Il y a des procès qui n'en finissent pas d'agiter esprits et consciences. De nous faire osciller entre l'admiration pour un Etat de droit et l'étonnement devant certains comportements. Celui d'Anders Breivik en Norvège, sur ce plan, est indépassable.
Cet homme, le 22 juillet 2011, a massacré 77 personnes et depuis le 16 avril, après des expertises mentales contradictoires - l'une concluant à son irresponsabilité, à son grand dam, et l'autre retenant sa responsabilité -, il comparaît devant un magistrat.
En amont, quand nous avons tous été saisis par l'horreur méthodiquement préparée et accomplie de ces meurtres et par l'effroi devant un cerveau aussi implacablement délirant, empli d'une idéologie aussi rigidement et obsessionnellement cultivée, il n'est personne, à quelques exceptions extrêmes près, qui n'ait été profondément admiratif devant ce petit et grand pays, cette démocratie exemplaire sachant, dans un consensus rare où indignation et émotion se mêlaient sans indécence, si bien résister à l'odieux et aux dérives que sa répression aurait pu entraîner.
Comme l'a remarquablement résumé Olivier Truc, "pour les Norvégiens, seule importe la victoire de l'Etat de droit sur un homme qui pensait le mettre à mal" (Le Monde). Il formule cette appréciation au sujet du procès mais elle exprime ce qui est apparu comme l'attitude collective des citoyens norvégiens et de la classe politique face, pourtant, à un choc criminel inconcevable. Il y avait là la traduction d'une exigence appelant à d'autant plus de mesure et de dignité que l'ordre naturel des choses, les exigences élémentaires de l'humain, la compassion minimale pour son prochain avaient été gravement bouleversés. Il y aurait beaucoup à apprendre, pour nous Français, de cette fermeté éthique, de cette force juridique venant poser le sceau d'une inflexible sérénité sur une telle dévastation qui aurait pu emporter plus d'un principe. L'agitation de nos ripostes et notre frénésie législative sont aux antipodes de cette tranquillité si assurée d'elle-même qu'elle n'a même pas peur de se faire qualifier de faiblesse.
Est-ce à dire que nous ne sommes jamais surpris par une sorte de paroxysme dans la manifestation de ce que la justice norvégienne estime devoir à Anders Breivik ?
Deux procureurs, une femme et un homme, tiennent le siège du ministère public et la première notamment fait preuve d'un calme impressionnant, ne se départissant jamais à l'égard de l'accusé d'une politesse et d'une apparente objectivité qui me semblent la marque des pratiques exemplaires. Le rapport de force à l'audience, les décrets d'autorité et les rodomontades vulgaires, qu'ils soient le fait des présidents ou des accusateurs, représentent ce qu'il y a de pire dans l'expression judiciaire.
Pourtant j'avoue avoir été troublé, presque choqué, par le fait que ces deux procureurs accompagnés par quatre psychiatres se sont rendus l'un après l'autre auprès d'Anders Breivik pour lui serrer la main.
Je voudrais m'attacher exclusivement au comportement de ces deux magistrats, l'attitude des psychiatres étant moins singulière et provocatrice par rapport à notre conception de la justice criminelle même si évidemment rien de semblable ne pourrait se produire en France.
En attachant le plus grand prix à l'urbanité judiciaire, à la nécessité de ne pas faire de surenchère dans la mise en oeuvre d'une démarche qui s'inscrit clairement dans une structure de rigueur et de contrainte - le ministère public qui en "rajoute" fait à mon sens, dans notre univers français, dans le pléonasme -, je demeure toutefois réservé devant ce geste introduisant, dans le processus à venir, une familiarité, une banalité qui ont d'ailleurs offensé certains Norvégiens même si la plupart des observateurs l'ont compris et approuvé.
Ce n'est pas la même chose de laisser à l'accusé, dans l'espace judiciaire, le plus de latitude possible - il n'est pas menotté et peut faire d'emblée un salut provocateur par exemple - et de lui marquer une considération qui paraît inadaptée en un tel lieu. Comme l'a écrit un éditorialiste norvégien, "un comportement poli et correct lors du procès est une chose. Mais rien n'oblige à serrer la main d'un meurtrier".
