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Voici les sites qui parlent de Nicolas Sarkozy inspiré :

Commentaires

oursivi@AP

"Là où je suis totalement en désaccord avec vous... qu'une semaine ou deux de plus... c'est énorme pour toute la famille."
AP

Mais je n'ai jamais contredit cela - relisez-moi ou alors je me suis vraiment très mal expliqué - que ces deux semaines ne puissent être sublimement bonnes à prendre, mieux, à vivre.

"ténu trésor", 'ténu' car étroitement tenu par le temps, mais, 'trésor'... et peut-être davantage encore de la sorte.

J'ai juste tenté de me mettre dans la peau des médecins qui, sans doute influencés par votre oncle, ont dû (pu ?) penser ""qu'on irait pas beaucoup plus loin"" et ont, à vous lire, fantasmé une difficulté à continuer factice que votre père a bien su comprendre et temporairement résoudre.

Ce que j'avance n'est rien de plus que ce que vous dites. Quand cela devient insupportable à la personne et qu'on ne peut rien pour elle sinon faire ce qu'elle désire en ayant tout tenté avant - ce qu'a si bien su faire votre père - cela juste, je le prétends humain, hautement, mais vous aussi sans doute, toutes réserves ou confusions levées.

Je crains pour l'intérêt de ce débat que nous soyons tous d'accord, non que je veuille l'euthanasier, il mourra de sa belle mort, mais que tout ou presque n'ait été maintenant éclairé.

AO

Alex paulista

@ oursivi

C'est très compliqué de donner le poids de ce choix à une personne déjà en grande difficulté physique et psychologique. Je ne suis pas sûr que ce soit pertinent, à moins qu'il n'y ait strictement aucun espoir et que la souffrance ne puisse être soulagée.

Là où je suis totalement en désaccord avec vous, c'est qu'une semaine ou deux de plus à pouvoir discuter calmement avec son épouse, enfants et petits-enfants de ses souvenirs, de ce qu'on a fait, ce qu'on aurait voulu faire, à dire sans le dire qu'on a fait un joli tour et qu'on est prêt, c'est énorme pour toute la famille.

Bref, la fin de vie n'est pas bien encadrée actuellement. Avant de s'occuper d'euthanasie et autres suicides assistés, commençons par surveiller ce qui se fait dans les cas classiques.

oursivi@PB

Philippe, finalement, vu la tournure durable, passionnée et dense des commentaires à votre présent billet, je suggère d'en changer le titre - je pique une idée à Marc - lui préférant,

Nicolas Sarkozy* inspirant.

Mais peut-être vouliez-vous dire "inspiré" au sens de l'existence d'un souffleur ?

Je me suis toujours amusé à l'idée que le "nègre" d'un de "nos en vue", puisse faire s'achever le papier que lira la célébrité d'un, "je ne vous le fais pas dire, enfin, un peu quand même".

AO

oursivi@AP

@Alex paulista

Ce que suggère votre commentaire aux accents si personnels - et donc si universels - est avant tout la disparité complète des empathies. Pour certains, on le sait, la vue du sang ou de la moindre souffrance est intolérable, ils se l'approprient tant que celle d'autrui sature très vite leur discernement. Était-ce le cas de votre oncle, c'est possible. Vous semblez, vous et votre père, avoir davantage de sang-froid, on vous en félicite mais cela n'est pas forcément le gage d'une plus grande humanité, même si assurément dans le cas que décrivez, c'est à vous deux que donnons raison.
Les médecins en sont peut-être surtout embarrassés de ces cas, ne pouvant de par leur récurrence, entrer dans cette empathie envers leurs malades qui, soit les détruirait, soit les rendrait inopérants.
Ils ne jugent pas forcément au mieux l'aspect psychologique de la chose et, au vu de l'illégalité probable - on en revient à la loi et à sa nécessité - où ce qu'on attend d'eux va les placer, ils se défaussent sur un tiers assez concerné pour sembler prendre sur lui raisonnablement la situation. Ce fut votre oncle, puis votre père, et les médecins au milieu dont on sent qu'ils ne font jamais que ce qu'on leur demande. Certes, cela peut sembler bien arbitraire et laisser la porte ouverte à bien des dérives. Mais je pense que s'ils avaient d'abord privilégié la position de l'oncle, c'est, étant sûrs que les deux semaines dont nous décevez un peu - je m'attendais à ce stade de ma lecture à ce que concluiez d'un "et, deux ans plus tard, il est toujours là" - ne seraient guère davantage, et surtout qu'ils n'avaient imaginé qu'elles seraient pour quelques d'entre vous le ténu trésor que laissez entrevoir.

