Il y a des réalités minimes qui, pour peu qu'on en tire le fil et qu'on les appréhende sous toutes leurs facettes, signifient beaucoup sur notre société.
Une statue représentant Zinedine Zidane portant un coup de tête à Marco Materazzi a été installée devant le Centre Pompidou.
L'auteur de cette oeuvre - un épisode fameux et lamentable à la fin d'un match de football, en 2006 - se nomme Adel Abdessemed.
Dans une lettre ouverte adressée à l'ancien sportif, une trentaine de signataires, dont plusieurs présidents de districts de football français, l'ont invité à demander le retrait de cette statue. Ils considèrent qu'elle "met en scène le geste le plus regrettable de son immense carrière" et déplorent "l'utilisation négative de son image" (Le Parisien).
Le président du Centre Pompidou, Alain Seban, s'est déclaré "choqué par cet "appel à la censure".
Une série de questions.
Dans quelle tête a germé l'idée ridicule d'une telle représentation ? Un tel événement à la fois sportif, indécent, violent, totalement négatif, dérisoire enfin en dépit de la rumeur médiatique qui a suivi, méritait-t-il d'être ainsi façonné avec je ne sais quelle matière ? Je devine les réactions outragées de ceux pour qui l'art n'a pour finalité que de se rapprocher le plus possible du réel, en le choisissant dans son insignifiance, si j'ose le terme, la plus achevée, la plus terne.
Adel Abdessemed est-il responsable d'avoir formé un concept aussi vain et de l'avoir incarné ou quelqu'un lui a-t-il commandé cette exécution ? Un tiers est-il impliqué dans cette navrante affaire ? Zidane, qui a évidemment été tenu informé, a-t-il trempé dans cette aventure et de l'argent a-t-il été dépensé ? Par qui, pour qui, combien ?
Quel service a décidé d'installer cette oeuvre si peu représentative de notre histoire et de notre culture devant le Centre Pompidou ? Comment, en ce lieu tellement fréquenté et, pour l'étranger, assez emblématique de la France, avoir pris le parti d'offrir aux regards cette triste et prosaïque échauffourée même si Zidane, je l'admets, a fait beaucoup pour faire connaître avec ses pieds et ses dribbles magiques notre pays ?
Comment Alain Seban, que je sais intelligent et respecté dans le domaine de l'art, ose-t-il évoquer "un appel à la censure" devant ce courrier plein de bon sens adressé à Zidane et qui vise à réparer rétrospectivement plusieurs aberrations ? La censure est une interdiction trop grave, un étouffement trop extrême pour être ainsi mise à toutes les sauces et exploitée à toutes les fins. Enlever la statue de cet endroit ne serait pas "censurer" quiconque mais montrer qu'on a recouvré le sens des choses, de l'art et de l'allure.
Tout cela laisse pantois.
La leçon à tirer se trouve sans doute au coeur de cette incohérence et de cette confusion. Elle met en exergue, pour ceux qui pourraient encore en douter, le délitement des choix, le désordre et la fantaisie des hiérarchisations, la banalisation de la création et l'absurdité des décrets culturels et politiques.
Zidane a encore frappé.
Monsieur Bilger,
Je pense que l'artiste a voulu recréer en trois dimensions, pour l'éternité, un geste qui un soir de juillet 2006 a marqué, fait polémiquer, pleurer, sourire, ou a simplement diverti près de la moitié... de la planète Terre.
La finale de la coupe du monde de football est regardée par la moitié de l'humanité et ce soir-là, à part les Italiens, ce qui a été retenu est ce geste.
Il ne s'agit donc pas selon moi de rendre hommage à ZZ, mais de cristalliser ce moment partagé presque universellement.
La question du bien et du mal ne saurait se poser. La moitié des Français remercie ZZ pour ce coup de boule à la Cantona, parce qu'après tout Materazzi l'avait bien mérité.
D'autres lui en voudront à vie, car on ne sacrifie pas une coupe du monde.
D'autres ne lui pardonneront la perte de cette seconde étoile qu'à raison qu'il nous a fait gagner la première.
Dans tous les cas, je ne remettrai pas en cause la démarche artistique de l'auteur.
Rédigé par : Christophe BRAJOUX | 29 octobre 2012 à 09:39
L'Art et le Pouvoir...
