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14 avril 2014

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Voici les sites qui parlent de Loin de Rennes, loin de la justice... :

Commentaires

Lana

Mille fois d'accord avec vous Camille : "sans super avocat, point de salut".
Quoi qu'en dise monsieur Bilger, notre justice dysfonctionne et les exemples que vous donnez l'attestent.
On pourra nous rétorquer que par rapport au nombre de choses jugées, les erreurs sont rares, certes, mais quand dans certains procès (je parle en particulier de celui d'Omar Raddad) on constate de façon flagrante certaines irrégularités qui forcément vont nous mener dans le mur ou plus précisément à la condamnation d'un homme et ce sur des approximations, on peut prendre peur.
Les propos décalés voire outranciers du président Djian, les avis radicalement contraires du directeur d'enquête et des légistes quant à l'arme du crime, notons avec effroi que c'est le directeur de l'enquête qui l'emporte sur les constatations médico-légales, une pièce à conviction saisie et détruite, on ne sait encore aujourd'hui pourquoi, etc., etc., cela fait froid dans le dos.
Je constate avec stupéfaction que les comptes rendus de presse ont suffi à monsieur Bilger pour se forger une opinion dans le procès Agnelet alors que dans celui d'Omar Raddad, il s'était effrayé de ce que cette même presse était intrusive, délirante et repondant trop à l'affect car en faveur de l'accusé.
Ces réactions à géométrie variable sont pour le moins surprenantes sinon décevantes.

Gérard Lenne

"Vendre des objets nazis aux enchères n'est pas un délit. Et, donc, les acheter non plus."

J'aime cette phrase qui relève d'une vraie logique du droit, contrairement à la loi absurde qu'on nous prépare sur la prostitution : se prostituer n'est pas un délit, avoir recours à la prostitution si.

oursivi

Bon, il est quand même tentant de renvoyer à la motivation d'une conclusion...

http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2014/04/17/affaire-le-roux-la-motivation-de-larret-qui-a-condamne-maurice-agnelet/#comment-28124

Elle me fait faire excuses aux juristes pour les sentir ici bien arrimés du côté de la raison.

Donc tact.

Plus généralement, on pourrait légalement requalifier un acte d'accusation pour le faire mieux coller aux faits qui ouvrent une enquête et justifient un procès.

Ne pas poursuivre un Agnelet et ses semblables pour assassinat mais pour organisation de disparition.

Y en aura-t-il pour nous faire rire d'un, "pas de corps, pas de disparition" ?

Celle-ci étant aussi "avérable" que cruelle à ceux qui se soucient du disparu(e), et sans les contestations sottes que l'on sait.

Ainsi on prêterait moins le flanc aux pinaillages improductifs.

Le droit statuant sur des préjudices avérés, celui de la partie civile serait immédiatement clair et sans appel.

Jamais plus de ces informes Pas de corps, pas de crime, si belle part laissée au vice.

AO

genau

@ Savonarole

Je ne sais pas ce qui m'a pris : mais Lyautey est mort, si je ne m'abuse, en 1934.
Alors, soit vous m'avez pris pour un crétin, c'est gagné, soit je ne sais pas. Par égard pour le pseudo du plus grand censeur de l'histoire, le destructeur de Botticelli, j'encaisse, mais je vous surveille, d'outre-Rhin.

oursivi

Rédigé par : Véronique Raffeneau | 17 avril 2014 à 07:47

Chère Véronique, ce procès s'est en effet un peu enlisé dans de l'émotionnel qui l'a laissé un peu au large de ses fondamentaux.

Ceux-là sont lisibles - et accablants - dans la chronique de PRD de 2006 :

http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2006/11/

Nul n'était besoin du récent témoignage - très probablement sincère - du fils pour se faire une conviction de ce que Me Kiejman avait dégagé de cohérence à l'ensemble de ces faits.

Oui, avez raison de vous plaindre de cet aspect par trop spectaculaire ayant étouffé les dernières journées du procès.

Non, ne l'avez pas de demander ce que ce monsieur a radicalement décidé de taire.

De le demander aux autres.

La destination du corps, les circonstances de l'élimination...

Demandez-lui plutôt pourquoi il avait besoin d'un alibidon ?
Pourquoi il a oeuvré méthodiquement à la captation puis à la récupération à son seul avantage de ce qu'il avait fait capter, "détail" exigeant la disparition de qui a disparu, pourquoi il a bricolé le document qu'il a fait écrire à cette même personne, pourquoi il a perdu momentanément complètement pied à la découverte de ce document par les enquêteurs... demandez-lui encore une demi-douzaine de choses qui ont convaincu qui devait trancher puis penser comme je le fais, comme vous le faites aussi, probablement, malgré cette fichue manie de vous en référer à un formalisme stérile, je pense qu'à vous aussi... on ne la fait pas.

Mais, sincèrement Véro, ne perdez pas votre temps, ce type ne dira jamais rien.

Il nous a convaincu de ce qu'il est vraiment. Et ce "qui", sa femme l'a dit.
Son témoignage était encore plus accablant que les propos de leur fils.

oursivi@MS

Lui tirer même un mot de vérité est au-dessus du pouvoir des hommes.
http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2006/11/28/3eme-journee-daudiencemaurice-agnelet-de-la-fascination-a-la-haine/ AO

Breizmabro

@ oursivi du 17 avril 2014 à 00:10

Je ne vois pas bien ce que Dupond-Moretti vient faire dans cette affaire... et encore moins comme procureur :-( mais bon nous sommes maintenant habitués à vos billevesées.

Breizmabro

@ Tendance | 16 avril 2014 à 23:57

Effectivement ! Cela fait un peu froid dans le dos toute cette hiérarchie judiciaire qui refuse de se déjuger...

Merci pour ces éclaircissements.

Véronique Raffeneau

Chère Catherine, ce que je conteste du billet est le fait que Philippe affirme avoir été informé de l'essentiel du procès par les comptes rendus qu'en ont fait P. Robert-Diard et S. Durand-Souffland.

A mon sens, les deux journalistes n'ont pas informé leurs lecteurs du déroulement des audiences.

Ils se sont contentés d'exprimer en long et en large leurs états d'âme, leurs émotions, leurs tourments liés à leur fascination sombre pour un "désastre familial", fascination aggravée par leur proximité avec les professionnels judiciaires du procès, que le lecteur pressent et devine à chaque mot.

En les lisant, cette proximité m'a mise mal à l'aise.

Ils ont reproduit, en s'y engouffrant, l'analyse monolithique de l'accusation, qui normalement était censée être débattue lors des audiences.

