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30 juillet 2010 dans Actualité, Médias, Société | Lien permanent | Commentaires (22) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Edward Hopper, Fondation de l'Hermitage à Lausanne
28 juillet 2010 dans Livres, Médias, Société | Lien permanent | Commentaires (74) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Jean-Jacques Goldman, Patria o muerte de Dominique Perrut, Pierre Goldman
Mazarine Pingeot a souligné
à juste titre que le président de la République n’exerçait pas un métier mais
assumait une fonction et que cette différence était fondamentale
(nouvelobs.com).
Profondément, comment ne
pas constater que le président de la République, en effet, n’a pas un emploi
similaire aux autres mais qu’une fonction lui a été dévolue ? Le vote des
citoyens, qui l’a porté à la tête de la France, ne lui a pas assigné une tâche
ordinaire, un métier. Le président est seul et ses obligations, ses droits et
ses devoirs sont uniques. Honneur, charge, mission, destin, mandat, fonction :
autant de termes appropriés pour désigner l’action d’un quinquennat. Ils révèlent
ce que celle-ci a de spécifique, de noble et de gratuit. Rien ne serait plus absurde que
de l’assimiler à une « super-profession » alors que la présidence de
notre République manifeste la considération majoritaire qui a été octroyée à un
homme et appelle le service éminemment singulier qu’on attend de lui.
Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy affirme qu’il s’adonne au dur métier de présider et qu’il y est irremplaçable. Il répète volontiers :"Si je ne fais pas le travail, qui le fera ?". Son prédécesseur a été moqué pour son immobilisme et tout est fait pour instiller dans l'esprit public qu'il n'y a pas véritablement d'alternative.
Dans cette fausse banalisation
de la charge suprême, on perçoit, en même temps qu’une volonté d’être célébré,
un désir d’être plaint. Il conviendrait presque de remercier le président pour
avoir bien voulu occuper une place à laquelle toute sa vie pourtant il a
aspiré. Alors qu’il a sollicité nos suffrages, nous devrions pourtant lui être
reconnaissants pour l’accueil qu’il leur a réservé. J’ose dire qu’un président
de la République, déplorant la « dureté » de son métier, se trompe et
sur la nature de ce pour quoi il a été investi et sur le discours qu’on espère
de lui. Ses vacances sont suspectes - le président Obama en fait les frais actuellement - et les récriminations lui sont interdites parce qu'indécentes. Un honneur, quelles que soient les immenses difficultés qu’oppose la
réalité aux projets politiques, demeure de manière indivisible un honneur. Au sein des pires épreuves
Entendre Nicolas Sarkozy
se comparer - à son avantage - aux ouvriers des chantiers navals est inadéquat parce que leurs
travaux de chaque jour n’ont rien à voir avec ceux d’un président - et guère
pertinent pour lui puisqu’il n’est pas un salarié ordinaire au service de
l’Etat. ll ne peut nourrir d'autre ambition que d'être l’incarnation exemplaire, incomparable et jamais plaintive
de la République.
Une question liminaire, par pure curiosité : pour l’affaire Woerth-Bettencourt largement entendue, devant les péripéties à la fois judiciaires et mélodramatiques qui nous sont chaque jour ostensiblement offertes, un dépaysement n’aurait-il pas été immédiatement et techniquement envisagé s’il ne s’était pas agi de ce procureur à Nanterre et de ce procureur général à Versailles ?
C’est dans la foulée d’un entretien avec un journaliste de l’AFP que cette interrogation m’est venue alors que mon sujet essentiel se veut tout autre.
Le combat des mots. Des mots de combat.
L’autorité de l’Etat ne s’use pas si l’on s’en sert. L’exercice effectif d’un pouvoir au quotidien non seulement ne dévalorise pas sa qualité mais lui donne, avec la patine du temps, une légitimité et une force qui rassurent le citoyen et représentent le visage expressif d’une République sûre d’elle.