En prolongement de mon intervention précédente, on peut lire dans "Politique du rebelle", de Michel Onfray (pas spécialement ma tasse de thé, mais...)
*P.237:"Quand il est digne de ce nom, j'aspire à voir l'Art en antidote à tout pouvoir"
*P. 249: "Toutes les avant-gardes esthétiques du siècle (ici, le 20ème) s'inscrivent dans cette logique de l'absurde, de la destruction, de faire du jeu un principe moteur dans un monde où le sérieux des officiels fait des ravages.
*P.251 et 252:
« Une esthétique généralisée veut la circulation, le mouvement face au musée et endroits officiels qui agissent comme des chambres froides où les feux (et non les fous) furieux se rétrécissent et finissent par s’épuiser et s’éteindre »
et ....« Un art sans musée »
Pour lui, comme pour Duchamp, Dubuffet, ou Breton, Tzara pour la littérature, l’art se doit d’être en opposition au marché, aux marchands. « Tout ce qui est susceptible de muséification, exposition en galerie, qui peut devenir marchandise... finit par être anéanti, détruit, digéré par le marché. »
Finalement, dans cette affaire, il me semble que l’artiste en question a sciemment posé sa sculpture hyper-réaliste, s’il en est, en face d’un musée, un peu par provocation.
D’ailleurs la contre-culture, et les œuvres artistiques correspondantes (musique, mode vestimentaire, œuvres picturales, pop et op-art, rap ou rock’n’roll) n’ont-elles pas fait l’objet de récupération mercantile dans la publicité et tout simplement le business ?
Rédigé par : Nath | 28 octobre 2012 à 06:22
@Boris
Vous ne comprenez donc rien, ni moins que JPL !!!
La vie instigue bizarrement...
Ainsi, et n'en déplaise en complaintes entre Mary&Ceejy, je croisais dans l’ascenseur qui l'amenait au huitième Madame le Maire de Strasbourg alors en exercice, tandis que pour cause d'obtention de formulaires au troisième, il nous fallait être extrêmement brefs...
Étant entre nous deux seuls dans la cabine et devant en tous cas éviter la gêne, alors avons-nous profité du rapproché souvenir entre nous-deux par la grâce du lendemain du coup de boule, durant trois étages quand il en fut rapidement question...
Pas eu le temps en trois étages de lui expliquer, a contrario, la beauté très réservée du geste...
Voilà tout l'Art !!!
N'empêche une déléguée municipale, en justes considérations des valeurs artistiques à Strasbourg, m'a dit hier soir que si Zidane était manifestement insuffisant du coté de l'intellect, cela entraînait voies de critiques autant d'avance irréfutables quant à l'oeuvre.
Alors j'ai tenté lui rendre compte des souvenirs de Marseille, lui parlant de Cantona, mais aussi de Trésor, celui qui jouait au Caillols dans un stade depuis peu mis aux normes de largeur et de longueur, tandis que la maison de Canto, à 400m de nous à vol d'oiseau, nous avions pu frémir quand jouant avec des pétards la colline des Comtes brûla sous nos regards ensorcelés (la colline des Comtes vaut son pesant en sorcellerie pour qui connait, et Canto ne peut pas l'ignorer...), alors même que le stade d'entraînement de l'OM est à 650m à vol d'oiseau..., etc. !
Bref, Canto achètera-t-il l’œuvre, présentement sur le parvis?
Rédigé par : zenblabla | 26 octobre 2012 à 20:31
Personnellement, ayant vu le match, j'ai toujours analysé le coup de boule de Zizou comme la conséquence de son action de but ratée deux minutes plus tôt, le privant ainsi d'un titre de gloire des plus remarquables... mais ce que j'en dis vaut-il quelque chose dans un esprit autre que le mien ? Hum, hum...
Rédigé par : Herman | 26 octobre 2012 à 08:25
@calamity jane
"D'autre part, Z. Zidane a suffisamment joué dans des équipes italiennes pour en connaître les énergumènes qui les composent "
et réciproquement
Rédigé par : anne-marie marson | 26 octobre 2012 à 00:32
@ Mary Preud'homme @ CJ | 25 octobre 2012 à 16:07
"Et j'en termine en disant que la victime d’alors (en l’occurrence mon fils) tira aussi profit de cette histoire et sut retenir la leçon d’équité (et de morale) que j’avais voulu donner à l’un et à l’autre ce jour-là, à en juger par le métier qu’il choisit ensuite - l’appelant à exercer la justice sans haine et sans crainte mais avec sang-froid, rigueur, objectivité et probité."