Cher oursivi, les compteurs ont été remis à zéro pour ce troisième procès.

Ce qu'il faut retenir : ce qui a été débattu ici et maintenant.

Les comptes rendus encensés par Philippe ne le permettent pas.

oursivi

Rédigé par : Breizmabro | 16 avril 2014 à 10:44

Vous êtes d'une sottise émouvante, vous.

Même EDM ne vous mérite pas comme procureur.

Sont des limites à l'indécence. Même moi je n'oserais pas écrire sur lui ce que vous dites.

AO

Tendance

@Breizmabro
Il s'appelait comment ce deuxième juge d'instruction ?

Cyril Lacombe

http://books.google.fr/books?id=lb8F1G7Xip4C&pg=PA133&lpg=PA133&dq=outreau+ordonnance+de+mise+en+accusation&source=bl&ots=s61YbzfbRu&sig=aq_2hOMv_0lwpSmBjHN7KILDwj8&hl=fr&sa=X&ei=QPtOU5SqLsbAtQbdrICwDw&ved=0CEAQ6AEwAw#v=onepage&q=outreau%20ordonnance%20de%20mise%20en%20accusation&f=false


P.S. En fait le juge Lacombe a été auditionné (très superficiellement) le 2 mars 2006 mais n'a jamais été mis en cause.

http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r3125-t2.asp#P8602_2704151

MS

@ Breizmabro

Mon propos, encore une fois, était autre. Vous avez avancé l'hypothèse d'un Agnelet pris dans une nasse trop grande pour lui. Au bout de quatre décennies, au soir d'une vie, cette ligne n'est pas tenable : un innocent n'aurait plus rien à perdre...

Camille

@ oursivi

Vaste question, tordre ou ne pas tordre, et qu'est-ce que la vérité... Ma souris et mon clavier renâclent à chercher des réponses forcément impossibles.
Tout est dans tout, et inversement...
Pace et salute.

Breizmabro

@ Tendance | 16 avril 2014 à 11:00

Il s'appelait comment ce deuxième juge d'instruction ?

Breizmabro

@ MS | 16 avril 2014 à 08:22

A une des questions du président aux jurés il était demandé :

"L'accusé Maurice Agnelet est-il coupable d'avoir volontairement donné la mort à Agnès Le Roux dans les Alpes-Maritimes (France) et dans la région de Frosinone Cassino (Italie) ?

Les jurés, à la majorité, ont répondu "oui".

Admettons que Maurice Agnelet soit un pervers narcissique, comme on a bien voulu nous le présenter, mais de là à avoir volontairement donné la mort dans les Alpes-Maritimes ET dans la région de Frosinone Cassino (le fils Guillaume, plus précis, a dit "à Monte Cassino") dépasse un peu l'entendement. Non ?

En même temps faire du camping sauvage un week-end de Toussaint quand on est milliardaire (à l'époque) et qu'on aime le luxe et la frivolité, ça n'a choqué visiblement personne non plus :-D

oursivi

Rédigé par : Camille | 16 avril 2014 à 12:36

Dans votre lot sont des innocents et des coupables...

Mais avec acquitte à tort, la vérité, on la tord.

AO

Camille

"joie.../... bonheur.../... exaltation qui tient à la conviction qu'à partir d'un désastre, on est parvenu à faire surgir justice et consolation".

Il me semble que les aveux d'un accusé, surtout tardifs, devraient faire partie du tableau pour que le bonheur de rendre justice soit complet.
Dans l'affaire Agnelet, en l'absence d'aveux, du corps, au bout de trente-sept ans après les faits, malgré de lourdes présomptions et charges, le doute infime qui subsiste laisse un goût d'inachevé, et serait de nature à inciter à modérer ses transports de joie.

En outre, quel est donc le vrai visage de cette justice qui tour à tour acquitte ou condamne, comme un derviche tournant ? Les progrès des investigations scientifiques, les révélations de témoins de dernière minute ne sont pas tout dans ce ballet, qui donne de plus en plus l'impression que le sort d'un accusé se joue à pile ou face, selon la compétence de son avocat.
Patrick Dils, Jean-Louis Muller, Jacques Viguier, Jean Castela, acquittés à leur dernier procès, peuvent attester de l'exceptionnelle qualité de leurs défenseurs, ce qui envoie une image plutôt négative de la justice en général, laissant croire que sans super-avocat, point de salut, tellement le système est faillible.

Tendance

Le JI d’Outreau saccage une quinzaine de vies, et il est toujours magistrat.

Il y a eu deux juges d'instruction dans l'affaire dite d'Outreau, le juge Burgaud dont on a parlé à satiété, mais aussi un deuxième juge d'instruction qui a succédé au premier après son départ.

C'est ce deuxième juge d'instruction qui a renvoyé aux assises les futurs acquittés....

Mais de ce juge, nul n'a parlé, et la célèbre Commission n'a même pas pris la peine de l'auditionner, ce qui est proprement stupéfiant !

Breizmabro

« (…) tout cela pour flamber le fric de sa victime avec cet absolu manque de scrupule (…) » nous a écrit oursivi, EXPLICATOR 1er...

Non, petit Oursin, Agnelet n’a jamais touché aux trois millions de francs déposés sur son compte, pour preuve les héritiers des familles Fratoni et Le Roux qui ont entamé un procès en Suisse à l’encontre d’Agnelet pour récupérer ces fameux trois millions de francs devenus, nous dira un expert à la barre, 3,2 millions d’EUROS avec le temps.

De même quand votre héroïne épistolaire, Pascale Robert-Diard qui écrit "neuf jurés citoyens et trois magistrats professionnels ont donné un linceul à la jeune femme en répondant « oui » à la question "L'accusé Maurice Agnelet est-il coupable d'avoir volontairement donné la mort à Agnès Le Roux dans les Alpes-Maritimes (France) et dans la région de Frosinone Cassino (Italie) ?""

Euuuhhh « Agnelet a volontairement donné la mort à Agnès Le Roux » SOIT dans les Alpes-Maritimes SOIT dans la région (?) de Frosinone Cassino (le fils Agnelet plus précis avait dit à Monte Cassino) mais les deux me semble difficile, même pour un pervers narcissique.

Quand on veut jouer les EXPLICATOR le premier principe est ne pas faire d’ERROR… fatale ! ajoute mon ordinateur, parfois ;-))

L’oursin ne possède pas de cerveau central, je crains qu’oursivi-le-petit-oursin non plus…

MS

"Marc, pourquoi penser que M. Agnelet puisse chercher un instant la vérité... ?"

Axel, c'était encore dans l'hypothèse de Breizmabro. Si Agnelet est innocent, qu'a-t-il à perdre à se délier ?

