et c'est bien ennuyeux dans les meetings ou les prétoires. Il faut parler "pauvre" désormais. Que fait-on en faveur de celles et de ceux qui n'ont que leur pensée et leur expression comme richesse ? Cela n'empêche pas d'aimer l'argot et si l'on a l'occasion de mêler, comme le faisait si bien Audiard, le subjonctif et la "langue verte", pourquoi s'en priver ?
Je trouve également excellente cette idée qui a été émise ici d'appeler les
"politiques" par le véritable substantif qui les vise : politiciens .
"Politique" est devenu un qualificatif lorsqu'il s'est agi de globaliser ceux qui s'adonnaient à des carrières dans la politique, pour leur conférer le sens le plus péjoratif possible. Ainsi tord-on une langue.
La politique est l'affaire de tous, dans ce qu'on persiste à appeler une démocratie. Nous serions bien embarrassés qu'on nous en débarrassât. Les empoignades que Monsieur Philippe Bilger a la longanimité de tolérer, si elles sont sans commune mesure avec ce qui se barbouille ailleurs, deviendraient aussi fades que les discours, surtout non "oratoires", de nos politiciens, qui font "peuple" à bon compte en éliminant ce qui n'est pas trivial dans notre si belle langue française.
Symmaque, rhéteur et orateur du IVè siècle, le seul qui eut de l'audience populaire, alors qu'attaché aux Dieux traditionnels il se voyait recouvert par l'Empire Romain christianisé, s'inspirait d'Ennius, sept cents ans avant lui. La tradition d'une Langue et de tout ce qu'elle porte est un trésor précieux. Enrichi chaque jour certes, mais, comme dans le cochon, y a rien à
jeter !
Rédigé par : Jean Reffait | 06 avril 2010 à 01:31
Cher bob
Les deux s'utilisent, mais en l'occurrence "de conserve" est une expression plus adaptée car il s'agit d'un naufrage...
Puisque le déclin de la langue française est le sujet, j'en profite pour m'insurger contre la prolifération dans les commentaires des "quoique" à la place des "quoi que", comme dans "quoiqu'il en pense". Ça fait pédant tout en laissant des verbes transitifs abandonnés sans complément. Certes, on peut enlever les sujets et les compléments et appeler ça des ellipses.
Un peu comme le bout de plastique dans les rayons du vélo de Jean-Claude Tergal adolescent.
Il croit que ça fait motard...
Rédigé par : Alex paulista | 06 avril 2010 à 01:06
A Catherine A plus que furieuse !
Si vous vous calmiez, vous pourriez prendre le temps de vérifier avant de donner des leçons incorrectes, pour apprendre que "de concert" s'use autant que "de conserve".
Rédigé par : bob | 05 avril 2010 à 22:57
J'ai une vraie estime pour Régis Debray, l'homme ainsi que l'intellectuel et je comprends bien qu'au-delà de toute considération strictement politique, il ait une dette pour de Gaulle, celui-là qui lui sauva la vie quand il fut pris en Bolivie … Pas de de Gaulle alors, pas de Debray aujourd'hui, c'est aussi tristement simple que cela. Cette préface s'inscrit aussi dans cette reconnaissance d'un homme pour un autre et cela seul est déjà respectable
Il n'y a pas plus de meilleur hier qu'il n'y en a aujourd'hui; c'est une erreur de croire cela … Ce qui était celé hier l'est moins aujourd'hui et cependant l'impression naît, même chez un Debray, que le mieux part à vau-l'eau pour un médiocre et plus encore, qui s'étale et s'installe … Ainsi de même quant à cette autre et quelle Institution! l'Eglise catholique. On oublie de croire qu'au long les siècles, elle accomplit millions de fois de par ses membres même les plus influents les pires ignominies sur les enfants. Comme si durant ces deux millénaires, des nonnes innombrables n'avaient pas accouché des curés et autres papes et évêques puis n'avaient détruit leurs enfants dans quelque puit ou autre fosse … On s'aveugle et on est aveuglé et pour finir l'on soupire que c'était mieux avant. En toutes choses: politiques, religieuses, économiques … De même une certaine Ecole républicaine qui tyrannisait les élèves hier et qui s'étonne et étonne d'être tyrannisée à son tour par ceux-là-même qu'elle a éduqués dans d'autres conditions et d'autres relations à soi et à l'autre … De même ces vieillards militaires et autres politicards de la troisième République qui sans vergogne ni scrupule envoyèrent durant quatre années et demi toute la jeunesse de France se faire déchiqueter dans le fracas de cette guerre immonde, pour leur plaisir, pour leur misérable gloire … Aujourd'hui la vieillesse, c'est politiquement comme institutionnellement un déchet et l'on soupire avec des regrets dans la voix que les vieux, c'étaient mieux avant … (Debray lui aussi a écrit un petit ouvrage sur ce sujet des vieux aujourd'hui …). On n'en finirait plus de ces sinistres yoyo comparatifs temporels … Mon époque, c'est aujourd'hui, ce sera toujours aujourd'hui et vous seriez bien avisé de penser toute chose ainsi … «Li fèt mèt» disent les Arabes; ils ont bien raison: le passé est mort! C'est aujourd'hui qu'on est vivant et c'est vivant et présent qu'on lutte; pas nostalgique et tourné sur des choses inertes et figées dans la mémoire de quelques pourrissants ...
