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Voici les sites qui parlent de Pierre Goldman : un drôle d’innocent ! :

Commentaires

Luc Nemeth

Quel dommage que l'auteur du commentaire du 15 août à 11:24 n'ait lu que ce qui l'arrange... Si en effet il est exact que Joël Lautric (qui n'eut rien à voir avec cette activité illégale) a fourni cette précision il en aura également dit suffisamment, par ailleurs.

Sur un point en revanche, et sur lequel je souhaite insister compte tenu de l'hospitalité qui m'est ici offerte, cette personne a partiellement raison. Ce point concerne ce livre dont Pierre se trouvait placé dans la quasi-obligation de l'écrire mais dont peu, en pareille situation, auraient trouvé la force. Il est exact qu'à sa lecture j'ai été, sinon "bouleversé à vie", sic (je l'ai été, par le sort qui fut le sien, et non, par son livre), du moins, très profondément marqué. Car j'ai compris que je venais de lire un livre qui avait, comme jamais on ne l'avait fait jusque-là, et comme jamais on ne l'a fait par la suite, exposé :
- comment, en France comme ailleurs, LA JUSTICE NE FAIT JAMAIS QUE JUGER CEUX QUE LA POLICE LUI REMET. Et comment, pour peu que l'accusé fasse partie de ceux auxquels les flics sont bien décidés à "tailler un costard" (j'utilise ici bien sûr à dessein la terminologie-maison...), et pour peu que le relais soit pris par des magistrats qui ne sauraient qu'instruire à charge, alors on en arrive à des insanités, comme ce que fut ce premier procès-farce : quiconque refuserait de me croire sur parole se reportera utilement à la presse d'époque.

Et c'est bien d'avoir procédé à cette démonstration, qui aura valu à Pierre la haine sans fin du milieu de la magistrature. Car pour ce qui est de la police en revanche, c'était déjà chose faite... Mais cela fait partie des choses sur lesquelles les ouvrages qui de temps à autre tentent de faire l'argent avec le nom de Pierre Goldman, sont vraiment trop discrets.

Véronique Raffeneau

@ Luc

Alors comme ça, ainsi que vous l'écriviez le 06 août dernier "il n'y a pas de sujet tabou", mais quand on vous lit neuf jours plus tard la culpabilité de Pierre Goldman serait interdite d'expression !

Cette culpabilité ne peut être qu'une construction littéraire abusive, fruit d'activistes dont on se demande bien ce qu'ils auraient de si important à faire valoir ici, alors que jusqu'à ce billet le nom de Pierre Goldman n'évoquait que quelque chose de très nébuleux que j'aurais eu toutes les difficultés du monde à associer à des faits et à un moment précis de notre histoire collective.

La brutalité de votre propos nous dit tout des tabous sous lesquels vous vous abritez encore et toujours.

Je peux comprendre que vous ayez été bouleversé à vie par le livre de Pierre Goldman.

Je l'ai été.

Mais en 2005, dans le livre et dans le documentaire de Michaël Prazan - documentaire que j'ai regardé trois fois - Joël Lautric – l’alibi qui structure la défense de Pierre Goldman - dit clairement que Pierre Goldman n'était pas chez lui au moment où deux femmes ont été assassinées boulevard Richard-Lenoir.

Dans son livre P. Goldman écrit que ce soir-là il était à dix minutes de la pharmacie, qu'il était armé et que son projet était de commettre un hold-up.

Luc Nemeth

@Véronique Raffeneau

En aucune façon je ne vous demande de partager ma satisfaction à la lecture de ce livre, que je tiens pour un grand livre, et que je ne manque jamais de recommander à celles et ceux qui ne le connaissent pas. Mais vous m'obligez ici à citer Lénine, qui disait que "les faits sont têtus" (le reste n'est que... littérature). Or de ce point de vue il n'y a pas de place au doute - et je laisse de côté le fait qu'en droit le doute profite à l'accusé - :
les hold-up qui valurent à Pierre d'être condamné à la lourde peine de douze ans de prison, là où il n'y avait pas eu effusion de sang, ont été reconnus par lui-même.
Et on connaît l'auteur du double crime qui lui valu d'être condamné à la prison à vie, au terme d'un procès sorti d'un autre âge.