Coupable, cette vérité n'a en effet pour lui aucun attrait.

Jean-Louis

Votre propos ne répond absolument pas aux points fondamentaux soulevés par nombres de commentaires.
Intime conviction, faisceau de présomptions, concordance d’indices ? La liste des erreurs judiciaires est longue et dramatique. Ce n’est pas le lieu d’un prétoire de refaire une enquête !

Le fragile Patrick Dils condamné à de la réclusion criminelle, et l’institution reconnaît après 18 années de détention qu’il est innocent des crimes dont il est accusé.
Le JI d’Outreau saccage une quinzaine de vies, et il est toujours magistrat. Faut-il s’étonner que l’on ne sache plus ce que ce terme signifie ?
Rien de plus brillant du côté des TGI.
Pour AZF condamnations en appel sans explication de la tragédie. Et pourtant la chimie et la physique ne sont-elles pas des sciences exactes ? On apprend aux enfants que quand on ne sait pas, on se tait…
Pour Kerviel, ce monsieur exposait régulièrement sa salle de trading à la hauteur démente de 40 milliards $, et l’on est prié d’avaler que sa hiérarchie ne voyait rien. Même avec des mails délibérément forgés ? Quelle comptabilité mal tenue ! Mais enquête conduite par Van Ruymbeke, donc incontestable…
Rien que des cas cités à la volée, sans preuves,
Monsieur Bilger évoque le cas d’Emile Louis. Il s’est lui-même reconnu comme malade, et a conduit les enquêteurs sur certaines fosses où il avait enterré des corps. Vraiment, quel rapport avec un délit ou un crime sans preuve ?
Et vous êtes perplexe devant le ton soupçonneux des lecteurs de ce billet ? Non vraiment, il y a toutes les raisons de considérer que la procédure relève au pire du casino, au mieux de cartomanciennes…

oursivi

"Seul Agnelet possède les clés d'un mystère qui paraît bien glauque."
Rédigé par : Jabiru | 15 avril 2014 à 20:53

Essayez d'être cohérent deux lignes, Jabiru.

Le seul qui possède les clefs de la disparition du corps et des détails du meurtre est l'assassin.
Vous nous dites qu'Agnelet est ce seul et trois lignes plus haut vous donnez crédit aux sornettes oedemisantes de Breizmabro...

Marc, pourquoi penser que M. Agnelet puisse chercher un instant la vérité là que toute sa vie il a manipulé le réel du fond de sa perversité ?
Voilà un homme qui n'a de cesse de la bâillonner et vous croyez qu'il dirait d'un coup ce qu'il a passé sa vie à dissimuler à son avantage...
Vous voyez clair en lui quant à ce qu'il a fait, pas quant ce qu'il pourrait faire.

Philippe, croquignolet votre "bande d'amateurs, pourrez jamais savoir, moi seul étais du cénacle" sans rien avancer qui fasse prospérer la compréhension de ce cas comme de beaucoup d'autres... Humhum, "moi si" ! Pas la queue d'un argument, juste des positionnements sous une p(r)ose ténébreuse...
Vous illustrez là seulement à votre désavantage l'analyse d'Alain que postait judicieusement Alex.

Vous savez, sur les bourgeois et les prolétaires...

AO

Merville

Il fut un temps où la chronique judiciaire était un genre littéraire fort estimé.
Joseph Kessel, Géo London, Jean-Marc Théolleyre et plusieurs autres.
Je suis heureux de constater que Durand-Souffland et Pascale Robert-Diard ont repris le témoin avec beaucoup de talent.
Pour ce qui concerne l'affaire Agnelet je ne dirai que ceci : je n'aurais pas souhaité être juré...

moncreiffe

Le ton soupçonneux à l’égard du système judiciaire de nombre de commentaires me laisse perplexe. Faut-il rappeler que les aveux (ou leur absence) et les témoignages ne constituent pas à eux seuls des preuves suffisantes et que Maurice Agnelet n’a pas été condamné sur cette seule base ?

Si on examine la chronologie des faits, la personnalité de l’accusé, le mobile crapuleux et ses tentatives d’échapper à la justice, force est de constater qu’un faisceau d’indices graves, précis et concordants pèse sur lui (depuis le début de l’affaire Leroux).

Si je ne m’abuse, en droit français, ceci constitue une preuve, pas aussi solide qu’une preuve parfaite ou une preuve simple, mais recevable devant une cour d’assises, même en l’absence d’éléments matériels (tels que le corps de la victime ou l’arme du crime).

Maurice Agnelet n’a donc pas été condamné parce qu’il avait le profil du coupable idéal, à cause de l’émotion suscitée par les témoignages contradictoires de ses proches ou sur de vagues présomptions. Il a été condamné sur la base d’un faisceau d’indices graves, précis et concordants qui ne laissait guère de place au doute.

Je peux comprendre que l’absence d’aveux, d’explications et de remords laisse insatisfait, mais Maurice Agnelet vient de bénéficier d’un procès équitable et sa condamnation me semble parfaitement justifiée.

Dernière remarque : il est rare que Philippe Bilger laisse un commentaire sur l’un de ses propres billets. Beaucoup de commentateurs ne semblent pas partager son admiration pour les joutes intellectuelles et l’émotion que peut susciter un procès bien mené. Il faudrait pour cela être impliqué personnellement (ou professionnellement).

Comme le dit Philippe Bilger : Il faut plus que du savoir pour comprendre cette trouble et douloureuse magie : il convient d'avoir été dans ce cercle à la fois éprouvant et revigorant.

oursivi

Rédigé par : Véronique Raffeneau | 15 avril 2014 à 07:18

"...n'a cessé de croiser..."

Si vous vous donnez la peine de relire les comptes rendus de PRD des deux précédents procès - accessibles sur ses pages 2006-7 - vous verrez que Me Kiejman a réalisé alors ce que vous appelez de vos voeux.

L intervention du fils n'apportait rien à mes yeux sinon montrer qu'un être peut seul se désenvoûter.
Celle de sa femme était totalement accablante, ne disculpant en rien le monstre qu'elle dépeignait en montrant un juste dépit qu'il ait su ô combien faire traîner tout cela...
Celle de sa seconde femme, celle à l'alibi de commande, n'est pas venue... Poursuivie pour faux témoignage ? Que nenni.

Non Philippe, ce procès ne fut pas grand, il a juste conclu l'évidence...

Vous confondez courtoisie et intelligence.

Moi non !