Il me semblait que vous aviez dit qu'il était commissaire et pas magistrat, ou alors c'est votre second fils?
Rédigé par : Catherine JACOB@Mary Preud'homme | 26 octobre 2012 à 00:09
"Eh bing, voilà pas trois semaines que je m'absente, en mon iris absinthe et mes ires absoutes, et je me retrouve en phase avec Mary et Jean-Paul !"
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Bien d'accord Oursivi, voilà en quoi consiste tout l'art bilgérien : faire parfois se retrouver sur des sujets de société improbables, des adversaires d'idées mal léchés, peu fréquentables ou de mauvaise réputation. En somme des espèces en voie de disparition qui nous sortent, "l'espace d'un cillement", sans haine et sans complexe des sentiers battus !
Rédigé par : Mary Preud'homme | 25 octobre 2012 à 22:56
Zizou m'a frapper !
Non... pas Omar, mais Zizou ! Frappé par son talent, par le coup de neuf qu'il a redonné à l'équipe de France,
laquelle a connu de belles envolées depuis son arrivée... jusqu'à son départ. Oh, je n'en fais pas une idole mais quand même, il a frappé une génération.
Il a frappé un Matelas malotru et maltapropos... et qui l'a bien mérité !
Dans ces sports où l'enjeu est l'argent avant la gloire,
tout est bon dans le cochon... pour que l'autre pète les plombs.
Et puis, ne nous attendons pas à voir ces joueurs se faire des salamalecs pour savoir lequel prendra le ballon ou laissera l'autre tirer.
Quant à l'"oeuvre d'art" devant Beaubourg, pourquoi pas. C'est dans l'air du temps de "déconstruire".
Mais après tout, Zidane est Français, non ?
Alors pourquoi M. Bilger s'indigne-t-il en disant :
"montrer qu'on a recouvré le sens des choses, de l'art et de l'allure"
"l'idée ridicule d'une telle représentation ?"
Et last but not least :
"Quel service a décidé d'installer cette oeuvre si peu représentative de notre histoire et de notre culture devant le Centre Pompidou ?"
Mais, tout simplement, l'art c'est la vie, et il ne doit faire aucune allégeance aux canons et critères "nationaux", pour ne pas dire "nationalistes".
Ne mélangeons pas tout !
Rédigé par : Nath | 25 octobre 2012 à 22:22
@ scoubab00
"Le sport premier, plus que l'art". A mon avis, les deux en même temps. Peindre dans le puits de Lascaux, ça vaut largement une heure de Step...
Rédigé par : Boris | 25 octobre 2012 à 20:31
A partir de 1998 j'ai suivi pratiquement tous les grands matchs avec Zidane. Ce qu'il a enduré de la part d'adversaires déloyaux dépasse les capacités d'un simple sportif, et pourtant il est resté stoïque quasiment juste au bout, la déontologie lui interdisant de répondre.
Rédigé par : Camille | 25 octobre 2012 à 11:24
Pas vraiment. Zidane était connu pour ses coups de sang. Il a écopé d'une quinzaine de cartons rouges dans sa carrière.
Mais Zidane n'a jamais été du genre à faire de la comédie, ni à harceler ou blesser volontairement un joueur réglo avec lui.
Le sport de haut niveau demande une certaine agressivité à certains caractères pour être performants. Ibrahimovic est également très différent en jeu et en dehors du terrain.
Dans ces conditions, et avec la pression, comment réagirions-nous à un harcèlement physique et verbal ?
Qui sommes-nous pour juger ?
Rédigé par : Alex paulista | 25 octobre 2012 à 19:53
C'est quand même dingue. Quand je lis la plupart d'entre vous, blogueuses et blogueurs de chez Philippe. A croire que parler muscles, c'est avilissant. Et le sport, un sujet de salle de garde pour soudards bariolés. Pourtant, si nous sommes ici à discourir époque épique dans nos pantoufles de velours ou pyjamas de soie, c'est parce que des ancêtres velus et malodorants ont su survivre à des âges âpres. Le sport premier, plus que l'art. Et même mieux, se multiplier et investir la petite Europe. Alors, arrêtez de faire votre chochotte, votre mijaurée, la civilisation n'a pas débuté au siècle des Lumières ou à l'apparition du papier c... toilettes. Xavier dirait à sa façon : réhabilitons le Moyen Age, et je le suis bien volontiers sur ce terrain. Merci de votre compréhension.