Vous poursuivez ici des buts politiques, activistes, en vous abritant derrière le judiciaire et le... littéraire : c'est sur un site politique que je répondrai à vos "déductions", si j'estimais qu'elles en valent la peine. Tel n'est pas le cas, toutefois, et c'est bien volontiers que je vous laisse continuer de vous faire à vous-même les questions et les réponses.

Véronique Raffeneau

@ Luc

"Me croirez-vous ? Je ne me pose en fait aucune question concernant le sens caché d'un livre qui, tel qu'il se présente, me convient parfaitement."

Je ne veux pas laisser votre question sans réponse.

Je vous crois.

Mais je ne partage pas votre satisfaction à la lecture du livre de P. Goldman.

Philippe a raison quand il écrit qu'aujourd'hui concernant P. Goldman les choses se renversent pour atteindre et mettre à jour la part la plus obscure de ce fait divers catastrophique.

Mais à ceux qui n'ont voulu voir en Pierre Goldman qu'un innocent succèdent ceux qui ne veulent voir en lui qu'un coupable.

Dans les deux cas une tragédie est utilisée, Pierre Goldman est utilisé.

Cependant je pense que l'avocat général Langlois avait raison en 1974.

Voilà.

Luc Nemeth

@Véronique

Me croirez-vous ? Je ne me pose en fait aucune question concernant le sens caché d'un livre qui, tel qu'il se présente, me convient parfaitement. Cela dit on voit mal où serait le problème si Pierre avait voulu, comme vous le dites, "apporter une densité dramatique" à la conclusion de son livre : on... dramatiserait à moins.
J'irais même jusqu'à dire avec vous que cela le "réconciliait avec lui-même", d'être traité en accusé : si tant est qu'il y a toujours un profond malaise, à être traité avec sympathie, par les représentants d'une société que l'on combat.
Mais de là à insinuer (et là je ne peux au contraire que m'interroger profondément, sur le sens à peine caché de votre discours) que cela l'aurait un tant soit peu réconcilié, avec ce qui amenait ici l'avocat général Langlois : cela me semblerait peu raisonnable.

Véronique Raffeneau

@ Luc

J'ai beau m'interroger, je ne saisis toujours pas le sens que vous donnez à la phrase de P. Goldman concernant l'avocat général Langlois.

Peut-être faut-il ne voir dans ces pages qu'une forme littéraire destinée à apporter une densité dramatique à la conclusion du livre de P. Goldman.

Ce sont pour moi les pages d'un condamné scénarisant en quelque sorte le réquisitoire qui l'a fait condamner.

Pardon de dire les choses de cette façon, à vous qui semblez éprouvez une affection profonde pour Pierre Goldman mais je pense - c'est ma lecture - que P. Golman a reconnu dans les paroles de l'avocat général quelque chose de décisif qui le réconciliait avec lui-même.

 oursivi@JYB

Rédigé par : Jean-Yves Bouchicot | 10 août 2010 à 21:37
Oui, non seulement il a une voix atroce (chantant, parlant je ne me souviens plus), mais pense avec.

JL Murat au talent d'une autre trempe, a dit avec raison que des années quatre-vingt, il n'y avait à peu près rien à sauver.

"Musicalement", s'entend. Plus que s'écoute, d'ailleurs.

Je souscris aujourd'hui des deux mains.
Notons toutefois Bashung et Les Rita, plus quelques rares autres que le torrent vilain de la FM avait lâchés.

Maintenant, on a le mauvais rap, tout aussi niais, et ne se donnant même pas la peine de chercher une mélodie, même médiocre.

Retournons au Jazz, à Léo Ferré, à Frank Zappa, ou au groupe des six, tiens.