Ce que vous décrivez m'évoque assez le rôle "des sages" dont beaucoup de sociétés pas si primitives que cela font usage.

Sachant la possibilité de dérive que suggère votre récit et ses sous-entendus, les deux seuls points à défendre avec le dernier argumentaire sont, instruction sans réserve du patient sur son propre cas, et dès lors respect de sa volonté à lui, qui, comme je le défendais déjà dans un de nos récents échanges, est l'ultime maître de sa destinée ; chose dont sembliez disconvenir...

Gérard Lenne a raison d'argumenter en ce sens. Edifiant qu'il ait utilisé le même parallèle que celui dont avais usé au début de mon dialogue avec Véronique, je pense à la loi sur l'avortement, bien entendu.

Mais, à bien relire tous nos récents commentaires, je ne suis pas certain que, "l'irrémédiable" rapport au droit de Véronique mis à part, nous soyons tous si éloignés les uns des autres que cela, à quelques irritations des amours-propres respectifs près.

Des broutilles, quoi qu'il m'en coûte d'employer un mot si léger en un sujet si grave.

AO

MS@GL

Apprenons enfin de la voix d’AK qu’une personne agonisant dans d’atroces souffrances sera miraculeusement soulagée si elle reçoit « des nouvelles de ses petits-enfants ». Mais c’est le monde des Bisounours !

Cette personne est au contraire sous soins palliatifs en vue, dit Axel Kahn, de continuer à trouver de l'intérêt à la vie. Et il ajoute (en cas d'atroces souffrances) : l'exigence de les soulager vient absolument en premier, même si cela doit entraîner la mort.


Le discours « modéré », c’est bien connu, est une tactique qui a pour objectif de piéger subtilement l’adversaire en le circonvenant.

Il est clair, Gérard Lenne, que cette approche n'est aucunement la vôtre et que vous ne recherchez guère l'assentiment de vos interlocuteurs par de subtiles contradictions.

Alex paulista

Chacun a ses petits exemples dans sa famille, mais dans la mienne, j'ai deux cas où l'on a dû surveiller les doses de morphine qui avaient tendance à aller au-delà du soulagement de la douleur.


Car il y a une réalité que les cas médiatisés occultent: les équipes soignantes ne sont pas toujours programmées psychologiquement pour un patient qui n'a aucun espoir de rémission. Si un des membres de la famille, par exemple un des fils, dit à l'équipe médicale qu'il est pressé d'en finir pour des raisons autant patrimoniales que psychologiques (parfois quand on voit son père diminué, on a envie que ça cesse), on assiste à des choses étranges, des regards complices qui vous font froid dans le dos.

Pour parler net, mon grand-père était en train de mourir d'un cancer du pancréas. Il ne mangeait que difficilement les yogourts mélangés aux fruits qu'il préférait, jusqu'au jour où il a cessé, ne pouvant plus déglutir. On avait augmenté la morphine alors qu'il ne souffrait pas particulièrement. En se renseignant un peu (les médecins détestent ça) on apprend que la difficulté à déglutir est une conséquence directe de la morphine. Il s'amaigrissait, les médecins disaient que c'était l'effet du cancer, mais on était plusieurs à se dire que c'était d'abord l'effet de ne rien avaler.