Rédigé par : scoubab00, à la cantona...de | 25 octobre 2012 à 19:07
Je ne comprends pas cette indignation : l'art s'empare de la tragédie, ça n'est pas nouveau !
En effet relisons l’histoire : Zidane est promis à l'Olympe. Il a marqué le seul but français du match. Il donne un fabuleux coup de boule dans le ballon que seul "buffon" pouvait arrêter. En cas de but, il est définitivement un dieu vivant, seul joueur à avoir marqué 4 buts en finales de la coupe du monde, et donne probablement la victoire à la France. Quelques minutes plus tard, il exprime sa liberté en mettant fin à sa carrière sur un autre coup de boule, qui dit à la face du monde : je ne suis qu’un homme. Déchu, il quitte le stade, seul plutôt qu’avec le commun des mortels, montrant que malgré tout il n’est pas tout à fait comme les autres.
Il y a tout : la puissance, la réussite, l’échec, la déchéance, la vanité, la liberté de l’homme. Qu’un artiste s’en empare est inévitable.
Rédigé par : Hub | 25 octobre 2012 à 17:29
« Cela se passe dans une cour de collège. Un élève de 3ème âgé de 14 ans à l’époque se fait violemment agresser par un gaillard de 16 ans, coup de boule etc., ce dernier prétendant qu’il s’est fait "narguer et insulter" par le premier après lui avoir demandé un combat à la loyale pour régler une querelle banale de cour de récré. Sur quoi le garçon de 14 ans lui aurait rétorqué : "je ne me bats pas pour rien, surtout avec un pauvre minable comme toi". Renseignements pris, il s’avère que la victime que l’on a dû conduire (en sang) aux urgences afin de soigner ses contusions admet avoir traité son camarade plus âgé de « pauvre minable ». Les parents de l’agresseur sont alors aussitôt convoqués au collège, mais c’est la grand-mère, seule, qui se présente, indiquant que la mère est occupée à faire des ménages parfois très loin de son domicile et que le père du garçon est en prison. Selon elle, son petit-fils dont elle s’occupe à plein temps, souffre terriblement de la situation familiale, ce qui explique sa réaction violente à des propos qui l’ont touché à vif et ramené à son infériorité étant donné son vécu. En outre, la pauvre femme (veuve de surcroît) est effrayée à l’idée que la famille de la victime porte plainte comme ce serait son droit et ainsi que le principal du collège l'en aurait menacée.
Or la mère de la victime (qui n’ignore pas de son côté la propension de son grand adolescent à l’insolence et à la provocation verbale) après avoir écouté attentivement les explications des uns et des autres, non seulement renonce à porter plainte, mais finit par dire publiquement à la grande surprise du Principal et du CPE que certains propos dans un contexte particulier peuvent faire tout aussi mal que des coups. Tandis que l’agresseur coupable de coups et blessures, bien que longuement sermonné par la dame justicière, n’en revient pas de s‘en être tiré à si bon compte, se confondant en repentance, affirmant qu’il a compris la leçon et n’est pas prêt de recommencer… »
Conclusion :
Dès ce jour le jeune homme de 16 ans, auquel j’avais décidé de donner sa chance changea (d’après le Principal) du tout au tout bien que je l’ai perdu de vue assez rapidement. Car, vous l‘aurez compris, l'anecdote rapportée est une histoire vécue…
Et j'en termine en disant que la victime d’alors (en l’occurrence mon fils) tira aussi profit de cette histoire et sut retenir la leçon d’équité (et de morale) que j’avais voulu donner à l’un et à l’autre ce jour-là, à en juger par le métier qu’il choisit ensuite - l’appelant à exercer la justice sans haine et sans crainte mais avec sang-froid, rigueur, objectivité et probité.
---
Nota :
Catherine Jacob, Sans vouloir dévaluer si peu que ce soit votre témoignage concernant ce qui est arrivé à votre propre fils, il me semble qu'une fois de plus vous tentez d'établir un parallèle entre des situations qui ne sont en rien comparables, dès lors que dans l'affaire Zidane, comme dans celle que j'évoque ici on peut admettre qu'il y avait eu de part et d'autre agression et donc que la réaction (ou la riposte) de l'offensé pouvait apparaître comme compréhensible sinon proportionnelle à l'offense. Ce qui n'est pas le cas dans l'incident que vous rapportez où l'agresseur use uniquement de sa force pour exercer un chantage grossier sur un témoin.