AO

Jabiru

@Breizmabro

Merci pour ces précisions qui effectivement sont de nature à se poser des questions. Il est à espérer que lors de cette dernière audience ces points aient été évoqués, ce dont je doute en fonction de votre commentaire. Seul Agnelet possède les clés d'un mystère qui paraît bien glauque.

Polochon

Assez prosaïquement, je dois dire que je me pose la question du coût de tous ces procès d'assises. Cela permet certainement à beaucoup de se mettre en valeur.
Mais ne peut-on pas faire plus simple, plus efficace, et moins cher, tout en étant tout aussi juste ?

Catherine A  c'est l'essence même des procès d'assises

Véronique c'est l'essence même des procès d'assises de faire appel au coeur, aux sentiments, aux émotions, à l'intime conviction qui se moquent des preuves ou de leur absence. C'est leur force et leur terrible faiblesse.
Ce qu'a très bien résumé me semble-t-il l'ex-épouse d'Agnelet, accusatrice terrible dépeignant un homme totalement narcissique et amoral ; un salaud pour faire court ; mais aussi sa meilleure défenderesse en rappelant toutes les errances, erreurs, les failles de la justice dans ce dossier. Un salaud cela a été démontré mais un assassin rien ne permet de l'affirmer.
Mon intime conviction m'entraînerait à dire qu'Agnelet est coupable mais je ne suis pas sûre pour autant que j'aurais voté pour cette culpabilité.

MS

"M. Agnelet est prisonnier de ses fréquentations des années 70, avec le « milieu » niçois, dont le maire, Renée Leroux et Fratoni (entre autres, la liste n'est pas exhautive)…"
Rédigé par : Breizmabro | 15 avril 2014 à 16:48

Admettons, mais alors, presque quarante ans après, que peut-il gagner à se taire ? Sa vie, contre la prison et son honneur ?
N'est-il pas au contraire à un âge où on n'a plus rien à perdre - ni à gagner - que la vérité ?

Robert

"J'ai lu vos commentaires et j'ai une certitude : aucun de vous, et pour cause, n'a la moindre idée de l'atmosphère particulière d'une cour d'assises, du climat extra-ordinaire qu'un procès remarquablement mené crée et de "cette étrange fraternité" qui réunit tous les passionnés et les protagonistes de la chose criminelle".

sbriglia vous a parfaitement répondu. Mais qu'elle est étrange cette généralisation : seul Monsieur Bilger et quelques initiés seraient suffisamment savants pour comprendre la finesse d'un procès pénal... Les autres, tous les autres en sont incapables...

Je conçois fort bien que les acteurs d'une cour d'assises puissent éprouver une profonde satisfaction dès lors qu'ils ont le sentiment intime d'avoir obtenu des débats LA vérité. Or dans ce procès j'ai le sentiment profond que l'on est arrivé à UNE vérité. Et donc que ce que vous écrivez : "la vérité appréhendée dans sa complexité (...) et le partage exemplaire entre le questionnement et l'émotion a engendré une exaltation qui tient à la conviction qu'à partir d'un désastre, on est parvenu à faire surgir justice et consolation" est une conclusion honnête que l'on peut tirer du procès de Rennes. Toutefois le taiseux Monsieur Agnelet n'a guère aidé la Justice pour faire que cette vérité soit la vraie, l'unique sans que le moindre doute ne puisse subsister au fond de notre raison raisonnante.

"De la même manière que le grand art même le plus désespérant fait naître de la joie, une joie profonde devant l'humain révélé dans son essence... Il faut plus que du savoir pour comprendre cette trouble et douloureuse magie". C'est beau comme l'Antique et nous sommes dans le lyrisme. C'est votre sentiment profond et je le respecte comme tel. Mais il vous faut aussi concevoir que tout un chacun puisse n'en être pas convaincu et que, dans ce domaine, la raison se doit de garder l'absolue primauté dans l'intérêt des justiciables et pour la Justice elle-même.

Michelle D-LEROY

Les affaires criminelles me passionnent souvent, intriguée par le fait de savoir par quel mécanisme un individu ordinaire peu devenir un assassin. Je suis les affaires célèbres, célèbres parce que plus médiatisées que d'autres.

En ce qui concerne l'affaire Agnelet j'avoue n'avoir pas suivi les procès à répétition. Je remarque au passage qu'on nomme pratiquement toujours les affaires du nom de l'assassin ou de l'assassin présumé plutôt que du nom de la victime, ce qui est triste pour les familles.

Certaines affaires ont connu un dénouement puisqu'on juge un coupable ayant reconnu les faits, un coupable sans équivoque. Le procès sert seulement à comprendre les motivations et à condamner plus ou moins, à trouver des circonstances atténuantes éventuelles pour minimiser la peine.

Dans bien des cas le présumé coupable n'est pas passé aux aveux et ce sont ces procès-là qui deviennent intéressants pour les magistrats, se forger une intime conviction tout au long des débats, en écoutant les témoins, et parfois grâce à des coups de théâtre. Sûr que cela doit être passionnant. Pour nous, qui ne suivons ces procès retentissants qu'au travers des résumés journalistiques, nous avons parfois l'impression d'acharnement sur un pseudo-coupable après une enquête mal ficelée, une enquête qui n'aurait pas exploité toutes les pistes, ce que pouvait paraître le cas d'Omar Raddad ou dans d'autres affaires retentissantes et je pense aux Dominici. Il faut un coupable, et gare à celui qui se trouvait là et qui de surcroît a menti pour cacher des détails de sa vie privée.

Parfois c'est tout le contraire, nous pensons qu'il y a eu trop de clémence. Tout est question de ressenti, puisque nous n'avons accès que très partiellement aux débats.

Je regarde fréquemment "Faites entrer l'accusé" ou "Non élucidé".
Je comprends que Philippe Bilger, de par sa profession, soit intéressé par les procès en cours lui rappelant des moments palpitants et si particuliers.

Breizmabro

@ Jean-Louis

M.Bilger aimerait, comme beaucoup de ses ex-confrères, que la justice se rende dans «l’entre-soi », je veux dire sans ces jurés, ces gens du peuple qui ne connaissent rien en la justice des Dieux, celle des « sachants ».

Personnellement je souhaite que, comme pour le secret de l’instruction qui a volé en éclats, les secrets des délibérations soit, aussi, publiés sur Mediapart, afin que nous sachions, enfin, le rôle du Président, et de ses assesseurs, dans les décisions.

adamastor

@sbriglia

J'espère que notre hôte me pardonnera ce rappel historique...

Que viennent faire les sapeurs dans le combat de Camerone ?

Le valeureux sergent Bobillot, sapeur, s'est distingué lors du siège de Tuyen Quang (Tonkin) en 1885.