Il était en train de mourir de faim. Devant cette situation, quand on passe quelques jours au chevet de son grand-père, on commence à poser tout haut la question de savoir si tant de patches de morphine sont vraiment nécessaires. Là on voit un énervement visible de la troupe, les médecins qui commencent à s'isoler avec l'oncle en question, nerveux. On comprend que quelque chose ne tourne pas rond, qu'en votre absence l'équipe médicale a pris une option très suspecte.

Mon père a décidé devant les médecins gênés d'enlever les patches supplémentaires, en disant d'attendre de le voir souffrir pour les remettre. Silence, puis un timide et effacé "oui, bien sûr, comme vous voulez" du médecin responsable.
Le lendemain, voilà mon grand-père qui recommence à manger, le surlendemain il fait des bruits de bouche énervés quand ma grand-mère se trompe en évoquant des souvenirs, le jour d'après il s'assoit au bord du lit et parle doucement. Puis demande à ce qu'on l'aide à gagner les toilettes avec un déambulateur.

J'estime qu'il a gagné entre deux et trois semaines de vie, sans souffrir, à discuter tranquillement de ce qu'étaient devenus les gens de sa génération et leurs enfants.

Ce même oncle a poussé dans la même direction quand sa tante attendait la mort dans son lit avec un bassin fracturé à 97 ans. Nous étions là pour le freiner.
Je lui ai fait remarquer cet air de déjà vu. Il m'a dit texto: "quand c'est fini, je n'aime pas que ça traîne, la vie coincé dans un lit et sans espoir ce n'est pas la vie. Ça s'appliquera aussi pour moi, j'espère."

C'est un point de vue, mais pas le mien.

Gérard Lenne

@ MS

Ciel ! Axel Kahn !
Le discours « modéré », c’est bien connu, est une tactique qui a pour objectif de piéger subtilement l’adversaire en le circonvenant. En cela, AK est redoutable. Militant actif contre l’euthanasie, nous savons qu’il figure parmi les conseillers les plus influents de François Hollande. Nous sommes quelques-uns à avoir redouté, en mai dernier, qu’il fût nommé ministre de la Santé. Mais il reste tapi dans l’ombre, et je ne serais certes pas étonné qu’il soit largement à l’origine de la composition de la très orientée commission Sicard…
Il convient donc de décrypter soigneusement l’interview que vous citez.
AK approuve « une loi qui indique que donner la mort volontairement reste interdit ». Il oublie « volontairement » (ha !) que la volonté en question n’est pas celle de celui qui donne la mort, mais de celui qui la reçoit. C’est la volonté de celui-ci qu’il convient de respecter, et ça change tout ! Quelle hypocrisie de vouloir, comme d'habitude, faire passer le geste compassionnel pour un meurtre pur et simple !
Pour se dédouaner, AK nous précise que « les tribunaux acquittent d'ailleurs souvent celui qui a pris la responsabilité personnelle d'aider son prochain à se suicider » vieil argument qui, en corollaire, signifie : pas la peine de changer la loi ! Jusqu'en 1974, on entendait les mêmes nous expliquer que la mansuétude des tribunaux aidant, il n’était pas nécessaire de dépénaliser l’avortement.
Continuons d’écouter AK, c’est instructif. Si une personne demande l’euthanasie, très simple, « Il faut d'abord s'efforcer de rétablir les conditions d'un choix réel » (sic). Parce que, bien entendu, AK pose en principe que la supplication répétée depuis des mois, voire des années, par cette personne, s’explique par sa méconnaissance d’un « choix réel ». Un choix réel ! On croit rêver…
« Si celle-ci souffre, il faut d'abord arrêter la douleur ». Facile à dire, moins facile à faire. Si c’était si simple, d’ailleurs, qui demanderait encore l’euthanasie ? AK est-il si naïf qu’il croie qu’on la demande par caprice, pour le plaisir ? Non, mais il fait semblant.
Il continue (et surenchérit) en expliquant doctement qu’il suffit de « donner de l’amour ». Parce que, probablement, imagine-t-il qu’on ne leur en donne pas assez, que la mère de Vincent Humbert, par exemple, était animée par la haine de son fils ?
Apprenons enfin de la voix d’AK qu’une personne agonisant dans d’atroces souffrances sera miraculeusement soulagée si elle reçoit « des nouvelles de ses petits-enfants ». Mais c’est le monde des Bisounours !

oursivi@VR

"Ayez l'humilité de considérer"
Toute VRité est-elle bonne à dire ?