Rédigé par : Mary Preud'homme @ CJ | 25 octobre 2012 à 16:07
Le coup de pub n'est pas tellement réussi puisque je ne me déplacerai pas pour voir ladite oeuvre.
D'autre part, Z. Zidane a suffisamment joué dans des équipes italiennes pour en connaître les énergumènes qui les composent et c'est justement pour cela que son geste
est complètement déplacé !
Le deux poids, deux mesures qui voudrait que les champions soient dispensés de qualités basiques humaines est on ne peut plus craignos !
Rédigé par : calamity jane | 25 octobre 2012 à 14:31
Honnêtement le coup de boule de Zidane est le cadet de mes soucis. Une réflexion sur les dérives de l'art contemporain m'eut davantage intéressée. Cette manie des performances, la mainmise de quelques marchands faisant monter les cotes de leurs poulains, la grande lessiveuse que sont les ventes, la belle blague de l'exonération des oeuvres d'art de l'ISF au prétexte d'aider les jeunes artistes (dernier exemple en date, dans l'affaire de blanchiment dans laquelle est mêlée à l'insu de son plein gré une élue écolo, on aurait trouvé deux photos d'une valeur d'un million d'euros ; l'amour de l'art sans doute)...
Quant à cette sculpture qui agace tant, elle fait partie d'une expo consacrée par Beaubourg à son auteur donc rien de bien surprenant ; que le musée ait voulu faire de ce coup de boule un coup de pub, c'est la règle du jeu. Et c'est réussi.
Rédigé par : Catherine A. coup de pub surtout | 25 octobre 2012 à 11:46
@ Catherine Jacob
Ce n'est que du sport, chère Catherine, ce simulacre remplaçant la guerre, il ne s'agit que d'ombres dans la caverne de Platon, que l'on ne doit pas prendre pour la vraie vie.
Un coup de boule sportif n'a pas la même valeur du tout que dans la vie, cela fait partie des risques du jeu.
Toutefois ce petit événement ne peut que raviver douloureusement le souvenir de l'odieuse agression de votre fils, le dissuadant d'accomplir son devoir de citoyen, des coups et blessures avec une portée autrement plus grave que lors d'un jeu.
Votre opposition à la représentation de la violence ne nécessitait d'ailleurs pas une implication personnelle, l'on peut légitimement estimer par conviction profonde que la violence est abjecte et n'a rien à faire dans le domaine du sport et encore moins dans le domaine de l'art.
Vous évoquez le WU GU dans votre commentaire : à propos de la calomnie, c'est un ressort dramatique universel fertile et productif, dont Shakespeare s'est servi pour Othello, et qui a traversé tous les temps et toutes les civilisations comme vous le démontrez si bien.
Toutefois le WU GU que vous décrivez est plus subtil et complexe, mais pour mon cas personnel, le phénomène de catharsis ne peut s'appliquer dans cette affaire Zidane :
concernant Materazzi, plusieurs sources concordantes confortent la version des insultes graves qu'il aurait proférées, action probablement préméditée bien en amont du match par tout le brain-trust italien en vue de faire craquer psychologiquement l'homme fort de l'équipe de France.
A partir de 1998 j'ai suivi pratiquement tous les grands matchs avec Zidane. Ce qu'il a enduré de la part d'adversaires déloyaux dépasse les capacités d'un simple sportif, et pourtant il est resté stoïque quasiment juste au bout, la déontologie lui interdisant de répondre. Mais quelque part il y a aussi le respect que l'être humain se doit à soi-même, et Zidane n'a su à ses yeux restaurer ce respect que par la force d'un coup d'éclat. Personnellement je ne le blâme pas, c'était un acte unique justifié par des années d'humiliations sournoises.
Rédigé par : Camille | 25 octobre 2012 à 11:24
"Est-ce que Materazzi a reconnu les faits en ces termes et sommes-nous certains qu'il ne s'agit pas là de justification après-coup d'un mouvement d'humeur non maîtrisé, peu importe la cause ?"
CJ
Oui.