Le combat de Camerone est tout autre chose qui ne concerne que les légionnaires et se déroule 22 ans plus tôt.

1863. La Légion est encore jeune mais elle a déjà connu beaucoup de vicissitudes, parmi lesquelles et non des moindres, la campagne d'Espagne qui a décimé ses effectifs. Reformée, elle est de tous les combats de la France.
Mais lorsque l'empereur Napoléon III engage l'armée française par-delà l'océan, au Mexique, étrangement, la Légion n'est pas de la partie. Or, une telle équipée ne pouvait que stimuler l'esprit aventureux qui a toujours animé cette troupe. Ses officiers vont tenter de forcer le sort en adressant une pétition à l'Empereur. De lourdes sanctions tomberont sur les officiers les plus anciens dans les grades les plus élevés, mais au début de l'année 1863 la Légion embarque deux bataillons pour Vera Cruz.
Sans que ces hommes le sachent, les éléments d’une future tragédie commencent à se mettre en place. D’une tragédie et d’une légende.
La Légion veut combattre en première ligne, comme elle en a l’habitude, mais ne se voit attribuer que des missions d'escorte de convois, de reconnaissance d’itinéraires et d'arrière-garde, dans la zone la plus insalubre du pays. Qu'à cela ne tienne, les légionnaires s'adaptent. Ils s'installent à Chiquihuite, dans les Terras Calientes - une région infestée par le typhus, le paludisme et la fièvre jaune appelé ici vomito negro -, aux ordres du colonel Jeanningros. Légionnaire de fraîche date qui n'est sorti d'aucune école, il possède une inestimable expérience de la guerre et des hommes.
Apprenant qu'un convoi est en route pour Puebla assiégée par l'armée française, Jeanningros décide d'envoyer une compagnie de protection à sa rencontre. Cette compagnie est confiée au capitaine Danjou.
Le 30 avril 1863 au matin, le Capitaine Danjou à la tête de la 3° compagnie du Régiment étranger, attaqué par des hordes de rebelles mexicains, accepte le combat et se retranche à Camerone, dans une ferme délabrée, pour y établir un point d'appui et attirer sur lui le principal de l'effort de l'adversaire, fort en nombre. Dans la matinée, sentant la situation s'aggraver à chaque instant mais voulant éviter l'attaque du convoi, il décide de résister à tout prix. Il fait alors serment de se défendre jusqu'à la mort face aux vagues de fantassins et de cavaliers mexicains qui l'assaillent…
Le serment d'un capitaine tissait déjà le linceul de ces hommes et allait faire d'un obscur combat dans les ingrates Terres Chaudes du Mexique, une épopée au retentissement mondial.
Le combat qui oppose une soixantaine de braves légionnaires à deux mille Mexicains, entrera de plain-pied dans l'Histoire pour devenir l'immortel Camerone.
Elevé à la hauteur d'un mythe, il fut pourtant bien réel ce combat si intimement lié à Légion étrangère et à l'histoire de l'Armée française. Il est devenu l'expression d'un symbole de résistance farouche jusqu'au dernier souffle du dernier homme : faire Camerone !...
Camerone qui exalte cette troupe tant enviée et jamais égalée, dans laquelle toutes les nationalités, toutes les classes sociales, toutes les religions se mélangent et tous les espoirs se confondent. Camerone nous redit l'exemple du sacrifice sans espoir, de l'honneur des armes, du respect de la parole donnée par amour du chef et des camarades.
Camerone nous redit ce qu'est l'orgueil de servir.
(extrait de ma préface in "Les Héros de Camerone")

Tous les ans, le 30 avril, là où il y a un légionnaire ce combat est commémoré.

Véronique Raffeneau

"Il y a juste effectivement des moments d'émotions partagées, d'horreur, de compassion, de révolte, de doute"

Le gros souci, chère Catherine, est que dans ce procès, selon la description des chroniqueurs stars mentionnés dans le billet, eh bien il n'y a eu que cela, des moments d'émotions sublimées partagées.

Au reste, une fois revenue à elle-même, dans son billet-épilogue "Les leçons d'une tourmente", P. Robert-Diard ne manque pas de préciser :

"Ouvrons une parenthèse sur ces heures de tourmente qui ont marqué et marqueront durablement tous ceux qui y ont assisté. Si elles ont produit une secousse aussi forte, c'est parce qu'elles ont projeté dans la lumière crue de la cour d’assises, non pas un accusé, mais des témoins. Les rôles ont été renversés. Maurice Agnelet assistait presque en spectateur au procès en crédibilité, sinon en vérité instruit contre son ex-épouse et ses deux fils (...)

Nous étions là, nous savions que la bombe allait exploser, nous attendions juste de voir comment et jusqu'où elle allait les déchiqueter (la famille Agnelet). Ce sont des moments qui ne passent pas."

Son paragraphe de fin rappelle tout de même qu'en réalité trois autres semaines de débat ont précédé l'irrésistible coup de théâtre-secret de famille.

Et que nous apprend-t-elle (enfin !) de ces trois semaines englouties dans les stratosphères des tourments, des émotions, des déchirements provoqués par l'explosion de l'intense dramaturgie familiale ?

Ben, que le président, l'avocat général, l'avocat de la partie civile et celui de la défense étaient tous des gentils garçons.

N'en jetez plus !

Breizmabro

@ Jabiru

Je ne sais pas, de façon certaine, si Agnelet a « porté (et porte encore) le chapeau » mais quand même… Dans les années 70, à Nice, le maire était Jacques Médecin. Jusque-là vous me suivez ? Sinon allez voir sur Wikipédia...

Vous me dites « il aurait amené aux juges des éléments lui permettant de se sortir des accusations articulées contre lui »...
Vous voulez dire à l’époque des frères Zampa (les spécialistes des bottes en béton) ou devant les juges de Rennes ?

Je vous rappelle qu'en 2011, un « mec » du milieu niçois a témoigné en disant « Agnelet n’est pas un assassin, je connais celui qui a éliminé Agnes Leroux ». Renée Leroux (la mère) a dit stop, ce n’est QUE de la publicité, et la justice a dit à ce Monsieur « circulez, y a rien à voir ».

Comme dit Me Saint-Pierre son avocat, « M.Agnelet est prisonnier de son personnage ».

Moi, plus prosaïquement, je dirais : M. Agnelet est prisonnier de ses fréquentations des années 70, avec le « milieu » niçois, dont le maire, Renée Leroux et Fratoni (entre autres, la liste n'est pas exhautive…).

Le 11 avril dernier la messe, judiciaire, a été dite.

Valerie

Belle joute entre Maitre Sbriglia et Monsieur Bilger !!