Il faut tenter de percevoir ce qui motive cette volonté forcenée de faire comme "d'habitude". A l'évidence, il n'y a pas deux blocs distincts qui seraient totalement étrangers l'un à l'autre. L'humain et le judiciaire, au contraire, sont profondément liés et il serait hors de question d'expulser de l'audience la vraie vie, l'existence avec ses rites, ses règles, ses codes et ses délicatesses. On salue dans la quotidienneté, qu'elle soit ordinaire ou spéciale. Cet être, dont on sait qu'il appartient à notre humanité, on va le traiter comme un homme jusqu'au plus petit détail qui est de serrer la main à autrui quand on le rencontre.
Il y a sans doute davantage puisque ces deux procureurs étaient libres de leur choix et auraient pu s'abstenir d'aller vers Breivik pour lui offrir cette marque de proximité, cette preuve de civilité. Comme si de rien n'était. Mais cette poignée de main était moins destinée, d'une certaine manière, à l'accusé que pour se démontrer à eux-mêmes l'obligation de camper coûte que coûte dans une relation précisément civilisée. Cette poignée de main venait comme un barrage devant tout ce qui probablement, face à l'immensité de ces crimes, aurait risqué de déstabiliser et de rendre injuste. Elle vous enfermait par avance dans un carcan de tenue et de modération. Elle était déjà presque un acte de justice.
Je n'ose penser aux polémiques qu'aurait suscité chez nous, lors d'un procès emblématique à tous points de vue, une telle attitude. L'avocat général aurait été désapprouvé par tous sauf par l'avocat de l'accusé et les parties civiles se seraient élevées contre cette provocation. On aurait évoqué une mesure disciplinaire.
Imaginons qu'au début du premier procès de Youssouf Fofana, il me soit venu à l'esprit de procéder à cette incongruité d'aller lui serrer la main avant que les débats débutent. La famille d'Ilan Halimi, son avocat, le CRIF, BHL, la LICRA et le MRAP, le garde des Sceaux, le président de la République m'auraient accablé et pourtant je l'aurais fait condamner de la même manière avec les mêmes réquisitions.
Les familles des victimes en Norvége ont été aussi dignes et exemplaires que possible. Si elles ont été troublées par ces poignées de main, elles l'ont gardé pour elles.
J'admire la justice norvégienne mais je persiste. Je n'aurais jamais serré la main de Youssouf Fofana. Je n'aurais pas serré la main d'Anders Breivik. Aussi compréhensive et humaine qu'elle veuille apparaître, l'audience criminelle relève d'un autre registre que celui qui a cours loin d'elle.
On n'a pas besoin d'une poignée de main pour savoir et se persuader que même le pire malfaisant est un homme.
J'aime bien Monsieur Bilger, il écrit comme mon grand-père de bonnes et belles phrases en vrai français... Concernant la poignée de main je suis exactement de son avis et si j'écris ces lignes c'est qu'une vilaine pensée m'est venue : quelle certitude avaient les procureurs que leur main ne resterait pas en l'air, l'accusé refusant de la serrer...?
S'étaient-ils mis d'accord avant ? Cela aurait eu une drôle d'allure, les magistrats la main en l'air devant un accusé goguenard, croyez-vous qu'ils ont pris ce risque ?
Rédigé par : merou 43 | 04 mai 2012 à 12:10
D'un autre côté, Robben a bien accepté de serrer la main de Ribéry...
Rédigé par : Alex paulista | 03 mai 2012 à 00:47
Votre propos me semble illustrer les limites du genre judiciaire. Le représentant de l'accusation, avant l'issue du procès, n'est-il pas tenu de respecter la présomption d'innocence, au véritable sens du terme, à savoir que nul n'est coupable s'il n'a été condamné par une juridiction... Un magistrat, même du parquet, est-il en droit de délivrer un certificat d'humanité, a priori, à tel accusé plutôt qu'à un autre ?
Tant que nous y sommes, faut-il que l'avocat de l'accusé lui-même prenne ses distances, et se contente de déclarer, comme cela figure dans des recueils d'anciens usages, que sa présence est de pure forme, avant de plaider a minima ?