Il y a trois semaines, je tenais à montrer à ma douce quelques "jolies" tombes du cimetière de Montparnasse.

Je ne vais pas tout raconter on y a passé pas loin de deux heures, de Delphine Seyrig à Reiser si près de Gainsbourg et si proche de lui dans l'esprit, aussi à la tombe si désertée là où celle de Lucien est si sacralisée...
Mais deux rapides choses.
Un vieux monsieur qui vient échanger deux trois bricoles sur Reiser quand trouvons enfin sa tombe (à chaque fois j'oublie sa place) et qui retrouvé un quart d'heure plus loin me désigne la tombe désuète et oubliée de Georges Auric, me signalant comme pour me l'apprendre son appartenance aux fameux six. Pour toute réponse je lui siffle une petite valse enjouée, celle qu'Auric composa pour Oury et sa si justement célèbre vadrouille.

Un peu plus loin, nous trouvons la tombe de Poincaré, collée au mur qui jouxte la rue Froidevaux, incroyablement modeste pour un des plus grands génies scientifique de tous les temps... dessus, une petite foule de tickets de métro coincés par des cailloux, et sur l'un d'eux qu'avons l'impudente curiosité d'examiner : "It has been proved".

Sublime !

AO

Véronique Raffeneau

@ Oursivi

Me référant à "De l'Antigang à la Criminelle" Commissaire Leclerc: éditions Plon - 2000

Les victimes du double meurtre du boulevard Richard-Lenoir se nommaient Simone Delaunay, une pharmacienne de soixante ans et Jeanine Aubert, préparatrice en pharmacie, qui était une jeune femme mère d'une petite fille de vingt-huit mois.

Raymond Trocard, un cadre commercial, client de la pharmacie sera grièvement blessé. Il décèdera accidentellement avant le premier procès Goldman.

Le gardien de la Paix Gérard Quinet sera blessé alors qu'il poursuivait le tireur.


Maintenant, concernant la difficulté à trouver le nom des victimes dans les articles de presse de l'époque - on retrouve très aisément le nom du gardien de la Paix -, je pense qu'il faut aussi comprendre cette abstention par rapport à l'époque et à l'histoire judiciaire.

A cette époque un procès d'assises était encore considéré comme le lieu et le moment judiciaires où la société par le biais de la justice jugeait un accusé.

Ce n'est que plus tard que la victime prendra une place de plus en plus essentielle, en tous les cas incontournable, dans le procès d'assises.

"On a abandonné sur le bord de la route judiciaire des détresses et des douleurs, des morts qui n’avaient pas la chance d’avoir le label révolutionnaire. Trop ordinaires. A négliger." (le billet)

Si nous considérons la phrase de Philippe dans le contexte judiciaire et de la chronique judiciaire du début des années 70, je ne suis pas certaine que l'observation de Philippe soit totalement appropriée et juste.

Et puis dans le cas de Pierre Goldman, ce qui a été investi sur la personnalité de l'accusé a totalement occulté les victimes.

Véronique Raffeneau

@ Luc

Si vous le permettez, je ne trouve pas du tout clair le sens que vous donnez à la phrase de P. Goldman.

Je n'ai pas le temps de développer ce matin plus avant notre discussion.

Dès que possible, je le ferai.

@ oursivi

C'est vrai que l'identité des deux femmes tuées dans la pharmacie du boulevard Richard-Lenoir est très, très peu mentionnée pour qui recherche des informations sur cette tragédie.

Elles sont "les victimes". Voilà tout.

Il me semble que le Commissaire Leclerc mentionne leurs noms dans le chapitre qu'il consacre à Pierre Goldman.

Dès que j'ai à nouveau ce livre en main, je vous dirai par l'intermédiaire du blog de Philippe.