En revanche – et ce sont évidemment les suites politiques des drames de Grenoble et du Loir-et-Cher qui permettent la meilleure analyse -, l’affirmation répétitive d’exigences, l’invocation fréquente de menaces, des poses affichées autoritaires, des coups de menton résolus mais auxquels on a fini par s’habituer, l’emploi d’un certain vocabulaire guerrier, l’espoir martelé d’un avenir forcément radieux, tout l’attirail d’un volontarisme perçu comme creux puisqu’il ne peut créer à lui seul ce que la réalité défait, ne font que proclamer une apparence : celle que le langage autorise. Ils mettent en œuvre, pour la forme, un simulacre d’action et espèrent persuader les citoyens qu’en nommant ce qui manque, on le fera advenir. Ainsi de l’autorité trop souvent bafouée de l’Etat, de la restauration trop souvent remise de l’ordre public, de la lutte contre la criminalité et les violences et de la mise au pas des communautarismes agressifs.
Les politiques, les ministres, par impuissance devant les imprévisibles et redoutables aléas de la vie collective et du creuset social, ne peuvent qu’en prendre acte, tenter au coup par coup d’en limiter les effets dévastateurs avant d’apaiser l’angoisse par des mots et de fabriquer une détermination par les injonctions qu’ils adressent, au nom de tous, à personne. A cette abstraction diffuse qui a causé le mal et qui est censée trembler devant la terrible férocité du langage !
Là où l’autorité de l’Etat gagne quand elle est prise au sérieux parce qu’elle appose sa marque à chaque fois que cela est opportun, elle perd, au contraire, quand, à force d’être exploitée sans s’incarner, elle devient une sorte d’épée de Damoclès qui non seulement ne fait plus peur mais est tournée en dérision tant elle pèse peu en face de qui s’en moque vraiment.
Il y a des périodes de l’Histoire où le langage, le style, les mots de la victoire quand la réalité, pourtant, n’est que désastre, ont du sens. Quand l’expression, étant la seule arme disponible, devient tout puisque l’adversaire dispose de la puissance et qu’on ne peut rien faire d’autre contre elle que la détruire par le verbe. Chacun, sans doute, a son exemple privilégié. D’Alexandre le Grand à Charles de Gaulle, en passant par Louis XI. Il y en aurait tant d’autres.
Aujourd’hui, ce qui offre son immense champ à l’action politique appelle, plutôt que le culte du verbe et des pétitions de principe, les entreprises d’une démocratie qui saurait se défendre vigoureusement sans se renier et pacifier une société bouleversée sans se compromettre. Pourquoi pas des mots, ensuite, pour nommer la réussite et qualifier les avancées ?
Mais une autorité de l’Etat qu’on invoque sans cesse pour consoler du réel est le signe clair d’une autorité défaillante et d’un Etat à la peine.
23 juillet 2010 dans Actualité, Médias, Société | Lien permanent | Commentaires (16) | TrackBack (0)
Tags Technorati: affaire Woerth-Bettencourt, JDD.fr, Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, Marianne2, nouvelobs.com
L'inconditionnalité paie.
Il suffit pour s'en convaincre de lire le Canard enchaîné. Il permet, à ceux qui auraient encore des illusions sur notre démocratie au quotidien, de se désabuser.
Michel Drucker a bénéficié d'appuis insensés pour pouvoir faire construire une nouvelle villa à Eygalières, dans un secteur protégé. Le Conseil d'Etat vient de dénoncer les modalités de ce permis de construire. Je parie que l'animateur complaisant gagnera.
François Pérol, visé depuis le 21 juin par une procédure d'instruction ouverte pour prise illégale d'intérêt, a cependant été élevé, sans attendre l'issue judiciaire, au rang de chevalier de la Légion d'honneur. Je parie que cette personnalité, qui n'avait pas jugé utile de saisir la commission de déontologie quand elle avait quitté l'Elysée, n'a pas de souci à se faire.
David Sénat, au cabinet du garde des Sceaux, est impliqué dans le traitement d'un dossier mettant en cause notamment le fils d'Albin Chalandon et la société Visionnex pour jeux illégaux. Je parie que ce conseiller sera laissé tranquille.
J'évoque ces trois exemples parce qu'au regard de chacun j'aurais pu opposer une expérience contraire révélant à quel point nous avons, pour le moins, une République en général certes mais aussi en particulier ! Si l'on me permet une référence personnelle, pour avoir seulement défendu la liberté d'expression j'ai été menacé d'une poursuite disciplinaire.