En fait, je pense que les règles de comportement lors du procès doivent être rigoureusement identiques. Bref, la poignée de mains c'est pour tout le monde ou personne, qu'important l'hypocrisie du geste. Les Norvégiens ont voulu préserver le symbole de la sérénité de leur justice, c'est tout à leur honneur. De la même façon, ils ont laissé l'accusé exprimer ses théories, aussi odieuses qu'elles puissent être, ou même se livrer à sa gestuelle. Toutes proportions gardées, ces manifestations ne sont pas plus odieuses aux familles que certaines théories de l'excuse que l'on sert devant les familles de victimes "ordinaires" avec parfois une complaisance assez surprenante.
C'est le propre, mais aussi le revers du procès public et équitable. La seule façon d'y échapper serait que l'auteur ne parvienne pas au procès. C'est là une question de choix de société qui dépasse le cadre de votre billet.
Rédigé par : Edouard d'erf | 02 mai 2012 à 15:47
M. Bilger, êtes-vous tellement sûr que serrer la main d'une personne ne permet que de lui manifester le respect de la civilité, de l'urbanité ?
N'y a-t-il pas, entre les différents acteurs d'un procès, une intimité qui amène à s'interroger sur les uns et les autres à une multitude de niveaux ? N'y a-t-il pas, dans un contact physique en apparence aussi trivial qu'une poignée de main, une forme de communication qui amène un rapprochement nécessaire ? Aussi paradoxal que ça puisse paraître, l'impartialité d'un jugement ne devrait-elle pas s'appuyer (entre autres) sur une connaissance aussi complète que possible de la personne jugée ?
Et qui plus est, le refus de ce contact ne reviendrait-il pas à manifester de la peur à l'égard de ce que représente cet individu ?
Rédigé par : Kirawea | 02 mai 2012 à 10:01
Je ne conçois rien de plus hypocrite que cette poignée de main-là.
L'assassin de 77 personnes, le lâche poseur de bombe, l'impitoyable bourreau de jeunes gens désarmés est un homme. Il a droit à un jugement serein et équitable.
Mais qu'est-ce que cette marque de respect qui lui est prodiguée par surcroît ?
Nous refusons souvent de serrer la main à des personnes qui se sont mal comportées avec nous; on accepte sans difficulté que des adversaires politiques refusent de se saluer dans les coulisses des plateaux de télévision, et il faudrait que nous trouvions honorable cette poignée de main des juges à l'assassin ?
Rédigé par : Frank THOMAS | 02 mai 2012 à 07:31
@ DMonodBroca
En août 1941, même des SS ne pouvaient être vus par d'Estienne d'Orves sous le même angle qu'en 1945, ou qu'aujourd'hui.
Quelques détails se sont passés entre-temps, qui ne donnent pas envie de serrer la pogne...
Rédigé par : Alex paulista | 01 mai 2012 à 15:59
@DMonodBroca
Et pourquoi pas SS de la division "Das Reich" ?
Rédigé par : mike | 01 mai 2012 à 13:50
La Norvège agit-elle singulièrement en Justice?
Cette question m'avait déjà surpris, quant à la permanence avec laquelle sont déboutées par la Norvège, les demandes de dédommagements pour quelques dizaines de scaphandriers qui ont très fortement contribué à l'enrichissement stupéfiant de la Norvège.
C'est ici:
http://www.echr.coe.int/NR/rdonlyres/2D296946-503C-46FE-8DDD-25715F801319/0/PCP_Norway_fr.pdf
& là:
http://www.plongeur.com/magazine/2008/02/01/plongeur-norvege-justice/
...affaire en cours.
Mais bon...
Difficile de se plonger au sujet de la justice "par delà"..., et rester au sujet.
...les us et coutumes, l'Europe, les eaux que l'on voudrait claires!
Vous avez bien raison M. Philippe Bilger, demander si "serrer la main?".
Je n'arriverai pas à comprendre les deux affaires liées par comment fait la Justice, mais je n'arrive pas à observer les affaires d'apparition, de pétrole ou de violence, être totalement indépendantes.
C'est faux en raisonnement, mais présent dans l'histoire par les mœurs.
Rédigé par : zenblabla | 01 mai 2012 à 12:56
@ Patrick C expatrié
C'est la première fois que je rencontre quelqu'un qui a une opinion sur La Marseillaise. Permettez-moi de vous saluer ; j'ai déjà dit le mal que je pensais de l'auteur, de la musique et des paroles, je n'y reviendrai donc pas, sauf à radoter.