Faut se tenir informé Mâme Cathy, tout n'est pas écrit dans l'histoire de l'empire du levant, quelle qu'intéressante qu'elle puisse être.
Zidane n'en était pas à son coup d'essai en matière de pétage de plomb, Materazzi non plus. Profitant de ses pas loin de deux mètres et de ses cents kilos, le second a toujours joui d'une forme d'impunité sauf ce soir-là où il donna au bouillant Zizou un bon prétexte pour recevoir enfin la correction probablement attendue par un paquet d'attaquants italiens...
Beccaria et Voltaire qui le cite (rendons à Cesare ce qui lui revient), ont dit ce qui convenait d'être retenu et appliqué quant à l'indispensable proportionnalité entre fait et réaction nécessaire. On peut penser qu'en cette occasion, Zinedine Zorro visant le torse et non le menton ou le nez où il eût fait plus de dégât, sut, non, raison, mais proportion garder. D'ailleurs il se soumit sans rechigner à la juste décision de l'arbitre et sorti sous un ou deux milliards de regards éberlués.
Dommage que MM ne fut pas sorti aussi, il l'avait mérité. Les instances du football étudièrent ce cas, convoquèrent les deux hommes et les condamnèrent tous deux, après.
Pour votre proche c'est bien triste que cette loi-là prît le pas sur la vraie.
Nous sommes souvent trop indifférents et veules, les malfaisants l'ont bien compris, hélas.
Quelques terroristes (10-12 ?) appelant la mort, ont réussi à tuer trois mille personnes avec quelques couteaux ou cutters un certain jour de septembre. D'autres passagers en un autre avion se sont révoltés et ont risqué puis donné leur vie non pour tuer d'autres gens - selon le risible et sordide fanatisme islamique - mais pour qu'il n'y en ait d'autres qu'eux qui doivent laisser la leur.
On ne cite que peu ces passagers, c'est dommage.
AO
Rédigé par : oursivi@CJ | 25 octobre 2012 à 10:34
Je constate qu'à Paris vous avez le même phénomène qu'en province.
Des gens mal intentionnés se débarrassent de leurs encombrants devant les centres de tri sélectif en dehors des heures d'ouverture.
Si vous voulez j'appelle la famille Florés qui fait ici le tour des fermes pour récupérer la ferraille. Pour l'anecdote, quelquefois encore de vieilles faneuses du plan Marshall cachées sous les ronces.
Rédigé par : hameau dans les nuages | 25 octobre 2012 à 10:32
@Camille | 24 octobre 2012 à 23:38
«sa réponse finale avait été tout sauf sportive aussi, mais sauvait son honneur d'homme. »
@Mary Preud'homme @ Catherine Jacob | 24 octobre 2012 à 19:03
«Dites-nous plutôt si pour vous le fait d'insulter la mère ou la sœur d'une personne en employant le terme de putain n'est pas grave et comment réagiraient vos proches en pareille circonstance ? Ou alors auriez-vous si peu le sens de l'honneur dans la famille ? »
Est-ce que Materazzi a reconnu les faits en ces termes et sommes-nous certains qu'il ne s'agit pas là de justification après-coup d'un mouvement d'humeur non maîtrisé, peu importe la cause ?
En tout cas, c'est de toute évidence à ce que les anciens chinois nommaient Wū Gǔ (→巫蠱) opus chamanique qui consistait sans doute initialement à transférer le mal (ou les malheurs) comme on peut encore le voir, semble-t-il, dans certaines sociétés amérindiennes ainsi que chez nos modernes psychiatres formés à l'hypnothérapie médicale de l'école américaine, mais qui a ensuite viré opération magique d'envoûtement pénalement répréhensible dont, par ex., furent accusés par une concubine jalouse le prince impérial et sa mère sous l'empereur Wudi des Han, ce qui leur valut, bien évidemment, d'être exécutés (誅殺→zhū shā→ qui implique une idée d'anéantissement de toute personne en rapport avec le criminel → génocide). La calomnie ayant été établie par la suite, l'empereur Wū en éprouvât dit-on, un tel remords et un tel chagrin qu'il en décéda peu après à 69 ans.
Bref, et autrement dit, à transférer tous les ferments des sentiments négatifs qui nous rongent (Gǔ → 蛊 = parasites) sur une action qu'on aimerait bien faire soi-même à autrui et dont l'auteur devient de ce fait carrément notre héros. Autrement dit encore cela ressort également du phénomène cathartique sauf que dans la catharsis grecque il s'agit de simple représentation.
