Un débat politique peut être courtois et intelligent. Je fais allusion à NKM dialoguant pendant la matinale de France Inter avec Manuel Valls : la France respectable.
A peine a-t-on le bonheur de se réjouir d'une éclaircie qu'on a des fourmis dans l'esprit tant certains propos appellent non la contradiction mais la constatation amusée de leur insignifiance ostensible. Sans jamais surestimer la portée du sujet mais sans laisser passer ce qui signe tout de même la sottise. La France bête.
Je voudrais rassurer ceux qui me reprochent une attitude partisane, comme si mes billets portaient en eux mon futur bulletin de vote, ce que je dénie absolument. Sans être le roi de l'équivoque, j'espère ne pas être tout de même une caricature du simplisme. Ce qui trompe souvent mes commentateurs vient du fait qu'ils focalisent sur un texte, un éloge, une dénonciation alors qu'un blog est une histoire et révèle la trajectoire changeante et contrastée d'un esprit qui n'a pour seule ambition que de demeurer fidèle à ce qui lui importe plus que tout : sa vérité, sa liberté, aussi paradoxales qu'elles puissent apparaître à des lecteurs friands d'une cohérence artificielle.
J'écris sur François Hollande comme sur Nicolas Sarkozy, sur François Bayrou comme sur Marine Le Pen. Je me donne le droit de vanter le talent tribunicien de Jean-Luc Mélenchon mais d'être étranger à ses idées qui, délibérément sommaires, aspirent à être des coups de poing, des coups de force.
Est-ce ma faute si ces derniers temps, sur un thème dont je ne méconnais pas la futilité apparente, on a assisté à un ballet d'inconditionnels auprès du président de la République, à une cohorte de soutiens qui me semble avoir eu l'effet inverse de celui escompté : j'entends Nicolas Sarkozy murmurer "préservez-moi de mes amis !"
Ma galanterie naturelle, qui n'est pas obligée d'accepter les ridicules intellectuels, qu'ils émanent d'une épouse ou d'une alliée, pour parler net, de Carla Bruni-Sarkozy ou d'Isabelle Balkany, se fait scrupule d'égratigner la première quand la seconde, depuis quelque temps, est heureusement moins présente dans le débat public.
Je ne suis pas persuadé que le comportement extasié de l'épouse du président avant et après la réunion de Marseille, n'ait pas été, malgré la compréhension que l'on a généralement pour une telle attitude dans l'ordinaire d'une vie conjugale, totalement contre-productif. A partir d'un certain niveau d'hyperboles, le compliment se retourne contre son bénéficiaire et l'accable subtilement au lieu de le favoriser.
Un Claude Allègre, acharné à démontrer qu'il reste socialiste avec pour seule preuve les leçons de morale et de tactique qu'il donne au candidat et au PS, ne représente pas, malgré sa récente soumission à Nicolas Sarkozy, un avantage décisif pour celui-ci. Ballotté longtemps entre son envie d'être ministre et la volonté de se singulariser à tout prix, quel que soit son domaine d'intervention, Claude Allègre serait plutôt un repoussoir qu'un stimulant.
Que dire de l'inénarrable Enrico Macias dont la fidélité au président n'est pas une excuse ! Se prétendre comme il l'a fait "amoureux du président" est de nature à faire fuir l'infime minorité qui pouvait encore bizarrement attacher du prix aux élucubrations de cet omniprésent...
Enfin, à propos du Fouquet's, nous avons de quoi amplifier notre veine sarcastique. Pour Christian Estrosi, qui a oublié que pour soutenir il fallait infiniment plus de talent et d'alacrité intellectuelle que pour dénoncer, le Fouquet's n'était qu'une "brasserie populaire".
Didier Barbelivien, qui accomplit trois choses dans l'existence - il compose, il chante et il applaudit le président -, lui, "ne voit pas où est l'erreur. Le Fouquets's, c'est une brasserie ringarde, un truc très moyen où je n'ai pas bouffé depuis douze ans... J'ai vu en photo le yacht de Bolloré, ce n'est pas non plus d'un luxe délirant" (Nice Matin, Le Canard enchaîné).
