François Hollande a déclaré au journal britannique The Guardian "qu'il n'y a plus de communistes en France" (nouvelobs.com).
En tout cas, il faut l'espérer. Ce que le candidat socialiste a voulu dire est parfaitement clair mais en cette période où il est guetté avec autant d'hostilité soupçonneuse par le Front de gauche que par la droite, il devrait se méfier des raccourcis historiques et intellectuels évidemment et absurdement exploités contre lui.
François Hollande s'est contenté de souligner que les communistes d'aujourd'hui n'avaient rien à voir avec ceux d'hier, soutiens inconditionnels de la Russie soviétique, de l'asservissement des pays de l'Est et du totalitarisme rouge. Défenseurs, longtemps, du stalinisme et prêts à toutes les indulgences pour cet immense carnage historique au nom d'une idéologie progressiste de façade mais inéluctablement dictatoriale et meurtrière.
Au lieu de s'élever contre ce constat qui les dissociait d'une honte indélébile, les communistes actuels auraient dû se féliciter qu'un socialiste voulût bien prendre en considération leurs protestations de foi démocratiques en ne les accablant plus sous un passé de sang et d'horreur.
Le comble a été atteint quand le parti communiste outré a rappelé qu'il comptait encore 132000 adhérents et 10000 élus et que Jean-Luc Mélenchon a cru bon de se mêler à cette réplique indignée. Faut-il comprendre celle-ci comme la volonté d'assumer un terrifiant passif ou de prétendre demeurer fidèle à la mythologie discutable du nom ? On aurait tellement préféré entendre un ouf de soulagement : certes nous avons gardé l'étiquette mais nous avons fait perdre au flacon son contenu effrayant ! Au contraire, nous avons droit à un désir de se maintenir dans les lieux!
Je n'aurais pas été sollicité par cette polémique si je n'avais pas moi-même perçu à quel point les métamorphoses de l'Histoire et les évolutions politiques changeaient radicalement le point de vue du citoyen.
J'avais regardé un film sur les événements de mai 68 et les protagonistes intervenaient pour les analyser. J'avais écouté leurs propos avec une attention et une sérénité qui m'avaient étonné tant je me souvenais de certains de mes comportements anciens où mon anti-communisme primaire, que je ne renie absolument pas, me constituait comme une sorte d'agité partial et vindicatif devant la télévision.
Je me rappelais notamment le débat ayant opposé Jacques Chirac à Georges Marchais en 1971 et l'excitation qui était la mienne devant les points marqués par le premier. Parce que le second était le parfait représentant de ce communisme dur et rigide aux ordres de Moscou que le génie politique de François Mitterrand allait plus tard réduire à une portion congrue.
Avec les années 80 et la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, avec la mise à bas de l'Empire soviétique, tout prenait une autre couleur, les tragédies relevaient d'une ère monstrueuse qui n'était plus et l'extrême gauche dans l'espace public devenait supportable puisqu'elle n'avait plus rien de commun avec l'idéologie internationale des étouffements et du totalitarisme. Si on peut constater ici ou là des résurgences du communisme, elles sont et seront limitées par la mémoire du désastre auquel avait abouti le communisme sanglant et dévoyé. Il me semble que celui-ci a été remplacé, comme repoussoir absolu dans le monde international équilibré, par le terrorisme islamiste et ses ravages. Le fanatisme religieux s'est substitué aux dérives d'une religion séculière.
En France, - et je ne tiens pas obsessionnellement à revenir sur le sarkozysme ou l'opposition qu'il suscite-, j'incline aussi à croire que l'approche plus apaisée à l'égard de la vision de l'extrême gauche vient non seulement du fait que cette dernière est indemne de l'épouvantable tache stalinienne mais que ce quinquennat, paradoxalement, a moins conquis des territoires et des catégories de droite qu'il n'a rendu moins insupportable et détestable la mouvance de gauche.
Si les communistes d'aujourd'hui aspirent à demeurer campés dans ce qu'était le communisme d'hier rejeté par les peuples et par l'Histoire, libre à eux mais on ne pourra que les plaindre : communistes certes, mais hélas !
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