C'est bien mal me connaître que de convoquer ce sentiment.

Là où ai dit "procédural", je persiste et insiste, chère Véronique.

Une loi que la pratique quotidienne détourne nécessairement chaque jour n'est plus que symbolique. La façon concrète dont la médecine quotidienne de fin de vie - qui en est encore une dans son combat non plus face à la maladie mais à la douleur - renvoie aux oubliettes les textes qui sont aussi censés la régir, peut certes froisser les puristes du droit qui par l'aspect universel de celle-ci croyaient pouvoir tout régenter et en sortent... vexés serait un peu fort, disons contrits, j'en conviens.

Mais la loi, comme la religion, doit s'adapter à quelque chose qui va plus vite et plus loin qu'elles... la vie.

Interrogeons-nous plutôt sur la nature de ce qui, sous-jacent, élargit les deux premières pour coller au mieux à la troisième, lui laissant surtout toute sa noblesse... ce sens évolutif que nous nous plaisons à donner à tout, et qui est au coeur de notre humanité.

AO

MS

Si ce n’est pas vraiment un « remède » que je préconise, c’est du moins une solution, et je constate que face à un problème de conscience aussi aigu, vous n’en proposez aucune.

Gérard Lenne,

Aucune solution "définitive" en effet, moyennant quoi vous ne pouvez dans un même élan me reprocher d'être un partisan de "l'impératif catégorique", autre approche définitive.

Je me sens proche en ce domaine des positions équilibrées d'Axel Kahn développées notamment dans "L'ultime liberté ?". Outre son expérience de médecin, ses rappels sur ce qu'autorise la loi actuelle sont instructifs.

_________

L'euthanasie doit donc rester illégale?

AK - La loi ne doit pas se fixer pour but de rentrer dans les détails de toutes les pratiques. Elle a avant tout un rôle pédagogique ; elle doit définir des valeurs autour desquelles une société se réunit. Et une loi qui indique que donner la mort volontairement reste interdit me convient. Mais il peut évidemment y avoir des exceptions. La situation où l'euthanasie serait la seule possibilité pour éviter un scandale encore plus terrible – à savoir la douleur que l'on ne sait pas calmer – m'amènerait sans doute à y consentir. Dans de tels cas, les tribunaux acquittent d'ailleurs souvent celui qui a pris la responsabilité personnelle d'aider son prochain à se suicider, comme pour le cas de légitime défense. Il est alors important que la procédure judiciaire soit rapide et simplifiée.

Comment répondre à une personne demandant la mort?

AK - La première réponse ne doit jamais être d'accéder à cette demande, même si une procédure en définit les conditions, comme dans les pays où l'euthanasie est légale. Il faut d'abord s'efforcer de rétablir les conditions d'un choix réel et faire que différentes perspectives potentiellement désirables s'ouvrent à la personne.

Si celle-ci souffre, il faut d'abord arrêter la douleur. Si elle est totalement abandonnée ou désespérée et qu'elle remet en question sa place dans la société, il faut essayer par tous les moyens de lui faire prendre conscience de son importance pour autrui, du fait qu'elle reste une personne ayant de la valeur aux yeux des autres et qu'elle peut être réellement l'objet d'amour.

Est-ce vraiment toujours possible?

AK - Non, malheureusement. Mais il faut alors reconnaître que donner la mort parce que l'on est incapable d'offrir l'amour, reflète l'absence de toute bonne solution et n'offre pas une réelle liberté. La liberté, c'est au moins d'avoir le choix entre deux solutions.

Les soins palliatifs apportent-ils une réponse?