La bêtise est éclatante et on en perçoit bien le processus. On prend absurdement l'accessoire pour l'essentiel, l'établissement pour le problème, le yacht pour le scandale. Alors que, pour le Fouquet's et le yacht, quel que soit le motif, passionnel ou non, de ses décisions, le président à peine élu a préféré sa subjectivité au peuple qui l'attendait, a choisi le somptuaire contre l'allure. Il y a là comme un prélude d'opéra qui va donner sa tonalité désagréable au quinquennat tout entier !
La dérision en elle-même ne suffit pas : il faut l'expliquer. Elle ne devient plus alors le regard dégradant d'un monde sans hauteur mais le moyen de mieux appréhender les vertus et les vices d'une personnalité dont on attendait beaucoup.
La France respectable. La France bête. Mais aussi, la France qui espère.
La campagne s'échauffe.
Il est question de changer le slogan électoral de F. Hollande. L'exhortation "Le changement, c'est maintenant" et le geste des bras qui l'accompagne ont attiré les moqueries.
N. Sarkozy se cramponne au sien, "La France forte", et dépense beaucoup d'énergie pour le populariser.
Le style oral d'E.Joly (1) est concis quand la candidate juge sa concurrente écolo ("je l'emmerde"). Concis et glacial. Eva devrait paraphraser le slogan de Sarko et choisir:
"La France fjord".
(1) je promets de ne plus désigner ainsi la candidate des Verts, cela ressemble trop à une bactérie.
Rédigé par : Yves | 22 février 2012 à 16:26
Lu sur : http://blogs.mediapart.fr/blog/kambrone/030212/francois-hollande-bhl-et-une-salade-de-mache-140-euros
« La droitosphère se gausse depuis deux jours d'un déjeuner (qui devait rester secret) entre François Hollande et Bernard Henri-Lévy, dans un restaurant du VIIIe arrondissement qui ferait presque passer le Fouquet's pour une cafeteria de routier... Un buzz agrémenté du menu détaillé dudit restaurant (Chez Laurent) et sa salade de mâche à 140 euros
L'argument du Fouquet's (un mantra de la gauche et de l'extrême droite) a fait long feu ! Quelle est la France qui peut encore aujourd'hui en être influencée ?
La France bête, qui serait alors si bête que ça ?
Rédigé par : Mirella | 22 février 2012 à 14:59
Grand branle-bas de non combat concernant
le duel télévisuel Marine Le Pen et Jean-
Luc Mélenchon !
Si, j'ai bien suivi, n'importe qui peut
imposer sa loi au service public de télévision qu'est la F2 "la première chaîne du
service public" (dixit mon voisin d'après
les infos de midi) ou plus précisément
Nicolas Sarkozy, François Hollande, Marine
Le Pen !
De tels aveux à deux mois de la présidentielle m'incitent à déposer LamentablE comme
A.O.C., en lieu et place d'"insignifiante"
-la campagne- que j'avais gentiment avancé
hier comme adjectif pour la définir.
Rédigé par : calamity jane | 22 février 2012 à 14:47
Bonjour Philippe Bilger,
« Un débat politique peut être courtois et intelligent. Je fais allusion à NKM dialoguant pendant La Matinale de France Inter avec Manuel Valls : la France respectable. »
J’ai écouté également le duel entre Manuel Valls et NKM ce matin et j’ai été agréablement surpris par ce débat qui, bien que sans concession, n’en a pas moins été courtois, ce qui nous change de la diatribe trop souvent entendue sur les ondes entre candidats ou lieutenants des partis en lice pour la conquête de la magistrature suprême.
Je reconnais volontiers l’aisance du candidat-président lorsqu’il se tient à une tribune.
Je ne lui reconnais pas, par contre, le droit de s’ériger en procureur et d'accuser, devant des militants tout acquis à sa cause, le candidat du PS de ne pas aimer la France. Ce comportement est indigne d’un candidat, encore plus lorsqu’il est encore président.
Je conçois que J-L Mélenchon soit un tribun remarquable et sache donner à ses discours enflammés les intonations qui font vibrer les masses populaires. Mais je déplore sa façon de mépriser ses adversaires, voire même de les insulter en traitant notamment Marine Le Pen de « semi-démente ».
Que dire de la pauvre Eva Joly qui manifestement semble perdre son sang-froid norvégien et qui dit en parlant de l’autre candidate écologiste Corinne Lepage : « Je l’emmerde ! »
Je ne doute pas que d’ici le 6 mai prochain, les esprits s’échauffant et les journalistes étant toujours aux aguets pour débusquer la moindre petite phrase assassine, nous entendrons encore bien des invectives et des noms d’oiseaux.