Une France à deux vitesses, à deux tolérances.
Trois poids trois mesures !
22 juillet 2010 dans Actualité, Justice, Médias, Société | Lien permanent | Commentaires (75) | TrackBack (0)
Tags Technorati: David Sénat, fils d'Albin Chalandon, François Pérol, garde des Sceaux, Le Canard enchaîné, Michel Drucker
J'assume cette question qui fleure le populisme. Je ne comprends pas en effet pourquoi la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a ordonné le huis clos pour ses travaux, du 20 au 23 juillet, consacrés à l'examen du projet de loi sur les retraites (lefigaro.fr, 20 minutes, jdd.fr, nouvelobs.com) alors que le vote public aura lieu au début du mois de septembre.
Pierre Méhaignerie, président de cette commission, contre l'opposition et quelques députés de la majorité dont Lionel Tardy, a décidé de ne pas rendre public un débat qui ne va pas manquer, pourtant, d'être passionnant. Pierre Méhaignerie, homme compétent, intègre et profondément démocrate, a cependant formulé cette interdiction même si, après chaque séance, une conférence de presse sera organisée qui permettra une communication équilibrée. Mais rien à voir évidemment avec l'impact qu'aurait eu sur les citoyens intéressés la diffusion en direct des échanges de la commission sur le fond du projet et la multitude des amendements présentés dont la plupart par les socialistes.
Je ne veux pas croire que ce huis clos soit motivé par la rigueur qu'on annonce dans l'acceptation de ces amendements et la volonté de toucher le moins possible au texte du gouvernement. On ne souhaiterait pas que l'opinion publique puisse être le témoin de cette raréfaction et de cette retenue.
Devant le formidable déficit démocratique dont cette discrétion durant quatre jours va être responsable, je ne parviens pas à trouver une justification pertinente. Il aurait été, au contraire, très stimulant pour le citoyen de constater la nature du dialogue entre majorité et opposition, de pouvoir se faire une idée sur la validité des argumentations, d'entrer en quelque sorte dans un univers dont l'accès en général lui est refusé et, peut-être, de percevoir les parlementaires et le ministre du Travail autrement qu'au travers des polémiques de ces dernières semaines.
Ce huis clos risque d'apparaître non pas comme un moyen de plus grande efficacité technique mais pour une manoeuvre destinée à faire échapper une commission traitant d'un sujet infiniment sensible au regard et à l'écoute de tous. On comprend bien ce que la République va y perdre, on ne voit pas ce que l'Assemblée nationale va y gagner !
Si une période rendait plus que jamais nécessaires l'ouverture et la transparence pour renouveler et restaurer des légitimités altérées, pour manifester à l'opinion qu'elle n'était pas une intruse dans le débat public mais bienvenue, c'était celle d'aujourd'hui où les miasmes et les soupçons ne cessent de porter atteinte au coeur de la démocratie.
Après tout, on nous prive d'un spectacle, d'une controverse et d'informations qui nous concernent au premier chef ! On nous expulse de chez nous. C'est d'autant plus dommageable qu'en justice comme en politique, la publicité garantit une amélioration des comportements collectifs, plus de tenue intellectuelle dans le fond et dans la forme, plus de dignité.
Qu'ont-ils donc à nous cacher ?
Je n'exagère pas.
Ce qui a enflammé le quartier de La Villeneuve à Grenoble ne relève plus de l'agitation urbaine en quelque sorte classique, qui se nourrit du moindre prétexte pour des violences qui ne semblent motivées que par elles-mêmes.
Ces scènes de guérilla où une cinquantaine de jeunes gens ont affronté la police avec des jets de pierre, des barres de fer, des battes de base-ball et pire, avec des armes à feu à balles réelles, constituent un degré supplémentaire dans la transgression sociale et pénale. Deux magasins, un centre technique, un centre de contrôle technique et près de soixante voitures incendiées.
Le début de ces explosions est relié à l'attaque d'une rame de tramway, bloquée par des feux de broussaille. Des fonctionnaires de police se sont retrouvés en danger de mort (Le Parisien, Le Journal du Dimanche).