Jean-Yves Bouchicot

@ Oursivi

Vous avez tout à fait raison, je trouve que Jean-Jacques aurait dû rendre hommage aux deux pharmaciennes dans sa célèbre chanson dédiée à son demi-frère, lui qui a teellleeeement de Coeur pour les restos du même nom... Ce qui me conforte dans ma méfiance pour les émotions médiatiquement rentables c'est que, quoique jeune à l'époque, je me souviens parfaitement du nom de l'assassin de Pierre Overney : Jean-Antoine Tramoni. Ah, dirait Alex Paulista, ces prénoms composés ! Pourquoi pas Jean-Edern ou Bernard-Henri, tant qu'on y est ? Je crois que désormais je signerai Yves tout court.

oursivi

Ce qui est atroce comme fascinant est que connaissons tous le nom de Goldman, mais qui connaît le nom des deux mortes...?

AO

oursivi@JDRV

Tiens, au fait, j'ai oublié de le mentionner, VR et JDR, il est un parallèle plus évident que celui que cite JDR (PB n'a pas fait acquitter Fofana à ce que je sache même si d'aucuns lui ont reproché "un manque de sévérité", gloups) "le Parquet exigeait la condamnation, aujourd'hui les mêmes intellos de gauche exigent la condamnation quand l'avocat général (je n'ose dire le Parquet dans le cas Fofana...) requiert l'acquittement. Inversion, effectivement."

"Inversion" due à un agissement communautaire, une mauvaise conscience du reste de la population à laver dans les deux cas, celui de Goldman et celui que vais rapidement rappeler.

Le parallèle qui me paraît plus vertigineux en ce que l'un éclaire l'autre donc de l'extérieur et permet donc de le considérer sans en subir les blocages névrotiques, est celui, manifeste, sidérant, qui lie à travers 25 ans l'affaire Goldman à celle du meurtre de la femme d'OJ Simpson et de son amant très certainement par celui qui y avait passionnel intérêt et qui écrivit quelques années plus loin, "If I did it", sorte de Rapoport people, sans la culture les tourments et l'intelligence suraiguë, avec juste le même cynisme de qui se sait derrière un mur de bien-pensance, achetant une factice innocence au prix du sang versé sans raison par ceux de sa race.

Si je m'abuse, le "If" pas kiplinguien de OJ a été interdit de publication car jugé provocateur, celui de PG est toujours lisible, sorte d'aveux éternels.

Extraordinaire parallèle, jusque dans l'après, l'un mort, l'autre emprisonné à vie que d'avoir fini par tomber le masque.

AO

Luc Nemeth

@Véronique

J'ai comme l'impression que nous n'avons pas fait tout à fait la même lecture... En tout cas lorsque j'avais lu cette phrase, le sens m'était paru clair. Ce que Pierre (dont on imagine aisément ce qu'il pouvait penser de cet avocat général Langlois) avait côtoyé de sublime -sans guillemets-, en cet instant : c'est le fossé, qui peut séparer des bipèdes dont on nous assure qu'ils appartiennent à la même espèce.

En ce qui concerne en revanche Hortefeux, je vous concède qu'il n'a rien de sublime. Et rien qu'à regarder sa photo on ne m'enlèvera pas de l'idée que dans une vie antérieure il devait jouer des rôles interlopes dans des films du genre "Cabaret".

Véronique Raffeneau

@ Luc

"Langlois se leva. Je le regardai. Il me regarda. Je le regardais. Il me regardait.
Une partie importante de son réquisitoire me fut exclusivement adressée. J'en compris le sens. Il m'arriva de sourire à la somptuosité de son argumentation.
Il commença par éliminer toute référence politique : iI allait seulement parler des faits criminels qui m'étaient imputés.
Les hold-up que j'avais reconnus : une solution lamentable à des problèmes "tragiques". Il le signifiait par cette expression (tragiques), qu'il ne "m'accusait pas", au fond de les avoir perpétrés : je n'en étais pas vraiment responsable, j'avais subi une "tragédie" que j'avais résolue dans le vol à main armée.
Il se livra ensuite à une appréciation des témoignages. C'est à ce moment qu'il dit que l'imprécision était le signe de la vie, de l'authenticité. (...)
Il me sembla aussi que dans ma relation muette à l'avocat général, j'avais côtoyé quelque chose de sublime."