Alors saluons comme il se doit le duel de ce matin entre deux personnes intelligentes et courtoises dans la matinale de France Inter.
Rédigé par : Achille | 22 février 2012 à 14:26
@ Alex paulista
On connaîtra bientôt la réponse à la deuxième partie de votre question. Pour connaître la réponse à sa première partie, on peut se reporter à la presse du 23 avril 2002.
Rédigé par : Jean-Jacques Fourmond | 22 février 2012 à 14:25
Je me souviens avoir entendu Claude Allègre il y a environ un mois dans l'émission de Taddéï, "Ce soir ou jamais".
Il disait entre autres stupidités que Peugeot allait déplacer toute sa R&D au Brésil. Alors que, tout au plus, Peugeot développe au Brésil des adaptations mineures pour le marché local (comme le Flex), ou veut juste adapter des chaînes de production qui ont fait leurs preuves en Europe.
Et même ça c'est difficile, car les salaires d'ingénieurs sont élevés au Brésil, et que le turn over est très soutenu.
Tout ça pour dire que quand un homme est capable de dire de telles énormités avec un tel aplomb, on se demande qui est le plus fou: le PS qui l'a un jour nommé ministre ou l'UMP qui se fait un trophée de son soutien.
Rédigé par : Alex paulista | 22 février 2012 à 14:01
Le livre de 125 pages qui doit sortir fin février sous la signature du président Sarkozy a été en réalité rédigé par le nègre Emmanuelle Mignon (on hésite bien sûr à dire négresse depuis que le code pénal concurrence le Robert). Le sortant avait commencé à rédiger lui-même quelques pages, mais sans suite aussitôt qu’il a été constaté qu’elles étaient à peu près incompréhensibles paraît-il pour les lecteurs ciblés.
Pour ne pas payer le bouquin, attendre de le trouver en piles dans les poubelles !
Rédigé par : Vinoer | 22 février 2012 à 13:57
A propos du ralliement de Claude Allègre à Nicolas Sarkozy, un esprit retors pourrait se demander s'il ne s'agit pas d'une manoeuvre secrète du PS pour discréditer le candidat de l'UMP.
Qui, en effet, peut encore considérer un tel ralliement comme un atout ?
Monsieur Allègre, depuis qu'il s'est hissé sur les tréteaux de la politique-spectacle, ne cesse de dire des contre-vérités dans une langue qu'il est sans doute le seul à appeler le français.
La plus microscopique vedette de la chanson ou de la télévision serait une caution bien plus profitable à l'actuel président de la République.
Rédigé par : Jean-Jacques Fourmond | 22 février 2012 à 13:56
Monsieur Bilger, ce que vous dites de la France bête n'est pas sans m'évoquer la répartie de de Gaulle lorsque, remontant vers son bureau de Carlton Gardens en juillet 40, il entendit derrière lui un de ses aides de camp dire à l'autre : "Mort aux cons" - "Lourde tâche !"... Ou bien le dialogue des Enfants du Paradis, dans lequel Garance et Lacenaire se demandent ce qu'il convient de faire des imbéciles.
Il me faut cependant reconnaître que la bêtise peut être aussi à l'extrême gauche... Mais je ne prendrai pas Mélenchon comme exemple. Plutôt certains de ses adversaires, comme Maxime Gremetz ou, dans le genre intellectuelle, cette pauvre Annie Lacroix-Riz. Ils sont toutefois en voie de disparition !
Rédigé par : Boris | 22 février 2012 à 13:53
La France qui espère. Oui, je pense entres autres et en particulier à nous bénévoles de petites associations, qui nous battons pour préserver des emplois dans des petites entreprises d'insertion, afin de remettre sur les rails des femmes isolées socialement. Face à la dignité de ces femmes, de ces bénévoles respectables, le mépris et le peu de considération de la majorité de nos responsables...
Rédigé par : jean patry | 22 février 2012 à 13:05
La qualité de ce billet me donne envie de lire votre dernier livre. Vous écrivez bien et c'est bien vu.
Rédigé par : drazig | 22 février 2012 à 12:23
Vous participez même au concours de la "langue de vipère !" Etonnant, non ?
Rédigé par : Varennes | 22 février 2012 à 12:03