Laurent Terzieff, avec l'éclat médiatisé de sa mort, devient une "vedette" (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, nouvelobs.com, Marianne 2, Le Journal du Dimanche) alors qu'il aura su, de son vivant, résister à tout.
Contre l'éparpillement mondain de l'amour, une passion sans ostentation pour une femme morte avant lui et compagne de toutes ses aventures de scène.
Contre les afféteries de l'âge tentant de se masquer, la passion de s'en tenir à un visage traversé, labouré, éprouvé et exalté.
Contre les impudeurs de l'exhibition, la vanité des lumières faciles, la passion pour le silence et la discrétion seulement quittés pour les hommages publics au théâtre et à la vraie vie.
Contre le débraillé et la dégradation du langage, une passion pour la beauté et la précision des mots, une volonté d'aller au plus juste, au plus près, au plus profond.
Contre le culte de la dérision et de l'humour qui n'est qu'une déchéance commode du véritable esprit, une passion pour la gravité et le sérieux seulement illuminés par un splendide sourire intérieur.
Contre la course professionnelle éperdue dans tous les sens, une passion vive, nue, pure et intense pour l'essentiel qui était d'offrir à l'humanité, grâce aux grandes oeuvres et aux textes universels, une meilleure compréhension d'elle-même.
Contre la frénésie de l'argent et du gain, une passion pour l'austérité et la simplicité qui n'auraient toléré la richesse que partagée par tous dans l'immense lieu commun du théâtre.
Contre l'égarement de la "foule solitaire" et l'illisibilité d'un monde de plus en plus erratique, la passion pour ce qui unit, rassemble et révèle la fragilité et la splendeur de ce que nous sommes, aussi ballottés et imparfaits que nous nous découvrions à chaque seconde de notre existence.
Contre la surface des choses et des êtres, la passion pour la vérité.
Contre les regards distraits et négligents, la passion d'un regard brûlant affamé d'autrui.
Contre les simulacres et la tricherie, la passion pour une sincérité prête à payer toutes les rançons.
Contre les miasmes d'un univers où l'éthique fuit par le haut, qui ne sait plus donner de réponse claire et lucide à l'interrogation angoissée des citoyens, qui désespère parce que la saveur des festins a remplacé la recherche d'un destin, un seul remède, un désodorisant suprême et raffiné : une bouffée d'air Terzieff.
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