Il faut arrêter de galvauder les vertus fondamentales, les valeurs essentielles.
A la suite de l'intervention multipliée du président de la République et des mesures qu'il a annoncées à trois mois du premier tour de l'élection présidentielle, l'UMP, inspirée par Jean-François Copé, a d'une seule voix vanté le "courage" de Nicolas Sarkozy (Le Figaro).
Sur Twitter, il y a quelques jours, j'avais plaisanté lorsqu'avant même l'émission présidentielle, Jean-François Copé avait donné le mot d'ordre du "courage". Je m'étais demandé si son "courage" était de se représenter.
Mais, au-delà de cette boutade, cette invocation du courage pose un problème beaucoup plus sérieux. Sommes-nous en guerre ? Le président affronte-t-il la mort en Afghanistan ? Vit-il dans certaines cités où des malfrats et trafiquants interdisent l'accès à la police ? Au quotidien, le risque pèse-t-il sur son existence ? Le confort a-t-il déserté le pouvoir élyséen ?
Je ne me moque pas. Je voudrais seulement qu'on n'appliquât pas à des attitudes politiques, sincères ou tactiques, un qualificatif qui les rehausse et les fasse prendre pour une audace inouïe quand tout au plus elles représentent un pari, un défi, au mieux, si on est indulgent, du courage intellectuel.
Mais ce serait du courage intellectuel véritable de la part d'une personnalité qui n'aurait pas manifesté depuis longtemps - pourquoi ne pas la croire ? - qu'un second quinquennat n'était pas son obsession et que sa vie, s'il était battu, pourrait se poursuivre agréablement, luxueusement. En effet, depuis 2007, tous les citoyens ont mesuré à quel point l'argent représentait, pour Nicolas Sarkozy, une donnée capitale : celui qu'on donne, qu'on prend, dont on rêve. Je ne ferais pas la même analyse pour un François Mitterrand mettant son ambition en jeu en soulignant, à un moment crucial, son hostilité à la peine de mort. Il brûle symboliquement ses vaisseaux alors qu'il était tenaillé par l'envie de naviguer jusqu'au bout et qu'il l'a, enfin, assouvie.
Au-delà du contenu intrinsèque des propositions formulées par le chef de l'Etat, je ne suis pas convaincu par cette coquetterie permanente et à la longue lassante qui est aussi éloignée de l'authentique courage que la caricature de son modèle. On ne peut que constater, avec ce louvoiement qui ne trompe plus personne, que le président, candidat depuis longtemps, le sera donc jusqu'au bout (Le Monde).
Surtout, j'ai toujours dénié qu'il y ait du courage dans l'expression d'une intelligence libre. Combien de fois, sans présomption, me suis-je insurgé contre l'assimilation qui était faite, avec une infinie amabilité à mon égard, entre la spontanéité d'un propos et un quelconque courage ! Pour moi, le tour de force aurait été au contraire de dissimuler ma pensée mais, n'étant pas un politique, cette ascèse m'a été épargnée.
Trop souvent, cette surestimation ne vise, pour les pleutres, les trop polis et les lâches, qu'à se faire pardonner de ne même pas livrer un combat sans danger. Le courage intellectuel est l'excuse de ceux qui en manquent - comme s'il en fallait pour penser, parler et écrire - ou le privilège trop exploité de ceux chez qui il coule de source, comme une évidence, puisqu'après la pire empoignade qui soit, les esprits demeurent saufs comme les corps.
Même pour un soutien inconditionnel, on devrait réfléchir. Il y a d'autres qualités qui peuvent être prêtées au président par ses partisans. Le courage, non, quand sur le terrain, en France et loin de notre pays, pour les soldats, les policiers, tant de gens exposés, cette vertu n'est pas un mot mais une réalité qui est leur honneur et, parfois, un ultime et vain barrage contre leur mort.
Premier anniversaire d'un enterrement de première classe
Le courage est que 68% de nos concitoyens qui se sont exprimés n'ont pas trouvé convaincantes les propositions de leur locataire du château. Le reste, Copé en tête, galvaude nos vraies valeurs et c'est bien lui le «rabougri» ! Le bilan de ce quinquennat est une ruine fumante et le peuple, conscient et courageux devant la misère encore promise pour plus de 8 millions d'entre eux qui cherchent encore leur nourriture dans les poubelles, l'a parfaitement compris. Alors que la richesse de l'exécutif affiche ses outrancières dépenses...
Ce projet de loi sur la prévention des conflits d'intérêts promis l'an dernier par Notre Seigneurie, il se l'est fait remettre à grand renfort médiatique pour son anniversaire fin janvier 2011. Ce rapport prescrivait de nouvelles règles très précises sur l'éthique de la vie publique à l'attention de tout son exécutif et de l'Union des Moutons de Panurge. Il nous avait promis que ce rapport ferait date avec toute la gesticulation d'un cyclone qu'on lui connaît. Enfin l'Etat irréprochable d'une République exemplaire:
«Vous allez voir ce que vous allez voir, ils ont tous piqué dans la caisse, tous» hurlait-il.