Extrait de "Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France."
ps: les guillemets sont pour marquer ce qui est en italique dans le texte de P. Goldman.

A lire P. Goldman, il me semble, Luc, que ce n'est pas botter en touche que de mentionner l'avocat général Langlois.


Quant à votre comparaison Hortefeux, ben, en fait, je ne sais pas quoi dire. Tant il m'apparaît totalement évident que nous sommes là à des années lumière d'un début d'un commencement du sublime...

Luc Nemeth

@Véronique

Je ne peux que saluer le talent avec lequel, interpellée, vous avez aussitôt botté en touche du côté de l'avocat général Langlois : car si ce monsieur fondait ses réquisitoires sur les "imprécisions de la vie" alors c'est clairement du côté de la Cour - et non de la composition du jury - que tout citoyen est amené à se poser d'inquiétantes questions.
Mais elles ne font chaque jour, que se renouveler...
Ainsi par exemple je découvre sur Internet que le nommé Hortefeux a "présumé coupable" un inculpé. Certes l'inculpé en question est un personnage pour lequel nul n'est forcé d'éprouver de sympathie ; et je n'insiste pas sur ce point. Mais, sauf à vouloir pratiquer le mélange des genres : c'est de la justice, qu'il s'agit. Et on ose espérer qu'il se trouvera, parmi les bonnes âmes qui se revendiquent bruyamment de "l'Etat de Droit", des voix autorisées pour rappeler au nommé Hortefeux que tout inculpé est au contraire présumé innocent, jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable.

Véronique Raffeneau

@ Luc

"Les esprits cartésiens observeront qu'il y a tout de même une petite différence entre le fait de pénétrer alors dans une pharmacie pour se procurer des médicaments, et celui de tirer sur les personnes qui sont supposées vous les procurer."

La petite différence pourrait être selon moi ce que l'avocat général Langlois - avocat général du premier procès Goldman - a appelé "les imprécisions de la vie".

Par ailleurs, que ce soit dans le livre de P. Goldman ou dans les différents commentaires dont j'ai pris connaissance au sujet de cette affaire, je n'ai pas lu de lien opéré entre la rage de dents - avérée - dont souffrait P. Goldman et le fait que le lieu du double meurtre était une pharmacie.

Je vous l'ai écrit :

"si l'autobiographie de Pierre Goldman était un roman, je dirais que pour moi..."

Luc Nemeth

@Véronique Raffeneau (7 août à 08:31)

Avec un vif intérêt j'ai pris connaissance de votre phrase : "je dirais que pour moi, oui il est tout à fait plausible qu'un homme qui souffre épouvantablement d'une rage de dents, qui est armé en vue de commettre des attaques à main armée, puisse pénétrer dans une pharmacie pour simplement y trouver de quoi soulager sa douleur".
Les esprits cartésiens observeront qu'il y a tout de même une petite différence entre le fait de pénétrer alors dans une pharmacie pour se procurer des médicaments, et celui de tirer sur les personnes qui sont supposées vous les procurer.
Les esprits chagrins (espèce dont le nombre ne cesse d'augmenter, à ce qu'il paraît...) objecteront qu'ils n'aimeraient pas vous trouver un jour face à eux dans un jury d'assises.
Mais moi en tant que chercheur, c'est sans arrière-pensée que je vous dis sincèrement un grand merci pour nous avoir, à l'insu de votre gré, et par cette seule phrase, rappelé si parfaitement ce que fut le premier procès de Pierre Goldman !

Savonarole

"Impostures intellectuelles" de Sokal & Bricmont. Editions Odile Jacob.

Il n'est pas interdit de se taper sur les cuisses en lisant les quatre pages que ces auteurs consacrent à Régis Debray qui s'était mis en tête d'utiliser le théorème de Gödel et sa théorie des ensembles pour l'appliquer aux masses laborieuses.