Les medecins ne trouvent-ils pas un sombre plaisir dans la decouverte de jolies tumeurs inedites ?!

Point commun entre les deux specialites ; l'elitisme et le corporatisme de ces professions traduit par l'ecriture illisible (codee) du medecin et les termes employes (oral/ecrit) dans le langage du monde judiciaire.

Crispant pour le commun des mortels... Neanmoins peut-etre necessaire pour eviter un nivellement (par le bas) de ces fonctions indispensables a la bonne marche d'une societe.

Les milieux sociaux privilegies "pourvoyeurs" de professionnels de ces deux univers y trouveraient-ils leur compte sans pratiquer une exclusion certes injuste mais inevitable.

Sur ce, il est desolant de noter que le crime fait vivre beaucoup de gens au meme titre que les maladies incurables.

Catherine A  Véronique arrêtez avec vos clichés

Une littérature émotionnelle de connivence ; quelle connivence ? et la littérature n'est-elle pas par essence émotionnelle ? c'est quoi ce pataquès ; de jolis mots à la queue leu leu, un pur cliché, un vrai de vrai un tatoué. Heureusement qu'il y a les journalistes, journaleux, scribouillards stupides, incultes... sans ça je me demande sur qui certains ici passeraient leur esprit critique (!), leur hargne voire leurs frustrations. Il y a peut-être autant d'imbéciles chez les journalistes que dans n'importe quelle profession mais croyez-moi pas plus et compte tenu de la diversité des sources d'information, je fais confiance aux lecteurs, auditeurs, téléspectateurs pour forger leur propre jugement ; comme des grands.
Je l'ai dit dans un autre commentaire, pas une fois je ne suis ressortie indemne d'un procès que je couvrais. Et heureusement. Il n'y a rien là d'un délit d'initiés ; la formule pour être tentante n'en est pas moins fausse, presque absurde. Il y a juste effectivement des moments d'émotions partagées, d'horreur, de compassion, de révolte, de doute ; les mêmes que peuvent ressentir les spectateurs d'une pièce de théâtre sauf que là on est dans la vie ce qui donne à ces émotions-là plus de force et les inscrit, pour longtemps parfois, dans le souvenir.

Pierre-Antoine

@PB
"Loin de Rennes, loin de la justice...

Loin, bien loin de la Justice (avec un J majuscule) qui si je m'en souviens dit qu'il est préférable d'avoir un coupable en liberté qu'un innocent en prison, que le doute doit bénéficier à l'accusé et surtout que la preuve de la culpabilité est à la charge de l'accusation.

Quelle preuve a-t-elle apportée ?
Quel mobile ?
Sur quels faits concrets et avérés la conviction des jurés s'est-elle fondée ?

Il n'y avait que supputations, allégations, hypothèses, conjonctures ! Rien qui justifie qu'un innocent soit en prison, mais tout pour qu'un coupable soit en liberté !

Il serait bien, en général, que les verdicts soient motivés, ça n'enlèverait rien au secret des délibérés, ni à l'intime conviction... et surtout que les magistrats professionnels, au moins ne votent pas et au mieux soit absents des délibérés.

Cordialement

Véronique Raffeneau

"Mais je n’aime pas ce parfum trouble d’"initié" qui y est sous-entendu, même après avoir été du sérail…"

sbriglia, passe encore le parfum trouble d'initié, l'entre-soi entre avocats et magistrats, ce qui n'est pas supportable est le fait que des observateurs normalement extérieurs à ce cénacle, les journalistes judicaires dont parle le billet, censés informer et ainsi exercer un contrôle démocratique, se précipitent dans la roue et produisent à leur tour une littérature émotionnelle de connivence.

Jabiru

@Breizmabro

La conclusion de votre post m'interpelle car je ne connaissais pas les tenants et aboutissants de cette affaire.
Si Agnelet avait considéré qu'il "portait le chapeau" à la place d'une bande de mafieux revanchards, il aurait amené aux juges des éléments lui permettant de se sortir des accusations articulées contre lui. Or sauf erreur de ma part, il est resté taisant sur ce point.
Comment pouvez-vous alors suggérer qu'il paie pour d'autres sans se défendre ?
Votre motivation mérite d'être développée.

Catherine A

Philippe, je conçois que vous l'ayez vécu ainsi mais admettez que ce ne soit pas le cas pour tout le monde. Pour avoir suivi des procés d'assises j'ai été dégoûtée, scandalisée, profondément émue souvent, même quand le regard du condamné s'accrochait au mien au moment du verdict. Il est évident qu'il se passe quelque chose entre les différents protagonistes mais quel bonheur peut-on trouver lorsqu'on plonge dans ce que l'âme humaine a de plus noir ? Quels que soient les talents, l'humanité des magistrats ou/et des avocats, c'est plutôt désespérée que je suis, à chaque fois, ressortie de là.