Arrivé sur place, le ministre de l'Intérieur a promis de rétablir l'autorité de l'Etat et de restaurer l'ordre public. On n'a pas à douter de sa résolution mais on a le droit de douter des effets d'une action qui se heurtera vite à cette réalité incontestable : l'emprise d'une minorité prête à tout sur une majorité terrée et silencieuse. Contre cette donnée qui fait de l'Etat à chaque fois le grand perdant, comment agir ? Brice Hortefeux a fait appel au Raid et il a raison. Mais il y a un moment où cette riposte exceptionnelle s'effacera devant la quotidienneté redevenue apparemment paisible. Et tout recommencera.
Devant ces épisodes qui créent des dévastations, les témoins n'hésitent pas à évoquer l'atmosphère de "guerre" et les habitants, à cause de leurs véhicules incendiés, déplorent de ne plus pouvoir "partir en vacances". Il n'y a pas à se moquer de ces protestations "utilitaires" qui au contraire visent juste puisqu'elles démontrent la bêtise et l'aveuglement de ces jeunes "casseurs" ruinant l'existence de ceux qui ne peuvent que constater le désastre, la tornade collective passée.
D'autres sont probablement à l'unisson de ce jeune homme du quartier de La Villeneuve qui soutient que "si on les avait intégrés socialement, il n'y aurait jamais eu ces violences". Je regrette que ce poncif qui fait peser la culpabilité sur ceux qui n'y sont pour rien continue d'être admis par certains, alors que le refus d'intégration sociale et d'adhésion républicaine est à la source même de ces mises à sac. C'est parce qu'une minorité aspire à se tenir en marge et à le démontrer sans cesse par des comportements de rupture, que le problème est quasiment insoluble.
La meilleure preuve en est le caractère scandaleux de ce qui a mis en branle le déchaînement. Karim Boudouda, âgé de 27 ans et multirécidiviste du vol à main armée, a été tué après qu'il a fait feu à plusieurs reprises, avec un pistolet mitrailleur Uzi et une kalachnikov, sur les policiers qui le poursuivaient alors qu'il venait de "braquer" (avec un complice toujours recherché) le casino d'Uriage. Pourtant c'est cette "victime" à laquelle on a choisi de rendre hommage en mettant la guerre au coeur de ce quartier (Le Post) !
Claude Askolovitch, qui pour une fois m'a convaincu, évoque dans son commentaire du JDD le "Désordre" et il n'a pas tort de mettre l'accent, par référence à Grenoble, sur le fait que "l'Etat veut se faire respecter des voyous mais il se laisse humilier de l'autre côté de la fracture sociale".
Je crains qu'il y ait d'autres contradictions plus préoccupantes pour ceux qui, avec Brice Hortefeux, souhaitent en terminer avec ces zones de non-droit et ces lamentables nuits au cours desquelles on peut légitimement questionner l'unité de notre pays. Grenoble, malheureusement, a été précédé par d'autres violences et vient d'être suivi par l'attaque en règle "à la hache" d'une gendarmerie dans le Loir-et-Cher (France 2 et 20 minutes). Des phénomènes de délinquance et de criminalité, notamment en Seine-Saint-Denis, ont par ailleurs fait craindre que l'Etat soit mis hors jeu. Le préfet Lambert a été nommé dans ce département par le président de la République et le portrait que Le Figaro a consacré à ce professionnel d'élite permet d'espérer. Il a déjà commencé à mener des offensives couronnées de succès contre le trafic de drogue et ses petits ou grands caïds qui "pourrissent" certains quartiers et plusieurs cités. Il est persuadé que cette politique touche le coeur de la cible. Sûrement.
Tout en soulignant les réussites policières, le ministre de l'Intérieur a suscité la polémique en considérant qu'elles auront peu d'effet si une chaîne pénale cohérente n'est pas organisée. Il ne faudrait pas faire succéder à l'efficacité initiale une mansuétude, voire un laxisme judiciaires. L'Union syndicale des magistrats s'est élevée contre ces propos qui me semblent pourtant de bon sens. J'ai moi-même, et depuis longtemps, attiré l'attention sur le risque d'un hiatus dangereux, pour l'ordre public et la cohérence pénale, entre la police et son efficacité d'un côté et la justice et ses possibles faiblesses de l'autre, que celles-ci résultent d'une interprétation sulpicienne des dossiers et des responsabilités ou soient inspirées par une idéologie hostile à la philosophie pénale en vigueur.