Bof ! Un texte avait bien été présenté en conseil des ministres fin juillet et transmis à l 'Assemblée mais à ce jour : «pshiitt» ? La baudruche Seigneuriale s'est dégonflée !
Le texte de loi ne sera donc pas examiné ni voté avant la fin de la session parlementaire ce 23 février ! Les mafiosi de cette législature ont encore de belles années devant eux ! Ils ont bien dû fêter cet enterrement de première classe en même temps que celui de l'anniversaire de Notre Seigneurie !
Rédigé par : On se bat toujours pour ce qui nous manque le plus | 01 février 2012 à 12:27
Monsieur Bilger je vous conseille de revoir "Le dernier métro", Depardieu y était encore supportable et la voix de Fanny, aaaahhhh la voix de Fanny Ardant, suivez bien cette voix-là qui vous fera à elle seule apprécier votre prochain métro j'en suis certain ! Sissi !
Rédigé par : Cactus en ciné files | 01 février 2012 à 10:57
"la haine du patron" ! ha ha ha ! quel "patron" ? il y a une telle inégalité entre les patrons !
M. Nebout, je crains que votre haine de la gauche ne soit irrémédiable et que, dès lors, une discussion basée sur un échange d'idées loyal (et loyales) ne soit guère possible !
Rédigé par : Josiane Lacombe Minguell | 01 février 2012 à 05:23
J'ai souvent remarqué que l'on confondait courage avec prétention !
L'on peut oser et réussir par simple prétention... sans autre forme de courage que celle qu'imite l'opportunité.
La prétention abandonne là où le courage persévère !
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 31 janvier 2012 à 23:47
Achille,
Vous avez tout compris ; le Danemark est un pays de négriers.
Rédigé par : Xavier NEBOUT | 31 janvier 2012 à 23:10
Cher Monsieur,
Avez-vous eu l'occasion de reprendre le métro ? votre traumatisme lors de cette aventure souterraine s'est-il estompé ?
Merci
Rédigé par : jean chaumier | 31 janvier 2012 à 22:58
@ Boris
« Vous noterez que je n'utilise pas les récits d'épouvante que l'on trouve à foison en France et plus encore en Angleterre vers 1840... Saint Engels, priez pour nous »
Je pense, en effet, que certains ici, et en particulier ce Xavier Nebout, seraient bien inspirés en lisant le Capital de Karl Marx qui décrit fort bien la misère des travailleurs anglais à l’aube de la révolution industrielle, avant de nous sortir sa conception de la gestion d’entreprises tirée d’un roman de Charles Dickens.
Nous ne sommes plus à l’époque des négriers !
Rédigé par : Achille | 31 janvier 2012 à 21:18
"...j'ai toujours dénié qu'il y ait du courage dans l'expression d'une intelligence libre"
Au-delà, ou en deçà, de la remarque de sbriglia, c'est aussi fonction du secteur d'activité.
Ça peut freiner la carrière d'un fonctionnaire tout en laissant fondamentalement sa banque et lui-même assez serein. Ça se paye ailleurs souvent plus chérot.
Rédigé par : MS | 31 janvier 2012 à 20:48
Boris
Satisfaire les entreprises n'est pas satisfaire les patrons. Je sais bien que c'est quasiment inassimilable pour un esprit de gauche, mais faites un effort :
Libérer les entreprises du social et du droit du travail à la française, c'est les faire prospérer, embaucher, etc.
Maintenant, si vous vous attaquez aux salaires des patrons, ça n'affecte pas l'entreprise.
Les entreprises danoises sont "libérées", pas les patrons.
Rédigé par : Xavier NEBOUT | 31 janvier 2012 à 20:08
N'est-ce pas devenu l'essence du discours politique que de galvauder tous les mots qu'il utilise, les vider de leur substance jusqu'à ce qu'ils n'aient plus d'autre sens que celui que l'orateur veut bien leur accorder, et ce en dépit du gouffre qui les sépare de leur sens académique ?
Je ne suis pas fier du cynisme de cette rhétorique, mais j'y trouve une explication au fait que les interventions audiovisuelles des hommes politiques français me semblent tellement insupportables, et ce plus particulièrement à l'approche d'élections...