Quand je lis ça, je vous vois un homme dans une grande solitude et un désarroi certain … Soyez votre propre force, enfin! et votre refuge. Nulle autre aile que la vôtre!...
(Un peu de musique que j'aime, en lien … Claire Uzan que j'ai eu l'heur de connaître un peu il y a quelques jours au Salon du livre et pas le temps (on n'a jamais le temps, c'est dégueulasse et révoltant …) de converser plus longuement avec elle …)
Aïssa.
Rédigé par : Aïssa Lacheb-Boukachache | 05 avril 2010 à 22:30
Après Yann Moix, vous prenez de la hauteur avec Régis Debray. Il était plaisant de vous lire en dépit de vos digressions droitières décomplexées, mais là intellectuellement vous touchez semble-t-il le fond, ou vous êtes à cran.
Rédigé par : SR | 05 avril 2010 à 21:51
@Catherine A plus que furieuse !
Calmez-vous, attention à l'hypertension artérielle, j'en sais quelque chose depuis que mon cardiologue m'a prescrit à vie une association trimoléculaire, pour m'éviter une attaque, mais moi c'est lié à un stress professionnel.
D'accord, l'imparfait du subjonctif est plus que désuet et source de confusion qui plus est. Imaginez un enseignant s'adressant à une classe agitée en ces termes "il me plairait assez que vous vous tussiez !". Si les élèves concernés ont un peu d'humour (ce qui est fréquent) et une maîtrise suffisante du français (là c'est plus rare), ils se devraient de répliquer en choeur "encore eût-il fallu que nous le sussions".
Bah, oublions ce temps suranné : "pourquoi tant eût-il fallu que je vous aimasse pour que vous me dédaigniassiez à ce point", je ne sais plus de qui c'est.
Rédigé par : Ludovic | 05 avril 2010 à 21:32
J'aurais préféré qu'il usât du "de conserve" même si hélas l'expression renvoie aux petits pois ; aurait-il songé à vous en lui préférant le "de concert" ?
Cela dit, j'aime la langue française même si je ne suis pas sûre de la servir comme il faudrait mais lier la disparition de la dignité de la politique avec celle de l'imparfait du subjonctif me paraît - excusez-moi - d'une arrogance incommensurable. Je connais bien des hommes et femmes qui ignorent jusqu'à l'existence de cet imparfait du subjonctif mais qui peuvent en remontrer, côté dignité, à bien des germanopratins biberonnés à l'ENA ou à Normale sup.
Si quelque chose est indigne et choquant c'est bien cette comparaison. Il ne suffit pas de parler un français exemplaire pour l'être. La preuve !
Rédigé par : Catherine A plus que furieuse ! | 05 avril 2010 à 19:10
Cher PB, méfiez-vous quand même, car comme dirait Brassens :
s'il est une chose amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente.
Je n'ai pas aimé comment l'idéologie universaliste avait fait fermer les yeux à Mitterrand et à certains intellectuels lors des massacres d'ex-Yougoslavie. Ceux qui revendiquaient leur liberté étaient taxés de "nationalistes". Le nationalisme c'était caca, et puis le Kosovo enclave au milieu du centre historique de la Serbie ce n'est objectivement pas pratique.
C´était plus compliqué.
Rédigé par : Alex paulista | 05 avril 2010 à 17:09
Le Che c'était l'Histoire ?
OH !
Rédigé par : mike | 05 avril 2010 à 16:19