S'il n'y a pas accord profond et lucide entre les policiers et les magistrats, sans bien sûr qu'il soit porté atteinte aux pratiques libres des uns et des autres, on pourra craindre - sans rêver d'un degré zéro !- que ne soit jamais éradiqués la guerre à Grenoble, les trafics à Bobigny ou la délinquance en France.
18 juillet 2010 dans Actualité, Justice, Médias, Société | Lien permanent | Commentaires (124) | TrackBack (0)
Tags Technorati: 20 minutes, Brice Hortefeux, Claude Askolovitch, France 2, Grenoble, ISM, Le Figaro, Le Journal du Dimanche, Le Parisien, Le Post, le préfet Lambert, président de la République
L'incendie est nourri chaque jour davantage. On se lève et on est à peu près persuadé qu'une nouvelle inconnue hier va défrayer la chronique d'aujourd'hui. Ainsi, 100 000 euros ont-ils été retirés de la banque Dexia au mois de décembre 2006, sans être mentionnés sur les carnets Bettencourt (Marianne 2, nouvelobs.com) ! On ne peut plus suivre. Ce qui est sûr, c'est que sur les plans judiciaire et politique, l'échauffement incroyable de ces dernières semaines appelle des interrogations, des craintes et des mises en garde.
D'abord la justice. Y a-t-il encore un pilote dans l'avion judiciaire ? Pour l'instant, il vole à mi-hauteur : on ne sait s'il va s'écraser ou rejoindre l'éther radieux ! Comment ne pas être frappé par cette tempête à l'infinie résonance médiatique qui met les problèmes procéduraux en première place dans le débat et fait s'affronter magistrats et anciens magistrats avec une violence jamais atteinte ?
Le procureur Philippe Courroye a ordonné trois enquêtes diligentées à bride abattue avec, il est vrai, les limites de ce type de procédure tant pour les perquisitions et d'éventuelles écoutes que pour opérer sur le plan international. A priori, "saucissonner" ainsi les vérifications peut ne pas apparaître techniquement comme la meilleure des méthodes mais Philippe Courroye nous a indiqué que pour l'instant il n'y avait aucune raison de saisir un juge d'instruction.
Je n'établis pas à son encontre une présomption d'étouffement programmé mais je ne suis pas naïf. Il me semble évident que si tout ou partie de ces enquêtes, à leur retour au bercail du parquet de Nanterre, n'aboutissait pas à l'ouverture d'une information, nous pourrions alors légitimement soupçonner Philippe Courroye de vouloir limiter, voire classer des investigations que l'instruction amplifierait dangereusement sur le plan politique. Vers Eric Woerth, voire le président de la République ? A condition qu'un juge d'instruction à la fois compétent et réellement indépendant soit désigné.
Pour l'instant, nous n'en sommes pas là. Les revendications très fortement connotées idéologiquement d'une "justice indépendante" (Mediapart) m'apparaissent actuellement trop pessimistes et partisanes. Je préfère m'en tenir à un combat solitaire qui se donne le droit d'être près du réel. Je comprends bien comment Philippe Courroye peut être tenté, entre sa relation privilégiée avec le président et sa détestation réciproque avec Isabelle Prevost-Desprez, de "garder la main" et de ne rien faire qui puisse être préjudiciable au premier. Je relève aussi que ce magistrat a protesté récemment avec hauteur contre les accusations de dépendance formulées à son encontre et je constate que son action, au vu et au su de tout le monde, ne pourrait plus se permettre d'être ostensiblement soumise.
Il est clair que l'ébullition hostile d'aujourd'hui est dangereuse pour la justice, parce qu'on peut craindre que les inimitiés personnelles fassent ou défassent les procédures plus que leur fiabilité technique et judiciaire. Les dossiers sont confisqués ou partagés selon des humeurs qui n'ont pas l'objectivité pour ressort. Quand Gérard Davet, dans Le Monde, permet à Philippe Courroye de plaider sa cause, ce dernier ne dissimule pas comme les antagonismes ont quitté le terrain judiciaire pour s'attacher aux personnes. A ce sujet - pour mettre un peu d'ironie dans ce sérieux -, je me suis amusé à voir cité le seul Yves Bot, haut magistrat et ami de Nicolas Sarkozy, comme garant de l'indépendance de Philippe Courroye !