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Pour répondre à la question comment réagiraient mes proches si j'étais en tant que sœur ou mère traitée de «putain», c'est difficile à dire car nous ne fréquentons pas de personnages susceptibles de se montrer aussi gratuitement grossiers. Ceci étant, peut-être que le frère appellerait l'HP et le fils l'autorité administrative pour faire sortir ou expulser le ou les mal embouchés, allez savoir. L'un comme l'autre plaçant leur honneur dans leur conscience professionnelle avant de le placer dans la réaction violente à l’imbécillité.
En revanche, je peux vous expliquer pourquoi je suis particulièrement sévère à l'égard des auteurs de cette sale habitude que représentent les coups de boule inopinés.
Il se trouve en effet que le fils précité, étant encore jeune, a été dissuadé par un tel coup de boule assené sur le chemin du bureau d'un juge d'instruction où il se rendait pour témoigner, s'étant rendu une première fois à mes arguments qu'il le fallait, qui plus est à quelques mètres du palais de justice, malheureusement.
Et, comme on ne peut pas obliger les gens à témoigner si en revanche on peut les en dissuader par la violence...
C'est donc également en tant que mère et pas seulement en tant que citoyenne lambda, que je suis totalement opposée à la promotion par l'Art de tels comportements.
Rédigé par : Catherine JACOB@Camille&Mary Preud'homme | 25 octobre 2012 à 09:34
Les joueurs français sont-ils caractériels ? Faut-il être soupe au lait pour être un excellent joueur ? Ce fameux coup de tête me semble être, depuis, le moteur déclencheur d'une certaine indiscipline constatée chez les joueurs français !
Une fresque de Zidane est restée longtemps tendue sur le mur d'une maison en bord de mer à Marseille, soit de 1998 à 2006 ! L'emplacement était bien trouvé. Ceux qui empruntaient la corniche ne pouvaient le manquer. Cette image était certainement plus représentative de sa qualité de joueur. Fondre un événement malencontreux qui fit perdre à la France le titre de la coupe que son équipe convoitait alors, me semble maladroit. A mon sens, elle devient un symbole de violence.
Zidane renvoie une autre image à travers l’association ELA qu’il parraine, même si les moyens que certains utilisent laissent à désirer. Je me souviens, il y a quelques années maintenant, d’individus qui à un rond-point, à l’extérieur d’une ville de Picardie, arrêtaient chaque voiture pour demander des fonds prétendument destinés à ladite association. En retour ils remettaient une casquette ou je ne sais plus quoi d’autre, mais en aucun cas un récépissé de remise de fonds. A l’époque les francs étaient encore en vigueur et sans se démonter ils réclamaient : « tu donnes ce que tu veux mais pas en dessous de 50 francs ! »…..
Il n’est pas bon aujourd’hui d’avoir un avis, de contester quoi que ce soit. Il faut suivre l’air du temps. Imposé. Sous peine d’être traité de raciste, d’arriéré, de rétro-viseur !!
Aujourd’hui Zidane ambitionne d’être le futur entraîneur de notre équipe nationale (selon certains bruits de balles on). Espérons pour elle que cette espérance se réalise… sans coup de boule !
Rédigé par : Marie | 25 octobre 2012 à 09:28
La lecture du billet me laisse perplexe.
S’agit-il d’un billet sur Zidane ou sur les tendances de l’Art moderne ?
S’il s’agit de Zidane… bof… sans intérêt pour moi. Zidane, un gladiateur parmi d’autres, mirmillons, rétiaires, footballeurs, tennismen, icônes des foules qui se cherchent des héros. L’exutoire des passions refoulées et des impuissances manifestes, par lequel le spectateur oublie sa condition et fusionne avec le joueur dans l’arène au point parfois de se battre et de mourir pour lui dans des rixes de fans. Un comble pour un spectateur dont le rôle passif devrait être le non-agir !
Par contre si le billet porte sur les évolutions de l’Art comme semble le montrer la conclusion : "Délitement des choix, désordre et fantaisie des hiérarchisations", alors le sujet devient passionnant.
Ce délitement observé ne fait que traduire le désarroi d’une civilisation en perte de repères spirituels.