AK - Les soins palliatifs doivent permettre de continuer à trouver de l'intérêt à la vie malgré l'issue fatale prévisible à brève échéance. Leur but n'est pas de préparer à la mort, mais de déterminer les conditions d'une vie pour qu'elle reste désirable. Une personne qui va mourir peut se réjouir d'échanger avec des gens qu'elle aime ou qu'elle respecte, comme par exemple d'avoir simplement des nouvelles de ses petits-enfants.

Peut-on donner la mort pour soulager la douleur?

AK - Oui, il s'agit de l'approche du « double effet », qui est encadré par la loi en France. Avant même l'interdiction de tuer se trouve l'assistance obligatoire que doit la société aux personnes dont la souffrance provoque une détresse insupportable. L'exigence de les soulager vient absolument en premier, même si cela doit entraîner la mort.

Gérard Lenne

@ MS

Je n’ai pas une telle habitude de citer les poètes catholiques, cependant je vais récidiver en me référant cette fois à Péguy, et à son impérissable formule : « Le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains » (1910).
Vous m’évoquez Kant en effet, puisque, pour les opposants acharnés à l’euthanasie, le respect de la vie est manifestement ce qu’il appelait un « impératif catégorique ».
Pour pratiquer une euthanasie, au contraire, il faut des mains – dont vous doutez évidemment qu’elles soient toujours pures. Je vous accorde qu’il n’y a en la matière aucune vérité immuable et absolue, puisqu’il s’agit avant tout de l’humain.
Vous semblez opposer le juste et le vrai. Or, le vrai est un concept (invérifiable), tandis que le juste est intimement lié à notre vie et à nos actes.
Si ce n’est pas vraiment un « remède » que je préconise, c’est du moins une solution, et je constate que face à un problème de conscience aussi aigu, vous n’en proposez aucune.

MS

Et c’est cela qui est insupportable dans ce cas précis. C’est de voir, et pardon si je me répète, « le juste mis au rang des assassins » (Francis Jammes).

Gérard Lenne,

Dans ce cas précis, le juste est donc celui qui s'oppose à la force selon lui injuste de la loi.
Plus grande in fine que la loi est donc la liberté de conscience. Dont acte.
Mais est-on systématiquement dans le vrai au seul motif que l’on fait usage de sa liberté de conscience ?
On peut, dans ce cas précis, répondre que d’un côté la souffrance et de l’autre la compassion vis-à-vis de cette souffrance forment deux vérités incontestables. Mais ces deux vérités relèvent du diagnostic et ne fondent en aucune manière celle du « remède » que vous préconisez.
De ce que l’on combatte l’injuste il ne suit pas que par principe tous les moyens soient justes de ce combat.

Véronique Raffeneau

Gérard, oursivi

Je vous laisse après ce post.

Quel que soit notre degré d'intérêt ou de désintérêt pour le code pénal, celui-ci énonce sans la plus infime ambiguïté qu'enlever la vie volontairement est un meurtre, le préméditer est un assassinat.

Que vous le vouliez ou non, introduire l'euthanasie comme une exception à ce principe évident et universel implique de le bouleverser de fond en comble, avec des conséquences infiniment graves pour notre monde humain, et pour ce qui reste de notre contrat social.

"Renier cette double exigence est gros de menaces pour notre monde humain et une France se piquant d'être un modèle" (Philippe)

oursivi, ce n'est pas l'aspect procédural qui m'a motivée dans cet échange avec Gérard et vous-même.

Ayez l'humilité de considérer que vous ne savez rien de ce qui motive un commentateur du blog de Philippe à, selon votre expression, ne rien lâcher de ce qu'il estime fondamental à sauvegarder et/ou essentiel à combattre.

oursivi@GL

Rédigé par : Gérard Lenne | 29 décembre 2012 à 13:44

Ce que vous dites est très juste, même évident, cher Gérard. Mais essayer de faire admettre cela à la tatillonne Véronique est aussi évident que d'entrer un ballon de basket dans un trou de green.

A votre bunker Messieurs Dames.