Toujours dans Le Monde, le même Gérard Davet, dans un exercice d'équilibre, donne la parole à Eva Joly qui, libre de s'exprimer sans nuance et brutalement, traite Courroye de manière insultante, en donnant par ailleurs un point de vue technique pertinent. Présentée comme le magistrat ayant "sorti" l'affaire Elf alors que celle-ci n'a pu être terminée et jugée que grâce à l'action de Renaud Van Ruymbeke, Eva Joly met en cause l'orgueil puis la vanité de Philippe Courroye. Si notre "écologiste" est apte à débattre des modalités procédurales, je ne suis pas sûr que son comportement personnel, hier comme aujourd'hui, l'autorise à donner des leçons de morale et à critiquer des intimités. Courroye, orgueilleux de sa fonction, est-il par ailleurs vaniteux ? Je ne sais pas. De quel côté va-t-il tomber ? Du côté de ses intérêts ou de celui de nos attentes ? Attendons qu'il ait choisi sa pente avant de l'accabler. Je ne doute pas en tout cas que l'alternative soit claire dans son esprit.
Mais aussi la politique. Si on veut bien examiner la source de tout, à l'origine il y a une configuration où Eric Woerth est ministre du Budget et son épouse employée par la première contribuable de France. Cette situation en elle-même est inacceptable, que le ministre soit vertueux ou non. L'honnêteté n'oppose pas seulement le noir et le blanc, les attitudes limpides aux comportements délictuels. Elle refuse l'instauration de ces zones grises qui, même si on se croit plus fort qu'elles avec un sens moral développé, créent dans la réalité des mécanismes virtuellement menaçants et en tout cas peu compatibles avec la transparence et la rectitude de conditions professionnelles soumises à l'exemplarité. La conséquence en est que depuis des semaines, chacun y va de son couplet sur l'intégrité d'Eric Woerth, à commencer par lui-même. Il n'est pas un ministre qui ne "s'y colle"! D'abord c'est lassant. Ensuite l'affirmation tactiquement répétée d'une moralité, d'une intégrité a pour conséquence inévitable de semer le doute sur leur authenticité. A force de le défendre, ils l'enfoncent parce que, structurellement, dédaignant le poids démocratique des apparences, le ministre a manqué de prudence : ce constat, d'ailleurs, commence à être partagé par tous. Cette obligation de netteté n'est pas incompatible avec une véritable honnêteté. Elle permet seulement d'éviter que celle-ci puisse être tentée ou soupçonnée. Elle empêche la fonction politique, même confiante dans sa clarté, de sombrer dans une confusion qui en elle-même est scandaleuse. Il ne me viendrait pas à l'esprit de ne pas me déporter demain des assises, en dépit de ma certitude d'accomplir en conscience mon métier, si je connaissais si peu que ce soit l'accusé. J'entends la cohorte de ceux qui protestent contre la violation de la présomption d'innocence. Contre eux j'invoquerais d'abord, à la charge des politiques, l'obligation de respecter décence et prudence, quelle que soit la qualité de leur éthique. On ne joue pas avec la réalité. Elle vous rattrape si on la complique. Elle vous laisse sauf si on ne la trouble pas.
Mais quelle pétaudière, vraiment !
16 juillet 2010 dans Actualité, Justice, Médias, Société | Lien permanent | Commentaires (55) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Dexia, Eric Woerth, Eva Joly, Gérard Davet, Isabelle Prévost-Desprez, Le Monde, Marianne 2, Mediapart, nouvelobs.com, Philippe Courroye, président de la République, Yves Bot
Aurélie Boullet a écrit un pamphlet sur son quotidien de haut fonctionnaire dans un conseil régional. Elle a été suspendue pour deux ans, sans traitement.
C'est sous le pseudonyme de Zoé Shepard qu'elle a lancé son pavé dans la mare bureaucratique, "Absolument dé-bor-dée !"