Lorsqu'un peuple garde comme hymne un chant de guerre sanguinolent, grandiloquent et qu'il se laisse désarmer, physiquement et moralement, élit un président qui détourne les yeux des armes qu'il vend au monde entier, raffole des bourreaux du peuple ukrainien, s'aplatit devant les dictateurs, excipe d'une nature généreuse qu'il s'invente et qui n'est que la traduction fiscale d'une idéologie, cultive la jalousie, l'envie, le conformisme et a toujours la lâcheté de préférer sa vie à son honneur, on ne peut en parler qu'en termes ironiques. Et pourtant, que de beautés, que de héros individuels, que de rages rentrées, de départs forcés pour l'étranger, les larmes aux yeux. Drame de ce pays, une collectivité méprisable, des individus magnifiques. C'est le groupe qui empêche ce geste surprenant de serrer la main du monstre, et j'ai déjà dit la capacité étonnante de certain procureur, au singulier, de se hisser bien au-delà de ce geste formel, sans exhibition.
Pardon d'avoir repris la parole, ce n'était que de la tristesse.
Rédigé par : JMT | 01 mai 2012 à 12:05
Je suis sûr qu’Eva Joly, notre juge franco-norvégienne, n’hésiterait pas une seconde à serrer la main à Nicolas Sarkozy, si elle devait être amenée à instruire un de ses dossiers à venir, et avec un joli sourire en plus.
Rédigé par : Achille | 01 mai 2012 à 11:52
@ Alex paulista
Si des SS l'avaient tué d'une rafale dans le dos, il n'aurait pas eu la possibilité de leur serrer la main. Mais si l'officier allemand commandant le peloton d'exécution avait été un SS, qui vous dit qu'il ne lui aurait pas serré la main ? Qui vous dit que cet officier allemand n'était pas un SS ?
Rédigé par : DMonodBroca | 01 mai 2012 à 11:06
françoise et karell semtob,
la forte valeur ajoutée de votre commentaire, à peine hors sujet qui plus est, n'aura pas échappé aux observateurs les plus exigeants.
Hauteur de vue, absence d'amalgame, profondeur de l'analyse politique, tout y est.
Ce niveau n'est pas indigne de votre héros.
Mes compliments
Rédigé par : Christian C | 01 mai 2012 à 10:24
Laissez donc BHL là où il est est (il semble endormi, savourons l'absence momentanée de notre philosophe de pacotille). BHL, aussi insupportable soit-il, ça tourne à l'obsession chez vous (absolument lire "Les Intellectuels faussaires" de Pascal Boniface).
L'éthique, voilà ce qui différencie les pays scandinaves de la France (ou des pays latins en général). Dans la vie politique. Dans la vie judiciaire. Et c'est une grande différence.
Il faudrait demander à N. Sarkozy si les Norvégiens ont pondu une nouvelle loi "nous ne tolérerons pas..." dans les 48 heures qui ont suivi l'horreur du massacre.
Rédigé par : bob | 01 mai 2012 à 09:25
Je préfère rester dans l'ignorance de ce que
j'aurais fait : serrer ou non la paluche de
ce pauvre hère qui imagine son pouvoir dans
la possibilité d'appuyer sur une gâchette.
Alors qu'il peut ravaler ses prétentions
puisqu'il n'est qu'un pâle clone du "pire"
que l'humanité ait eu à connaître.
Les juges les considèrent simplement comme
un des leurs, ce qu'il est, Norvégien.
C'est donc qu'il vaut mieux rester soi-même
avec certains cas hermétiques humainement à une forme de raison (raisonnement) eu égard
à l'impossibilité de se mettre à leur portée.
Rédigé par : calamity jane | 01 mai 2012 à 08:47
Si vous aviez été magistrat dans ce pays, vous vous seriez comporté comme eux ; vous auriez donc serré la main.
Arrêtons de tout voir depuis Paris, notre nombril du monde...
Rédigé par : Vesta | 01 mai 2012 à 04:46
Cher Philippe,
Après avoir hésité entre Rue Saint-Denis de Nougaro, Libertine de Mylène Farmer, C'est extra de Léo Ferré nous
avons opté pour la vidéo Pretty Woman music :
http://www.youtube.com/watch?v=qzaCLPgDgZo&feature=fvst
Tout lien avec une actualité qui fait le tour de la planète n'est que coïncidence.
Les casseroles de l'ombre sont de sortie.