Rédigé par : Kirawea | 31 janvier 2012 à 18:19
En effet, le mot courage est ici galvaudé. Mais il ne fait pas oublier ce qu'est le discours inversible de la sarkozye : un permanent revirement de sens. Ici, c'est de la novlangue. Relire 1984, donc. Et travailler en linguistique sur ce qu'est le discours paradoxal. Nous avons connu des gens courageux : c'est en effet à peu près l'inverse de ce qui est proposé par les ultras - sucré n'est pas salé. Ici, c'est encore plus "sale" : le courage est rare, il implique un grand danger, souvent mortel.
Rédigé par : Prataine | 31 janvier 2012 à 16:02
A Xavier Nebout.
L'âme de la gauche date d'une époque où les patrons étaient pleinement satisfaits... ou du moins auraient dû l'être.
Une histoire banale pour en apporter la preuve : une des grosses compagnies de métaux non-ferreux française employait à son usine de Flohimont dans les Ardennes, 50 enfants en 1904 : or, la loi Millerand de 1900 faisait une obligation aux entreprises employant des enfants de passer à la journée de 10 heures pour tous les salariés.
A votre avis, qu'a fait l'entreprise ? Elle a licencié les 50 problèmes...
Vous noterez que je n'utilise pas les récits d'épouvante que l'on trouve à foison en France et plus encore en Angleterre vers 1840... Saint Engels, priez pour nous !
Rédigé par : Boris | 31 janvier 2012 à 15:35
"...j'ai toujours dénié qu'il y ait du courage dans l'expression d'une intelligence libre"
...Vous développerez votre thèse face à tous les muselés politiques cubains, tibétains, chinois, coréens du nord, russes anti-poutiniens, j'en oublie, au sud de la Méditerranée et ailleurs...
Mais suis-je sot, vous avez écrit intelligence "libre", cela ne saurait donc les concerner !
Sémantique, que de crimes on commet en ton nom !
Rédigé par : sbriglia | 31 janvier 2012 à 13:54
@ Xavier Nebout
Vous avez raison. La balance commerciale reste cruciale pour la croissance.
Je vous rappelle seulement qu'en 2003 elle était encore excédentaire de 4 milliards environ. Elle est aujourd'hui à -51,4 milliards.
Je pense qu'il est une forme de courage d'apprécier les faits sans aucun prisme idéologique.
Rédigé par : Nordine | 31 janvier 2012 à 13:37
Alors un bon paradoxe pour fuir toute contrainte ? "courage, fuyons !"
Rédigé par : Cactus | 31 janvier 2012 à 11:53
@Jean-Dominique Reffait
"satisfaire une fois de plus le Medef sans l'ombre d'une contrepartie"
Voilà bien ici l'âme et la tare essentielle de la gauche : la haine du patron. Quand comprendrez-vous que satisfaire les entreprises, c'est faire prospérer le pays ?
Les entreprises sont dans une telle situation de concurrence que tout avantage non répercuté sur les prix expose à être plus cher que le concurrent qui le fera ; c'est pourtant simple à comprendre.
L'enjeu, c'est la balance commerciale, tout le reste est accessoire ; ça aussi, ça ne devrait pas être difficile à comprendre.
Mais peut-être vivez-vous de liens avec la gauche ?
Rédigé par : Xavier NEBOUT | 31 janvier 2012 à 10:38
Le vrai courage serait de prendre des mesures drastiques pour faire cesser les gaspillages d'argent public dont le poids pèse selon certains experts 80 milliards d'euros. Que l'Elysée et le Parlement montrent l'exemple et coupent dans leurs dépenses superflues, que le train de vie de l'Etat réduise sa voilure, que des projets trop chers soient abandonnés et que les collectivités locales freinent sensiblement leurs ardeurs sur les effectifs à la hausse et autres subventions discutables. Qu'attendent-ils nos dépensiers ? Allons, un peu de courage !
Ponctionner c'est facile, économiser ça l'est beaucoup moins.
Rédigé par : Jabiru | 31 janvier 2012 à 09:55
Vous connaissez le savant qui déclare que les puces deviennent sourdes quand on leur coupe les pattes car elle ne répondent plus à l'ordre de sauter.
Pour Sarkozy il y a de ça. Sur des attitudes mineures on lui prête des fautes énormes. Il me semble sincère quand il parle du poids de ses responsabilités. Dans la vie professionnelle, le courage d'écrire est rare. Souvent les gens refusent de confirmer par écrit ce qu'ils vous disent oralement. Le courage moral n'est pas très répandu, surtout chez ceux qui font des carrières dans les grandes institutions.
Je ne suis pas inquiet pour le courage physique de Nicolas Sarkozy, sa pratique du sport, sa recherche du contact physique avec l'autre prouvent le contraire.
Par contre je suis inquiet du courage moral chez les socialistes, la gestion passée des hommes et le choix des dirigeants furent catastrophiques.