Jean-Louis

Monsieur Bilger,

On saisit mal où vous voulez nous entraîner. Rouart n’est évidemment en rien un exemple en quoi que ce soit et ses interventions sur des sujets de société sont du niveau de sa littérature, creuses.
Réminiscences :
« …le premier précepte… de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle… et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n’eusse aucune occasion de la mettre en doute… »
Phrases célèbres objets de laborieuses dissertations quand nous décortiquions le Discours de la Méthode sur les bancs d’école. Préceptes désormais totalement oubliés dans un prétoire. La Justice est en train d’en crever.
Que l’ambiance éthérée d’une cour d’assises vous séduise a peu de rapport avec le fond d’un dossier. J’ai la faiblesse de croire que le point de départ d’une tentative de jugement est très simplement binaire : les preuves existent et les charges sont incontestables. Ou non…
Sur le dossier Agnelet lui-même, concevez que le pauvre justiciable que nous sommes n’accepte absolument pas que l’on parte en voie de condamnation aussi lourde, en l’absence du corps principal du délit. Vous et nous en sommes au même point. Réduits à se faire une opinion à partir des comptes rendus de presse, avec en ce qui vous concerne une prédilection pour le chroniqueur lyrique du Figaro, qui serait aussi convaincant comme critique d’une opérette d’Offenbach.
Donc, sans connaître le dossier Agnelet mais avec une longue pratique de l’enquête, civile et pénale, tant en France qu’à l’international sous des systèmes judiciaires très variés, je relève une série d’invraisemblances ayant conduit à des conclusions outrancières, ce que d’autres commentateurs ici ont souligné sous d’autres formes.
Une liste très incomplète, en restant le plus factuel possible :
- Meurtre, assassinat, suicide, disparition ? Le sait-on ? NON
- Si meurtre, a-t-on une arme du crime ? NON
- A-t-on un cadavre ? NON
- Véhicule retrouvé ? NON
- Une maman qui avait des relations exécrables avec sa fille ? OUI
- Un truand de grands chemins, authentique mafieux de la Côte, Jean-Do Fratoni, famille sympathique avec un fiston retrouvé assassiné à Nice en octobre 1998 (dix balles dont deux dans la tête). Dans une émission d’Armand Jammot, il déclare à la télévision, à partir de Suisse où il est résident, qu’Agnès Le Roux a été assassinée par le milieu corse. Serait-ce moins crédible que d’autres élucubrations ?
- Les premiers magistrats qui se sont occupés de ce dossier auraient-ils été moins perspicaces que les suivants ? NON
- On nous dit que cette grande bourgeoise aurait fait du camping sauvage à Cassino. Pour découvrir la nature ? Son amant n’avait pas oublié la pelle US ? Vous savez, pliable, celle des fantassins, qui sert à creuser un trou dans la terre…
- Son amant criminel maniaque et méticuleux, l’accusé du jour, balance le cadavre de sa maîtresse dans un ravin après l’avoir trucidée. Et nous sommes conviés à acheter l’histoire… !
- Et invraisemblance jusqu’au bout avec cette lumière tardive d’un fils se décidant à des révélations fracassantes. Comment a-t-il pu porter si longtemps un tel secret ?
On comprend qu’Agnelet a contre lui d’être foncièrement déplaisant, en clair un délit de sale gueule.
La justice sort en miette de ces approximations transformées en preuves. Une fois de plus.
Vous êtes subjugué par les avocats eux aussi dans leurs rôles, comme aurait dit Blier dialogué par Audiard « ils se font la voix ». Aujourd’hui Témime, hier Kiejman.
In petto je me fais la liste de décisions et arrêts rendus sans preuves. Très inquiétant. Mais on attendrait d’être éclairé par un professionnel, non d’être invités à partager votre exaltation. Votre rôle serait par exemple de proposer des réformes profondes sur ce qui relève du droit de la Corée du Nord, telle que l’intime conviction sans argumentations rendues publiques. Alors que les jurés sont totalement entre les mains du président de la Cour. Entre autres…

Mary Preud'homme

"L'humanité a été scrutée au plus près, la vérité appréhendée dans sa complexité et le partage exemplaire entre le questionnement et l'émotion a engendré une exaltation qui tient à la conviction qu'à partir d'un désastre, on est parvenu à faire surgir justice et consolation." (Philippe Bilger)
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Sauf que ce n'est pas toujours le cas et que bien des procès d'assises viennent après des années de procédures mal ficelées laissant les victimes directes ou collatérales sur leur faim avec leurs rancoeurs, leur peine, leur deuil impossible à faire (alors que la mémoire de l'un des leurs a été "doublement" trahie) leurs questions et parfois leurs certitudes que le coupable s'en est tiré à très bon compte. Les seuls gagnants étant les avocats qui s'en sont mis plein les poches, y compris lorsqu'ils portent partiellement la responsabilité de l'échec final, en raison de conseils malhonnêtes et d'innombrables magouilles destinées surtout à déstabiliser et faire durer un dossier.

duvent

C'est étrange M. Bilger, ce que vous écrivez.
Il se pourrait bien que vous vous trompiez. Cette certitude magistrale m'étonne ici ! Car de quoi s'agit-il exactement, de sensations fortes, d'un doute qui s'efface, d'un plaisir d'y être, celui de comprendre, celui de partager ou celui de se sentir homme parmi les hommes ?

Breizmabro

M. Bilger,

« Vous y avez assisté certes mais je ne suis pas sûr que votre perception des audiences, si j'en crois les deux avocats, soit la bonne » m’écrivez-vous.

Donc vous, parce que vous avez porté la robe rouge, vous pouvez, après avoir écouté quelques interviews (tronquées) d’avocats, certes brillants, lu quelques chroniques à charge de journalistes « importants » (sic), votre… perception de quatre semaines d’audiences serait meilleure que la mienne ?

« L'importance du témoignage de Guillaume, l'un des deux fils de l'accusé, suivi par une confrontation sur le même registre entre les frères et leur mère entendue par vidéo (…) »
Vous auriez dû ajouter, par honnêteté intellectuelle : propos formellement démentis pas la mère et le frère de Guillaume Agnelet…

Ainsi, pour vous, il suffirait qu’un témoin de la dernière heure, mythomane peut-être, vienne témoigner à la barre ce que tout le monde souhaite entendre, pour qu’un homme soit condamné à vingt ans de réclusion criminelle ? Je n’ose le croire… En tout cas dans l’affaire Viguier, ça n’a pas marché.

«… plonger dans la fournaise où la vérité se débarrasse des oripeaux et des masques qui la cachent »
Etes-vous bien sûr que Guillaume Agnelet a débarrassé la vérité de ses oripeaux, n’en a-t-il pas, au contraire, remis d’autres, plus encrassés encore ?

N’est-ce pas ce fils qui, logeant gratuitement dans la maison de son père à Chambéry, avec sa famille, a écrit à la commission qui statue en matière de liberté conditionnelle qui l’avait interrogé : « Je préfère que mon père reste en prison plutôt que de cohabiter avec lui » (ce long courrier de quatre pages produit par Me Saint-Pierre a été lu lors d’une audience par le Président).

Si la cohabitation était insupportable pour lui, pourquoi écrire qu’il préférait que son père reste en prison, plutôt que de déménager ?

Et pourquoi lorsqu’en 2011 un ancien truand marseillais témoigne, dit connaître le vrai nom de l'assassin et affirme que Maurice Agnelet "n'a jamais été un assassin", ce témoignage est-il écarté alors que celui de Guillaume Agnelet est recevable ?

Pour couronner le tout, est-il bien raisonnable de poursuivre le procès alors que les DEUX si brillants avocats ont demandés, eux, à ce que celui-ci soit suspendu pendant les recherches diligentées par la police italienne ? N’est-ce pas la porte ouverte à une nouvelle cassation ?

Ma perception des audiences n’est peut-être pas bonne à votre goût, mais mes doutes persistent.

Achille

@ Philippe Bilger
« Il faut plus que du savoir pour comprendre cette trouble et douloureuse magie : il convient d'avoir été dans ce cercle à la fois éprouvant et revigorant. »

Je comprends bien votre passion pour les grands procès, Philippe Bilger. Ceux-ci ressemblent un peu à du théâtre antique, les sentiments sont poussés à leur paroxysme par le talent des acteurs.