Ai tenté de faire comprendre à Mâme Raffeneau qu'il est sidérant qu'EDM puisse dire - et rester populaire ! - qu'il se contrefiche que ses clients soient ou non coupables et que seul lui importe de les faire libérer... sans le commencement d'un début d'acquiescement. On ne peut récolter de la - par ailleurs, vraiment - sympathique Véronique qu'une avalanche d'aspects procéduraux dont la sophistique finit par décourager même les plus opiniâtres. J'en suis.

AO

Gérard Lenne

@ Véronique R.

Vous raisonnez dans la perspective d’une justice idéale, sereine, infaillible, dont nous savons bien qu’elle n’existe pas.
Vous auriez aimé, si je comprends bien, que Marie Humbert et le docteur Chaussoy puissent s’exprimer et s’expliquer. Peut-être l’auraient-ils souhaité. Mais en tout état de cause, pour répondre clairement à votre question : non, la cour d’assises n’est pas le lieu pour cela.
Outre que la tragédie de Vincent Humbert est de l’ordre d’une intimité qu’il ne me semble pas judicieux d’étaler sur la place publique, rien ne fera que l’institution judiciaire ne soit pas organisée pour accuser, pour juger, pour sanctionner.
Et c’est cela qui est insupportable dans ce cas précis. C’est de voir, et pardon si je me répète, « le juste mis au rang des assassins » (Francis Jammes).

Véronique Raffeneau

@ M. Lenne

Le procureur et le juge d'instruction, à travers le non-lieu, ont précisément verrouillé la porte au débat contradictoire dont l'audience publique, en matière judiciaire, est la garantie, également à la manifestation de la vérité, et au contrôle démocratique par la société représentée en miniature par les jurés populaires... héritage, s'il en est, de l'esprit des Lumières.

Je suis loin d'être convaincue que l'affaire Humbert soit une émanation de Voltaire dénonçant à travers Calas l'arbitraire.

Les magistrats ont considéré que les pressions, en tout premier la pression médiatique, avaient en quelque sorte privé Madame Humbert et le Dr Chaussoy de leur libre arbitre.

"Par ailleurs, est-on certain que le procureur Lesigne n'a cédé qu'aux instructions de sa hiérarchie et aux "pressions" des médias quand il a choisi de mettre fin à la procédure judiciaire ?"

Le procureur :

"L'option retenue est que cette pression était si considérable qu'elle a privé l'intéressé (le Dr Chaussoy) d'une liberté de choix, qu'elle l'a placé en situation de contrainte, comme le montrera tout son comportement par la suite"

Une contrainte explique-t-elle à elle seule un acte d'euthanasie, exonère-t-elle d'en transgresser l'interdit ?

Ne pensez-vous pas qu'en réalité le procureur Lesigne, ici, ne parle que... de lui et de sa collègue juge d'instruction ?

Une cour d'assises, avec une opinion médiatique enfin assignée à sa juste place - comme l'écrit Philippe : dehors - n'avait-elle pas son mot à dire et à faire valoir ?

Gérard Lenne

@ Véronique Raffeneau

Ce que Philippe appelle "contrainte médiatique", c'est en gros l'expression de ce qu'on a baptisé depuis Voltaire "l'opinion publique". J'entends bien que la justice n'a pas à se conformer systématiquement aux « diktats » de l'opinion publique - le résultat serait parfois catastrophique. Il est également impensable qu'elle n'en tienne pas le moindre compte dans certains cas, c'est-à-dire lorsqu'elle exprime un fort mouvement d'indignation citoyenne.

Par ailleurs, est-on certain que le procureur Lesigne n'a cédé qu'aux instructions de sa hiérarchie et aux "pressions" des médias quand il a choisi de mettre fin à la procédure judiciaire ? N'oublions pas que cet homme avait, depuis Outreau, beaucoup à se faire pardonner. Sans doute - et je le souhaite pour lui - a-t-il suffisamment culpabilisé pour rejoindre cette fois le camp de l’humanité.

Pour nous résumer, je crains en effet que la future loi suive les recommandations du rapport Sicard, et donc qu’elle ne règle pas le problème. Il faudra alors reprendre le combat… mais nous en avons l’habitude !