Pendant que les colleurs d'affiche recouvrent les murs, les élites du Parti socialiste se dandinent, se trémoussent haut la main rue Saint-Denis et fêtent des lendemains libertins.
françoise et karell semtob
Rédigé par : semtob | 01 mai 2012 à 02:18
"Où que nous soyons nés, je doute que vous arriviez à me convaincre d'une prédisposition, génétique ou acquise.
Si la folie avait un chromosome, nous le saurions, je crois."
Rédigé par : Christian C | 30 avril 2012 à 14:43
_____________________________________
Je n'ai jamais dit cela.
Rédigé par : Savonarole | 30 avril 2012 à 21:49
"si on te frappe sur la joue tends l'autre".
Xavier Nebout
J'avais un copain il y a un bon bout de temps que l'on surnommait "Frappe qu'un coup", ce qui prouve que "votre" truc ne marche pas toujours...
Rédigé par : Herman | 30 avril 2012 à 19:29
"Je n'aurais pas serré la main d'Anders Breivik"
Pfff ! encore votre anti-sarcasisme primaire...
Rédigé par : Herman | 30 avril 2012 à 19:06
@PB
Votre billet m'a fait réfléchir puisque ayant serré des mains pas très propres dans ma charge d'aumônier de prison.
J'avais une fonction, mais j'étais aussi un homme qui rencontrait un autre homme.
Je ne donnais pas une main d'association à ce que la main avait fait, mais au-delà la fonction je donnais à cet homme ou cette femme l'image de la dignité perdue !
J'ai réfléchi aussi sur le silence que je voulais garder en n'adressant pas la parole à certains, ne même pas les saluer... Puis je regardais au-delà de l'acte abject et je faisais plus qu'adresser la parole, j'écoutais l'horreur !
Dans votre fonction vous n'auriez pas serré la main, geste symbolique, lui auriez-vous adressé la parole et l'auriez-vous écouté ?
En ce qui me concerne, le geste et la parole sont indissociables. Refuser l'un implique de refuser l'autre, accepter l'autre oblige l'un !
Mais peut-être suis-je trop impliqué par le "aimez vos ennemis" de celui à qui chacun devra rendre compte !
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 30 avril 2012 à 18:32
@Catherine Jacob,
Merci pour ces précisions.
Si elle n'avait pas été abolie, la peine de mort aurait été un moyen de répondre favorablement à son attente.
Hélas !
Rédigé par : Jabiru | 30 avril 2012 à 18:24
Cher Monsieur Bilger, moi non plus je n'aurais pas aimé devoir serrer la main d'Anders Breivik ou celle de Youssouf Fofana... et pourtant la lecture de votre billet - pour une fois - ne m'a pas totalement convaincue, je suis restée un peu comme hors sol LOL. Le sujet est si sensible, si difficile.
En effet et pardonnez-moi les parallèles que je tente de faire, ils m'ont aidée à comprendre, à avancer peut-être :
1-Les animaux destinés à la boucherie doivent être abattus de manière 'convenable'
2-Les condamnés à mort, avant 1981, devaient être maintenus en bonne santé... pour exécution !
3-Les Etats américains qui pratiquent encore la peine de mort, même dans le Death Row, maintiennent les détenus en bonne santé !
La stupeur passée, ce sont ces situations qui m'ont amenée à considérer autrement et d'une toute autre façon, ces poignées de main des magistrats norvégiens, tendues à la bête immonde et que je me permets de développer !
On ne répond pas à la barbarie par la barbarie.
Ces poignées de main étaient le signe que le monstre qui allait être jugé faisait encore et malgré tout partie de la société des humains. Ces poignées de main n'étaient pas amicales, elles n'étaient pas courtoises, elles hissaient ce monstre au niveau où il devait se tenir, c'est-à-dire parmi la société, la société des humains, cette société qui allait le juger comme un être humain qui avait commis un acte monstrueusement inimaginable au nom d'une idéologie monstrueusement inimaginable. Ces magistrats ont été au contraire (il me semble) d'une extrême dignité, ils ne se sont pas abaissés vers la barbarie, ils ont très dignement, sans ostentation, hissé cette bête immonde vers l'humain.
Rien ne serait plus terrible pour la mémoire des victimes et par respect pour la famille des victimes que de considérer cette bête immonde comme un irresponsable.