Puisqu'en définitive on a appris que le conseil régional d'Aquitaine était le "modèle", force est de constater que sous le scalpel de l'auteur, il n'est pas sorti vivant. Son analyse est, nous dit-on, totalement fondée sur la réalité qu'elle a pu observer, nombre d'épisodes encore plus criants de médiocrité ayant été éliminés par ses soins.
Les hauts fonctionnaires et les élus de la Région Aquitaine, dénonçant une violation de l'obligation de réserve, sont incapables de démontrer que ce pamphlet fait référence à quoi que ce soit de précis qui permettrait d'identifier leur institution.
Sur les sept membres du conseil de discipline, cinq ont reconnu ne pas avoir lu l'ouvrage et pourtant le conseil n'a pas été gêné pour suspendre deux ans, sans traitement, "sa" victime (Le Figaro Magazine, Marianne).
Il faut soutenir la cause de cette jeune femme pour plusieurs raisons.
Cela commence à "bien faire" que ce retour ici ou là d'une conception très élargie de l'obligation de réserve qui interdirait, dans la Fonction publique, de penser, d'écrire et de parler dès lors qu'un discours utile mais critique sortirait de cet exercice de liberté. Il convient de récuser vigoureusement ce paradoxe qui voudrait qu'au moment où les élites politiques, administratives et gouvernementales s'affranchissent de leur réserve, celle-ci ne soit plus imposée qu'aux fantassins et soutiers de la Fonction publique. Le silence serait pour eux et l'expression pour les autres qui ont déjà, en quelque sorte, le langage que leur autorise le Pouvoir sous toutes ses formes.
Apparemment Aurélie Boullet a mis en lumière, avec ses ridicules et son incurie, le fonctionnement d'un conseil régional socialiste. Mais que la gauche se rassure, il n'est pas un des traits et des dysfonctionnements que l'auteur révèle qui ne puisse s'appliquer aux conseils régionaux de droite et plus généralement à l'ensemble de l'administration française, à nos institutions de pouvoir et d'autorité, voire à nos services publics parfois si peu "au service" qu'on s'interroge sur le droit d'être "public". L'absence d'efficacité, les heures de travail sur lesquelles peu sont effectives, le droit d'accomplir une tâche en une semaine quand elle prendrait, avec intensité, deux heures, le refus viscéral de tout ce qui pourrait donner élan, impulsion et dynamisme, le fait que la mauvaise volonté et l'impolitesse acquises ne doivent surtout pas être déstabilisées - autant de tares qui ne relèvent pas d'une quelconque idéologie mais d'un tempérament collectif qui ne s'honore pas d'être au service des autres mais préfère son petit train-train à l'enthousiasme créateur et actif.
Les Palais de justice, en tout cas celui de Paris, tribunal et cour d'appel, sont de parfaits exemples (à rebours) de cette détérioration au quotidien d'une exigence à la fois technique et humaine. Parce qu'au fond tout le monde "s'en fiche". Ce sont de trop petites choses pour qu'on s'y intéresse alors qu'elles sont à mon sens capitales et à l'origine de tout ! Les chefs ont tant de missions importantes à assumer mais l'expérience démontre qu'ils ne réussiront pas davantage dans ces domaines qu'ils acceptent que dans les activités dérisoires qu'ils méprisent. Le talent, c'est de savoir d'abord traiter celles-ci pour être dignes des autres. Mais cette terrible vanité éloigne du bon sens, du plus proche qu'on peut résoudre au bénéfice du flou lointain qui demeurera virtuel.
Enfin, et c'est l'argument central en faveur d'Aurélie Boullet, si celle-ci n'avait pas existé ni écrit ni dénoncé, qui aurait fait connaître aux responsables la réalité de leur univers jusqu'aux plus petits détails, jusqu'aux infimes imperfections ? Personne. Pour qui connaît l'administration et ses méandres, les institutions et le cloisonnement qui les sépare en tranches autonomes et autarciques, personne jamais n'alerterait les chefs sur l'état catastrophique ou au moins déficient de ce qu'ils administrent, puisqu'eux-mêmes ne cherchent pas à s'en informer, ce qui serait pourtant la moindre des choses. Ainsi, la charge de connaître mais de demeurer ignorant se délègue et personne n'est à même, jamais, de dévoiler le vrai. Le vrai des choses et des comportements professionnels ne serait-il pas d'ailleurs un impressionnant réquisitoire contre ceux qui font semblant de maîtriser les situations ?