L'autorité du président du tribunal, le réquisitoire implacable de l’avocat général, les plaidoiries à grands effets de manche de l’avocat de la défense et de l'avocat de la partie civile, sans oublier, bien sûr, la personnalité ambiguë de l’accusé et le désir de justice (ou de vengeance) des victimes qui ont vu leur vie détruite du jour au lendemain.

Ajoutons à cela le talent des chroniqueurs judiciaires qui apportent leur touche personnelle au drame qui se joue.

A ce sujet je me souviens de Frédéric Pottecher qui savait admirablement restituer l’ambiance électrique des procès auxquels il assistait.

Avec lui on avait tendance à oublier le fond de l'affaire pour ne s'intéresser qu'aux personnages de l'affaire. Frissons garantis.

sbriglia

"J'ai lu vos commentaires et j'ai une certitude : aucun de vous, et pour cause, n'a la moindre idée de l'atmosphère particulière d'une cour d'assises"

Votre affirmation est fausse, certains des commentateurs de ce blog ayant quand même assisté - voire participé, comme avocat, juré ou témoin - à un procès d'assises...

Votre expérience non contestée de la chose criminelle ne vous dispense pas de ne pas tenir compte de l’opinion de quelques-uns de vos commentateurs sur une phrase qui a interpellé certains, dont je fais partie : « sombre bonheur d'un procès criminel réussi ».
Peut-être faut-il, ainsi que vous l’écrivez, "plus que du savoir pour comprendre cette trouble et douloureuse magie : il convient d'avoir été dans ce cercle à la fois éprouvant et revigorant." Mais je n’aime pas ce parfum trouble d’ "initié" qui y est sous-entendu, même après avoir été du sérail…

Je n’ai jamais été sensible aux rites ou aux mystères initiatiques ; ils existent pour exclure le vulgum pecus et rassurer les happy few, le sombre bonheur de ces cénacles m’est étranger et, en l’espèce, le malaise ressenti par beaucoup aurait dû vous interpeller sur la pertinence de votre expression et non vous pousser à vous arc-bouter dessus comme Harpagon à sa cassette.

Vous avez raison : il y a sans doute un sombre bonheur à jouer au poker dans un cercle de jeu enfumé, à tenir loge avec des frères, à chanter entre sapeurs la bataille de Camerone, bref à lustrer le morne ordinaire par le rituel et son encens.

On n’en sort pas indemne…

De là à y nager dans un «sombre bonheur»…

Catherine JACOB@Philippe Bilger | 15 avril 2014 à 09:14

@Philippe Bilger | 15 avril 2014 à 09:14
"Il faut plus que du savoir pour comprendre cette trouble et douloureuse magie : il convient d'avoir été dans ce cercle à la fois éprouvant et revigorant."

Je n'ai pas encore lu le billet ni les commentaires qui s'y rattachent, mais à l'ouverture du billet, mon curseur s'étant positionné sur cette remarque, sa zénitude m'est apparue qui peut se rapporter à : quiconque n'a pas testé le goût du sel ne saurait l'imaginer, ni ce qu'il révèle des éléments auxquels on le mêle.

Évoquant le sel, je ne peux qu'évoquer également le sucre dont une récente étude américaine relatée par Télématin indique que son taux dans le sang est inversement proportionnel à l'agressivité susceptible de se manifester entre des époux.
L'expérience relatée a été la suivante :
Après un repas composé (ou privé de sucres tant rapides que lents) on a demandé au conjoint de piquer de coups d'épingle une poupée vaudoue censée représenter l'époux et on a ensuite compté les coups d'épingle dans chaque groupe testé, le groupe des personnes privées de sucre(s) représente celui ayant porté, et de façon substantielle, le plus grand nombre de coups d'épingle dans la poupée.

Petite suggestion, lors des prochains dialogues avec Poutine, plutôt que de le menacer à tour de bras de sanctions dont il se contrefiche autant qu'Hollande se contrefiche des magistrats auxquels il n'a pas hésité à persévérer à infliger une professionnelle des tribunes menteuses, pensons à lui offrir un bon gros wedding cake en préalable à toute discussion et peut-être que l'effet en sera bénéfique sur la situation ukrainienne, après tout (idée soufflée par la dernière prise de parole publique du député de Haute-Loire, Laurent Wauquiez, dont la position sur la suppression des départements manque cependant d'encore pas mal de réflexion et d'étude sérieuse des réalités à la fois matérielles, spirituelles, économiques et culturelles, locales).

Véronique Raffeneau

Philippe, au lendemain du témoignage de Guillaume Agnelet, TOUTE la presse, je parle des journalistes qui ont assisté au procès, évoque la forte éventualité d'un supplément d'information qu'étrangement aucun protagoniste du procès n'a demandé.

Du jour au lendemain, d'un coup d'un seul, exit dans les comptes rendus, principalement dans ceux de vos deux stars chroniqueurs judiciaires, l'éventualité d'un supplément d'information.

De quoi nous parlent-ils ?

Exclusivement de leur fascination sombre pour les déchirements intimes de la famille Agnelet.

Voilà, à mon sens, ce qui, finalement, a été jugé.

Philippe Bilger

J'ai lu vos commentaires et j'ai une certitude : aucun de vous, et pour cause, n'a la moindre idée de l'atmosphère particulière d'une cour d'assises, du climat extra-ordinaire qu'un procès remarquablement mené crée et de "cette étrange fraternité" qui réunit tous les passionnés et les protagonistes de la chose criminelle.
De la même manière que le grand art même le plus désespérant fait naître de la joie, une joie profonde devant l'humain révélé dans son essence, la cour d'assises, dans sa plénitude et son excellence - à Rennes, il semble que c'était le cas - diffuse, bien sûr, du sombre et de l'obscur, le crime, son horreur, ses mystères, mais aussi et surtout le bonheur qui, malgré l'horreur judiciaire, imprègne les esprits et les sensibilités quand l'humanité a été scrutée au plus près, la vérité appréhendée dans sa complexité et que le partage exemplaire entre le questionnement et l'émotion a engendré une exaltation qui tient à la conviction qu'à partir d'un désastre, on est parvenu à faire surgir justice et consolation.
Il faut plus que du savoir pour comprendre cette trouble et douloureuse magie : il convient d'avoir été dans ce cercle à la fois éprouvant et revigorant.

Tipaza

"Le sombre bonheur qu'inspire un procès criminel réussi" !

Vous vous essayez à une suite des Fleurs du Mal ?
Ou devant le succès de la tournée de Bernard Cantat, vous faites des propositions de paroliers ?

On devrait obliger les magistrats à réciter à haute voix ces quelques vers de François Villon avant chaque audience :

« Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.»


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