J'ignore si ce comportement est applicable dans un Tribunal en France, ce comportement me semble apaisant, tant confondent justice et vengeance, tant semblent considérer une déclaration d'irresponsabilité comme la sanction suprême et ultime, alors que c'est la loi des humains qui permet de juger un être humain qui s'est comporté comme une bête immonde ; pour le juger, les magistrats norvégiens ont hissé à nouveau cette bête immonde parmi le monde des humains !
Loin de moi l'idée de sous-estimer ces actes indicibles, monstrueux, inqualifiables.
C'est mon avis, ce n'est que mon avis bien modeste face à une si difficile situation pour la famille des victimes, les magistrats, le peuple norvégien et l'état de notre société des humains toute entière.
Rédigé par : Colette G. | 30 avril 2012 à 18:11
La vraie présomption d'innocence est à ce prix et non pas dans l'incroyable impunité du Figaro qui publie les interrogatoires de DSK qui n'a même pas encore été jugé et surtout qui a interdiction absolue de pouvoir s'exprimer et se trouve au pilori sur la place publique un bâillon sur la bouche.
Ajoutons l'incongruité des propos du candidat Président et aussi premier magistrat sur les sorties privées de DSK et on regretterait presque Eva Joly...
Décidément les Français font de plus en plus penser à leur animal fétiche, ce coq qui ne sait que chanter les paroles inconvenantes pour ne pas dire plus de la Marseillaise, les deux pieds dans la m...
Rédigé par : Patrick Handicap expatrié | 30 avril 2012 à 18:00
Hors sujet mais ce soir sur M6 passe "Le gendarme de Saint Tropez".
Au début du quinquennat, le mari de Madame Merkel (qui n'est pas Monsieur Merkel) aurait dit à sa femme : "Si tu veux comprendre Nicolas Sarkozy, il faut que tu regardes les films avec de Funès, en coupant le son".
Je ne sais pas si cela est vrai, mais c'est envisageable.
Rédigé par : stéphane | 30 avril 2012 à 17:14
Vous dites que les procureurs avaient le choix de leur geste, en êtes-vous sûr ? Sans douter de vous, cher PB, il me semble qu'ils doivent avoir pour obligation de faire un geste, d'avoir une attitude propre à démontrer leur sérénité. Dans ce cas, s'en abstenir compromettrait toute l'éthique du procès norvégien, quelle que soit la manifestation préconisée.
Quoi qu'il en soit, ce geste place la justice bien au-dessus de la politique. Sans doute, les enjeux ne sont pas les mêmes mais pourquoi faut-il toujours que le politique assujettisse la justice, sinon parce qu'il en a besoin, mais, dans ce cas, la justice n'est pas juste elle est politique, les cours sont pleines de petites et grosses horreurs.
Néanmoins, un geste, une forme ne saurait engager le fond, seulement l'apparence du fond. Donc, que cette marque de proximité soit sincère ou non ne change rien au fondement de l'attitude. Heureusement, les hommes sont un peu sots et laissent transparaître leurs sentiments, je repense au procès de Mme Caillaux où l'ignominie politico-judiciaire a dépassé l'imagination. Par bonheur, nous avons eu un Conseil d'Etat dans l'affaire Canal Robin Godot...........
C'est que la justice est une affaire d'Etat, quoi qu'on en dise, lorsqu'il s'agit de la justice pénale. Or, on ne parle que de celle-ci, alors que la justice civile, harassante, fastidieuse, est une affaire de juges, de juges seulement.
Il est donc naturel et souhaitable que la législation prévoie une attitude formelle qui éloigne le Parquet de toute apparence de parti pris. Il y a un exemple, chez nous, d'un avocat général, antérieurement procureur, qui se rapproche de notre sujet, mais avec infiniment plus de subtilité. Ce magistrat du Parquet descendait de son "parquet" pour requérir au niveau des avocats, au parquet, les juristes saisiront ce qui a l'air d'un mauvais jeu de mots. C'était un grand homme, malgré sa taille exiguë. il avait le respect de tout le monde, sans autre démonstration que son placement physique dans le procès, sans contact avec les accusés, sans qu'il soit possible d'interpréter son attitude autrement qu'en termes institutionnels. J'espère qu'il exerce toujours et qu'on lui rendra un jour ce qu'on lui doit : le salut de la société civile.
Rédigé par : JMT | 30 avril 2012 à 17:10