Comme d'habitude, cinq ans après, Régis revenait sur ses énormités en se confessant, avec un brin d'humour : "La gödelite est une maladie répandue"...

(Alan Sokal est professeur de physique à l'université de New York et Jean Bricmont est professeur de physique théorique à l'université de Louvain.)

Véronique Raffeneau

@ Luc

Je ne peux pas accepter votre mot de légèreté me concernant.

"(…) Cette décision [ la constitution du brigadier Quinet comme partie civile] chèvre-chou est à l'image d'une présidence craintivement exercée. Me Georges Klejman ira jusqu'à tancer le président, M. Guy Tabardel, indécis et souriant, incertain de son dossier au point de reconnaître par deux fois son examen insuffisant de l'affaire : l'avocat lui reprochera vivement des généralisations aussi aventurées que répétées." - (Le Monde - 28 avril 1976).

Une magistrature craintive et dépassée.

Un président de la cour d'assises qui déclare à l'audience à un avocat de la défense qu'en réalité il n'a pas examiné vraiment son dossier...

Quelque chose me dit que quand un président de cour d'assises ne tient pas plus que ça à la manifestation de la vérité, eh bien, il lui suffit simplement de renoncer à présider son procès.

Idem pour l'accusation.

Un autre article du Monde décrira l'avocat d'une partie civile, Me Floriot, comme le suppléant d’un avocat général visiblement inscrit aux abonnés absents.

Nous pouvons ainsi envisager l'idée que dans de telles conditions, les jurés populaires aient TOUTES les réticences à reconnaître coupable un accusé et à le condamner.

Par ailleurs, suite au billet de Philippe, le seul livre que j'ai eu vraiment envie de lire a été celui de Pierre Goldman.
Pour l'écouter lui.

Mais je ne peux pas m'empêcher de dire que si j'ai lu dans "Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France" des pages déchirantes de douleur et de vérité, j'y ai aussi lu la tentative désespérée d'un homme aux prises avec une réalité pour lui insupportable à affronter.

Et puis, voyez-vous, pour être au plus près de ce que cette affaire m’inspire, si l'autobiographie de Pierre Goldman était un roman, je dirais que pour moi, oui il est tout à fait plausible qu'un homme qui souffre épouvantablement d'une rage de dents, qui est armé en vue de commettre des attaques à main armée, puisse pénétrer dans une pharmacie pour simplement y trouver de quoi soulager sa douleur.

Et que les désordres, les accélérations et les obscurités de la vie peuvent transformer cet épisode en une tragédie.


oursivi

"Dans le cas Goldman, je crois que son livre a plaidé pour lui et obtenu l'acquittement, y compris dans l'esprit des gens, son livre uniquement; son assassinat ensuite a signé dans l'esprit de ces mêmes gens sa culpabilité. Sans pression aucune d'aucune part ..."
Aïssa

Taratata, n'importe quoi.

Son assassinat avait au contraire été revendiqué par un "honneur de la police" qui radicalisa l'opinion de ses soutiens quant au fascisme rampant que ceux-là croyaient voir partout (probablement à raison en des cas très épars). Il accréditait leur thèse, ce n'est que bien plus tard que la piste mêlant grand banditisme et terrorisme espagnol vint éclairer différemment le crime de la place AGH.
Son second bouquin fut le levier du malaise qui saisit les moins stupides et aveuglés de ses soutiens.

Beaucoup de pourtant beaux esprits furent tentés de céder à une radicalisation de la contestation qui fantasmait ses adversaires, les gonflant à loisir de vilenies extrêmes qui n'étaient leurs, par exaltation pour être de luttes dignes de celles de leurs pères, quand ceux-là avaient déjà triomphé de ceux méritant telle détermination. Lire, Tigre de papier de Rolin, aussi toute l'ironie dont fait preuve le très estimable Debray quant à ses jeunes années.

