Cela faisait un certain temps que le Général n'avait pas été sorti de l'Histoire pour venir au secours d'une joute purement politicienne.
Le président de la République n'a pas hésité à lui faire prendre l'air en déclarant, pour critiquer la Primaire socialiste, que Charles de Gaulle "a voulu une élection à deux tours, pas à quatre". Mais il va de soi que Nicolas Sarkozy n'est pas encore candidat, qu'il continue à travailler pour la France quand ses adversaires s'amusent à des jeux dérisoires qui ne consistent à rien de moins qu'à élargir l'espace de la démocratie (France 2, 20 minutes, le Figaro) !
Cette pique de notre président confond délibérément l'élection présidentielle au suffrage universel avec la Primaire organisée par un parti et qui ne concerne que les militants et les sympathisants de celui-ci. Il est paradoxal de rappeler la détestation que les partis représentant, pour lui, une France fragmentée inspiraient à de Gaulle alors qu'à l'évidence, à cause de cette hostilité même, le Général n'aurait pas consacré une seconde à dénigrer cet exercice qui ne relevait pas de la grandeur du destin national. Si jamais, par un étrange mouvement d'indulgence, il avait consenti à se pencher sur cette opération interne, nul doute qu'il ne l'aurait pas jugée absurde puisqu'elle avait pour finalité d'accroître la légitimité de ceux qui auraient l'honneur de l'affronter. Certes il était un géant face à des nains mais son immense orgueil ne lui aurait pas fait perdre de vue l'intérêt de tout ce qui était susceptible d'enrichir même modestement la République.
Laisser penser que la Primaire ajouterait deux tours à l'échéance capitale - en deux tours - du mois de mai 2012 revient à intenter un mauvais procès à des socialistes qui n'ont eu que le tort de réussir trop bien une entreprise que la droite, si elle n'avait pas été obnubilée par la fausse évidence du candidat dit "naturel", aurait dû elle-même mettre en oeuvre. Le président, au fond, dénonce ce que son camp aurait rêvé d'accomplir et que lui-même aurait considéré comme un crime de lèse-majesté, une inadmissible offense alors qu'en 2007 il avait approuvé ce système. Mais quelle volupté, une fois en place, quel que soit le bilan, de demeurer, pour le prochain tour, seul sur les rangs : c'est infiniment reposant ! La Primaire est belle quand on est candidat, pas quand on est président, il ne faut pas confondre.
Charles de Gaulle, mythifié sans mesure, ne saurait cependant constituer un argument décisif pour toutes les causes. Il est incongru, presque choquant, de le voir mis en avant dans le cadre d'une polémique conjoncturelle, alors que pour l'essentiel, notamment la pratique de l'Etat, l'éthique personnelle et la morale publique, le comportement privé et l'attitude présidentielle, ces quatre dernières années ont été sans doute les plus éloignées qui soient du gaullisme dans ce qu'il avait de respectable pour tous. Il est trop facile de faire surgir le Général à mauvais escient pour oublier sa mémoire quand tant d'épisodes, d'épreuves et de scandales auraient justifié qu'on y songeât à bon escient !
Alors, qu'on tente d'imiter vraiment ce modèle et cette exemplarité ou qu'on laisse le premier reposer tranquillement dans l'Histoire, comme une inguérissable nostalgie, et le deuil de la seconde nous attrister !
Les commentaires récents