MS

"On n'est pas des bêtes."
Rédigé par : oursivi | 27 décembre 2012 à 19:10

Raison pour laquelle on ne peut définitivement se résoudre à supprimer une vie humaine comme on pique un animal.

Il demeure que certaines vies semblent parfois ne plus avoir de vie que le nom et, la souffrance étant à ce point susceptible de n'épargner personne, l'empathie en l'espèce est on ne peut plus communément partagée. La prudence devrait l'être au moins autant, tant...

"l'enfer est toujours pavé de bonnes intentions."
Rédigé par : oursivi | 27 décembre 2012 à 19:16

oursivi

Rédigé par : Véronique Raffeneau | 27 décembre 2012 à 07:01

Ahhh, elle ne lâche rien, elle délire mais ne lâche ni ne lâchera rien !

Restera à voir ce qu'en restera, justement, une fois cruellement mise au pied du mur ; ce qu'on espère le plus tard possible vous concernant.

On n'est pas des bêtes. Nous ne vous rappellerons alors point vos paroles visant "les injonctions des groupes de pression médiatiques dominants du moment".

J'espère pour vous que "les en charge" ne seront point menacés par la loi quant à faire ce qui vous semblera le mieux pour vous-même, et qu'ils satisferont vos désirs, quels qu'ils soient.

AO

Véronique Raffeneau

Parce que ce sujet est infiniment difficile, en complément à mon post adressé à Gérard Lenne, en lien le billet que Philippe a écrit en février 2006, suite au non-lieu général prononcé dans l'affaire Humbert:

"La contrainte médiatique : une première ?"

http://www.philippebilger.com/blog/2006/02/la_contrainte_m.html

Véronique Raffeneau

@ M. Gérard Lenne

"Soyons clairs, soyons simples"

Le procureur Lesigne - je sais bien, le procureur que le grand public a appris à connaître à travers l'affaire d'Outreau... -, dont on a compris qu'une des spécialités professionnelles, à Boulogne-sur-Mer, était de se plier aux mille et une injonctions politiques et médiatiques, a requis en 2006 un non-lieu général à l'encontre de Marie Humbert et du Docteur Chaussoy, ce qui revenait à une décision d'abandon des poursuites.

Le juge d'instruction s'est plié à ses réquisitions ; il a délivré une ordonnance de non-lieu.

M. Lenne, personne ne peut dormir tranquille face à une telle désertion de la justice et au constat de sa dévotion et soumission aux pressions et diktats, quand du plus petit au plus haut niveau, tout a été entrepris pour faire plier, dans l'affaire Humbert, l'application de la loi qui interdit de tuer.

"Si la loi que votera l'actuelle majorité va dans tle même sens, elle sera également insuffisante et donc mauvaise"

Sauf à avoir mal compris le rapport du professeur Sicard, la future loi, si elle s'inspire des conclusions de la mission Sicard, continuera en effet d'interdire l'euthanasie telle qu'elle a été pratiquée avec Vincent Humbert.

Cependant, tranquillisez-vous :

il y aura toujours un procureur et un juge dont les décisions finiront par se confondre avec les injonctions des groupes de pression médiatiques dominants du moment et avec les consignes du Pouvoir politique du moment.

Gérard Lenne

Pour en revenir au sujet essentiel de ce fil, il me semble peu utile de couper les cheveux en quatre et de multiplier les hypothèses d'école dans le but, la plupart du temps, de noyer le poisson.

Soyons clairs, soyons simples. Tant qu'il n'y aura pas en France la possibilité pour un Vincent Humbert d'être soulagé de ses souffrances sans que son sauveteur soit traité en criminel, nous ne dormirons pas tranquilles.

La loi Leonetti fermait la porte à cette possibilité, elle était insuffisante et donc mauvaise.

Si la loi que votera l'actuelle majorité va dans le même sens, elle sera également insuffisante et donc mauvaise.