Indépendamment de la confusion que la judéité exacerbée de Goldman (pas au sens religieux, au sens historique) amena dans ce cas précis, il est toujours troublant de voir que se trouvent toujours de bons samaritains capables de mentir de bonne foi pour soustraire un type qui a leur sympathie, d'un ressenti personnel ou idéologique, à ce que ses actes lui ont pourtant fait mériter.
L'affaire des fiancés de Fontainebleau est à ce titre, tout aussi sidérante.

AO

Luc Nemeth

@Véronique Raffeneau

Vous ne sauriez mieux dire : je me désintéresse totalement de l'évolution-sic de... Régis Debray, que ce soit en général, ou sur le point précis. D'autre part je m'interdis de parler d'innocence et de culpabilité (encore que ce n'était pas le problème qui se posait, à celles et ceux qui -de toute couleur politique- dénonçaient ce procès), avec autant de légèreté que vous le faites. Cela dit, il n'y a pas de sujet tabou. Et sans avoir fait partie des intimes de Pierre je crois pouvoir vous dire que si d'aventure il avait été l'auteur de ce double meurtre (mais je vous renvoie sur ce point à la documentation disponible) ce n'est pas à... Régis Debray qu'il en aurait fait la confidence.

Véronique Raffeneau

@ Luc

J'ai bien compris ce que vous avez écrit à Savonarole concernant Régis Debray.

Il m'a semblé important de mentionner la position de Régis Debray dix-sept ans après la parution en 1975 de son plaidoyer :
"Les Rendez-vous manqués : (pour Pierre Goldman)"

"Pour le reste on voit mal où est "le problème" dans le fait que Régis Debray, quoi que l'on puisse penser de l'intéressé, ait écrit que Pierre était innocent du meurtre des deux pharmaciennes du boulevard Richard-Lenoir." (votre post)

"Le problème" est que Régis Debray, s'il n'écrit pas explicitement en 1992 que selon lui Pierre Goldman était coupable, n'écrit plus en 1992 que Pierre Goldman était innocent.

J’ai trouvé simplement surprenant que Savonarole et vous-même s’engageant dans une dispute autour de Régis Debray ne mentionniez pas l’évolution de Régis Debray au sujet de P. Goldman.

Cette évolution, quel que soit le côté où l’on se place, n’est pas rien.

Véronique Raffeneau

@ Savonarole

Pourquoi "repenti" ?

Je vois plus dans la position de Régis Debray en 1992 l'expression de sa liberté intellectuelle.

Il y a pu avoir chez Régis Debray beaucoup de déchirement intime à décrire un P. Goldman sans plus aucune liberté, sous le joug d'une réalité et d'une responsabilité insupportables à affronter, investi par tous les autres d'une mission d'innocence qui le dépassait.

Luc Nemeth

Savonarole me demande, le 4 août à 18:56 : "Et si c'est Luc Rosenweig qui me dis, me croiras-tu ?"
1°) dans son principe même la question est déjà un peu... surprenante puisque ce Luc Rosenzweig est connu pour ses opinions, très-à-la-droite-de-la-droite, et que, pour aussi loin que je puisse remonter : je n'ai jamais eu la moindre sympathie de ce côté-là.
2°) dans le cas précis Savonarole est très, très mal tombé : il se trouve en effet que j'ai eu l'occasion de dire sur www.marianne2.fr, le 05/02/2010 à 18:45, ce qu'à mon sens il convenait de penser, du pestilentiel article qu'il se voit déjà brandir triomphalement.


PS. Véronique Raffeneau vous m'attribuez sans objet une position par rapport à Régis Debray (je n'ai fait que reprendre ce qu'en disait Savonarole).


Savonarole

@ Veronique Raffeneau

Votre arbitrage est excellent, j'en conviens.
Il m'avait échappé que Régis Debray s'était encore une fois repenti.
Et comme dit mon curé : "à pécheur repenti, Miséricorde !"...

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