L'Art est le moyen par lequel l’Homme a communiqué avec la Divinité, la Transcendance, quel que soit le nom que l’on mette sur ce concept.
L’Art pariétal des grottes de Lascaux ou d’Altamira est une prière adressée aux dieux de la chasse, pour assurer la survie du groupe.
Plus tard l’Art égyptien est exclusivement porté sur la célébration du Pharaon, Dieu vivant, et sur le voyage vers l’au-delà.
Ce sont les Grecs qui ont commencé à faire sortir l’Art du divin, montrant par là, la place de plus en plus grande que prenait la raison dans la civilisation.
Le Moyen Age a résisté, avec ses cathédrales, hymne d’amour à Dieu. Puis le siècle des Lumières a fini par balayer la référence à un Dieu. Il en est resté quand même des références à la des valeurs guerrières ou à la nature, toutes choses qui bien que terrestres, transcendent encore l’homme.
Et voilà que dans les temps modernes, l’Art perd toutes ses références à des valeurs transcendantes, divines ou naturelles, pour devenir humain, trop humain.
On arrive alors à des aberrations grotesques comme le bidet de Duchamp, ou les colonnes de Buren, ruines avant même d’être inaugurées.
Un Art qui a perdu toute transcendance peut-il encore s’appeler Art ? À cette question fondamentale, certains ont voulu répondre en parlant d’Art Nouveau, ou d’Art Déco. Ils sentaient bien que "quelque chose" leur échappait qu’ils voulaient retenir par le vocabulaire.
On ne retient pas le spirituel par des mots. L’art moderne est au mieux un style, au pire une mode, il lui manque l’essentiel pour être un Art.
Rédigé par : Tipaza | 25 octobre 2012 à 09:27
Triste reflet d'une société malade dans son tréfonds, dont l'art contemporain est le signe le plus patent : insignifiance, pseudo-provocation, course à l'argent.
Rédigé par : binou | 25 octobre 2012 à 08:54
Après point photo sur cette statue, je constate que Z. Zidane est entièrement en état de soumission : tête baissée et poing
droit fermé prêt à frapper le centre vital stratégique de M. Materazzi... comme quoi nous passerions de gravé dans la pierre à exprimé dans le bronze !
Rédigé par : calamity jane | 25 octobre 2012 à 08:22
Bonjour Philippe Bilger,
« Une statue représentant Zinedine Zidane portant un coup de tête à Marco Materazzi a été installée devant le Centre Pompidou.
L'auteur de cette œuvre - un épisode fameux et lamentable à la fin d'un match de football, en 2006 - se nomme Adel Abdessemed. »
Pauvre Zinedine Zidane. C’est sans doute le footballeur français qui a le palmarès le plus élogieux, mais il restera toujours sur son C.V. ce « coup de boule » qui apparaît comme une grosse tache de vin rouge sur une chemise blanche immaculée.
Il en est ainsi des œuvres d’art. Il faut toujours qu’un œil inquisiteur s’arrête sur la petite imperfection qui finalement prend le dessus sur la globalité de l’œuvre. L’exception qui confirme la règle en quelque sorte.
Tout ceux qui admirent « Zizou » lui ont, bien sûr, accordé les circonstances atténuantes, vu le comportement parfaitement exécrable de Marco Materazzi dont le nom restera dans les mémoires principalement suite à cet épisode peu glorieux dans lequel il a largement sa part de responsabilité.
Hélas pour en revenir à ce Adel Abdessemed , il y aura toujours de petits artistes besogneux bien décidés à accéder à la notoriété malgré la modestie de leur talent. Cela existe dans toutes les disciplines, artistiques ou autres.
Qui aurait parlé de cet « artiste » sans sa petite exposition malsaine ? Sans doute personne. Au moins aura-t-il obtenu la satisfaction de faire le buzz pendant quelques jours. Espérons que cela suffise à satisfaire son besoin de gloriole.
La censure, dans ce cas, était-elle nécessaire ? Je pense qu’en l’ignorant on aurait évité d’accorder plus d’importance que n’en méritait le bonhomme.
Rédigé par : Achille | 25 octobre 2012 à 07:20
Mmm !
Dans la basse-cour ça discute dru en défendant les pépiements de ses ouailles.
Zidane ou l'hydre du racisme "anti-blanc" !
J'ai pas tout compris ? Tant pis.
Rédigé par : calamity jane | 25 octobre 2012 à 06:52