Gérard Lenne

@ oursivi

Merci de ce témoignage ! Si quelque chose a pu rester de mes travaux, je n'aurais pas cru que ce fût dans le cadre de ces rubriques sur les disques de rock, en l'occurrence, que j'avais inaugurées à "Télé 7 Jours". Moment d'émotion pour moi...

oursivi

Mais la loi Leonetti me paraît parfaite

http://www.securitesoins.fr/droit-et-fin-de-vie/quels-sont-les-5-principes-fondamentaux-de-la-loi-a-retenir_fr_75_10.html

rien à y changer, sauf le fait que si comme ai souvenir de l'avoir lu ces derniers mois, des praticiens sont encore tourmentés au point d'être traînés au tribunal malgré la clause qu'affirme le dernier point de cette petite synthèse mise en lien, c'est que subsiste un hic.

Et... tout ce que redoutez me semble déjà largement dans le champ du réel.

J'aime que ne lâchiez pas le morceau, tout le contraire d'une posture, d'un positionnement. J'ai horreur des inconséquents.

Joyeuses fêtes à vous.

AO

Véronique Raffeneau

@ oursivi

La loi Leonetti interdit l'acharnement thérapeutique. Elle autorise les médecins à administrer des traitements anti-douleur pour soulager la souffrance, y compris quand ces traitements ont comme conséquence d'entraîner la mort.

De quel flou juridique me parlez-vous, oursivi ?

"...mais dans le même temps devez admettre que certains cas particuliers envoient des pratiquants fort honorables devant les tribunaux..."

Avez-vous des exemples de médecins poursuivis et traduits devant les tribunaux qui en conscience, avec comme seul objet de protéger leurs patients d'inhumaines souffrances, ont prescrit en phase terminale une dose d'antidouleur telle que celle-ci était susceptible d'entraîner leur mort ?

J'admets que la loi autorise le médecin à opérer ce choix thérapeutique ultime.

Je n’admets pas que la loi à venir que le président de la République veut faire voter à toute allure aille au-delà : le risque est trop grand de faire évaluer dans l'approximation - avec quels critères ? - par les équipes médicales la volonté profonde du patient.

Les risques d’évaluation et d’interprétations abusives seront surmultipliés. Comme je vous l’ai dit, au final les critères des "évaluations" saturées de notions sommaires et juste nourries et portées par les airs du temps du moment se confondront avec les sauvegardes de l’implicite des services.

Et qu’en sera-t-il de tous ceux qui ne sont pas à même d’exprimer leur volonté ?

Qu'en sera-t-il des recalés au suicide assisté pour - sans exagération - manque de motivation et détermination à mourir, de ceux qui échoueront à l'écrit et à l'oral à convaincre votre jury surpuissant ?

Votre loi que vous supposez d'une précision imparable doit-elle les autoriser à former des recours contre les collégialités de l'hôpital pour non assistance au suicide assisté ?

Un médecin peut évaluer le risque pour le patient d’une souffrance physique insupportable. Même avec la plus grande humanité du monde, il ne peut pas évaluer la volonté de son patient à vivre ou à mourir.

Enfin, comme l'écrit le professeur Sicard, en premier nous devons tous admettre que :

"C’est une utopie de penser pouvoir enfermer une pratique dans une loi, et la mort dans des limites ; on voit bien qu’il est impossible de déterminer des critères. Toute loi est débordée le jour même par une autre situation, et en appelle une autre"

D’abord cela.

Duval Uzan

Vous écrivez :
"Le risque est grand alors de voir une société supprimer des vieillards, avec leur consentement, pour supprimer la vieillesse et la peur qu'elle nous inspire"

Mais de quel consentement s'agit-il ?
Les vieux ne font que lire les désirs de ceux qui les entourent. Ils cherchent à leur faire plaisir.
Déjà maintenant on nous regarde comme ceux qui n'ont pas beaucoup de chemin à faire. On veut se donner bonne conscience et on invente la demande du malade.
Mais toujours il faut poser la question face au désir quel qu'il soit : à qui appartient ce désir ?
Mais les vieux le sentent, ce discours à peine murmuré, et ça les rend violents.

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