Rédigé par : Perplexe-gb | 31 janvier 2012 à 09:52
Ainsi donc l'UMP fait du «courage» son slogan de campagne, attribuant pour la circonstance l’arrogance au PS, ce qui, lorsqu’on écoute les propos tenus par son secrétaire général et quelques-uns des ministres, montre que décidément dans ce parti, il ne manque pas de toupet.
Il est vrai que le clip du PS n’est pas vraiment un grand moment de communication. Le langage de ces clips vidéo manifestement s’adresse aux initiés.
La symbolique du geste et le subliminal des mots (ou l’inverse) n’y apparaît pas vraiment très clairement et sans le décodeur qui va avec on reste plutôt sur une sensation de perplexité.
Mais que dire de celui de l’UMP ?
Ce dernier n’a vraiment rien à lui envier :
* un prélude de Bach (ça fait cultivé),
* des verbes forts : protéger, se dépasser, reconstruire (sans doute pour faire oublier le bilan),
* une série d’images symboliques : la libération de Paris, le Tour de France à l’époque d’Anquetil (pour le côté nostalgie qui fera plaisir aux anciens),
* des personnages de la légende gaullienne (pour le côté grandiloquent),
*et pour finir la phrase qui tue : « C’est le courage qui donne la force d’agir ».
Moi j’aurais bien vu « Courage Fillon ! ». Il en a bien besoin.
Rédigé par : Achille | 31 janvier 2012 à 09:17
Je vous trouve bien sévère avec le président de la République.
Si, sur le fond, je partage votre irritation quant à l'emploi abusif et l'affichage du mot courage comme slogan dans le cadre d'une campagne électorale, il n'en demeure pas moins que contrairement à vous, je pense que le courage intellectuel et pragmatique devrait avoir toute sa place dans le champ politique.
Comme vous, je nourris dix mille réserves quant au style et à l'action de Nicolas Sarkozy, cependant, j'estime que chez le président de la République, comme chez tout un chacun, le courage et le manque de courage sont toujours mêlés.
Ce sont les situations et les circonstances qui révèlent la vérité vraie d'un homme ou d'une femme.
Alors concernant cette vertu cardinale qu'est le courage, je pense que le président, en dépit de tout, sur l'essentiel, a su faire bouger des lignes de force qui depuis des décennies plombent notre pays.
Si seulement nous avions eu depuis tant et tant d’années des politiques un tant soit peu courageux et authentiques, "les cités où des malfrats et trafiquants (qui) interdisent l'accès à la police", le quotidien sans perspective de bons nombre de nos concitoyens exposés à toutes les précarités et insécurités n'existeraient simplement pas, du moins d'une façon aussi structurelle et massive.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 31 janvier 2012 à 07:09
Le courage c'est d'aller chercher ses repas au Secours populaire ou catholique etc. et de continuer à envoyer ses enfants à l'école comme si tout était normal, c'est ça le vrai courage.
Rédigé par : Josiane Lacombe Minguell | 31 janvier 2012 à 06:49
"Les frères Sarkozy, une fratrie qui ne
fait pas dans la dentelle".
Un remake des célèbres Dalton...
Rédigé par : calamity jane | 31 janvier 2012 à 02:21
Philippe,
Vous aviez le choix de parler du fond des propositions annoncées hier, bonnes pas bonnes, nulles et non avenues le débat est ouvert, ou de confondre sciemment courage physique et courage politique, comme un autre intervenant le fait remarquer.
Votre choix ne m’étonne pas mais me désole.
Dommage que vous refusiez depuis plusieurs mois de parler sur le fond - sur lequel nous pouvons être en accord ou en désaccord -, pour réserver vos piques á la forme qui vous est si chère.
Pour le P.R. la forme est peut-être importante pour la façade, mais c'est sur le fond que les Français regardent et jugent le bien-fondé d'une politique.
En effet, je vous l’accorde, ce n’est pas courageux d’annoncer ces mesures avec résultat après le scrutin présidentiel, non ce n’est pas courageux, c’est audacieux.
Il nous envoie le signal que lui, il croit en sa réélection, au grand désespoir de ceux qui le voyaient déjà en pleine déprime.
C’est amusant non ?
Rédigé par : Jean-Paul Ledun@PB | 31 janvier 2012 à 01:07
Alex paulista : ""Courage", c'est pour annoncer Fillon ?"
C'est une réflexion qui m'est également venue en entendant N. Sarkozy : il a constamment associé Fillon à ses décisions. Fillon a commencé comme simple collaborateur et le voilà vice-président. Certes la cote sondagière de Fillon est plus vendable que celle de Sarkozy, sa crédibilité aussi. De là à lui laisser la place...
Rédigé par : Jean-Dominique @ Alex | 31 janvier 2012 à 01:01
"....par ses partisans." PB
Je pensais que nous n'étions pas en guerre ?
Rédigé par : Jean-Paul Ledun | 31 janvier 2012 à 00:34