Mais quand une Aurélie Boullet a une vision globale et le courage de mettre l'indignation, la causticité et la vérité au premier rang, cela change. C'est une bienfaitrice publique. L'avoir suspendue est une honte. C'est aggraver un état qu'elle a permis de soulager.
Plutôt que de la combattre, ce conseil régional et toutes les structures qui pâtissent des mêmes vices feraient mieux de s'attaquer aux maux qui sont les leurs et qu'elle a heureusement nommés.
Avant de faire d'une personne, homme ou femme, une icône, il faudrait attendre. La regarder vivre. Attendre même longtemps. Patienter. Pour voir.
Pour Ingrid Betancourt, on aurait dû prendre son temps. Se féliciter de sa libération, de son retour. Mais on n'aurait pas dû en faire trop. Comme si c'était une sainte qui avait débarqué chez nous. C'était une prisonnière libérée par un commando colombien courageux. C'était déjà beaucoup. Même en ayant trouvé, une seconde, miraculeuse cette concorde émue, j'avais tout de même relevé qu'il y avait de quoi désespérer les autres détresses durables, les misères douloureuses et chroniques en s'attachant, avec une telle frénésie médiatique et une telle exploitation jouissive du malheur, à la destinée d'Ingrid. Il y avait de la saturation avant la libération puis après celle-ci mais personne n'osait le dire. Tous tétanisés par la crainte d'émettre la moindre critique sur un être qui semblait avoir recueilli à son seul bénéfice la compassion dont le monde était capable. Des larmes de tristesse puis de joie paraissaient couler sans cesse des yeux universels.
On a appris que deux ans après sa libération Ingrid Betancourt réclamait la bagatelle de 4,7 millions d'euros à l'Etat colombien parce qu'elle n'aurait pas été suffisamment protégée avant d'être enlevée. Exigence d'autant d'autant plus étonnante qu'elle a participé, le 2 juillet, à un hommage rendu aux soldats l'ayant sauvée le 2 juillet 2008 (Le Figaro).
Imagine-t-on "nos otages" sortis d'affaire et du risque de mort, Jean-Paul Kauffmann ou Florence Aubenas par exemple, venir, sans honte ni pudeur, quêter des sommes considérables pour que l'allégresse de leur salut soit mêlée à la gestion de leurs intérêts ? Quelle singulière image il faut avoir de soi et son importance pour oser une telle démarche ? Comment même a-t-elle pu germer dans la tête de cette femme qui lassée d'être une icône a voulu trop bien démontrer qu'elle était ordinaire, sans classe, âpre au gain même si ce dernier devait être arraché à l'intrépidité exemplaire de tous ceux qui n'ont pas compté, eux, pour venir à son secours ? Je ne parviens pas à accepter cette revendication de "fric" qui, très fâcheusement, sur le tard, dégrade une cause internationale et une victime emblématique.
Soit. On ne peut pas lui interdire l'indécence. Elle a le droit de réclamer réparation, on a le droit de la lui refuser. Mais puisqu'elle estime que l'Etat colombien lui est redevable et probablement tous ceux dont le coeur a battu pour elle non seulement parce que dans cette jungle elle souffrait mais à cause de ce qu'on lui prêtait comme aura, qu'elle nous rembourse également, et au centuple.
Qu'elle nous rembourse l'unanimisme festif, il est vrai un tantinet ridicule, du 14 juillet. Qu'elle nous rembourse les dithyrambes, le délire médiatique et le prix de nos illusions perdues. Qu'elle nous rembourse l'encens et l'adoration.
Que vaut exactement la déplorable transformation d'une icône en réalité humaine ?
12 juillet 2010 dans Actualité, Médias, Société | Lien permanent | Commentaires (53) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Florence Aubenas, Ingrid Betancourt, Jean-Paul Kauffmann, l'Etat colombien, Le Figaro
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